‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 2)Chapitre 4 sur 69 · JANVIER I7M. S · texte numérisé non relu

JANVIER I7M. S

lUp d'esprit et de mérite et que l'on a regardé longtem ps

h portée d'être fait contrôleur général. M, le duc d'Estiasac n'avoH qu'une iille , ftgée de deux Ion trois ans, de M"* de la Rochefoucauld; elle mourut il Ky a douze ou quinze joure.

M"* la maréchale de Villars est depuis cinq ou six jours

>©rs d'affaire; elle a eu une petite vérole qui a commencé

l'une manière que les médecins ont cru que c'étoit apo-

lesie ; ils l'ont même traitée pour cette maladie; elle a

é extrêmement mal et l'on ne croyoit pas même qu'elle

I«a pùl revenir.

Avant-liier 27, M. le chevalier de Beile-lsle arriva de rancfort ici sur les deux heuresaprès midi ; il étoitparti m^B 23, veille de l'élection, pour venir à. Manheim. Il se ^rendit Je 24 à Turkheim, où il avoit donné rendez-vous H courrier que lui devojt envoyer M. le maréchal de elle-lsle; il re^ut ce courrier le 24 à sept heures du soir ^Turkbeini, et partit aussi tàt. On ne peut guère faire une s grande diligence, il a apporté la nouvelle que l'élec- «ir de Bavière, roi de Bohème , avoit été unanimement élu empereur; il prend le nom de Charles VU; il ne sera sacré et couronné que les premiers jours du mois prochain. M, le Cardinal, en présentant le chevalier de Belle- Islesu Roi, lui dit : « Sire, voilà un grand événement pour le règne de V, U. ; elle a lait un empereur et n'a s voulu l'être, a Le Roi dit en arrivant au chevalier de I^Ue-Lsle qu'il le faisoit lieutenant général de ses armées. I Le Roi dit le même jour que le roi de Prusse marcboit ^ la tète de cinquante mille hommes du celé de Vienne. ^(H(d comme cela s'est passé. M. deBelle-lsle, voyant que général Neuperg persistoit à ne vouloir pas abandonner Budweiss et que M. de Kevenhuller d'un autre côté continuoit à tenir Lintz bloqué, avoit écrit au roi de Prusse pour lui représenter qu'il seroit bien essentiel, dans pareilles circonstances, qu'il voulût bien ordonner au général Schwérin, qui est en Moravie, de s'avancer dij cèté

de Vienne pour faire une diversion. Sur cela le roi de Prusse a mandé à M, de Belle-Isie que puisque cela lui faisoit plaisir il feroit encore mieux, qu'il alloit lui-même . se mettre à la tète de l'armée. Eu conséquence, il a envoyé dire à M. de Valory, notre ministre à sa cour, qu'il partoit pour Dresde ; et au lieu des fêtes qui étoient préparées pour lemariagedu prince Guillaume, son frère, et qui se dévoient continuer pendant ce carnaval, il est partisans aucim équipage pour Dresde. Il a demandé au rtA de Pslognede lui donner les vingt mille Siixons qui sont avec M. de Pokslrou entre Teutchbrodt et Iglau; il lui a dit qu'il espéroit qu'on ne lui refuseroit pas le corps de troupes de M. de Polastron (1), et qu'ilcomptoit avec ces corps réunis et environ trente mille hommes qu'il a en Moravie, s'avancer du côté de Vienne.

On a eu nouvelles ces jours-ci que M, le maréchal de Terring, qui étoit parti de Pisekpour aller ^Psssau, et de là du côté de la li. ute Autriche, avec hnit ou neuf bataillons bavarois assez folioles, avoit trouvé p^ii' delà Passau, dans une plaine, un corps de hussards autrichiens assez considérable qui l'avoient attaqué, qu'il h'étoit défendu longtemps, mais qu'il avoit été obligé de se retirer avrt perte.

Il y eut jeudi dernier bal en masque chez Mesdames;' tout se passa comme au bal précédent, dont j'ai parlé ci-dessus. La Reine y alla après son souper, et y resta une heure ou une heure et demie; le Roi n'y fut point.

Hier, il y eut bal en masque chez M. le Dauphin. On dansoit dans le grand cabinet de M. le Dauphin et dans son cabinet d'étude. Il y avoit deux tables dans le cabine

U) M. de Polsstron n'a avec lui qu? le régiment du Roi. le régimisl d'Arjillau-cavulerÎK vl qui^lques deiauiiernenlii de );renadiers ; il parait que l'oa est li'<;«-i:ouleiii. de ia cuudoile qu'ii lleal, de la diadpliDe qu'il fait obneTttt^ et que d'aillLun i«s Saxons se louent >)eaucoQp de lui. (yole du duc d*' Ltigntt.)

de glaces oà l'oo jouoit à cavagnole, et la collation étoit dans la salle do M. Je Chàlillon.

