CHAPITRE II
Un oliirurgien d'Auver^iH', — M. de Kouillon. — Prudence de Montecucc'oli. — Passage de la Kinzig. — Le régiment de Champagne. — Combat d'Altenheira (l»*" août 1675). — Le romt de Lorges. — Siège de Haguenuu. — Inlervenlion de Condé. — La discrétion de Wertmuller. — Mort de Charles IV (17 septembre). — La cour de CasscL — Emancipation du Landgrave. — L'Électeur de Brandebourg.
Le lendemain, sur la pointe du jour, j'allai à une grand'garde de cent chevaux, que j'avais mise sur un passage, vis>à*vis la grand'garde des ennemis; nos vedettes auraient pu se parler. Je n'y eus pas été un quart d'heure, que je vis un homme à cheval, sortant d'une haie, qui cria :
— a II y a-t-il quelqu'un qui parle français?
— » Oui ! » répondis-je.
Aussit4^t il partit à toutes jambes et faillit être coupé par les vedettes françaises ; mais j'envoyai les nôtres à leur rencontre, qui les firent retirer.
37U DKRMKRES CAMPVGNFS
Ce déserteur ne m'eut pas plus tôt regardé, qu'il me dit qu'il était bien heureux d'être tombé entre mes mains. Il me demanda si je ne le reconnaissais pas pour avoir servi le comte d'Alet, en Auvergne.
— « Oui »» lui dis-je.
Et, en môme temps, je lui demandai ce qu'il y avait de nouveau dans l'armée de M. de Turenne. Il me répondit que, depuis sa mort, toutes les troupes y étaient dans la dernière consternation.
Je feignis de ne pas le croire et l'assurai qu'il n'y avait pas de connaissance qui m'empêchât de le faire pendre s'il me mentait. A quoi il me répliqua que « je le fisse tirer à quatre chevaux si M. de Turenne n'était pas mort, et qu'il pouvait d'autant mieux m'en assurer qu'il avait aidé à embaumer son corps. »
Pour lors, je dis à TalT d'avertir les troupes de se tenir prêtes et que j'allais mener cet homme à Montecuccoli.
En l'abordant, je lui dis que « Son Excellence n'avait pas un moment à perdre, puisqu'il était certain que M. de Turenne était mort et qu'on n'en pouvait douter après qu'un chirurgien d'un de mes parents l'avait enseveli. »
Il me dit là-dessus qu'il allait faire assembler le conseil de guerre. Je pris la liberté de lui représenter (t qu'il allait perdre un temps qu'il pourrait employer à mettre son armée en bataille. » A cela il me répliqua :
— « Vous «avez bien que j'ai ordre de ne rien entreprendre sans l'avis de la Généralité ! »
Ce qui me lit juger qu'il n'y aurait pas d'alfaire. Quelque diligence qu'on pût faire, les généraux ne purent être rassemblés que l'après-dinée. Le duc de Bournonville, les princes de Lorraine et Pio furent de mon avis : niais Caprara soutint « que ce bruit répandu
SUR LE Hlll.N
était peut-ùtre une linesse de M. de Turenne pour nous obliger à passer le ruisseau. »
Sur ces entrefaites, Taaf m'envoya un trompette, qui me venait trouver de la part de M. de Bouillon (1). Montecuccoli ordonna qu'on le fit venir en diligence. Quand il fut arrivé, il me rendit une lettre, que je présentai à Montecuccoli, qui la lut tout haut.
Elle contenait « qu'il no doutait pas, quoique nous fussions dans des intérêts dilTérents, que je ne fusse touché de la mort de M. son oncle et qu'il me priait de lui envoyer un passeport pour conduire en France son corps, qu'il voulait accompagner ».
M. de Montecuccoli le lui fit expédier dans le moment. Il parut touché de la perte d'un homme qui, disait-il, faisait honneur à Vhommn ! Il se récria sur ses grandes actions et son mérite, qui lui attiraient la vénération de ses propres ennemis. Mais il nous renvoya comme nous étions venus, sans rien résoudre, disant qu'il était trop tard pour commencer l'attaque.
Le prince de Lorraine me dit « que nous perdions une belle occasion, mais que Montecuccoli se contentait de se mettre au-dessus des affaires par la mort de M. de Turenne ; qu'il en serait fait prince et aurait permission de se retirer. »
Ce qui lui arriva, ainsi que M. de Lorraine l'avait pensé. Comme ce prince était extrêmement chagrin, je lui dis qu'il avouât s'il ne serait pas bien aise de commander l'armée ce jour-là.
