‹ Mémoires du duc de Lauzun et du Comte de TillyChapitre 8 sur 11 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

qu'il va s'y fixer près de lui : point du tout. Il est en 1797 en Amérique, à Philadelphie. Qu'y fait-il? hélas! comme ailleurs, d'assez mauvaises actions. Admis dans une famille estimable et fort riche, il se fait aimer d'une jeune fille , l'épouse au grand regret de ses parents, puis s'en sépare en vendant à deniers comptants la liberté qu'il rend à sa femme. De retour en Angleterre en 1790, on voit traces de son passage à Hambourg, puis d'un séjour prolongé à Berlin, où il a d'inexplicables succès dans le monde et même à la cour. Il se lie avec la célèbre jyjme Krudner, se brouille avec Rivarol , voit un moment le prince de Ligne aux eaux de Tœpliz, et devient, à son retour à Berlin, le héros d'une tragique aventure (l). Ses premiers éditeurs ont dit qu'à partir de ce funeste événement, le malheur sembla s'attacher à sa vie. C'est un peu trop poétiser les expressions. Ses malheurs furent causés par son inconduite et l'absence de tous sentiments honorables. En 1S0S il fut admis à rentrer en France. Il fuyait la Prusse pour échapper à ses créanciers ; il en eut bientôt d'aussi nombreux à Paris, et le temps n'était plus où des dettes y donnaient de l'éclat aux dérèglements d'un gentilhomme. A Bruxelles, qui lui servit de refuge, a sa détresse le rejeta dans le jeu, et cette funeste pas- « sion l'ayant porté à commettre une action dont il ne vt put supporter l'idée, il se donna la mort le 16 décem- « bre 1816. »

En 1805 il avait communiqué ses mémoires manuscrits au prince de Ligne, qui l'encouragea beaucoup à les publier. « Votre recueil, que j'ai lu avec tant de plaisir, lui écrivait-

(t) Une dame de Berlin se noya, par amour pour lui, dans laSprée»

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« il, est fait pour tous les temps, pour tous les pays , et « n'a pas besoin d'indulgence. » Le prince en montre ici beaucoup trop : le caractère, la vie , la fin de l'écrivain sont de nature à provoquer une plus juste sévérité ; mais comme à l'époque où parurent ses mémoires , sous la Restauration , en présence des contemporains de Tilly , nul n'a réclamé , on doit en conclure que s'il s'y trouve des particularités fort étranges , elles ne font après tout que compléter, dans un étage un peu bas l'bistoire exacte des mœurs de £ on temps.

Fa Barriùre.

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