‹ Mémoires du comte Reynier, général de divisionChapitre 32 sur 43 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

BLOCUS D ALEXANDRIE JUSQU'A l'eNTIÈRE CONSOMMATION DES VIVBBSJSON ÉVACUATION .

Pendant que la moitié de l'armée anglaise et les deux armées turques agissaient dans l'intérieur de l'Egypte , et jusqu'après l'évacuation du Caire , il ne se passa aucun événement remarquable à Alexandrie. Les troupes étaient toujours campées sur les

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hauteurs de Nicopolis , et y remuaient beaucoup de terre. On enlevait des ouvrages de la place des pièces de gros calibre , pour armer ces retranchemens. Cette position trop étendue pour le nombre des troupes, avait encore le défaut de nuire au rassemblement de forces suffisantes pour s'opposer à rétablissement des Anglais au Marabou , qui devait être leur première opération offensive : au lieu que si on s'était borné à la seule défense des ouvrages et de l'enceinte de la place, on aurait pu les dégarnir momentanément pour opposer toutes les forces à l'ennemi , sur les points où il se serait présenté. La plus grande partie des ouvriers étant employée à ce retranchement, on ne pouvait travailler que lentement à perfectionner les fortifications d'Alexandrie. On acheva cependant de revêtir sa nouvelle enceinte , et le général Menou fit construire un nouveau front, sur le bord de la mer, pour fermer, du côté du port, la place, où il était campé avec son quartier-général. La nécessité de clore d'abord la ville, et de défendre son enceinte , avait fait retarder précédemment la eonstruction de deux forts , l'un surJa bautdhr dite de Cléopâtre, et l'autre sur celle de la colonne de Pompée : ils étaient nécessaires pour défendre les approches , parce que l'ennemi, une fois "établi sur ces points, aurait de là commandé toute la ville d'Alexandrie , le port Neuf et la communication des postes , et qu'il aurait pu s'en rendre maître en moins de six jours. On avait plusieurs fois parlé au général

Menou de l'importance de ces ouvrages ; le général , Régnier les lui avait recommandés en partant. Après le départ de cet officier, on y employa un plus grand nombre d'ouvriers , et ils furent rendus susceptibles de défense. L'inondation du lac Maréotis, qui venait baigner le pied des hauteurs de la colonne de Pompée et resserrait la position des Français , rendait l'occupation de ces hauteurs encore plus importante , parce qu'elle obligeait les ennemis à n'attaquer qu'un seul front d'Alexandrie, ou à diviser leur armée pour investir entièrement cette place. Les généraux Samson et Bertrand, commandant le génie , et le général Songis , commandant l'artillerie , dirigeaient , autant qu'il dépendait d'eux , ces ouvrages , d'après un bon système de défense : mais faisant d'inutiles efforts pour éclairer le général Menou, ils durent souvent.se borner à exécuter les travaux et les dispositions ridicules qu'il leur prescrivait.

Le général Menou s'était fait illusion sur l'approvisionnement d'Alexandrie et sur l'état des magasins, jusqu'au moment où toute communication avec l'intérieur de l'JÊgypte lui fut interdite. Ce ne fut qu'en prairial qu'on s'occupa sérieusement de mettre de l'économie dans les consommations; on vit que les blés qui restaient en magasin seraient bientôt épuisés, et on y mêla du riz pour la fabrication du pain , d'abord dans la proportion de deux tiers de blé et d'un tiers de riz , ensuite d'une moitié de blé et d'une moitié de riz. Les Arabes ,

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attirés par l'appât du gain , apportèrent des blés à Alexandrie. On acheta, à très haut prix, pour les magasins de l'armée , tout ce qu'ils apportèrent. Ces convois , dont quelques uns étaient assez considérables, fournirent pendant deux mois une partie du blé nécessaire à la consommation. Les caisses étant vides , les officiers , les administrateurs, les négocians, etc., versèrent l'argent qu'ils avaient ; on s'en servit pour payer les grains apportés par les Arabes, et pour quelques autres dépenses.