— <( J'en donnerais un de mes bras, me répondit-il ; mais il n'en faut rien témoigner ! »
Le lendemain, les ennemis séjournèrent et M. de Montecuccoli dit « qu'il était plus aisé de les battre
(1) Godefroy-Mauhcf de la Tour-J'Auver^ne, duc dr Buuilloo; il dpvi(»ndra grniid-< hambcllnn d<' France.
DERNIÈRES CAMPAGNES
dans leur retraite que de hasarder à passer le ruisseau devant eux. » Il me pria, en mon particulier, d'y avoir Toeil et de l'en avertir ; je l'assurai que je le ferais.
Sur les onze heures du soir, j'entendis dans leur camp un jçrand bruit, dont j'avertis Montecuccoli. Une heure apr«*s, je lui mandai que, de certitude, ils se retiraient et qu'il m'envoyAt des outils pour l'aire des passages; il m'écrivit qu'il serait à moi au point du jour.
En eiïet, il arriva après que les ennemis eurent fait leur retraite, à la réserve de leurs grand'gardes, qui étaient sur les hauteurs. Je lui demandai permission de passer le ruisseau (1) avec deux escadrons. Ce que les gardes ne virent pas plutôt, qu'elles se retirèrent par un marais, dessus lequel les Français avaient fait des ponts, qu'ils rompirent à mesure qu'ils étaient passés.
Dès que je fus sur la hauteur, je vis toute leur manœuvre ;2). Montecuccoli, y étant arrivé avec tous les généraux, ordonna que toute l'armée passât le ruisseau en diligence.
Ce fut alors qu'il s'éleva contre lui un murmure secret qui n'était pas à sa gloire. Pour moi, je n'en disais mot, quoi<jue j'y fusse plus intéressé que les autres par le peu de conliance qu'il avait témoigné pour les avis que je lui avais donnés. Mais, voyant l'impossibilité de suivre les ennemis, il voulut y aller lui-même,
(4) De Sasbach.
(2) Turcniie nV'Iait pas enseve-li, que ses deux lieutenants g^ni'raux, Yaubrun et Lorges. se disput«Tent le commandement. Apn'îs un»^ bruyaule altercation devant le front de l'armée, ils d«''cid»'Tcnt d»? le partager, en l'exen anl, à tour de rôle, un jour chacun. Les opérations se ressentirent de cette malentente ; l'ordre de la veille était changé le lendemain. Aussi un grenadier de Champagne osa dire tout haut, s<ins qu'on osdt le pendre :
— «« Lâchez la pie, elle nous conduira ! »
La pie était la jument de Turenne.
avec mon régiment de dragons et deux de cavalerie, se faisant suivre par l'armée, qu'il lit camper à Urloffen, à trois heures de notre camp. Chultz, chemin faisant, prit quelques tralneurs.
Le lendemain (29 juillet), il fut résolu que nous gagnerions Wilstett, pour avoir la communication de Strasbourg, que nous n'avions pu avoir de toute la campagne. Notre général se mit en marche, deux heures avant le jour, avec 4,000 chevaux et les deux régiments de dragons ; il prit tous les généraux, (à la réserve du prince Pio et de moi) et fit attaquer Wilstett avec 600 dragons. La ville se défendit assez bien, mais elle fut, à la fin, forcée, par les goujats et les femmes de l'armée, dans Tespérance d'y trouver une grosse quantité de vivres. On en sauva encore pour huit jours pour l'armée.
On songea à prendre le château, qui est sur la Kinzig. Les partis que j'avais envoyés me rapportèrent que les ennemis la passaient. J'en donnai avis à Montecuccoli; mais il ne voulut pas qu'on les suivit, disant que cela nous empêcherait de prendre le château. Le comte de Lorges vint, la nuit, de l'autre côté, avec un corps de cavalerie, retirer les cinq bataillons du château et y mettre le feu, sans que nous nous en soyons aperçus.
Le lendemain (!•' août), nous passâmes la Kinzig et marchâmes sur les pas des ennemis (que nous apprîmes faire un pont T sur le Rhini, dans le dessein d'attaquer leur arrière-garde ;1"" août). On me donna l'avantgarde ; j'en détachai mon régiment avec les Croates (2),
(1) A Alleulioiiu.
