‹ Mémoires du Cte Valentin Esterhazy avec une introduction et des notesChapitre 32 sur 58 · CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIÈME

massacre de MxM. de Laiiiiay ol de Tlessellcs. .rciis (1 al)()i(l (|ii('l([iu> peine à ajouter fol à des faits si extraordinaires. Mais il me les affirma si positivement en m'observant (ju il avait été témoin de la défection des Gardes françaises et avait vu passer les tètes des malheureuses victimes, ([u'on portait en triomphe au l'alais Royal, (JU 11 ne me fut plus permis d'en douter. Mes inquiétudes pour ma famille s'en accrurent, et d'autre part, je dus prendre toutes les précautions que la prudence me suffgérait pour m'assurer de ma garnison et des habitants de Valenclennes, sans montrer cependant de la crainte. Je fis surveiller de près un certain Jamart, homme d'affaires du duc d Orléans, homme d'esprit et démocrate enra(jé; je défendis de donner des chevaux aux postes sans mon ordre exprès, et me fis amener tous les étrangers qui se présentaient aux portes de la ville.

Le jeudi !(> au soir, on vint me dire que M. N'''*'^", premier commis des finances, demandait les portes et qu'il arrivait avec des ordres du roi. J'envoyai un officier major pour lui en demander communication et tâcher de savoir l'objet de sa mission. Il demanda à être conduit chez moi, et j'appris par lui ce (jui s'était passé à Versailles, le 15. Il me montra la copie de la lettre du roi qu'il apportait à M. Necker pour le rappeler, et celle du [)résldent de l'Assemblée nationale à ce ministre. Il paraissait très content de ce qui s'était passé. Je lui fis donner des chevaux, et lui

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communiquai tous les renseignements que j'avais de la marche de M. Neckcr. Il médit aussi que le roi avait promis d'aller à Paris, le vendredi 17, et que probablement, cette démarche de sa part rétablirait l'ordre et la tranquillité dans la capitale. Je conviens que j'éprouvai dans ce moment-là deux sentiments bien différents : 1 un de })eine de voir faire au roi une démarche aussi avilissante pour son autorité et aussi danjjereuse pour sa personne, et 1 autre de plaisir de voir par là ma femme et mes enfants hors de dang^er.

Tout fut calme à Valenciennes pendant la journée du 16. Il ne venait personne de Paris, mais on disait que les issues en seraient libres dès que le roi y serait rentré. Je profitai du départ de la dilig'ence pour écrire à ma femme, et lui conseiller de venir me retrouver le plus tôt qu'elle pourrait avec ses enfants. Dans la nuit du 17 au 18 on vint m'éveiller en me disant que le prince de Chimay était aux portes et demandait à me parler. Je donnai Tordre de lui ouvrir, mais, supposant que c'était quelqu'un qui prenait son nom, car je le savais lui même en Italie, je montai ensuite à cheval, et courus à la porte Notre-Dame. En chemin, je croisai une berline qui allait à la poste ; je m'y rendis, et quel ne fut pas mon étonnementde me trouver en ouvrant la portière dans les bras de M. le comte d'Artois!

Il me remit un billet de la main du roi, qui m'invitait à rendre à son frère tous les soins qui dépendraient de moi et à assurer sa sortie aux Pays-Bas, et

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une k'Urc de la i'oiiiO(jiii s eu rcMiicUaità lui [xmr me raconter tout ce qui s'était passé et se passait encore. Il avait a\ec lui le prince d'IIénin, son caj)itaine des ^'jardes, le comte de Vaudreuil, le marquisde l*oli{|nac et un écuyer. Ils étaient partis de Versailles à cheval, et avaient pris à Clianlillv une voiture de M. le prince de Condé. lis étaient tous très fatigués, Vaudreuil même avait de la Hè\re. .l'étais sur de ma (jarnison ; le peuple était tranquille: je proposai au jirince de passer la journée chez moi, et il accepta.

Gomme je lui offrais de monter mon cheval, on vint me dire que M. le prince de Gohdé arrivait. Il avait a\'ec lui son fils et son petit-tils, ainsi que MM. du Gavla et d'Antichanip. Il ue Noidut pas rester à Valenciennes. Je lui donnai un billet pourM. d llappancourt, commandant de Mons, et j'envoyai un courrier à Mademoiselle (1) , qui devait arriver ce jour-là, pour lui donner des nouvelles de sa famille, et l'assurer de la liberté (|u elle avait de passer (juand elle voutlrait.

L arrivée des princes fut suivie dune foule d'autres qui quittaient Paris. De toutes parts, on demandait des passeports. Je fis coucher monsei^jneur le comte d'Artois dans la chambre de votre mère, et je redoublai de soins pour sa sûreté sans que cela j)arut. l\'ndant que j'étais devant ma porte, je vis arri\er un

(1^ La priacesse T.ouiso, fille du [)rince de Contlé.

fiacre : c'était le marquis de Sérent, {gouverneur des enfants de M. le comte d Artois. Je courus à lui; il me dit qu'il venait d arriver avec les deux jeunes princes (1), qui étaient à la poste. Je montai dans son tiacre, et nous allâmes les chercher. Je les fis coucher dans ma chambre; ils n'avaient pas reposé depuis leur départ de Versailles. Le comte d'Artois ignorait la route que le marquis de Sérent leur avait fait prendre. A son réveil, je lui appris leur arrivée.

Il reçut les officiers g^énéraux et les chefs de corps, et après diner il vit les dames de sa connaissance qui étaient à Valenciennes, savoir : la duchesse de Laval, les comtesses de Balbi et de Ménars (2) , et Mmes de Boufflers, mère et belle-fille. Le soir, après avoir vu ses enfants et avoir tenu une espèce de conseil où je fus d'avis qu'il passât par la Hollande pour se rendre en Espagne, celui daller à Namur et d'y attendre des nouvelles prévalut. Le lendemain 19, au matin, je partis à cheval à la tète d'un détachement de cent chevaux et escortai M. le comte d'Artois. Au delà de Saint-Saur, il renvoya l'escorte; je le suivis jusqu'à Quiévrain, premier poste des Pays-Bas autrichiens, où je pris congé de lui les larmes aux yeux, après en avoir eu la promesse qu'il m'appellerait auprès de sa

(1) Le duc d'Angoulême et le duc de Ben y.

(2) La comtesse de Balbi, née de Caumont La Force, était alors en liaison réglée avec ^lonsieur, comte de Provence. Mme de Ménars était sa sœur.

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