Quoique le spectacle de tant d'opérations désastreuses, les jalousies , les délations, et la terreur qui en était la suite, dussent porter le découragement dans toutes les âmes , chacun était Cependant résolu à souffrir pour l'honneur de l'armée; et on sentait généralement que pour donner le temps de terminer les négociations de la paix, il était nécessaire de prolonger la défense d'Alexandrie.

Le général Menou , en faisant partir le général fteynier , n'avait pas écrit directement contre lui; ensuite dans des dépêches subséquentes il annonça que ce départ avait éteint tous les partis qui para-* lysaient ses opérations; il renouvela l'engagement de conserver l'Egypte, et continua de tromper le gouvernement par de faux rapports sur la situation de l'armée et sur les événemens de la campagnjsF; croyant détruire, par des espérances flatteuses, l'effet que devait produire l'annonce de toutes ses fautes . Quoique la conduite du général Menou envers le général Reynier ne pût être justifiée, des

succès lui auraient cependant donné une excuse apparente ; mais il fallait savoir se les procurer ; il fallait pouvoir sentir que le moyen de les obtenir était la réunion de Tannée, et des manœuvres actives et audacieuses dans l'intérieur de l'Egypte; il fallait sentir qu'au lieu de rester campé dans Alexandrie, la place du général en chef était près du corps le plus considérable , qui se trouvait au Caire.

Les membres de l'Institut et de la Commission

des Arts, qui, après les premiers événemens de la campagne, étaient venus à Alexandrie, comme à l'endroit le plus sûr pour des non-combattans, avaient obtenu, à la fin de floréal, l'autorisation de partir pour la France : ils s'étaient embarqués sur un petit bâtiment. Au moment où ils sortirent du port, les Anglais leur refusèrent le passage : ils voulurent y rentrer , on les menaça de les couler : enfin , après quelques jours d'anxiété, le général Menou leva sa défense, et ils revinrent à Alexandrie , où, incorporés dans une .garde nationale composée d'employés et autres Français non militaires, ils firent le service intérieur de la place.

L'article du traité d'évacuation du Caire qui donnait au général Menou la faculté d'en profiter pour la garnison d'Alexandrie, lui fut notifié le 18 mes-

Ë>r. Etant prévenu des négociations de paix, il l nécessaire d'en prolonger la défense aussi longtemps que les approvisionnemens et la timidité des ennemis le permettraient. On savait aussi que la flotte de l'amiral Gantheaume était en Voûte pour

apporter des secours : la corvette V Héliopolis, qui entra à la fin de prairial dans le port, avait été détachée de cette flotte, lorsqu'elle dut s'éloigner, ayant été aperçue par les Anglais à trente lieues d'Alexandrie; elle ne pouvait cependant encore y arriver et donner de nouveaux moyens de défense. On sentit généralement la force de ces motifs, et la proposition fut rejetée.

Il aurait peut-être convenu de se rendre alors un compte exact des approvisionnemens d'Alexandrie, et du temps qu'on pourrait encore y tenir ; de prévoir que la première opération des Anglais serait de s'emparer du Marabou , et d'intercepter ainsi les vivres que les Arabes apportaient ; de retarder le plus possible l'acceptation du traité par des négociations incidentes, et de se ménager ainsi les moyens de sauver les bâtimens qui se trouvaient* encore dans le port d'Alexandrie.

Le général Menou se hâta d'expédier en France un bâtiment, pour dénoncer l'évacuation du Caire; il ne sentit pas que c'était se dénoncer lui-même , puisque cette évacuation était un résultat fte ses mauvaises dispositions; puisque le principal corps de l'armée était là, lui, général en chef, aurait dû s'y trouver pour employer des moyens capables de prévenir cette évacuation. Il joignait à cette dénonciation l'annonce qu'il avait des vivres pour plusieurs mois , l'assurance de ne jamais capituler à Alexandrie, et la promesse de s'enterrer sous les ruines de cette ville. Lorsqu'on prend, à la face de

l'Europe, de pareils engagemens , il faut savoir les tenir.

