MAI 1749. H
I étoienl M. le dac d'Orléans (1) k sa droite, et M. le duc I de Chartres à sa gauche; ensuite ta procession revint I comme à TordiDaire. La ReJue étoit en haut, dans sa I niche, à droite de lagmnde tribune, et Mesdames dans celle à gauche. I..a Reine et Mesdames vinrent à l'entrée de J la galerie des réformés pour voir passer la procession. L J'oiibliois de marquer que M. de Çreteuil, avec un huis- I sier et un héraut de l'Ordre , fut prendre M. le Dauphin I chez lui et le reconduisit de même après la cérémonie, I M"' la Duchesse étoit en bas dans la chapelle, vis-à-vis le I chœur des Malhurius, et en sortit un moment dans le temps que M. le Dimphin fut reçu. Voici ce qui rempU.s- . soit les quatre nouvelles tribunes d'en haut. La première, adroite du cûté du jardin de Diane : Mademoiselle, M"" d'Aiimonl (Duras) etdePuysieux (Souvré); derrière elles M. le duc de Villars, M. de Vence. La seconde, à I droite: M"" la princesse de Conty, M""" de Sassenage (Sassenage), de Chevreuse (Egmont-Pignatelli) et de Hontéclaire (Monthulé); derrière elles, MM. de Tingry, de Honléclaire et un écuyer de M"" la princesse de Conty. La première à gauche : M'" de Sens, M"" les princesses de . Rohan (Courcillon),deGuémené, fille de M. le prince de Rohan, et de Soubise (Carignan). Dans lu seconde à gauche, il y avoit M. de Cfimpoflorîdo, M. d'Ardore, M. le bailli de Froulay et M. de Verneuil, introducteur des - La musique étoit dans la tribune ordinaire
(1) Ce prince ne vienl presque plus à la Cour et passe aa vie à Saiute-Geoe- «îève. Outre cela, il n'a nulle curîusilÉ <1e s'inronner de ce qui se passe duu ce pays-ci, de sorte que les événeinenls coudqs de loal h monde sont i|uelqaefois Duuveaiii pour lui. Il en donna une preuve le jour de la PentecAle. H. l'évêttue de Snjssoos ( Fiti-James ), en qualité de priTnier «iitnanier, «oil en luliit long tIuI^I , rocbel et camail, h la droite du prie-0ii;u du cûlé du Roi, suivant l'usage. M. le duc d'Orléans lui dit : ■< Vous aile/ appareuinjent être reçu, n soit que M. le duc d'Orléans eût oublié que M. de SoIsmhis Tùt premier jumdnier.sirit qu'il ignorât que ce fût le droit de sa cliarge, peut-être iiiËine l'un et l'auti'e. Mais ce qui est certain, c'est qu'il devoit savoir les prélats i|iii avuient été nommés pour l'Ordi'e, ce qui devoit l'empâcJier de Taire iioe iiarertle qoeaticiu. [ Kolc ittt duc de Lvsnes.)
142 MÉMOIRES UU DUC DE LtTY^ES.
du cûté gauche. Le grand balcon \is-à-vii9 , qui est ot-d^ Hairement rempli par la musique, étoit occupi; par di dames; il y avoit M"" de Campofloritloj ambassadricei d'Espagoe, M"' de Castel-dos-Rios , M'"" d'Ardore^ de Mailly (Nesle), de Ruffec-duchesse (Gramout), d^ Gramont (Biron), de Maillebois (Alègre), de Sourchesf (MailLebois-Desmaretz) , de Cbàtiiloû (de Tilbères], ât Montaubaa (de Mézières), de Brissac-douairière (Pécoil); M""' la duchesse d'Anlin [MoutmoreDcy-LuxembourgJl et sou fils le petit marquis de Gondria , M. le che^ valier de Créquy el M. de Meuse. Il n'y avoit que troi^^ officiers de l'Ordre , M. de Maurepas étant malade. Ausm sitôt après la cérémonie, on apporta à M. le Daupli le premier payement des 1,0U0 écus, comme à tous le% chevaliers de l'Ordre; il dit à Binet, son premier valett de cbambre, de lui géirder cet argent, et qu'il en besoin le soir même. Le soir, eu effet, M. de Cbàtillon a]]^, de sa part prier M, le Cardinal de demander au Roi la permission que aur ce fond il pùl disposer de 2,000 francSj en forme de pension sur sa cassette, en faveur de M. dw Montigny, exempt des gardes du corps. M. le Cardinal ea^, rendit compte au Roi le soir, à son travail, et aussitôt M. le Danpbin sut qu'il avoit la permission de S. envoya quérir Montigny, qui n'avoit aucun soupçon de cette marque de bonté. Aussitôt qu'il l'aperçut, il courut à lui avec empressement et lui mit dans la main deux rouleaux de louis, faisant 2,000 livres, et lui dit : « Voilà le premier revenu que j'aie eu à moi, je vous donne 2,000 livres de pension sur ma cassette, » M, de Montigny est ami depuis longtemps de M . de Ghilillon et a toujours fait sa cour fod. assidûment à M, le Dauphin.