(2) Il y a depuis longtemps des cavaliers rroatcs dans les armées de TEmpcreur. Ce sont les avant-coureurs^ qui, comme une nu«^e de sauterelles, précèdent l'avant-garde, t< pires que bétes féroces, comme dit Pontis, quand ils sont en force, et qui \ârhpnt pied et s'év.inouisspnl à la prpinit'>ro décharge, quand iU
DERMÈRES CAMPAGNES
que je fis marcher à une demi-lieue devant moi pour me donner des nouvelles.
Etant arrivé sur une petite hauteur, je vis revenir les Croates à toutes jambes, l'épée à la main ; ce qui me fit avancer. J'eus assez de peine à les retenir et à savoir d'eux la raison de leur fuite ; ils me dirent « que toute l'armée des ennemis était dans un grand bois de haute futaie, qui se présentait à mes yeux, et que mon régiment s'était posté sur un pont, à la droite du bois. »
Mon lieutenant-colonel m'envoya un ollicier pour me dire la même chose ; je le fis passer à Montecuccoli, qui arriva quelque temps après. Je crois que le murmure qui s'était fait parmi ses ofliciers généraux après la mort de M. de Turenne, le détermina à combattre ; car, dès que la première brigade d'infanterie fut arrivée, il commanda qu'on chargeât.
Je devais être à la droite, mais il m'envoya à la gauche. Je commençai à donner avec les régiments de Slahrembcrg, de Grana et de Souches ; j'eus affaire au régiment de Champagne, dont le lieutenant-colonel (1», 16 capitaines et quasi tous les officiers subalternes furent tués. On y prit un capitaine nommé des Réaux, que j'envoyai à mon équipage. De mon cMé, Stahremberg fut blessé et porté à Strasbourg. Les ennemis furent poussés jusqu'à un petit ruisseau {2) et emmenèrent avec eux une petite pièce qui était au régiment de Stahremberg ; le charretier, croyant que c'était de nos gens, les avait suivis de bonne volonté. Un de nos
Irouvenl à (|ui parler. >» Dans l'invasion du lunile de lialias en Bourgogne, en septembre 16.^6. la cavalerie croate, conduite par Forkhalz el Isolani, n'avait laissé* sur son passage qu'incendie, massacre el ruines. (Hatailles fmnrniscs, 3 volumes.}
(1) M. de BrtWal.
(2) L'Eich-Wald.
généraux de bataille, nommé Hilmenser, en fit de môme.
Dès que les ennemis eurent passé le ruisseau, ils firent ferme. Il y avait des Irlandais ou des Anglais, qui criaient comme des fous. Montecuccoli, en voyant les ennemis se retrancher, ordonna d'en faire autant de notre cAté.
11 se passait, à la droite, un autre manège. Diinnwald, contre les ordres de Montecuccoli, fit passer le pont que mon régiment gardait. Il poussa quelques escadrons ; mais un corps de cavalerie leur fil repasser le ruisseau plus vite que le pas ; il perdit .tOO hommes et fut renversé lui-même. L'étendard-colonel de mon régiment y fut pris, et je trouvai qu'on était bien heureux d'en être quitte à si bon marché après la faute qu'on avait faite de notre côté. Les ennemis nous canonnaient furieusemont ;»le malheur tomba sur les chevaux, dont il y eut 40() de tués, alors qu'on ne perdit que liO hommes.
Nous restAmes ainsi trois jours dans nos retranchements; le matin du troisième, Montecuccoli et le prince Hermann de Bade me dirent qu'ils voulaient se retirer du côté de Strasbourg. Le prince de Lorraine et moi en fi'kmes surpris, mais nous n'étions pas les maîtres. Je reçus l'ordre de marcher à minuit et, dès que je serais hors du bois, de rester avec 4,000 chevaux pour faire l'arrière-garde.
Je m'en allai à mon poste, où je trouvai le prince Pio, qui vint souper avec moi, c'est-à-dire manger un morceau, car nous n'avions pas nos bagages. Dans ce temps-là, un capitaine de son régiment lui manda que les ennemis se retiraient (4 août). Nous fûmes nous en éclaircir et en donnâmes avis à Montecuccoli. Si nous eussions osé, nous aurions fait passer notre cavalerie et nous aurions eu le temps de donner sur leur arrièregarde, leur pont étant à une demi-lieue de là.
