‹ Mémoires du comte Reynier, général de divisionChapitre 35 sur 43 · I JLe gênerai en chef · texte numérisé non relu

I JLe gênerai en chef

»e£rere« ■

1 Le général de division Lagrange, chef

22 e légère.

9 e de ligne.

i3 e de ligne.

18 e de ligne.

69 e de ligne.

85 e de ligne.

88* de ligne, t bataillon de sapeurs.

4 régim. de cavalerie.

Les guides.

Les Cophles , Grecs et Syriens.

de l'état-major général.

Belliard , commandant le Caire.

Galbo, adjoint de la place.

Duranteau, idem.

Reynier, général de division.

Robin , général de brigade.

Baudot , idem.

Lanu&se, général de division.

SUIy , général de brigade.

Valentin, idem.

1 ,000 hommes et 200 chevaux venus d'Alexandrie et de Damiette.

Les dromadaires.

2 compagnies d'artillerie légère.

Le parc d'artillerie.

Le Caire , Boulac et Gisëh.

Sarason , général du génie.

Bertrand, idem.

Songis, général d'artillerie.

Fautrer, idem.

Roize , général de cavalerie.

Boussard, idem.

Bron , idem.

Damas, Dcstaing, Aimeras et Morand.

Alexandrie et Aboukir.

6V de ligne.

75 e de ligne.

3 e de dragons.

18 e de dragons.

i rf comp. d'artill. légère

Moins 5oo hommes 1 00 chevaux détachés au Caire.

et I Le gén és V divisi

. de sion Friant.

Rosette , Rahmaniëh et le Delta.

1 bataillon de la 70 e . Le général Zayoncheck. 1 bataillons de la a5'. Le général Délegorgue.-

Damiette et Lesbëh.

2 e légère. \ Moins 5oo hommes et j Le gén. de

3a e de ligne. I 100 chevaux détachés f division

ao e dragons. f au taire. ( Rampon.

i r « comp. d'artill. légère. ) J

Une flotte parut à la vue d'Alexaudrie le 10 ventôse; on signala cent trente-cinq voiles ayant le cap à Aboukir. Elle mouilla dans la baie le 11. .Le général Friant expédia aussitôt des courriers au Caire et à Damiette pour prévenir de ce mouvement. Les courriers arrivèrent le 1 3 à leur destination. Le général Friant prit position sur les hauteurs d' Aboukir avec les troupes de la garnison d'Alexandrie; le général Zayoncheck fut posté à la Maison Carrée, entre Rosette et Aboukir, avec un bataillon de la 75 e et le 3 e régiment de dragons.

Deux bataillons de la 25* , détachés dans le Delta, recurent Tordre de se porter sur Rahmanièh, avec soixante-dix chevaux ^ du 20°.

La division Lan us se partit du Caire avec un régiment de cavavalerie , pour marcher sur Aboukir à grandes journées.

Le général Rampon rassembla toutes les troupes sous ses ordres à Damiette, pour être prêt à exécuter tout mouvement. Les détachemens tirés d'Alexandrie et de Damiette partirent du Caire pour rejoindre leur division à marches forcées ; celui de Damiette y arriva le 18 ventôse, avec le général Morand.

du général reynier.

Le général Zayoncheck

Par les rapports ultérieurs, le général Friant assurait qu'il n'y avait pas de troupes de débarquement sur cette flotte, et qu'il répondait de repousser toute tentative sur le rivage.

Ensuite de cette assurance , le mouvement des troupes en marche fut retardé; le régiment de cavalerie aurait pu, sans ce retard, arriver le 17 à Àboûkir.

L'ennemi , sans montrer ses avait prévenu le général troupes, faisait des manœuvres Friant de ce mouvémeht; - pour rapprocher ses bàtimens, et

éxerçait journellement ses chaloupes.

De gros bàtimens de transport chargés de troupes avaient été poussés aussi près de terre que possible; les chaloupes de tous les bàtimens de la rade les avaient accostés.

Le 17 ventôse, par un temps très calme , toutes les chaloupes furent chargées de troupes, et se dirigèrent sur la terre, avec beauconvenant du grand ordre coup de célérité, d'ordre etd'enmis par les Anglais dans semble , sous la protection d'emleur débarquement, ils as- baf cations armées. Ellés débarsuraient que s'ils seprésen- quèrent au nord-ouest de la baie, taient encore , ils ne doute- point le mieux réconnu pour la

facilité d'un débarquement , ainsi que pour l'avantage d'une bonne position militaire èt sa proximité.

Ëllës présentèrent en même temps un front de bataille de trois à ifuatre mille hommes. *

Les troupes du général Friant^ qui comprenaient la 61 •, deux bataillons delà 75 e , le 18 e régiment de dragons, et soixante -dix chevaux du 20*, étaient campées en arrière des mamelons , et

Les généraux Samson ét Bertrand tenant aussi au système d'évacuation , étaient présens à l'affaire. Tout en

raient pas du succès des efforts que feraient les troupes pour l'empêcher.

Malgré les meilleures intentions du général Friant et son violent désir d'acquérir une nouvelle gloire, on jie peut s'empêcher de lui reprocher d'avoir mis trop de méthode et de lenteur dans ses manœuvres.

C'est particulièrement ce qui lui a fait éprouver des revers.

avaient leurs avant-postes sur les points les plus saiilans ; lorsque ces avant-postes virent les mou- •> vemens ennemis , ils se replièrent sur le corps de bataille ; les corps étaient par colonnes en masse.

La 6 1 • , après s'être déployée , se porta sur le point le plus saillant. Pendant qu'elle exécutait sa manœuvre , l'ennemi se portait sur le même point. Ces deux corps se rencontrèrent au sommet. Là s'engagea un combat opiniâtre; les Anglais qui se présentèrent de front furent repoussés avec vigueur jusque dans leurs* chaloupes par les grenadiers de la 6 » • ; cette demi-brigade se trouvant débordée sur ses flancs , et exposée à un feu très vif, fut obligée de se retirer pour n'être pas enveloppée. La 75 e fut aussitôt mise en mouvement pour soutenir la bi e ; à son approche elle essuya un feu très vif, qui, dirigé sur sa masse, lui fit éprouver une perte considérable, et l'empêcha de se déployer ; elle se retira après avoir laissé ses chevaux . d'artillerie , ses canonniers et ses pièces sur le champ de bataille.

Les efforts de l'infanterie n'ayant pu retenir l'ennemi, une charge fut ordonnée à l'escadron du 20* régiment de dragons. Quoique fournie avec beaucoup de courage et de vélocité, elle ne put entamer assez sensiblement la ligne ennemie. Le 1 8* reçut à son tour l'ordre de charger. Les pertes qu'il éprouva l'empêchèrent de finir sa charge.

