‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 2)Chapitre 18 sur 69 · JUILLET · texte numérisé non relu

JUILLET

IntioleDcvs <lra Aai^lais. — MorI de la duchesâe douairière rJ'Antin. — Régiment linnné. — Leilre Ae M. il'HRvrincourl »ur ti'S travaut tie Dnnkcrque.

— VojiKW de Saint-Lé|^ Kouvellct de l'armée. — L'ibtaé deChoiacid

nommé primai de Larraiae. — Fête dm. le |irliK« Cantiinir. — L'ambassadeur d'Eajiagne clonne |>art de Ia mort de la mne douairière; rir«s île la Cour It c«tte neea«ion. — CoDfKmiM du n<arérh*l de Belle-lsie ana M. lie KoDÎ^eck. — La Reine va voir le Soupliin montiv h thefal. — Présenlation de Mm' de Forcal^uier. — HorI de M. d'Argensan filK et de la comtesse d'Estrfea. — Santé de M. Orry. — M. Mendès et *on crédit auprès du cardinal de PleHrj. — Mort de M. dp Fiirlta et tfa M"' de Boafille. — 1.6» frèrH l'tfi». — U. de Jil<lonowi>kl.

Du vendredi 6 juillet, Yenaillês. — Le Roi partit diniftiiche pour Choisy. Les dames de ce voyage étoient : M"" la duchesse de Gramont, M°" la maréchale d'E*ti?ées, M""" la duchesse de Ruffec et M°" de Mailly. Le Roi u paru fort sérieiix presque tout ce voyage. Il reçut le lundi inatio, i son lever, par H. d'Argeoson, une lettrede M. le Cardinal; il nous dit l'après-dlnée que les Anglois avoieot brûlé cinq galères espagnoles chargées de canons de transport dans le port de Saint-Tropez, près de Fréjus; c'est un porl de France. C'est une suite des insolences que les Anglois l'ont trop souvent; pareille action est regardée dans le port ou dans la rade comme unegrande insulte en fait de marine.

J'ai déjà marqué ci-dessus que M. de Champigny est ici depuis plusieursjours; il est major-général de l'armée de Bohême et fort attaché àM. deBrogiie. Onaremarquâ que le Hoi ne lui avoit pas dit un mot, ni à, son souper^ ni à son lever.

M, de Ségur fit sa révérence, à son retour, au Roi, dimanche après la messe ; le Roi s'arrêta , lui demanda de ses nouvelles avec beaucoup delionté, M. de Ségur en fut pénétré de reconnoissance et en remercia S. M. les larmes au.ï yeux.

Du lundi 9 juillet, Versailles. — On apprit avant-hier

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aoe 1H"= la duchesse d'Antin douairière était morte à Barîs; elle étoit sœur de t'eu M. le duc d'Uzês, le dernier tnort; elle avoit été fort jolie , à ce que l'on dit ; nous ne l'avons jamais vue que fort grasse et ne pouvant marcher; ^e avoit environ soixante-dix ans et jouissoit d'un revenu fort médiocre.

Avant-hier le Roi revint de Saint-Léger souper dans s cabinets.

,, M. de Puiguyon remercia hier le Roi, qui lui adonné ^agrément du régiment Dauphin-dragons; ce régiment vaut I'20,00(} livres, et celui de Puiguyon-infanterie ne l^ut que ^0,000 livres; ainsi c'est un présent de 80,000 ipi'es(l). H. le Dauphin avoit demandé ce régiment pour \. de Puiguyon, immédiatement après la mort du pauvre fasse. Il y avoit plusieurs jours que cela étoit lini, mais

a sut rien qu'hier.

. Voici l'extrait d'une lettre qui m'a été écrite deltunkerlifl le H- juillet par M. d'Havrincourl.