On apprit avant-hier au soir la mort de M. de Polastron. Il mourut à Wolin en Bohème, le 4 ; il avoit eu un peu de fièvre, il s'étoit fait saigner et avoit pris médecine. Cette médecine lui donna une superpurgation dont il mourut au bout de peu de jours. Il étoit lieutenant-général et
inal eft^^ tôt quo] 1 -M,,iJUl
l.l^voitcu depuis peu le gouvernement do Neuf-Brisach ; il
létoit inspecleur d'infanterie lorsqu'il fut mis auprès de
I H. le Dauphin , et ne pouvant par celte raison exercer
I cette charge, le Roi lui en avoit conservii les appointe-
r znents, qui sont de 8,000 livres; etayant demandé à servir
|- en Bohême sous les ordres de M. le maréchal de Belle-isle,
r il avoit quitté H , le Dauphin , et le Roi lui avoit conservé
I Içs appointements de sous-gouverneur, qui sont de 8 ou
1 9,000 livres de rente (1), sur quoi il avoit assuré
^00,000 livres ù, M"' d'Andlau, sa fille, en la mariant.
(fétoit un des meilleurs ofticiers des troupes du Roi ; va-
■ilfiur, sagesse, exactitude, grande application et goût pour
T wjn métier ; s'il avoit même un défaut c'étoit peut-être
d|ètre trop exact. Le roi de Prusse, qu'il avoit suivi pen-
Ldant qjielque temps avec un corps de troupes françoises
1 5 ou 6,000 hommes, l'avoit extrêmement goùlé. Ce
i^ince n'a pas paru penser de môme pour M. le maréchal
e Broglie, dont les pressantes sollicitations n'ont jamai
ï le déterminer de le venir joindre à Pisek, Un coi
mu par le roi de Prusse au sujet de ses opérations
ïtaires donna occasion à M. de Broglie de se plaindre
Jieaucoupde M. de l^olastron , qui avoit assisté au dit con-
«il, disant qu'il ne l'avoit pas instruit entièrement de ce
qui s'y étoit passé. Les lettres de M. dePolastron rapportées
ici par M. de Belle-Isie ont fait sa justiGcation , et la con-
L âuite même que M. de Polastron avoit tenue dans toute
Bette affaire a mérité l'approbation et les louanges du
AoietdeM. le Cardinal. L'empereur, qui airaoit beaucoup
Ij]!. de Polastrou, désiroit que ce fi\t lui qui fût chargé du
lêéged'Egra; mais M. le maréchal deBioglie,disantavoir
(ûjet de se plaindre personnellement de lui, ne voulut
jamais y consentir, et refusa imirne de l'y faire servir en
scond, comme illedemandoit. Cette dernière circonstance
L,,[l| 7,àOU livres. (AD(e du duc de Luijnei.)
H4 MÉMOIBRS DT) DUC DE UJYNES.
est prouvée par la letln; que je joins ici qu'il quelques jours avant que de tomber malade. On peut/ dire avec justice que le Roi fait une grande perte, M. dé Polastron joignoit au talent de la guerre une probité e^ une vertu qui l'avoient fait choisir par distinction poup être mis auprès de M. le Dauphin. Il avoit été extrême* ment ami de M. le duc de Châtillon; depuis un ou deur" ans, M. de Polasti-on croyoit avoir eu sujet de se plaindre de M. de Châlillon ; M. de Chùtillon avoit pensé de mèoaô. de son côté. Les brouilleries entre M. de Polastron et. M. le maréchal de Broglie, auquel M. de Chàtîllon prends beaucoup d'intérêt, toutes ces circonstances avoient extrô^ mement refroidi l'ancienne amitié; malgré cela, il faut. . dire, à la louange de M. de Chàtîllon, qu'il aétélepremieFi"' 9 dans cette occasion-ci à solliciter vivement les bontés du 'ij Roi en faveur de la veuve et du fils. '
Il y a quelques jours qu'un comédien italien, nomme' i Romaniensi, mourut ici subitement ; ilavoitélé dangereusement malade; on lui avoit proposé de se confesser, il ne l'avoit pas voulu disant qu'il n'éloit pas assez mal. Le curé de Fontainebleau a refusé de l'enterrer en terre * sainte, et l'on a transporté son corps à Paris, où les corné- , diens italiens ont un prêtre qui les confesse et un lieu où on les enterre.