DERNIÈRES CAMPAGNES
Monlecuccoli eut une si grande joie de leur avoir fait repasser le Rhin qu'il n'en demanda pas davantage et ne voulut pas les troubler dans leur retniitev disant :
— «Il faut faire un pont d'or à l eoiiemi qui se retire ! »
Jamais il n'y eut une si belle occasion de défaire une armée; la consternation y était tellement répandue que je ne crois pas ({u'il s'en fût sauvé la moitié, sans la crainte de Montecuccoli, qui ne voulait rien hasarder, et sans la bonne conduite du comte de Lorge (1), qui fit la plus belle retraite du monde. Les mesures qu'il y prit furent toutes justes et, dans une aussi mauvaise conjoncture, il sut se retirer si bien d'affaire que le Roy lui en donna le bâton de maréchal de France (2), qu'il avait très bien mérité.
Nous vînmes camper, le même jour, au fortde'Kehl, et, le lendemain, nous passâmes le Rhin sur le pont de Strasbourg pour aller à Vanzenau (3). Nous y restâmes huit jours, après quoi je fus détaché pour aller investir Haguenau(4) (18 août).
L'armée n'y fut pas plutAt arrivée qu'on ouvrit la
(1) (iuydr Durforl, lioutfnnnl g<^n<'*ral drpiiis 1672.
(2) Il fui iIp la promotion «les huit inaivriiaiix queMmedeCornuel a appolrs si plais^ininienl « la monnaie de M. de Turenne-. Les autres •'•taient .Navailirs, Kstiades, Srhont)Pr^, Vivonne. La Keuillade, .Montinorcnrv-I.uxenihtiurg el Hoclifforl.
(3) Sur la rive gaiicli)* ilii nhiii. à deux liru*'s nord-est d»- Strasbourg.
(4) Défendu par Andn- dr .\lalllii»'U de Caslellas, lieutenantcolonel du régiment de la Marine. La garnison se composait de 1,400 hommes d'infanterie elde 150 chevaux, ('ondé, nommé au commandement de l'armée de Turenne, et qui, le 18 août, la réorganisait au camp de ChAtenois sur la Giesel, à trois lieues et demie à l'est de Sainte-Marie-aux-Mines, dit, en apprenant que les Impériaux assiégeaient Haguenau :
— «■ La Marine y est. j'ai le li mps d'arriver: et puis je connais
tranchée et, quatre jours après, nous levâmes le siège, Montecuccoli disant qu'il allait au-devant de M. le Prince, qui venait au secours.
Il était vrai qu il avait joint l'armée des ennemis ; mais il ne l'était pas du tout qu'il marchât à nous.
Nous vînmes camper (24 août) à la porte de Strasbourg (1) et M. le Prince en fit autant au de là d'une petite rivière qui s'y jette. Il se saisit de trois châteaux qui sont sur les bords, du cùié où nous étions (2). Montecuccoli les fit attaquer et ils se rendirent à discrétion à VVertmuller, Suisse de nation, dont j'ai déjà parlé comme du plus grand coquin et brutal de tous les hommes. Cet infâme voulut que la discrétion ne fût autre chose que de les faire tous tuer, les uns après les autres, devant lui.
Comme il les faisait assassiner, il y eut un gentilhomme bien fait, nommé Montenay, de Normandie, parent de Relesbat, qui, en parant le coup de sabre qu'on lui portait sur la tète, s'écria qu'il était neveu de M. le comte de Chavagnac.
Un ollicier, qui l'entendit, empêcha qu'on ne redoublât dessus lui et me l'amena, me disant de faire demander justice pour mon neveu à Montecuccoli de l'action infAme que Wertmuller venait de faire.
Matthieu, s'il manque de boulets, il se fem mettre dans un ranon ! »
Il lui »krivit de tenir bon et qu'il serait seeuuru.
— >< Tant que Matthieu sera .Mallhieu, répondit le vaillaul officier, Ha(;uenau sera au Uni! »
Le siège fut levé et Matthieu nommé colonrl du régiment de la Marine: il devint brifîadier en 1078.
(1) \ Eckbolsheim, sur la Brusch, à une derai-lieue ouest de Strasbourg.
(2) Condé, parti de Chûtenois le 19 août, campait, le 21, sur la Busch, entre Holzheim et Linpolsheim. Les deux armées étaient au contact le 24 aoftt.