Oa contiuue ici les travaux avec grande diligiiace et avant un mois

tte ville sera à l'abri de toute crainte. Le fort du Hislian, réparé

i[ni» deux ans, couvre toute la branclie giauche' Je l'entrée du port,

siée Ib etienal , et met à !'»bri de toute desi^nte de ce cdté qui ne

)it m risquer qu'en marée bosse. Ce fiisban , de l'aveu des gens

pays, étoit moinsfort,nvnat la démolition, qu'il ne l'est aujourd'hui ;

: ouvrage, où il peut tenir C à 700 hommes, hérissé de 20 pièces de

ion de 36 et de 8 mortiers, est un des morceaux les plus respectables

qiie j'aie vus. La branche drciite du chenal, et la côte, est défendue par

les trois batteries qu'on j a faites depuis deu^ ans ; elles sont ndmiraliles

et il l'abri des plus grands coups i:e mer; elles contiennent l'une 8,

l'autre 10, et l'autre 12 pièces de 24, et chacune 2 mortiers. Tout le

<!Ôté de In mer est donc inaccessible. Quant à la partie qui regarde

Hieuportet Fumes, on fait actuellement un relranchemeut dontledanc

■ iti M. àp PDifinyon h atbelâ son répraenl d'inftnierio 4fl,n00 livres; il en

^ae aiijourl'liui la démission , et le Roi t norniapra ; et lorsque M. <le Pi>>-

in sera maréchal de camp, il vendra l'autre 120,000 Uirps. M y a peu on

I d'exemple de colonel d'infanterip fui! uieslre de camp île cavalsrie.

te du due de Lugnet.)

188 MRMOIRES DU DUC DE I.UTISES.

gaucbe couvert d'une bonne refoule appuie aux dunes, et le flanc droit,

convert aussi d'une redoute , au canal de Fumes. Ce retrattcbemeiA

continue depuis la' rive droite du canal de Furnes et va Bnir au c

de la Moor; vingt mille hommes poutroieut maoœuvrer dans l'iuté^j—

rieur; et le retrancliement sera fraisé et garni de 70 pièces de cnuosT

Vje détail pourra tous amuser si vous avez le plan des environs if

Dunkerque. <•

Du jeudi 12, Versailles. — Le Roi fut avant-hier A Saint-Léger, en chassant, et en revint hier après avoir encore chassé. 11 n'y a point eu de daines à ce voyage.' HT" de Maillyest de semaine. Elle fut hier à Poissy, où il y avoit un grand dîner, pour lequel on avoit emprunté beaucoup de vaisselle du Roi et de la Reine. Après le dlnep se fit l'installafion de M"' l'abbesse (M°" de Sainte^ Hermine ) ; il y eut ensuite un Te Deum exécuté par une partie d« la musique du Roi et de celle de N.-D. de Paris. M°" de Mailly revint de bonne heure ici pour être à l'ar^ rivée du Roi, qui soupoit dans ses cabinets.

Lundi et mardi , il arriva ici six ou sept courriers de Bohême, de Bavière, de Francfort et de Cologne, Nous sommes toujours en présence des ennemis en Bohème et en Bavière . En BohémCj nous sommes plus foibles qu'eux; mais le camp du maréchal de Broglie, dont la droite est appuyée à la Holdau et la gauche à Prague , est présentement fort bon. M. de Belle-Isle avoit proposé un autre camp, et avoit envoyé ici les raisons détaillées pour prouver que la position qu'il proposoit valoit mieux que celle projetée par M. le maréchal de Broglie, ajoutant qu'il avpit fait voir le détail de ces raisons à H. de Broglie qui n'avoit eu rien à y répondre.

Ces deiLX projets furent examinés chez M. de Breteuil, en présence de M, le marquis de Broglie , de l'abbé de Broglie et de M. de Champigny; et il fut décidé, comme l'on peut aisément juger, que l'idée de M. de Broglie étoîl la meilleure; elle est devenue bonne effectivement par les ouvrages que l'on y a ajoutés depuis. M, de BelIe-lsle a

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été fort occupé A faire réparer les fortifications de Prague 6t à en faire ajouter aux endroits foibles.

On croyoit que les Saxons avoient fait leur traité à l'exemple du roi de Prusse, mais M. Loos est venu ici ce ^atin et a dit hautement qu'ils persistoient à être plus ^dèles que jamais dans leurs engagements.