Le lundi ti de ce mois, le Roi fit son dernier voyage à la Rivière, où il soupa; il n'y avoit de dames dans le carrosse du Roi que M"'" de Mailly, d'Estrées et d'.\ntin.
Le jour de la Pentecôte, le sermon, les vêpres elle salut en bas. Les sermons de la Pentecôte sont toujours assez mauvais. Celui-ci le fut encore plus qu'ils n'ont ■ coutume de l'être. Les vêpres furent chantées en haut par les chantres de la chapelle. M. de Bourges y officia. Les deux fêtes, le Roi a entendu les vêpres, chantées par les MRthurins, et le salut en haut.
iedeh lettre de M. de Polaatron, du 30 avrU 1743, dont il vient
d'être parlé.
J'ai reçu, monsieur, la lettre que vous m'avez fait riionneur de ' m'écrire le 4 , et voos suis très-obligé de votre compliment sur l'arraugemeut des deux armées que je savois il y a longtemps, et dont je I mis en effet, par plusieurs raisons, très-contentpour cequime regarde K^iersonnellement; mais je crains qu'il n'en résulte des inconvéaients, Lmnout lorsqu'elles se joindront, ce qui ne peut s'éviter au deuxième ] campagne , à moins de succès malheureux d'un des àem. tés, ce qu'il faut espérer qui n'arrivera pas.
M. de Belle-Isie trouvera uue armée bien affaiblie, et peu de préiftutions prises pour l'assemliler et h faire sortir de Bohême. Je ne P'tn'étcndrai passurcelaiparcequejepourroisètre-suspectpar tout ce que j'ai eu et ai plus que jamais à essuyer depuis son départ. Comme je n'ai rien à me reprocher et que cela ne peut pas durer, il n'y a qu'à preudre potieni^e. .Te suis aussi sensible que je le dois a la part que I^TOUS avez eu la bonté d'y prendre et M'"" la ducbesse de Luynes; ^rmettez-moi de lui en renouveler encore ici mes irès'humbles re- Berclmemts etde l'assurer de mes profonds respects.
le suis pas à portée de vous donner des nouvel les de M . le duc de bevrraise, que je crois devant Egra, l'ayant laissé à Prague dans la dis- Kilioad'y voler d'abord qu'il serait question du siège que M. le comte kSaxe fait a la place de M. de Lcuvilie, que nous avons perdu. Je sudrois bien que cette suite de l'excès de son zèle lui procurât ce qu'il feire, sans attendre une promotion.
Je suis ici tout seul, avec M. de Tessé et trois bataillons, dans un ~. Cartier si élaigoé de tout, que je ne peux rien mander d'intéressant. On assure que le roi de Prusse a quitté la Moravie avec les Saxons et ks a ramenés avec ses troupes assez avant en BobËme ; ce qui seroit d'autant plus fâcheux que cela marqueroit de l'humeur de sa part et BKttroit les ennemis en état de réunir toutes leurs forces contre nous et contre les troupes qui arrivent de France en Bavière, Je crains bien que ma Dlle n'abuse des bontés qu'on a chez vous Hir elle pendant le Fontainebleau, oii elle est bien seule; j'ai cependant lieu d'espérer qu'elle n'y fera pas de sottise. Son mari est avec u siège d'Egra ; il n'a pas tenu à moi d'y être aussi. J'avois prié M. le maréchal de Broglie de m'y envoyer eu second , quoique je susse que l'empereur lui avoit écrit qu'il désiroit que j'en fusse chargé ; it m'a même refusé cette satisfaction.
Je TOUS demande, monsieur, la conservation de l'honneur de votre auiitié et vous supplie de ne jamais douter de mon sincère et respectueux atlailieinent. Signé : Polastron.