‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 2)Chapitre 24 sur 69 · L.des vivres de tous côtés. On attend toujours des nouvelles · texte numérisé non relu

L.des vivres de tous côtés. On attend toujours des nouvelles

" de Bavière, principalement du résultat de la conférence

que MM. de Broglie et de Maillebois ont dû avoir avec

H. de Seckendorf au sujet des quartiers d'hiver.

1 M. de Marivaux fut reçu ces jours derniers à l'Aca-

HUémie, à la place vacante par la mort de M. l'abbé d'Hout-

KviUe.

^ M. dePicquigny remercia hier le Roi pour le gouvernement d'Amiens, que le Roi lui a donné, sur la démission de H.lemaréchaldeCbauInes.Ce^ouvernementestde 11,250 livres sur l'état du Roi ; mais il vaut réellement environ 14,000 livres. M. de Chaulnes se réserve les appointe- " ments. M. de Picquigny fut aussi remercier la Reine suivant la règle, et ensuite rendre compte de cette gr&ce à M. le Dauphin, Pour l'obtenir. M, le maréchal de Chaulnes s'est adressé à M. le Cardinal, à qui il a écrit, étant depuis six mois dans son lit dans un état des plus £fU;heux. M. le Cardinal en rendit compte au Roi dans le dernier voyage de vingt-quatre heures qu'il a fait ici. ^L.Cela ne fut pas terminé dans le moment, parce qu'il vou- ^kloit avoir quelques éclaircissements sur le revenu de ce ^K^uvernement , apparemment dans l'intention de voir Hl^il n'y avoit rien à en retrancher. M. le Cardinal renvoya V^oette affaire à M. de Breteuil pour lui en rendre compte. Hier, M. dePicquigny trpuvachezlaReineM. de Saint-Florentin, qui lui dit qu'apparemment il entendroit parler de cette affciire, puisque les provisions dévoient [tasser

I devant lui , Amiens étant de son département. M. de Picquigny alla parler de cette observation i\ M. de Breteuil,

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qui lui dit que les environsd' Amiens éloiénteffectÏTeiafetil du département de M. de Saint- Florentin, maisque la place ne pouvoit en Mre , parce qoe toute place où il y a étati major, comme dans celle-là, est toujours du département du ministre de la guerre. Il y a plusieurs exemples de pareilles grâces , entre autres celui de feu M. le marquis deBezoïis, qui obtint à quinze ans le gouvernement de Camhray , place frontière, sur la démission de M. Ife maréchal son père; etendernierlien, celuideM. le princà de Soubise, qui obtint l'année passée le gouvernement de Champagne sur la démission de M . le prince de Rohan, SoH grand-père. Cette grâce accordée à M, le prince de Soubise, longtemps avant le siège de Prague , éloit bien fivorahle à M. le duc de Picquigny , puisque ayant fait l'urt ellautpe à merveille dans ce siège, et ayant profité des occasions d'instruction , on peut dire que M. de Soubisê ' avoit bien prouvé qu'il méritoit cette marque de bonté du Roi, depuis qu'il l'avoit obtenue , et que H. de Picquigny avoit fait ce qu'il devoit pour la mériter, mèniB avant que de la demander.

Du mercredi 19, kôlel de Lwjnes, à Versailles. — Samedi dernier, M°" deChevreuse eut la fièvre, qui fut suivie^ le dimanche, d'assoupissement et de mal de reins; il parut dès le lundi au soir quelques marques de petite véroie, ^ et hier elle se déclara entièrement. M"" d'Egmont et moi sommes enfermés ici avec elle. Comme M'"'^ de Luynes est restée au château, et qu'elle est instruite de ce qui se' passe, je continuerai à mettre les nouvelles qu'elle me mandera.