M"" de Mailly a prestiut; toujours été enrhumée depuis

Kuinze Jours et n'a point sorti de sa chambre ou de son t. Sa semaine étoit la semaine dernière ; elle n'a point u fout été chez la Reine ; elle a toujours demeuré pendant ce temps et couché dans le petit appartement dont j'ai parlé ci-dessus, qui a été fait sous le nom He H. de Meuse. Le Roi continue à y dîner tous les jours et y soupe toutes les fois qu'il ne soupe pas au grand couvert. Comme la gelée a duré tré&-longtemps, le Roi n'alla & ^Ja chasse que samedi dernier pour la première fois depuis ^^plus de quinze jours ; il n'a pas paru s'ennuyer d'être si Hlongtemps sans chasser, et quelqu'un même lui en ayant parlé, il lui dit ; «Mais ne sommes-nous pas bien ici? » Il dit même, dans une autre occasion, à un officier des gardes qui étoit derrière sa chaise : a ie ne me soucie plus autant de la chasse que vous croyez. » On parle de réformes dans les deux meutes et dansla grande et la petite écurie.

Le chevalier de Soudeil, chevalier de Malte et exempt des gardes du corps de la compagnie de Noailles, quitte.

^Ce bâton a été donné à M. de la Paye , capitaine de drains. On conserve à M. de Soudeil son rang de colonel réformé et on le met à la suite du régiment de Noailles ; il aura 1,080 livres d'appointements, comme colonel réformé, et compte aller tenir galère, M. de la Paye lui donne I»0,000 francs.

ill y a déjà quelques jours que le Roi a accordé à M. de SaJnt-Aignan pourson second fils, qui est devenu présentement son aîné, le régiment de cavalerie vacant par là mort de M. le duc de Reauvilliers , son fils aîné, et au chevalier de Saint-Aignan, le quatrième de ceux qui restent, la compagnie que son frère avoil dans le régîmentde Beauvilliers. Cette affaire a souffert beaucoup de "tiiScultés; on vouloit donner le régiment au lieutenant-

se MKMOIRKS DU DUC DE LUÏNtS.

colonel, qui est dans le cas d'en mériter un , et eufiu il été décidé que M. de Saint-Aignan payeroit à ce lieuU nant-colooel le prix du régiment.

H. de Meuse continue à dîner tous les jours dans ] petit appartement avec le Roi et H'°° de Hailly, ou avea M'"'. de Mailly, quand par hasard le Koi est à. la chasHe;iI soupe de même toutes les fois que le Roi soupe dans ce petit appartement ou chez M"" la comtesse de ToiilouseJ. et il f»ut avouer que cet honneur dcmaude une assiduité et une exactitude qui peut dans certaines occasions donner, un peu de contrainte et de gëce. M. de Meuse, qui a btea servi et qui est lieutenant général, demandoit à servir dé# l'année passée, et cela avec beaucoup d'empressementii il en parla dans ce temps-là au Roi, qui lui dit : k Ce sent, pour l'année 17I»2. » Dans celte occasion-ci, il a jugé à propos de faire souvenir le Roi de ce qu'il lui avoit fait l'honneur de lui dire. Le Roi lui répondit : « Je m'en souviens fort bicB , mais j^ai changé d'avis ; je ne veux pas que vous mequittiee. » M. de Itleose, plus occupé de la douleur de ne point servir que des marques de bonté que le Roi lui donoott dans cette occasion, panit triste et rêveur à ce discours; le Roi lui dit: « Il ne faut point prendre un air aussi triste, je suis persuadé de toute votre volonté ; mais que voulez-vous faire en continuant le sei^ vice, vous n'êtes plus jeune, vous avez une assez mauvaise santé; que voulez-vous devenir, maréchal de France?ne puis-je pas vous faire duc et pair et chevalier de l'Ordre 7 Tenez-vous donc tranquille et ue soyez point aussi affligé que vous le paroissez. »

Il mourut il y a quelques jourà un huissier de U chambre de la Reine, nommé Desfossez; cette placea été donnée au nommé Jlozac, concierge de Trianon et valet de chambre tapissier de la Reine. Je mets ce fait, quoique peu intéressant, parce que les huissiers se mettent d'un ordre au-dessus des valets de chambre.