DERNIÈRES CAMPAGNES
J*cusuno grande impatience de le voir, croyant que ce pouvait être Tainé des enfants de mon frère qui était à l'armée ennemie. Mais j'y fus détrompé, car celui qu'on m'amena me dit « qu'ayant été page du Roy avec feu mon neveu le chevalier, son ami particulier, il avait cru que je ne trouverais pas mauvais qu'il se fût servi de mon nom pour sauver sa vie. »
— « Vous m'avez fait beaucoup de plaisir », lui dis-je.
Je lui donnai de l'argent (qu'il me lit f«)rt bien rendre), et le traitai comme s'il avait été le véritable fils de feu mon frère.
Comme, du château où il avait été pris, il était diilicile de découvrir ce qui était derrière à cause de quantité d'arbres qui étaient au bord de la rivière, je priai M. de Montecuccoli de me permettre d'aller sur une hauteur .qui était à notre droite ; il y consentit et je m'y fis escorter par son régiment.
D'abord que j'y fus arrivé, je découvris l'armée de M. le Prince en bataille, qui pouvait être composée de 20,000 hommes ; la nrMre était de 30,000 et, de la hauteur dont je parle, on pouvait canonner aisément celle des ennemis.
M. de Montecuccoli, qui y vint sur ce que je lui mandai, fit faire une batterie de grosses pièces, qui n'eurent pas plulùt tiré que M. le Prince fit plier les tentes, car son camp n'était pas à couvert et se trouvait très incommodé de notre batterie (1).
M. le Prince se retira paisiblement (2) f20 août). Diïnnwald, qui le suivit avec mille chevaux, prit autant de traineurs qu'il voulut. De là, nous retournâmes en
(1) Il n'avait que quelques pièces «le canipagiif pour riposter aux 50 gros canons des Impériaux.
{•il A Hipsheim, sur i'ill, et, de Wi, le 29, dans le camp retranché de Clitltenois, où il allendil ratt4-iqup des lmp«Tiaux. Elle nVul pas lieu ; Monleruceoli avait 67 ans. il Taisait la guerre
arrière, et vînmes camper ù Landau. Nous fîmes fortifier Lauterbourg pour empêcher les convois qu'on voulait jeter dans Philippsbourg.
Le prince de Lorraine, ayant appris la mort du duc son oncle ( l) (17 septembre) et que le prince de Vaudemont voulait débaucher 4,000 chevaux qu'il avait, pour les mener aux Espagnols, demanda congé à Montecuccoli pour lui et pour moi ; mais Montecuccoli ne voulut jamais me permettre d'y aller.
Le duc partit en diligence et arriva juste comme il fallait, car les Lorrains branlaient au manche. Mais, à son arrivée, chacun se donna à lui, et l'Empereur lui accorda un très bon quartier d'hiver pour ses troupes dans la Souabe.
Le mien fut dans la Saxe-Gotha, où l'on m'ordonna
depuis 1627; il ne ^foulut plus lenler la forlulK- coiUrR In grand Condé, qui, lui aussi, avait besoin de repos. Montecuccoli •évolua entre les Vosges et le Rhin jusqu'à la mi-novembre (1675), où il rail ses troupes en quartiers d'hiver. Cond*^ n'partit les siennes en Alsjice et alla terminer à Chantilly la carrii^re aventureuse, dont il ne faut retenir que les batailles gagnt^es sur les ennemis de la France : Rocroy, Fribourg, Nordlingen, Lensel SencITe.
(1) Charles IV.
CÀ-gil un pauvre duc sanst«rres, Qui fut, jusqu'à ses derniers jours.
Peu fidùlo dan>* ses amours
Et moins fidèle dans ses guerres.
Il donna librement sa foi.
Tour h tour, à chaque couronne.
Et se fit une étrange lot Do ne la garder k personne.
il entreprit tout au hasard, Se nt (uut blanc de son épée ; Il fut brave comme César Et malheureux comme Pompée !
(Ptirillon. Tetitnmfnl tir Chai les IV.)
DERNIERES CAMPAGNES
de conduire cinq régiments avec le mien, (1) et Dûnnwald pour commander en mon absence.
