AOUT 174U
sait que M. du Mciucunstiii u lu permission de vendre son régimeDt; c'est un régiment J'ial'anteriedeiO.yOO livres. C'est M. deTresnel, petit-fils de M. Leblanc, qui en ii obtenu l'agrément; mais on à l'ait entendre d'ici à M™° de Tresnel qu'il falloit le payer beaucoup plus cher que la taxe; elle le paye eEfectivement 75,000 livres. M. de Mauconseil a été page du Roi, et depuis introducteur des ambassadeurs. Il est brigadier et inspecteur d'infanterie; on lui conserve son rang et sa charge ; il demeure dans le service avec promesse d'être- avancé à son tour. C'est la grâce qui a été accordée à M. de Kubemppé et refusée à M. de Sassenage. La femme de M. de Mauconseil est M"" de Curzé, fille de la belle M™" de Curzé.
Il y a dix ou douze jours que M. Renauld arriva ici de Prague, C'est un commissaire des guerres, fort vif, beaucoup d'esprit et. de courage, des talents supérieurs pour son emploi, et fort attachée M. de Belle-Isle . 11 s'est trouvé à l'escalade de Prague , à l'attaque du côté des , Saxons. Après avoir exécuté les ordres qailuiavoient été donnés, il voulut absolument rester à cette attaque, quelque choseque pùtfaire lecomte Rutowski pour l'en empêcher, et il y lit tout an mieu.\. Le Koi à cette occasion lui a donné la croix de Saint-Louis, grâce que l'on n'accorde pas ordinairement à un commissaire des guerres. U est sorti de Prague déguisé ; on le fit passer pour un domestique de M. le comte d'Estréesqui désiroit d'aller trouver son maître. Ce fut une dame de la ville de Prague qui se chargea de le faire sortir, ne le connoissant que pour un domestique; elle demanda seulement qu'on lui Ht aerment que M. le maréchal de Broglie n'en savoit rien. U est venu ici rendre compte de l'état de la place; il eut en Eirrivant une longue conférence avec M. le Cardinal. On prétend que M. le Cardinal dit qu'il sitvoit' déjà toutes les choses dont H. Renauld lui avoit rendu compte. On lui reproche d'avoir trop parlé pendant
SI4 MÉMOIRES lïU UUC OK UIYNES.
quelques jours qu'il a resté à Paris, et priocipalem^t sur le détail de la manière dont il est sorti de Praj^ue, ce qui seroit très-imprudent à cause des conséquences, Cequi est certaÎD, c'est qu'il est actuelleoient à la campagne, à dis oi] doux» lioues de Paris. Le parti des Broglie , qui est furieux contre lui parce qu'il est attaché à M. de BeUe-ISilti , répetad qu'il est exilé ; mais ou m'a dit que, voyant Virapossibilité présente de retourner à Prague et qu'il falloit néeessaireoteut donner le temps à M. de Hailletkois de s'avancer asse^ pour dégager nos troupeSy il a demandé permission d'allei'pftssef quelques jours avec sa fenmie , et dans une terre d'où il pouvoit revenir d'un momenï à l'antre, et qu'on lui a accordé celte permission.
M. le prince de Rohan a eu ces joups-ci trois accès de fièvre; les deux premiers ont été très-violents, etla tète extrêmement embarrassée. l,9.nuitilesa(u«diù dimanche dernier, il voulut coiamunier pat* dévotion, et à minuit on lui apporta Notre-Seigneur ; il es^ mieux, maie fort foihle ; il a soixante-treize ani^.
M. le mai'échal de Nangis , qui a été mieux pendltDt quelque lemps, est retombé depuis duuj^ jours, et il est assez mal aujourd'hui.
Dujeudi 30, Versailles. — Le ttoi revient aujourd'hui de Choisy après souper. Les dames de ce voyage étoient Madeoioiselle , M"" de la Roche-sur-\on , M'"'' la maréchale d'Estrée.s , M°" de MaiUy, M"" d'Antin, W la duchessie de Ruft'ec et M""' de Saint-Gerruain.
1* lundi M. le cardinal d'Auvergne arriva i Choisy, et y a resté tout le reste du voyage, U y avoit un appartetement destiné pour H- le Premie?. M"" de Mailly, ayant su que M. le Premier ne devoit point en faire usage, le demttnda pour M. le cardinal d'Auvergne. Le ceurduial d'Auvergne a soupe tous les joursavecle Roi.
La Reine va tons les soirs après souper chez U'°' duMajarin;elle fut il y a quelques jours chen M"" U priHc«sse
SEPTEMBRK I7M. Jis
î^wT^i *st malade depuis yuclipie temps et qui a de la fièvre et beaucoup de vapeurs. Comme il lui parut que sa visite embarrassoif assez M""' de llohan , elle ne fit qu'entrer A la porte et sortit sur-le-champ, assez peu content* à ce qu'il a paru depuis.
La Reine fut auasi liier chez U'"'^ de Courcilloii, qui loge dans rappartement de M. le duc de Villeroy (1). M"" de CourcilloQ n'est ici qu'à, l'occasion de la maladie de M"" de Rohan et de celle du M. de Hoban; elle n'a même pas été chez la Reine.
M'"" la princesse de (kmty est établie à la Cour avec M"^ de Conty, et y reste même pendant les absences da Roi; elles sont allées loutcs deux aujourd'hui dans le |>arc de tilatigny, où Mesdames se promènent sur des ân«s.
Nouïfllea diverses. — BaiilÊme Hii lili lic rambassaJeiwilfs Dein-Sieile». — Voyage de Choisj. — M. de In Rothufoucauld, — Feu d'arlilice pour l> uiDvalesceDce dr M. Orry conlremaiidé par lui. — Logemeal du canlinal iteTencin. — Intendante de Paris. — Morls et maladies. — NonvrfiesdÉ Pnew. — Mort de M''" de Mstaria ; la dudieMB da Yiltars ta rempla» Gomme duine d'aloure de la Heine. ~ DÉparl secret du iirioce de Contf pour l'nmiée ; la iirincease de Conlj et -M"": de Maîlly. — Serment dt- M""^ de Vilisrs. — La [irincesse de Conlj a Chwtej. — IiHtaltatnn do cardinaf de Trnein et de M. d'Argcnson. — La H«nedH«iaDda pour fi"" âel» Tourndle la place de dame du yalais ; elle e»l miminée par le Roi. — Cliariçe de , premier écujer de la Reine. — M™' de Helle-lale prend son tabouret; le IMnelnl parle pan. — MM. de Belle-(*ke( de Broçlie. — M-^deMailly
(1} Cet aiqttirtement Ml au-dei«ua de celui de M^i^ de Mazariu. Comme la é Beine va loua les jours cHex M"" de Maiarin , eHe enirc aonveot cliei Mnif OmrelHatt, ob elle trouveanssi quetquefoiH M" de Toûaerrt , que la Ri aime beaucoup, parce qu'elle estsirnrde M. de Naugis. L'élal de M. de Nai» ffs, qui va loujoura i)e plus mal en plus mal, et la malaille de M'"' lie M rin , aurrenjie dans celle circotutance, ont redoubla les visilesde la Reine, i|ui jr îat hier deux fois dans la jouméc. (AMilion éuéue dt Lufiies, datée dti 6 17«. )
21B MKMOIKKS DU DUC DK LTJÏ5VKS
cMe a» place de ilatne ilu palais à H"'* de Flavacourl. — KégJmeuU douaéi. — Couaeilit du Roi. — Airairc de M. de Lcewensteln. — Le comte de la Marche obtient du Rui le pardon du prince de Coiitj, :>on père. — Levée du Hi^e de Prague. ~ ComplimenU à ta Famille de M°"= de Muarin; embarras du Rui. — Enlrées chez la Reine.
Su samedi 1" SeptettAre, Versailles. — Hier matin, M. d'ArgensonfitsonremerclmeQt, Il y eut conseil d'Etat, mais il n'y entra point , le Roi voulant que M. le cardinal Tencin et lui entrassent en même temps. M. le cardinal Tencin doit arriver aujourd'hui.
Il n'y a point eu de musique aujourd'hui aux messes du Roi et de la Reine , ni de concert chez la Reine. Toutes les voix de la musique et une partie des basses sont allées à Saint-Denis pour le service de Louis Xn, suivant l'usage. Le Roi et la Reine entendent toujours ce jour-là une messe de Requiem.
Il y a déjà plusieurs jours que M. de Saiuctot prit les ordres du Roi pour le baptême du fils de l'ambassadeur des Deux-Siciles. Le Roi dit que tous les jours lui étoient égaux, et ce doit être pour demain.
11 y a déjà près de quinze jours que l'ordonnance j>our l'augmentation de la cavalerie est rendue. L'augmentation est de dix hommes par compagnie; le Roi fournit les chevaux et donne 80 livres par homme. Les gardes du corps ont demandé aussi une augmentation , et elle leur a été accordée, de cinq hommes par brigade. U y a quatre compagnies et six brigades par compagnie.
M. le maréchal de Noailles prend congé aujourd'hui ; il part mardi. Il a travaillé ce soir avec le Roi et M. le Cardinal.
Il parott certain que le roi de Pologne, électeur do - Saxe, n'a point encore fini son traité avec la reine de Hongrie.
Il ne parolt pas que les Autrichiens tassent de grands progrès devant Prague ; on disoit la tranchée ouverte, mais cette nouvelle ne se confirme pas. Il est certain
qu'ils ont établi plusieurs batteries et fait dos parallèles pour communiquer de l'une à l'autre; mais ou n'a aucune nouvelle qu'ils aient ouvert une tranchée du côté de la ville ou du camp.
DulundiS, Versailles. — Hier, le &ls de M. d'Ardore, quia six semaines ou deux mois, l'ut baptisé dans la chapelle et tenu par le Roi et la Reine. La veille, à huit heures , M'"" de Luynes , n'ayant reçu aucun ordre de la Reine et étant déshabillée, me pria de demander à la Reines'il falloit avertir des dames; la Reiue me dit qu'elle n'avoit appris le baptême que par hasard , et qu'elle manderoit à M"' de Luynes ce qu'il faudeoit faire ; elle lui manda le soir de faire avertir des dames.
Le Roi tint le conseil hier avant la messe , atin , dit-U, que la cérémonie fût à une heure plus commode pour les dames. 11 alla à la mes-se, à midi trois quarts , en bas. La Reine y étoit, M. le Dauphin et Madame; aucun prince, ni princesse du sang. M™ Adélaïde, qui ne met point encore de grand habit, y arriva à la fin de la messe. M, le cardinal de Fleury étoit du côté de la Reine , en habit long; après lui, les aumôniers de la Reine, et ensuite M. le cardinal d'Auvergne, en habit court , avec un carreau. Du côtédu Roi, M. de.Soissons, eu rochet etcamail , vis-à-vis M. le cardinal de Fleury; ensuite les aumôniers du Roi , à l'ordinaire. Avant la cérémonie , il y avoit eu une dispute entre le curé de Saint^Roch et celui de Notre-Dame. Le curé de Saint-Roch prétendit que l'enfant étant né dans sa paroisse, il devoit être présent au baptême (l), ajoutant que cela s'étoit toujours pratiqué ainsi , rapportant les exemples de ce qui s'étoit passé à plusieurs baptêmes dans la chapelle des Tuileries k Paris , et le certificat de tous les curés de
(I) L'enranl avoit été ondojê en feaanlau monde, et on ap|ielle Mlle cérémonie-ci suppléer les KéMmonies rtu bapfénie. (riole du due de ZuynM; )
ira MEnroiRKS du duc de luyhes.
Caris. H.lecuré de Notre-Dame disputa cet usage, disant que cela ne s'étoii point pratiqué ainsi au baptême du fib de M. Zéno à la chapelle ; qu'au baptême du âls d& H. d'AndliU, né sur la paruisse de Saînl-Louis et ondoyé ■d Saint-LouÎK, les cérémonies ayaat été suppléées à la chapelle et l'enfant tenu par U. le Dauphin, H. le curé de Notre-Dame y avoit assisté seul en étole; que d'ailletus cette prétention ne peut passe souleair, puisqu'un curé u'ayanl aucune juridiction hors de sa paroisse , ne peut faire aucun acte valable comme seroit celui des registres du haplëme; et qu'entin uu enfant ne pouvant être porté dans une paroisse étrangère j>ouf recevoir le suppléuient des cérémonies du baptême, yunsen avoir prcalabluuient obtenu la permission du curé de la paruiiise où il est né, J cette permission inscrite dctns le registre des baptêmes ' étoit la seul forme pécessaiie; que les curés, dans le fond, donnoient des permissions de se marier dans d'autres pai'oisses et n'étoient nullement dans l'usage i d'y assister; que cependant cette cérémonie étoit bien j plus solennelle , puisque le mariage étoit an sacrement, au lieu que le sacrement de baptême étoit réellement conféré par Tondoiement. La question fut rapportée à. H. l'évêque d»Soissons, qui décida que le curé de Saint- Roch assistcroit à U cérémonie avec l'étole, sauf à U. le curé de Notre-Dame à faire ses protestations. M. de Soissons dit que ce n'est point k lui à décider du droit des curéâ, que c'est à M. l'archevêque. Les deux curés arrivèrent immédiatement après la messe, tous deux eu étole, M. le curé de Saiat-Rocb ayant la droite. D' ailleurs, il n'y eut rien de particulier i\ cette cérémonie. Elle fut assez lougue, et Suit par Vévangile de saint Jean, que l'ofiiciaat dit eu mettant le bout de l'étole sur la tète de l'enfant. M. de Soissons, qui avoit mis une étole dès le commencement de la cérémonie , l'ôta et en remit une autre avant de commencer l'évangile de saint Jean: I^ Roi et la Reine étoient en bas de la premier marche du
SEFrKMBRE I74!l.
wnctoaire , le Koi du cdté de l'épUre , la Reioe du cûlé 9e l'évaD^ile ; M . le curé de Saiot-Roûb , du o6té du Hoi , àla gauche do M. de Soissoas.et M. Joniart, ouré de Ifotre-Dame à sa dcoite , du c6lé de la Reine. L'enfaut étoit porté par la s»ge-l'euiiiie. M"" d'Ardore y éloit en j^aad babit et en graud deuil, U. d'Ardore et deux de lears «nfaiits, uu petit garçon qui a quatre ou cinq ans, ^ec un habit rouge de hussard , et une fille qui peut Ji^oir six ou sept ans. (Juand il fut question de donner le ilDOi, le Roi demanda à la Reine eoiument elle vouloit lie nommer ; la Reine répondit : Marie; et l'enfant fut Sommé Louis-Mane. l'endant la messe , qui tut célébrée i Ipàv un chapelain à l'ordinaire , il y eut un motet, comme eela se pratique tous lesjours. Le pain bénit aussi comme i l'ordinaire quand le Roi entend la messe eu bas; uu Blere de chapelle le présenta à M. de Soissons, qui le •(loDna au Roi , A la Reine, à M. le Dauphin et à Madame. H™ Adélaïde n'étoit pas encore arrivée. Après la oéré- 'konie, M. de Soissons présenta la plume au Roi et à la Reine pour signer le registre; H. d'Ardore signa aussi. 'iti curé de Saint-Rocb vouloil signer aussi sur le re- 'e, mais M. deSoissons ne l'a pas jugé A propos. M. le taré de Notre-Dame a fait ses protestations contre la fréteationdu curé de Saint-Rocb. Immédiatement après l^e le Roi fut rentré ch^ lui, M. el H°" d'Ardore et leurs |e<ix enfauts, conduits par H. de Sainctol, vinrent faire Itucs remerclments au Hoi dans sou cabinet, et à la l^ioe dans sa chambre, et présentèrent en même temps leurs entants.
0H iomedi 8, Versailles. — Le Roi reviut bier de Clioisy tprès souper. Il yavoit sept dames; il y en a ioujoars quatre de fondation, Mademoiselle, M"° de la Koche-sur- \on. M'"* la marécbale d'EslréesetM""^ deMailly. Le Roi dit ordinairement au\ trois premif;res, en partant : « Je jeriendrai un tel jour, n Les trois autres étoienl M"" de FSaint-Germain , M'"' de Maurepas et M'"'-' la ctuchesse de
SaO MÉMOIRES DU DUC DE LTIYWES.
Gramont. M'"" de Maurepas partit d'ici avec M'"" de Mailly,
et elles revinrent hier toutes deax avec leBoi.
J'allai le mardi à Choisy, d'où je ne revins qu'hier. Le mercredi matin, après la messe, le Roi rentra dans son cabinet, où il étoitseul; un moment. après, il ouvrit la porte, et appela M. de La Rochefoucauld, qui étoit dans la chambre ; M. de La Rochefoucauld resta tout au plus un demi-quart d'heure dans le cabinet, et partit immédiatement après pour Liancourt, sur la nouvelle queM. de Liancourt, son oncle, étoit malade. Je sus que ce jour même, le matin, au petit lever, M. de La Rochefoucauld , après avoir présenté de l'eau bénite au Roi, suivant l'usage, s'étoit . approché de son oreille et lui avoit dit un mot. On crut juger que c'étoit pour lui de mander le moment d'audience que le Roi lui donna après la messe. Ce n'est pas la seule audience qu'il ail euejil n'étoit pasau voyage précédent de Choisy, mais il étoit à celui d'auparavant. A ce voyage, * M. de La Rochefoucauld s'approcha du Roi pendant qu'il étoit dans son lit, et lui dit un mot; le soir même , après la chasse, le Roi l'appela dans son cabinet, où il resta au moins une demi-heure ; cela est arrivé deux fois dans ce voyage. Ildevoit partir pourLaKoche-Guyon, et partit effectivement après le dit voyage. Il y a aujourd'hui huit jours qu'il paruttout d'un coup àVersailles, et vint pour le coucherdu Roi. Le Roi n'étanjpas encore descendu de ses cabinets, il dit qu'il n'attendroit pas, qu'il avoit é, se lever matin le lendemain; cependant le lendemain dimanche, il n'étoit pas au lever du Roi, et ne vint qu'après le lever fini. 11 avoit été cette même matinée chez M. le Cardinal, avec lequel il est fort bien. Étant arrivé chez le Roi après le lever, S. M., qui le croyoit encore à La Roche-Guyon,lui demanda par quel hasard il étoit revenu; il répondit au Roi qu'il avoit eu quelques affaires (1). Sur
(l) Les deux nouveaux miniiilrea aTuient ÈIÉ déclarés jtar le Roi k Choisy le lundi précédent) on ne sait ima ni c'est là le sujet du toyaK^. (iVb/e du due dr. luyntt.)
ççtte réponse, le Roi lui dit : « Vous ne venez pas appa- MmmeDt à Choisy . >i v Pordonnez-moi, Sire, répondit H. de liO. Rochefoucauld, je compte suivre Votre Majesté! » Il a ïesté Â Choisy depuis le diiuauche jusqu'au mercredi. . J'oubliois de marquer que M. de Maurepas, M. de Çesvres et M. de Froulay arrivèrent ensemble ce même ' mercredi à Choisy, un moment avant que le Roi se ^It k table pour dluer. M. d'Argenspnétoitvenu le matin } lever; M. deGesvres déjeùnaavecle Roi et M, de Frouly.M. de Maurepas ne se mit point à table, et soupalesoic i¥ec le Roi. M. d'Arg'enson, qui avoit été à la promenade tVec le Roi, le suivit jusqu'à la salle A manger; mais il lk?y entra pas, et repartit pour Paris pendant le déjeuner. • 11 y a quelques jours que M. le contrôleur général, étantretournéd'iciARercy, trouva sur la livière, vis-à-vis Ûe sa maison , un bi^timent préparé pour un feu d'artifice ^e l'on devoit tirer peu de temps après à. l'occasion du fêta blisse ment de sa santé. Les uns ont dit que c'étoit M- les fermiers généraux; d'autres ( et cela est plus Vraisemblable j que c'étoit ses principaux domestiques quil'avoient l'ait faire à son insu; il y avoit déjà beaucoup de peuple assemblé pour ce spectacle. Le contrôleur général parut e.ïtrèraement fâché de ces préparatifs. Cependant, il dit à ses gens que ces démonstrations de leur joie neconvenoient point dans les circonstances présentes delà guerre , qu 'illeur étoit obligé deleur bonne volonté, r «pie ce seroit pour une autre fois ; et en conséquence il [ fit défaire l'édifice, et fit dire au peuple qu'il n'y au- Lfoit point de feu. C'étoit il y a eu dimanche huit jours, eRoi avoit nommé le matin les deux nouveaux ministres [ans le conseil. La veille au soir, M. le Cardinal avoit appelé M. Amelotà son coucher, et lui avoit dit cette nouvelle, le chargeant d'aller le dire à M, de Maurepas et à M. de Breteuil. Le lendemain matin dimanche, à dix heures, il vit M. le Cardinal, et lui dit que M, le conl'trôleur général seroit bien surpria d'apprendre cette
m MEMOIRES nu DUC DB HJYNfS.
nouvelle au conseil. Snr cela M. )e Cardinal lui dit de l'aller avertir, ce qui fut fait sur-le-cbamp ; et le contrftlenr général ne sut les nouveaux ministres que sur les onze heures, peu de temps avant d'aller an oonseîl.
On continue à tenir les mâmes discours sur le contrôleur géoéraJ. Hendès, dont ,j'ai parlé ci-dessusj BarjaoJ valet de chambre de M. le Cardinal, et l'ahbé Brissartf un de ses aumôniers, en parlent ouvertement. BarjaO diaoit, ily a quatre jours, de M.Orry : « I! a étélravaillep quatre fois chez le Roi ; il n'est venu qu'une l'ois ici. » Sa* medi, il y eut conseil. Au sortir du conseil, tous les mi' nislresallèrent chez M. le Cardinal; c'est l'usage; lé con» trAlenr général tnl le seul qui n'y alla point; il s'en ro* tourna chez lui.
Les deux nouveaux ministres ne sont point enoote entrés; on croyoit atout moment voir arriver le cardinal Tencin; et l'on a été fort étonné de voir qu'il a fait ré' ponse, d Lyon, à toutes les lettres de compliment, sans parler de son départ ; d y a eu depuis une seconde lettré de M. le Cardinal, qui )'a décidé k se mettre en chemin, et l'on croit qu'il arrivei-a ces jours-ci.
Du lundi 10, Vermilks. — Je viens d'apprendre que le Koy, n'ayant point de logement vacantprésentement, et voulant loger en attendant M. le cardinal Tertcîn, lui donne trois pièces du logement qui est dans l'aile des Princes, vis-à^vis de celui-ci (1) et qu'oocupoit autr»* fois S. A. H, M"" la duchesse d'Orléans ; il n'y a que le cabinet ovale, qui doniiesur l'escalier, qui n'est point oom* pris dans ledit logement; on prend même un petit car binel qui donne but la galerie dont on avoit laissé U jouissance à M°" de Tallard depuis plusieurs années.
M. d'Argenson quitte l'intendance de Paris. Cela donne occasion dans ce moment-ci à quelques dil'âcultés. Il étoit
e lie rtlul de la iliir.hesxe de Luynei
qoestiondefaireles tournées jusqu'àcfl qu'on eût nommé h ladite iotendance, ou tout au moios d'arrètet* les départenienfs. M. d'Argensoû a déclaré que pour la tournée, il ne la feroit sAi-ement pas; qu'à l'ég^ard des départements, il vouloit bien les arrûler, pourvu que ce fût lui qui choisit quelqu'un pour aller faire lesdits départements, ne voulant point, avec raison, arrêter l'ouvrage de ceux qu'il n'auroit pas choisis, et dont il ne seroit pas h portée do répondre comme de lui-même. M. le coiilrûleur général a prétendu que M. d'Argenson devoit faire sa tournée, ou que le Roi nomm&t quelqu'un pour la faire, et que M. d'Argenson lit toiyours ces arrêtés. Cela n'est point encore décidé. On croit que ce sera M. du Brou, intendant d'Alsace, qui aura l'in- . tendance de Paris, et que M. de Séchelles, après la campagne, passera à l'intendance d'Alsace. On croyoit que M, Turgot pourroit être nommé po^r l'intendance de Paris ; il est fort ami de M™" de MaiUy, mais il y a de la prévention contre lui dans l'esprit de H. le Cardinal. Cette prévention est venue en partie par M, le contrôleur général, â cause des instances réitérées que M. Turgot fit dans le temps de la cherté des bléa pour qu'il fût permis à la Ville d'en acheter à. ses frais et dépens; oe qui ne fut accordé qu'après Ijeauconp de temps et de difficDltég, H. Turgot étoit alors prévôt des 'marchands. L'on peut savoir qu'il avoit Icouvé les affaires de la Ville dans un fort mauvaifi état, et qu U les a remises sur un . pied fovt différent, Il parolt que l'on jette les yeux sur M. Uignon, frère de l'intendant de l'armée de Flandre, pour faire par commission l'intendance de la généralité de Paris.