L'ennemi n'ayant pu être ébran-

t)U GÉNÉRAL REYNIEK. 355

lé par les efforts de ces différens corps, le général Friant, crai- ♦ «liant de compromettre la sûreté

d'Alexandrie, ordonna la retraite sur cette place.

Le général Zayoncheck Pendant cette affaire d'Aboukir, avait proposé au général le général Zayoncheck était posté Friant de réunir les corps à la Maison Carrée avec cinq cents que chacun d'eux comman- hommes d'infanterie et le 3* régidait , peur multiplier les ment de dragons ; lorsqu'il en moyens de résistance au apprit le résultat, il se rendit à débarquement. Alexandrie pour aider ,1e général

D'une seule marche le Friant à couvrir cette place, général Zayoncheck se ren- « Si les troupes postées à la Maidit à Alexandrie en «pas- « son Carrée avaient été réunies à sant entre les lacs Maadiëh « eelles du général Friant , les Anet Maréotis* , « glais étaient culbutés.

O» a Les positions les plus sail-

« lantes n'étant pas gardées , l'en- « nemi s'en est emparé sans ob- « s ta cl e.

i « Les corps ayant donné par-

r •:;•*(, .. . « tiellement, ont été écrasés tour

■': « à tour par le feu de l'ennemi.

« L'ordre en colonnes deman- .':n > i* ^ ' « dant du temps pour déployer, ■v . « et offrant à l'ennemi pins de

«< moyens de destructiou , lui a f donné l'avantage de prendre les • uv « positions avantageuses, d'où il

• '*3j\. « dirigeait tous ses feux avec

+i i « succès.

« La cavalerie aurait dû charge* u; i a Y" .!»:.••: « ger au moment où les troupes

» se formaient en débarquant et

» non après que: ces mêmes trou*

^ * pes étaient en ordre et enhardies

uo H 4 * par la résistance qu'elles avaient

•il ■:• * « opposée aux efforts de l'infante-.

* rie. Ce premier choc les aurait « confondues et renversées. »

Les Anglais , après la retraite du général Friant, continuèrent

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MÉMOfnRS

Le général Friant ayant relevé le général Lanusse dans le commandement d'Alexandrie, il existait entre eux , sinon de la mésintelligence, du moins peu de rapprochement.

La tranchée ouverte et les batteries établies, le fort capitula le 27 ventôse.

Le général Lanusse voulant se mire un mérite de les battre sans la participation du général Menoù, les attaqua comme un homme trop assuré de la victoire.

leur débarquement ; on évalue lt nombre de leurs troupes de quinze à dix— huit mille hommes. Le blocus du fort d'Aboukir fut formé.

Le général en chef ayant été instruit par le général Friant du peu de succès qu'il avait obtenu , ordonna un mouvement général de troupes sur Rahmaniè'h, en prescrivant d'y apporter beaucoup de célérité.

Dans cet intervalle , le général Lanusse arriva à Alexandrie avec sa division et un régiment de cavalerie. Il se concerta avec le général Friant sur les moyens de prendre l'offensive.

Les troupes des deux divisions partirent en conséquence d'Alexandrie le ai ventôse, et prirent position, leur droite appuyée au lac Maadiëh, et leur gauche à la mer, à hauteur de l'Embarcadère; elles étaient protégées par vingtquatre pièces de canon.

L'armée anglaise était alors occupée à couvrir le siège d'Aboukir.

Le 2 a ventôse, les reconnaissances de cavalerie apprirent que l'çnnemr faisait un mouvement général; les troupes prirent leur rang.

Par un mouvement d'impétuosité qui lui était naturel , le général Lanusse , oubliant les dispositions convenues avec le générai Friant, ordonna, en voyant l'ennemi , à un bataillon de la 4* légère , de l'attaquer de vive force.

Ce bataillon ne pouvant renverser une aussi forte masse, fut soutenu par un second, et celui-ci

11 n'y eut point d'ensemble dans les m ouv «mens des deux divisions.

DU GÉNÉRAL RJBYNIEH.

aidé par un troisième , ainsi successivement, jusqu'à ce que toutes les troupes de cette division , battues séparément, eussent tellement souffert de leur opiniâtreté a soutenir les efforts d'un ennemi supérieur, qu'elles furent obligées de se retirer.

Le général Friant , entraîné par le mouvement de l'autre division, se trouva dans la nécessité de l'imiter sans obtenir plus de succès.

L'infanterie n'ayant pu entamer cette ligne flanquée de colonnes en masse , une charge de cavalerie fut ordonnée; l'audaceavee laquelle on la fournit , ne répondit pas à l'attente qu'on en avait conçue. Le feu trop vif de la ligne ennemie l'obligea à la retraite.

Après une perte assez considérable en hommes , en chevaux et en artillerie , les deux divisions vinrent prendre position sur les hauteurs à l'est d'Alexandrie.

Les mêmes causes qui ont emgénéraux par la répugnance péché le général Friant de s'opde quelques uns d'entre poser au débarquement le 17, ont eux à exécuter les ordres facilité le succès de l'armée andu général Menou. glaise le 22. On peut même ajou-

ter que le général Lanusse, jaloux de battre l'ennemi sans les ordres du général en chef, s'était trop laissé emporter par cette avide passion de gloire.

Pendant la marche de Le général en chef continua de l'armée , les propagateurs marcher sur Alexandrie avec Tarde l'évacuation reprodui- mée. Elle y fut réunie le 29 vensirent ce système en tâchant tose , après midi, de démontrer l'impossibi- Les positions de l'armée ennelité de battre les Anglais , et mie furent aussitôt reconnues par de faire perdre au général eu le général en chef et les officiers chef la confiance de l'armée, du génie.

Suite des dissensions des

L'attaque fut résolue pour le 3o , avant le jour ; l'ordre en fut donné avec les instructions comme suit :

Le général Lanusse , ayant sous lui la 4 e légère, les i8«, 69 e , 88 e de ligne, devait attaqner la redoute de gauche, point majeur de la ligne ennemie sur la mer , en arrière du camp des Romains.

Le général Rampon, avec les carabiniers de la a € légère et la 3q c de ligne , soutenait cette attaque en suivant le mouvement de l'ennemi.

Le général Destaing , avec les grenadiers du bataillon grec , et un bataillon de la 21* légère , faisait l'avant-garde à la droite du général Rampon.

Le général Friant , avec .les 25' 6 1« et 75. de ligne suivait le mouvement sur la droite.

Les 1 3e et 85 e , sous les ordres dn général Reynier, devaient également suivre le mouvement.

Une fausse attaque devait être faite par les dromadaires vers Béda , et trois cents chevaux sous les ordres du général Bron devaient harceler continuellement l'ennemi dans cette partie.