FKVBIKH i7i«

Jb*VniveT«lU présente ua cierge au Roi, à la Reiae et au DauplÛQ. -r- Héceplïon lie chevaliers clu Saint Esprit. — Le p. Taioluricr. — Mort île U «xn- ' tesse de Brioiine. — Prise de Lintz. — Mort an chevalier dfi Be»mfi. — - AiidioDec des Ëlat» dt Bretagne, — Appaitemeot de M<** ds Htilkj. -- Pré> I iWnUlioii de la marquUe de Véne. — Bal cbet le Oauiiliio. — Cale ds I Madame. — M"' il'Aumonl, — Portrait rlu roi de Prusse. — ContestatioD Pentre la maréchal de Broglle el M. de Séchelles, — Audience de l'envoyé de - Le Roi et M"' de Mailly. — Mariage «lu prince d'H)v>f. — e du lukoi&tre anglais Botwrl Walpole. — Conversalioa du Roi. -~ X''v£<|Ue de SoigsoDs achète la diarge de premier aumûnifr. — Le comte - Viaitea de l'ambaMadeor turc. — Bégiments donnés.

' ]hnamedi 3 février, Versailles. — Avant-hier, veille FAe la Chandeleur, rUoiversité vint ici en corps, Boivant f l'usage, apporter un cierge au Roi, à. la Keine, à M. le Dauphin et à Mesdames. Le recteur avoit une robe longue bordée de fourrures. La Keine le reçut dans sa chamlire, del>out contre la table de marbre; c'est ce qu'on appelle audience particulière. La harangue du rectetfr ne fut pas extrêmement longue et me parut bien. On présenta c« même jour deux aiitres cierges au Roi et k la Reine dan» la matinée, l'un par le supérieur des Pères de la Trinité, qui fit un compliment fort court et assez médiocre, l'autre par la confrérie du Saint-Sépulcre; celui-là sans compliment. L'après-dlnée , le S' Mercier, contrfileur de Is maison de la Reine, lui apporta un cierge; c'est l'usage. U différence qu'il yaenlre ces différentes présentatioM de cierges, c'est que la Reine reçoit de sa main les trois premiers, et qu'à l'égard de celui qui est présenté par le S' Mercier, c'est la dame d'honneur qui le reçoit dans la chambre de la Reine pour le présenter à S. M.

Hier, jour de la Cbaodeleur, il n'y eut que trois récep(ions(l), M. le cardinal de Tencin el M. l'archevêque de Narbonne étant absents. M. l'évèque de Langres (2) et

(I) Be chenliers de l'ordre du Saiu^Eaprit,

(')Gyiierlde Monlmorin de 5aint-H^eni.

M. l'archevêque de Bourses (1) furent reçus immédiatement avant la messe ; aussitôt après, M. de Lnngres alla s'habiller pour dire la grande messe. On croyoit qu'il n'y auroit peutrèlre pas un assez long inlervalle pour qu'il eût le lentps de s'aller habiller; mais le Roi dit qu'il attendroit s'il éloit nécessaire. M. le duc de Penlhièvre fut reçu immédiatement après la messe; ses parrains furent M. le duc d'Orléans et M. de Chartres. Les revers du manteau de M. le duc de Penlhièvre étoient couverts de diamants, et lemanteau tout neuf. M™^ la comtesse de Toulouse avoit mandé quelques jours auparavant à M"" de Mazarin que le Roi trouvoit bon qu'elle lui prêtât les pierreries de la Couronne. M™ de Mazarin, qui est toujours à Paris depuis environ quatre mois, à cause de sa maladie, écrivit à la Reine pour lui demander ses ordres au sujet des dites pierreries, et la Reine lui manda de les donner.

Ce fut M"^ d'Andlau qui quêta.

Hier fut lé premier sermon du prédicateur du carême ; c'est le P. Tainturiec, jésuite ; il prêche bien , à ce qu'il paroU, et avec un air d'autorité et en même temps de familiarité que quelques personnes trouvent trop grande. II faut convenir qu'il a le défaut de parler trop vite et pas assez haut. Son compliment fut assez bien; ce fut, à parler vrai, une instruction plutôt qu'un compliment.

Hier au soir, l'on apprit la mort de M°" la comtesse de Brionne. C'éloit la seconde fille de feu M. le duc de Gramont; elle est morte d'une fièvre maligne en cinq ou six jours de temps ; elle étoit ici au dernier bal en masque chez Mesdames.