11 y déjà quelques jours que l'on a appris la mort de H. de Santo-Geniini ; il est mort en Espagne. 11 étoit Lanti, frère de M"" la duchesse d'Havre et père de M'"' de Priego.
Samedi , jour de la Nativité de la Viertre, il n'y eut
J:4 MÉMOIBES du duc de LllYNES.
point de grande messe, mais le Roi entendit dans la tti
faune les vêpres chantées par les chantres de la chapeli<
On apprit hier après midi la mort de W la duchesi deGramonl; elle est morte d'une âèvre maligne; elle éto fille de M. le dnc d'Humières et veuve de M. le duc de Gn mont, frère aîné du duc de Gramont d'aujourd'hui, avoit cinquante-deux ans, et avoit été mariéeaumois deEâ^ vrier 1720, à vingt ans. Elle laisse une fille unique, qui a^ M" de Lesparre. Elle n'a été que quatre ou cinq joi malade.
On sait depuis quelques joars la mort de don François infant, aîné des autres frères du roi de Portugal. Qfl( doit en donner demain pai't au Roi (1).
M"" de Mazarin tomba malade mardi au soir, d'un mi dégorge auquel a succédé une inflammation dans li„ entrailles. Elle fut confessée hier, et a reçu aujoujB^ d'hui Notre-Seign^ur; elle est depuis hier au soir sans espérance; elle a actuellement la gangrène. Elle étoit brouillée depuis bien des années avec M""' de Hailly; M. Joiiiart, curé de Notre-Dame, qui l'a confessée, désiré qu'elle vit M"" de Mailly. M"^de Madly y a été cette après midi, et la visite s'est fort bien passée. M"" de Mazarin n'a que cinquante-quatre ans.
M. de Nangisest toujours dans le même état, et la foi blesse augmente. La Reine est dans une très-grande afflio* tioQ de l'état de M°" de Mazarin ; c'étoit aujourd'hui joup . de concert, et la musique a été contreraandée.
On est toujours dans le môme état par rapport aujc nçuvelles de Prague, M. de Stainville dit hier ici quel* 22 août les François avoient fait une sortie dont on na. lui fait point de détail ; la lettre est datée du 1" septembre. On juge que cette sortie a été très-avantageuse pour nous.
(1) Ou prit liiur le Jeuil pour liuil jour» dudil inlAnt. ( AdilîlioH da due de tugn^tf dHlée du 1H uplemlirc. )
SEPTEMBRE 174d. 2S5
Du vendredi 14, Versailles. — Je vis hier le nommé Frédéric, courrier allemand attaché à M. Blondel, qui arrivoit de Prague ; il y a voit été envoyé de Francfort par M. Blondel. Il ne veut point dire comment il y est entré, ni comme il en est sorti; il'enétoit de retour à Dresde le 6 au soir. Il a rapporté une lettre de M. le maréchal de Belle-Isle, par laquelle il est marqué que M. de Konigseck ( qui n'avoit fait aucune démarche de négociation depuis la conférence du 2 juillet, qu'il accepta alors et qui n'eut aucun effet, à cause de la hauteur avec laquelle il répondit à M. de Belle-Isle ) avoit envoyé demander une entrevue dans laquelle il avoit offert de lever le siège de Prague, pourvu que les troupes françoises évacuassent la Bohème ; que M. de Belle-Isle avoit répondu qu'il ne pouvoit rien faire sans de nouveaux ordres; que si M. de Konigseck vouloit, il enverroit un courrier pour recevoir des instructions.. Cette proposition a été refusée^ et le siège a été continué : voilà ce qui est certain; on m'a ajouté, et c'est le courrier même, que M. de Konigseck avoit demandé une seconde fois une entrevue, et que M. de Belle- Isle avoit répondu que s'il venoit encore quelqu'un faire pareille proposition, qu'il lui feroit casser la tète. Il y a longtemps que l'on sait dans Prague la marche de M. de Maillebois ; H. de Belle-Isle Fa fait dire à M. de Konigseck, ajoutant qu'il ne manquoit ni de subsistances ni de munitions. Effectivement, le courrier m'a dit que le vin n'étoit pas cher dans Prague, que la viande n'y valoit qu'environ 8 sols et le pain 4 sols, que les troupes y paroissoient sans inquiétude et en très-bon état, et la ville très-bien fortifiée.
H"^^de Mazarin mourut lundi 10 de ce mois, sur les onze heures du matin; son coi*ps fut porté sur-le-champ au bureau de la marine , et fut enterré mercredi au soir ici, à la paroisse Notre-Dame. M™® de Luynes alla voir M. le Cardinal le mardi. M. le Cardinal lui dit qu'il paroissoitque l'intention du Roi étoit de suivre le goût de
226 !^rf,M0mK8 UO DUC DK LUYKKS.
la Keiae pour le choix d'une dame d'atours ; effectivement, dès le mardi au soir, In Heine lit proposer vettà charge à M°" de Tonnerre, qui habite ici, depuis long* temps, à cause de la maladie de M. le mELréclia) de NangiaJ son frère. M°" de Tounerre remercia , disant qu'elle étoH attachée & M""" la duchesse d'Orléans autant par goût qufl par son devoir, etqu'ellelniavoit trop d'obligation pou! pouvoir jamais se résoudre à la quitter. Nul raisonne^ ment n'a pu faire changer de sentiment M"' de Tonnerrej ni ses amies, qui lui ont représenté que ses affaires u'é' toient pas assez bonnes pour ne pas accepter la plaO^ qu'on lui ofl'roit. Sur ce réfuta, M. le Cardinal demanèM à la Heine sur qui elle jetoit les yeux. La Reine demani que ce fût M"" la duchesse de Villars; mais il s'agisw^ d'obtenir son contientement, et fi la première propositio qu'on lui en fit elle refusa. Cependant la Reine lui dt manda avec taut d'instances, qu'à la fin elle parvint à ol tenir ce consentement. M. le Cardinal, qui devott ce joui là ( mercredi ) travailler avec le Roi, avoit prié la Reia^ de lui mander avant le travail à quoi M'"* de Villars se détermineroit. La Heine lui ayant fait dire qu'elle avoil son consentement, M. le Cardinal dit à M. de Villars, quj étoit ici et qui devait s'en retourner, (ju'il attendit après Irfl travail pour remercier le Roi. Cette grâce effeclivemeal fut déclarée immédiatement après le travail, et M*", d Villars vint dans la chambre de la Reine, après le graoi couvertj faire sa révérence au Roi. Elle ne fait encorff aucune fonction, n'ayant point son brevet ni prêté seP* ment. i^\e est dans une afUicUou continuelle depui cette grâce, parce que la vie retiréequ'elle mène depu^ quinze ans, et qui est dans .son goût, s'accorde peu avaA les devoirs do la charge de dame d'atours. M™" de Flavi court et de la Tournelle sont restées ici depuis la mort d M°"^deMazarin. M""' delà Tournelle loge dans l'appartai ment de M. l'évèque de Rennes, et M"" de Mailly a prè1 à M"" de Flavacourt son appartement dans l'aile neuve.
L'on ci'oit que M"" de lii Touruelle aura la place de dame du palais de M'°' de Vtllars. La Keine a écrit même à M. le Cardinal pour le demander; cela sera déclaré au retour du Roi- Il y a un autre arrangement pour M"" de Flavseourt, que je ne peux pas marquer daùs ce momenl et qui sera fait aussi au retour du Roi. M. le Cardinal Tenciii arriva avant-hier à Paris, et (ut I hier à lasy voir M. le Cardinal.
Lundi dernier 10 de ce mois, à trois heures du matin,
H. le prince de Gonty partit en poste avec son capitaine
des gardes et deus ou trois domestiques pour aller joindre
M, le maréchal de Maillebois. Le Roi ne le sut que meç-
crcdi, et donna ordre sur-le-charap à M. de Breteuil
d'envoyer un courrier à M. de Maillebois et de lui mander
de mettre M. le prince de Conty aux arrètsdans le moment
qu'il atriveroit. M""^ la princesse de Conty vint ici hier
inatio ; elle venoit d'Issy, où elle avoit vu M. le Cardinal,
qui lui fit des reproches de ce qu'elle l'avertissoit si tard
du départ de M. le prince de Conty; M™' la princesse de
de Conty lui répondit qu'elle n'avoitpu l'avertir plus tôt,
. parce qu'il falloit bien laisseriV M. le prince de Conty
I le temps de gagner assez d'avance pour ne pouvoir plus
I être arrèléen chemin ; qu'elle convenoit d'avoir approuvé
I le projet de son fils, et que son seul regret étoit de ne
I Ravoir pas être ddns le même cas que lui , parce qu'elle
I anroilfaitlamêmechose; qu'elle venoit lui demander con-
j Seil, son dessein étant d'aller se jelcr aux pieds du Roi
I pourlui demander pardon etgràce; mais que le Roi étant
I à Choisy, cette circonstance l'embarrassoit.M. le Cardinal
1 lai répondit qu'il n'y avoit point de lieu où le Roi pût
' trouver mauvais qu'une mère comme elle allâ.t demander
grâce pour son fils. En conséquence , M""* la princesse
de Conty, après avoir été le matin chez la Reine, à, qui
clic rendit compte de sa situation, partit à. trois heures
, pour aller à Choisy, voulant se trouver à l'arrivée du Roi,
r qui étoit parti à oeaF heures pour aller à la chasse à
Sénar( . M°" la princesse de Conty parla à M""' de Mailly et à M. de Meuse. M""" de Mailly fit tout ce qu'elle put pour lui persuader de remettre cette visite au lendemain, et n'ayant pu l'y déterminer, elle dit qu'elle partiroit avant elle ; qu'en arrivant à Ghoisy elle passeroit la rivière et iroit au-devant du Uoi; qu'elle le l'eroit arrêter en chemin, pour lui parler et le prévenir. 11 fut dit que M'"' la princesse de Conty ne se montreroit point en arrivant A Choisy, qu'elle denieurerottdansla chambre de la concierge, jusqu'à l'arrivée du Roi, et jusqu'à ce que l'on sût si le Roi voudroit bien la voir.
Il y a longtemps (jue M. le prince de Conty avoit formé ce projet; il en parla à M"' de Mailly il y a pi us de quatre mois, sous le dernier secret. M"" de Mailly fit tout ce qu'elle put pour l'en détourner, lui représentant combien cette démarche déplairoit au Roi. H. le prince de Conty ne parut pas persuadé par toutes ses raisons, et lui dit seulement en finissant la conversation qu'il la prioit d'oublier absolument ce qu'il lui avoit dit et qu'il n'en fût jamais question. M. le prince de Conty se pique de beaucoup d'amitié et de confiance pour M""^ de Mailly. M"" la princesse de Conty représente avec raison que le départ de M. le prince de Conty est fort différent de celui de MM. de Conty, grand-père et oncle, partis avec le prince Eugène de Savoie sans permission pour aller servir dans l'armée de l'empereur contre les Turcs, ce qui, comme l'on sait, déplut au feu Roi, qui leur envoya ordre de revenir. 11 n'y eut que le prince Eugène qui , n'étant pas dans les mêmes circonstances qu'eux, puistju'îl n'étoit point né sujet du Roi, continua sa route ; et MM, les princes de Conty lui donnèrent presque tout l'argent qu'ils avoient. Ici, M. le prince de Conty sort à la vérité hors du royaume sans permission, mais c'est pour aller joindre l'armée du Roi et yservircomme volontaire, sans équipage et sans grade.
L'on sait depuis plusieurs joursque don Philippe est
aassé en Savoie, qu'il est à Saint-Jean de Maurienne et a reçu les hommages de toul le pays.
VuSamedi 15, Versailles. — Aujourd'hui, auretour de la messe. M"" de Villars a prêté serment; la Reine étoit dans son fauteuil, dans sa chambre, au même endroit où elle donne audience aux ambassadrices ; le dos tourné à la cheminée. M"" de Villars étoit à genoux, sans carreau, devant la Reine ; elleaôté ses gants, et a mis ses mains dans celles de la Reine. M. de Ralagny, secrétaire des commandements de la Reine, a lu le serment, qui est fort court. Immédiatement après, on a apporté le dîner de la Reine ; M°"^ de Villars a présenté la serviette et a servi le dîner.
Hier au soir, M. de Chàtillon reçut une lettre de M. le Cardinal par laquelle il le chargeoil d'apprendre àM, de Tessé le père et à M""* de Tessé la mort de M. de Tessé, colonel du régiment de la Reine, Il est mort des blessures qu'il avoit reçues à la sortie du 22 du mois passé. M de Ch&tillon et M. le duc de Béthune ont été cet après-midi annoncer ce malheur à M"" de Tessé et à M. de Tessé. On ne peut point exprimer l'excès de douleur de l'un et de l'autre. M, le Cardinal a chargé M. de Chàtillon d'assurer M. et M'"" de Tessé qu'à l'égard de la charge le Roi chereheroit à leur donner des marques de bonté ; on ne doute pas qu'on ne la rende au père.
On m'a assuré quE M. ■Pecquet, qui étoit en prison depuis longtemps , étoit sorti de Vincennes jeudi dernier'(l ) .
M^'la princesse de Conty fut jeudi à Choisy, comme j'ai marqué ci-dessus. Le Roi la reçut fort froidement, et lui dit que M. le prince de Conty marquoit beaucoup de zèle, mais qu'il avoit fait une grande sottise de partir sans sa permission. S. M. ajouta qu'il avoit envoyé ses ordres à M. de Maillebois ; et M'"* la princesse de Conty ne put jamais avoir d'autres éclaircissements.
is (le seplurnbrc I74i'. Voir les Mémoin-s
M"" la maréchale de Belle-Isîe arriva avant-hie? H Paris.
Du dimanche 16, Versailles. — M"" la princesse 4<| CoDty vient de me conter oe ({m s'est passé à. Cboisy. c'est à peu près ce que j'ai marqué; cependant ce détail^ ci sera plusesact.
M"^ de Mailly avoit laissé un de ses gens à M""' la pria» cesse de Conty pour la mener dans la chambre de la coib% cierge ; elle fit avertir M""' la princesse de Conty lorsque le Roi fut arrivé, et elle la conduisit dans la chambre du Roi jusqu'à ce que le débotter fiiktâni; d<''S que le Roi fa( habillé, il passa dans son cabinet; alors M'"'^ la princessf de Conty s'avança à la porte du cabinet, avec M"° de Conty et M"^ de la Roche-sur-Yon, et dit au Roiqu'elleveuoitl^ demander pardon pour son fils ; que M"" la Duchesse serc^ venue aussi si elle ne s'étoit pas trouvée incomoiodée. hg, Roi répondit d'un air fort, froid : nll a fait une grande sottise. » « Il est vrai, Sire, répondit M'"" la princesse de Conty, et c'est pour cela que je viens supplier V, M. de lui par^ donner etlui faire grâce. D Le Roi lui dit : uJ'aienvoyémes ordres à M. de Maillebois . » M"° de la Roche-sur-Yon pri^ la parole, et dit qu'au moins M. le prince de Conty avoi^ marqué beaucoup de zèle, (i 11 a effectivement beaucoup de zèle, » dit le Roi. M°' la prïbcesse de Conty ne put avoir d'autre réponse, et repartit aussitôt. Mademoiselle n'étoit point encore arrivée à. Choisy ; M"" la pri ncessc de Conty la trouva en chemin. Le lendemain, Mademoiselle demanda permission au Roi de venir à Paris, et alla rendre visite à M°" la princesse de Conty. M°" la princesse de Conty avoit été ce jour, dès neuf heures du matin,, rendre compte à M. le Cardinal de ce qui s'étoit passé ^ Choisy; elle lui dit qu'il étoit juste que son fils fût puni, puisqu'il avoit déplu au Roi ; mais que toute la grâca qu'elle demandoit étoit qu'on ne le fil pas revenir, et qu'elle craignoit les représentations des autres princes. M. le Cardinal lui dit que la première fois qu'il verroit le
StrPTEMBRE 4748. ' 361
Roi, il luirendpoit compte de cette affaire, et qu'il plaideroit la cause pour M. le prince dQ Conty. Dès le jour même que la Roi sut le départ de M. le prince de Conty^ le Roi envoya des lettres à chacun des princes du sang portant défenses de partir^ et disant que M. le prince de Conty étoit parti sans sa permission et qu'il avoit envoyé ordre de le punir. Cette expression est. dans la lettre.
M. le prince de Conty avant que de partir avoit remis à M""*' sa mère une lettre pour M, le duc d'Orléans, par laquelle il lui rend compte de la démarche qu'il fait, lui recommande M. le comte de la Marche, ajoutant qu'il désire que l'on ne fasse rien pour sa conduite ou pour ses affaires que de concert avec lui. M. le duc d'Orléans avoit été tuteur de M. le comte de la Marche jusqu'à la majorité de M. le prince de Conty ; cette tutelle finit par la majorité. M. le prince de Conty prie M. le duc d'Orléans de vouloir bien la reprendre pendant son absence* M"* la princesse de Conty a été elle-même porter cette lettre à M. le duc d'Orléans, qui en a paru très-content et lui a offert de se joindre à elle pour solliciter la grâce de M. le prince de Conty.
Du nfiercredi 19, Versailles. — Le Roi revint hier de Choisy ; il y avoit cinq dames à ce voyage, les deux prin* cesses. M"** de Mailly, M"* d'Antin et W la maréchale d'Estrées.
L'on meubla hier l'appartement que j'ai marqué cidessus pour M. le cardinal Tencin ; ce sont des meubles du Garde-Meuble , qu'on lui prête. Celui qui est auprès, destiné pour M. d'Argenson, n'est point encore meublé; on ne croit pas même qu'il en fasse usage.
M. le cardinal Tencin est arrivé ce matin, et M. d'Argenson ; ils ont pris tous deux séance au conseil, qui s'est tenu immédiatement après la messe. M. le cardinal Tencin n'a été présenté au Roi qu'en entrant au conseil; il attendoit chez lui qu'on vtnt l'avertir. Il étoit à la droite
du Roi (1) et M. le cardinal de Fleury à la gauche (2); M. le cardiaal de Fleury n'a jamais voulu quitter la place du côté gauche pour n'être pas obligé d'en changer lorsque M. le duc d'Orléans venoit au conseil. C'est M. de Bi-eteuil qui est au bout de la tiible, via-à-vis le Roi. Après le conseil, tous les ministres anciens et nouveaux sont allés chez M. le Cardinal et ont assisté à son dîner.
M. le cai'dinal de Fleury a été aujourd'hui voir M" la marquise de Tessé.
11 n'y a encore rien de décidé sur la place de dame dn palais. La Heine écrivit il y a quelques jours à M. le Cardinal pour demander la place pour M"" de la Tournelle, Depuis, ou lui a représenté que dans le temps que M"" la maréchale de Villars céda sa place à M'"' sa belle-fille, il y avoit eu un arrangement (3) de fait avec la permission du Roi, que si W" la duchesse, alors marquise de Villars, venoit à mourir, ou demandoit permission de se retirer, la place seroit conservée à M"" la Maréchale. Cette représentation a déterminé la Reine à écrire une seconde lettre à M. le Cardinal en faveur de M°" la maréchale de Villars, dont Tintention auroit été de reprendre cette place, seulement pour quelque temps, mais dans la vue de la faire passer à sa petite-fille en la mariant. M"° la maréchale de Villars a depuis renoncé à cette vue et a écrit à M. le Cardinal pour le prier de ne point songer à elle. Depuis ce temps, la nouvelle de la mort de M. de Tessé , l'affliction de toute sa famille, a touché la Reine, qui a toujours eu des bontés pour eux. Dans ces dispositions, M. le marquis de Tessé l'a fait souvenir qu'il y avoit trois ans qu'elle avoit bien voulu promettre de demander la
(1) Ensuite M. <le Maareiias et M. Amelot , à sa droite. ( Noie du duc di Lut/nes.)
(5) EnsnilflM.it'Argensoo, M. Iee«ntrôlenr général et M. iIb Breteuil. {IVoté du iluc de Luynes.)
(.'!) Cet HrruiigemeDt est expiveséineiil inarqué ddiis lu brevet de M"* It e Villars, et c'est ce qu'oo ignoroiL (Note du duc de Luynei.)
teemière place vacantu de daine du palais pour M"" de laulx, sa Elle, nièce de H. l'archevêque de Rouen. Sur-lelamp, la Iteine écrivit à M. le Cardinal en faveui' de l""de Saulx(l). M. le Cardinal lui répondit qu'il rendroit iotnpte auHoi de ce qui regardoit M"" de la Tournelleetde lauLs; que pour ce qui regardoit M""* de Villars(la maréchale), il croyoit in utile d'en parler, puisqu'elleluiavoit mandé qu'elle ne songeoit plus à cette place. Ce quia déterminé M""^ la maréchale de Villars, c'est qu'elle a su que Mailly demandoit la place de dame du palais (Dur M™" de la Touraelle; par considération pour elle, lie s'est désistée de su prétention, disant qu'elle espéroit a'elle voudroit bien donner à sa petite-fille une place de bme du palais de M"'^ la Dauphine.
Du jeudi 20, à Versailles. — Ce malin, M. le Cardinala lëté chez la Reine et lui a dit que le Roi avoit nommé I"" de la Tournelle pour remplir la place de dame du liais vacante. Aussitôt que M°" de Luynes est entrée ■jjbez la Reine, la Reine lui a dit ce qu'elle venoit d'apr^rendre par M. le Cardinal, et lui a ajouté de l'envoyer dire à M""' de la Tournelle. Cette attention de la Reine de faire passer cette nouvelle par sa dame d'honneur est suivant la règle et l'usage ordinaire.
On croyoit hier que non-seulement M"" de la Tourtiielle, mais mùme M"" de Flavacourt seroient déclarées ■^flames du palais. M"" de Mailly , avant le dernier voyage fàe Choisy, avoit été trouver M. le Cardinal pour lui de- I mander la permission de se démettre de sa charge en fa- Iveur de M"" sa sœur, et de demander au Roi qu'il la de- R elar&t dame d'atours de M'"" la Dauphine. Cet arrangement
) La Reine fit plu», elle coTuya quérir M»e <Ie la Tourodlc, et lui dit
roit fort (lésirâ l'avoir dons son palai» ; niais qu'elle oe s'étinl pan
d'un engagement qu'elle avult pris il y a trois ans ; qu'il lui Ëtoit im-
osiblc île inauqoer à nés engiigeincnls ; qu'i^lle n'aioït pu K'crupMter il'i;-
e pour MP"^ lie Su>il\ , et que ni le Roi lui ilonnoit â diniisir, qu'elle Kunilt
ie de lui donner la préfcrenoe. {i\oCe du duc lie Luynei.)
334 Mf.MOIRRS DU DUC DE LUYNES.
étoit fait de concert avec le Roi ; elle écrivit même sur cette affaire, de soa petit appartement, en présenca du Roi, Le Roi lut la lettre, et lui dit qu'elle étuit bien. Lorsqu'elle alla chez M. le Cardinal (c'étoit le jour que M™* de Villars fut dtiolarée dame d'atours, et quelque moment avant le travail), le Cardinal fut surpris de la proposition, et ne la comprit pas même d^al>ord ; car sur le mot de dame d'atours il crut que c'étoit pour la Reine; il lui dit : « Mais, madame , la place est donnée, a Cependant, il paroissoit que cet arrangement socoit suivi , le Cardinal ayant depuis recommandé à M™ de Mailly da n'en point pai-ler à la Reine. Malgré cela. M""" de Mailly crut devoir faire prévenir la Reine par M. de Maurepas; la Reine parut fort touchée de cette attention, et on croyoit que dès hier au soir les deux grâces seroient déclarées en même temps; apparemment que quelques réflexions ont empêché celte dernière. Hier, M""^ de Mailly eut une loDgue conversation avec M. de Maurepas, qui lui conseilla de changer de système, lui représentant qu'il auroit mieux valu ne point demander pour les deux sœurs en môme temps ; mais qu'elle ne réussiroit iwint à obtenir pour M""' de Flavacourt qu'en offrant de se démettra purement et simplement. En conséquence, M""^ de Maill; écrivit à M, le Cardinal de chez M, de Maurepas.
