M K MOIRES
« mes remords du moins expient ma faute. Puisse le cou- « rage de n'être plus coupable me rendre, aux dépens de ma
« vie et de mon bonheur , quelque estime pour moi-même! » Cette lettre, écrite d'une main tremblante , inondée de ses larmes, acheva de m'égarer. Je partis seul pour Paris des que la nuit fut venue. J'indiquai à la princesse un lieu où nous pourrions nous voir en sûreté. Sa faiblesse était extrême, elle s'évanouissait à tout moment. Je n'étais guère plus fort. Je n'abuserai pas de la patience de ceux qui me liront : s'ils n'ont jamais aimé, peut-être même s'ils n'aiment pas dans l'instant où ils liront ceci , ils me trouveront bien ennuyeux. Je me contenterai donc de dire que cette conversation nous lit bien du bien et bien du mal. Je retournai à Fontainebleau ; je finis ma garde, qui me parut durer des siècles, et je revins. iNotre conduite fut circonspecte pendant quelques semaines. Le prince Repnine était généreux. Le changement affreux dont j'étais la cause, la certitude que je ne voyais pas la princesse seule , l'espérance qu'elle partait bientôt le calmèrent ; il me plaignit, et reprit sa tranquillité.
Il se trompait cependant. Je voyais quelquefois madame Czartoriska seule hors de chez elle ; la sagesse de ma conduite, ma modération semblaient avoir éloigné les dangers qu'elle avait si prodigieusement redoutés. L'amour et la nature ont des droits auxquels on ne saurait échapper. Comment refuser quelque chose à l'amant qu'on adore, surtout lorsqu'il ne demande rien! La princesse fut à moi , prête à tout souffrir. Dans l'avenir, nos jours nous parurent payés par tant de bonheur! Incapable de tout autre soin, je voyais la princesse , ou je l'attendais , et à quelque heure que je perdisse l'espérance de la voir avant le lendemain , je me couchais ; mon corps ne pouvait suffire à la fatigue d'être loin d'elle. Le prince Repnine eut quelques soupçons. La princesse s'aperçut qu'il la faisait suivre ; tout lui parut préférable à l'horreur de tromper. Elle prit le terrible parti de lui tout avouer; cet aveu, fait
p h* une unie généreuse, fut reçu par une finie généreuse. T.e prince Repnine ne se permit ni une plainte ni un reproche. « Soyez heureuse, lui dit-il; je ne me flatte pas du courage « d'en être témoin. Je partirai dans quinze jours; je joindrai « l'armée russe. » Nous ne crûmes pas offrir aux yeux de cet homme généreux l'objet et la cause de ses malheurs et de ses peines ; je lis un effort que je croyais au-dessus de mes forces; je consentis à aller chez M. le duc de Choiseul, ù Chanteloup, jusqu'après le départ du prince Repnine.
Je partis ; je recevais chaque jour des nouvelles de la princesse; je souffrais, et je ne vivais pas loin d'elle. Je revins, et trouvai le prince Repnine parti. Qui n'a pas éprouvé une dure contrainte ne peut sentir tout le prix de la liberté. Mon bonheur n'était plus troublé que par la crainte de l'avenir, que par l'horrible certitude de le voir bientôt finir. Nous nous occupions sans cesse des moyens de ne nous séparer jamais. Nous espérions quelquefois; mais le sort de ses charmants enfants nous arrêtait toujours. Ses soins étaient si touchants , ils leur étaient si nécessaires, ils leur réussissaient si bien! Accoutumé à aimer tout ce qui était chez ma maîtresse , je m'attachai fortement à ses enfants. Je crus devoir partager les devoirs de leur mère : mes yeux se remplissaient de larmes en les caressant. J'aimai mieux prévoir toutes les peines qui m'accablaient que de leur ôter une mère que l'on ne peut raisonnablement comparer à aucune autre. Elle pénétra les sentiments qui remplissaient mon âme ; ils ajoutèrent à mes droits sur elle. Elle savait que j'eusse donné avec plaisir la moitié de ma vie pour qu'il me restât un de ces enfants précieux dont il me semblait être le père. Nous ne nous quittions plus ; nous montions à cheval deux fois par jour pour éviter les visites importunes, dont il n'y avait pas d'autre moyen de se débarrasser.