Tous les généraux chefs La cavalerie, sous les ordres de colonnes furent assem- du général Roize, devait agir suiblés le 29 au soir par le. vant les circonstances, général en chef. Ils convin- Le 3o, à deux heures du marent de l'uniformité et de tin , les colonnes prirent leurs l'ensemble* des mouvemens positions.

pour l'exécution des dis- Au signal convenu, les dépositions de l'ordre, qui fu- madaires firent avec succès leur rent unanimement approu- fausse attaque ; les différentes divées. visions se mirent en mouvement;

les troupes, brûlaient d'impatience

Les généraux Reynier et Damas n'avaient pas reçu l'ordre de suivre les mouvemens de l'armée. Le premier devait être à Belbéis , et le second dans la Haute- Égypte.

DU GJÉWfKAL REYNI£R.

Mauvaises dispositions du général Lanusse ; en contrevenant à ce qui était convenu -la veille, il oppose l'ordre de profondeur au jeu de l'artillerie.

Lanusse en mourant s'écria avec une espèce de satisfaction :« qu'il était f. . .

« ainsi que la colonie. »

Daure, très actif antagoniste du général Menou , vint se mêler à l'affaire , et dévia unecolonne des meilleures troupes.

L'adjudant commandant Sornet a été tué en mon-

d'atteindre l'ennemi. Si leur bonne volonté et leur courage ont été mal dirigés, et si le succès n'a pas couronné leurs efforts, elles le doivent aux mauvaises dispositions du général Lanusse, et aux plus mauvaises intentions d'autres personnes, qui, pour faire échouer le pian du général Menou et satisfaire leur vil intérêt çt leur ambition, leur ont sacrifié l'intérêt de la France, le sang des braves et la gloire de l'armée.

Si l'affaire du 3o a été manquée, en voici les causes:

• Les troupes devaient être ran- .« gées sur deux lignes, ayant des « éclairenrs en avant.

« La division Lanusse, atla- « quant le point majeur, fut au « contraire rangée par colonnes « en masse, ayant ses grenadiers « et carabiniers en queue. Quel- « ques coups de canon de front « et par le flanc suffirent pour « la mettre en désordre. Le gé- « néral Lanusse ayant eu la cuisse « cassée , elle se jeta à droite.

« La première ligne de grena- « diers et de carabiniers, sous les « ordres du général Rampon , fut « entraînée sur la droite par les « cris de l'inspecteur aux revues «Daure; et là, elle s'accula aux « troupes en désordre de la divi- « sion Lanusse, qui arrêtèrent son « mouvement.

« La deuxième ligne marcha di-

« rectement sur le flanc gauche tant à la redoute. Le chef « de la redoute, qu'elle ne put ende bataillon Soulier et le « lever de force , parce qu'elle capitaine Audibert y ont « était réduite à une poignée été faits prisonniers. «'d'hommes, exposes à un feu

Le général Destaing ayant été blessé , et ses troupes étant enveloppées , furent obligées de se faire jour à travers une ligne ennemie pour se retirer.

Le général Friant tenait trop à la méthode théorique; il n'agit pas assez vivement.

Le général Reynier ayant reçu plusieurs fois Tordre d'avancer, n'en resta pas moins dans l'impassibilité. Je général Lagrange lui en porta lui-même l'ordre sans plus de succès.

Les généraux Reynier et Damas sont reconnus pour chefs de parti , si bien que leurs partisans s'appellent Reyniéristes, et distinguent ceux du gouvernement par l'épithète de Menouistes.

Les retranchemens franchis, elle renversa tout ce

« de front, de flanc et de ren vers.

« Les troupes sous les ordres « du général Destaing atteignirent « leur but en perçant la ligne en- « nemie , mais n'étant soutenues « par aucun autre corps , elles « furent obligées de céder au nom- « bre et à l'avantage de la posi- « tion.

« Les divisions Friant et Rey- « nier , continuellement exposées « au feu de l'artillerie, ne furent « jamais mises à portée de rien « entreprendre d'offensif.

« La cavalerie fournît une charge « qui lui attira l'admiration même

qu'elle rencontra ; les obs- « de ses ennemis. Si une ou deux

tacles s'étant multipliés au - des divisions qui n'avaient pas

milieu, des tentes ennemies, n donné l'eussent soutenue, le suc-

et des trous de loup r elle « ces de la journée était assuré. » se retira ayant eu le général Roize tué, le généra] Boussard blessé, et avec lui plusieurs chefs.

Les partisans de l'éva- La même fatalité qui fit man-

cuation profitèrent de ce quer les journées des 17 et aa,

revers et présentèrent avec vit produire les mêmes résultats

satisfaction le tableau de le 3o.

la situation de l'armée après C'est dans cette dernière jour-

DU GENERAL RKYfllEK. 36 1

les trois affaires, pour prou- née qu'on vit l'intérêt de parti Ter l'impuissance de nos sacrifier tout ce qu'on a de plus armes, et produire leur sys- cher, à la satisfaction de faire tème. échouer le parti opposé.

Des lettres alarmantes Après cette affaire, l'armée prit écrites au Caire et dans position devant Alexandrie ; on d'autres lieux peignaient choisit le terrain le plus propre l'armée sous les plus som- à être fortifié, pour couvrir cette bres couleurs ; si bien place. La ligne de retranchement qu'au Caire les Français se appuyait sa droite en arrière du précipitaient et se retran- port sur le canal , et sa gauche chaient avec confusion dans en avant du Pharillon, à huit cents ♦ la citadelle. toises environ, en avant de la

Les nouvelles officielles vieille enceinte, dessillèrent bientôt les Les Anglais continuèrent de yeux, en détruisant les fortifier leur position, et d'y joinimpressions produites par dre de nouveaux ouvrages, les premières. Les Français, de leur côté,

L'armée sut aussitôt dis- mirent beaucoup d'activité dans tinguer et vouer à l'indi- leurs travaux, gnation et au mépris les Le même jour , 3o ventôse , il auteurs de ces procédés et fut envoyé au général Morand , du peu de succès de nos qui commandait la 3* légère, le armes. dépôt du 3a« de ligne , un esca-

dron du ao e régiment de dragons et une compagnie d'artillerie légère, l'ordre de partir de Damiette avec toutes ces troupes, les administrations et les hôpitaux , pour se rendre à Rahmanièli , en laissant sur le Nil et sur le lac Menzalè'h les bàtimens armés qui y étaient , pour défendre l'entrée des différens boghaz, et deux cents hommes pour les garnisons de Lesben, et les quatre tours sur les boghaz.

Les courriers ayant été arrêtés ou assassinés par les Arabes, l'ordre ne parvint point au général Morand ; il reçut cependant une lettre d'avis.

En arrivant à Damiettc , L'aide - de - camp du généra,!

l'aide- de-camp est étonné de voir les bouches da lac et du Nil ouvertes aux ennemis , et surtout de voir ces dispositions ordonnées par le général Morand, qui ne peut être accusé d'ineptie.