Hier, les enfanis de M"" de Mazarin firent leurs révé^ rences en pleureuses et sans manteau: M, de Saint-Florentin, qui est fils, M. de Maurepas, qui est le gendre» M. de Mailly, le mari de la dame du palais, qui est le frère de M""" de Mazarin , mais qui par sa femme est Ift petits-fils de feu M. de Mazarin , et M. de Rubempré, qui est frère , et qui n'avoit point de pleureuse.
11 n'y a encore rien de déclaré sur la charge de premier écayer de la Reine ; mais il n'est plus douteux que le Roiladonne au fils atnédefeu M. deTessé, qui n'a pa» encore six ans ; son grand-père, M. le comte de Tessé, l'exer" cera jusqu'à co qu'il ait vingt-et-un ans. Dans le temps
bueM. detessé qui vieuttrôlre lui^ épousa M"' de Charoat Wj^ fut question de céder la charge en faveur du mariage. fil. de Tessé , fort incertain dans ses volontés, eut beaucoup |cU peine â se déterminer, et n'y consentit qu'à deux condil<tk>iis, de conservée les appointements et d'avoir une lettre U'assurance qu'en cas que son liis vint à mourir, la charge 1 reviendroit. Si. de Maurepas eut beaucoup de pleine pier à faire les arrangements nécessaires pour la nouvelle I, qui sera silremeut accompagnée de plusieure conditions. Celte grâce est regardée comme très-grande ; il est vrai que les circonstances étoient bien favorables pour ^l'obtenir.
^L ti"' de Betle-lsle prit hier son tabouret dans le cabinet ^Ha Roi, comme à l'ordinaire. Ce l'ut M'"' de Lùynes qui la ^présenta, et M""' d'Ancenis fut avec elle. M'"^ la ducbesse defiétbune, mère de M. le duc de Charost, étoit propre sceur du père de M. le maréchal de Belle-lsle. Tout le monde croyoi t que le Roi parleront à M""^ la maréchale de BellMsle ; pour moi, je nepouvois en douter, d'autant plus qneiematinj'avaisétéavecM""'deMaillychez M*'' la marécbalede Belle-lsle, oùiln'yavoit dans ce moment que H. de Charost et M. de Meuse. Ilavoit été question des discours que l'on tient fort indiscrètement ici sur M. lemaréibal de Belle-isle, et M"' de Hailly avoit répété pUi- Bjieurs fois à M""^ de Belle-lsle qu'elle devoit peu s'embarier de tous ces discours; qu'il suffisoit que le maître fût mteot; que le Roi l'étoit de H. de Belle-lsle, et n'avoit jas changé; que pour elle, elle avoit toujours persisté. IB8 les mêmes sentiments d'amitié ; que l'on avoî.t pu e qu'ils étoieni diminués parce qu'elle avoit cessé de brendre son parti aussi ouyertement depuis tous les "îffuita qui a'étoient répandus; mais qu'elle avoit cru en cela le servirplusutilement, etqu'elle n'avoitjamais cessé de prendre le plus véritable inU^rèt ii ce qui le regarde. L'Malgré toutes ces dispositions, le Roi ne dit pas un mot kM'°* de Belle-lsle, ni à la présentation, ni pendant tout
le souper. II parolt que la prévention contre M. de Belle- Isle a gagné même M"" la princesse de Conty. On disoit hier qu'on faisoit un crime à M, le maréchal de Belle-lsle de ce que l'on avoit eu plusieurs fois par lui des nouvelles' de ce qui se passe dans Prague et de ce que ce n'étoifc., point par M. le maréchal de Broglie, qui commande Tapmée. La réponse à cette accusation est fort simple, puîa- ' que, comme je l'ai marqué ci-dessus, autant l'on est peis ' suadé de la force et du courage de M, le maréchal de* Broglie, autantl'est-on peu de son secret; on en peutjuger par ce que j'ai marqué ci-dessus, à l'occasion de M. Renault. D'ailleurs, M . de Belle-lsle ne fait rien dans Prague quede concert avec M. de Broglie et par ses ordres; mais la prévention de M. de Broglie contre M. de Belle-lsle sul>: ' siste toujours, Onmecontoithier une circonstance parrapport à cette prévention; c'étoitimmédiatementaprès la retraite de Frauenbergetlorsqu'il fut question de prendre ua camp sous le canon de Prague. J'ai déjà marqué plusieurs détails sur les différents sentiments des deux maréchaux au sujet de ce camp. M. de Broglie en avoit d'abord choisi un, qui parut à M. de Belle-lsle n'ûtre pas bon ; il en parla à M. de Broglie, et ne put le persuader. Voyant cependant qu'il étoit essentiel de choisir un autre camp, il s'adressa. àM.deChapiseau, durégimentduRoi, et le mit au fait de cequ'ilfalloitdire. M. de Chapiseau alla le lendemain trouver M. deBroglie, et lui dit avec liberté : o Je viens de voir votre camp, Monsieur le Maréchal; mais savez-vous bien qu'il n'est pas trop bon. n Le maréchal de Broglie lui dit :■ a Oh! pour vous, vous n'êtes pas de la cabale : eh bien, nous irons ce soir l'examiner ensemble. » Il y alla effectivement, et le changea le lendemain.
Il y eut hier conseil d'État ; je l'ai marqué; il y en a eu encore un aujourd'hui, et il y en aura un troisième demain ; samedi, conseil de dépèches, et dimanche encore conseil d'État, après lequel le Uoi ira le soir à Choisy pour jusqu'à vendredi. M. le Caidinal doit aller passer
usieai*s jours à Draveil, vis-à-vis Chpisy, de l'autre eôté de la rivière. On 'dit qu'il veut être quelque temps sans entendre parler d'affaires ; il y a des gens qui croient que cett« disposition et ces conseils d'État redoublés annoncent une retraite prochaine du Cardinal.
Du vendredi 21, VerRmlles. — Hier les dames du deuil de M™ de Mazariu firent leurs révérences ; elles étoient six ; W" de Maurepas, d'Agénois, de Miiilly, de Flavacourt, de la Tournelle et M"" la duchesse de Duras, ci-devant de Durfort, parce que son mari avoit épousé en premières noces une petite-fille de feu M. de Mazarin.
Hier au soir, il futdéclaré que M"* de Maillycédoit sa place de dame du palais, purement et simplement, avec les appointements, à M"" de Flavacourt; cela fait un changement dans les semaines que je marquerai. Cette démarche de M"" de Mailly est regardée avec raison comme une grande marque de générosité de sa part; on juge avec raison qu'on peut la regarder comme imprudente, et qu'un peu plus de prévoyance pour l'avenir auroit dû l'empêcher d'exécuter ce projet. Voici l'arrangement nouveau des semaines des dames palais. M"" d'Antin et M"" de Montauban avoiect avec idles M""' de Bouzols et M"" de Fitz-James. Ces deux dernières passent dans la semaine de M"" de Boufllers, dans laquelle étoient aussi M'"' de Villars , M""^ de Talleyrand et M" de Mérode, M"" de Talleyrand va remplacer M"" de Ifailly dans la semaine de M""= de Fleury, de M'"'' d'Ance- 11Î8 et de W" de Rupelmonde. Ainsi , dans une semaine il y aura M"'" d'Antin , de Montauban, de Flavacourt et de la Tournelle; dans l'autre. M"" d'Ancenis, de Fleury, de .Rupelmonde et de Talleyrand ; et dans la troisième M"" do >ufflers, de Fitz-James, de Bouzols et de Mérode. Hier, il fut déclaré que le Roi avoit donné le régiment la Heine à M, le chevaUer de Tessé, frère de celui qui mt d'être tué, Ce matin s'est tenu le troisième conseil d'État, dont
■ait
MEMOIRES DU DUC DE tUTNES.
j'ai déjà parlé.. Les deux nouveaux ministres n'en savoientrien à neuf heures du matin; mais ce qu'il y a de plus singulier, c'est que H. le Cardinal n'en savoit rien , et a été fort étonné à midi quand on est venu l'avertir de la pari du Roi pour le conseil. Il y a cependant apparence que c'est un oubli, car M, Amelot et M. de Breteuil le savoient.
Du samedi 22, Versaillefi. — La, grâce accordée à M . de Tessé fut déclarée hier. C'est le fila qui a la charge et qui ne l'exercera qu'à vingt-et-un ans. Le grand-pèfê aura l'exercice pendant ce temps.
Le régiment d'Auvergne , vacant par la mort de M. de Cleriuont, qui a été tué à l'affaire du 22, a été donné & la famille. Ce H. de Clennûntétoit cousin de celui qui fttt tué en Italie, à la tête du même régiment, et frère d'une M"* de Clerraont qui étoit attachée à la reine d'Espagoe (Orléans). Ce traitement est d'autant plus digne de la honte et même de la justice du Koi, que la famille, qui est fort peu riche, avoit engagé tout son bien pour mettra M. deCiermonlenétatde payer ce régiment.
il y a eu aujourd'hui conseil de dépêches, comme j'ai marqué ci-dessus. Les deux nouveaux ministres y sont entrés. M. Amelot y a fait le rapport de l'affaire de M. de Lœwenstein-Werthein , petit-neveu de feu M"" de Dangeau, au sujet de trois arrêts du parlement de Metz rendus enfaveurdes comtes de Stolwerg, par rapport aii4 terres de Chasse-Pierre, Cugnon et leurs dépendances, tuées près de Sedan, et qui forment une souveraineté. M' prince de Lœwenstein a gagné son procès.
On est toujours dans le même état par rapport & I»' Bohême : on n'a point de nouvelles de Prague ; on saîi' .seulement que la jonction de l'armée de M. de Maillebois et de celle de M. le comte de Saxe s'est faite le 16. On at^ tend à tout moment des nouvelles de la levée du siège de Prague.
Le Koi va demain à Choisy, d'où il reviendra
Ira samedi H
SEPTËMBftti: 1744. 2M
après souper» Les daines de ce voyage sont les deux princesses (1), M*°*la maréchale d'Estrées, M"' de Mailly, M"*' les duchesses de Boufflers et de Ruffec, et M"^ Amelot avec M"** la duchesse de la Force, sa fille.
Hier If"® de Hailly alla chez le Roi et chez la Reine avec M"*" de la Tournelle et de Flavacourt faire leurs remercl* ments.
Du lundi 24, Versailles. — M"** la princesse de Conty fit venir ici samedi M. le comte de la Marche ; elle pria M. le Cardinal de le mener chez le Roi. Ce fut à Theure du travail que M. le Cardinal mena M. le comte de la Marche dans le cabinet du Roi. Il n^a que six ans. 11 dit au Roi en entrant : « Sire, je viens vous supplier de pardonner à mon papa. » Le Roi lui dit : a II faudra bien vous accorder ce que vous demandez. » On a eu nouvelle de l'arrivée de M. le prince de Conty à l'armée de M. le maréchal de Maillebois; il est arrivé avant le courrier qui -portoit ordre de le mettre aux arrêts. Il étoit dit dans Tordre que M., de Maillebois renverroit le courrier pour que l'on sût que l'ordre avoit été exécuté. Depuis, le Roi a bien voulu modérer le temps des arrêts à huit jours, et cela seulement les jours que Tarmée ne marchera point; après les huit jours, S. M. permet à M. le prince de Conty de servir comme volontaire. •
On vient d'apprendre tout à l'heure ici que le siège de Prague est levé ; c'est par un courrier de M. de Montijo, qui est toujours le premier instruit de toutes les nouvelles. M. le Cardinal l'a mandé aujourd'hui au Roi à Choisy.
Du dimanche 30, Versailles. — Le Roi revint vendredi de Choisy après souper. Le mercredi M. Amelot avoit été au lever du Roi à Choisy, avec lequel il avoit été enfermé une demi-heure ou trois quarts d'heure. M. Amelot soupa ce môme jour avec le Roi.
(t) MademoiseUe et M''* de la Rocbe-8ur-Yon.
Jeudi j'allai i Chuisy, et j'y soupini; peudant le souper le Hoi parla beaucoup des nouvelles qu'il avoit reçues de Prague , de ceux qui avoient été blessés , ou tués, ou qui étoient malades, et dit toujours : n C'est Belle-Isle qui m'a mandé. » Il parla aussi beaucoup de la défense de la place, et ne nomma pas une seule fois le nom de M, de Broglie , disant : « Il y a eu trente jours de tranchée oU'* verte; Belle-lsie avoit fait faire des ouvrages avancés j, il s'y est toujours maintenu, attaquant les tranchée» des ennemis aussi par des tranchées. » Cette conversa^ , lion fut fort remarquée.
A l'occasion de la mort de M""^ de Mazarin ( Mailly), la Roi envoya un gentilhomme ordinaire chez M"" les di>* chessesde Mazarin [Rohan),d'Agénoiset même de Duras4. Celle-ci est la seconde femme de M. de Duras, ci-devant Durfort, qui avoit épousé en premières noces la petite^ fUle de M. de Mazarin. Le Roi a envoyé aussi un gentilhomme ordinaire chez M. et M'"° de Maurepas, chez M. et M°° de Saint-Florentin. Le Roi a paru avoir beaucoup de peine à se déterminer à envoyer chez ces quatre derniers. M. de Maurepas soUicitoit M. le Cardinal depuis quelques; jours avec vivacité pour obtenir cette grâce; M. le Can' dinal en parla deux ou trois fois dans le travail ; on avoit rapporté des exemples : un, de H. de Pontchartrain sur la raortdeM'"'lachancelière;nn, deM,deLyonne;un, defeu M. de Beringhen, premier écuyer, père de celui-ci, sur la mort de son père ou de sa mère; un, de M. Cbauvelin su]?. la mort de sa belle-mère ( M"" de Beauvais); un, de M, dej, Maurepas sur la mort de son frère, évêquede Blois; maisj le gentilhomme ordinaire ne vit point M"° de Maurepas ■ un ou deux, de M. le chancelier. Il s'en est trouvé ausàde contraires. M. Chauvelin, par exemple, a été refusé une fois, et n'obtint qu'à la seconde. D'ailleurs, pas un seul exemple que le Roi ait envoyé chez les ministres d'État à l'occasion des mariages. En dernier lieu, M. Amelotamarié sa fîUeâM. delà Force, et M. de Breteuil, sa fille à H. de,
SEPTEMBRE ITM. 241
Bermont;1eRoin'y npoint envoyé (1). Le Roi informé de SOUS ces détails remettoit toujours au lendemain à donner Mes ordres. M, de Gesvres, fort ami de M. de Mam-epas et FsachaDt les intentions de M. le Cardinal, se présentoit tous I les jours pour recevoir les ordres de S. M. et faire avertir i- en conséquence un gentilhomme ordinaire qui vint recelyoirl'ordre directement du Roi, car c'est leurs privilèges, rtle Roi disoit toujours à M, de Gesvres : « 11 n'est pas enjKire temps, » ou bien : « Je n'ai encore rien à. vous dire. » Infin le dimanche , après la mort de M"" de Mazaiin , le ioi partit pourChoisy après le salut, comme je l'ai marqué, ^ avant le salut il dit à M. de Gesvres qu'il falloit envoyer llire dea complSnents. M, de Gesvres fit venir un gentillomme ordinaire dans le cabinet du Koi ; le Hoi lui dit : m Vous irez chez M"' de Mazarin , chez M'°° d'Agénois et M'°° de Duras. » M. de Gesvres voyant que le Roi en restoit là, lui dit : « Sire , et M. de Maurepasî » Le Roi, rouge et emliarrassé, dit d'une voix plus basse au gentilhomme ordinaire : i< Chez M. do Maurepas. » Ce n'étoit pas encore assez, et le Roi n'en disoit pas davantage; M. de Gesvres lui dit : « Sire, et M™" de Maurepas? » et le Roi ajouta : <i Et M""^ de Maurepas. s Le gentilhomme ordinaire, voyant
Kmie le Roi n'alloit pas plus loin, crut que c'étoit oubli, et t : « Et M. et M™' de Saint- ?» comme une ques- >n. Nouvel embarras du Roi, qui prononça cependant cufin les noms de M, et M"' de Saint-Florentin. Le Roi en passant de ce caljinet dans le cabinet des perruques avoit dit quelque chose à M. de Gesvres, mais si bas que M. de Gesvres ne l' avoit pas entendu. Après l'ordre donné au gentilhomme ordinaire , le Roi dit à M. de Gesvres : « Je vous ai déjà dit d'écrire sur votre livre que c'étoit sans
^^mï d'autres retotnesque celles qui sont litrëes. M. le Diiut)lii[i et Mesdunies «noient partout ou le Rui enfaie. A l'éf^ril île Is Reiae , elle doDiie \ii ordres qu'elle juge à propos. (/Yo(eJud«e detugnes.)
t, IV. IB
343 MÈMOERItS DU DUC DE LUTNES.
tirer k conséquence. » De là, le Roi passa pour Le salut, At en y allant il répéta encore ces mêmes motBà H. de Gesvrev pour la troisième fois. C'est de M. de Gesvres même, fort ami de M. deMaurepaset quil'abien servi dans celte occa* sioQ, que je sais ce détail ; il m'a ajouté que l'ordre le plutf embarrassant et le pins considérable à donner n'aurait past autant embarrassé le Hoiqne celui-ci.
M. le cardinal Tencin a pris aujourd'hui ses entrée»chez la Keine , comme minisire; ce sont les entrées de 1» chambre, et il les a chez le Roi. Cette grè^e lui avoit é\iét accordée avantqu'il allà.t à Rome, et il n'enavoit pas faitf d'usage chez la Reine.
M. d'Argenson les prit au môme titre de ministre, il y a huit jours (l), et vint auparavant parler h M'"" de LuyneS''' M. le cardinal Tencin, sur cet exemple, s'est déterminé à, les prendie, et est venu ce matin chez M'"" de Luynes.
H. le duc de Villars a resté aujourd'hui chez la Keine après le dîner ; il a les grandes entrées comme mari de la dame d'atours.
Cunseils ilu Roi. — SouTelles il« Prague. — M.\I. de Brissar el de Cfaevreuse. — tlcnldllé tin Roi. — ALUllencede congé iIp l'anDbassadeiir de Venise; etrémonie ilii haudrier. — Non velles de l'année de M. île Mailleboi», — Mari, de la eomleâse de Mortemart-. — M. de Reauvau — Murt du maréçtial de Nangls; son caroctirei son lestAmeril. — t)éparl des princes polir Iv Planilre. — Parti des Bn^lie contre le maréchal àe Belle-lsle. — Prfleo*' dantsii la place de chevalier d'honneur de la Reine. —M. île BouMen. r-n. Appartements donnéa. — Le Roi parle A M. de Beainau. — Nouveaux, détails sur la retraile de Fraiienberg; jditiBcatioil de M. de Bélle-Isie — Nùii^ velleri de Bohême ; dlriskm des fténéranx. -— Altération de la mËnMiire Jv cardioal de Fleurj. — Affaires de Flandre. — Mort de Haasillon.
(t) Il ne les prit pas ce jour-là ; il ne les prit (|u'hier, mais il en parla i M""" de Luynes, qui en, rendit cnm(i(e à la Reine. ( Addition du due dt, Lugnes, datée dn % oclohre. )
OCTOBRE 17M. 34s
Du mardi a octobre, Vtnailltx. — M. le Cai^Jinftl n*a point été à Dravei), mais seuleDienl A Issy, et il u'en est point revenu au retour du Koi ; cependant les conseils se sontteouscommeàrordinaîre. 11 y eutsamedi et dimanche ooDseil d'État, hier lundi conseil de finances. I^e Roi a travaille tous les soirs seul avec quelqu'un des ministres; samedi c'étoit M. Âmelot, dimanche M. le contrôleur gé- Dëral, et liierM. de Breteuil.
Hier matin, M. le duc de Brissac arriva au lever du Roi ; il avoit passé auparavant à Issy ; il est envoyé par M. lé maréchal de Broglie pour apporter le détail dece qui s'est passé au siège de Prague et mfirae la nouvelle de la levée du siège, M. le maréchal de Broglie n'ayant encore rien mandéjuaqu'ftcemomentniderun ni de l'autre. Cependant par l'événement il n'a presque rien appris de nouveau que les noms et le nombre des morts et des blessés. Il a apporté aussi un plan de l'attaque et de la défense de la place. Ilparolt que los ennemis n'ont jamais pu attaquer le corps de la place, et ont toujours été occupés aux ouvrages extérieurs que M. de Belle-Isle avoit fait
ire. Outre ces ouvrages extérieurs, il y avoit des coupures
dedans des bastions qui auroient mis les Autrichiens
la nécessité de faire pour ainsi dire un nouveau
fe , quand même ils auroient tait brèche auxdits bas-
ma et qu'ils auroient pu s'y loger. On a fait sortir 8,000 hommes de ï*rague pour soutenir l'escorte de (»00 chevaux qu'on avoil donnés à M. de Brissac. lia fallu forcer un petit poste des ennemis. L'infanterie est rentrée dans la ville après la sortie de M. de Brissac, et l'escorte de cavalerie a dil aller gagner Egra. M. le prince Frédéric de Deux-PontsetM.deBeauvausontsortisen même temps que M. de Brissac, le prince Frédéric pour aller porter à l'empereur les drapeaux qui ont été pris dans les différentes sorties. A l'égard de M. de Beauvau, il n'est pas HMOcore arrivé ici. Comme il devoit rester auprt^sde l'em-
344 MÉMOIRES DtJ DUC DE LTIYNF^.
M. de BroglieversSahayquMl demanda permission d'aller à. l'armée, et qu'après le combat et la retraite qui suivit il' se trouva enfermé dans Prague sans en pouvoir sortir,; on ne sait point encore s'ila eu d'autre dessein en sortant de Prague que de revenir à Francfort. L'arrivée de M. de Brissac a paru d'abord annoncer une très-grande nouvelle, et l'on a été un peu surpris de voir qu'on l'eût envoyé pour le sujet que je viens de marquer.
On ne parolt pas douter que M. de Brissac ne soit fait maréchal de camp, d'autant plus qu'il a beaucoup de valeur, qu'il mérite ce grade il y a longtemps, et que dès le voyage de Fontainebleau, l'année passée, M. le Cardinal étoit occupé de l'avancer. Dans ces circonstances, quoique je sache que le Roi a accordé la même grâce à mon fils, mais à condition de n'en point parler, que je lui aie^ même mandé par ordre de H, le Cardinal, et que M. de BreteuU ait pris il y a longtemps le bon du Roi pour constater cette grâce, cependant, comme elle n'est point dé-j. clarée, je crus devoir en parler au Roi hier; c'étoit pen*" dant son souper; il me demanda si j'avoiseu une lettre de mon fils et ce qu'il me raandoit; je lui dis qu'il ne paiv ' loitquedel'espérancequ'ilavoitdesbontésdeS. H., d'au-^ tant plus qu'il croy oit les avoir méritées; j'ajoutai que j ugeant bien que M, de Brissac seroit fait maréchal decamp, il craignoit que le Roi ne l'oubliât. Le Roi me répondit avec bonté : a U y a bien de l'apparence ! v Le Roi a dit outre cela en deux occasions différentes : « M. et M"' dei Luynes sont bien ingénieux à se tourmenter ; peuvent-ilS' croire que j'oublierai M. de Chevreuse après la manière dont il a servi ? n La Reine étoit présente à ce discours, cematin au petit lever, et l'a redit à M°" de Luynes.
