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sans. Quaiul il fut rappelé à la tc-tc des liiiaiiccs, a|)rès le départ volontaire de r;ire)ie\ cMjue, son am()tir-in()|)re et sa suffisance furent à leurcondde. .lesuis ((uivaiiicu que dès cette époque, ne voulant plus dépendre de la volonté du roi, il fit le projet de devenir, même malj';ré lui, le ministre de la nation, et je ne puis attribuer qu'à ce j)lan la conduite coujjable et criminelle (piil a tenue en I7SÎ), avant et au commencement des États généraux.
A peine arrivé en place, M. Necker rassembla de nouveau des notables, non pour avoir leur avis, mais pour les faire convenir de la nécessité de convoquer les Etats g^énéraux même avant Tépoque cpie l'archevêque, devenu cardinal, avait déterminée. Les notables devenus inutiles furent renvovés après que la question de doubler le nombre du tiers état eut été discutée. Un seul bureau fut de cet avis, et encore persuadé que, devant voter par ordre, le nombre double des députés du tiers uaiiraicnt qu'une faible inlluence déplus dans les débbérations.
L'hiver de 1788 se passa à discuter sur le mode de convocation. >'ecker invita tout le monde à écrire sur cette matière. La mode ancienne fut anéantie, et sans égard aux privilèges des pays d'États, toute la France fut assimilée à l'élection j)ar bailliage, au doublement du tiers, et à l'admission des curés dans la chambre du clergé. Peu après la publication de la convocation, je me rendis à Yalenciennes pour surveiller les élec-
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lions et v maintenir la police. Quoique les esprits fussent assez modérés, les choix de députés amenèrent le désir du ciiang^ement. Aucun abbé ne fut élu pour le clerjjé, et ce furent des curés pour la plupart qui durent représenter les propriétaires de leur ordre, lùitre la convocation et rassemblée des Etats généraux, il veut encore une assemblée des états de province, qui fut sans objet, rien de ce qui v fut statué n'ayant été exécuté.
Je désirais alors retourner à Paris. Mais la disette de grains commençait à se faire sentir. Soit qu'elle fût le résultat des manœuvres et de l'intrigue, soit qu'effectivement la facilité qu'on avait eue de faire sortir des grains n'en causât une rareté, le fait est que le blé manquait. L intendant partit pour Paris, où sa femme se mourait, et je restai seul chargé de pourvoir aux besoins de la province. Je fus très bien secondé par les habitants riches de Valenciennes et par le prévôt, M. de Pujol. Nous fmies acheter du grain en Hollande, et par le moyen de la navigation de l'Escaut, non seulement la ville de Valenciennes, mais toute la province, et quelques communes de la Picardie, trouvèrent dans cette ville du grain à bon marché, par aussi petite quantité qu'on voulait.
Outre cela, je faisais faire tous les jours chez moi une distribution de pain aux pauvres. Le peuple me portait aux nues. Je ne rentrais qu'aux acclamations ^jénérales, et lorsqu on divisa la ville en districts, on
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nie tioiimia prcsidciil de ccliii ou je (li-mciiriiis. Je dus représenter (jiie cette place élective était iiicoinpahhle avec celle decominandaiit : on me répond il de nommer moi-mêiiic un suppléant. Je m'y refusai et nie bornai à indiquer le ifrénéral Clei'mont. L'élection se fit et il fut élu tout d'une voix.
Cependant l'assemblée s'ouvi-ait. La vérification dc)^ pouvoirs faisait perdre du temps, et on 1 emplovaiL à séduire les (lardes françaises. On exa^^érait le défaut de subsistances, et pour rétablir l'ordre, il fallut réunir des troupes autour de Paris, dont on donna le commandement au maréchal de Brofj^lie. La cour, le vénérai, les autres corporations tombèrent dans tous les jiiè.'jes <\\i on leur tendait, l^e roi |)ublia le 2'.\ juin une déclaration rpii était la plus belle charte que jamais souverain ait tlonnée à son jieuple; c était même lui donner trop. M. Necker saisit cette occasion pour au.<jmenter sa popularité. Il ne suivit |)as le roi à rassemblée, et par son absence prou\a qii il désapprouvait la déclaration. De là, les ordres que le roi donna ne furent j)as exécutés. Les factieux s'assemblèrent au jeu de j)aume de Versailles, se constituèrent Assemblée nationale. Quelques gentilshommes fpii ne méritent pas ce nom passèrent à la chambre du tiers; les curés et (pielqiies prélats suivirent cette exemj)le. Lue alarme supposée j)oiii' la personne du roi v entraîna la noblesse. Enfin cette assemblée, avant fait reculer le roi. exifyea de
lui la retraite des troupes et le renvoi des ministres.