Je n'y eus pas demeuré trois mois que je reçus l'ordre de céder ce pays-là et Tabbaye de Fulde à l'Electeur de Brandebourg, et de m'en aller, avec les troupes que je commandais, dans le Wurtemberg.
J'y appris la mort de mon pauvre frère (2) (10 avril 1676), qui fut le plus sensible coup que j'aie reçu en ma vie. J'en tombai dans une si grande faiblesse qu'il m'en prit une maladie, qui épuisa mes forces de telle manière que je ne pouvais me soutenir. Ce qui fut cause que je ne pus quasi servir la campagne suivante. Je l'écrivis à Montecuccoli, (|ui m'ordonna,
(1) Cllava^na^ écrit à Charles de Lorraiiu*, le 6 janvier 1876, de Salzungen, (entre Eiscnach et Cobourg) : *
Monseigueur,
Comme Votre Altesse a souhaité que mes ofllriers retournassent auprès d'Elle pour savoir ses dernières volontés, je les renvoie pour cet effet et la supplie très-humhlement de vouloir donner une lin. afin (jue je puisse être en état de pouvoir mettre mon régiment. Ce qu'ils tomberont d'accord avea V, A., je le tiendrai fort ponctuellement, croyant que V. A. en fera de même de son cùté; et aussi, je supplie V. A. d'ajouter foi à ce qu'ils lui diront de ma part et de croire que, toutes et quantes fois que je pourrai lui faire connaître la passion que j'ai de m'ac«|uérir l'iumneur de s<i bienveillance, que je n'en perdrai pas une occasion et que personne ne soit plus que moi, toute ma vie,
De Votre Altesse, le très-humble et très-obéissant serviteur,
Monseigneur
G. DE Chavagnac.
Le fac-similc de cette lettre est reproduit page 439.
(2) François de Chavagnnr, comte de l.ugarde.
de la part de l'Empereur, de ne pas aller à l'armée que ma santé ne fût entièrement rétablie.
Je restai à Cassel, où je vis bien du changement dans cette Cour. Le prince, qui avait vécu dans une entière dépendance de la régente, Mme sa mère, commençait à s'ennuyer. Elle lui avait fait épouser la princesse de Courlaude, dont il avait eu deux enfants ; néanmoins sa sujétion était si grande qu'il n'osait aller nulle part sans le consentement de la régente. Celle-ci feignait de vouloir lui remettre le pouvoir, en disant qu'il était temps qu'elle prit quelque repos, et me le répétait souvent, croyant que je pourrais donner conseil au prince de se tirer de la dépendance où elle l'avait nourri. Le prince, de son c6té, m'en faisait ses plaintes. Je tAchais de concilier les esprits, qui étaient sur le point de se brouiller, quand le mécontentement du prince éclata, par l'occasion qui se présenta dans cette conjoncture.
L'Electeur, frère de Mme la Landgrave, obtint, par importunité auprès de l'Empereur, un ordre pour mettre 6,000 hommes dans le pays de Hesse. La cour de Cassel en fut d'autant plus surprise, que Sa Majesté m'avait chargé de l'assurer, de sa part, qu'on n'y mettrait aucune troupe. On assembla le Conseil, où Mme la Régente dit qu'elle était fort embarrassée et qu elle ne savait où mettre ces 6,000 hommes. Sur quoi, le Landgrave lui répondit qu'il y donnerait bon ordre et, là-dessus, il sortit brusquement du conseil. Il envoya l'ordre à toute la noblesse du pays de se rendre dans trois jours à Cassel ; il fit assembler les troupes et lit avertir les élus de se joindre incessamment.
Les élus sont une espèce de milice, formant un corps de 12,000 hommes choisis, tous fantassins et beaux soldats.
DERNIÈRES CAMP\(.NES
Il voulut que tout le monde lui fit serment de fidélité. Cette manœuvre surprit furieusement tout le pays, car jusqu'alors il avait passé pour un prince si faible qu'il n'osait pas môme changer d'habit sans la permission de Mme sa mère.
Je ne savais rien de tout cela, car l'on ferme les portes quand on tient conseil. Mme la Landgrave m'envoya prier de venir à la Cour. Je trouvai le grandécuyer du prince, qui me dit « que je n'avais jamais été si nécessaire que je Tétais en ce jour. »
J'allai trouver Mme la Landgrave, qui m'apprit tout ce qui s'était passé. Elle me croyait l'auteur du conseil qu'avait pris le prince et me faisait de grandes plaintes (non sans raison) contre l'Empereur, qui durèrent jusqu'à ce qu'on eût servi.