Le temps de snn dépari pour la Pologne arriva : son mari resta pour uu procès. Je résolus de la reconduire le plus secrètement et le plus loin que je pourrais : je ne la quittai en
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effet qu'a deux lieues de Varsovie. Ce voyage avait été charmant , et la princesse chaque jour plus tendre et plus aimable. L'instant où nous nous séparâmes fut terrible. « Mon ami , « me dit-elle, il faut enfin te découvrir un secret que j'ai eu u bien de la peine à te cacher. Tu as tant désiré un de mes « enfants, tu l'auras : je veux te laisser la plus chère, la « meilleure partie de moi-même; je suis grosse, et n'ai point « vécu avec mon mari depuis que je me suis donnée à toi. « J'aurai le courage de tout avouer à mon mari , d'obtenir « que le gage le plus cher de notre ardent amour te soit ren- « voyé. » Que l'on connaisse mon cœur si l'on veut juger de l'impression que me fit ce discours. Il épuisa mes forces en un moment : je m'évanouis; et lorsque je repris mes sens, je ne retrouvai plus la princesse. Son beau-père, venu au-devant d'elle, l'avait obligée de m'abaudonner ; elle avait laissé un de ses gens pour me soigner. J'étais daus un abattement dont rien ne pouvait me tirer : je me laissai ramener jusqu'à Breslau sans boire ni manger ni proférer une seule parole; je m'y arrêtai , et y attendis des nouvelles de la princesse. Elles remirent un peu ma tête , et je continuai mon chemin jusqu'à Francfort, où j'appris que le roi était dangereusement malade de la petite vérole.
Je sus sa mort en passant aux Deux-Ponts , ce qui dérangea tous mes projets : je n'étais pas en état de faire ma cour au nouveau roi , et je fus joindre la légion royale , dont j'étais colonel , à Mouzon en Champagne. J'y vécus dans la plus grande retraite , et ne vis absolument que les officiers de mon régiment. Mon temps se partageait entre mes exercices militaires et la princesse. Je la savais triste, malade; mais elle écrivait toutes les postes. Plusieurs manquèrent enfin : j'envoyai un courrier qui fit la plus grande diligence. J'appris par son retour que la princesse avait été dangereusement malade , et n'avait pas avec elle la seule personne qui pût me donner de ses nouvelles, Ses forces avaient succombé au terrible aveu
qu'elle avait l'ait à son mari. Elle en avait été reçue avec tendresse et générosité ; mais des vapeurs , des maux de nerfs , une tristesse mortelle, joints aux incommodités de son état, l'avaient mise dans la situation la plus déplorable. Elle désirait vivement me voir, et n'en espérait pas la possibilité. Je demandai à M. de Conflans, aux ordres de qui j'étais, s'il pouvait me donner une permission de trois semaines, que je serais bien aise de passer à la campagne près de Francfort.
Je partis seul et le plus secrètement possible. Le dernier jour je me perdis, et j'allai demander mon chemin à une maison où je voyais de la lumière. Je fus surpris de trouver une famille anglaise et d'apprendre que c'était celle du jardinier de la princesse. Je savais bien qu'il n'était pas difficile d'entrer dans le parc, mais je ne voulais pas être connu; je craignais d'être arrêté par les patrouilles de Cosaques et de ne pouvoir obtenir sans me découvrir qu'on me menât à elle. Il était onze heures du soir; je vis rentrer les différentes troupes qui venaient de faire leur ronde, et je m'introduisis dans le jardin, où je fus bientôt attaqué par deux gros chiens qu'on lâchait toutes les nuits. Il y en avait un que j'avais donné à la princesse en Angleterre , je l'appelai par son nom ; César me reconnut , et vint à moi me caresser; l'autre chien se retira , et je m'approchai de la maison. Je vis deux femmes qui se promenaient ; l'une rentra , et l'autre vint au-devant de moi ; je la reconnus pour madame Parisot, femme de chambre que j'avais donnée à la princesse. « Venez, me dit-elle, ni les obstacles, ni les distances ne peuvent tromper son cœur il vous attendait. » La princesse me serra dans ses bras. «> Les besoins de mon « cœur me font toujours deviner tes actions : il était impos- « sible que tu me laissasses l'affreuse idée de tout ce qui nous « séparait ; que tu ne vinsses pas prêter de nouveaux charmes « à ma retraite , mon unique consolation. » Je passai deux fois vingt-quatre heures à Pawansky : là tout était intéressant pour moi; il en fallut partir. J'avais pris des mesures certaines
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pour me trouver a ses couches, ou du moins pour être près d'elle.
Je revius un peu plus tranquille que la première fois. De retour à mon régiment, je me procurai tous les mémoires relatifs aux affaires de Pologne, de Prusse et de Pvussie; et, d'après un grand nombre de bons et de mauvais ouvrages que j'eus la patience de lire, je me lis un système politique sur les intérêts de ces trois puissances. Je lis un assez long mémoire que j'adressai au prince Adam. Il le communiqua à M. do Stackelberg , ministre de Russie à Varsovie, qui l'envoya à I\ioscou sans que j'en susse rien. L'espoir d'être ambassadeur ou ministre de France à Varsovie me donna pour le travail une ardeur infatigable. La princesse approuva mou plan, et chaque poste m'apportait de nouveaux encouragements.