Les armées anglaise et turque avaient suivi la garnison du Caire jusqu'à Aboukir : dès que la plus grande partie en fut embarquée , leurs généraux , apprenant que les propositions relatives à l'évacuation d'Alexandrie avaient été rejetées, et que les Arabes y portaient des vivres ; ignorant aussi combien de temps la garnison pourrait y subsister, se déterminèrent à entreprendre des opérations pour en accélérer la reddition.

Le 28 thermidor, ils augmentèrent la flottille qu'ils avaient dans le lac Maréotis , et y firent entrer un grand nombre de chaloupes et de petites barques pour le transport des troupes. Ils projetèrent de détourner l'attention des Français par une fausse attaque sur le camp des hauteurs de Nicopolis, tandis qu'ils débarqueraient près du Marabou, et s'établiraient sur la langue de terre qui sépare le lac de la mer. Nous avons vu plus haut qu'outre le défaut qu'avait la position de Nicopolis, d'être trop étendue pour un aussi petit nombre de troupes françaises, elle avait encore celui d'occuper toutes les forces disponibles, et qu'il n'en restait plus suffisamment pour opposer aux autres attaques.

Le 29 thermidor, avant le jour, une troupe de deux mille Albanais attaqua un mamelon qui domine le bord de la mer, en avant de la gauche du camp des Français , et travailla aussitôt à s'y retrancher. L avant-poste qui l'occupait se retira dans les

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retranchemens , dont l'artillerie tira avec sucées sur les ennemis; deux compagnies de grenadiers sortirent alors , coururent sur eux et les forcèrent a fuir

en abandonnant plusieurs morts et blesses. Ils se réunirent près du camp des Anglais, et se bornèrent à tirailler, pendant le reste de la journée , avec les avant-postes. L'armée anglaise avait marché pendant ce temps ; six mille hommes se déployèrent derrière la hauteur située entre les étangs et le premier pont du canal d'Alexandrie; F avant-poste qui y était se retira vers ce point. Cette hauteur étant a portée de canon du camp des Français , les Anglais restèrent masqués derrière elle et ne firent paraître qu'un petit corps de troupes. Le général Menou envoya deux compagnies de grenadiers de la a5 e , deux autres de la 75 e , ainsi qu'un bataillon de cette demibrigade, en tout quatre cents hommes, pour chasser ce corps de six mille hommes. Les soldats exécutèrent cet ordre avec toute la valeur qu'on pouvait attendre d'eux. Us montèrent sur la hauteur au pas de charge, et chassèrent les premiers tirailleurs anglais; mais, arrivés vers la crête, ils reçurent la décharge de la ligne anglaise ; et se voyant trop faibles, ils regagnèrent le camp sans que les ennemis fissent aucun mouvement pour les poursuivre ; ils avaient de la cavalerie et n'en profitèrent pas pour couper la retraite à cette petite troupe.

On apercevait alors le lac Maréotis couvert de barques et de chaloupes remplies de troupes , protégées par cinquante chaloupes et barques canon-

nières. Toute cette flottille était déjà , au lever du soleil, en face de la colonne de Pompée; le vent contraire avait retardé sa marche et l'avait empêché d'arriver, au point du jour, au lieu du débarquement. On la voyait se diriger vers l'embouchure d'un canal comblé, par lequel le lac Maréotis communiquait autrefois avec la mer. C'était là que les dix-huit chaloupes qui composaient la flottille française étaient placées, sous la protection de trois pièces de 1 8 , depuis qu'on avait évacué l'île de Mariout , quelques jours auparavant. Il était évident que cette flottille se dirigeait sur ce point, et qu'elle irait débarquer les troupes un peu plus loin , afin de s'établir sur la langue de terre du Marabou, et d'attaquer ce poste ; mais on ne put jamais le faire comprendre au général Menou. Le général Songis, qui pénétra le premier le dessein des ennemis , lui dit vainement de ne pas s'inquiéter de leur fausse attaque sur le camp de Nicopolis, et de faire mar-