Il y a plusieurs jours que l'on parle d'une grandesaugmentation de troupes; l'ordonnance doit paroltre ces* , jours-ci; l'on sait sitremeat dès jL présent qu'il y auré- , âJ6 nouvelles compagnies de cavalerie et 60 dedragoDS>' de 36 hommes chacune ; le capitaine en fera 2S, le lieu-i i tenant 7, le cornette h. On dit jusqu'à présent que le Roi»' ne. donne que le cheval, pas même les armes.

nUjemVi, VéhAillei. — Hier fnflliû, l« é&lfiitg dès miniiÂrèfii s'aâsehibla chez M. le cardinal tenein; cela fit Une grande ildatelle ici ; cepëndatit on 7 donne une etpli-catiôfa iithple 9 et Ton dit que M. le cardinal de Fleury n^étant point eti état d'assister au comité^ qui se tient à Issy^ dans ùh autre cabine t^ il étoit bien plus naturel qiie Ton le tint à YertoilléiS où Sont tous les ministres ; et cela étànt> que Ton ne pouvoit le teni^ que chez M. le cardinal Ténciii. '

La petite vérole de M™" de Chevreuse va tout au mieux jusqu'à présent ; elle est dans son trois , et entrera ce soir dans son quatrième jour.

Le bruit s'est répandu à Paris que l'armée de Prague étoit sortie et venoitsousEgra^ mais cela parolt sans aucun fondement.

On trouvera ci-après des nouvelles de Bavière.

Du jeudi 20, Versailles, — M. de Saint-Aulaire mourut lundi dernier ; il a reçu tous ses sacrements. M. de Vernage étoitson médecin ; il lui disoit qu'il ne songeât point à le guérir, qu'il y avoit déjà quelque temps qu'il étoit las de vivre , qu'il n'étoit plus bon à rien ; cependant, quand on lui dit que la religion demandoit que l'on fit ce qu'il étoit possible pour prolonger ses jours, il prit les remèdes qu'on lui donnoit. Il est mort d'une petite fièvre dans sa cent-unième année. M. de Saint-Aulaire étoit Limousin ) oncle de MM. d'Aydie; son fils avoit épousé la fille de M"* la marquise de Lambert. Feu M"' de Beuvron, belle-sœur de M. le duc d'Harcourt, étoit sa petitefille: M. de Saint-Aulaire étoit de l'Académie françoise; il avoit beaucoup d'esprit, un caractère doux et complaisant, un tour de galanterie fort aimable. Il faisoit de trèsjolis vers, avec beaucoup de facilité. Il étoit fort attaché à M*"^ la duchesse du Maine; il l'appeloit sa bergère, elle l'appeloit son berger. Avec l'air toujours mourant, il avoit cependant une santé assez égale ; il mangeoit à toutes les heures, veilloit tant qu'on vouloit. Il venoit d'arriver

depuis peu de temps du Limousin, c'étoitle second voyage qu'il y faisoit depuis cinq ou six ans; il n'y a qu'un ou deux ans qu'il mou loit encore à cheval, et alloit à la c)iasse du lièvre. Une des preuves de la galanterie naturelle de sonespritful cequi luiarrivail y aquinze ou seize ans, à Sceaux. Étant à table avec M. le duc du Maine, M"" la duchesse du Maine lui envoya dire qu'il devroît bien sur-le-champ faire quelques vers pour elle ; sans quitter la table , il lui envoya dans le moment les quatre vers suivants :

" La dinnité qui s'amuse

n A s'informer de mon secret, n Si j'étois Apollon, ne seroit point ma muse, ■ Elle seroit Thétis, et le jour finiroit. •

On m'envoya hier l'ordonnance pour l'augmentation ; ' elle n'est pas absolument telle que je l'ai marqué ci-dessus. On en trouvera l'extrait ci-après.

Du dimanche 23, Versailles. — Jeudi dernier, le Roî soupa dans ses cabinets avec M"" de la Roche-sur- Yon , M'"''de la Tournelle el M"^ d'Antin. La veille au soir, il reçut des nouvelles de M. le Cardinal, après lesquelles il parut dans le trouble et dans l'agitation; il envoya avertir. M. Orry, M. de Maurepas, M. Amelot et M. de Saint-Flo-^ rentin, l'un après l'autre ; après quoi, il parut plus tranquille. On ne sait point ce que contenoient les nouvelles, qu'il reçut; mais il dit le lendemain qu'il n'avoit jamais été si en colère ; que les suites mêmes pourroient en être fôcheuses; que si ce n'étoit pas un crime de lèse-majesté an premier chef, il l'étoit au second, et que cela le regardoit personnellement. On lui demanda sur cela si' M. Orry le savoit, et il répondit qu'il en avoit ouï parler* On lui représenta qu'il falloit bien examiner avant quede condamner ; « C'est ce que je ferai, » répondit-il.