Elle me manda , dans le mois de septembre , qu'elle était moins contente de son mari ; que mou dernier voyage avait été su, et qu'elle craignait que celui que je voulais faire pour ses couches n'eût de grands inconvénients ; mais qu'elle mourrait de douleur s'il n'avait pas lieu. Je partis vers la lin de septembre , et trouvai à Strasbourg uue lettre de la princesse , venue par estafette , qui me demandait instamment de retarder mou départ. J'en trouvai une autre à Francfort , plus faite encore pour m'effrayer sur les mauvaises dispositions du prince. Tiieii ne put me décider à rester loin de la princesse pendant le temps de ses couches. Je lui envoyai un Polonais nommé Mouskowski , que j'avais amené avec moi, et j'allai l'attendre dans une petite ville libre bâtie sur la Vistule et appelée ïhorn.
J'y reçus la réponse de la princesse. Elle me mandait qu'elle ne pouvait être si près de moi sans désirer me voir, quelque danger qu'il y eut; qu'il était important que je ne fusse vu de personne ; que madame l'Huilier me cacherait chez elle , et qu'elle viendrait m'y voir. Je ne perdis pas un instant pour arriver : l'inquiétude , l'agitation, la fatigue, m'avaient changé
au point de me rendre méconnaissable. « Vous ne verrez « point votre princesse ce soir, me dit la compatissante THui- « lier, en m'embrassant; elle a des douleurs assez vives pour « lesquelles on lui a ordonné de se coucher; elles se dissi- « peront probablement pendant la nuit , et elle sera demain « matin ici de bonne heure. »
Le lendemain, au contraire, les douleurs augmentèrent . et j'obtins avec beaucoup de peiDe d'être introduit dans le palais bleu , où madame Parisot m'enferma dans une grande armoire, où l'on mettait des robes, derrière le lit de la princesse. Elle eut un travail douloureux, qui dura près de trente-six heures. J'entendais ses cris, et chacun semblait devoir être le dernier. Je n'entreprendrai pas de décrire ce qui se passa dans mon âme : mes malheurs étaient les fruits de mes crimes ; ce que j'aimais le mieux sur la terre en était la victime. Ce supplice finit enfin : on me tira de ma prison , on me fit entrer dans la chambre de madame Czarloriska. J'inondai son visage de mes larmes ; je ne pouvais proférer un seul mot. « Tu « m'as sauvé la vie , me dit-elle : je te savais là ; je n'ai dû « mes forces qu'au courage que m'inspirait la certitude d'être « si près de toi : pouvais-je eu manquer, sûre que tu recevrais « mon dernier soupir. Baise cet enfant , qui m'est déjà plus « cher que tous les autres. Il serait si dangereux pour lui que « tu fusses découvert ! éloigne-toi ; va t'établir à quatre mei- « len ( huitlieues ) d'ici, dans une ferme dont je puis disposer. « Ce billet te fera bien recevoir par les bonnes gens qui l'ha- « bitent. Psous nous reverrons bientôt v vous recevrez tous « les jours de mes nouvelles. » II fallut encore une fois la quitter.
Je gagnai lentement mon nouveau gîte. Je trouvai une maison simple , mais d'une propreté qui allait jusqu'à l'élégance. Je fus reçu par un homme d'environ soixante ans, d'une figure vénérable ; sa femme , un peu plus jeune que lui, paraissait avoir été belle. Deux jeunes femmes d'une figure siém. du DEC ut: i.w /in. 10
110 Ml MOIRES
agréable, dont l'une était au moment d'accoucher, et une petite fille, composaient cette honnête famille. Je remis ma lettre; elle était courue en ces termes.
« Monsieur Ombowsky,je vous prie de recevoir chez vous « celui qui vous remettra ce billet ; je vous confie ce que j'ai « de plus cher au monde, et ma confiance dans vos soins et « dans votre discrétion est sans bornes.
« J. CZABTORISKA. »
« Vous êtes ici chez vous , me dit le bon M. Ombowski ; « vous pouvez disposer de nos personnes même, car nous « appartenons à la princesse bien plus encore par notre reh connaissance que par ses bienfaits, quelque immenses qu'ils « aient été envers nous. » Je me retirai dans ma chambre, sans qu'il me fût possible de souper. Je reçus le lendemain des nouvelles de la princesse ; elle était aussi bien qu'on pouvait l'espérer.