U est certain qu'il y a des occasions où le Roi ne parott pas donner les marques de bonté qui sont en lui, par une espèce de timidité naturelle qu'il a peine à surmonter; en voici un exemple : M"'" de Mailly, comme je l'ai marqué, aime fort M. de Belle-Isle, et s'attendoit
l'ai déjàj oit que le'^|
OCTOBaE 1749. [245
koi parleroit beaucoup à M"" la maréchale de Belle-lsle ; Kpendant le Roi ne lui dit pas un seul mot, ce qui surprit Haucoup tous œuK qui s'y iutéressent. M°" de Maiily en a irlé au Roi, lui disant la peine qu'elle en ressentoit, ïautant plus qu'il lui paroissoit qu'il étoit coulent de II. de Belle-lsle. Le Roi lui parlant avec confiance lui dit : K Vous connoissez mon embarras et ma timidité, j'en suis a désespoir; j'ai eu dis fois la bouche ouverte pour lui Mirler. — Mais, lui dit M"" de Maiily, sans parler de M. de Belle-lsle, vous auriez pu lui parler de Francfort; — Et c'est , lui répondit le Roi , précisément du maréchal que je
IVûulois lui parler. )> f L'ambassadeur (Lezzo) de Venise a eu aujourd'hui son Kudience de congé. Il est venu dans les carrosses du Roi. Le Roi l'a reçu chevalier, et lui a mis le baudrier. L'audience chez la Reine étoit dans le grand cabinet.'L 'ambassadeur étoit avec im habit de drap gris brodé d'or ; il a eu l'honneurdes armes, et a dîné àla table du Roi dans la salle des ambassadeurs , suivant l'usage. Il n'y avoit point de dames averties pour cette audience, parce que M. de Sainctot s'éloit contenté de dire à la Reine et à M"* de Luynes que cette audience sepoit vers le commencement du mois d'octobre, et depuis ce temps-là n'en avoit point parlé, au moins à M"" de Luynes ; cependant la Reine, qui apparemment s'en étoit souvenue, avoit donné ordre hier luatiQ qu'on vint le dire à M"" de Luynes, mais cet ordre n'ayant point été exécuté, il n'y a point eu de dames averties.
Voici ce qui s'est passé chez le Roi par rapport à la cérémonie de donner le baudrier. Le Roi est assis dans Son fauteuil, dans son cabinet, et couvert ; Ior«iue l'ambassadeur entre, il se lève et se découvre , et écoule de- Ijout et couvei't la harans^ue de l'ambassadeur, qui a aussi son chapeau sur la tète. Aprfs la harangue, M, deSouvré,
É maître de la garde-robftj apporta au Roi le baudrier; l'ambassadeur dit tout haut: nl^ carreau.» Personne ne
répondit. Le Roi dit à l'ambassadeur : u Meltez-vous ^ genoux, y L'ambassadeur plia un peu un genou, et Roi lui passa le baudrier. Lorsqu'il fut sorti, le Roi dit à M. de Gesvrcs : v. On écrira que l'ambassadeur s'est mis k genoux, et lui écrira le contraire, n M. Zeno, ci-devant ambassadeur de Venise , ne se mit point k genoux et ne plia pas même le genou. Cette difficulté avoit été prévue ; H. de Verneuil, introducteur des ambassadeurs, avoit apporté son registre où il est dit qu'on leur a toujoui^ donné des carreaux, hors M. Zeno, qui ne s'est pas mis à genoux. M. Amelot en rendit compte au Roi, qui lui dit qu'il ne se souvenoit point d'avoir jamais vu donner de carreaa à l'ambassadeur de Venise. Bachelier, premier valet de chambre, dit de même qu'on ne leur en a point donné; enfin M. de Gesvres, qui m'a conté le détail ducarreauqua je viens de marquer, m'a dit qu'il écriroit dans son registre que l'ambassadeur s'étoit mis à genoux.
Du mercredi 3, Versailles. — Le Roi alla hier à lâchasse, d'où il alla coucher à la Meutte; il en revient ce soir après souper. U n'y a point de princesses, mais il y a quatre dames àce voyage. M""' la maréchale d'Estrées, M"" d'Antin, M"" de Mailly, M"" la duchesse de Ruffec.
Il devoit y avoir dimanche prochain un voyage dç-, Choisy ; le Roi avoit laissé même deux équipages, l'un de cerf, l'autre de sanglier, à Sénart. Cet arrangement est changé; les équipages sont revenus, et il n'y aura plus que quelques petits voyagesde Choisy.
Le Roi eutavant-hier,parun courrier, des nouvelles 40'^ 25 de M. le maréchal de Maillebois; son année avoitpi les montagnes et les dé&lés, et n'étoit éloignée que dç quatre ou cinq lieues de celle des ennemis.
On apprit par ce même courrier que le chevalier da Saint-Vallier, maréchalde camp, étant de jour, et s'éianj avancé à une grande-garde placée auprès d'un bois, il avoit été tiré du bois deux coups, un desquels l'avoit tué.
l'ai appris aujourd'hui que M""' la comtesse de Morte—
OCTOBHE nu. 247
isart était morte ce matin, de k petite vérole, à Paria ; l^étoit M'" de Crus , héritière de Bretagne ; son mari est iolooel du régiment de Navarre.
1 DumardiQ, VersailUs. — Depuiscequej'aîmarqaéci-
âesEus, les années étoient eu présence, séparées par un
irais; depuis ce moment jusqu'à présent on n'a point
îçu de nouvelles de M. de Maillebois, et l'on attend un
ipurrier avec impatience.
' On apprit hier malin la levée du blocus de Prague, par
D courrier deM.de Monti jo, dépêché deFrancforl et allant
|.Madrid, qui a remis une lettre à M. de Cam potliirido.
' î« Roi n'en a point eu encore de nouvelles directement.
U. de Beauvau arriva avant-hier ici ; il étoit envoyé du
Roi auprès de l'électeur de Bavière, etestdemeuré en cette
I qualité auprès de l'empereur; il étoit allé joindre les
roupes de Bohème, et s'est trouvé enfermé dans la ville
B Prague, d'où il n'a pu sortir que le 20 septembre, avec
H, le duc de Brissac. Suivaot ce qu'il dit, il y a encore
plusdeneni'millechevaux dans Prague, eu comptant ceux
des habitants et des équipages. Pour M. de Brissac, il dit
qu'il n'y en a guère plus de trois mille. On trouvera
à la fin de ces Mémoires (1) les dilïérentes lettres et
^latioDS sur ce qui se passe à Prague et dans les diffé-
otes armées. 11 faut espérer qu'au retour de l'armée on
(am la vérité.
On a appris par M. de Brissac que M. de Roufflers étoit Ifprti de Prague avant la levée du siège , ayant pensé P^pourir de la gravelle ; il a obtenu du Grand-Duc la permission d'aller à Aix-la-Chapelle, mais à condition de n'écrire à personne; et effectivement gui que ce soit n'a I reçu de ses nouvelles; il est même certain que le l''' de
El mois il n'étoit pas à Aix-la-Chapelle. M. le maréchal de Nangis mourut hier à midi un quart. ri) Ce
sont flan* les pièws juslificatives , i la siiile «le
n y a plus de deux ou trois mois qu'on le voit mourir touS' les jours d'un abcès dans la poitrine , accompag;né d'um fièvre lente et d'un dépérissement affreux; il n'avoit a pendant guère plus de soixante ans. On prétend que lèj véritable principe de sa maladie étoit le chagrin de mIi pas servir, aimant son métier passionnément, et que la* seule cbose qui l'avoit consolé pendant longtemps étoît; d'aller faire ses tournées comme directeur d'infanterie, ea qu'il n'avoit pu continuer depuis qu'il étoit maréchal de France ; ainsi l'on peut dire qu'il eftt été au désespoir de ne le pas être, et que cette dignité est le commencement . de son malheur. C'étoit un très-bon homme, fort doux dans la société et très-capable d'amitié; il avait été fort aimà^ de feu M™' laDanphine (de Savoie) ; il étoit extrêmement" attaché à feuM^^deMazarin, dont il n'a jamais su la mort. La Reine a toujours eu pour lui la plus grande et la plus véritable amitié ; elle envoyoit savoir de ses nouvelles à. tout moment et s'est toujours flattée sur son état. Lorsqu'il fut question hier de lui apprendre cette nouvelle. M, Helvétius envoya chercher M. et M°" de Maurepas et M"' de Saint-riorentin, et ce fut devant eux qu'après avoir pré-, paré la Reine peu k peu par les mauvaises nouvellesfj qu'illuiendisoitde temps en temps, M. le curé de VeiV' sailles vint enfin lui annoncer sa mort. C'étoit hier joi de concert : la musique fut contremandée ; la Reine demeura enfermée dans ses cabinets tout le jour; il n'y eut que M""" de Luynes, de Villars, M""" de Mailly et ses deux Sfpurs qui curent permission de voir la Reine. La Reine, vit M, le Dauphin, et ne voulut point voir Mesdames; elle a eu beaucoup de monde ce matin à sa toilette; elle ne verra personne cette après-dlnée, On ne sait pas encore qui sera choisi pour remplir cette place ; on parloît beaucoup de M. de Sassenage, comme étant ami intime de M"'"de Villars et d'Armagnac; cependant il y a jnsqu' présent lieu de croire que ce n'est pas l'intenlion Reine.
Du mermdi 10, Versailles, — On ouvrit hier le testament de M. le maréchal de Nangis ; il laisse beaucoup à ses domestiques, et ses legs en tout montent à 25,000 livres de rente viagère. 11 jouissoil d'environ 60,000 livres de rente de bien de patrimoine, et 100,000 livres de bienfaits du Roi ; il avoil la terre de Nangis en Brie substituée , et qui va par celte raison à M. de Bricbanteau. Cette terre vaut 30,000 livres; mais il n'y en a que 17,000 comprises dans la substitution, le surplus étant des acquisitions faites par M. de Nangis. M. de Nangis donne 50,000 écus à M'"" de Tonnerre , 20,000 livres à M. de Brichanteau, ou bien le fief de Bricbanteau, à son choix; il donne aussi 18,000 livres à M. Dumesuil; on croit que c'est de l'argent qu'il lui avoit prêté à l'occasion de la campagne. Il donne aussi 125,000 livres à li, de Saint-Florentin , lequel a déjà déclaré qu'il n'en vou- Joit point, On ne doute pas que cet argent ne fût une espèce de fidéicommis en faveur de M™^ de Mazarin. Il déclare nuls, par son testament, tous les billets que l'on trouvera de sommes qui lui seroient dues. Il a été porté & Nangis. Il n'y a encore rien de décidé pour son succesi8eur. La Reine désire beaucoup M. d'Estissac, et l'a fort pressé d'accepter cette place; M. le Cardinal paroissoit même désirer qu'il l'acceptât; cependant l'un et l'autre n'ont pu s'empêcher d'approuver les raisons qu'il leur a données; mais cela n'est point encore iini entièrement. On nomme M. le prince de Talmond, M. le duc de Boufilers qui a demandé, M. le baron de Montmorency qui demande aussi. Il y a lieu de croire que cette affaire ne sera finie qu'au retour de Choisy.
S. M. est partie ce matin pour y aller, d'où elle revient samedi souper à Versailles.
On eut hier des nouvelles de Prague par la poste, du 23 et du 2i du mois passé, et beaucoup de vieilles lettres. M. le maréchal de Broglie s'est emparé des postes de Brandeis, Helnik et Leitmeritz, ce qui rétablit la communica-
35(1 MEMOIRES DV DUC DE LUtNF.S.
tiou . Od est toujours dans le même état sur les nouvelles
de l'armée de M. de Maillebois.
Du jeudi 11 , Choisy-le-Hoi. M. le duc de Chartres est venu ce matin de SainUCloud prendre congé du Roi; il va eu Flandre : il eu obtint permission il y a quelques jours.
M.lepnncedeUomheset M- le comte d'En onteu aussi la même permission, à peu près dans le même temps.
Le ftoi a reçu ce matin un paquet de M. le Cardinal, mais il n'en a encore rien dit.
Du mardi 16, Versailles. — J'ai oublié de marquer ci- ■ dessus que M. le comte de Clermont va aussi en Flandre ; lui, M. le prince de Dombes et M. le comte d'Eu y serviront en qualité de lieutenants généraux. M. le duc de CharlreB et M, de Penthièvre, qui marchent aussi, n'ont d'autre qualité que celle de volontaire. M. de Richelieu est employé dans cette armée comme maréchal de camp, et part jacessamment.Onesttoujoursdanslacrainle en Flandre que les Ang'loisne fassentquelque entreprise sur Uunkerque; les retrauchemeQtsque nous y avons faits sont fort bons, mais il faut beaucoup de monde pour les garder; on dit qu'il faudroit 25,000 hommes, et le corps de troupes que I nous avons en Flandre n'est pas fort considérable.
On a été plusieurs jours sans recevoir de nouvelles de M. de ïlaillebois, et Ton en étoit fort en peine, d'autant plus que l'on savoit les deu.K armées en présence, les vedettes à la portée du pistolet. L'on sut il y a trois joupç que M. de Maillebois s'étoit déterminé à marcher par s^ ! gauche et à reculer jusqu'à Egra pour marcher ensuite à couvert de l'Eger. Il y eut le 3 une petite affaire entre uncorpsdenos troupes et quelques hussards. M. le prince de Conty y fit des merveilles, et chargea à la tète des dragons. Le Roi a parlé aussi de M, de Goigny et de M. le comte de Noailles, qui s'y étoient distingués.
M. de Maillebois arriva le 8 à Égra sans obstacle de 1» , part des ennemis; M. le comte de Saxe l^it l'avant- '
OCrOBRE I74S. 351
■«^arde de son armée. Oo sut hier, par un cotimer, que
I le 10, s'étanl. avancé jusqu'à Elnbogen, il s'éloit emparé
, de cette place, où il y avoit 4,630 houinies et quelques
hussards, et qu'il avoit aussi envoyé s'emparer de Falke-
nau, qui est à une lieue en deçà, d'uù l'on avoit chassé
1,200 hommes. M. de Maillebois a appris cette nouvelle
l'-parune lettre de M. le comte de Saxe, qu'il a envoyée ici
■|tar un courrier. Le courrier partit le 11 au matin, et
Larriva ici le 15au soir. Comme il n'y a point d'autre dé-
■"iaildans la lettre de M. le comte deSaxa, on n'i peut savoir
Ijpi'écisémenl si les4,t>30 hommes ont été fait^ prisonniers
Ldu se sont retirés. L'on croit que l'on sera quelques jours
t$^ns recevoir des nouvelles de cette armée, à cause de la
y^ifhculté des chemins et du. prodigieux nombre de bus-
L^rds. L'on ne doute plus à présent que M. de BrOji;lie
r n'ait eu ordre de laisser une garnison dans Prague et de
■s'avancer au-devant de M. de Maillebois avec environ
45,000 hommes.
Les discours continuent ici avec vivacité contre M. de ïiBelle-lsle, et môme malgré l'amitié dont M""" de Mailly paroU remplie pour lui et les assurances qu'elle a données en ma présence à M*""^ de Belle-Isle que le Koi étoit content, il sembleroit, parce que l'on voit, que le parti des Eroglie auroit prévalu dans l'esprit de S, M., le Roi ne parlant plus de M. de Belle-lsle et ne répondant iiiérae pas trop quand on lui en parle par hasard. On a fort remarqué même que le Roi n'a presque point dit un mot à M, de Beauvau, qu'il sait être ami de M. de Belle-lsle et dont il doit avoir sujet d'élre content. Cependant M'"" la Y maréchale de Belle-lsle, fort en peine de tous les discours k qu'elle entendoit, a été ce matin chez M. le Cardinal, qui b l'a assurée que le Roi et lui avoieot toujours la môme Lconfiance en M. de Belle-lsle et l'a reçue très-bien. M. de [ Belle-!sle avoit demandé un congé pour revenir, k cause tde sa santé; on lui a euvoyé d'abord le dit congé; depuis Ion lui a mandé de rester, l'arrangement étant qne M- le
353 Mt-MOIHES DU DUC DE UIYHES.
maréchal de Broglie sort de Prague , comme je viens de
le marquer.
Depuis ce que j'ai marqué ci-dessus du testament de M. de Naugis, j'ai appris plusieurs détails. Il s'est trouvé entre les mains de M. l'abbé de Broglie un billet sur l'emploi des 125,000 livresdont j'ai parlé plushaut; 100,000 livres étoient destinées i M"'^ de Mazarin ; et des 25,000 livres, il y en avoit 10,000 pour M"'* de Maurepas , 6,000 pour M'"' de Saint-Florentin, 3,000 à M"" de Listenay, 3,000 à M'"^ de FlavacourI et 3,000 à M"" de la Tournelle ; voulant que ces legs ne fussent pas payés en espèces, mais en diamants. Toutes ces damesontrefusé lesdits legs. La Reine est nommée dans le testament avec les compliments les plus respectueux et les plus convenables, M. de Nangis lui laisse un petit diamant couleur de rose, un potpourri (1), quatre tabatières d'or et 300 louis que S. M, devoit à M. de Nangis. Les quatre boites d'or avoient été envoyées par la Reine à M. de Nangis pendant sa maladie pour qu'il en fit des présents aux médecins, chirurgien et apothicaire qui ont eu soin de lui.
Depuis la mort de M. de Nangis, il n'y a point eu de musique chez la Reine jusqu'à présent, et môme il n'y a point eu de jeu les deux ou trois premiers jours, La Reine paroU toujours fort affligée ; elle continue de voir de temps en temps, les soirs, M. l'abbé de Broglie, etilya toujours une ou deux dames du palaisqui veillent auprès d'elle les soirsjusqu'à ce qu'elle soit endormie. La Reine a essayé inutilement dans plusieurs conversations d'engager M. d'Estissac à accepter la place de chevalier d'honneur. M. d'Blstissac, lui a représenté que, ne voulant pas accepter cet honneur sans remplir exactement les devoirs assidus et inséparables de cette charge, sa situation ne
(I) Pol-pourri se dit de r^i coraposilion^queles reminua foot de plosieum juiTums, in^lësdans up pot, pour Taire senlifbon Aan» leur cliambre. (Dicl. de TrévoMc. )
OCTOBnK 1743. 3S3
■ lui permettoit pas (le profiter des bontés de S. M., tant par
■ rapport à son bien qu'i\ cause de M"' d'Estissac, qiû ne Lpouvoit guère se st-parer de M"" de la Rochefoucauld
lour venir laire ici un établissement ; ajoutant d'ailleurs [ne celte assiduité auprès de la Reine le mettroit hors de lortée de faire sa cour au Roi dans ses voyages, puisqu'il Fse croiroit encore plus obligé de rester à Versailles dans r des temps d^absence et de solitude que dans aucun autre. Outre les prétendants i cette place dont j'ai parlé cidessus, il y a encore eu M, le duc de Ruffec qui l'a demandée et M. de Baullremont le père. On nominoit aussi »M. de Tavanues, qui commande en Bourgogne; cependant M. l'archevêque de Rouen, son frère, assure fort Jï'avoîr pas demandé pour lui. Il y a longtemps que l'on sait que M'"'^ la duchesse de Ventadour demandoit pour U. de la Mothe-Houdancourt, son neveu à la mode de Bretagne; et depuis quatre ou cinq jours l'on étoit sûr qu'il seroit nommé; cependant cela ne fut déclaré qu'hier matin. M. de la Mothe est lieutenant général, servant actuellement en Bohême ; il est grand d'Espagne, bien
I&it , fort gaillard (1) et fort aimable ; il a environ cinquante-deux ans.
On est toujours ici dans une grande incertitude sur ce gui peut être arrivé à M. de Boufflers ; il est maréchal de Camp et sert en Bohême depuis le commencement de la guerre; il a été très-mal à Prague d'une colique néfrétique pendant le siège; et étant obligé d'aller prendre les eaux d'Ais-la-Chapelle, il demanda permission au Grand-Duc I de sortir. Il partit de Prague, le 8 ou 9 septembre, avec I quatorze domestiques, ayant à la vérité promis de n'écrire [ à personne ; on n'a aucune nouvelle de lui à Aix-la-Chal pelle, et M'"' de Boufllers ni personne n'en ont reçu de I nouvelles depuis ce temps.
(I) Ilavoitété l'umant de Mi>i<> île Moins, iiièi'eite H"° de Mor I éiadée du couvent [wiu aller ëpuuâer t/l. de Courlwn.
Du jeudi 18, Yersailles. — On adonné hier A M. l'archevéqiie de Bouoii l'appartement de feu M. le maréchal de Nangis, ou-dessus de la Reine ; et celui de M. l'archevêque de Rouen, qui est auprès de M. de Saint-Florentin, a été donné en même temps à M. d'Argenson, ministre d'État.
Dti lundi 22, VersaiHes. — L'article ci-dessus étoit le premier arrangement; mais M. d'Argenson a mieux aimé rester dans l'appartement qu'il a comme intendant de Paris , jusqu'à ce qu'il s'en trouvât un autre qui lui convienne, et l'appartement de M. l'archevêque de Rouen a été donné à M. le duc d'Anville. Le Roi a donné aussi à M. de Tessé un appartement qu'avoit feu Bontemps danS le haut de la surintendance et qui faisoit partie de celui de ieu M""^ de Lauzun.
J'ai marqué ci-dessus que le Roi n'avoit point parlé â M. de Beauvau : tous les amis de M. de Belle-lsle eti' étoient affligés; M"" de Mailty en avoit déjà parlé au Roi, qui lui avoit dit que cela ne provenoit point d'aucune peine qu'il eût contre M. de Beauvau ni contre M. de Belle-Isie, mais seulement de ce qu'il ne connoissoit point M. de Beauvau. M'°' de Mailly, sachant l'effet qu'avoit fait le silence du Roi, en parla encore à S, M. le jeudi 18 de ce mois; il y avoit ce jour-là grand couvert, M. do Beauvau vintau souper ; quelqu'un de ceux qui y étoient lui ayant tait quelques questions sur des particularités de Prague, le Roi demanda ce que l'on disoit, et commença désce momentà faire plusieurs questions à H. de Beauvau ; la conversation dum pendant tout le souper; après le souper, étant remonté dans son petit appartement , il dit en entrant à M°" de Mailly : « Madame la comtesse, vous serez bien contente de moi, car je n'ai cessé de parler & M. de Beauvau pendant mon souper. »
Le lendemain 1 9, M™" de Mailly alla chez M"" de Belle- Isle, et J resta fort longtemps. Je fus présent à presque toute cette conversation, M""' de Mailly assura M°" de Belle-
OCTOBRK It4». ÎS4
Isle qu'elle ne devoit avoir unllesorted'inquiétade, que le Roi coonoissoit rntlacheinenl de M. do Belle-lsle pour sa personne et pour ses inlérHt et qu'il étoit fort content de lui; elle ajouta lieaucoup de manjues d'aaiitié pour M. et M"" de Belle-lsle, et il parolt qu'elle est véritablement dans leurs intérêts.
M. de Beauvau vînt ici il y a quelques jours, et y fit un grand détail delà conversation qu'il avoit eue avec M. le Cardinal ; il a été bien reçu de S. Ém. et de tous les niî- 1. nislres. Il rendit compte A M. le Cardinal, fort en détail, des négociations de M. de Belle-lsle, et lui dit que S.Ëm. pouvoit se souvenir que ce n'avoit été que sur le plan qu'elle-même avoit formé que l'on avait arrangé toutes les différentes opérations politiques et militaires ; que par conséquent Ton ne pouvoit s'en prendre à M. de Bellelsle sur le premier projet, U lui raconta ensuite ce qui s'éloit passé dans l'eiécution de ce projet, et lui lit remarquer l'attachement, le zMe, la fidélité avec lesquels M. de Belle-lsle avoit exécuté les ordres qui lui avoient été donnés. Étant venu ensuite à riirticle de la retraite de Frauenberg, il lui dit que ç'avoit été malgré toutes les représentations de M. de Belle-lsle que M. le maréchal de Broglie avoit voulu étendre son armée depuis Thein jusqu'àAunau(l);quedepiiis, M. de Belle-lsle, étant allé à sa mission auprès du roi de Prusse, avoit envoyé deux courriers avertir M, de Broglie de la marche des ennemis; que M. de Broglie n'avoit point ajouté foi aux dépèches venues par le premier, et que le second étant arrivé A minuit, lorsque M. de Broglie étoit couché, M. le comte de Broglie, sachant que c'étoit un paquet de M. de Bellelsle, n'avoit jamais voulu qu'on éveillât sou père. Il lui e^cpliqua ensuite la précipitation avec laquelle s'étoit faite la retraite , les représentations inutiles qui avoient été faites à M. de Broglie de rester au moins posté sur la
r, H iiii'M fitut lir
aS8 MÉMOIRES DU DUC DE LUYHES.