On apprit avant-hier au soir que le général Kevenhuller s'étoit rendu maître de la ville de Lintz, capitale de la haute Autriche. M. de Ségur, lieutenant général, n'avoit que huit ou di\ millehommespour défendre tout ce pays; il a tenu fout le plus longtemps qu'il a été possible et

avoit été obligé de se renfermer dans Liniz. La reine de Hongrie y a fait marcher une artillerie nombreuse et a même donné presque tous ses atlelages pour la conduire. M. de Ségur, et toute la garnison, a été obligé de promeltre d'être un an, à compter du jour de la capitnlatioa, sans servir contre la reine de Hongrie. Le grand-duc étoit venu en personne à ce siège et avoit fait mettre le feu aux faubourgs, Lintz est une très>mauvaise place et n'a pu résister contre une très-nombreuse artillerie qui a tiré sans cesse pendant quatre jours. Les ennemis se sont avancés jusqu'à Passau, qui est une ville ouverte et dont ils se sont rendus maîtres sans peine. Le sentiment de M. le marécbal de Belle-lsle n'étoil point de risquer les troupes du Roi dans un endroit aussi désavantageux ; il vouloit qu'elles se retirassent sous Passau, d'autant plus que la haute Autriche, n'ayant point de places fortes, est toujours fort aisée à reprendre. L'électeur de Bavière, aujourd'hui empereur, a toujours persisté à vouloir que l'on restât dans Lintz. M. te marécbal de Terring, qui avoit été détaché de l'armée de M. deBroglie pour tâcher de secounr cette place, a été battu en chemin. Ce sera un détail curieux dans la suite des temps que la quantité de fautes que l'on a faites dans cette campagne. On ne peut les imputer qu'au peu d'expérience de l'électeur el de son général M. de Terring, et en même temps au peu de fermeté qu'ont eue nos lieutenants généraux, qui n'ont jamais pu faire exécuter les projets formés par M. de Belle-isle. Le temps qui a été employé inutilement àfaire des courses jusqu'auprès de Vienne est la première cause de tout ce qui est arrivé depuis. Il parolt que l'on est ici résolu à renvoyer un corps considérable de nouvelles troupes au pins tôt. Tout dépend présentement de ce que fera le roi de Prusse ; il doit avoir joint ses troupes, les Saxons et le petit corps de M. de Polastronet même avoir m^irché droit ù. Tabor et Budweiss. Le général Neuperg, qui commandoit le corps d'armée qui occupe ces deux postes, en a

no MÉMOIRES DU DUC Dk LTJVNLS.

i«mis le commandement au pi-ince Charles de Lorraine et s'est retiré à Vienne; il retourne commander à Luxem< bourg, où il étoit avant celle guerre.

Du lundi 5, Versailles. — M. le chevalier de Bezous mourut avant-hier, à Paris, de la petite vérole; il est mort le troisième ou quatrième jour de cette maladie; il l'avoit gagnée de M""^ de la Feuillade , sa sœur, avec laquelle il s' étoil enfermé et qui en est guérie. Il ne rest« plus des enfants de H. le maréchal de Bezons que H. l'é* vèque de Carcassonne et M""' de la t'euilJade. Le marquis de Bezoos, qui étoit Talné, a laissé plusieurs enfants, dont l'alné peut avoir quatorze ou quinze ans. Le chevalier de Bezons étoit colonel du Fégitueat de Beaujolois-ln* fanterie.

J'appris hier que M. de ConQans, qui avoit le régiment d'infanterie d'Auxerrois en avoit donné âa démission.

Hier les États de Bretagne eurent audience ; ce fut au-' dience publique. La Reine les recul dans le grand oabinet avant sa chatnhre ; M. de Nangis seul derrière le fauteuil, comme à l'ordinaire . Ils étoient conduits par U. de Dreux qui marchoit devant. C'est H. l'évëque de ^uiuiper (1) qui porloit la parole. Il avoit à sa droile M- le due de Penthièvre, comme gouverneur, et à. sa gauche M. le comte de Saint-Floreutin,com[ne secrétaire d'Étnl de la province. 11 n'y avoit avec lui que le député du tiers état, lequel se mit à genoux, suivant la coutume. Le député de la noblesse est M. le duc de Rohan, qui sert à l'armée de Bavière. 11 étoit en dernier lieu k Lintz avec son régiment.

M. deVassé, qui étoit ici depuis la prise de Prague, prit congé hier; il s'en retourne à l'armée. 11 avoit espéré, pendant sonséjourici,iinirsonmariageavecM"' de Pesé, sa cousine germaine; mais comme cette affaire ne pouvoilpas se terminer de quelque temps et que son régiment marche, il a pris le parti de s'en aller.

[D Ha'sppelle de Cuiller. (Aofedu duc rfc Luynes.)