Je me promenai dans un assez grand jardin avec M. Ombowski. Il me raconta son histoire. Il était né avec une fortune satisfaisante à son ambition. Il avait épousé par amour une fille de qualité de Kaminiek , et en avait eu plusieurs enfants. Il n'y avait pas de situation plus heureuse que la sienne , lorsque le prince Radziwill , auquel il était attaché depuis longtemps , l'engagea à entrer dans la confédération de Bar. Deux jeunes Polonais , qui aimaient éperdument ses deux filles , ne crurent pouvoir mieux leur prouver leur dévouement qu'en suivant leur père. Ils furent blessés, pris, et envoyés tous trois en Sibérie; leur maison brûlée, les terres dévastées par les Russes, et tous les biens confisqués par l'impératrice. Manie Ombowski, qui était de Kaminiek , terre appartenant à la princesse , qu'elle avait vue dans son enfance chez le comte de Flemming , son père, fut se jeter à ses pieds- avec ses filles , et n'eut pas de peine à attendrir un cœur si généreux
DU DUC DE LAUZUN, 1 l 1
et si compatissant. La princesse entreprit avec chaleur de reparer les malheurs de cette famille infortunée; elle obtint son pardon , fit revenir les hommes de Sibérie, maria les deux iilles à leurs amants, à qui elle lit accorder deux places considérables en Lithuanie, et donna à M. Ombowski et a sa femme une très-jolie terre où ils habitaient tous, et où ils ne cessaient de bénir leur bienfaitrice. Depuis que je vis avec des hommes , je n'en ai jamais vu qui sentissent mieux leur bonheur, et pour qui la reconnaissance eût plus de charmes.
Je recevais tous les jours des nouvelles de madame Czartoriska , et les soins de mes hôtes rendaient mou séjour chez eux agréable. J'entendis sans cesse l'aire des vœux pour celle qui m'y retenait. Je passai un mois sans impatience dans ce séjour tranquille. Un jour que j'étais inquiet de n'avoir point reçu de lettre de la princesse , je la vis arriver fort incognito. Une divinité descendue dans cette maison y eut été moins adorée. On nous laissa seuls. « Mon ami, me dit-elle , je vous « dois une grande explication ; j'ai eu le courage de faire à « mon mari l'aveu que j'avais projeté ; il a eu pitié de l'état « affreux où j'étais en lui parlant, et ne m'a point fait de re- « proches. Je vous laisserai cet enfant, m'a-t-il dit, si vous '• le voulez ; mais il faut que vous vous engagiez par les ser- « ments les plus sacrés à ne jamais voir son père. Mes larmes « ont été ma seule réponse ; pouvais-je promettre de t'aban- « donner! Tu connais mon mari : aigri par des gens nie- « chants , il peut avoir un moment d'humeur; mais le fond de « son caractère est bon et indulgent. Il n'est point jaloux, et « te verra bientôt sans répugnance. Passe quelque temps à « Dresde et à Berlin; que Varsovie ne paraisse pas l'unique « but de ton voyage, et je pourrai bientôt te serrer encore « dans mes bras. » La fille aînée de M. Ombowski accoucha pendant cette conversation. Nous tînmes sur les fonts, et nous appelâmes l'enfant, qui était une fille, la Belle Annonce Fortunée, du nom de la princesse , du mien et du hasard qui lui
avait donne son parrain et sa marraine. La princesse repartit pour Varsovie , et moi , le lendemain matin, pour Dresde.
La ville et l'électeur sont aussi tristes que l'électrice est gaie. Je fus bientôt en grande faveur près d'elle ; la circonspection avec laquelle je recevais les distinctions dont elle m'accablait eut beaucoup de succès près de l'électeur. L'électrice crut devoir parler plus clairement. Un jour de cour elle me prit dans une embrasure de fenêtre : « Pour un Français , me dit-elle , « vous n'êtes ni galant ni pénétrant. » Comme je ne répondais pas : « Il faut donc vous faire des questions pour ob- <- tenir quelques mots de vous ? Est-il possible qu'il n'y ait pas « dans cette cour de femme à qui vous rendiez des soius? — <( Rien n'est] plus vrai, madame. — Et pourquoi, je vous « prie? — Les vieilles ne me tentent pas, et les jeunes ont « toutes des amants. — Toutes? Vous n'en savez rien : j'en « connais qui n'en ont point, et qui désireraient peut-être vos « hommages , si elles pouvaient les croire sincères. Devinez » , ajouta-t-elle eu me regardant avec beaucoup d'expression. L'électeur, eu approchant , interrompit cette conversation , que l'on commençait à remarquer. Je ne crus pas devoir exposer l'électrice à une seconde , et je partis de Dresde pour Berlin.
Je recevais exactement des nouvelles de la princesse ; mais elle ne me permettait pas encore d'aller à Varsovie. Je m'occupai avec application de l'administration militaire et de l'administration intérieure de la Prusse. J'envoyai plusieurs mémoires à M, le maréchal de Muy et à M. de Vergennes , en l'absence de M. de Pons , ministre du roi de Berlin. Mademoiselle de Hartefeld , dame d'honneur de la reine de Prusse, qui avait eu précédemment une grande passion pour M. le comte de Guines, sachant que j'avais épousé sa nièce, se crut obligée aux plus graudes honnêtetés pour moi. La confiance s'établit bientôt ; elle me confia tous les détails de son attachement pour M. de Guines, et finit par prendre du goût pour moi. Les lettres de la princesse ne devenaient pas plus rares ,
mais elles étaient plus froides, et tendaient toutes à reculer l'époque de mon voyage en Pologne.
