LA PRINCESSE UE MECKLEMBOUR
» Que le Duc lui céderait le bailliage de Launoy (1);
» Que Nancy serait rasé et que le Duc tiendrait garnison dans la citadelle ;
» Que le Hoy payerait quatre sols pour chaque soldat; dix sols pour un cavalier et les places des officiers à 1 avenant. »
Après que j'eus reçûmes pouvoirs, je partis de Kymbourg et revins trouver à Francfort la princesse, qui, après que nous fûmes convenus, envoya les propositions à la Cour de France, signées de Tun et de l'autre.
Ensuite, pour me faire voir qu'elle était autorisée, elle sortit une lettre de M. de Pomponne (2), qui lui disait que le Roy la remerciait du traité qu'elle avait conclu avec les princes de la maison de F^runswick, « mais qu'elle ne pouvait rendre un service plus agréable au Roy qu'en en faisant un avec M. de Lorraine ; que, pour cela, il se fallait servir de moi ; qu'autrement j'empêcherais tout ce que l'on pouvait faire. »
Je lui disque M. de Lorraine était mal connu à Versailles et que ce prince était plus qu'un autre en étatdn se gouverner lui-même, puisfju'il y avait peu d'hommes au monde ayant plus d'esprit et de pénétration que lui.
Le courrier, que nous y avions envoyé, revint, il nous apporta, pour toute réponse de M. de Pomponne, que « Sa Majesté s'étant accommodée avec tous les
(1) Launoy-sur-Vence, ranlon de Sit^ny-l'Abbaye, arrondissement il»; Mt'3r.ières (Anleiin«'s.\
(2) Simon-Arnauld, mar(|uis de i'ompoiino, lils d'ArnanlJ d'Andilly, ami de Kouquel «;l disgracié avec lui en 1002, deviiU ambassadeur de I^ouis \IV en Suède et en ilidiande; puis, en 1678, il reinplara Hugues de Liuune au ministère des AtTaireH étrangères. Disgracié de nouveau en 1679, sur les insUmces de Louvois son rival, il redevint ministre eu 1691, et le fut jusqu'à sa mort (1099),
CHARLES V, VVC I)K LOltHAIXK
potentats de l'Europe, il ne lui restait plus d'ennemi que M. de Lorraine, dont Elle tâcherait de se garantir! »
On peut s'imaginer si la princesse, le Duc et n^oi, eûmes raison d't^tre surpris de nous voir ainsi joués par M. de Pomponne! Mme de MecklemUourg s'en retourna avec ma femme (1) à Zell, d'où je la priai de la mener en France, jusqu'à ce que j'eusse pris mon temps pour faire approuver mon mariage par l'Empereur (2).
Sur ces entrefaites, je reçus ordre du duc de Lorraine de réformer 4 régiments lorrains et les 4 compagnies de chevau-légers. Je lui représentai le tort qu'il se faisait de se priver de la seule chose qui lui pouvait donner de la considération. Mais tous ses ministres lui avaient si bien persuadé que ce procédé obligerait le Roy à ratifier le traité que j'avais signé, qu'il m'envoya un second ordre, auquel j'obéis.
11 m'en vint un autre de l'Empereur de conduire eu Bohème toute l'infanterie et 4,0(K) chevaux, qui faisaient en tout 20,000 hommes. Je fus assez heureux pour «pie tous les princes, sur les terres desquels je passai, envoyassent des relations agréables de la conduite que mes troupes avaient tenue. J'avais tous les lieux du monde, après cela, de croire que je serais bien reçu à la Cour, qui était alors à Prague, à cause de la peste qui était à Vienne (3).
Comme je me préparais à aller faire la révérence à
(1) Cliaviigimc n'en parlera |ilu.s; d'Hozier nous apprend (]ue la « omlesse (iaspard de Cliavagnac vivait encore en 1728 et qu'elle avait un (ils, (laspard-Ooniinique de Chavafîiiar. religieux de l'abliayede Sainl-(4laiide, en Hourgopnr.
(2) C(;tte approbation fut donm'îe.
(3) l.a peste de 1679 fit à Vienne 50,tHH) victimes. L'Empereiii avait fui devant le Iléau, comme il devait Tuir devant les Tnn s en 16H3.
LA PRINCESSE DE MECK LEMBUURf;
TEmpereiir, la goutte me prit, si terrible qu'il me fut impossible de quitter le lit. Le marquis de Grana le dit n Sa Majesté Impériale, mais cela n'empêcha pas qu^à la réforme qui se fit, mon régiment ne fût du nombre.
