‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 2)Chapitre 31 sur 69 · Lettee de m. de Puysieux · texte numérisé non relu

Lettee de m. de Puysieux

Nieder-Altiicb, 3 juillet <74a. M. de Kevenhuller, ayant fait passer toute son armée de ce câté-«i, est venu camper, sa droite à Zell et sa gauche appuyant au Danube è Hofkirchen. Par cette position, il est rapproché de nous d'une grande lieue ; l'on ne peut dire bien précisément quel a été en cela son objet, pouvant en avoir dedifferents, tels que seroient ceu.v d'être plus à portée d'envoyer un détachement de son armée en Bohême par la gorge de Grafenau, de nous empêcher nous-mêmes d'y porter du secours, de nous harceler dans notre retraite si nous venons ( comme je le crois ) à nous retirer bientôt, ou enfin de nous attaquer.

Les hussards vinrent hier jusqu'à nos grandes gardes, à sept heures du matin ; on leur tua quelques hommes ; ils étoient soutenus d'un gros corps qui s'ëtoit avancé pour reconnoltre apparemment de près notre position et piller le pays ; de là, une alerte générale, parce que l'on savoit dès la veille par des espions que le bruit du camp ennemi étoiE que l'on nous attaqueroit le lendemain par trois côtés. Préoccupé de cette idée, chacun crut voir ce qui n'e\istoit pas ; et %\a le rapport que l'on en vint faire de difTérents endroits à M. le duc d'Harcourt, on battit la générale; on communiqua à tous les majors une disposition qui étoit faite depuis plusieurs jours; la cavalerie détendit ses tentes, et toutes les troupes se portèrent sur leur champ de bataille. Mais ce 'étoit rien, et ce qui avoit paru des divisions entières, bien reconnu.

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ne te trouva être que des colonnes de vaches et de chevaux, MM. les (landours et hussards avoienl ramassés et diassoient dttvaat eux. Tel est le lot des guerres défensives , pour losquelleé le François n'est nullement propre et n'y entend rien.

L'on prétend que le maréchal de Broglie s envoyé un projet à U Cour par lequel il propose de nous faire passer en Bohême pour nom joindre à lui et agir offensivement de ce câté-là, tandis que M. de Torring avec ses troupes se tiendra sur la défensive de ce côté-ci. Je ne sais si cela est vrai , mais je ne puis m'empécher de dire, comme bon sujet du Roi, que ce seroit perdre celle armée-ci sans sauter l'autre. Entre toutes les difBcultés d'une pareille réunion, qui sont innombrable, Toici lesprincipules:

La marche sera de près d'un mois, n'y ayant de route asiurée que celle de Cham et d'Ë^ra, tout autre chemin pouvant nous être fariné aisément; en sorte qu'avant que nous soyons joints, la faim seule pourra avoir détruit M. le marédial de Broglie* s'il ne l'a pas été p» M. le prince Charles, qui ne souffrira jamais cette jonction et qui dans sa positionsera toujours en état de l'empêcher. Comment d' ail leai» trouver notre subsistance à travers un pays ruiné, et dont tous les magasins sont tombés ou pouvoir de l'ennemi. Il faut s'attendre aussi que nous serons suivis et continuellement harcelés par une partie de l'arméede M. de KeveohulleP, ce qui nous diminuera considérablement. Je vais plus loin, je dis que si, surmontant tous ces obstacles el lue iuRnité d'autres dont le détail iroit à l'infini , nous parvenons à joindre le maréchal de Broglie, nous ne serons pas réunis plus de 30,000 combattants effectifs, et je demande ce que uous ferons avec cela, oii nous irons, comment nous vivrons, et de quelque tnaniëre on recrutera une armée éloignée de cent cinquante lieues de ses frontières , au milieu d'un pays ennemi, et qui s'affoiblira journellement sans combattre; en sorte que je vois toute la Bavière sûrement au pouvoir de l'enneuii, et beaucoup d'incertitudes sur tous les autres événements.

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