Je me liai très-intimement avec M. llarris, ministre d'Angleterre , dont la société faisait tout le charme de mon séjour à Berlin. Il me mena partout , et je fus bientôt aussi établi que j'eusse pu l'être à Paris. Le roi revint de Potzdam ; j'eus souvent l'honneur de lui faire ma cour: il me traita avec bonté et distinction ; le prince Henri me prit dans la plus grande amitié. Je vivais beaucoup avec lui, et je l'entendais toujours parler guerre et militaire avec une nouvelle admiration. Il eut la bonté de me dire que le roi désirait que je pensasse à être un ministre de France près de lui , et qu'il lui avait permis de m'apprendre qu'il ferait faire avec plaisir toutes les démarches qui pourraient m'y faire réussir : cela ne convenait nullement à mes vues ; je remerciai et refusai en donnant pour raison que j'étais fort attaché à la carrière militaire, et que je ne me sentais point de talent pour la politique. M. le prince Henri eut la bonté d'insister à plusieurs reprises , mais sans me faire changer d'avis.
Dans cet intervalle, mademoiselle de Hartefeld, que je voyais souvent, se prit d'un godt très-vif pour moi ; il s'en fallut bien que je le partageasse. Je ne lui cachai pas même que j'en aimais une autre. Un tel aveu ne diminua pas son attachement. J'en fus reconnaissant et touché : je crus lui devoir la plus grande amitié. Je la consolai , je la plaignis , mais je ne devins pas son amant , et ne cessai pas une minute d'adorer la princesse. On jugea sur les apparences ,'et l'on ne douta bientôt plus à Berlin que je n'eusse mademoiselle de Hartefeld : on le manda à madame Czartoriska ; elle le crut, m'écrivit une lettre très-froide , dans laquelle elle me disait qu'il fallait rompre tout commerce entre nous, et me demandait instamment de ne pas aller à Varsovie.
abandonné de la princesse, je pensai mourir de douleur ; j'aurais donné ma vie pour lui parler un quart-d'heure. Vingl
projets, plus extravagants les uns que les autres, se présentèrent à mon esprit. La princesse m'était trop chère pour n'être pas décidé par la crainte de la compromettre. J'obéis donc , et me résolus à repartir pour la France. La veille du jour fixé pour mon départ, M. de Rullecour, officier français passé au service de Pologne, vint en courrier m'apporter une lettre du prince Adam , qui me demandait , comme la plus grande marque d'amitié que je pusse lui donner, de venir passer vingt-quatre heures à Varsovie pour des affaires de la plus haute importance , ajoutant que je m'y cacherais aisément , si je ne voulais pas y être connu. Je ne balançai pas un instant , et partis le soir même. Je renvoyai tous mes gens à Leipsick , et ne gardai avec moi qu'un cbasseur polonais que j'avais pris à Berlin. Je préférai un découvert à toute autre voiture , comme la plus légère. Je m'aperçus à peine du froid excessif dont beaucoup de malheureux périrent. L'espérance de voir la princesse avait absorbé toutes mes sensations physiques et morales ; j'arrivai , et me cachai dans Mariville, chez M. de Rullecour.
Le prince Adam vint m'y voir aussitôt. Il me dit qu'il avait communiqué à M. de Stackelberg le Mémoire relatif aux affaires de Pologne et de Russie que je lui avais précédemment adressé ; que ce ministre l'avait envoyé à sa cour, où il avait fait une telle impression , qu'il avait désiré en conférer avec moi , ne doutant pas que , pour peu que la France voulût s'y prêter, on ne pût raccommoder le partage de la Pologne, et rendre à cette puissance la plus grande partie de l'existence qu'elle avait perdue. Je répondis au prince que je verrais avec plaisir M. le baron de Stackelberg ; mais que je n'avais aucun pouvoir, et qu'il m'était difficile de deviner les intentions d'un ministre, que je connaissais à peine. M. de Stackelberg vint dans la nuit : nous causâmes longtemps. Le résultat de notre conversation fut un Mémoire que j'envoyai à Versailles, et lui à Moscow." Il m'était impossible de rester caché jusqu'au
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retour de nos courriers, je me fis donc présenter à la cour, et j'allai partout.