Le général Morand avait été chargé de s'aboucher avec les Turcs par le général Kléber, avant la capitulation d'El-A'rycb. Il pa- , rait qu'il tint beaucoup à voir s'exécuter les ordres et les instructions dont il était alors nanti.

Après l'affaire du 3o , quelques bâtimens turcs de transport parurent, et joignirent quelques troupes turques aux Anglais.

Les Anglais, toujours perfides , exécutent strictement les ordres de leur gouvernement, en retenant comme prisonnière la garnison du fort, qui devait se retirer avec armes et bagages.

Le général Donzelot se réunit au général Belliard après s'être assuré des bonnes dispositions de Mourâd-Bey.

Les troupes ' au Caire comprennent le 9e de ligne, la 22« légère , cent hom-

Rampon ayant été envoyé à Damiette pour y porter l'ordre de ce mouvement, y arriva le 2 1 germinal ; il sut que la tour d'Omm- Faredge avait été évacuée sans qu'on y vit l'ennemi , et que les demi— galères , les avisos et les embarcations armées , existant dans cette partie du Nil et sur le lac Menzalè'h , avaient été coulés par ordre du général Morand.

Après l'affaire du 3o, la 85* part pour Rahmanieh.

On apprend , le 20 germinal , qu'un parti d'Anglais et de Turcs marche sur Rosette , et qu'à leur approche cette ville avait été évacuée.

Le général Valentin part aussitôt d'Alexandrie avec le 7« régiment de hussards et la 69* de ligne , pour aller couvrir Rahmanieh.

L'ennemi, après s'être emparé de Rosette , fait le siège du fort Julien. La garnison de ce fort, après avoir repoussé trois assauts et eu son commandant tué sur la brèche, capitule.

La garnison du Caire se renforce des troupes descendues de la Haute -Égypte pour couvrir cette place menacée par un ramassis d'hommes de toute nation et de toute secte, rassemblés par l'or des Anglais.

DU GÉNÉRAL HKYNIEtt.

mes de la ai*, tous les dé* pôts de cavalerie, et vingtquatre à trente pièces de campagne.

Quoiqu'il eût été facile de chasser ce ramassis de troupes, en faisant marcher

Les forts de Saléhièh et de Belbéis ayant été démolis, ce ramassis de troupes est entré sans coup fêles troupes du Caire, le gé- rir dans le pays cultivé, où ces néral Belliard, partisan des gueux paraissent plutôt disposés

à faire du butin , qu'à chercher à se battre.

Ce parti a poussé un avantposte jusqu'à El-Anka.

gypte.

détracteurs du général Menou , convoqua un conseil de guerre qui décida qu'on devait attendre l'ennemi sous les murs du Caire , et couvrir cette place.

Rien ne contraste mieux Malgré cette apparition d'une avec le système des piopa- armée anglaise et d'une armée gatcùrs de l'évacuation, que prétendue turque , les habitans l'intérêt que le peuple égyp- du pays s'intéressent au succès de tien prend à l'armée fran- nos armes , et verraient avec saçaise, et la satisfaction qu'il tisfaction les Français triompher éprouverait à nous voir de ces deux ennemis, paisibles possesseurs de l'É- Les Anglais, après avoir assuré

leur position par de bons retranchemens , et voulant interrompre les communications d'Alexandrie avec le reste de l'Egypte , coupèrent, le a 4 germinal, la digue qui empêchait les eaux du lac Maadiëhde se répandre dans le bassin du lac Maréotis ; depuis lors un écoulement considérable se fait par plusieurs grandes saignées.

Si cette grande étendue d'eau gêne les communications d'Alexandrie à Rahmaniëh , elle sert à couvrir le plus grand front d'Alexandrie , en sorte qu'il n'y a qu'une ligne de quinze à dix-huit cents toises à garder.

La majeure partie de l'armée ennemie s'est portée sur Rosette ; elle a établi sa première ligne, la

droite appuyée à Edko , et Ja gauche au Nil , derrière un grand canal et un vaste terrain très fangeux ; la seconde ligue est à la position $ Aboumandour y en avant de Rosette.

Le général de division Lagrange partit d'Alexandrie avec la 4 e demi— brigade légère , la 1 3* de ligne et le 20' régiment de dragons, pour se réunir aux 7 e de hussards, 39* de chasseurs , 3 e et 1 5 e de dragons , 69 e , 85 e de ligne et a c légère, et former un camp d'observation en avant de Rahmanièh.

Quoique l'armée ait été, dans ces trois affaires, la victime des dissensions de quelques généraux, elle n'en parait pas moins bien disposée à faire repentir l'armée anglaise d'être venu tenter le sort des armes, avec des vétérans accoutumés à avoir la victoire pour résultat, et l'honneur de bien servir leur pays pour récompense.

Le lieutenant-général

(N* 3.) En quarantaine à , 1«

Tu sera surpris, mon cher Savary, d apprendre l'arrivée en France du général Reynier, tandis qu'une armée anglaise envahit l'Orient, agit dans l'intérieur de l*Égypte et occupe peut-être en cet instant sa capitale. Je vais te développer les raisons d'un retour auquel tu ne t'attendais certainement pas : je commence par les moyens.

Le a 3 floréal, à huit heures du soir, cinquante guides à pied, autant à cheval, trois compagnies de la 3a«, avec une pièce de canon , ont investi la maison qu'étaient venu occuper les généraux Reynier et Damas, après que le général Menou leur eut retiré leurs troupes : résister n'eût été ni possible ni utile; cependant ils étaient déterminés à tout plutôt que de laisser saisir leurs papiers et leur correspondance. Heureusement le général Menou

DU GÉNÉRAL RKYNIER. 365

n'en avait pas l'intention , ou, ce qui est plus vraisemblable, il ne l'a point osé; et à onze heures du soir, le général Reynier, l'adjudant commandant Boyer, le chef de bataillon du génie Bachelu, l'ami Néraud et moi , nous étions à bord du Lodi; le général Damas, avec l'inspecteur en chef Daure, fut embarqué sur le Good- Union. Nous n'avons pu appareiller que le 29.

Instruit , ou plutôt trompé par les rapports fabuleux du général en chef, qui seuls parvenaient au gouvernement, grâce aux précautions qu'il prenait pour empêcher qu'aucune lettre ne fut remise à bord des bâtimens expédiés, il est nécessaire de soulever le voile qui couvre le tableau dégoûtant de ses opérations , de sa scélératesse et de ses crimes.

