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iiuinunicatioli de la cuisine H la salle à manger est faite lactuellement, et l'on s'en sert; il y a aussi quelques logements au-dessus; l'on commence à se servir de quelquesuns. Le Roi se promena dans lesjardins, et M*"" la Duchesse y fut en calèche. La promenade fui assez longue; on se Ternit au jeu, ensuite le souper, Après souper, le Roi fit deux parties de quadrille avec M"" la Duchesse; et lorsiqa'il alla se coucher, elle partit pour aller coucher àSaintur. 11 y avoit une des gondoles du Roi qui l'attendoit 'pour la mener A son carrosse de l'autre côté de la rivière. ■tous les jours , hors le dimanche , le Roi n'a joué qu'au tric-trac avec M. du jBordage.
Ce même jour, dimanche, nous apprîmes le matin la mort deSilva; il mourut, sur les quatre heures du matin, la nuit du samedi au dimanche; il n'y avoit que deux ou trois jours qu'il étoit malade. Il est moft d'une maladie que l'on prenoi t pour un mal de gorge et qu'il disoit être une fièvre maligne ; il avoit environ soixante ans. C'est une grande perte pour Paris en général , et pour beaucoup de gens qui avoient confiance en lui. Silva avoit beaucoup d'esprit, beaucoup de science et d'expérience ; sa conversation étoit fort amusante; on la désiroit presque autantque ses remèdes. Quand la maladie n' étoit pas considérable , il avoit le talent de contenter ceux de ses raaqui aimoient les remèdes sans en avoir besoin , en leur faisant croire qu'il leur en donnoit. 11 étoit un des quatre médecins consultants duRoi ; c'est un établissement que M. le duc d'Orléans avoit fait pendant la régence. Chacun de ces quatre médecins avoit 8,000 livres d'appointements, et comme depuis aucun n'étoitmort, on les avoit toujours laissé jouir. Il parolt que l'intention du Roi est de les supprimer (1), à mesure que les places de-
(1) [1 ; a plusieurs dépenses <lans la maison du Roi qui paraltroieat aussi ■ utiles à supprimer que celleK-d. 11 } en a niËme qui panussent diiTicileB à ■.croire; par exemple on a de la peine à conu:vair que lorsque lo Roi vaàFon- TllhieMeau , il tant IOU,nO() érjis d'extraordinnira seulement pour le transport.
viendront vacantes. La place de Silva fut demnndée dès le lendemain; et le Roi parolt être décidé à ne la point remplir. Dans le temps de la maladie de M. le Dauphin, les médeeiasconsnltaatsfurent ici environ un mois, comme je l'ai marqué dans le temps. Quoiqu'ils soient payés par le Roi, S. M. leur donna des gratitications ou pensions. Silva demanda des lettres de noblesse , les préférant A une pension de 1,000 écus, et elles lui furent accordées. Silva laisse un iils et une lille, tous deux mariés. Le fîls a une cbarge de conseiller.
Le môme jour que le Roi arriva à Choisy, il y" eut un mouvement d'humeur assez vif entre Mademoiselle et M"' de ftfailly {i) ; c'étoit au cavagnole, après le souper; il s'agissoit de la chose du monde la moins importante : c'étoit de savoir si quelqu'un avoit payé un petit écu ou non. Chacune des deux soutenoitaon opinion asses fortement; et Von remarqua beaucoup d'humeur dans Mademoiselle. Elle sentit que cette humeur avoîl déplu à M""^ de Maîlly ; et comme elle seroit au désespoir de ne pins aller â, Choisy, elle chercha dès le lendemain à réparer ce qui s'étoit passé. Elle avoit fait faire des jetons d'agate, de cornaline, etc., pour le cavagnole, et un fichet pour pousser les billets hors des boules, garni d'or, de rubis et de diamants; elle donna des jetons à M"" de Mailly, lui fit faire un fichet plus l>eau que le sien , et parut occupée de lui donner des marques d'attention.
Lorsi|ue le Boi, lu Reioe, M. le Dauphin eodI saignés du pied, il en coûte pour nliaipe saignée HDO livres, outre te drap qni y sert, qui appartient an chinirgKn.
Il j a dans ce qui regarde ta bouclie anssi plusieurs dépenses que l'on peut regarder comme aiiusives. Après la mort de M. le Duc, M. te coinle de Charolols, ayant en l'exercice de la cliarge de gcand-nmttre , proimsa i M. le Cardinal de faire la recherche do ces sortes d'abus, ivour que l'on puisse y mettre ordre. M. le Cardinal lui dit que cela avoit toujours été de niËme, que ce n'rituit paa la peine d'y loucher. ( iSote du duc de Luynei. )
(I) Il y avoit longtemps qu'elles étaient brouillées. Vo^. les Mém. de d'Argenion, pauim.