Beraun, quoique cspendaat il n'y eût que 150 hussards environ qui barcellassent l'armée , celle du prince Charles étant à deux journées de là. Ù entra ensuite dans le délai! de ce qui s'étoit passé pendant le siège de Prague, Unissant par leur première sortie, k lui et M. de Brissac, le 15 septembre, laquelle n'eut aucun succès par la faute des arrangements qu'on auroit dû prendre. Il dit que le détachement ayant été obligé de revenir à Prague, pour prendre de nouveaux ordres, arriva près de la ville dans le temps que M. le maréchal de BrogUe dormoit ; que M. le comte de Broglie en ayant été informé ne voulut jamais qu'on éveillât M . le maréchal de Broglie, et dit que le détachement n'avoit qu'à* rentrer. Pendant cette conversation, M. le Cardinal étoii les deux mains appuyées sur la table couvrantson visage et sans dire un seul mot. M. de Beauvau finit par dire à S. Em. que M. de Broglie étoit valeureux , et qu'il avoit été brillant, mais qu'il n'étoit plus de même qu'en Italie; que les différentes attaques d'apoplexie avoient entièrement changé son humeur et son caractère,
Uu mercredi 24, Versailles. — Il y a eu des nouvelles de Prague du 11. Tout le monde s'y portoit bien; M. le maréchal de Broglie n'étoit point sorti, et l'on ne parloit point de sortir. 11 y a toujours quelques hussards, au.\ environs de cette ville. On a nouvelles que M. la comte de Mortemart est sorti de Prague; cette nouvelle, est de M. de Tallard. Us ne reçoivent point de nouvelleai à Prague. ^,
Les logements sont donnés; celui de M"" de Mazarin à , M"" de la Tournelle ; celui de M"" de Gramontà M. d'Argenson; celui qu'il avoit, à M. de Brou; celui que l'on , refait vis-à-vis M"" de Mailly est donné iV M'" de Flavacourl ; celui auprès de M. le cardinal Tencin, à M"* de la . Hothes en attendant.
On ne dit rien du courrier d'hier : il est de M. Desalleurs à M. Amelot; on proit cependant qu'il n'a pas ap-
porté de )oie ni de satisfaction ; mais il n'y a eu aucune affaire. Ce sont apparemment des négociations.
Du vendredi 26, Dampierre. — On pourra juger par deux lettres (1) de la réalité des observations de M. de Beauvau. Celle de M. de Maillebois^ du 16 de ce mois^ arriva il y a quelques jours, par un courrier de M. Desalieurs de Dresde. L'on ne dit mot alors de ce courrier, et ce n'est que depuis peu que Ton sait que M. de Maillebois a été obligé de revenir du côté d'Egra ; on ne sait point encore quels ordres la Cour lui aura envoyés.
Il y a déjà plusieurs jours que Ton a eu des nouvelles de H. de Bouffilers; c'étoit le jeudi 18 de ce mois ; il a été conduit à Lintz, où il a été gardé comme prisonnier d'État pendant onze ou douze jours; de là mené à Munich, où son escorte le laissa. Il avoit dès ledit jour jeudi donné de ses nouvelles de Mannheim.
On sut avant-hier que les appartements étoient donnés : celui de feu M"*' la duchesçe de Gramont, dans l'aile des princes, à M. d'Argenson, celui de M. d'Argenson à M. de Brou, aujourd'hui intendant de Paris , celui de feu M"* de Mazarin à M'"*' de la Tournelle, celui qtf on avoit destiné d'abord à M. d'Argenson, en attendant, et qui est auprès de celui de U. le cardinal Tencin dans la galerie des princes, est donné aussi en attendant à M. de la Hothe-Houdancourt. A Tégard de j|nie ^Q Flavacourt, le Roi lui en a donné un qui n'est pas encore fini; c'est celui dans l'aile neuve qu'occupoit cidevant M. Tabbé de Pomponne, qui avoit été donné à M"** de Mailly, étant vis-à-vis le sien. Elle n'a pu l'habiter, les murs s'étant trouvés trop mauvais. On travaille actuellement à cette réparation.
Depuis ce que je viens de marquer de l'armée* de Bohème, on a su que M. le maréchal de Broglie avoit
•««•'■kJki^^M^i<k«i^itai^tii«iBBaa*A.Baa__Maa«__l__«a^irfi«.
(i) \oy. aux pièces justificativeà*
T. lY. Î7
défendu qat- l'on rendit compte d'aucun détail & U. de
Belie-lsle. M. de Belle-lsle a élé le premier A souscrire
à cet ordre, ne voulani en écouler aucuu.
Le Roi alla avant- hier souper à la Meutte, d'où il revint hier au soir. Les dames étoient M"" d'Antin , de Rufl'ec (duchesse), de Sainl-Germain et de Flavacourt; cel!e-oi pour la première Cuis.
Du lundi 29, Versailles. — Nous avons appris aojourd d'hui , en ariivant de Dampierre , que le lils dont M'"' Sassenage éloit accouchée il y a deux ou trois jouFs.f1 venoit de mourir. De neuf enfants 4u'a eus M"'' de Sassouage, il n'y avoit de garçon que celui-là, '
Du mercredi 31, Versailleri. — Les al'faires sont tout Jours À peu près dans le même état en Bohême; ou ea^ péroil que la jonction de nos troupes se leroil avant '. l" de novembre; mais on ue peut plus savoir quaad cette jonction se fera, ni même si elle sera possible.^ L'armée de M. de Maillebois s'éloit avancée jusqu'à Elahogen sw l'Eger et même par delà; M. de Aluillebot3 a pris le parti de revenir ;\ Egra , faute de subsistances, et l'on ignore encore quel parti on prendra. L'on comploit que M. le maréchal de Brogiie fernit quelques mouvements pour venir au-devuul de l'armée; cependant il n'a pasjug;é à propos jusqu'à présent de sortir de Praguay j On lui a envoyé ordre d'aller se mettre é. la tète d«a l'armée de M. de Maillebois; mais l'on doute beaucoup que cet ordre soit exécuté, d'autant plus qu'il n'est pas aisé présentement de sortir de Prague, les hussards étant répandus autour de cette ville. La division entre MM, de Broglie et de Belle-lsle est plus grande que jamais. J'ai déjà marqué ci-dessus que dès les commencement^ M. -de Broglie avoit dit hautement son avis, dès Stras-J bourg, sur les projets militaires formés en conséquenQ|'l de rélection de l'empereur; quoique M. de Belle-lsle eal ait élé instruit, il ne laissa rien ignorera N. de Broglie, 1 à son arrivée, de tous les arrangements qu'il avoit faits J
Lé carAOtère particulier et essentiel de H. de Belle-Isle c'est de ne oonnoitre ni haine personnelle, ni jalousie, lorsqu'il s'agit du plus grand bien , de Tintérêt du Roî et de l'État; il n'a cessé de se conduire toujours par ces mômes principes. Ce fut en conséquence qu'après le combat de Sahay, il conseilla à M. de Broglie ou de marcher à Budweis, ou de se retirer à Pisek. Peu de jours après , il donna des avis à ce général , par deux ou trois courriers différents , que le prince Charles marchoit à. lui. Depuis qu'il s'est trouvé enfermé dans Prague, il n'a cessé de prendre régulièrament les ordres dftM. de Broglie, le voyant ou lui écrivant tous les jours. Ceux même qui sont attachés aux intérêts de M. de Broglie Gonvienn^ent que la défense de Prague est l'ouvrage de H. de Belle-Isie, et que H. de Broglie n'a pas à beaucoup près les mêmes connoissances et la même expérience pour la défense d'une place. Les amis de H. de Broglie ne peuvent aussi s*empêcher d'avouer qu'il a de Phumeur et de la vivacité; d'autres ajoutent que quoiqu'il ait été brillant , les années et quelques attaques d'apoplexie ont fait tort à sa mémoire et à sa tète. Dans cet état l'on peut juger de ce que M. de Belle-Isle a eu et a encore à souffrir. Malgré ces peines continuelles, il a toujours continué à user de la môme déférence pour H. de Broglie et à se donner tous les mouvements nécessaires pour la défense de la ville , sans marquer ni humeur ni mécontentement. Soit que la Cour ne soit pas suffisamment instruite, ou qu'elle ne veuille pas ajouter foi à ce qu'elle apprend, l'on a envoyé d'ici une patente à M. de Broglie pour commander toutes les armées. Douze ou quinze jours après que M. de Broglie eut reçu cet ordre, il fit défendre de rendre compte d'aucun détail à M. de. Belle-Isle. Ce fut à l'occasion du détachement qui étoit allé s'emparer de Melnik, pour se rendre maître de la communication de rElbe, Les ordres de H. de Broglie ayant demandé quelques explications,
un viut les demander à M. de Belle-lsle, qui donna les éclaircissements nécessaires; M. de Broglie le sut envoya aussitôt ordre aux officiers de ce détachement de ne rendre aucun compte à M. de Belle-Isle. Sur cette nouvelle , M. de Belle-Isle écrivit d'exécuter à k lettre ce qui avoit été ordonné, et qu'il ne vouloit entendre parler d'aucun détail. Dans ces circonstances, H. de Belle-lsle, depuis la levée du siège, avoit demandé aveo instance la ■ permission de revenir, ajoutant cependant que ce n'étoit que parce qu'd jugeoit sa présence inutile, et que si l'on avoit besoin de lui, ou pour la négociation, ou pour les opérations militaires, qu'il seroit toujours prêt à exécuter ce qui lui seroit opt ' donné. La permission de revenir lui a été refusée; ce' refus est fondé, dit-on , sur ce que M. de Broglie ayant ordre de sortir de Prague , il faut ((u'il reste un général pour commander les troupes qui y resteront,
La môme division se trouve en partie entre M. deMaillO' bois et M. le comte de Saxe. M. le comte de Saxe, capable déformer de grands projets et de les bien exécuter, d'aiH ■ leurs ayant toujours auprès de lui quatre ou cinq aides de camp qui savent la langue et connoissent le pays, avoit proposé différentes opérations avant et depuis l'entrée en Bohème. M. de Maillebois n'a pas cru devoir suivre tous ces projets , étant obligé de se conformer aux ordres qu'il a reçus tant de la Cour que de M. de Broglie, la lettre du 1 1 septembre reçue de la Cour lui ayant mai'qué de ne point faire d'entreprises dont le succès pût être douteux. On verra plus de détails sur cet arttclq., dans une lettre qui est à la fin de la minute de ces Mé^j moires (1).
L'empereur, qui a toute 8a confiance en M. de BelUa' Isle, et tous les ministres étrangers qui sont à Francfôril
(I) Voir ni\ pièces jiisiifiealiï»
pensant sur lui avec la nxéme estime, ne voient qu'avec une peine extrême Tarrarigement présent des affaires. Je vis il y a quelques jours une lettre d^un de ces ministres qui a le plus de considération dans TEmpire^ et qui n'a nulle liaison particulière avec la France. Cette lettre est conçue dans des termes très-modérés et même très-respectueux pour le ministère de France; d'ailleurs remplie des éloges les plus flatteurs pour H. de Belle-Isle et de la douleur la plus vive et la plus sincère sur tout ce qui se passe en Bohême.
On ne peut juger dans cette situation quelles sont les intentions du Roi. Il parolt toujours que c'est M. le Cardinal qui décide seul des opérations politiques et militaires, et que. M. Amelot et M. de Breteuil se contentent de lui rendre compte , n'osant et ne pouvant rien prendre sur eux. Il y a des moments où Sf. le Cardinal parolt accablé de tant de contrariétés et de mauvais succès; dans d'autres il semble que la gaieté et la douceur de son caractère le mettent .au-dessus des événements; il travaille toujours avec la même assiduité, cependant sa mémoire souffre. En voici deux exemples que je sais d'originah II y a quelques jours quef s'étaut informé des personne;^ qui étoient venues à Dampierre avec moi , on lui nomma M"* la comtesse d'Egmont; soit qu'il n'eût pas bien entendu ou qu'il ne s'en souvint pas , il demanda qui elle étoit. M"' de la Tour vint ici il y a peu de jours; on sait que son mari est intendant, premier président et commandant en Provence , et que l'infant don Philippe , après avoir été plus de deux mois en Provence, est actuellement en Savoie depuis assez longtemps. M** de la Tour alla voir M. le Cardinal, qui lui dit : a Vous avez toujours rinfantî »
Au milieu de ces grandes et importantes affaires, M. le Cardinal ne néglige pas les plus petites. Il y a quelque temps que JP* de Luynes alla le voir au sujet
36a MF.MOIRES DU DUC Dli LITYM^S.
d'»ne cloche des Capucines, à Paris, (jui doit être tenue par la Reine et M. le Dauphin, c'est-à-dire par M""" de Luynes, au oom de U Reiae, et par M. de Chàtillon, au aom de M. le Diiuphia. Ils'agissoit de régler ce qu'il convenoît de l'aire; il lui dit qu'il se souvenoit que le Roi en avoit tenu une à Saint-Germain, qu'il altolt écrire à M. le maréchal de Noaîlles an Flandre pour savoir ce qu'on avoit donné.
Eu Flandre, les aliaires sout toujours dans la mémesiit tualion. Nous y avons environ 35,000 boinmes; tous les princesdusanp, hursM. leprincedeConly, ysont ;etM. le maréchal de Noailles est occupé à mettre en èUi\ de défense toutes les places qui peuvent être attaquées. Oa sait, il y a plusieurs jours, que le voyag^e du roi d'An-r gleterre estabfolumenl rompu, et que mylord Carteret, qui a été envoyé en dernier lieu auprès des £tals Généraux (f ) pour faire les dernières instances , n'a pu les déterminer. Il leur avoit proposé de faire une ligue offensiveet défensive avec les Anglois , ou du moins d^, mettre des garnirons hollandoises dans les places de la,' reine de Hongrie, afin que les troupes autrichiennes -puissent en sortir. La République arefusé de consentir & la ligue; et à l'égard des places, elle a répondu que par le traité d'Utrecht elle étoit chargée de garder celles. • de la Barrière, qu'elle n'en vouloit point garder d'autres. Mylord Carlerel, peu satisfait de ces réponses, dËmaofta, pourquoi donc la République avoit un si grand nombre • de troupes. Us répondirent que ce u' étoit pas pour faire la guerre, mais pour faire la paix.
11 y eut hier grand couvert. M™*' de Fitz-James, qui, est de semaine, devoit rester au souper; comme elle, n'éloit point arrivée au moment que le Roi se meltoit à table, W"' de Luynes , qui vit que la Reine n'avoit au--
(1) D« Holluide.
cane de ses dames, prit le parti de resterai! souper; M"* de Fitz-James arriva un moment avant qu'on servit le rôti, et après avoir dit un mot à la Reine alla prendre sa place. Ce n'étoit pas autrefois l'usage d'arriver le souper commencé, surtout pour une dame assise.
Aujourd'hui, veille de 'la Toussaint , le Roi a été à la chasse aux environs d'ici; il est revenu de bonne heure, et a été aux premières vêpres. C'est M. l'évéque d'Uzès (Baoyn) qui a officié.
Il y a quelques jours que l'on sait la mort de M. l'évéque de Clermont. C'étoit le P. Massillon, autrefois grand prédicateur. Le Roi nomma hier à cet évèché M. l'abbé delà Garlaye, comte de Lyon, l'un de ses aumôniers.
Service de la Toassaint. ~ Le Roi fait rnettfe du ronge à Madame. — Affaires militaires. — Le Roi, M">e de Mailly et M"» de la Tourielle; M«»e de Mailly. — Départ de M™e de Mailly pour Paris ; le Roi l\)i écrit. — Nouvelles de Prague. — Installation de M"»© de la Tournelle à Clioisy. — Sacre de l'abbé de Ventadour à Strasbourg — M. de Grimberghen. — M. d^ Belle-lsie remonte sa cavalerie; le duc de Clievreuse vend sa vaisselle pour remonter les dragons. — Détails sur le voyage de Choisy. — Po-^ition de M™ede Maiîly. — Conversation du Roi avec M de Soubise. — Places va- . cantes à l'Académie française. — Nouvelles de Tarmée. — Présentation de M™« de Montauban. — M. de Richelieu et M"* de la Tournelle. — La Reine prend 4)art à la position de M^^e de Mailly. — Mot du Roi sur M. de Belle-Isle. — Souper secret du Roi. — Nouveau voyage de Choisy. — Chansons sur le Roi et M"* de la Tournelle. — Habitudes de la Reine. — Mort de l'abbesse de la Saussaye. — Présentation du tiaron de Sickengen.
Du vendredi 2 novembre^ Versailles. — Hier le Roi entendit la grande messe en bas. Ce fut M"® la comtesse de la Force (Amelot) qui quêta, pour la première fois, et M. d'Uzès qui officia. L'après-dlnée il y eut sermon. C'est M, Adam, curé de Saint-Barthélémy, qui doit prêcher TAvent ; il s'énonce facilement et en bons termes
et prêche d'une façon utile , à ce qu'il parolt. Son compliment. f]ui fut plutôt une instruction qu'un compliment, ne fut point approuvé, parce qu'en parlant de la grandeur de la France, il ajouta des victoires et des conquêtes, discours peu placé dans les circonstances présentes.
Le soir, il y eut grand couvert, où Madame soupa; M"' de Tallard resta au souper derrière Madame ; Madame étoit sur la retour de la table , du côté du Roi, servie comme le Roi et la Reine , excepté qu'on lui apporte !i boire sur une assiette , et qu'au Roi et & la Reine, c'est sur une sous-coupe. LeRoiavoit ordonné que l'on mit du rouge à Madame , ce qui la cbasgeoit . fort en bien. <
Du samedi 3, Versailles. — On continue de dire que Ms le maréchal de Rroglie a très-réellement ordre de sortir de Prague et de venir se mettre à la tète de l'armée de M. le maréchal de Maillebois. On n'a point de nouvelles jusqu'à présent que cette armée ait fait d'autres mouvements que de venir d'Egra à Amberg. 11 parolt que l'on est fort conîent des manœuvres de M. de Seckendorf avec les troupes impériales en Ravière. Ce général est le mâme qui étoit à la tête des troupes de l'empereur Charles VI, dans l'affaire de Clausen , où fat tué le fils aîné de M. le duc de Béthune. On prétend que le prince Eugêne n'avoit pas d'opinion de M. de Seckendorf et qu'il lui croyoit trop de vivacité ; soit qu'il se soit trompé dans son jugement, soit que l'âge et l'expérience aient donné lieu à M. de Seckendorf de se corriger, il est présentement très-estimé. M. de Belle-Isleen fait beaucoup de cas, et M. de Seckendorf, de son côté, a l'opinion la plus avaatagense de M. de Belle-Isle.
J'ai appris aujourd'hui que dans le temps que l'on envoya k M. de Broglie la patente pour commander, les. trois armées, avec le pouvoir de les refondre en une s'il le jugeoit à propos, et de changer les brigades, M. de Bre-
teuîlfScrmt à M, de Belle-lsle, lui marquant que le Roi ne. cessoit pointd'avoir confiance dans sessoins et son zèle, et qu'il comptoit qu'il luiendonnecoit de nouvelles preuves, 1 en suppléant, s'il étoit nécessaire, à ce qui pourroit être J oublié par M. de Broglie : ce sont & peu près les termes 1 de la lettre.
La juste attention que Ton a toujours eue jusqu'à ce moment aux affaires politiques et militaires est un peu suspendue dans ce moment par un événement de l'intérieur des cabinets. On s'aperçoit depuis huit ou dix jours, et plus particulièrement depuis deux ou trois, que le Roi ne pense plus de la même façon pour M™' de Mailly, et que ce changement vient d'un goût nouveau et qui parolt très-décidé pour M"'" de la Tournelle. Cependant ' les dîners et soupers continuent, comme à, l'ordinaire, mais fort tristement, et il y a eu beaucoup de larmes ré- , pandues par W" de Mailly. Elles ont paru faire peu ou point d'impression sur l'esprit du Roi. Rien ne paroit cependant encore au dehors entre le Roi et M™ de la Tour- ] nelle. EUe sort peu, et on ne la voit presque nulle part. Le Roi se couche à minuit au plus tard depuis sept ou huit jours. On a jugé par plusieurs entretiens de M, de Riche-, lieu avec M"' de La Tournelle et par une conversation qu'il eut avec le Roi, k la chasse, deux ou trois jours avant son départ pour la Flandre, qu'il avoit été chargé de cette négociation. H°"^ de Mailly, 'qui couche toujoiu^s dans le petit appartement à cûté des cabinets, comme j'ai marqué ci-dessus, devoit aller coucher hier dans son ancien appartement, etM"'^ de Flavacourt, qui l'occupe, devoit monter dans celui d'en haut et y coucher dans un lit de camp de louage , M"'" de Mailly ni elle n'ayant point de meubles. On transportoit hier tous les meubles de M"'" Mailly, et le Roi lui avoit dit qu'elle pouvoit emporter le | meuble de son appartement et tout ce qui y étoit ; mais . elle n'accepta point cette offre , et le projet fut changé hierpendant le souper. Le Roi lui dit qu'elle pouvoit cou-
ïG(i MbMOIHE^ DU DUC DE I.UÏftES.
chef dans ce petit appartement. Son état est d'autaut plus digne de compassion, qu'elle aime véritablement la Roi, et qu'elle est aussi zélée pour sa gloire qu'attachée à sa personne; elle a beaucoup d'amis et est digne d'en avoir, n'ayant jamais fait de mal et inyant au contraire cherché avec vivacité à rendre service. Elle n'aura pas été longtemps à ressentir les suites de la faute que son bon cœur lui a luit faire, en quittant sa place de dam» J du palais. On prétend que le goût du Roi pour M'"' de la ] Touraelle exisloit du vivant même de M°" de Mazarin, et 1 que c'est la volonté particulière de S. M. qui a décidé d la place de dame du palais pour M*" de la Tournelle.
On ignore encore quelles seront les suites de cet évé- I nement. Les réflexions que l'on peut faii-e sont : que 1 M""' de la Tournelle n'aime point M. de Maurepas, et qua I SI. de Richelieu ne peut le souffrir ; d'ailleurs M. de Itiche- ] lieu est ami intime du cardinal Tenciu.
11 y a encore une quatrième sœur, qui n'est poiniraariée ; on l'appeloit M"" de Monicavrel, aujourd'hui on la nomme M'"' de Mailly. Avant tout oeci et avant la mort de M"" de Mazarin, M"'* de Mailly étoit fort occupée de la marier; le Roi a fort entré aussi dans ce projet; M""^ de Mailly n'en savoit pas la raison : le tait estqueM"°de Mailly est intima ] amie de M"" de la Tournelle, au même point que M"" de j Vintimille l'étoit de M'"^ de Mailly ; c'est un caractère vil j et gai, ;\, peu près semhlahle-à celui de M""' de la Tour- I nelle. La tigure n'est pas de même; on ne peut pas dire 1 qu'elle soit laide, mais elle n'est pas jolie. Le projet est | donc de lui faire épouser M. le duc de Lauraguais, fils de j M. le duc de Brancas. M. de Lauraguais est veuf, et avoit 1 épousé en premières noces M'" d'O, dont il a deux garons, f On dit le mariage fort avancé,
M. de Chabot, frère de feu M. de Léon , qui a environ cinquante-trois ou cinquante-quatre ans, avoit fort grand désir d'épouser M"" de Mailly; il est riche, il vouloit Itii assurer 20,000 livres de rente et faire, outre cela,
cela, des fl
NOVEMBRE 174a. 367
avantages considérables aux enfants qu'il pourroit avoir d'elle* M. de Chabot est veuf et a plusieurs enfants du premier lit. H"^ de Mailly n'a pas voulu entendre parler de ce mariage. On croit que le Roi ne donne rien pour la marier. M"' de Brancas compte bien en tirer de grands avantages , et avoir pour elle et pour sa belle-fille des places chez 11"°" la Dauphine. M. de Richelieu est intime ami de M"* de Brancas.
Du dimanche 4, Versailles. — M™* de Mailly partit hier à sept heures du soir pour aller à Paris; elle partit du petit appartement des cabinets , dans un carrosse du Roi qui Tattendoit sous la voûte. Elle n'a point de maison à Paris. M. de Mailly en a une à la vérité; mais on peut juger que, quoiqu'ils se voient de temps en temps, ce n'est pas là où elle compte habiter. M"® la comtesse de Toulouse lui donne une chambre à l'hôtel de Toulouse. M"' de Mailly avoit encore hier dîné dans les petits cabinets avec le Roi, et M. de Meuse, à Tordinaire. Le Roi lui dit en partant : a A lundi. » Effectivement l'arrangement est fait, au moins il Tétoit hier au coucher du Roi, que M"" de Mailly seroit de retour ici demain lundi à quatre heures. Le Roi dit qu'il continue et qu'il continuera à avoir de l'amitié pour elle et qu il souhaite qu'elle demeure ici. On prétend qu'il y a déjà plusieurs jours qu'il lui dit : « Je vous ai promis de vous parler naturellement; je suis amoureux fou de M""" de la Tournelle; je ne l'ai pas encore, mais je l'aurai. » On prétend aussi que les projets du Roi pour M"*® de la Tournelle ne sont pas nouveaux, comme je l'ai marqué, et que ceci avoit pensé être fait dès le temps de la mort de M""' de Mazarin ; on assure en même temps que jusqu'à ce moment-ci il n'y a encore que des propositions et des arrangements; il parolt constant aussi que le Roi la voit tous les soirs; on dit que c'est chez elle, dans le logement de M. de Rennes, et que le Roi va absolument seul. H. de Meuse n'a point suivi M"* de Mailly à Paris; il est resté ici, et parolt toujours fort
bien avec le Roi. Hier, après le souper du grand couvert, le Roi yemonfa dans ses cabinets, et y fut environ une heure lète à tète avec M. de Meuse. Aujourd'hui, le Roi, après le conseil, est remonté dans ses cabinets et a dîné tète à lète avec M, de Meuse.