* cher des troupes pour s'opposer à l'exécution de leur attaque réelle. Il resta toujours, avec le principal corps , au camp de Nicopolis , et ne fit suivre la marche de la flottille que par un bataillon de la 21 e légère, cent guides à pied et cent vingt dragons. Ce corps, de cinq cents hommes seulement, marcha à la hauteur de la flottille jusque vers le Marabou, où les barques se divisèrent sur deux points différens. Il était trop faible pour empêcher les six mille hommes que portait cette flottille de s'établir sur une plage unie, commandée par le feu de toutes

les chaloupes canonnières , et se retira vers les ravins de l'ancien canal. La flottille française était trop inférieure à celle des ennemis pour se maintenir sur le lac ; il n'existait aucune anse où elle pût se mettre à l'abri, et deve^fcit inutile. On voulut essayer de la convertir en nrûlots lorsque la flottille anglaise passa , afin d'y mettre du désordre ; mais le vent ne favorisait pas ce projet ; elle brûla trop loin pour leur faire du mal.

Les Anglais, après s'être établis à terre, attaquèrent le poste du Marabou , et le canonnèrent vivement par terre et par mer. Ce poste, qui n'était qu'une ancienne mosquée bâtie sur un rocher détaché du continent, fut bientôt détruit; il capitula le 3 fructidor. De trois avisos qui étaient mouillés près de ce fort, deux furent coulés, et le troisième rentra, dès le i cr fructidor, à -Alexandrie, fort endommagé.

Après la prise du Marabou, les Anglais firent entrer, le 4 fructidor, dans la partie est du port Vieux, une frégate, six corvettes et plusieurs bâtimens légers , et canonnèrent vivement le corps de troupes qui s'était posté , le 29 thermidor, sur les bords de l'ancien 'canal. Ils prenaient de revers sa droite , tandis que le feu de la flottille du lac Maréotis écrasait sa gauche. L'armée anglaise vint en même temps occuper cette position : elle était forte alors de plus de huit mille hommes, parce qu elle avait reçu des renforts, entre autres, un régiment de dragons et ciuq cents mameloucks. Malgré cette

supériorité , elle ne poussa pas vivement le petit corps de six cents Français qui, parfaitement dirigés par le général Eppler, les arrêta un moment et se retira ensuite en bon ordre.

Les troupes françaises firent alors position; la droite au fort Leturcq, et Ta gauche sur les hauteurs de la colonne de Pompée. On tira quelques troupes du corps de Nicopolis pour occuper ces dernières; il restait seulement deux mille deux cents hommes pour défendre ce front et les retranchemens du camp de Nicopolis contre l'armée anglaise. Le reste des troupes gardait les ouvrages d'Alexandrie, avec les marins, les invalides, les convalescens et la garde nationale.

Il était surtout nécessaire d'empêcher les ennemis de s'emparer du fort Leturcq , parce que, s'ils y avaient établi des batteries, ils pouvaient de là couler tous les bâtimens qui étaient dans le port Vieux.

Les Anglais restèrent quelques jours sans rien entreprendre ; mais le 8 , vers onze heures du soir, environ huit cents cavaUers anglais et mameloucks tournèrent les premiers avant-postes, et en enlevèrent quelques uns, tandis qu'une colonne d'infanterie suivait le bord de la mer.Xes troisièmes bataillons des 18 e et 21 e l'arrêtèrent assez long-temps; mais se voyant pris en flanc par la cavalerie, ils se retirèrent sur le fort Leturcq. Les Anglais n'ayant pu réussir à enlever ce fort dans cette surprise, s'établirent auprès , et commencèrent des tranchées pour l'attaquer dans les règles.