Depuis long-temps les généraux marquans dans l'armée par leurs talens et leurs lumières, avaient excité l'animosité du général Menou , qui frémissait de rage en voyant des généraux plus jeunes que lui se permettre de lui foire des représentations fondées, et de lui donner de sages conseils. Depuis long-temps il méditait la vengeance que lui suggéraient son amour-propre et sa morgue blessés; et les mêmes circonstances qui auraient dû l'engager à se réunir à eux pour sauver l'armée et défendre l'Égypte , sont celles dont il a profité pour organiser et exécuter les moyens d'assouvir sa haine.

Le 10 ventôse, une flotte anglaise de cent cinquante voiles paraît devant Aboukir ; on en reçoit la nouvelle au Caire le i3 après midi; le rapport annonçait que les chaloupes étaient à la mer pour opérer le débarquement. Un général doué seulement du sens commun, se fût pénétré de la nécessité de réunir jusqu'aux moindres détachemens de son armée , de se précipiter avec elle sur

Aboukir.. . . Aussi n'est-ce point là ce que fit le général Menou ; il envoie Tordre au général Reynier de partir sur-le-champ , avec deux demi-brigades de sa division, pour Belbéis. Il garde les deux autres au Caire , et donne l'ordre à la division Lanusse de se tenir prête a marcher sur Alexandrie. Le général Bron part avec le 22« de chasseurs seulement, pour Aboukir, et le reste de la cavalerie, les i4 e > i5 e et 7« de hussards , attend à Boulac des ordres de départ.

Cependant le 1 4 le général Lanusse reçoit Tordre d emmener avec lui trois demi-brigades de sa division et de s'arrêter à Rahmaniëh ou il attendra de nouveaux ordres. Le chef de Tétat-major général lui écrit que vu Pétat des choses, la 88 e (aussi de sa division et Tune des plus fortes) restera au Caire , et qu'il peut , s'il le veut , emmener son

Le général Menou, soit pour soutenir son débile courage , soit pour étourdir Tarmée sur les dangers qui la menaçaient et la livrer plus facilement aux ennemis , répand parmi les troupes les bruits les plus ridicules. Il annonce lui-même que la flotte anglaise est chargée seulement de peignes et de brosses, dont la côte s'est trouvée couverte ; il écrit aux généraux que les Anglais ne veulent faire que des simulacres de débarquement ; et , satisfait de ses bonnes dispositions, goûtées pleinement par les Destaing , les Robin , les Valentin , etc. , il< reste au Câire dans son quartier-général.

Les généraux: de division; Reynier, Damas, Lanusse et Belliard, pour lesquels les vexations multipliées du général Menou n'étaient rien et l'honneur de Tarmée tout* oubliant les torts qu ? il avak avec eux , se rendent chez lui et lui font toutes les observations qu'exigeaient le samt

DU GÉNÉRAL REYJTIER. 367

de l'armée et la conservation de la colonie. Rien ne peut vaincre son obstination ; ils se retirent. Le général Reynier , convaincu qu'il est de son grade et de son devoir de combattre de tous ses moyens les mauvaises dispositions du général en chef, lui écrit et lui fait sentir qu'il est de la plus grande importance de marcher de suite avec toute l'armée sur Aboukir; qu'en la divisant, on la fera battre partout; que le grand-visir, d'ailleurs peu à craindre , n'est point encore en mesure de passer le désert, et ne le fera certainement que lorsqu'il aura su le résultat delà tentative des Anglais; qu'on aura le temps, après avoir battu le débarquement , d'être de retour à Saléhiëh pour rejeter dans le désert une armée extrêmement diminuée par les maladies et la désertion. Il lui rappelle la grande maxime de guerre de suppléer au nombre par la rapidité des marches , maxime sur laquelle est basée la réputation des Turenne , des Montecuculli , etc. ; mais le général Menou, persistant dans son inébranlable fermeté, poursuit ses mauvaises dispositions, et, entouré de ses troupes , il attend de pied ferme au Caire qu'on lui annonce le débarquement de quinze à dix-sept mille Anglais que pouvaient porter les cent cinquante voiles ennemies , et auxquels le général F riant n'avait à opposer que mille sept cents hommes à Alexandrie.

Le ao ventôse , on apprend au général Abdallah Menou que les Anglais, retardés pendant sept jours par les gros temps, ont débarqué, le 17, au point choi&i par les Turcs en thermidor an vu. Il part du Caire le a i , et arrive le a4 à Rahmaniëh.

Le général Lanusse (qui devait attendre à Rahmaniëh de nouveaux ordres) instruit du débarquement, ne consultant que son honneur et la gloire de l'armée, enfreint

l'injonction qui lui était faite , pour voler au secours du général Friant et sauver Alexandrie.

Le général Reynier, envoyé à Belbéis, avec deux demibrigades , reçoit l'ordre de les faire partir pour Rahmaniëh : elles devaient passer sous le commandement du général Damas, et le général Reynier devait rester à Belbéis avec son ambulance et son artillerie : il est à remarquer que le général Jacques Menou ne lavait envoyé à Belbéis qu'afin de l'éloigner de l'armée, où il redoutait sa présence , et qu'il lui retirait des troupes dont il donnait le commandement au général Damas , dans l'espoir de détruire l'harmonie qui existait entre ces généraux. Cependant le général Reynier marche à l'ennemi avec ses deux demi- brigades , son artillerie, et le général Damas; et, parti le ai de Belbéis, il arrive le a5 à Rahraaniëh, avec son infanterie.

Le général en chef y avait reçu lavis des deux combats qu'avaient essuyés les généraux Friant et Lanusse, et où nous avions été repoussés le 17 et le a a. Cela ne l'empêcha pas de s'embarquer dans son canja pour aller voir sa femme au village de Fouah; il allait pousser au large , lorsque l'arrivée des généraux Reynier et Damas suspendit cet élan de tendresse conjugale ; on attendait le général Rampon , auquel on avait donné l'ordre de laisser à Lesbèh et autres forts six cents hommes de la a e légère avec une compagnie à % artillerie légère , la meilleure de l'armée , et on arriva enfin le 39 ventôse à

Al J *

L'ennemi s'était emparé le a a , d'une position des plus militaires qu'occupaient les généraux Friant et Lanusse avec trop peu de troupes pour pouvoir s'opposer à ses efforts. La droite des Anglais appuyait à la mer, la gauche

DU GÉNÉRAL REYNIER. 36g

au lac Maadiêh, les deux ailes flanquées par des chaloupes canonnières , le centre couvert de redoutes : ils avaient eu huit jours pour se retrancher et garnir leurs ouvrages d une artillerie de position des plus nombreuses et des mieux servies.

C'est devant cette position que nous avons échoué le 3o ventôse.