J'avoue que je ne m'y attendais pas et que ce coup me fut sensible, parce que je l'avais destiné pour mon neveu qui est, à présent, dans la Gendarmerie (1). Sans compter que ce régiment s'était acquis beaucoup de réputation et avait rendu de bons services dans les campagnes qu'on avait faites. Néanmoins, 2,000 plstoles qu'on donna au secrétaire de Montecuccoli firent qu'on maintint celui de Stinimb préférablement au mien, bien que ce fût un régiment nouveau, qui n'avait jamais servi. On m'ordonna de désigner quatre compagnies, qu'on me conserverait ; mais je ne voulus nommer que celle de La Mothe. Pour comble de disgrâce, on me rabattit 4,000 francs de la pension ordinaire que l'Empereur me donnait.
Le marquis de Grana, mon ami à outrance, fut, de son propre mouvement, représenter à Sa Majesté Impériale le tort qu'on me faisait et que, loin de me récompenser, on diminuait mes pensions ; qu'apparemment il fallait que mon service ne fût pas agréable à la Cour. Il n'eut d'autre réponse de l'Empereur sinon qu'on me satisferait.
Le marquis de Grana, qui m'apprit ce qui s'était passé, m'obligea à donner un mémorial à l'Empereur (qu'il dicta lui-même), par lequel je demandais mon
(l) Aniiet de Chav.•l^na^•. Il y ilevinl i^useigne en, 109» et épousa, le 27 février 1699, Catherine Gharpiii de la Forest des Halles, nile deBallhazar et de Louise de Villars. Sa Hile unique. Marie-AiiiU'-Jos»'(»lie, épousa, !<• lo février 1721, le hartm Thomas d Espini hal, exeuipl des gardes du corps »'t iii»"<lrr ili- < ;iiiip dr cavalerie.
CHARLES y, DUC DE LORRAINE
congé; on me le refusa par trois fois. A la lin, Grana, voyant qu'on ne me donnait aucune satisfaction, s'emporta tellement pour mes intérêts, qu'il l'obtint. Il me fut accordé le plus honnête que je pouvais souhaiter, et l'Empereur fit mettre que toutes et quart tes fois que je voudrais revenir à son service, je serais le bien reçu et je pourrais reprendre mon rang comme si je ne m'étais pas absenté.
Sans doute, tout le monde me blâmera dans cette occasion, et la suite de ma mauvaise destinée n'a que trop justifié ce blâme; mais la vivacité de M. de Grana et peut-être mon opiniâtreté en furent cause. Quoiqu^il en soit, il faut que j'avoue que j'eus un très grand tort ; d'autant que, trois ans après, les Turcs assiégèrent Vienne et je n'aurais pas manqué, dans les guerres qui ont suivi, déjouer un bon nMe et de rendre ma condition telle que je l'aurais pu souhaiter.
Je j)ris congé de tous mes amis et amies, qui me témoignèrent tant de chagrin et de douleur de me quitter, que je puis dire sans vanité que jamais étranger n'a été plus aimé en ce pays que je l'étais. J'acceptai une belle maison appelée Eteling, que le prince Louis de Bade avait sur le Rhin et qu'il m'olfrit. J'y demeurai quelque temps pour savoir ce que je deviendrais.
11 arriva, en ce temps-là, â Stuttgard, chez le prince de Wurtemberg, un gentilhomme ordinaire du Roy, qui revenait de Pologne. Le marquis de Vitry (l) me l'adressa pour que je lui fusse de quelque secours à son retour en France ; il demeura quatre jours avec moi. Etant arrivé à la Cour de France, il crut me rendre un grand service de faire connaître qu'il ne serait pas dif-
(1) François-Marie de l'HApitai, duc de Vitry, ambassadeur de Louis XIV on Bavière.
[1681] L\ PRINCESSE DE MECKLEMBOL'RG 429
fîcile de me retirer d'Allemagne. 11 agit si bien pour cela, qu'au bout d'un mois, il revint, en m'apportant, de la part du Roy, une lettre par laquelle Sa Majesté me permettait de revenir en France, avec l'assurance que ce ne serait pas la dernière grâce que je devais attendre de sa bonté.
L'espérance qu'on me donnait, jointe au désir naturel à tous les hommes de revoir leur Patrie, l'emporta sur la réflexion que j'aurais dù faire qu'on ne désirait m'attirer en France que pour me faire ser\ir d'exemple à tous ceux qui auraient envie de sortir du Royaume pour se jeter dans le service des étrangers.
Je me flattais (et je l'avoue à ma honte) qu'ayant, toute ma vie, donné dans les secrets de la chimie ou d'autres approchants, je me tirerais du moins d'afl'aire par le moyen d'un Allemand, que j'avais amené avec moi de Bohême et qui savait changer le fer en acier. Comme j'en avais vu des épreuves et qu'il n'y en avait pas €n France, j'espérais en établir une manufacture qui serait d'un gros revenu.
Mais je me suis toujours abusé et tout le secret que j'y ai trouvé, c'est d'y avoir mangé beaucoup d'argent, sans qu'il m'en soit jamais rien revenu.