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Les troupes étaient disséminées autour d'Alexandrie , et partout trop faibles pour résister aux atta-r ques des ennemis, qui, sur tous les points, pouvaient se présenter avec des forces infiniment plus nombreuses. Le seul parti à prendre pour en prolonger la défense , était de la considérer comme un grand camp retranché, de se renfermer dans les ouvrages, et de conserver toujours au centre un gros corps disponible, qu'on aurait opposé à l'ennemi sur les points où il aurait attaqué l'enceinte. Pour cet effet , il aurait fallu évacuer le camp de Nicopolis, et ne conserver en dehors de la place que le fort Leturcq, les hauteurs de la colonne de Pompée, une partie de l'enceinte des Arabes et la redoute de Cléopâtre. Par ce moyen , on aurait pu disputer encore quelque temps la prise d'Alexandrie contre des ennemis peu entreprenans ; mais , lors même que le général Menou aurait su prendre ce parti , il n'était plus temps de l'adopter, parce que les vivres et l'eau allaient manquer : il n'en restait que jusqu'aux premiers jours de vendémiaire. Les soldats, qui ne recevaient depuis long-temps que du pain composé de moitié blé et moitié riz et un peu de viande de cheval, étaient épuisés par cette mauvaise nourriture; et l'eau, devenue saumâtre , donnait naissance à beaucoup de maladies , particulièrement au scorbut ; lés hôpitaux étaient encombrés de plus de deux mille malades: d'autres, convalescens ou éclopés, n'étaient en état de faire que le service des forts ; il ne restait pas trois mille hommes en état de se

battre , et ils étaient accablés par les privations et la fatigue des journées précédentes.

D'après ces réflexions, on fut convaincu que lors même qu'on pourrait encore défendre quelque temps Alexandrie, la famine forcerait bientôt à capituler, et qu'il valait mieux s'y résoudre avant que les Anglais eussent resserré davantage la place et obtenu quelque succès, parce qu'on pouvait en- ' core leur dicter les conditions de l'évacuation ; mais personne n'osait en parler au général Menou , qui ne savait ni comment combattre , ni comment capituler. Cependant quelques généraux et chefs de corps lui firent part de leur opinion le 9 fructidor. Le 'général Menou envoya aussitôt aux Anglais un parlementaire, pour demander une sruspension d'armes de trois jours, pendant lesquels on traiterait de l'évacuation : elle lui fut accordée. Les généraux furent assemblés le lendemain en conseil de guerre : on y arrêta qu'il était inutile de prolonger la défense, et on fixa les conditions qu'on pourrait proposer. Le général Menou , toujours fidèle à son système de rejeter ses fautes sur les autres, dit que c'était l'évacuation du Caire qui entraînait celle d'Alexandrie, et ne parla plus de s'ensevelir sous les murs de cette place. 11 fut dressé procès-verbal de ce conseil de guerre et des motifs qui déterminaient à traiter ; la capitulation fut signée le 1 2 , et ratifiée le 1 3 par les généraux en chef.

On remit, le i5 fructidor, les forts Leturcq et Duvivier et le camp de Nicopolis aux Anglais , qui

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s'engagèrent à fournir les bâtimens nécessaires au transport de la garnison eu France : elle s'embarqua avec armes et bagages. Les trois frégates et les autres bâtimens qui se trouvaient dans le port d'Alexandrie furent remis aux ennemis. Le capitaine Villeneuve commandait ces frégates : il avait voulu , lorsqu'on se disposait a capituler, essayer de sortir pendant la nuit , afin de sauver ces bâtimens , s'il était possible , ou de ne les perdre au moins qu'après un combat ; mais il n'avait pu en obtenir l'agrément du général Menou.

On avait maladroitement inséré dans la capitulation un article relatif aux collections faites par les membres de l'Institut et de la Commission des Arts : les Anglais n'avaient pas voulu l'accorder, mais les naturalistes, par leur fermeté dans le refus d'abandonner leurs collections, et la menace de les brûler, surmontèrent ces difficultés : on ne laissa que quelques statues grossièrement sculptées et un sarcophage de granit.

Les troupes s'embarquèrent dans la première décade de vendémiaire. Quelques bâtimens quittaient les côtes d'Egypte lorsqu'on signait à Londres les préliminaires de la paix et l'article par lequel cette province devait être restituée aux Turcs.