Le prince fut, à table, plus gai qu'à l'ordinaire et lit diner avec lui l'oflicier général de l'Electeur, qui assura Son Altesse que les troupes de son maître seraient si peu sur ses terres qu'elles ne s'en sentiraient pas.
— « Je le crois tout comme vous ! » lui répondit le F*rince.
Mais Mme la Landgrave dit qu'il fallait envoyer un courrier à l'Empereur pour lui faire savoir qu'on pourrait trouver des amis qui ne leur demanderaient pas de quartiers d hiver. A quoi M. le Landgrave réponditque, pour lui, il n'y enverrait pas. Il me proposa d'aller u la chasse, puis ensuite de me. faire voir sa garnison, qu'il avait ordonné de mettre sous les armes.
— « D'où vient que vous avez donné ces ordres ? lui demanda Mme sa mère.
— » C'est parce que je veux être le maître et qu'il en est temps ! »
Et, se tournant, en même temps, du côté de l'ollicier de Brandebourg :
— « Vous rapporterez à M. mon oncle, iui dit-il, que j'aurais fort espt*ré sur sa protection pour la conservation de mon pays ; mais puisqu'il n'a nulle considération pour moi, je n'en aurai pas pour ses troupes et je me trouverai, avec 10, 000 hommes, au pnssag^e, pour les recevoir. »
Mme la Landgrave s'emporta beaucoup et dit que sa vie n'était pas en sûreté ; mais le prince lui répliqua ce <|u'il ne manquerait jamais au respect qu'il lui devait. »
Heureusement je ne pouvais pas 0*tre accusé de tout cela, n'ayant pas vu le prince en particulier. J'étais néanmoins fort embarrassé de voir la Régente se désespérer, la femme du prince pleurer, la princesse Elisabeth, sa tante, me prier d'arrêter le prince et de l'emjiècher d'aller à la chasse.
Je fis si bien que je le ramenai dans sa chambre, où l'on fit bien des allées et venues, ensuite desquelles le prince fut déclaré régent.
On envoya deux courriers, l'un à l'Electeur pour le ])rier de suspendre la marche de ses troupes, l'autre à l'Empereur pour lui en porter les plaintes, tandis que les troupes de Hesse allaient se poster sur les bords du Wéser, pour empêcher b? passage à ceux qui voudraient entrer dans la liesse.
L'Empereur, qui voyait de quelle conséquence il était d'engager dans ses intérêts le Landgrave, qui, jusqu'alors, avait tenu la neutralité, m'envoya des ordres secrets pour ménager l'esprit de ce prince autant que je pourrais. Il joignit à ces ordres une copie de la lettre que l'Electeur lui avait écrite, avec la réponse de Sa Majesté Impériale, par laquelle il priait l'Electeur d'envoyer ses 6,000 hommes dans la Saxe-Gotha. Ce qui lui déplut beaucoup, parce qu'il avait traité avec les princes
UKRNIKRES CAMPACNES
de Saxe-Gutlia à 4UU»00() livres, dont il avait touché 100,000 écus et Mme rKlectrice 100,000 livres.
Le Landgrave, inquiet du courrier que j'avais reçu de Vienne, m'envoya prier de diner avec lui ; Mme la Landgrave y était. Je leur dis « que j'avais à leur rendre des lettres de l'Empereur, par où ils verraient que Sa Majesté n'avait pas manqué aux paroles «|u'Elle avait données. Le prince les lut en plein conseil et me pria d'y venir, disant que je ne lui étais pas suspect et qu'il avait plus de confiance en moi qu'en personne au monde.
Ce qui donna une si grande aversion pour moi à la Landgrave qu'elle ne put s'empêcher de la témoigner, à la lecture de la copie de la lettre de l'Electeur à l'Empereur et de celle de Sa Majesté Impériale.
— a J'ai un bon oncle ! s'écria le Landgrave ; il est inutile de tenir conseil et il n'y a qu'à remercier l'Empereur de ses bontés ! »
Ce dont il me chargeait en mon particulier, croyant que je voudrais bien continuer à maintenir la bonne intelligence qui était, depuis si longtemps, entre lui et Sa Majesté Impériale.
HUITIÈME PAHTIE
CHARLES V. DUC DE LORRAINE