; Le plan d attaque, excellent en lui-même, avait été insinue au général Menou par son chef d'état-major qui avoua ingénument au général La„„sse, l'incapacité du gênerai en chef et la sienne propre, en semblable occasion D après cette confidence, le plan d'attaque, conçu par les généraux Reynier et Lanusse, avait été remis àu gênerai Lagrange. Le général en chef soudain le rédige en ordredu jour,et les généraux le reçoivent à dix heures du so.r, la ve.lle de l'affaire. Nous eussions certainement eu 1 avantage , malgré notre infériorité, sans la perte du brave gênerai Lanusse, et sans le généra] en chef, nui pour toute manœuvre, fit charger la cavalerie avant le' jour sur des redoutes entourées de fossés, situées sur des mamelons presque à pic, et en détruisit ainsi les deux tiers. Après avoir laissé pendant deux heures les troupes exposées à un feu des plus meurtriers, sans prendre le part, d organiser une nouvelle attaque , comme le généra Reymer le lu. proposa plusieurs fois/ou de se retirer s .1 ne voulait pas tenter ce moyen , l e général en chef retourna dans Alexandrie, sans ordonner la moimIre ^ position pour placer l'armée, qui prit d'elle-même sa position.

En même temps qu'Abdallah, par les calomnies les Plus absurdes, s'efforçait de ternir la réputation du gênerai Reymer, l'armée, moins aveuglée par les i„.

trigues que certaine de l'incapacité de son chef, se persuada que le général Reynier était lieutenant-général. On n'a pas su quelles pouvaient être les causes de cette persuasion, commune à toutes les armes ; ce qu'il y a de très sûr , c'est que ce fut le bruit général parmi les troupes : il fait autant d'honneur à celui qui en est l'objet qu'à leur discernement. Villars fut aussi nommé lieutenantgénéral par ses soldats.

Si les généraux n'avaient pas pris le parti d'opposer aux tracasseries journalières de Menou le mépris qu'inspire sa personne, s'ils daignaient réfuter les inculpations extravagantes que , pour couvrir son crime , il a la maladresse de chercher à leur appliquer, il ne leur serait peut-être pas difficile de le convaincre de la plus noire perfidie. En effet, qu'on réfléchisse à sa conduite depuis que Y ancienneté Fa placé au premier poste de l'armée, au soin qu'il a constamment pris de la diviser , d'acheter les suffrages de plusieurs vils intrigans, par des qualifications et par des grades ; on le verra laissant dépourvues d'approvisionnemens les places les plus importantes de l'Egypte, celles qui pouvaient se trouver exposées aux premières attaques des ennemis ; négligeant de monter quatre cents hommes de notre cavalerie qui languissaient à pied dans les dépôts de Boulac ; refusant de compléter le nombre de dromadaires nécessaires au régiment, pour l'achat desquels le chef de brigade Cavalier lui proposait de faire, au nom de son corps, l'avance de 20,000 fr. ; donner l'ordre de faire couper les chevaux d'artillerie, exécuté peu de temps avant le débarquement; on le verra, prévenu de mille manières d'une'invasion ennemie, loin de chercher à s'y opposer ou à s'en garantir, retirer les troupes des côtes et les faire remonter au Caire sans

DU GÉNÉRAL REYHIliR. 3^1

autre but apparent que celui de se faire des créatures et d'intriguer dans tous les corps à la fois; on le verra (entièrement opposé à la prudence du premier chef de l'armée d'Orient, qui, en thermidor an vu , présentait aux Égyptiens la descente des Osmanlis à Aboukir comme une invasion moscovite) annoncer dans une proclamation à ses frères les musulmans , l'arrivée d'une flotte de cent cinquante voiles , et d'une armée mahométane; retardant (sous le vain prétexte d'organiser un meilleur mode d'impositions) la rentrée du miry pendant les trois mois qui ont précédé le débarquement , et enlever ainsi au trésor public une ressource de trois millions ; s'efforcant de hâter la destruction de l'armée en la disséminant, ne la réunir qu'à regret, et se priver comme à dessein des moyens d'artillerie qu'il était en son pouvoir d'employer pour foudroyer les ennemis, etc. ; voilà des faits qu'attestera toute l'armée , des faits qui prouvent à l'évidence, ou l'ineptie la plus profonde ou la plus coupable trahison. Qu'à la suite de ce tableau révoltant d'opérations dont il est des milliers de victimes, on se rappelle les vociférations de l'Angleterre, qu'on se souvienne que Parmée d'Orient, cette armée perfide, doit servir d'exemple au monde, et l'on sentira que M. Dundas ne pouvait trouver un meilleur exécuteur de ses volontés, qu'il ne peut trop payer une si entière soumission à ses désirs.

Le visir n'arriva que le 20 germinal à Salêhiëh, il s'est depuis avancé à Belbéis , où il s'est retranché. Des canonniers anglais servent son artillerie, et des ingénieurs dirigent ses ouvrages. Le général Beîliard a vainement sollicité le général en chef de lui donner le moyen daller l'attaquer ; ce n'est que le 27 floréal que la retraite du corps de Rahmaniëh (pris le 19 parles Anglais et les

Turcs , qui avaient débarqué dans le commencement de germinal, au nombre de cinq mille, à la Maison Carrée) lui fournit les moyens de partir du Caire pour marcher contre le visir. Il est douteux qu'il ait réussi.

Si la conduite de Jacques Menou pouvait inspirer autre chose que l'indignation , on serait tenté de sourire de pitié en le voyant, au milieu de ses revers, prodiguer des grades aux individus marquaris dans V armée par leur ignorance ou leurs bassesses. Les lieutenans-généraux F riant et Rampon , les généraux de division Robin , Qestaing , Zayoncheck, les généraux de brigade Darmagnac et Délions sont autant de soliveaux dont s'étaie le général Menou pour prévenir une chute qu'il redoute, mais qu'il ne saurait éviter.

Je ne doute pas que le premier consul ne prononce sur cette affaire importante de manière à satisfaire pleinement l'honneur dfe l'armée et celui des généraux. Le jugement de Latour-Foissac , appliqué au général Abdallah Menou doit encore se considérer comme une faveur.

11 suffit de connaître les troupes de terre anglaises pour sentir à quelle humiliation est réduite l'armée d'Orient

Un Zayoncheck!... connu par ses brigandages dans la Haute-Égypte, dont le seul mérite est d'avoir flatté la haine atroce de Menou, en lui répétant qu'au lieu d'inhumer le, général Kleber on eut du V exposer a une potence pour servir de pâture aux oiseaux de proie!.,, un Destaing, dont la rapacité a porté au-delà de 200,000 fr. le fruit de ses concussions!... voilà quels sont les chefs actuels de l'armée d'Orient , les conseillers intimes du cabinet d'Alexandrie ; voilà les nobles soutiens de cette morale qui découle abondamment de la plume du baron de Menou; mais qui ne purifia jamais son cœur infecté de crimes.

DU Gitréft\L REYNIER.