Nous ne sommes pas campés aussi avantageusement en lavière qu'en Bohême , cependant le camp de M. d'Har- |Durt est assez bon; l'armée françoise est plus foible que aile des ennemis ; mais les Bavarois , Palatins et Hessois , te sont pas éloignés de nous, et le tout réuni nous serions tu moins aussi forts que M. de Kevenhuller. On parle de lùre joindre l'armée de Bavière à celle de Bohême, ce qui parolt être de difficile exécution ; mais on ignore jusqu'à ce moment les ordres qui ont été envoyés. Il repartit hier pour la Bohème un courrier qui en avoit été dépéché ;|iar M. de Belle-Isle, auquel il avoit dit en partant que ^Eraisemblablement il ne seroit pas plus de sept heures à Sersailles; on l'a gardé près de deux fois vingt-quatre leures, et ensuite on l'a renvoyé en lui disant d'aller à putes jambes.

La cabale contre M. de Belle-Isle est plus foi*te que mais; elle va jusqu'à dire que l'on acquiert tous les t>urs des preuves par écrit contre lui. M"" de Mailly, qui i entendu ces propos, y a répondu que l'on ne trou- Seroit jamais d'autres preuves que celles du zèle et de Rattachement de M. de Belle-Isle pour les intérêts 1 Roi. M. le Cardinal parolt accablé de travail et de fa- S%ue.

L'ambassadrice de Naples (M"""^ d'Ardore) accoucha Rier A Paris d'un garçon. Cet enfant doit être tenu sur les fonts de baptême par le Roi el par la Beine.

Du samedi 14, Versailles. — Nous sûmes hier que ?abbé de Choiseul, aumônier du Roi, avoit été nommé "primat de Lorraine. Cette place étoit vacante par la mort Se M. l'abbé de Craon. C'est le roi de Pologne qui y

e(l). Il D'y a noUe fonction attachée k cette dignité, sinon d'officier à cei^ines fètea de l'année, UJ primat oMcie avec la crosse et la mitre, et porte la croîJ en Lorraine seiilement. Ce bénéfice , qui est sans charge d'Ames vaut 40,000 livres de rente; il n'en vaudra qOj 28,000 à l'abbé de Cboiseul , parce qu'il y a des chargfll et pensions pour quelques années.

Du dimanche 15, Versaittes. — M. Mercier, mari de U nourrice (2), remercia il y a deux ou trois jours pour IÇ seconde place de conti^leurchez la Reine; elle a été réunit' à celle qu'il avoit déjà; cela lui fait une augmentation de revenu de 5 on 6,000 livres.

Mercredi dernier 11 de ce mois, il y eut une fête chei M. le prince de Cantimir, ambassadeur de Russie, à l'oo» casioD du couronnement de l'impératrice russienne; il J eut un grand dîner, où il n'y avoit que des hommes, et le soir une grande illumination et un bal en masque.

Hier matin, M. de Campo-Florido vint ici en grand man* teau donner part au Roi, àla Reine, â M, le Dauphin et k Mesdames de la mort de la reine d'Espagne. On attendoit ce cérémonial pour prendre le deuil. Comme le Roi ne revieni que jeudi , on a remis à ce jour à le prendre, et on le portera trois semaines. Comme on ne peut paf regarder cette mort comme un grand malheur dans l'Ëlat) l'ambassadeur ne put pas s'ernpôcher de rire, et il fut reçu aussi en riant par la Reine, M. le Dauphin et Mesdames.

Le Roi partit hier pour Saint-Léger; il n'y a de dames à ce voyage que M""' la duchesse de Graniont, qui y étoil déj'ù, M"" de Mailly et M'"= la duchesse de Ruffee.

On sait par les nouvelles du 2, de l'armée de Bohême,

(11 On avoit toujoum cru qu« te rui ite PologMlftiloDWtnHlàl'&libéZiluskt son i^rand auraûDier, nuils eut alibé a pris le parti de se relii'er ea Pologne. (yole du diKde Lui/Hes.)

(?)DiiKoi.

JUILLET ITM. t9l

iUe M. de Belle-Isle fut cejoui-là à une conférence (1) ,vec M. de Konigseck. Los deux généraus avoïeut chacun me escorte de 800 hommes. M. de Belte-Isle y étoit aclampagné de M. le chevalier de Belle-lsle, son frère, de [. de MoFtani et de M. le chevalier Courleo.