Danslei commencemeota «les voyages du Roi, c'étoit Mademoiselle qui faisoit avertir les dames pour la Meutte et pour Choisy ; mais e'étoit eu soû nuni qu'elle les faisoit avertir, et non pas de la part du Roi, de manière que M'" de îa Roche-6ur-¥on n'a plus refusé d'y aller, etHademoiselle même est avertie par M"" de Mailly, Quelquefois le Roi , en partant de Choisy, dit à ces princesses : a Je reviendrai un tel jour, et je compte que vous y viendres. »
Le Roi courut le cerf avant-hier et hier, et revint ici après souper. M™ de Mailly revint seule de femme avec lui. On-ne peut pas être moins parée qu'elle l'étoit ; elle revint & Versailles avec la même robe qu'elle avoit en sortant de son lit.
Avant-hier lundi, M. de Meuse ne soupa point à Choisy; il alla souper à Choisy chez M. de Breteuil, à la noce du fils de M. de Rennepont avec ta 1111c de M. de Saint-Blimont. MM. de Hennepont sont gens de condition, de Lorraine. M"" de Saint^Blimont est nièce de M, de Breteuil, et elle a perdu sa mère ; son père est retiré dans ses terres , et c'est M, de Breteuil qui lui a tenu lieu de ^lère et qui a fait le raariaffe; ils furent mariés dans la chapelle de H. de Rreteuil, par M. l'alibé de Choiseul, primat de Lorraine. Ce M. de Rennepont a un frère qui est punais, et si bien reconnu tel que cela est exprimé dans son contrat de mariage ; il épousa, il y a quelques années, une M'" du Plessis-Praslin , d'une illustre maison et riche héritière. Elle avoit toujours dit qu'elle ne se inarieroit point qu'au plus laid homme qu'elle pourroît trouver. M™ de Rennepont, mère de ces messieurs, qui étoit sa tante, avoit soin d'elle, et aprèsavoii' essayé inutilement delà laire changer de résolution , la voyant inébranlable, elle lui proposa son fils comme extrêmement laid et outre cela panais; c'en fut assez pour déterminer M'" du Plessis-Praslin. Le mariage se fit; ils sont encore tous deux vivants, et ont plusieurs enfants. Ils sont séparés actuellement.
Aujourd'hui après la messe, les États de Languedoc ont
9M HÊHOIRES DD DUC DE LUYMS-
eu aodioice; ils étoient précédés par M. de Dretu et con-
dniU par M. le prioce de Dombes et H. le comte de Saiot-
Floreotin. C'est l'évèque d'Uzès (Baùva) qui a porté
la parole. J'ai- entendo son complimeat à la Reioe;
il m'a paru qae l'on en éloit fort content et qD''oa devoit
l'être.
Pendant le voyage d« Roi , M. le Cardinal n'a pas toujours étéùlssy; il a passé plusieurs jours dans nne m<ùson de Honglas, un de ses secrétaires, qui est vis-à-vis Cboisy, de l'autre côté de la rivière. Il est venu ce matin au levei- du Roi, et a été ensuite chez la Reine; il avoit l'air extrêmement abattu, et a même dit qu'il avoit été fort ma] hier.
Du jeudi 23, Vermilhs. — Aujourd'hui le Roi a donné audience à la Ville. L'audience de la Reine a été, après sa messe, dans le cabinet avant sa chambre, on valet de chambre derrière le fauteuil. Le prévôt des marchands, qui est M. de Vatan, en robe rouge, étoit conduit par M. de Gesvres et M. de Maurepas. Après les trois révérences, il a mis un genou en terre avant que de parler, suivant l'usage. Son discours chez la Reine a été prononcé d'une voix assez basse et a été extrêmement court. Cette députation de la VUlo est pour le scrutin, suivant l'usage.
Cette après-dlnée, M""' de Biron sont venues faire leurs révérences au Roi, à l'occasion de la mort de M"'', la maréchale de Biron; elles n'étoient point en mantes; il passe en usage de n'en plus mettre. M"' la duchesse de Biron étoit à la tète du deuil, suivie de M""* la duchesse de Gramont, M"" du Roure, M"* de Seignelay, M"" la duchesse de Lesparre et M°" la comtesse de Rupelmonde. Celle-ci est dame du palais, et de semaine; elle est entrée chez la Reine d'abord , et est ensuite rassortie pour rentrer à la snile du deuil.
Le Roi restera ici jusqu'à dimanche; c'est la semaine de M"" de Mnilly ; il retournera dimanche à Choisy jusqu'au
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jeudi; UB autre voyage le dimanche suivant jusqu'au vendredi, après quoi il sera huit jours de suite ici.