Les quatre combats qui ont précédé notre départ ont pu coûter à l'armée trois à quatre mille hommes hors de combat, tandis qu'une seule affaire y qui ne nous eût peut-être pas enlevé quinze cents hommes, aurait suffi pour anéantir l'armée anglaise et conserver l'Égypte à la France. 11 est évident que si , au lieu de disséminer l'armée et d'agir avec autant de lenteur, on l'eût rassemblée, comme cela était possible , le 20 à Aboukir , 10,000 hommes d'infanterie, dix-sept cents chevaux, et soixante pièces de canon , eussent triomphé des troupes anglaises , qui ne venaient pas sans effroi combattre une armée couverte de gloire , et dont le nc)m seul inspirait à nos ennemis l'admiration et la crainte.

Personne mieux que le général Menou, n'avait une plus belle occasion de se faire en un moment, et à moins de frais, une réputation brillante, égale à celle de nos généraux les plus illustres. Quand on compare la situation de l'armée à l'époque où il l'a perdue par son ignorance ou sa perfidie , avec celle où le général Bonaparte , malgré ses faibles moyens et le découragement des troupes, triompha d'une armée d'Osmanlis, l'élite des milices ottomanes , c'est alors que , convaincu de la possibilité de repousser une invasion ennemie, on sent plus vivement la perte que fait la France, et qu'on déplore la honte que le général Menou déverse sur cette brave armée.

C'était peu que le général en chef abreuvât de dégoût les généraux qui se trouvaient en butte à ses intrigues. Il a encore répandu contre eux les calomnies les plus atroces. On l'a vu, s'efforçant de leur ravir l'estime et la confiance que leur accordent les troupes, tenter d'insinuer dans l'armée que le général Damas avait vendu l'Égypte à l'Angleterre, de concert avec le général Kléber; que le

général Reynier faisait le commerce des grains avec le grand-visir, etc.; les généraux Belliard, Lanusse, Daure, ne sont pas plus épargnés. Le lendemain de notre arrestation , il faisait circuler dans le camp qu'on avait saisi sur les généraux embarqués, trois millions avec lesquels on allait payer l'arriéré de l'armée, et en même temps il offrait à un aide-de-camp resté à Alexandrie, de l'argent pour payer les dettes que le général Reynier y avait laissées.

Pourras-tu croire que, pendant un an, Jacques Menou n'ait pas quitté le Caire pour aller inspecter les côtes ou les forts de TÉgypte ? que tandis que son armée agit dans l'intérieur , il soit sur la place d'Alexandrie , occupé à rédiger ses ordres du jour et ses plates proclamations! Cesse de t étonner, mon cher Savary; apprends que le général Menou veut se conserver pour la France , à laquelle il espère rendre encore d'aussi éminens services. A l'affaire du 3o , quoique toujours hors de portéè du canon , il avait auprès de lui un aide-de-camp chargé seulement de veiller à sa sûreté. Général, lui disait-on, vous êtes aperçu; on tire sur vous ; et le général en chef de l'armée d'Orient allait prudemment, s'abriter derrière ses lignes.

Toutes les personnes qui jouissaient de l'estime du général Bonaparte et du général Kléber sont tombées en discrédit auprès du général Menou; témoins les généraux Belliard, Morand, Bertrand, Daure, l'ordonnateur de la marine Leroy, l'ordonnateur Laigle, qui , tout récemment, vient d'être suspendu de ses fonctions par un de ses caprices. Malheur à celui qui réclamerait la sauvegarde des lois : elles sont nulles à ses yeux. Un chef d'escadron du i5', officier très estimé, est détenu depuis trois mois dans un fort , pour avoir émis son opinion sur le compte

DU GÉNÉRAL REYJVIER. 3j5

du général en chef : il se trouvait à Rahmanièh avec trois ou quatre officiers de la 85 e , un d'eux à la solde du général Menou, tenta de rejeter sur le général Reynier et sur le général Lanusse la perte de la bataille du 3o. Cet officier , certain du contraire , impose silence à l'espion en lui disant qu'il ne souffrirait pas qu on parlât ainsi devant lui des généraux qui jouissaient de la confiance de l'armée ; le mouchard, fidèle à ses instructions, le dénonça à Menou, qui le fit arrêter pendant la nuit, et le retient au fort triangulaire.

Le même système de terreur qui dévasta la France en 1793 existait en Egypte à l'époque de notre départ. Des espions sont répandus dans tous les corps de cette malheureuse armée , et te général en chef correspond directement avec eux, les soudoie et les récompense par des grades; les dénonciations, les arrestations se renouvellent chaque jour, et rien n'est plus commun que la menace de vous faire fusiller. Enfin , par une subversion effrayante de tout esprit militaire, de tout principe de société, on a vu le chef de brigade d'un corps de l'armée se glisser furtivement la nuit près de la tente de ses propres officiers, recueillir leurs propos et leurs opinions, et désigner ensuite au général Menou les victimes de son infâme espionnage.

Qu'on ne s'imagine pas que le général Abdallah , en prostituant les grades dans son armée, ait eu l'intention de récompenser le mérite ou des actions d'éclat. 11 suffit de jeter un coup d'oeil sur la plupart de ceux qui les oc-

cupent. Par un raffinement d'intrigues dont lui seul est capable , il a nommé généraux de brigade des chefs de corps qui le détestaient , pour leur substituer ses partisans, afin de changer en sa faveur l'esprit de ces demi-

37 (i MEMOIRES

brigades. Cette raison l'avait engagé à enlever Maugras à la 75 e ; le brave Eppler est dans ce cas. Plein de mépris pour M en ou, il voulut refuser un grade qu'il croyait au-dessus de ses forces, mais des menaces l'ont forcé d'accepter, et l'excellente 2 i e est devenue la proie d'un valet, d'un plat intrigant, d une créature d'Abdallah.

Jacques Menou, en moins d'un an, a vomi en Orient assez de généraux pour composer Tétat-major d'une armée de soixante mille hommes 5 deux lieutenans -généraux , quatre généraux de division , dix généraux de brigade , dont six en un seul jour ; des adjudans-commandans et des officiers supérieurs , en proportion au moins double, composent le nouveau tableau de l'armée. Lorsqu'il reçut les brevets de Morand et du général Bertrand, il en fut presque scandalisé , et en témoigna son étonnement en pleine cour. En vérité , dit-il , le général Bonaparte n'y pense pas; il me donne des jeunes gens qui s'éloignent de moi , qui ne sont pas mes amis , plutôt que de confirmer de vieux officiers connus par leurs longs services. Le général Menou ne savait sans doute pas que ceux qui doivent leurs talens et leurs succès aux leçons, aux exemples de celui qui a sauvé la France, ne peuvent être les amis de l'ineptie et de l'intrigue; il ignorait que ceux qui servirent sous un héros n'obéissent qu'à regret à un jean f....