Hier, jour de Saint-Marcel, le Roi entendit la messe ea bas, à cause du serment de M, le cardinal de Tencin; M. de Tencin avoit trois serments à prêter ; l'un comme cardinal, le second comme archevêque de Lyon, et le troisième comme commandeur de l'Ordre. Ce dernier sera pour lapreraière cérémonie de l'Ordre ; i l'égard des deux autres, comme c'est le même, M. le cardinal de Tencin n'en prêta qu'un hier. La cérémonie de recevoir la barrette des mains du Roi s'est faite A Lyon, au nom de S. M.
Le Roi se coucha hier de fort bonne heure comme ces jours passés, et étoitfortgai. S, M. fait demain la Saint- Hubert et soupe au retour dans ses cabinets.
Du mardi 6, Versailles. — Il n'y a encore rien de nou-' veau par rapport à ce que j'ai marqué ci-dessus, du moins rien que l'on sache positivement. Le Roi continue à aller tous les soirs chez M'"" de la Tournelle, et y reste deux et trois heures; il y va, à ce que l'on dit, seul et avec une grande perruque par-dessus ses papillotes, et un surtout. On assure cependant qu'il n'y a rien de fait. Il paraît qu'elle ne serait point fâchée qu'on lui parlât de tout ceci; on prétend qu'elle demande des conditions éclatantes, ce qui est lort contre le goût du Roi; mais il est' extrêmement amoureux. i
M'"" de MaiUy est toujours k Paris, à l'hôtel de Tou- ■ louse ; le carrosse du Roi qui l'y a mené y est encore ; le ' Roi lui écrit presque tous "les jours , et elle lui répontl ; mais on crait que c'est pour lui mander de rester A Paris , et on juge que c'est la première condition qu'a exigée M'"" de la Tournelle. On est persuadé qu'il y aura aujourd'hui ordre de faire revenir le carrosse du Roi , d'autant plus qu'il est parti un écuyer du' Roi pour aller à Paris.
NOVEMBRE 1749. Sgg
M'" de la Tournelle ilil qu'elle est aimée de M. d'Agéiiois et qu'elle l'aiiiie, qu'elle u'a nul désir d'avoir le Koi, qu'il lui l'era plaisir de la laisser cooime elle est , et qu'elle iia veut consentir à ses propositions qu'à des couditions sures et avantageuses. Le Roi parolt dans des temps fort rêveur, dans d'autres il parle volontiers. Au retour de la chasse, hier, il soupa avec MM. de Meuse, de Bouillon, de Villeroy et M. le maréchal de Duras. Aujourd'hui il a dîné tête à tête avec H. de Meuse.
Le voyage de Choisy pour la semaine prochaine n'est décidé ni pour ni contre.
M"' la comtesse de Toulouse est venue ici aujourd'hui, et a dii voir le Roi.
Dm jeudis, Versailles. — 11 n'y a encore rien de décidé, au moins publiquement , sur l'affaire dont j'ai parlé cidessus, et Iieaucoup de gens continuent à croire qu'il y a autant à parier contre que pour; cependant le Roi parolt d'assez bonne humeur, et le voyage de Choisy parolt décidé. Le Roi y va lundi ; d'abord ce devoit être jusqu'au samedi, mais on croit que ce ne sera que jusqu'au mercredi, et qu'il n'y aura point de dames. Le temps et la compagnie ne sont pourtant pas encore absolument sûrs. Ce qui est certain , c'est que le carrosse qui avoit mené M" de Mailly revint avant-hier ; ce ne fut point un éeuyer du Roi qui alla à Paris. Le Roi lui écrivit par un exprès. Elle est dans un état digne de compassion; sa santé n'étoit pas déjà l)onne, on peut juger de sa situation. Elle ne veut voir qui que ce soit ; ce fut la réponse qu'elle fit avant- " hier à M"" de Luynes, qui lui avoil marqué du désir de la voir. Elle ne songe en aucune manière à son intérêt, ni & l'arrangement de ses affaires; elle n'est occupée que du | désir de revenir ici , et l'on croit que le Roi le désireroit' aussi, mais que l'autre s'oppose à ce retour. M. de Meuse, qui continue à dîner toujours tète à tête avec le Roi, porta hier à M""^ de MaillyunelettredeS. M. ; elle ne lui montra point celte lettre, mais on peut juger qu'elle en fut peu
ira MÉMOIRFS DU DUC DE l.UYNKS.
contente; elle fit âne réponse au Roi, fort touchante, et dont je crois qu'il fiil peu touché. 11 ne ie fut pas davantage du récit palliélique de Tétat où est M"^ de Mailly. Ce n'est pas cependant qu'il n'en ressente quelques impressions, mais eHes ne sont pas assez fortes pour ébranler les nouvelles dispositions de son coeur. Le Roi lui a écrit encore aujourd'hui.
M"* la comtesse de Toulouse vint avant-hier, comme je l'ai déjà marqué ; le Roi descendit chez elle, à l'ordinaire; mais il ne fut pas un moment tête à tête avec elle , et le nom de M™" de Mailly ne fut point nommé dans la conversation. M°" de La Tournelle, qui est de semaine, soupe avec la Reine toutes les fois qu'il n'y a point de grand couvert, et veille chez la Reine alternativement avec M'°" deFlavacourt-
Les nouvelles de Prague sont presque nulles dans ot momeut-ci, M. le maréchal de Broglie a dû sortir le 27 octobre de celle ville pour aller se mettre à la tète de l'armée de H. de Maillebois ; il laisse l'armée dans Prague sous le commandement de M. le maréchal de Belle-Isle, avec lequel il eut, le 25 et le 26, deux conférences, l'une de trois heures, l'autre de cinq. 11 doit passer parDresde) mais on n'a pas encore nouvelle qu'il y soit arrivé. M. le maréchai de Maillebois est, suivant les dernières nouvelles, sur la Niiab, à un endroit qu'on appelle Nabburg; il n'est éloigné que de quatre lieues de la tête de l'armé* du prince Charles. ,
Du vendredi 9, Versailles. — On sait d'hier que Ifl voyage de Ghoisy est arrangé ; le Roi y va lundi après la chasse, et ne revient ici que vendredi, vraisemblablement après souper. Uy aura des dames, M""delaRoche-sur-¥on, M'"' d'Aotin, M"" de la Touruelle et M""" de Flavacourt. Le Roi médit hier au grand couvert qu'il avoi tune commission i\ me donner, qui étoît de proposer à M""' de Luynes et de Chevreuse daller à Choisy. M™' de Luynes a été, comme on peut le croire, justement peinée de cet arran-
NOTEMMIE €711, 971
g%ïomà-^ iMitant toute l'indéceDce qu'il y auroii que la dame d'honneur de la Reine servit en quelque manière à installer M"*' de la Tournelle à Cboisy ; elle a fait part ce matin de sa peine à M. de Meuse ^ qui dine tète à tète avec le Roi toutes les fois qu'il n'y a point de chasse^ comme je l'ai marqué ci-dessus. M. de Meuse a pris le temps qu'il a cru le plus favorable pour en parler au Roi, et s'est servi des termes les plus propres à adoucir cette représentation ; le Roi a répondu d'abord avec humeur : « Hé bien , elle n'a qu'à n'y point venir. » M. de Meuse a été ensuite une heure sans lui en reparler, après quoi le Roi lui ayant fait des questions sur ce qu'il avoit fait ce matin , M. de Meuse lui a dit qu'il avoit été voir M"* de Luynes; il a ajouté qu'il ne lui rendroit pas la réponse que le Roi avoit faite, parce qu'elle seroit sûrement très-affligée, dans la crainte de lui avoir déplu ; que comme c'étoit de S. M. qu'elle tenoit sa place, c'étoit à lui aussi à juger si la représentation qu'il avoit pris la liberté de lui faire de sa part étoit fondée; que comme l'objet principal de M™* de Luynes étoit de faire ce qui lui seroit agréable, elle exécuteroit ce que S. M. jugeroit à propos, par rapport à ce voyage. Le Roi a été un moment sans répondre; après quoi il a pris un visage riant, et a dit à M. de Meuse qu'il allât trouver M"* de Luynes et lui dire qu'elle ne seroit point de ce voyage-ci, que ce seroit pour un autre, et qu'il ne lui savoit point mauvais gré de ses représentations. Ce n'est qu'à six heures que M"* dfe Luynes a su cette réponse; elle avoit été auparavant chez M. le Cardinal, lui rendre compte de l'embarras où elle se trouvoit. M. le Cardinal a paru entrer assez dans sa peine; mais il lui a dit qu'il ne pouvoit s'en mêler en aucune manière.
Il n'y a encore rien de décidé, au moins que l'on sache, sur ce que deviendra M""" de Mailly.
On a eu des nouvelles de Prague. M. de Broglie en étoit sorti le 27, avec une nombreuse escorte d'infanterie.
3ÏÏ MÉMOIRES DU DUC DE LUYNF^.
M ■ de Contades doit arriver ces jours-ci ; il est maréchal de camp de l'armée de M. de Maillebois, qui l'envoie ici, apparemment pour rendre compte et recevoirdes ordres.
M. de Picquigny est arrivé ce matia i Paris. M. de Soubise et lui étoient partis d' ici pour aller tous deux servir dans l'armée de M. de Belle-lsle , comme aides de camp de ce général; ils sont revenus ensemble. Us arrivèrent j le i à Strasbourg ; c'étoit le jour du sacre de M. de Yen- ! tadour. M. de Soubise y doit rester quelques jours avec i M. le cardinal de Kohan, HL" de Carignan et M*" de Soubise.
Dusamediid, Versailles, — Le Roi a été aujourd'hui I à la chasse, et M, de Meuse est allé à Paris dîner avec M"* de Mailly; il lui porle encore une lettre du Roi,
C'est M"* la duchesse de Ruffec qui va i Choisy à la place de M™^ de Lnynes. C'étoit, coranie je l'ai marqué, M°" de Mailly qui avertissoitles dames de la partdu Roi. Pour ce voyage-ci, le Roi a fait avertir par différentes per- i sonnes. M, d'Estissac fut chargé hier au soir par le Roi, à son coucher, de proposer le voyage à M"" de la Rociie-sur- Yon; M. le duc de Villeroy fut chargé aussi de proposer \ le même voyage à M'"" d'Antin, et de lui dire en même i temps d'avertir M""^ de la Tournelle et M™ de Flavacourt. Le Roi reviendra ici vendredi de bonne heure; on croît même qu'il y aura conseil ce joui'-là.
On commence à parler ici plus favorablement sur ce j qui regarde M. do Belle-lsle, et l'on parolt convenir assez j que M. de BrogUe n'est nullement capable de détails, mais qu'il est fort bon i cheval à la tête d'une armée; l'on est persuadé que lui et M . de Maillebois ne s'accommoderont jamais, et on ne doute pas que ce dernier ne revienne.
Du dimanche 11, Versailles. — Le 4 de ce mois,] M, l'abbé de Veniadour, coadjuteur de Strasbourg, fut»; sacré à Strasbourg. On ne peut rien voir de plus magni- 1 hque que cette cérémonie. M. de Soubise et M. de Picquigny arrivèrent ce m^me jour à Strasbourg. Ils sont
NOVEMBRE 1748. ITÎ
arrivés ici, M. de Picquîgny hier, et M. de Soubise aujour^ d'hiii ; ils ont fait leur révérence : le Roi les a très-bien reçus l'un et l'autre. M. dePicquigny, qui ne put voir le Roi hier au soir, s'est présenté au lever, et le Roi l'a fait entrer avant les entrées de la chambre.
H. de Grimberghen n'a point encore pris le caractère d'ambassadeur, quoiqu'il soit nommé à cette qualité ; il attend encore quelques instructions. L'empereur vient de lui faire encore deux nouvelles grâces, l'une de lui accorder 20,000 livres de plus qu'il n'avoit n'étant que son ministre, ce qui fera environ 80,000 livres par an; l'autre est le titre de prince de l'Empire. M. de Grimberghen avoit un diplAme du feu empereur pour la qualité de prince, mais il n'avoit pas celle de prince de l'Empire ; il a fallu expédier un diplôme, qu'il a reçu ces jours-ci. L'expédition de ce titre lui coûtera environ 40,000 livres.
Du lundi 12, Versailles. — Nous avons appris, par M. de Soubise et M. de Picquigny, que M. de Belle-Isie avoit déjà remonté une partie de la cavalerie, des dragons et des hussards. Comme il y a peu d'argent à Prague, M. de Belle-Isie n'a pu en donner beaucoup à chaque régiment pour la dite remonte, ce qui a déterminé mon fils à vendre toute sa vaisselle pour aider à remonter . plus promptement les quatre régiments de dragons qui sont à Prague. Ces quatre régiments sont : le Mestre-decamp, Dauphin, Surgères et Fleury.
Du samedi i7, Versailles. — Le Roi revint ici lundi après la chasse ; il s'habilla, et monta dans une gondola avec M'" de la Roche-sur-Yon, M"* de la Tournelle, M"' de Flavacourt, M™' de Chevreuse, M. le duc de Villeroy et M. le prince de Soubise, Le Roi étoit auprès de M"" de la Tournelle; il arriva à Choisy avant sept heures, et peu de temps après il fit une partie de quadrille avec M"° de la Roche-sur-Yon, M, du Bordageet M. de Soubise. M™d'Antin et M™' de Ruffec étoteut arrivées avant le Roi. Les hommes de ce voyage étoient M. le maréchal de Duras,
S:4 !\lÉMOIRRS DU DUC DK IXIl'NES
M. de Bouillon, M. de Querchy . cjui est fort lié avaa M'"" de k Tournelle, M. le duc de Vdlars, M. de Meuse^ M. la prince de Jingry, H. d'Anville, M. de Villeroy, H. du Borilage, M. de Souhise, M. le duc d'Ëstissac e| moi. Les dames joaèreot à en vagnole jusqu'au soo[jer.
Lorsque le Roi passa pour souper, M"' de la Roche-suiv Yen alla prendre sa place à la gauche du Roi ; toutes Igf^ autres dames altendoieiit vis-à-vis le Roi; le Roi apj M'"'' d'Antin, qu'il lit mettre à sa droite; auprès d4 M"'^ d'Antiu, au retour de la talile, étoit H. de Bouilloa; ensuite M°" de la Tournelle, puis M. de Soubise; M'"" de Ruft'ec , de fiavacourt et de Gbevreuse étoient à l'autre bout de lu table;
Le souper fut assez sérieux. H°" de la Tournelle aT( un fort Ijod maintien, l'air même un peu embarrassé} elle ne parla presque point, el oe regarda jamais le Roi; ou prétend que le Roi la regardoil de temps en temps, mais on e'en aperçut fort peu. Après le souper, la partis de quadrille cuniinencée avant souper fut continuée eÇl suivie d'une autre; le cavagnole recouiuiença. M"" de la Tournelle y jouoit ; le Roi ne parut point s'en occaper, et après son jeu il n'approcha point du cavagnole, il alla . se coucher. Le coucher tut fort prompt et assez sérieux, H"" de la Tournelle quitta le jeu, fit la conversation assez longtemps avec M. de Soubise, puis elle se remit au jeu j elle y resta jusqu'à deux heures, que tout le monde S6 retira. Immédiatement aprf's le souper, je vis H"" de Tournelle appeler M°" de Chevreuse, avec laquelle el eut une a^ez longue conversation debout. Je ne sus que le lendemain de quoi il avoit été question ; pour le bieq entendre il faut expliquer la situation des logements de Choisy. Au rez'de-chaussée, adroite, il n'y a que la chambre du Roi; à gauche, trois cabinets pour la compagnie; ensuite une antiL'harabrii , une petite galerie qui conduit à. la salle i manger. Au premier étage, immédiatement au-dessus delà chambre où le Roi couche.
se ue ^
umédiate- ^M he , est li| ■
chaaibre qn'occupoit H*" de Muilly, el quel'oD ajJjielle la chambre bleue, parce que de la soie qu'avoil filée H"' de Mailly et qu'elle avoit donnée au Roi, S. H. en avoit faii faire iiQ Ht de moire bleue et blanche, avec la tapisserie et les sièges de mAme, et qug pour assortir à ce meuble, toute la cbambre jusqu'à la oornicbe a élé peinte en bleu et blanc. Au-dessus de cette cbambre , au second éta^e, estlabibliotbèque, de laquelle il y a une porte du communication qui eotre dans un autre appartement. A côté de ta chambre du Roi est un escalier intérieur, qui monte à la chambre bleue et à la bibliothèque. Le Roi n'avoit pas voulu que l'on logeât personne dans la chambre bleue. Comme en comptan t ce logement il n'y en a que six pour des dames au premier étage, et que par conséquent il falloitlogerune des dames en haut, M. du Bordage, qui fait tes fonctions de gouverneur en l'absence de M. da Coigny, et qui avoit arrangé les logements, avoit mil V" de Chevreuse en haut auprès de la bibliothèque, et avoit même dit tout haut qu'il l'avolt mise Ià comme la plus jeune. Dans la conversation dont je viens de parler, M" de la Tournelle, qu on avoit mise dans la chambre de Mademoiselle, qui est la pi us près de la chambre bleue, dit à H"" de Chevreuse qu'on l'avoit mise dans une grande chambre, qu'elle ne pouvoit pas t^oulfrir lea grands appartements et qu'elle devroît lui faire le plaisir de troquer avec elle. W"' de Chevreuse lui répondit qu'elle ne pouvait pas changer d'appartement dans U maison du Roi sans savoir la volonté du Roi et que le Roi lui en parlât. M°" de la Tournelle répondit qu'elle étoit persuadée que le Roi le trouveroit bon, et sur cela elle appela M. de Meuse ; H. de Meuse dit que sdremeni le Roi trouveroit Irte-bon ce cliangemeat. M"' de Chevreuse persista (oujoursà di reque quelque envie qu'elle ait de faire ce que dégiroit M'" de la Tournelle, elle ne pouvoit pat. y consentir kins savoir les mlentions; effectivemeat, si H. du Borda^ lui en avoit dit on mot, elle
■j-6 MEMOIRES DU DUC DE LUYNKS,
auroitchaagé volontiers. La proposition demeura donc saoR exécution ; on n'en parla plus, et il n'y a point eu da changement dans les logements. L'appartement b]eu| dont je viens de parler, au premier étage, est séparé de celui de Mademoiselle, où log^oit M'"" de la Tournelle, par deux antichambres, dont l'une donne sur le grand et le petit escalier, et l'autre est commune avec l'appartement vis-à-vis. Le lundi donc toutes choses demeurèrent dans le même état. Le mardi au soir et depuis, les deux antichambres ont été condamnées après le coucher du Roi , et on n'entroitplus dans l'appartementvis-à-vis, qui étoit occupé par M""" de Flavacourt, que par-dessus le balcon ou par chez M"" d'Antin, qui n'en étoit séparée que par un cabinet commun. Le mardi, le Roi n'alla point à la chasse, et ne put planter à cause de la pluie ; il se promena seulement un peu, et passa la journée à jouer à quadrille, au trictrac et même à cavagnole. Ce dernier article peu important a cependant été remarqué, Dans les commencements, le Roi avoit joué à cavagnole, et même assez gros jeu. Depuis deux ans ou environ il avoit absolument cessé d'y jouer. On prétendoit que c'étoit l'humeur que M'°° de Mailly avoit très-souvent au jeu lorsqu'elle perdoit qui l'en avoit dégoûté. Le mardi donc il commença à y jouer un quart d'heure avant le souper, ayant un tableau de moitié avec M™^ de la Tournelle et auprès d'elle ; depuis il y a joué tous les jours, avant et après souper. Les sociétés du cavagnole étoient ; M"" de la Roche-sur-Yonet M. de Villars; M. de Tingry et M"' d'Antin; M"" de la Tournelle toujours avec M. de Bouillon, quelquefois avec le Roi, et quelquefois M, de Soubise. en quatrième. Le jeudi au soir même, le Roi eut envie de jouer avant le souper, et ne joua'poînt cependant, n'ayant voulu accepter aucun des tableaux qu'on lui offrit ; de orte (|u'après souper il lit tirer les tableaux, et en fit garder un pour M. de Soubise et un [lour lui, qu'il donna à gouverner à M. de Bouillon, Le mercredi, le Roï
lia à la chasse à Verrières ; il ne courut qu'un cerf, et rrevint de tri):s-hoiine heure. Le jeudi, il fit voir tous ses iMtimentsà W" de laToarnelle après le dîner; le matiii, r il avoit planté son avenue, et les dames y avoient été en [ «alèche. L'après-dlnée, après les hàtiments, il y eut une I grande promenade dans les jardins, où l'on fit entrer I «Ûeux calèches pour les dames. Il n'y eut que M"= de la I Jloche-sui^Yon et M°"de la Tournellequi suivirent le Roi f4 pied. La pluie étant arrivée, ces deux dames montèrent dans la calèche qui étoit vide, et un moment après, le Roi y monta avec M. le duc de Villeroy pour revenir au ch&teau. Hier vendredi , le Roi déjeuna avec les dames. Aux déjeuners il s'est toujours mis auprès de M°" de laToumelle. En sortant de tahle il se mit à cavagnole jusqu'au départ. I 11 arriva ici sur les sept heures, etsoupa au grand couvert. l'B revint dans la même voiture avec les quatre dames li^u'il avoit menées, et leur dit en revenant qu'il comptoit pelourner mercredi à Choisy jusqu'à samedi , et qu'elles y viendroient. Les deux autres dames retournèrent de Choisy A Paris.
Le mercredi, M. de Meuse fut dîner à Paris avec M"' de Mailly, Je lui demandai le lendemain s'il lui avoit porté une lettre du Roi; il me dit que oui, mais que c'étoit comme s'il ne lui en avoit point porté. Le Roi ne veut pas apparemment qu'on le sache. M"" de Mailly est toujours danslaplus grande affliction, et ne veut point quel'on parle au Roi d'aucun arrangement pour elle; mais on est persuadé que le Roi y songe, et qu'il est question de taire cet arrangement avec M. le Cardinal; mais que le Roi est un peu embarrassé d'en parler le premier au Cardinal. On estime que cela finira par un appartement dans une maison royale, peut-être môme aux Tuileries, que le Roi payera toutes ses dettes, qui montent aux environs de 660,000 livres, dont il y a environ 180,000 pour sa pcr- Lsonne, et le surplus des dettes de M. de Mailly, dont elle ra signé, et que le Roi lui donnera outre cela 21^,000 livres
de pension. Elle en a déjà 12,000, savoir ; 1,000 êcus anciennenient, el 9,000 livres qu'elle vient d'avoir à l'occasion de la place de dame d'atours; elle a outre cela; 7,500 livres de rente de son bien , comme ses sœurs.
J'oubliois de marquer sur Choisy que tout le voyage s'est passé assez gaiement , au lieu que dans les autres' voyagea les mouvements d'humeur passagers et bnift* ques de M*' de Mnilly étoient quelquefois fftcheux ft. essuyer.
'M. de Soubise , que le Roi traite à merveille, eut jeudi une assez longue convei't^tion avec 5. M.; mais commA c'étoit à demi haut , quoiqu'on ne l'ait pas entendue, on peut juger que cen'étoit pas de choses bien imiiortanles, J'ai appris aujourd'hui que le jour ouïe lendemain dé son arrivée le Roi, au grand couvert , dit à M. de TingrJ d'aller l'avertir; il monta dans les cabinets; il resta avet le Roi depuis onze heuren un quart jusqu'à, une heure et demie ou environ. M. de Meuse fut présent à une parti« de cette conversation. Le lendemain le Roi dit dans son son cabinet : a M. de Soubise parle bien , et ne dit qu« ce qu'il veut; il dit du bien de tout le monde, hors de lui. »
M. de Richelieu arriva hier de Flandre; on peut juger qu'il a été bien reçu dans les circonstances présentes} il soupa avec M"' de la Tournelle, et ils eurent tous deui grande conversation devant et après souper.