Pendant ce temps-là la populace de Paris s'armait, grâce au dépôt d armes des Invalides et par une fatalité incroyable s'emparait de la Bastille, en égorgeait le gfouverneur; on massacrait le prévôt des marchands à l'Hôtel de Ville, et, ivre de vin et de sang, on promenait leurs têtes dans Paris, tandis qu'un scélérat, membre de 1 Assemblée, disait froidement pendant qu'on y vint faire le récit de ces horreurs :
— Le sangf qui coule est-il donc si pur?
Le roi, effrayé, se rendit à 1" Assemblée suivi de ses frères, promit tout ce qu'on voulut, et s'engagea à aller à Paris le surlendemain justifier la révolte et y donner son approbation.
Les factieux élurent Bailly, fameux astronome, pour maire, et La Favette, qui avait servi d'instrument à Washington en Amérique, brigua et obtint la place de commandant gfénéral d une milice levée sans ordre et malgré la volonté de son roi. Le duc d'Orléans était derrière le rideau; il s'était servi du prétexte du renvoi de Necker que le roi avait renvoyé le 10, voyant qu'il le trahissait.
Quoique ces détails se trouvent dans toutes les histoires du temps, je dois remonter [)lus haut pour faire saisir les suites funestes de la faiblesse et de lindécision. A dater du lendemain de la scène du manège de Versailles, lAssemblée nationale ne cessa d'empiéter sur les prérogatives rovales. M. }secker
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était toujours d avis de céilcr. Il CMi résulta que le roi se trouvait sans autoi'ité, ce rjiii le déterniiua à renvoyer un ministre dont la eonduile llatlait t()u|ours le ])euple et qui, par le crédit que cela lui donnait, détruisait de fait toute 1 autorité rovalc. Le roi se détermina à lui demander sa démission. Mais ceux (jiii devaient le remplacer ne prirent aucune mesure. Il n'y a^ ait point d'ar,'jent à Versailles ; il était tout à Paris. Sous prétexte d éviter les dé[)enses, le blé manquait. Les Gardes françaises étaient fja.<jnées; l'armée, rassemblée autour de Paris, était par petits paquets, faible partout et aisée à être séduite par l'argent, le vin et les filles.
Les factieux ne néglig^èrent rien. Mirabeau, plein de talent et de .jrénie, scélérat sans principes, écbappé au fer des lois qui l'avaient deux fois condamné; Laclos, homme de beaucoup d'esprit, connaissant les hommes par leurs mauvais côtés, et sachant de quoi ils sont capables pour a^oir de l'autorité ou des plaisirs, s'étaient emparé du duc d'Orléans, homme immoral, libertin, devenu ambitieux depuis que la cour lavait traité avec trop peude considération, l^'ne Mme de Genlis, femme d'esprit, intrigante, sans principes, joignant l'hypocrisie la plus profonde à tous ses vices, avait pris un grand ascendant sur lui. Elle le poussait à la révolte. Mais son caractère pusillanime ne le rendait pas digne du rôle ([u'elle voulait lui faire jouer. Il avait encore dans son conseil d'ini-
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quité un abbé sans aucune reli.'jion, sans aucun besoin, détestant toute autorité par principe, etayant lamourpropre de renverser toutes les monarchies, et de détruire toutes les relijyions.
Ces différents acteurs ne saimaient pas; ils méprisaient le duc d'Orléans. Mais son nom et son argent leur étaient nécessaires pour corrompre les troupes, pour avoir toute la Fr;uice, deux objets sans lesquels la révolution de Paris ne pouvait qu'être partielle. De})uis l'hiver, on avait préparé une explosion. La cherté des g'rains avait donné au duc d Orléans les moyens de se rendre populaire, par des pénérosités au peuple. Necker avait poursuivi le même but aux dépens du roi, en établissant des travaux de charité, qui réunissaient à Paris un grand nombre de bras étrangers, à la disposition du ministre ou de tel autre qui voulait les paver.