Madame Czartoriska était à la campagne, d'où elle ne revint que deux jours après ; elle arriva à la comédie. Je ne puis exprimer l'émotion que me causa sa présence. Je fus dans sa loge ; elle me reçut très-froidement. Je n'obtins qu'avec peine la permission de -la voir seule. Le lendemain elle ne voulut point écouter ma justification; elle exigea que je lui rendisse ses lettres et son portrait. Je fis tout ce qu'elle voulut, et me renfermai chez moi dans le plus affreux désespoir. Elle m'envoya chercher le lendemain matin ; je la trouvai plus calme et moins sévère. Elle me demanda tous les détails de ce qui s'était passé entre mademoiselle*de Hartefeld et moi. Je brûlai devant elle son portrait et ses lettres , et promis de ne répondre à aucune de celles qu'elle pourrait m'écrire , promesse que j'ai tenue exactement. Mademoiselle de Hartefeld est la seule femme pour qui j'aie eu de mauvais procédés , qu'elle ne méritait assurément pas : aussi me les suis -je souvent et sévèrement reprochés.
La princesse me pardonna , avec cette grâce inséparable de tout ce qu'elle fait. Je voulus rentrer en possession de mes anciens droits; mais elle s'y refusa absolument. « Tu m'afflige- « rais , me dit-elle ; tu serais perdu si dans tes bras quel- « que chose troublait encore mon bonheur. » M. Braniski , grand général de la couronne , était plus amoureux d'elle que jamais , et marquait chaque jour sou amour par de nouvelles extravagances. La- princesse le traitait mal, et le voyait peu chez elle : mais toute la société de la palatine de Polosk , dans laquelle madame Czartoriska vivait beaucoup , lui était entièrement dévouée. Ce fut la seule maison de "V arsovie ou L'on ne chercha pas à m'attirer. La princesse Poniatowska s'y joi et la princesse fut tellement obsédée de tout cela , que les ménagements qu'elle se voyait obligée de garder ravissaient une grande partie du temps que nous aurions pu passer ensemble,
Je m'eu affligeai; je crus qu'il y avait de sa faute, je m'en plaiguis à sa Lulli. « Elle vous aime , me dit-elle ; mais vous « êtes un bien dont elle est trop avare. Un peu de jalousie « vous la rendra plus tendre que jamais , et lui donnera le « courage d'écarter tout ce qui veut l'éloigner de vous. Allez « davantage dans le monde ; que toutes ces femmes n'aient « pas l'air de vous être si parfaitement iudifférentes ; vous vous « en trouvère" bien. » Je suivis malheureusement les conseils de la Lulli. L'amant de madame Czartoriska ne pouvait manquer d'exciter la curiosité des autres femmes ; plusieurs me firent des avances assez marquées, entre autres une jeune comtesse Potoska Plumaska , qui était nièce de la grande générale Oliniska, chez qui j'allais continuellement et chez qui je la trouvais sans cesse. J'affectai de m'en occuper beaucoup; la princesse le remarqua , et ne dit rien. La petite femme était fort coquette , et l'était beaucoup avec moi.
Je lui donnai le bras à un bal masqué, où elle me parla des conditions auxquelles elle consentait à se donner à moi , et même à me suivre en France. Je ne me croyais pas si avancé , et ne désirais pas que ceia fût si loin. J'éludai donc , sans rien répondre de positif. Un petit masque. , assis près de moi , se leva brusquement , et se perdit dans la foule. Je ne m'en aperçus pas, et sortis un instant après du bal. Je fus le lendemain , comme à mon ordinaire , pour me promener à Pawanski. C'était mon plus grand plaisir. La princesse y arriva un instant après moi ; mais dès qu'elle me vit, elle fit retourner sa voiture. Je voulus m'en approcher ; mais elle ordonna à son cocher d'aller à Varsovie aussi vite qu'il pourrait. Je ne concevais pas ce que cela voulait dire. Je fus trois fois chez elle dans la journée sans la voir; je lui écrivis que je ne concevais rien à sa conduite , et que la tête me tournait. Elle me répondit : « J'ai vu, j'ai entendu ce que je n'aurais jamais pu « croire; vous me trompez pour madame Plumaska. » — « Vous m'avez perdu , » dis-je à la Lulli.
Je rentrai chez moi ;une fièvre affreuse méprit , et j'eus le transport le plus effrayant. La Lulli fut chez la princesse : « Qu'avez-vous fait ? lui dit-elle ; Lauzan se meurt , et c'est « votre ouvrage. » Madame Czartoriska vint chez moi , passa la journée et la nuit entières sans que je la reconnusse. Je la vis enfin à genoux près de mon lit, haigneede larmes. Un passage si subit du désespoir à la joie pensa me coûter la vie ; je me rétablis difficilement : les soins tendres et touchants de la princesse me faisaient préférer mon extrême faiblesse aux forces que j'avais perdues , et que je commençais à reprendre. M. Braniski eu fut jaloux, se plaignit hautement , osa menacer mes jours. « Je ne vous aime pas, lui dit-elle, et ne me forcez pas « à vous haïr. — Cela suffit, madame, répondit-il avec fureur; o je verrai si M. de Lauzun est digne de posséder un bien que « j'achèterais de tout mon sang. — Oui , monsieur, reprit la « priucesse avec fierté ; il sait que ma vie est attachée à la « sienne, il saura la défendre; je n'exige plus rien de vous. » M. Braniski se calma , et il ne se passa rien. On m'avertissait cependant que le grand général n'avait rien de sacré ; que j'avais tout à craindre de la foule de coupe-jarrets dont il était sans cesse entouré. On me conseillait de ne pas marcher sans escorte ; je ue pris d'autres précautions que celle d'être bien armé, et il ne m'arriva rien.