Oa croit M. de Broglie arrivé à l'armée de H, de Maillebois; mais on n'en a pas encore reçu de nouvelles; U a ses trois enfants avec lui.
H. de Contades ,dont j'ai parlé ci-dessus, qui vient à^,, la part de TA. de Maillebois, arriva hier ici.
H. le Cardinal est à Issy, et ne revient que demain.
Du dimanche 18, Versaillei. — Le Roi soupa hier dani ses cabinets avec des houiEnes seulement ; MM. deBiebelieu, de MeuseetdeTingry y étoient.
M. de Contades est arrivé ici aujourd'hui.
NOVRUBflE 1343. 3T-I
La Roi soupera demain au retour de la chasse avec des dames dans s<3s cabinets.
Du mardi 20, Versailles. — Cet arpangeaieiit de souper avec des dames a été changée ; le Roî soiipa hier avec des bonimes, à peu près les mêmes que ceux de samedi.
Il y a deux places vacaoles à l'Académie par la mort de N. Tëvêque de Clermont [l'i et de M. l'abbé Houtleville, connu par son ouvrage sur la vérité de la religion. L'une de ces places est dt'jà remplie par M. le duc de Nivernois, avec l'agrément du Roi, suivant l'usage; il n'est point encore décidé qui remplira la Beoonde place.
M"" de Talleyrand accoucha il y a quatre ou cinq jours, d'un garçon; c'est le cinquième ou le sixième qu'elle a.
On sait depuis deux ou trois jours que M . le prince de Conty a reçu ses lettres de service en qualité de lieutenant général, et qu'il marcha dés le lendemain À la téta d'une division de l'armée de M. de ïlaillebois. M. le (uaréchal de Bro^lie n'étoit pas encore arrivé le 12 à cette .armée.
Il arriva hier un courrier de Dresde avec la DûuvfiUe que les ennemis avoient forma de nouveau le bloous de Prague, M. le maréchal de Belle-Isle mande, du 6, qu'il n'a plus d'autres voies que oella des espions pour donner de ses nouvelles.
Du mercredi âl, Versaillen. — M™^ de Montauban fut •résentée avanl-liier; c'est une femme qui parolt avoir mviron trente-cinq ans; on dît que son nom est des Agrets; elle a un grand nez, d'ailleurs une figure oridinaire, et parolt fort polie ; son mari est Lachau-Montanban, chambellan de M, le duc d'Orléans; elle a été irésentée par M™' de Pons, du PalaiB-Royal^ celle dont
380 MRMOIRES DU DUC DE LUYINES.
le fils a épousé la fille de H. Lalletnant de Betz, fermier
général.
Depuis le retour de M. le dnc de Richelieu, il paroll qu'il ne quitte point M"' de la Tournelle.
Le Roi vient de partir pour Choisy, d'où il ne reviendra que samedi après dîner. Toutes les mêmes dciraus que l'autre voyage, hors M'"" de Ruffec, qui n'a pas été avertie, Le Roi mène d'ici les cinq dames; les mêmes hommes que l'autre voyage, hors M, de Villars ; M. de Richelieu de plus.
Les choses sont toujours au même état par rapport è'J M"' de la Tournelle , c'est-à-dire entièrement réglées, comme on le peut voir parce que j'ai marqué ci-dessus de Choisy; d'aiUeurs la passion du Roi est plus vive que jamais; non-seulement il la voit tous les jours, maisil lui écrit deux ou trois fois dans la journée, et l'on prétend que la conversation de M. de Soubise, dont j'ai parlé ci-dessus, fut plutôt sur M"" de la Tournelle que sur Prague, Malgré cela, le Roi écrit tous les jours à M"' de Mailly. Avant-hier elle disoit à M"^ de Flavacourt, qui l'alla voir à Paris, qu'elle venoit de recevoir la dix-huitième lettre du Roi ; il ne parle dans ses lettres que de son amour pour M"' de la Tournelle et de l'applaudissement général que l'on donne à son choix (1). Comme la Cardinal lui montre les bulletins de M. de Marville (2)', remplis des chansons sur les circonstances présentes, et qu'il a vu par les chansons que l'on soupçonnoit qu'il pourroit songer par la suite à son autre sœur, M"" dai
(t) Grand Boi, qne toœ itet d'c^jtit.
D'avoir tenioï* la MaillJ I
QaellR haridelle avlei-TOW U ; Alkloîi.
(Voir celte chanum, paga 3Si.)
(1; IVï'leaii di; Mai'ïillo , maflre dps reqiiPles, Heu le liant Général de |iance.-| Il remeltait tous les jours au Roi une rcuille ou buUelin qui coalcDÙtloutesfl \ea nmiellea at tescbanmv àe Pan'i.
nOVEUBRE i74a. 281
H&îlly, il ajoute dans ses lettres qu'il sait hien ce que
ll'on dit de lui (1), mais que pour le coup il croit être
I fixé pour toujours ; qtie M"" de la Tournelle a oulant
I d'esprit qu'il en faut pour être charmante.
On avoit parlé à M™" de Mailly d'aller à Poissy ; le Roi
[ lai a mandé qu'il ne le vouloit point, que cet arrange-
I Bifinf ne lui coQvenoit en aucune manière. Par ces mar-
Lques de confiance, M"* de Mailly s'entretient toujours
r dans l'espérance de revenir ici ; elle a mandé au Roi que
son mari alloit revenir de ses terres, et que son père
étant à Paris, elle seroit tournientée par l'un et par
l'autre si elle demeuroit dans Paris; qu'elle n'avoil
d'autre asile et d'autre patrie que Versailles. Le Roi lui a
répondu qu'il avoit assez d'autorité pour empêcher
qu'elle ne fût tourmentée.
La Reine parolt prendre part à la situation de M"" de Mailly et désirer qu'elle soit bien traitée. M""' de la Tournelle aveillé la Reine à son retour, comme à l'ordinaire ; mais elle dit que sa présence est de l'opium pour la Reine, qu'elle s'endort dès qu'elle la voit,
M. de Relle-Tsle, qui est toujours incommodé de son rhumatisme à Prague, a écrit une petite lettre au Roi, du 6; il lui mande qu'il va être bloqué , et qu'il n'aura plus de ressource que celle des espions pour écrire. Hal^é cela, il compte laisser un poste qu'il a établi à Leitmeritz sous les ordres de M. d'Armentières. Le Roi l'appelle cadet (c'est le sobriquet qu'on lui a donné). Le Roi dit hier qu'il lui avoit mandé, du 10, qu'il soutiendroit bien son poste et qu'il falloit du gros canon pour le forcer. Le Roi ajouta : « Il n'y a qu'à laisser faire Cadet, il se défendra bien, m
aea MfjioiRns nu duc df. luynes.
flw lundi 26, Versaiilea. — Le Roi revint avnst-hi»' de Choisy ici ; il ramena les otDq dames dans sa voiture,, et arriva à neuf heures et demie. En partant d'ici l'ordrt avoit été donné pour le erand couvert samedi ; cflt ordre a été depuis chane;é pour un arrangement de mé-' dianoche qui s'est fait à Choisy. Le Roi monta dans sei cabinets en arrivant, et soupa à minuit; il avoit de* mandé un pota^ au rîz avfc une poularde. Ce soaper Bst fort secret. On croit cependant que c'est chez M"" de la Tournelle qu'il a été porté; on ne sait pas précisé' ment qui yétoit; mais on peut compter sûrement sur M. de Richelieu. 11 vint chez moi pendant que l'on étoit à table . il ne man^a point , et »'en alla avant minuit. Je ne sais si M. de Meuse y étoit , mais c'est tout au pltnr s'ils étoient quatre. On croyoit qu'il y auroit aujourd'hui des dames A souper dans les cabinets, et on disoit que W la Duchesse devoit en être ; elle, vient ici paeset quelques jours, àroccasioudu baplème de ses trois petitaenfants , M. le prince de Condé , M. le comte de la Maroha et M"" de Conty. Les deux premiers seront tenus par le Roi et la Reine , et M'" de Confy par M, le Dauphin et Madame. Ce doit Être jeudi. M°" la Duchesse n'arrivs qu'aujourd'hui , etil n'y aura point de dames dans les cabinets.
Mercredi , jour du départ du Roi pour Choisy, il dd* voit aller à la chasse ;- il faisoit un si vilain temps qu'od lui représenta qu'ayant une fluxion sur les dents ce se-» roit le moyen de la l'aire au§;menter; il parut avoir àé la peine à se rendre à ces représenUtions, cependant il consentit à la lin à ne point aller à la chasse, et partit de meilleure heure pour Choisy. Il joua k cavagnole e)ï. arrivant, à côté de M°'^ de la Tournelle, et en société avec elle et M. de Soubise. Son mal de dent continuoit, et il avoit résolu de s'en faire arracher une qui avoit déjà' été coupée et qui le faisoit souffrir. Il qiiitta le jeu sur les six heures, et passa dans sa chambre; il revint ua
quart d'heure , ou une demie heure après , étant fort pÀle; il dit cependant qu'il avoit peu souffert, mais qu'il s'étoit trouvé mal. Il se trouva fort mal effectivement ^ et son visage fut fort longtemps à revenir; cependant 11 soupa à la même heure ^ et à peu près comme à l'ordinaire. Pendant tout le voyage, M™^ d'Antin a toujours été, à souper, à la droite du Roi, le Roi l'appelant toujours à chaque fois ; à la droite de M"*® d'Antin , au retour de la table, M. de Richelieu, ensuite M™® de la Tournelle et M. de Soubise. Les logements n'étoient pas arrangés comme dans le voyage précédent ; M™^ de la Tournelle étoit dans l'appartement bleu , et M. de Richelieu au second étage, au-dessus d'elle, près de la bibliothèque; M"® de Flavacourt dans l'appartement de Mademoiselle, qu'a voit occupé M"'* de la Tournelle.
Le jeudi , le Roi ne put presque pas sortir, à cause du temps et du reste jie mal qu'il avoit epcQr^ aux dents; il joua à l'hombre et au trictrac , mais encore plus à cavagnole. Sur les cinq heures, il quitta le jeu, et fut assez longtemps sans y revenir. Pendant cet intervalle, M. de Richelieu et M"® de la Tournelle disparurent aussi ; je ne sais pas s'il y eut quelque entretien particulier.
Le vendredi , le Roi fut à la chasse. L'on sut ce jour-là que M. le Cardinal avoit eu la fièvre pendant huit heures et un dévoiement assez considérable la nuit du jeudi au vendredi. 11 n'y a rien eu d'ailleurs dans le voyage de Choisy qui mérite d'être écrit. M™* de la Tournelle rougit quand elle sut que le Roi s'étoit trouvé mal , et parut même fâchée contre l'arracheur de dents , de ce qu'il n'avoit pas pu arracher la dent que le Roi vouloit se faire ôter. Le Roi et elle savent toutes les chansons qu'on a faites dans Paris , et elle les chantoit à Choisy , non pas tout haut , mais devant deux ou trois personnes (1).
(1) Le recueil Maurepas (t. 31) contient quinze pièces, chansons ou épigrammes, relatives au changement de mattreBse de IjOuîs XY. En général ces
Du mardi 27, Versatiles. — Depuis le retour de Choisy, le même arrangement parolt subsister. M"* de la TourneUe , qui est de semaine , soupe avec la Reine tous les jours cju'Jl n'y a pas grand couvert , ainsi (jue les trois
ebansnas sunt trës-peu epirilu elles, e[ souvent J» grossièreté y liiint lieu cl > {Hit. HoUB crofon^ cependant pouvoir en citer deux,
Le Roi de voni ' eM dégofiK.
D'»voir renvoyé la Mailly r Quelle baridcUe aviei-ïoi» là '.
Alléluia.
Le laint Père lui a fait don
Dindiilgcneesà diierétion Foor etfactr ce péché-11.
Alléluia.
Dilei loua lea jours i chois] Avant que de tous mettre av A vintimilleunlibera.
Alléluia.
■J nile de hh pérc.
Ki,
NOVEMBRE 174S jgs
«utres dames , parce que c'est l'usage de cetie semaine , comme je l'ai marqué ci-dessus; elle se retire toujours à minuit lorsqu'elle le peut, et la Reine ne la fait plus .veiller, La Reine va tous les jours chez M"" de VÎUars [près souper ; une de ses dames la suit , y attend et la renduit chez ellej elle en envoie chercher ensuite une luti-e ; ainsi elle en a souvent deux pour rester avec elle, ■usqu'à ce qu'elle soit endormie. Elle continue à voir assez souvent l'abbé de Broglie; son amitié pour le maréchal de Nangis est la principale raison de l'intérêt qu'elle prend au maréchal de Broglie. M. de Nangis aimoit beaucoup M. de Broglie, et lui a même laissé par m testament une tabatière ft choisir dans les siennes, qui a rapport au maréchal est toujours cher à la Reine. Il y a eu ces jours-ci une place de valet de chambre à acheter chez elle; elle a été occupée aussitôt à la faire acheter à son valet de chambre, nommé la Roche.
Le Cardinal est mieux, et a vu hier et aujourd'hui quelques-uns de nos ministres et quelques étrangers; il I8t fort abattu, et la Peyronie, qui l'a été voir, disoit hier que le travail l'accable et empêche son estomac de digérer.
L'abbessede la Saussaye mourut il y a quelques jours; elle avoit quatre-vingt treize ans; elle étoit Navailles, sœur de M"" la duchesse d'Elbeuf.
Sainctot a présenté aujourd'hui M, le baron de en ; c'est un petit homme qui parolt avoir eniron quarante-cinq ou cinquante ans; il est vice-grandécuyer de l'électeur palatin ; depuis il s'est attaché à l'empereur, dont il est conseiller actuel; il a l'ordre de l'électeur palatin. Si M. de Grimbetghen n'avoit pas été incommodé, c'étoitlui qui devoitJe présenter.
Les ennemis ont l'ait avancer plusieurs corps de troupes
mx environs de Prague, dont on craint qu'ils ne forment
blocus; les courriers même ne passent plus; cepen-
nt H. de Belle-Isie a fait uu fourrage à trois lieues de
Prague sana ôlre inquiété. M. d'Armenlières est toujoure i douze ou 1
B de L
) lieues de
a Leitmeritz, Prague, avec 1,200 bommes.
Il y eut avant-hier conseil d'État, comme à l'ordinaire, etoujourd'hui conseil de ânauces; les deux nouveaux ministres u'euLrent pas dans celui-ci. Après le conseil, le Roi a parlé en particulier àM. le contrôleur général; on croit que c'est pour l'ari'angement de M"" deMailly
Baptême d
prince dp Condé, ducomleiln la Marcbe ri de W" deContT. — : la MeuIlH. — lyfi» de MmIHt. — NouiËllea des arméei, lir sa statue i^i|uei>tre. — Billet du Hoi, — Appartemcnta d* M.'"" de Maiil) rlëineuUëB et cliungemeal: daas les logements. — Mariage de M. lie Laiiragnais. — Jeu du Rai ilans sa peQte galerie. — Conlinuation de la correaponilaneB du Roi arec W" de Mailly. ~ Dëpart du petit de Tmtimil|e. — Mariage du eheTalier de Polignac avec M"' di' la Garde. — ConversalloD du Roi aïec M°" la Dueliesse. — M™ île Mailly au\ Tuileries. — La laballËre du Roi. — Mariage du prince Jules de Rohan avec M"* île Pouillua. — Habitudes de la Reine. — Sea regrets prolonges de la Dierl dn luarËchal de Hangis. — Prise de Leitmeritz. — Le Roi ennujâ de Invailler avec ses ministres. - Départ du M. de Richelieu. — AuMuclnoieot de M*"" lie Flavacourt. — Ai'ran);ument de M"' de Mailly. — IndilTéreace do But jtuiir la eflii^en Ueesét qui reviennent <le Boliëine. — Réct^tioD de Marivaux à l'Acadériiie fraiiçaise. — Gouternemeatil'AroiensdoDDÉk M, de PicqiiiEny. ^ Pelile vérole deM°" de Chevreuse. — Conseil des ministriu cliez le cardinal de Tencin. — Mort de M. de Saint-Aulaire ; son eiinoli». — Colère du RuI. — Nouvel appartenieat de M" de la Touroelle. — Liste des bénéfices — Houvelles diïerses. — Arrivée de M. de BouQlers. '^ Mort de IVf. de Fargis. — Pension donnée au sculpteur Leuofne; dépenl lie la statue du Roi.
Du samedi 3 décemhre, Versailles. — Jeudi, 29 du moia^ passé, au 6t la cérémonie du buptèiue de M- le prince dol Condé, de M, le comte de la Marche et de M"" de Conty. LeHoi n'allai la chapelle qu'après le conseil; il descendit en Ims, et entendit la messe comme à l'urdinaire Les pHuces du sang s'étoient assemblés dans le cabinet du Roi, les princesses chez la Heine. La Reine passa de chez
DECEMBRE iT4«. 387
elle cbex le Roi, et le suivit à la chapelle. Il n'yavoit pas un seul des princes lég'ilioiés; ilEn'étoient pas encore revenus de Flandre. Avec le Roi étoient M, le Dauphin , Mr le duc d'Orléans (il y avoit bien longtemps qu'on ne i'avoit vu ici), M. le prince de Condé, habillé de blanc, H. le comte de Charolois, et M. le comte de la Marche, aussi babillé de blanc. Avec la Reine étoient Madame (1), M'" Adélaïde, M'"' la priucesse de Oonty, M"" de Gonty (2) vêtue de blanc, M"° de Sens et M"" dfi la Rocbe-sur-Yon. M"' la Duchesse ne se trouva qu'à la chapelle. Le prie-Dieu du Roi et de la Reine ëtoit un peu plus reculé de l'autel qu'à l'ordinaire; M, le Dauphin et Madame sur le drap de pied; les princesdusang au bord du drap de pied, suivant l'usage. M"" Adélaïde entendit la messe dans une des petites tribunes en bas ; elle ne peut paroltre à aucune cérémonie publique, n'étant pas habillée en grand habit. Sur l'épaisseur du prie-Dieu du Roi, son confesseur; ensuite, H. l'évèque de Soissons, en rochet et camail, les deux aumôniers, et à leurdroite, du côté de l'autel, les officiers des gardes. Du cûté de la Reine, l'abbé d'Alègre, aumônier de quartier de la Reine; sur l'épaisseur du prie-Dieu, M. le cardinal Tencin en rochet et camail; ensuite Tabbé de Saint-Aulaire, aumônier ordinaire de la Reine; et après
■lui, à sa gauche, les officiers des gardes. La messe finie, M. de Soissons s'avauça A l'autel. 11 y avoit sur la marche du chœur trois carreaux pour les trois enfants qui alloient être baptisés. Le Roi , la Reine, M. le Dauphin, M-idame, s^avancèrent auprès de cette marche, elles trois enfants en ipëme tenips. M. de Soissons leur administra Tun après
Xauta^e les cérémonies du baptême , disant les oraisons
1} M"* de Tallarii marchoit presque i Gâté de MHilamc, iwr m ilroite, L eependaDt iiii |ieu en nrrièie. i yolt du iluc de Liiyan. )
(2| Cela éloit aitisi en allaul îla cliufiflle; maisï la cliagielli^ e( au relimr. Mil* de Stns inarolia après M"" la pjiuteaae Je Coulj, suivant la rÉgle. (ISole ' ttu tins dt Utgnvs.)
Ï8S MÈMOIRKS DU DUC DE LUYKES.
communes pour les trois. M. de Soissons n'avoit de lui que M. le curé de la paroisse de Noire-Dame de Versailles. M. le curé de Saiut-Sulpice avoit prétendu devoir y assister, mais M. l'archevêque a décidé qu'il suffisoit qu'il doDUcLt une permission par écrit. Après le baptême , les deux registres furent apportés sur le prie- Dieu du Roi. M. de Soissons présenta la plume au Roi , & la Reine, à M, le Dauphin, à Madame; et le premier aumônier de quartier la présenta ensuite aux trois enfants pour signer; ce ne fut pas sans peine de la part du petit prince' , deCondé; il fallut queM°"deRoussillon, sa gouvernante,lui menât la main.
M°" de la Tournelle étoit à la cérémonie , à la suite de la Reine. Quand elle fut en Las, elle demanda à M"* de Luynes de quel côté se mettoient les dames du palais; W" de Luynes lui dit que c'étoit à gauche, du côté de la* Reine. « Eh bien , répondit-elle, je m'en vais à droite. »*' Elle passa effectivement du c6té du Roi. Il n'y avoit de ce'' côfé-là que M"' de Coetlogon , clame d'honneur de M"" la' Duchesse. M"" la Duchesse ne parut qu'après Ja messe,' quand on commença les baptcmes. '
Le Roi part aujourd'hui pour la Meutte, d'où il revient' après demain. Les dames de ce voyage sont M'" de la'' Roche-sur- Yon , M"' d'Antin, M"" de Doufflers, M"" de la" Tournelle. Il n'y a d'hommes nouveaux que M. de Poli-: gnac, t'alné.
L'arrangement de M™^ de Mailly n'est point encore * fini; on dit que ses dettes personnelles ne montent qu'à 160,000 livres d'une part, et outre cela 60,000 livres qu'elle doit à M. de Luxembourg seul ; mais que les dettes' de son mari , pour lesquelles elle a signé , vont au moinS-à 400,000 livres. On croit qu'elle ira loger au vieuf Louvre, dans l'appartement de M"" de Venladour, qu'ell«r demande à emprunter.
MM. les princes de Dombes et comte d'Eu arrivèrent avant-hier. M, le duc de Rochechouart , M, de Sourches,
DECEMBRE i74S. 389
M. le duc de Gramont sont aussi arrivés de Flandre.
En Bavière , H. le maréchal de Broglie a joint y le 20, l'armée à Dingolfing sur Tlser. Les ennemis se retirent du côté de Passau. On est toujours dans la même situation à regard de Prague, on n'en reçoit point de nouvelles.
Du mardi 4, Versailles. — Il parolt par les nouvelles des armées que les ennemis songent à rapprocher de Passau la plus grande partie des troupes qu'ils avoient envoyées pour bloquer Prague de nouveau; que M. de Belle-Isle a déjà fait entrer en abondance des subsistances dans Prague et est en état de s'y soutenir pendant longtemps. Il y a fait deux fourrages très-abondants, sans être inquiété, par les mesures qu'il avoit prises pour donner le change aux ennemis.
Du côté de la Bavière, M. le mai*échal de Broglie est arrivé le 21 àTarmée; H. de Maillebois a été une lieue au-devant de lui, et lui a donné à dîner. M. de Broglie avoit été d'abord descendre chez M. le prince de Gonty. Les deux mar^échaux ont eu une longue conférence, et paroissent agir ide concert. M. de Seckendorf est toujours maître du passage de l'Inn, et a déjà levé des contributions dans la haute Autriche ; les ennemis se retirent sur Scharding etPassau; notre jonction avec M. de Seckendorf est présentement sans obstacle, et nous comptons d'établir nos quartiers d'hiver, ladroite àTInn, et la gauche au Danube,
M"** de Ventadour m'a dit aujourd'hui que M°^ de Mailly lui avoit fait demander son logement des Tuileries à emprunter ; qu'elle n'avoit consenti aie prêter que pour trois semaines, n'ayant nulle autre habitation dans Paris; qu'outre cela elle avoit mis pour condition que ce seroit avec l'agrément du Roi, à qui elle en a demandé la permission ; qu'elle avoit toujours vu de son temps que Ton ne prétoit point son logement dans les maisons royales , sans la permission de S. M. Ce logement de M"* de Ventadour est donné après elle à M*"* de Tallard.
Du mercredi 5, Versailles. -^M. deMaurepas mena hier
M. 1er
f lai fairt Voir 1^
E nonce dans la salin de l'Opéi nouvellesdécorationsde fAoiiort (1). M. le cardinal d'Auvergne, M. l'archevêque de Rouen, M. l'évèque de Laon, etHM. les évèques de Metz el de Valence y étoienl; (ta fit jouer devant eu* quelques-unes des machines de ebi opéra.