Des mouvements populaires qu'on avait excités pour tàter la cour avaient déterminé à faire marcher des troupes autour de Paris. Mais Necker, qui blâmait cette mesure, n'avait pris aucun moyen pour assurer leur subsistance. Il s'était toujours refusé à ce que le roi convoquât les États généraux à Tours ou à Reims et le roi avait cédé à son ministre, quoiqu on lui eut fait voir le danger de les réunir au milieu d une ville immense et d'une populace à qui pouvait être donnée une force incalculable. Necker comptait sur ce peuple en cas qu il en eût besoin; il comptait surtout sur
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tous 1rs banquiers et a.'yloteurs (jiii (nilliilaient dans la capitale. Enfin, pour avoir l'air de céder en quelque chose, il consentit que les Etats généraux s'assennblassent à Versailles. Le roi crut avoir tout g^ag^né. Mais les factieux s'occupèrent à corrompre le peuple versaillais, ce qui ne fut pas difficile.
Paris était dans cette situation quand on apprit le renvoi de M. Necker. La populace aussitôt s'assemble, va prendre son buste etcelui du duc d'Orléanschezun marchand de fig^ures en cire, elles porte en triomphe. Le tocsin sonne; les Gardes françaises prennent les armes; on fait avancer des troupes pour s'opposer à la destruction des barrières et à l'ouverture des prisons. Les Gardes françaises tirent sur les troupes et se ran^reut du côté du peuple; on arbore des cocardes, d abord vertes, ensuite tricolores, qui sont les couleurs de la livrée d Orléans. Le maréchal de Brop^Hc ne bou.'j'c pas de Versailles. Voulant être à la fois iiiinistrc et g'énéral, il n'est ni liia ni l'autre, entouré de traîtres à la tète desquels est son fils et un nommé Dumas (1) qui a toute sa confiance. Les ordres n'arrivent pas ou sont falsifiés. La cour tremble ; l'Assemblée et les factieux triomphent.
(1) Le général Mathieu Dmiias, ami de La Fayette, clrpute à la T^égislative, et qui, jusqu à sa mort, en 1837, a i-empli une J)rillanle carrière. Memhre du ente droit, il dut éinigrer après le 10 août. Mais il rentra après la chute de Robespierre. Pas plus que le prince de Broglie, qui, moins heureux (pie lui, fut {juilloliuc, il ne mérite l'épithètc de Iraitre qu'Kstcrhazv accole à leur nom,
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Le lundi, le peuple, échauffé par des pamphlets et des craintes absurdes, s'arme de piques, de haches, dépave les nies, s'ag^ite sans savoir pourquoi; on lui persuade que Paris est miné; les uns disent qu'on va le faire sauter, les autres qu'une armée est cachée dans les caves et va livrer Paris au pilla(je. Ce jour-là, deux mille hommes eussent suffi pour rétablir l'ordre. Mais tout fut dans l'indécision à la cour ; les factieux seuls agirent. Le mardi, le peuple marche sur les Invalides, s'empare des armes qui y sont déposées et, déjà vainqueur, attaque la Bastille. Le (jouverneur perd la tête: il fait baisser le premier pont-levis, et tirer des coups de canon sur la foule qui entre dans la cour. On en tire du dehors sur la Bastille. Une chaine du pont-levis est brisée; le pont ne peut plus se lever; on arrête le g^ouverneur, on le mène à l'Hôtel de Ville, où on le massacre, et une forteresse où il eût été difficile de pénétrer si ses défenseurs se fussent tenus tranquillement enfermés dans ses murs, est prise par une populace mal armée, mais pleine d'audace. Les partisans du roi sont dans la terreur. Le peuple, toujours cruel, se livre à des horreurs sur les cadavres des malheureux qu'il a égorgées, et les factieux l'excitent d'une manière invincible.
Le mercredi, le roi va à l'Assemblée, promet le renvoi des ministres, le rappel de Necker, la retraite des troupes, d'aller le surlendemain à Paris. L'Assemblée en corps le reconduit. Dès ce moment, la monar-