Tous deux, dans ces dernières affaires, se sont montrés dignes du choix du premier consul. Au combat de Rahmaniëh, Morand a déployé des talens et un courage dont les Turcs principalement ont eu beaucoup à souffrir. Au reste, quels qué* soient les déclamations et les mensonges de Menou, qu'on mette en balance les services continuels que les généraux qu'il calomnie ont

DU GÉWJÊRAL REYM1£R.

rendus à la République pendant dix années de guerre et de succès , avec ceux de ce général perfide , avec sa déroute de la Vendée , sa lâche inaction devant une poignée de brigands parisiens, et l'on verra de quel côté doit être l'avantage. Que ceux qui furent de l'armée d'Orient se rappellent qu'au milieu des fatigues communes à ces généraux qu'il déchire, le général turc traînait dans son harem le poids de son inutile et lourde masse, qu'il ébranla enfin pour aller commander la Palestine, lorsque l'armée de Syrie revenait de son expédition; qu'on rapproche le caractère loyal et purement militaire de ceux-là , de l'esprit intrigant , astucieux et vil de celui-ci, et Von verra si le pilier des antichambres de Versailles peut le disputer aux plus fermes soutiens de la gloire de leur pays.

Nous avons fait de bien grandes pertes : il en est d'irréparables ; les généraux Lanusse , Roize et Baudot sont morts victimes de l'ineptie et de la lenteur de Menou ; Baudot a été bien sincèrement regretté par nous tous; c'était un bien bon ami. Le général Reynier a été on ne peut pas plus sensible à la perte du brave général Lanusse ; c'était un homme d'un grand caractère , doué d'une belle âme et d'excellentes qualités. Uni de sentir mens et d'opinions au général Reynier, il s'est, on peut le dire, dévoué pour l'honneur de l'armée ; car un seul mot dit au général en chef, qui le détestait et le craignait infiniment, lui eût procuré dans l'instant son passeport pour la France , qu'il désirait revoir et où il eût été certainement employé par le premier consul ; mais son attachement à l'armée , dont il voulait prévenir la ruine , et au général Reynier, l'a seul retenu en Égypte.

Peu de jours après l'affaire du 3o, le général en chei

3jS MÉMOIRES

craignant que ( par suite de son imprévoyance ) les magasins d'Alexandrie ne pussent pas suffire aux besoins des troupes, se détermine à faire sortir les bouches inutiles de cette place , aussitôt un ordre du Jour : mais sur qui porte cette mesure? tu croiras peut-être quelle frappe les Turcs?... Non, ces bouches inutiles sont Tingt-cinq à trente Français, savans ou employés , qu'on arrache à la protection de l'armée , au milieu de laquelle ils étaient venus se réfugier, pour les exposer aux dangers d'une route pénible, et à la poursuite des Arabes, dont plusieurs ont été victimes.

Quelque temps avant l'arrestation du général Reynier, des officiers anglais , causant avec les nôtres aux avantpostes , leur dirent que le chef de brigade Clément , aidede-camp du premier consul , avait été pris près du Marabou , et qu'il apportait le brevet de lieu tenant- général au général Reynier j nous ignorons si cela a quelque fondement; je te prie de me le mander : ce bruit, qui circulait dans toutes les bouches, a surtout déterminé le général Menou à hâter son embarquement.

Ce que tu auras peine à croire, mon cher Savary, c'est qu'il puisse exister dans l'armée d'Orient des gens assez stupides pour faire une divinité de l'homme que je viens de te dépeindre. 11 est vrai qu'il paie bien leurs adorations. Peu de jours avant l'apparition de la flotte anglaise, ces flagorneurs, certains que le propos lui serait rendu, assuraient à d'autres imbéciles qui les écoutaient de sangfroid, que la place de premier consul ne convenait à personne mieux qu'à Menou. Le général Bonaparte est bon militaire si vous voulez , disaient- ils , mais le général Me' nou, quel génie ! quel administrateur!

Si quelque chose pouvait dédommager les généraux

DU GÉNÉRAL RKYNIER.

de se voir ainsi arrachés aux dangers , aux malheurs même d'une armée dont ils ont si long- temps dirigé les travaux et partagé les glorieuses fatigues , ce serait certainement la douleur et les regrets que leur ont témoignés les braves soldats , exécuteurs passifs de cette violence inouïe. Pour mieux s'assurer de leur obéissance, on leur avait déguisé cette expédition, en leur faisant prendre deux jours de vivres. Pouvaient-ils penser en effet que le général Menou ordonnât un crime à ces mêmes guerriers, auxquels Bonaparte et Kléber ne commandaient que la victoire.

Adieu, mon cher Savary; écris -moi souvent.... Je t'embrasse.

P. S. Dans peu je compte t envoyer un précis des opérations de l'armée d'Orient, en te développant les causes de ses malheurs. Le jour de la mort du général Kléber, jour doublement funeste à la France, le général Reynier eut avec le général Menou une vive discussion pour le commandement de l'armée, que refusait obstinément ce dernier, en protestant qu'il donnerait plutôt sa démission d'officier-général que d'accepter ; ce sont ses expressions. Le général Reynier, qui ne connaissait pas alors le général Menou, s'opiniâtra de son côté à refuser un poste auquel il se croyait inférieur, et où l'appela constamment le vœu de l'armée. C'est là le seul reproche qu'il ait à se faire, et la source des désastres de cette même armée, qui condamne surtout en ce moment une modestie qui coûte cher à la France.

Au milieu des intrigues du général Menou, on s'étonne qu'il n'ait point eu l'adresse de se ménager les corps dont les suffrages peuvent avoir, le pliw d'influence» Le corps entier du génie, celui de l'artillerie, la Commission des

arts , les membres de l'Institut , tous ont également à se plaindre , tous sont également vexés et maltraités par lui.

Le général Menou, dans ses rapports , a trompé indignement la bonne foi du gouvernement. Tout le bien qu'il se flatte d avoir fait à l'armée , était le fruit des travaux du général Kléber. Il a écrit qu'il faisait construire des forts, creuser des canaux; qu'il envoyait des commissions au-delà de Sienne.... Tout cela est faux, absolument feux; les preuves en existent, et seront , s'il le faut , mises au grand jour pour détromper la France entière abusée par ce vil scélérat.

Je ne finirais pas s'il fallait m'appesantir sur toutes les sottises de Menou; mais il est temps de terminer cette longue lettre ; je désire que tu puisses la déchiffrer.

Ton Ami.

Nous sommes en ce moment au mouillage à Nice ; nous devons faire la quarantaine à Toulon : je te prie de m'y adresser tes lettres.

Du 9 messidor au ix

( N° 4.) 'An quartier-général du Caire, le a5 norembre zSoo.

MENOU, GÉNÉRAL EN CHEF, AU CITOYEN CaRNOT , MINISTRE

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