Du jeudi 6, Versailles. — Le Roi revint avant-hier au soir de la Meutte , après souper. Le lundi il fut à la chasse àSaint-Gennain. Le mardi il fut à onze heures au Roule voir sa statue équestre que la ville de Bordeaux a fait faire. Elle aélé matiquée plusieurs fois en la fondant; l'homme etie cheval ont été fondus ensemble, cependant ils sont en deux morceaux , mais cela ne parolt point. La figure du Koi est fort ressemblante, elle le fait seulement un peu plus âgé qu'il n'est (2). Il y avoit deux calèches àla suite de celle du Roi, toutes remplies d'hommes; les dames étoient restées à la Meutte. Le Roi ne l'ut qu'un quart d'heure au Roule et revint courre le daim au bois de Boulogne. M""'de Boufflers et M"" de la Tournelle allèrent eiH' calèche à cette chasse avec deux hommes. Tous les joursil y a eu jeu, comme à l'ordinaire. Le Roi a beaucoup joué à cavagnole, avec la même société qu'A Choisy; il s'est même retiré assez tard, veillant jusqu'à une heure et demie ou deux heures.
(1) Opéra de Quinautt, niis en m jsique par Liillt.
m ' L." «latoe équestre en bronze du Roi , par M. le Moine, sctilptMii dinairede S. M. el professeur de l'AeadËmieRujaJe, laquelle fait depuii quelque temps [ 'ad [iil ration d'une foule ile ïpectateilrs dan: son iitélier au bubunrg du Roule , vient d'ïtre finie et eniiërement terminée au gré des plu grands coDUolïbeurs et des |)tuit lubiles arliates.
1 Le 4 de ce raoia, le Roi alla voir pour Ib ti-oisième fois ce magnifique oU' vrage. &. M. eA parut fort natlfiraite et l'examina avec Itcaucobp d'atlenîiiJli; die en fil plusieurs faik le tour, témoigtia son contentement à l'auteur ttVM beaucoup de Iwnlé, et pour l'en eon^ainere par qurique eljoae de plus solide, S, M. toujours prtle h favoriser les beauK-arls el a eueours<;er les talent» des habiles artislËE, lui accorda une peii'^lon île SOi> livret. >> ( Ifer djcemhre 1742, [taite 5747.)
I les laieni» ucB ■.ure de France, M
Ce iiiatlli, 1. Bë Mëuéè a ëerit nil petit billet à HT*^ dé Luyned^ dans lequel il lui a envoyé un petit papier écrit de la ttiain du ftoi, dont copié est ci-jointe. M"** de Luynéd lui a répottdu par écrit que nous nous tendrions tous trois àUx ordres du Roi: M"" d^Antin et de la Tournelle doiveùt se rendre chez M'"*' de Luyries . (1), et allei» avec elle et M** dé Chévreuâe par Tescalier par où Ife Roi revient de là chasse. Yoilà le premier jour que les soupets 3àa* les cabinets avec les cLames recommencent; il li'y à que lés ijuatres dame* que je viens d^ notilmer.
Q^ie du billet.
« M. le mariais de Meikse ihi dès qu'il le pourra, et;ie plût6t sera lé « mieux, ebez M<"' de Luynes la prier à souper pour ce soir avec sa « beile-fiUe et son époux, supposé que soq estomach le lui permette, « et de se rendre a six heures chez moi. Si ou fait encore des repré- « séntatibns, dites que je ne veux que la belle-ûlle. »
On a démeubié entièrement les appartements de M'^'de Mailly ; le petit des cabinets est même condamné ; on y a mis une porte avec une barre. Il paroit certain que Ton lai 6te les deux autres. Ce n'étoit cependant ni le goût ni l'intention du Roi; je sais, à n'en pouvoir douter, qu'il vouloit qu'elle en ait un, et même il l'a voit dit; meus apparemment qu'on l'a fait changer sur cet article^ ou qu'il a l'intention de lui en rendre un autre par la suite. Ce qui est certain, c'est que ces deux appartements sont destinés. Le Roi reprend aussi l'appartement de M°*' la maréchale d'Estrées, et celui du petit Vinlimille, M. de Richelieu a écrit de la part du Roi à M'"'' la maréchale d'Estrées^ à Nanteuil, de céder son logement^ et de prendre en échange celui de M""** de Mazarin. La maréchale a répondu qu'elle se trouveroit toujours heureuse d'avoir quelque chose à offrir au Roi, qui pût lui être
(1) M"* de la ïournelle y vint, M"* d'Antin n'y vint point» {Note du due de Luynes , dn 7 décembre 1 742. )
agréable. Cependant j'ai appris aujourd'hui que W" de Mouchy (1), intime amie de M""" la maréchale, a été à Issy dire à M, le Cardinal que le Roi ôtoit à M"" la maréchale son logement, qu'elle en étoit fort fichée. Le petit de Vintimille va à Saviguy, terre de M. le marquis du Luc, où il sera élevé. L'on ne doute pas que les quatre logements ne soient destinés il M. et M"" de Matignon, que l'on compte déloger, parce que leur appartement est fort A portée des petits cabinets et plus commode pour M"" de la Tournelle, et que les deux autres ne soient pour M. et M"' de Lauraguais.
Le mariage de H. de Lauraguais est presque entièrement arrêté ; il y manque cependant une condition que Ton ne peut pas dire n'être pas essentielle : c'est le consentement de M. de Lauraguais que l'on attend ; mais M. et M"" de Brancas disent être sûrs de ce consentement, et en conséquence ils ont déjà été rendre visite à M"* de Montcavrel, que l'on appelle présentement M"' de Mailly, et qui loge chez M"" la duchesse de Lesdiguièri (Duras), sa- tante. M'" de Mailly aura 10,000 livres d( douaire, et voici l'arrangement qui a été fait pour les a! surer. Le Roi avoitcréé, il y a plusieurs années, unereni de 20,000 livres sur les juifs de Metz; cette rente devoit durer un certain temps, et ce temps devoit finir dans .trois ans. Sur les dites 20,000 livres, M. le duc de Brancas en a 9,000, M. d'Oise, son frère, 6,000, etles cinq autres mille livres sont tombées par héritage et appartiennent' aujourd'hui à M. de Fontanges, dont la femme estdamsH d'honneur de M"" la princesse de Conty, Le Roi vient d'or^' donner une prolongation de cette rente pendant soixante ans. M. de Brancas continuera à jouir de ses 9,000 livres qui passeront après Inià M. de Lauraguais; et dans trois ans, les 6,000 livres de M. d'Oise elles 5,000 de M. de Fontanges étant éteintes, les dites 1 1,000 livres passeront
de de ^
(i) M'" lie Forcaiîel. (Note dit rfnc rie Uiyiies.)
DÉCEIVIBRE 1742. S9S
sur la tête de M"** de Lauraguais, et c'est ce qui fait l'assurance de son douaire. Elle a actuellement vingt^huit ans ; cependant comme elle ne jouira pas de trois ans desdites 11^000 livre% le Roi lui donne présentement 100^000 livres d'argent comptant; outre cela elle aura dès le moment de son mariage le brevet de dame du palais de M"** laDauphine et les appointements de cette place^ qui sont de 2,000 écuâ; elle a outre cela 6,500 livres de son bien^ comme ses autres sœurs. Pour H. de Lauraguais^ il n'a que les 20^000 livres qui lui ont été donnés par H, son père à son premier mariage.
pu samedi 8 y Versailles. — Jeudi dernier, comme je l'ai marqué, tout le monde se rendit chez le Roi dans sa petite galerie en haut. Il n'y avoit que les quatre dames et dix hommes, en comptant le Roi. Une demi -heure ou environ après, le Roi entra dans le cabinet qui joint à la petite ^erie, qui est peint en vert, et où il y avoit autrefois des lanternes, et donna à tirer pour le cavagnole ; il y joua avec la même société que j'ai déjà marquée ci-dessus, et il n'y eut point d'autre jeu devant ni après souper, hors ua trictrac où le Roi ne joua point, A sept heures et demie, le Roi descendit en bas pour donner l'ordre; il revint aussitôt après sans avoir parlé à personne ni reçu aucune lettre, et se remit au jeu; mais il tomba de ce moment dans une rêverie et un silence qui fut fort remarqué ; et même quoiqu'à souper il fût en assez grande conversation avec M""' de La Tournelle, M. de Richelieu et M. de Soubise, il y eut encore quelques moments de rêverie. M""' d'Antin étoit à la droite du Roi, M""* de la Tournelle à la gauche de S. M. ; M. de Richelieu à gauche de M""* de la Tournelle, M. de Soubis à côté de lui.
Du lundi 10, Versailles. — M. de Meuse continue d'aller de temps en temps, et presque toutes les semaines, voir M""* de Mailly, à Paris; il lui porte une lettre du Roi, et lui rapporte une réponse. Elle loge présentement aux
2M MEMOIRES DU DUC Db I.UTKLS.
Tuileries dans l'appartement de M'"de Venladour; jll n'est plus question de l'appartement de M°"de Brunswick | au Luxembourg ; elle l'a trouvé trop grand. On croit que ' le Roi lui donne la maison de la Surintendance, pu est morte M'"Ma duchesse de Lesdigui^res (Vivonne). A l'égard de la pen&ion, eelii n'est pas encore absolument ter^ miné^ rpaîs on croît f|ue ce n'est plus que 18,000 livi ce qui, avec les 12,000 qu'elle a dsjà, fera 30,000 livi On croit aussi que le Roi ne payera que ses dettes | sonnelles et point celles de M. de Mailly.
Le petit de Vintimille partit avant-hier. Le Roi sigiiB.J hier le contrat de mariage de M. le chevalier de PolignaoJ avce M'" de la Garde, tille du président ; c'est une passio&f réciproque qui dure depuis longtemps. M"' de la Garde ^m au moins500,000 écus debien; on prétend même qu'elle a 50,000 écus de renie et encore de l'argent comptant; elle est de Lyon, au moins sa grande mère y demeuroit et y est morte depuis peu. On dit qu'elle n'est ] jolie.
Le Roi partit hier pour Choisy, avec M"= de la Rochd sur-Yon et sr'de la Tournelle. M""LaDuohesse,M°"d'E» mont et M™" d'Antin dévoient s'y rendre de Paris. Attl voyage que fit ici M"'' la Duchesse, à l'occasion du bap^T tème, le Roi lui fit dire par M. de Lassay qu'il comptoîf qu'elle iroit à Choisy. Le lendemain. M"' la Duchesse étant allée chez la Reine au sortir du grand couvert, le Roi, qu^ entre toujours le premier dans la chambre, lui parla de la commission qu'il avoit donnée à. M. de Lassay. M™' la Duchesse lui répondit que la commission avoit été exécutée, mais qu'elle étoit trop vieille pour aller à Choisy, que d'ailleurs sa santé demandoit qu'elle fit quelques remèdes. Le Roi lui dit qu'il ne la troavoit point trop vieille} ■ elle lui répondit : a Vous m'avez dit vous-même qu'uoÂV femme étoit sur le retour à soixante ans, j'en ai présenle-T ment soixante-dix ». Le Roi lui répondit qu'il la trouvoit jeune à soixante-dix ans. « Cela étant, dit M"* la
J)ucl^csf3e^ cp sera pour cet été, puisque ypus |e voulez absolument^ car pour Tbiver il n'y a^ pas moyen d entreprendre ce voyage. » Cela étoit la veille du baptême. Le lendemaii), ^u baptême, le poi a'^pprochi^ die I^"? la Pucbesse, et lui demanda comment elle s^e portojt; elle lui dit qu'elle ne se sentoit pas trop l^ieu- ^^ J'espère^ dit le Roi, qije cel^- ira mieux d'ici à mon voyage de Choisy, et que vQus serez en état d'y venir. » Pepuis qu'elle est retournée à Paris, il a envoyé le duc de Villeroy lui dire qu'il comptoit qu'elle viendroit à Choisy, si sa santé }e lui perme^toit; et samedi le Roi renvoya le duc de Villeroy prier M"* la Duchesse de proposer à M"* d'Egmpnt d'y venir, et de lui dire que c'étoit de la part de S. M.
Du mercredi 12, Versailles — Je vis hier M"*' ^e l>Iailly; elle loge dans la chambre à coucher de M"^ de Veptadour, aux Tuileries; c'est une grande chambre, fort triste çt fort froide. Elle est maigrie, elle pleure toujourç, et ne parolt avoir pris encore aucun parti; elle n'avoue ppint avoir reçu d'autres lettres du Roi que celle par laquelle il lui manda de rester à Paris; cela n'empêche pasqiielefait des dix-huit lettres marqué ci-dessus ne soit yr^i. Ellpdit n'avoir point refusé le l9gement de M™® de Brupsyi^ick, ^u Luxembourg , mais qu'^u cojitraire elle a toujgur^ accepté ce qui lui a été proposé de 1^ part du Roi. Mais comme elle s'est fait upe loi de tepir ce Içngagç, on peut ne pas ajouter foi à tout ce qu'elle dit sur ce sujet. Elle parolt ne savoir ^ucun, des arrangements dont il est question pour elle, et ne s'en point embarraçser; çlle dit qu'elle compte bien qu'elle ne reviendra îamais à Veiv sailles. La vie qu'elle mène est la plus jlriste et la plus solitaire que l'on puisse imaginer; elle va tous les jours dîner à l'hôtel de Noailles, tète-à-téte avec la maréchale de Noailles, tout au plus la duchesse de Gramont en tiers; elle revient chez elle de bonne heure, et y reste jusqu'à neuf heures ; à neuf heures, elle va passer la soirée tête-àtéte avec M"* la comtesse de Toulouse.
S96 MÉMOIRES DU DUC DE HjyjNES.
M. de Boufflers est ai-rivé aujourd'hui à Paris; sasai^ est en fort mauvais état.
Dimanche, le Roi allant à. Choisy tira dans le carrosS une tabatière de sa poche, et l'y remit sur-le-champ; le lendemain cette tabatière se trouva sous le chevet du lit de M°"' de la Tournelle; elle la montra le matin à M. de Meuse. U y a en foui au voyage de Choisy vingi-six pej sonnes, vingt hommes en comptant le Roi, et six dama M. de Rreteuil y est allé aujourd'hui souper avec le Roiï il étoit le seul des secrétaires d'État qui n'eût pas eu e core cethonneur. M. le contrôleurgénéral (tjn'ya { soupe, et n'y soupera pas vraisemblablement; il va i temps en temps le matin recevoir les ordres du Roi r les bâtiments.
On dresse les articles du contrat de mariage du prince Jules (2) avec M"* de Bouillon; on lui donne 20,000livres de rente; M"' de Bouillon en a aujourd'hui 27,000, et 13,000 d'assurées. Ils logeront chez M"" de Guémené; elle l'a demandé comme une condition essentielle du mariage. M"" de Montauban me disoit hier qu'à la mort de M. de Guémené, son beau-père. Une s'étoit pas trouvé un sol de dettes que le courant du mois, et que, par les partages qui avoient été faits entre eux, il étoit constant que M. de Guémené d'aujourd'hui avoit 135,000 livres de rente en fonds de terre affermé, indépendamment des droits seigneuriaux et casuels, et que depuis lesdits partages il avoit été acquis 15 ou 16,000 livres de rente pour M. de Guémené, aussi en fonds de terre. Lejprince Jules a quinze ans, et est à l'académie; M"* de Bouillon en a dix-sept à dix-huit.
M. le cardinal de Rohan arriva ici dimanche dernier avec M. l'abbé de Ventadour, que l'on nomme présenta- J
(1) Il Iravailla le 11 an soie avtc le Roi. (yole du duede Liiynes.) [2] JuIea-Hercute'Hériadcc, prince de Rohan.
DÉCEMBRE ITM. 297
ment le coadjuteur, et dont le titre d'évèque est Acre et Ptolémalde.
La Reine continue de sortir tous les soirs^ soit qu^elle ait soupe avec des dames à son petit couvert ou au grand couvert. C'est presquetoujourschezM™* de Villars qu'elle va ; elle a été chez M. le prince de Rohan pour voir M. le cardinal de Rohan^ et ce jour-là même elle «alla chez M"® de Villars, qui, ne comptant point sur la Reine, s'étoit couchée. Tout le monde étoit couché dans l'appartement; elle éveilla un laquais de M""*^ de Villars, se fit ouvrir la première porte, prit elle-même la clef de la chambre de M"** de Villars, y entra, et voyant qu'elle ne s'éveilloit point, ressortit aussitôt ; elle alla ensuite chez M*"® la ma* réchale de Berwick.
L'abbé de Broglie va presque tous les soirs chez la Reine , lui donne la main pour la mener chez H*"^ de Villars et pour la ramener ; c'est à dix heures qu'il se rend chez la Reine , et lorsque par hasard il retarde , la Reine Tenvoie chercher.
La Reine est presque toujours dans le même degré d'affliction du maréchal de Nangis ; tout lui en rappelle le souvenir; elle pleure continuellement avec ceux ou celles qu'elle voit en particulier ; elle ne veut presque plus ha* biter ses petits appartements, parce que de là on voit les fenêtres du maréchal, et présentement elle fait presque toujours usage de ses entre-sols, dont elle ne se servoit point auparavant.
La succession du maréchal de Nangis n'a point donné d'embarras pour payer les dettes ; tout étoit payé toutes les semaines chez lui, même les gages; il en étoit dû huit jours à sa mort à celui de ses domestiques qui avoit été le moins bien payé. Il jouissoit de 80,000 livres de rente et en dépensoit 30,000. Son intendant lui apportoit de temps en temps le surplus de son revenu; cependant, à sa mort on ne lui a trouvé que 25,000 livres d'argent comptant.
sys MÉ^rolRt:s uu duc uë luyises.
Ifa vendredi i^, fersaîlles. — Outre la tabatière dont j'ai parlé ci-desscs de M"" de !a Toiirnelle , le Jloi lui ea doDna encore une autre le lendemain ; elles sont belles toutes deux ; la première est d'agute arboriste, émaillée, et l'autre est d'or émaillé. Ce même jour, le Roi en donnih une Tort belle de la Chine à M"" la Duchesse. La geléç l'ayantempèchédechasser, ilaétiSse promener, et M"* d*lajournelle seule de femme Ta suivi. II fait tous les cpati)U sa ronde de visite des dames, et entre toujours chez elles avec toute sa suite, qu'elles soient éveillées ou non. Un jour il a éveillé M""^ d'Egmont. Le cavagnole continue toujours à l'ordinaire; et dans une autre pièce on jojij à quadrille et au brelan, assez gros jeu.
Ce n'est qu'à Choisy qu'on a su enfin , parce ijuç le Roi l'a dit tout haut , que les ennemis s' étaient rendus maîtres de Leitmeritz. Il y avoit plusieurs jours que toui le monde en parloît, et l'on n'en savoit pas précisément la vérité. Le Roi a dit que M. d'Armentières s'y éloit fort bien défendu; il a soutenu un assaut, et s'est retiré dans une enceinte intérieure, où il a capitulé après avoir fait brûler tous nos magasins. M. d'Armentières avec sa garnison, qui est de 800 hommes, a été fait prisonnier deguerre.
Pendant que l'on attend à tout moment des nouvelles les plus importantes de DOS armées, Paris se divertit à faire des chansons et des vers.
M"* de la Tournelle , M. de Richelieu, M. de Haurepas, M. le Cardinal sont le sujet des chansons. On trouvera à la fin de cette année des vers ou chansons sur l'air : ô reguingué, ô Lonlanla, que l'on appelle le testament de M. le Cardinal.
Du lundi iT, Versailles. — J'ai marqué ci-dessus que M. de Breteuil avoitété souper à Choisy; ce jour-là mèroa il travailla avec le Roi. S. M. a travaillé aussi avec M. Amelot et avec M. le contrôleur général. Mais à chaque fois que ces ministres arrivoient , il en paroissoit importuné, et on voyoit qu'il auroit beaucoup mieux aimé rester
0£C£Bf|iRË I74II. «^
^ jouer ii cavi^nole. La vivacité de son goût pour M"* de la Toqrnelle est toujours la même; mais c'est un empressement qui n'a pas Vair mêlé de galanterie^ parce que ce n'est pas le caractère du Roi. A Choisy, il y a lieu de croire qu'il passoit plusieurs heures de la journée avec M"*^.de la Tournelle, indépendamment de celles qu'il y passe dans d'autres temps; pour elle, elle marque peu d'empressement pour le Roi, à ce qu'il paroît dans le public.
Le jeudi , à neuf heures du soir, H. de Richelieu partit de Choisy pour aller tenir les états de Languedoc. U a fait faire une chaise de poste où l'on porte dans un coffre, derrière, à manger pour plusieurs jours; et sur le devant il y a de quoi mettre trois entrées toutes prêtes à mettreau feu; de sorte que son cuisinier, qui le suit, s'avançant un peu avant lui, avec le panier où sont les entrées, lui tient son dîner ou son souper prêt également partout. Outre cela, il a fait mettre dans cette chaise, un lit où il est couché entre deux draps ; il se déshabilla donc à Choisy, et après que Ton eut bassiné le lit de sa chaise, il y monta , se coucha en présence de trente personnes qui étoient là, et dit qu'on le réveilleroit à Lyon. M"* de la Tournelle parut assez fâchée de son départ. La veille , H. de Richelieu s'étoit trouvé assez mal en jouant à l'hombre avec le Roi.
H. le duc de Brancas demanda hier l'agrément pour le mariage de son fils, dont on a reçu le consentement et auquel on a envoyé un congé.
une jg Flavacourt accoucha samedi matin , à paris , d'une fille, chez M"* sa belle-mère, où elle loge. M"'de la Tournelle partit de bonne heure de Choisy, après le diner, et fut à Paris voir Madame sa sœur. M"** de Mailly y étoit un moment auparavant; mais ayant été avertie, elle s'en alla. M. de Neslc y étoit aussi et resta. M"* de la Tournelle lui marqua beaucoup d'amitié , quoique tout le monde sache bien qu'elle n'est pas sa fille.
L'arrangement de M*"" de Mailly est enfin terminé ; oo paye toutes ses dettes personnelles, en diminuant quelque chose sur les mémoires. Le Roi lui donne 20,000 livres de pension, outre les 12,000 qu'elle a déjà; et pour logement la maison rue S' Thomas du Louvre où logeoit feu M"" de Lesdiguières ; mais il faut la meubler et faire un établissement, et elle n'a pas un sol ; on dit qu'ellâ a demandé à èlre payée d'une année d'avance. Ce qui est de certain , c'est que le Roi lui a écrit aujourd'hui. On lui représentoit , il y a quelques jours , que la maïsoa qu'elle alloit occuper étoit fort triste ; elle répondit que cula ne lui faisoit rien , que quand le Roi lui auroit ordonné d'habiter une prison, elle y aiiroit été tout de même. On avoit prêté cette maison à M"" de Tessé, en attendant que le logement que feu M. de Tessé avoit au vieux Louvre, et qui fut brûlé il y a deux ou trois ans, fiU rétabli .
M. de Jumilhac présenta hieràla Reine, dans la galerie, les officiers des mousquetaires gris arrivant de Flandre , après en avoir parlé à M"" de Luynes. Elle lui dit qu'il seroit plus convenable qu'ils fussent présentés dans la chambre ; maïs comme il y avoit avec eus deux ou troia maréchaux des logis qui n'auroient pu être présentés dans la chambre, il préférai» galerie. ,
!1 arrive à tout moment ici des officiers de l'arméa" de Bohème, les uns avec des béquilles , les autres avea un bras de moins, entre autres M. le chevalier de Talleyrand, frère du colonel de Noruiandie , qui est fort blessé à un bras. 11 y en a un autre qui a le bras coupé, el pendant qu'il étoit dans son lit les hussards entrèrent dans sa chambre, tuèrent son domestique sur le lit de son maître, et lui défirent à lui-même le bandage de son bras pour y chercher de l'argent ; ils y trouvèrent effectivement trois ou quatre louis, qui étoient tout son bien. Il n'a pas paru que le Roi cherchât à leur parler , et on en a été d'autant plus étonné qu'on l'a vu parler beau-
D)^.C£MBRE 174a. 301
l coup aux ofûciers de marine , comme je l'ai marqué ci- [ dessus. Il ne parolt pas même aussi sensible qu'on le dé- I sii'eroit aux aventures malheureuses arrivées en le ser- [ Tant.
Les nouvelles que l'on a de Prague disent que les vi-
I Vres y sont en abondance , et que le pain n'y étoit pas
[ plus cher qu'à Paris, et que les paysans y apportoient