FF.VRIE,R t74a. 01

Hier dimanche, le Hoî ne l'iit point au salut, s' étant

véaa peu enrhumé le matin; cepondsntil est allé

ftùjourd'bui à la chasse, d'où il va coucher à laMeutte

K)ur revenir demain après souper.

ti"' de Hailly a toujours resté jusqu'aujourd'hui dans e petit appartement dont j'ai parlé ; elle y joue tous les airs lorsque le Roi travaille avec M. le Cardinal. Cet ap~ irtemeut est au-dessus de la petite galerie ; on y monte r un petit escalier qui monte de la cour de M"'' la com- ! de Toulouse chez M™* d'An tin. 11 y a d'abord un HKSsage, à la droite duqyel est la salle à manger, laquelle Hutles petitscabiuelsdu Roi; ensuite un petit coiTÎdor, sea étroit, sur le double duquel est un office et une e à droite; à gauche, une garde-robe de leoime de tambre et une garde-robe de commodité; ensuite la lambre, quîest jolie mais fort petite , éclairée par une aie fuaètre et où il y a uu lit en niche ; ensuite le ca~ ïtinet où il y a deux fenêtres et qui est joli et à peu près comme la chambre. C'est là où le Roi travaille à ses plans, les après-dinées, et quelquefois écrit.

Du mardi gras *i, Yeysaittes. — J'ai oublié de marquer que l'ambassadeur d'Espagne doiiua U y eut hier huit jours un grand halen masque, à l'occasion de l'heureux accouchement de Madame Infante.

J'ai marqué ci-dessus que l'ambassadeur turc avoit dAnaA au Koi onze ou douze paires de pislolets ; S. M. en BÉfeit présent de trois paires que M"" de Mailly a deman- ^H^ pour M. de Luxembourg et qu'elle lui a envoyées ^nv H. de Vassé, une que le Roi adonnée à M. le duc de ^v\illeroy et une à M. d'Ayen.

^P llyacinqou six jours que M*" la duchesse de la Roche- " foncauIdprésentaM"" la marquise de Vérac; c'estlabellefillede feu M. le marquis de Vérac, beutenant général et chevalierde l'Ordre.

On mtrcredi des cendres 1, Versailles. — Il y eut hier W en masque chez M. le Dauphiu ; il commença à dix

heures. La Reine, qui soupoitavec des dames, suivant la J coutuine (car c'est la semaine de M'"" d'Antin et de Mon* lauban), descendit au bal sur les onze heures, etn'y resW qu'environ une lieui'e. Le Roi arriva à une heure de laj.! Meutte (!}, où il avoit soupe, et vint au bal fort peu de temps après; il y a resté jusqu'à trois heures. M"' de»^ Mailly y vint aussi. M™" la princesse de Conly y étoit avi un domino noir; tout le monde la croyoit à Paris; ell«( arriva tout d'un coup avec un masque, affectant de ne se point tenir droite, de sorte qu'elle parut beaucoup plus petite qu'elle ne l'est ; cependant M. le Dauphin la reconnut d'abord. M. le Dauphin, M™'-' Adélaïde, le petit d'Estain§' et M"° de Chalais étoient tous quatre masqués en Espagnols, M. le Dauphin et M. d'Estaing avoient un habitcourt, de velours noir. M™' Adélaïde et M"' de Chalais avoient une robe de velours noir; à la robe de M"" Adé-( laïde il y avoit des bandes couleur de feu, pour égayer un peu cet habillement ; ces quatre habillements formèrent ce qu'on appelle un quadrille. M. le Dauphin avoit beaucoup de diamants sur son habit. 11 y avoit un autre quadrille bleu et blanc (2), composé de M. le duc et M"" la duchesse de Rochechouart, de M. de Marsan et de M""d'Andlau, M"" de la Tournelle étoit masquée en Chinoise, M""" de Flavacourt en pèlerine, M. de Flavacourt en Arabe; il y avoit encore plusieurs autres jolis habits de masques. On dansuitdans le grand cabinet de M. le Dauphin, et l'on y dansott continuellement; il y avoit aussi des violons dans le cabinet d'étude où l'on dansoit aussi de temps enterap9(3). Dans le cabinet de glaces, il y avoit

* (1) Les dames étoient M"'^ Je la Roclie-sur-YoD, M">" de Mmllj, de Cb»- Isia, de Talleyraud et de Sasscnafte, ligote du <tuc de l.uyiies.)

(3) II ; en avoit eneore un Iroislème blanc avec des (leurs. C'ëloient M. et M."' de Ftlz Jainca, M. de Monaco et M"' de Matiipion. Il y a environ deuv mois que M. deMonaco commença à re(iaroltre 'ci. (i\ale diiduc de iujnM.)