M. le Cardinal est uu peu mieux, cependant accablé des affaires présentes. On parle beaucoup d'une lettre qu'il a écrite à M. de Konigseck qui est même rapportée dans la gazette d'Utrecbt (1); il chercbe dans celle lelire à se jusli&er de la cause des troubles actuels dans l'Allemagne, et les rejette sur autrui, sans cependaut nommer le projet qui a donné lieu auxdits troubles.
On m'a encore assuré aujourd'hui que lorsque les trois maréchaux que j'ai nommés ci-dessus eurent donné leurs projets sur le parti à prendre dans la conjoncture présente, les deux premiers, qui étoient de M. de Puységur et de M. d'Asfeld, furent entièrement rejetës par les ministres, comme n'étant que des raisonnements et point des décisions, Celui de M. d'Asfeld iadiquoit les mêmes choses que l'on fait actuellement; mais à chaque article il mettoit: l'on pourroit faire, etc., et détailloit ensuite les inconvénients qui enpourroient résulter. Celui du maréchal de Noailles egt plus décisif, et c'est celui que l'on suit actuellement. Cependant d fut aussi rejeté, mais le Boi, l'ayant voulu lire, dit en conséquence qu'il falloitfaire ■ marcher l'année de M. de Maillebois. Ces projets ont été donnés sur un mémoire dont la minute étoit restée chez ' M. le Cardinal, et duquel on donnaunecopieàchacun desdits maréchaux; ils ont travaillé chacun séparément, répondant, à la marge, à chaque article. Il se trouva dans la copie remise au maréchal de Noailles un article essentiel dans le mémoire qui avoit été oubhé. M. de Noailles, jugeant que cen'étoit qu'un oubli, répondit à l'article , comme s'il eût été dans le mémoire.
Le Cardinal est actuellement fort mécontent du contrôleur général , étant persuadé qu'il veut prendre le
B pitcffi jinlifiniilïïps pl.in
aïO MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES.
dessus. Le contrôleur général est pourtant bien avec le Roi; il a été longtemps assez incommodé d'un rbumar tisme pour ne pouvoir pas sortir de son fauteuil; il itvoit fait faire dans ce lemps-Ià un petit fauteuil dons lequd on le por toit jusque dans le cabinet du Roi , auprès de la. table du conseil ; ensuite on Atoitles bcttons, les bras et le dos du fauteuil, et après le conseil on venoit le reprendre dans la même place. Ce lut Je Roi lui-même qui donna Fidée de ce fauteuil, disant qu'il se souvenoit d'avoir vu apporter oiusi M. Desmaretz dans le cabinet du feu Roi.
Le Cardinal, quoique mieux, est pourtant extrêmement maigri; il disoit ce matin à M°" de Luynes qu'il étoit maigri de six pouces ; cependenit il dit encore la m^se A la Reine, le ili de ce mois, lorsqu'elle fit ses dévotions.
Du f:fimanc/ie 26, Versailles- • — Avunt-hier, vendredi, le Roi entendit la messe comme à l'ordinaire, mais il alla à. vêpres : c'e^l l'uBage, comme je l'ai marqué , les fôtes d'apàlres.
Hier, jour de Saint- Louis, les hautbois de la cbâOibre jouèrent au lever du Roi suivant la coutume; les vingtquatre violons jouoieut ordinairement au dîner, mai^ comme le Koi dîne toujours dans ses cabinets, les vingtquatre jouèrent au grand couvert, à souper. C'est M. de Blamon t, maître de mu^iquede quartier, qui bat la mesure.
Hier, il y eut grande iitesse à onze heures ; le Roî la Reine, &f. le Dauphin et Madame l'euteudirent dans l» tribune. 11 n'y a point de musique i cette grande me!iise; ce sont les Missionnaires qui la chantent, et l'orgue à l'ordinaire. Le Roi entendit vêpres et c4mpUe»> et retourna au salut.