Ce même jeudi, le Roi écrivit à M"" de Maiily pour lui' mander qu'il neUii écriroit plus; il dit que cela la ruine,

DECEMBRE 174S. parce qu^elle donne toujours à ceux qui lui apportent les lettres ; mais qu'il lui écrira par des occasions.

M™' de la Tournelle alla loger hier dans son nouvel ap- |>arteinent, qui est composé de celui de M. le maréchal de Coigny, Celui de M. et de M"" de Matignon est destiné ■pour M. et M"'^ de Lauraguais.

y a deux ou trois jouira que M. le maréchal de Noailles fut appelé au comité des ministres et travailla lyec eus.

L'on fait une augmentation dans le régiment des gardes, de quatorze hommes par compagnie, ce qui met les compagnies à 1^0, comme pendant la dernière guerre. JLes six bataillons marcheront en campagne, et il restera pour la garde du Roi un détachement de 25 hommes par compagnie, avec cinq officiers de chaque compagnie pour les commander; tous les officiers tireront au sort, ceux qui auront les hillets noirs resteront.

Liste des bénéfices donnés avant Noël.

L'évèché du Puy à M. l'abbé de Pompignan; celui de Jtoulogne i l'abhé de Pressy ; l'abbaye de Valloires à M. l'évèque d'Amiens; celle des Cbastelliers à l'abbé de j^ateigner de Rouvre ; celle de Marsîllac à M. l'ahlté Quesnel ; celle de Bonnefonds à l'abbé de Rochechouart- ^audoas; celle deSellièresàl'abliédesRuaux deKoufliac. - Du mercredi 25, à l'hôtel de Luyms, à Versaillei. — f>a «olère où étoil l'autre jour le Boi, comme je l'ai marqué, Tenoit, à ce que j'ai appris, de ce qu'un homme, qu'on le m'a point nommé, qm aolliciloitunc place de fermier [éoéral, a montré un bon de S. H. Le ftoi dit que ce bon «Bt faux, et l'on cherche l'homme pour l'arrêter; mai» il É^est enfui. On avoil voulu dire qaecebonéUiH réel, ma'it 1*11 De pouToit avoir d'effet qu'après la mort de M. le .Cardinal; mais c'est un propos de gens qui neconaoÎMenf ■as le Roi» car son caractère essentiel est la vérité. On dit qu'il y a une Mire de H, de Belle-lMle qui pro- T. ir. 30

posé de sortir de Prague, seulement avec sa cavalerie, et ■ qui diiinande à ijui il pemettra le commande m eut d» riufanterie. On ajoute que c'est M. l'ablié de Broglie qui amoctré cette lettre, et que cela fait une tracasserie entra les ministres ; ce fait mérite d'ôtfe éclairoi .

Les deux places vacantes d'aumôniers du Roi sonfr remplies; celle de M. l'abbé de Choiseul est donnée i M. l'abbé de Montaïet , dont le frère a été blessé eu braS en Bohème; celle de M. Tabbé de laGarlaye, aujourd'bui évêque de Clermont, à M. l'abbé de VinlimiUe, cousin de M. l'archevêque de Paris.

On a reçu deux lettres de M. le marécbal de Belle-lsle; il marque qu'il est entré un convoi de bœufs à Pi^gue ; il marque en chiffres 900 ; on ne peut pas croire que ce ne soit une faute et qu'il n'y ait un zéro de trop.

On parle d'un voyage de Marly, pour le mois d'avril ou de mai prochain. M. de Lassurance, contrôleur de Marly, a reçu des ordres pour quelques cban^ments; le Roi prend pour lui l'appartement au-dessus du sien, qui est celui de M. le duc d'Orléans.

On trouvera à la fin de cette année la relation et la ca-* pîtulation de Leitmerîtz, que M"" d'Armentières m'a envoyée; elle la tient de M. son iils.

Je vis hier une lettre de Francfort, du 18, par laquelle il paroltque l'on a été fort content d'abord de voir M. de Brof,'lie s'avancer au secours de M. de Seckendorf ; mais que depuis l'on a été fort surpris d'apprendre que M. de Seckendorf ayant avancé, M. de Broglie nait pas m&rché pour le soutenir, comme on en étoit convenu. On trouvera ci-après quelques lettres à ce sujet.