Ainsi s'est terminée l'expédition d'Egypte. Tant il est vrai qu'un chef inhabile détruit par sa seule influence tous les ressorts qui lui sont confiés ; mais peu d'armées sans doute ont plus de droits à l'admiration que celle d'Orient. Transportée sur un sol

étranger, l'événement funeste du combat naval d'Aboukir pose une barrière entre elle et sa patrie; elle n'en est point abattue ; une marche rapide la porte au centre du pays , tous ses pas y sont marqués par des victoires ; chaque jour lui offrait des fatigues sans nombre , des dangers toujours renaissans , des privations de tous les genres, aucune de ces jouissances qui , avec les combats, partagent les mometis du militaire et lui font oublier les fatigues de la guerre. Tous, officiers, soldats, supportaient volontiers cette existence pénible, appréciant, par l'opiniâtreté que les ennemis mettaient dans leurs attaques réitérées, combien la possession de l'Égypte serait utile à leur patrie ; et cette idée compensait à leurs yeux tout ce qu'ils avaient à souffrir.

Les revers qu'elle a éprouvés dans la dernière campagne, n'atteignent point sa gloire. Disséminée par les dispositions de son chef, elle a long-temps imposé sur tous les points à des ennemis toujours supérieurs en nombre ; et son attitude fière , dans les momens les plus difficiles, a constamment ralenti leur marche.

La seule opération qui fasse honneur aux Anglais , est leur débarquement, et ils en doivent la réussite k leur marine ; car six mille hommes qu'elle parvint à jeter à la fois sur la côte, furent ébranlés par dixsept cents hommes, obligés de veiller en même temps sur toute l'étendue de la baie d'Aboukir, et qui, par conséquent, ne purent agir ensemble sur le point d'attaque.

L'armée anglaise, après son débarquement, ne tenta que le 22 ventôse de s'approcher d'Alexandrie. Elle aurait dû y rencontrer l'armée française réunie ; il n'y avait que quatre mille hommes qui lui disputèrent le terrain et l'intimidèrent au point qu'elle n'osa attaquer cette place ; et loin de profiter de cet avantage , elle prend la défensive et se retranche.

Le 3o ventôse, les Français vont l'attaquer, dans une position resserrée qu elle avait eu le temps de fortifier ; des chaloupes canonnières sur la mer et sur le lac Maadiè'h couvraient ses flancs ; le nombre de ses troupes était double. L'obscurité de la nuit, la mort de plusieurs chefs jette du désordre dans l'armée française, et celui qui la commande se tenant à l'écart ne peut la réorganiser lui-même, et n'en veut confier le soin à personne ; il fait écraser la cavalerie ; l'armée est obligée de se retirer, et les Anglais manquent encore cette occasion de profiter de leurs succès.

Renfermés dans leurs retranchemens, ils n'essaient d'en sortir que vingt jours après, pour aller à Rosette, poste important pour eux , et que l'armée ne protégeait pas*

Ils y restent un mois avant de s'étendre du côté de Rahmaniëh, qu'il leur était également utile d'occuper pour intercepter toute communication entre Alexandrie et le Caire. Le corps de troupes fran-r çaises qu'ils y trouvent , trop faible pour leur résister, se retire sur le Caire : il était de leur intérêt

d'en suivre rapidement la marche, et ils emploient quarante jours à parcourir un espace que les Français parcouraient ordinairement en quatre.

Ils arrivent enfin au Caire avec le capitan-pacha ; là ils se joignent au visir , et ces armées réunies, six * fois plus nombreuses que les Français, craignent encore les chances des combats, et reçoivent la loi plutôt qu'elles ne la dictent , dans le traité d'évacuation.

Ils redescendent ensuite vers Alexandrie ; la même lenteur y préside à toutes leurs opérations, et c'est le défaut de vivres, bien plus que leur audace, qui en accélère la chute.

L'expédition des Anglais a réussi, mais ils n'y ont recueilli que la gloire du succès, parce que jamais ils ne surent commander la victoire, ni par leurs dispositions, ni par leur bravoure, ni par leur audace. Leur marche timide malgré leur énorme supériorité, dénote aisément quelle aurait été leur destinée, si le chef de l'armée d'Orient avait été digne d'elle.

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