Avaut-hier, le Roi demanda à, M. le maréchal de Noailles s'il u'alloit pas à Saint-Germain, Le mai'écltal lui demanda si S. M. avoit quelque chose A lui ordonner, l-.e Roi Ihî dit : m 11 faudra que vous voyagiez, » Le maréchal répondit, sur le ttm de platsanlerie , qu'il étoit bien
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vieiik ptfur l'aire Ues voyttg'es ; maiis, comme il lui parut que Je Roi parloît sérieuse [jient, et (jue c'étoit dans la g'aterie, il dil au fioi qu'il croyoil que ce n'étoit pas là le litiude recevoir ses ordres, et le pria de vouloir bien lui marquer l'heure qu'il viendroil les recevoir. Le Roi lui dit de se trouver an rtîtoui'delaubasse.S, M. allacejour-li tirerdans le grand parc , npi-ès las lèpres. M. le Cardinal ne [ravaillA point ce jour-l& avec le Koi , et ce fut après lé débotter, vers les huit heures un quart, que le Roi donna audience dans sa garde-i-obc àM. le maréchal deNoailles. La conversât ion fut této à tèto, et durajusqn'ft neuf heures que le Roi alla souper au grand couvert. Lorsque S. M, eut dit à M- de Noaillesque c'étoit pouf aller commandât^ en Flandre, le mat-échal lui dit l « Est-ce vous. Sire, qui lé vouleaî » Le hoi lui répondit que c'étoit lui-même qui le désiroit. Ensuite le maréchal lui repcé^enta les iocon-' vénients qu'il y avoit pac rapport aus circonstances pré-^ sentes, l'éloigoenient do toutes les troupes du Roi , le peti' de troupes qui étoient en Flandre et la supériol^té de cellea d'Aoglelerre réunies avec les autrichleunes et ha^ Dovriennes. Le Koi lui répondit à mei-veille sar toU*f lesarticles, Au sortir de cette conversation, le niaréehat' deoiandu des chevaux iV M. lePrcjrtîer, et il doit partir au' plus tard dans huit jours (1),
Le lendemain, samedi, on sut que M. Bignon, intendadti de Boissons, avoit été nommé intendant de l'fttmée de Flandre. M. le maréchal de NoaillflS n'a encore vu di' M. ie Gsi'dinal ni M. de Rreteuil. '
Du mardi 28, Versaitles. — Avant-hier, dimanche , le. Roi partit après le salut pour Choîsy. Avant le salut, il travailla avec H. le Cardinal. On commença à savoir, sa
(I) On avait on^rt 1 M. de Coigoj ce eomDiaflilemtnl ; mais II vnulul faïtti dïseopilitHiiiï, eldeinaadBàelrcrdlldiiu, àrexempic iluMM, île Belte-I^le et iteBrU|;lie. Ce»pto|HJ9iliuii»n'ual psAMi^bien ceçtK^, «te'est c« <]iri Mfait jplfl' lui ycuK tôt M. te initréulial il» Nuitilles. liWtfdu-dnede tMyttei.)
retour du salut , que M. le cardinal Tencin et M. d'Argenson le cadet (intendant de Paris) avoient été oommés pour entrer dans le conseil ; chacun se le disoit à. l'oreille, mais cela n'étoit point public; ce n'est même que d'aujourd'hui qu'on le dit publiquement ici , quoique cela ait été su à Paris dès avant-hier. On ne dit point la raison qui a déterminé à faire dans ce moment cette augmentation dans le conseil, pourquoi elle n'a pas été faite plus tôt, ni pourquoi on n'y a t'ait entrer aucun militaire. On prétend que la grâce accordée, il y a peu de temps , à M. Chauvehn , neveu de celui qui a été garde des sceaux , de lui faire expédier des lettres de président honoraire (1), et quelques autres circonstances, avaient fait courre le bruit que le garde des sceaux pourroit bien être rappelé ; que ce bruit, parvenu aux oreilles de M. le Cardinal ou du Roi , a déterminé l'augmentation dans le conseil. On dit M. de Chàtillon fort ffLché de n'avoir pas été nommé pour y entrer.
M. le cardinal Tencin est à Lyon, où il est venu prendre possession de cet archevêché, il y a environ un mois. Il est bien intentionné pour la religion, et a beaucoup d'esprit. Le caractère de son esprit est d'être fin, souple, séduisant, se proportionnant aux temps elaux circonstances, et tel que les difficultés ne le rebutent jamais.
M, d'Argenson a aussi beaucoup d'esprit, mais d'ua autre caractère ; c'est un esprit froid, mais sage, fort instruit et capable des plus grandes places, 11 y a déjà quel-
( 1 ; Cï8 leKres unt depuis été reliréea. Tout Je Pùrietaeat vouloit ces lel< Xves, lior» le grand banc, et l'on comploit iletuBuder l'aft^einbliV des cliambre« ; le pi'emier prËsideul, sacbant ces dispositions, leva la séance. On prétend que le ci-devBiit garde des sceuiix deuiauda ce» lettn» , d'autant plus que lui. mAine «« avoil di!ji refuité de semblables, je crus, à M. île Blancmeenil. Ce qui donna oeusioii de faire retirer ces lettres Tnl. l'avis que l'on donna i M. te Cardinal que les {lartianns de M. Cliduvelin se révelllolenl, et que l'un faisotl meubler Grusbuis, ce igui ce|)endsiit iHiiil Taux- ( fiotp du duc df iMynti. )