(3) Sur les trois heures du malin on lil revenir ces vinlims dans le granil cabniel. (Note du duc de Lvpies.)

deux tables pour le cavagnole, mais sur lesquelles on commença d'abord par manger;ilyavoitdes pâles, des jambons, des daubes, mais toute la viande fut desservie à minuit. La collation étoit dans la salle à manger de M. de Gbâtillou. En fout, le bal étoit trèa-vif et fut trouvé chartiiant(l). M"° de la Rocbe-sur-Yon y vint aussi en arrivant de laMeutte; elle étoit masquée en domino noir. Madame n'y étoit point; elle est malade depuis dii ou douze jours; elle a toujours eu depuis qu'elle est au monde beaucoup de boutons et d'élevures qui ressemblent fortà la gale. Madame infante avoit cette même maladie et en & été guérie par les médecins d'Espagne. La gale de Ha-

me a fort augmenté, et on a été obligé de lui hire garder son lit(2). M"" d'Aumont, fille aînée de M. le duc 'â'Aumont, étoît au bal; elle a onze ans passés; elle n'est

imt jobe, mais elle est faite à merveille et a l'air d'une

itite miniature ; elle ressemble beaucoup à M. d'Aumont ; elle a de la grâce, elle parolt avoir de l'esprit, elle n'est point embarrassée el elle danse à merveille. M°"^ la marècbale de Duras et M"* d'Aumont la menèrent hier chez la Reine pendant -le jeu; elle baisa le bas de larobe; elles l'avoient menée aussi chez M"^ Adélaïde; elle n'a point é\é présentée au Roi; elle n'est venue ici qu'à l'occasion du bal.

Je mets ici le portrait du roi de Prusse que mon fils m'a

renvoyé de Prague il y a quelques jours : • Le roi de Prusse est petit, assez gras sâDs être trop gros, une phy lionoinie spirituelle, de jolis yeux, un visage rond, gai et lif, d'assez Idies dents, des cheveux bruDS bien plantes, l'air noble. (I) Il a darë jusqu'à sii ou sept heures. IXote du duc de Luynes.) (3) H">' de Veotaclour. qui 3iii>e beaucoup Madame, imagioa hier, pour la dé' diimDuger mi peu du bal, de lui diiimer uiip petite tnascarade ; pour cet elTel (Uc le masqua elle-niécDe el lit masquer M"" de la Lande, qui est uoe des KUi-gouvernautes , M. de Saint- Pau el M"' de Casleja. 1! Faut observer que Une de Veuladuur a eDiiron quatre- vio^-dix aus , que M. île Saini-Pau u'e^t HuèreplosjeDne, et que Modela Lande et M"< de Casleja Miat aassij fort *6ée«, (iVo(e du due de Lugnei.)

> Il a de l'esprit et des connoissances sur tout, aiaee sup^ûcielles;

■^ 2 un peu.abandonné les sciences, dont il paroissoitètreoccupé quand

■ 9 étoit prince royal. Il décide vivement , prompteniCDt et absolument

toutes les affaires, et n'ajaie pas les représentations, les longues dlscus-

sïoas ni les donneurs d'.ivis. H D'assemblé jamais son conseil ; on lui

rend compte des affaires sommniremeut , et on dit que souveut il les

décide de même. Il qurationne vivement, spirituellement ; ses questions

pogagetil et même obligent ii des réponses concises; il est curieux des

l'SSagcs de tous les pays et s'cd informe soigueusemeat, mais princi-

I inlement des usages militaires, dont il est extrêmement occupé, voulant

I i^aminer les habillemetits, armements, manœuvres et usages de toutes

s troupes.

i 11 a du talent pour le métier de la guerre, mais il le sait et ne veut

nt profiter de celui des autres et leur demauder leur avis.

■ Il est poli et cherHie b, dire des choses obligeantes, quoique dans I ie fond il soit haut. Il compte pour rien la peine des autres , donne ^ftlxemple pour la fatigue et lu vie la plus dure. U est sobre.

■ Il ne peut se refuser une pt<ii.iifnit«ie fine et médiante sur ceux qu'il trouve ridicules;maisi1 ne irouve pas mauvais qu'on lui répmde, pourvu que la réponse soit bonne, quaud même elle seroit un peu forte.

• 11 aime les François et sent combicu cette nation est au-dessus de la pesanteur et du rampant, de se» peuples. Il a de très-grandes qualités; ses défauts appartiennent pKitSt ■^ sonâae qu'à son < on peut opérer qu'il sera uti jour un grand prince. >

Du samedi 10, VerstUltes. — H. le clievalier de Belle- Isle prit coQgé hier; il retourne A Francfort. Il parult constant que M. le maréchal de Belle-lslc viendra ici fort peu de temps après le couronnement de l'erapereur.

