INTRODUCTION M
loius rapports, sur les preuves d'affection «(ii il se sont données, personne ne pourrait nous renseigner avec plus d'exactitude que le comte l']sterhazy. (^e qu il y a eu, si tant est qu'il y ait eu plus que ce qui e^t prouvé et j)rouvé à la décharge de Marie-Antoinette, Esterhazy ne l'a pas ignoré. Il a eu sûrement les confidences delà reine et, sans doute aussi, celles de Fersen. [.orscjucu 171M, déjà captive aux Tuileries, elle veut faire |)arvenir à ce Hdcle ami des bons et des mauvais jours des paroles affectueuses et un objet qui lui parlera d'elle, c'est à Esterhazy qu'elle recourra. Il sait donc beaucoup de choses propres à établir la vérilé, et nous la connaitrious s il voulait parler. Malheureusement, dans ses Mémoires, il reste muet; il y parle une seide fois du comte de Fersen.
Nous pourrions multiplier infiniment ces exemples il'uue discrétion regrettable. Nous n'en retiendious plus (|u un, lequel a trait aux longs et tiès affectueux I apports que la reine a entretenus avec Esterha/y pendant près de vingt ans, au vu et au su du loi qui les encourageait, ayant apprécié à son prix le dévouement de ce noble serviteur. Ces rapports, les Mémoires ne nous en donnent pas une idée exacte, et nous ne pourrions même les soupçonner tels qu'ils furent si, d une part, la correspondance de Marie-
Thérèse avec Mercy ne nous prouvait qu'elle les connaissiiil et s'en étonnait, et si, d'autre part, nous n'en tiouvions des preuves significatives dans les lettres que le comte Esterhazy écrivait à sa femme tons les jours, quand il était séparé d'elle.
Marie-Thérèse ne pardonna jamais entièrement à Esterhazy la part qu'avait prise son grand-père aux insurrections hongroises, ou tout au moins si elh' avait pardonné, elle n'oublia pas. Sa rancune plus ou moins atténuée, se manifeste toujours peu ou prou dans sa correspondance avec Mercy. En ITTi, l'Lsterhazy, venu h Vienne, sollicite d'elle une lettre de recommandation pour Marie-Antoinette; elle la lui refuse " parce qu elle n'aime pas cela, écrit-elle à Mercy, pour des officiers qui ne sont ni ses sujets ni attachés à son service » . Elle autorise cependant son ambassadeur à recommander Esterhazy à la reine. Celle-ci le reçoit, et se souvenant sans doute que c'est lui qui lui apporta jadis le portrait du prince qu'elle allait épouser, elle dit à sa mère qu'elle l'a vu avec grand plaisir : « .le voudrais bien que son cousin fût aussi raisonnable que lui. »
Cet éloge, ceux de Mercy qui constate que le colonel « a toujours passé pour avoir le caractère hoiniète et que cette réputation est bien fondée ",ne modifient pas les dispositions de l'impératrice. Bien-
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tôt, elle trouvera trop lamilièie la correspoiulanco fjiii s'est établie entre l^^sterhazy et la leine; elle déplorera les faveurs que celle-ci lui prodigue. Ces remoutranccs, Mercy est trop bon courtisan pour tenter d'y rien objecter, fjoin d'essayer d en démontrer la sévérité, il les alimente par ses propres remarques. 11 si(jnale à 1 inipéi'atrice qu'on jalousie et qu on blâme la présence trop (n'-quente d'Esterhazy dans la lo^je de la reine. En 1777, à la nouvelle du procliain voyage en France de .losepli II, INIarie-Antoinette accorde à Esterhazy d'aller à la rencontre de ce souverain jusqu'à Strasbourg. Aussitôt Mercy exprime l'espoir que l'impératrice ne le permettra pas. Quant à elle, elle ne cesse de s'étonner de 1 intimité de ce jeune bomme « sans rang distingué » avec sa fille. « La correspond anc(; avec ce freluquet d'Esterbazy est bienbumiliante. » Son mauvais vouloir contre le descendant de l'insurgé hongrois se trahit plus vivement encore en 1778, au moment où sa fille, à la veille d accoucher, désigne le comte Esterhazy pour porter à Vienne la nouvelle de ses couches. Son ressentiment remporte, lui fait oublier jusqu'à 1 ancienneté de cette illustre famille et les nombreux services qu'elle a rendus à l'empire. « Esterhazy ne convient nullement pour être envoyé ici avec une si grande non-
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\iAU\ Sa famille n'est pas illustre, et il est re^jaiilé toujours comme un réfugié. »
En dépit des observations et des critiques de sa mère, qui lui arrivent sous diverses formes, Marie- Antoinette se livre sans contrainte à la sympathii; (ju'elle ressent pour le comte Esterbazy. Elle le protège ouvertement, le défend contre ses rivaux, le recommande au roi de qui elle le fait aimer, obtient pour lui, en une circonstance où il s'est endetté, six cents louis, une pension au moment où il se marie, de fM-auds postes; elle aide, en un mot, tant qu'elle peut, à sa fortune, bienfaits qu'il reçoit avec reconnaissance et paye d'un dévouement que le malbeur de ses souverains, loin de le ralentir, ne fera qu'exciter.
De ces bienfaits qui lui valent tant d'inimitiés, nul cependant n'est pins digne que lui. Ses notes conservées dans les archives de la Guerre le désignent comme i~ un officier plein de courage et d'intellifumce, d'un bon esprit, instruit, appliqué, très attacbé au bien du service, fait pour être employé et servir toujours ntilement. Pense bien. » On pourrait ajouter qu'il est au plus haut degré « nn brave homme » fidèle à l'honneur, au devoir; mari modèle, père tendre, conservant, jusqu'à la fin, à la femme qui porte son nom un amour passionné qu'il exprime.