J'étais davantage dans le monde; la manière dont ia princesse semblait me traiter (1) augmentait la curiosité que j'inspirais à toutes les femmes de Varsovie empressées de me voir. Une revue des houssards fut une occasion qui en réunissait un grand nombre. Elles revinrent ensuite à l'assemblée, chez la grande générale. La princesse paraissait leur demander ce qu'elles pensaient de son choix avec une grâce qui me valut leur attention et leur indulgence. Je laissai tomber dans le l'eu la plume de mon bonnet en ramassant quelque chose. Mail) Le manuscrit en cet endroit est dans le plus mauvais état.
dame Tlomaska , que je n'avais pas vue depuis la scène qui m'avait coûté si cher, m'offrit une assez belle plume de héron, qui était dans ses cheveux , en me disant avec empressement : « Changeons de plume; je vous demande pardon de n'y « point consentir, répondis-je froidement ; je suis attaché à ma « plume brûlée ». Madame Czartoriska, qui m'avait entendu, me dit avec un regard charmant : «Donnez-moi votre bonnet, :< que j'y mette la mienne. J'aime mieux maintenant la plume « brûlée. » M. Braniski se leva avec humeur, et sortit.
Le soir, au bal masqué de l'Opéra, il eut l'air de vouloir me chercher querelle. « Finissons ceci , monsieur le grand géné- « rai , lui dis-je; cinq minutes d'entretien à Vola (1) sufliront : « le moyen sera beaucoup plus digne de vous et de moi qu'une « dispute au bal. » Il accepta, et nous nous donnâmes rendezvous pour le lendemain à huit heures du matin. Tout Varsovie le sut bientôt, et se prépara à nous servir de témoin Le roi en fut vivement affligé , et envoya chercher à six heures du matin M. Braniski , avec qui il eut une longue conversation , après laquelle le grand général vint chez moi, avec une suite assez nombreuse , me dire qu'il désavouait publiquement tous les propos dont j'avais pu être offensé , et qu'il me demandait mon amitié , qu'il méritait par son estime et sa considération pour moi. Je n'avais plus rien à dire : il fallut céder , et le prinoe Casimir Poniatowski, frère du roi, nous fit embrasser et nous raccommoda. Madame Oginska m'avait envoyé le matin un superbe cheval turc avec une paire de pistolets et un sabre, en me faisant dire qu'elle espérait me porter bonheur.
Le soir même , nos courriers de Versailles et de Moscou arrivèrent. L'impératrice approuvait mes propositions , m'écrivait une lettre pleine de bonté , et m'envoyait des pouvoirs fort étendus. M. de Vergennes me mandait de me rendre à
( l ) Plaine à un quart de lieue de Varsovie , destinée aux duels publics fort communs en Pologne.
la cour le plus promptement possible. Je fixai mou départ le sur lendemain au soir. Je dînai à Powanskî avec la princesse. Je la serrai longtemps dans mes bras ; il fallut enfin m'en séparer. Je ne m'arrachai de Powanskî qu'avec un déchirement que l'espoir fondé de la revoir bientôt ne pouvait soulager, et qui était un vrai pressentiment que nous ne nous reverrions plus.
J'arrivai à Versailles dans la fin du mois de mars 1775. M. de Vergennes , que je ne connaissais pas, me reçut avec tout l'intérêt que devait naturellement inspirer les importantes affaires dont j'étais chargé. Il loua ma conduite, et m'avertit de partir sous peu de jours pour Pétersbourg ; mais il changea bientôt d'avis : il ne lui convenait pas que le traité fût fait par moi, et que je restasse ministre du roi près l'impératrice de Russie , qui semblait le désirer vivement. M. de Juniez, son intime, venait d'y être nommé. M. de Vergennes faisait journellement des difficultés absurdes, traînait en longueur et voulait faire rompre cette négociation , sans qu'il parut y avoir de sa faute. Je perdis pendant ce temps-là un procès de quatre-vingt mille livres de rentes; j'en fus peu touché : ma fortune était ce qui m'intéressait le moins.