Il y a eu une contestation entre M. le maréchal de Broglie et M. de Séchelles (1). M. de Broglie s'est plaint que M. de Sécbelles, sans son ordre, s'étoit eng'Ogé à fournir au roi de Prusse les subsistances dont il aoroit besoin et qu'il avoit demandées lorsqu'-l est parti pour se mettre à la tCte de ses troupes et de celles de Saxe. H. deSéchelles a représenté que n'ayant point eu le temps de prendre les ordres de M. le maréchal de Brogiie, parce que le roi de Prusse vouloit une réponse sur-le-

<l) Inlenclanl de rnrmée de Bohême.

FÉVRIER I74S. 9li

champ, sftDs quoi il ne seroit pas parti, il avoit cru devoir ii^engager pour ne pas retarder une entreprise aussi nécessaire; que d'ailleiivs il étoit en état de prendre cet engagement sans faire aucun tort aux fournitures nécessaires pouc l'armée de M, de Broglîe. L'affaire a été portée ici et jugée en faveur de M. deSéchelles, llfaudroit savoir plusen détail que je ne sais les raisons de part et d'autre pour bien juger. Il parolt que M. de Broglie a raison en général, mais que dans le cas particulier et la circonsitance pressante où s'est trouvé M. de Sécbelles , U ne pouvoit faire autrement que ce qu'il a fait.

On attend toujours des nouvelles de ce que fera le roi de Prusse; ce que l'onsait jusqu'à présent, c'est qu'il ne veut agir en rien de concert avec H. le maréchal de Broglie ; 11 ne veut ni le voir ni lui écrire; il parott qu'il n'a point oublié la réception que M. de Broglie lui fit ft Strasbour^, il y a environ dix-huit mois.

H. de BczonSjËls aîné du marquis de Bezons et petitfils du maréchal, vint ici hier; c'est M. de Haubourg (1), son oncle, qui l'amena, 11 a demandé le régiment de Beaujolois qu'avoit H. le chevalier de Bezons, son oncle ; il remercia hier. Cette grâce est d'autant plus considérable que M. de Bezons est encore au collège. U est vrai que les malheurs de cette famille rendoient la demande favorable.

M. le comte de firionne est venu ici aujourd hui faire sa r» vi-reore et en même temps son remerclment pour le r^iment d'Auxerrois qui vient de lui être donné; il étoii vacant par la démission de M. de Conflans, comme j'ai marqué ci-dessus. H. le chevalier de Lorraine, frère de M. de Brionne, et H. de Le^urresoot venus en laèaie leai{« faire leur révérence.

Depuis le retour de la MËQtle,M"' de Hailly est rebmniée

fi) IL de MÉiriieaC nstf 4pOM«MC iMe de In M. te «MrMul 4

<pA Mt morte. C.y'ole du ihir de iMfa.)

dans le pelit appartement ; elle joue tous les jours que le Koi travaille avec M. le Cardinal , depuis six heures jusqu'à neuf. Elle ne joue point les autres jours parce que c'est jours de chasse et que le Roi soupe vers les sept heures. Elle ne compte retourner dans son appartement que pendant sa semaine. Les jours que le Roi ne va point à la chasse, il est souvent à travailler dans le cabinet à des plans avec M. Gabriel le iils.

J'ai oublié de marquer ci-dessus que M. le marquis de Clermont-Gallerande, premier écuyer de M. le duc d'Orléans, s'étant retiré avec une pension, M. le duc d'Orléans a donné celte place à M. de Balleroy, gouverneur de M. le duc de Chartres.

Vu 1" dimanche de carême, 11, Tersailles. — Le Roi s recommencé mercredi à dîner au grand couvert; il y dînera toutle carême les jours qu'il n'ira point àlachassCj hors les dimanches qu'il compte souperaugrand couvert, à cause que le sermon commence de meilleure heure et que le conseil finit tard.

On a quitté aujourd'hui le deuil de la reine de Suède; j'ai marqué ci-dessus le jour qu'on l'avoit pris,

Du mardi i3, Versailles. — L'envoyé de Modène{l), évéque d'Apoltonie, qui est un évécbé in parlibm, a ea aujourd'hui audience du Roi etde la Reine. J'étois à celle de la Reine. Il étoit conduit par M. de Verneuil seulement; c'étoit audience publique. M. le Cardinal y étoit et s'y est assis un moment. La Reine étoit dans son fauteuil; elle ne s'est point levée à l'arrivée de l'envoyé, ni en sortant. M. deNangisétoit seul derrière S. M. Le compliment a été en itahen.