HH. de Luxembourg et de Bouftlers ont écrit ici des ■ttres extrêmement fortes contre M. le maréchal de

agiie, et n'ont point même demandé le secret. Le parti

s Broglie soutient toujours ici qu'il n'y a rien de plus é que de faire revenir nos troupes , à quelques conjtiODS que ce soit; que l'armée du prince Charles est au aoins de f^SiDOO hommes, et que si elle ne prend pas le i ào nous attaquer, elle nous fera périr faute de ubsistanoes. U parolt, d'après une lettre de Bohème (S), Bue cette estimation de l'armée autrichienne n'est pas pste, et que leur position n'est pas même si avantageuse

e la nôtre pour les subsistances. Les partisans de H. de iroglie vont jusqu'à blfimer presque ouvertement le ^^et de faire tomber l'empire à l'électeur de Bavière, tt voudroient faire retomber sur M. de Betle-Isle toutes ps fautes qui ont été faites dans l'exécution dudit projet.

Du lundiiG, Versailles. — M. le marquis de Pont-Saintlierre a eu la brigade dans les gardes du corps, qu'avoit I. le chevalier d'Auger. Ainsi il y a présentement deu.v régiments vacants, celuidePuiguyou-inîanterieet celui le Dauphin-cavalerie, qu'avoit M. de Pont-Saint-Pierre.

Nous sommes toujours dans la même incertitude sur ta qui se passe eu Bohême et en Bavière. On ne peut rien

(I) L'entrevue eut lieu au châteao de Komor/an. Il a'agîsiail d'ouvrir des MaHrenceB pour traiter de la paix avec l'Autriche. Les prâleatlann exagérées dt cette ^i»Mnce tirent ëctaoudr cas lentatlTei de nigociationa, A propos desquelles le cardinal de Fleur; écrivit ï M. de Konigseck deux lettre» que l'on trouTera dans Iw pièces juatiScatives de cette année 1 7il.

(î) Voir auv iiiéces justiiicativea : letlre du n jtiillcl, au prince de

pénétrer des ordres qui ont été envoyés à HM . les mare-

chaus de Broglie et de Belle-lsle.

Bu samedi 21, Versailles. — Mardi dernier, la Reine fut à la grande écurie voir monter M. le Dauphin. C'rat M. de Salvert, premier écuyer de la grande écurie, qui», l'honneur de lui montrer. M. le Dauphin monte dans Iç manège couvert, et personne ne monte en même temps que lui, hors quelques pages que l'on fit venir pour faire voir des chevaux à la Keine. Il étoit environ midi quand la Reine y arriva et y fut dans ses carrosses à huit chevaux, La Heine monta dans le balcon , qui est du côté gauche en arrivant du château; l'on avoit mis sur ledit balcon^ auprès de la porte d'entrée, un tapis de pied et un fau* teuil. M. le Dauphin attendoit la Reine à cheval. La Rein« s'assit, et d'abord toutes les dames demeurèrent debout un moment ; elles étoient huit ou neuf titrées et non titrées, et l'on avoit apporté des pliants pour toutes. M°" de Luynes demanda k la Reine si l'on ne pouvoit pas regarder le manège comme un spectacle, et par conséquent si les dames non titrées ne pouvoient pas s'asseoir. La^ Reine ne voulut pas apparemment répondre d'abord et fut quelque temps sans rien dire; toutes les dames titrées s'assirent; peu de temps après, la Reine se retourna et dit : a. Ceci est comme un spectacle , pourquoi ces dames ne s'assoient-elles pas? m En conséquence, les dames non titrées s'assirent aussi. M. l'archevêque de Rouen, M. l'évèque de Bayeux et moi étions sur le balcon, maispersonne ne s'assit. C'est le garde-meuble qui fournit les fauteuils, pliants et tapis. L'autre balcon étoit rempli de pages et de gens curieux.

Avant- hier au soir. M"' de Forcalquier (1) arriva ici : ellCj] fut présentée hier par M''^ la duchesse de Villars-Brdncasj il n'y avoit à la présentation que M'"' de Rochefort, fille

(I) Canisy. Elle esl de Normaiulif cl veure du tnarrguiK d'Antin. (Noté du due de luynes. )

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