J'avais trouvé à mon retour la reine infiniment liée avec madame la princesse de Guémené et madame Dillon; elles lui avaient quelquefois parlé de moi , et lui avaient inspiré la curiosité de me connaître davantage. Elle me reçut avec bonté; j'eus souvent occasion de la rencontrer chez madame de Guemené, où elle me traitait avec distinction; je montais exactement achevai avec elle, et en moins de deux: mois je devins une espèce de favori. Ma faveur fut cependant interrompue par la nécessité de rejoindre mon régiment. Les révoltes pour le blé, dans les villages voisins' de Paris, avaient engagé à faire marcher des troupes. La reine désira que mon corps se rapprochât, et que je ne m'éloignasse pas; je ne crus pas devoir y consentir, et je pris congé. Elle en parut véritablement affligée, et vint dans l'après-dîner du même jour à Montrcuil,
chez madame de Guémené pour me dire adieu, et pour m'offrir de demander au roi la permission de me faire revenir au sacre , ce que je refusai.
Les affaires de Russie paraissaient être oubliées. Je pressai inutilement M. de Vergennes de finir et de me donner une réponse décisive : il me dit qu'il avait le traité plus à cœur que jamais, et qu'il espérait conclure dans le courant de l'été ; que le roi me ferait revenir de mon régiment , si cela était nécessaire. Le soir même que je devais partir, la reine me fit dire d'attendre encore deux heures , et d'aller lui parler le lendemain matin à Montreuil. « Ne partez pas encore , me dit- « elle avec beaucoup de grâce; la révolte pour les grains .« oblige à faire approcher des troupes : nous ferons venir votre « corps. » Je la remerciai , et lui répondis que, s'il n'était pas nécessaire, je ne désirais pas un déplacement désavantageux à ma légion. « Vous êtes un imbécile, » repliqua-t-elle en riant. Le baron de Vioménil , chargé par M. le maréchal de Muy du mouvement des troupes, entra : « Baron, lui dit-elle, faites donc « marcher la légion royale , et faites-les venir assez près pour « que cet imbécile-là ne nous quitte pas, comme il en a le projet. » Le baron répondit qu'il exécuterait ses ordres , et parut étonné. Je le priai de ne rien changer à son plan. Je chassai encore au bois de Boulogne avec la reine ; elle ne cessa de me parler, et de ce moment ma faveur fut tellement remarquée , qu'il fut peut-être heureux pour moi de partir dans la nuit même.
Les lettres de la princesse devinrent plus courtes et moins fréquentes ; on me manda de Varsovie qu'elle était entièrement subjuguée par la palatine de Polosk et que M. Braniski passait sa vie chez elle; je lui en écrivis fortement: mes représentations furent mal reçues. Pénétré de douleur, je répondis avec désespoir et indignation. J'osai redemander mon enfant; je ne voulais pas, disais-je , qu'il fût élevé parmi mes « ennemis » ; je ne pus l'obtenir. Nous nous brouillâmes et cessâmes de nous écrire. Une profonde tristesse m'accablait ;
je restai fidèle à la princesse et absolument insensible à toutes les avances que me faisait une assez jolie petite madame de Monglas , enlevée par M. le prince de Nassau, et retirée près des Deux-Ponts.
Je logeais cbez la mère d'un officier de mon régiment, et le mis en prison pour quelques sottises; sa sœur, jeune et jolie, vint me le demander ; je le lui refusais. Lorsque tout le monde fut retiré , le soir, mademoiselle Plumkett entra dans ma chambre : « Sire , êtes-vous , me dit-elle en riant , aussi « sévère, aussi pédant que vous l'avez été ce matin devant « tout le monde? » Nous causâmes; elle était drôle et folle, elle me fit rire. Je iui promis de faire sortir son frère de prison le lendemain; elle m'embrassa pour me remercier, et m'inspira des désirs qu'elle partageait plutôt qu'elle n'avait l'air d'accorder. Nous eûmes encore une conversation de ce genre. Elle partit ensuite pour Strasbourg avec une de ses tantes, me quitta gaiement, le plaisir d'aller dans une grande ville lui ôtant toute espèce de regret.
Je fus obligé , pour quelques affaires relatives à mon corps, d'aller dîner près de Sarreguemines , chez M. le comte de la Leyen. On était dans cette maison poli, aimable à l'allemande ; ce qui ne pouvait pas trop me convenir. Madame la baronne d'Alberg, belle-soeur de madame de la Leyen, me parut cependant d'une gaieté franche et fort différente de toute la société. Au bout de quelques heures , nous fûmes aussi familièrement ensemble que nous eussions pu l'être après plusieurs années. Je la retrouvai quelques jours après aux Deux-Ponts. Elle me confia qu'elle avait eu un amant qu'elle avait beaucoup aimé; qu'il s'était mal conduit, que les circonstances les avaient séparés ; qu'elle n'aimait plus rien; que c'était un état triste, mais qu'il fallait bien prendre sou parti, et qu'elle s'occupait uniquement de l'édueation de ses enfants et de donner de la considération à son mari, qui était une assez bonne bête, incapable de s'en donner par lui-même. Je me proposai de