Du mercredi ik, Versailles. — Quoique cette semaine' Boit celle de M'"" de Mailly, elle n'est point retournée à son appartement, selon son projet; ellereste toujours dans

(Ij 11 s'ap]iËlle Sabatini, et n'est cvfque que depuia peii de temps. (.Vuîe du due deLuynes,)

le petit appartement dont j'ai parlé ; le Roi y soupe tous les joiiFsde chasse; et, les jours de grand couvert. M"'* de Mailly dîne en gras avec M. de Meuse, et le Roi y remonte aussilôt qu'il a dtué. Ces joui-s-là, le Roi y prend son lait le soir, et depuis plusieurs jours il est descendu à onze heures et demie chez M""^ la comtesse de Toulouse , où il n'est pas longtemps; mais jusqu'à ce moment toute la compagnie qui est admise dans ce petit appartement y reste. Au sortir de chez M"" la comtesse de Toulouse, le Hoi va se coucher.

M. l'ahbé de Broglie a quitté sa retraite; il est ici depuis quelques jours; il ne veut voir ni le Roi ni la Reine, ulement M. de Châtillon et M, le Cardinal pour reiller àce qui regarde M. son frère ; il a vu M"" de Mailly, j*[ui parolt s'intéresser pour lui ; il a vu aussi M™'' la com- Jesse de Toulouse ; mais il n'en a pas été bien reçu. Su samedi il, Versailles. — Le mariage de M. le prince Bavréavec M"" de Santo-Gemini (1), que j'ai marqué plus laut, s'est fait à Paris le lundi 12 de ce mois. Il devient grand d'Espagne par ce mariage, et s'appelle le comte de Priego.

M. le chevalier d'Harcourt , envoyé de Francfort par II, le maréchal de Beile-Isle pour apporter la nouvelle du ■couroanementdel'empereur, arriva hier après le coucher D Roi; il n'a vu S. M. que ce matin à son lever; il a été isuite présenté à la Reine ; le Roi lui a fait beaucoup de Eiguestions sur le détail du couronnemeut. Cette cérémonie [s été faite le 12.

Le Roi est parti aujourd'hui pour Choisy, d'où il ne

f reviendra que jeudi. Les dames de ce voyage sontM"^ la

maréchale d'Estrées, M'^'deGramont, de Mailly, d'Antin

etdeRuffec.

Du Vendredi 23, à Versailles. — Mercredi dernier, il y

(I) Elle ne parle point ilu tout rrun^»is ; on ilil qu'elle est bien rnite , miil

lu'dic rii^scmlile en laid à H. le cumin de Baviî'rc. iSoledwàiic de Liisiirs

98 MRMOIRKS DU DUC DE UllNES.

eut sermon comme à Fordinaire. La Reine y étoit seatë pour la première fois du carême , et en pareil eus l'usage est, comme je l'ai déjà dit , que le prédicateur fasse un compliment à la Reine. Le prédicateur fit ce compliment k la fin de son exorde ; il me parut qu'il fut approuvé avec raison. En tout on est fort content du P. Tainturier; il parle familièrement, mais avec autorité eten fort bons termes; il ne paroUpasque son style soit touchant, maîi il est fort et persuasif.

Le Roi a su pendant Choisy que \ValpoIe s'étoit démifl de tous ses emplois. C'éioit lui qui avoit la principale autorité en Angleterre et qui avoit la confiaQoe du roi Georges, Walpole a senti la nécessité que le roi d'Angleterre se raccommodât avec le prince de Galles, et que ce raccommodement ne se feroit jamais tant qu'il seroit en place. Voyant d'ailleurs que le parti qui l'avoit soutenu jusqu'à présent diminuoit, il a demandé seulement pem: mission au Roi d'Angleterre de se démettre de tous Ml emplois. Jusqu'à présent il n'avoit point voulu acceptera dignité de pair, pour ne pas sortir de la chambre d«t communes; mais à cette occasion-ci le roi d'Angleterre < déclaré qu'il l'avoit fait pair.

J'ai marqué ci-dessus la conversation que le Roi avojt' eue avec M. de Meuse Quelqiies jours avant le voyage de Choisy, le Roi, M™^ de Mailly, M. de Meuse étant tous trois seuls ensemble , le Roi parla de cette conversation et dit à M. de Meuse qu'il savoit qu'elle avoit transpiré, qu'elle avoit été rapportée à M. lejCardinal, qu'on l'avoit fort augmentée et que l'on lui avoit fait tenir des discours qu'il n'avoit point tenus. M. de Meuse lui dit qu'il ne comprenoit pas par où cela pouvoit être revenu à M. le Cardinal; qu'il savoit bien que M. le Cardinal ne l'aimoit point, et sûrement qu'il n'auroit point parlé en sa faveur àS. M. Le Roi ne répondit rien; mais M'"' de Mailly prit la parole et dit qu'elle voyoit bien que c'étoit elle qui en étoit l'occasion, parce qu'étant chez M™' la comtesse de

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