L'on sait depuis plusieurs jours que la Czarine a déoltiré l6 prince de Holstein son successeur, et qu'il a embrassé la religion chrétienne grecque ; l'on croit que la Czarine l'épousera. Le duc de Holstein a été baptisé et a pris le nom de Fédérowilz, c'est*A-dire fils de Frédéric,

Le Boi fut hier & la messe de minuit, à la tribune, à

DfiCKHBRE 1741, soT

L'orâiUiiire ; il ne fut point à matines; aujourd'hui, il a entendu la messe en bas ; c'est M'"' de Marsan qui a quêté ; M"" la princesse de Conty a suivi ta Reine à l'offraDde; H, l'évêque de Laon (Rochechouart-Faudoas) a ot'licié.

M. le Dauphin soupe aujourd'hui au grand couvert pour la première fois.

Il y a quelques jours que le Roi envoya à M°" de Mailly une montre d'or, qui étoit commandée pour elle il 7 a déjà longtemps.

Le Roi ayant souffert d u froid à vêpres n'a pas resté au BermoD. lie prédicateur a fait & la Reine un complimeot

Davendredi-nihôUldeLiiifnes^à Verstàlles. — M. de Boufflera arriva ici il y a deux ou trois jours ; le Roi l'a reçu avec toutes sortes de marques de bouté; il alla au-devant de lui , lui demanda de ses nouvelles; et M. de Boufflers lui ayant dit qu'il ne son^eoit qu'à rétablirsa santé promptenient pour être en état de recommencer à, le servir au plus t6t, le Roi lui dit que quoique ses services lui t'ilssent fort agréables, ce qu'il désiroit de lui dans le moment présent étoit qu'il songeât uniquement tl se rétablir. On a remarqué que la Reine n'a pas fait la même réception à M. de Boufflers, et qu'elle l'a traité assez froidement ; cependant elle avoit beaucoup débouté pour lui, et il lui a toujours été fort attaché; mais comme il s'est déclaré hautement pour H. de Belle-lsie , aussi bien que M. de Luxembourg , les partisans de M, de Broglie en ont murmuré hautement. La Reine voyant tous les jours M. Tabbé de Broglie, comme j'ai marqué ci-dessus, on ne doit plusêtre étonné de la réception qu'elle a faite à M. de Boufflers .

M. de Fargis mourut lundi dernier, dans la huit du 6 au 7, de la petite vérole; il avoit cinquante à soixante ans ; homme aimable et de bonne compagnie ; il avoit été capitaine des gendarmes de la Reine; il avoil hérité de U.deHontmort, son oncle, de la terre du Hesnil-Habertou

S08 MÉMOIBES DU DUC DE LUTNES,

Mesuil-Saint-Denis , entre Versailles et Rambouillet; il' l'avoit vendue depuis àM. le comte deToulouse, qui, après en avoir distrait ce qui lui convenoit, l'a revendue deppis à un M. Selle, dont le frère est intendant des Menus.

Il parolt par les nouvelles de Bavière que M, de Sec- kendorf et M. de Broglie ne sont pas trop d'accord. On trouvera à la fin de ce livre des lettres détaillées et curieuses sur ce qui s'est passé en dernier lieu dans cette armée. i

J'ai oublié de marquer ci-dessus que le Roi accords, il y a environ quinze jours ou trois semaines, une peosïon de 800 livres au S^ Lemoyne, qui a fait la statue équestre de S. M. pour Bordeaux. Le S' Lemoyne me dit dans ce temps-là que le marché qu'il avoit fait avec la ville de Bordeaux étoit de 110,000 livres; mais que celte ville lui avoitpromisun dédommagement, d'autant que ladépense de la fonte s'étoit trouvée plus considérable qu'il u'avoit cru d'abord, et avoit été augmentée par les accidents arrivés dans la dite fonte. Le S' Lemoyne prétend que cette dépense ira en total k 4-00,000 livres. Sur les représentations qu'il a faites à M. le contrôleur général, il a déjà obtenu 10,000 livres de gratification sur les octrois de la ville de Bordeaux. La pension de 800 livres est encore une grâce considérable. Cette statue doit être emballée dans un mois ou deux, et partira ensuite pour Bordeaux.

DuIundiSl, Yersailles. — On apprit, il y a deux jours, par un courrier, la sortie de l'armée de M. deBelle-Isle de Prague (1).

i retraite ilc BoMme

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