Lettre de M. de Puvsieux
Nieder-Allaicb, ^jiiil
Depuis ma dernière lettre, M. de Kevenhuller a jeté et perreclioimé son pont à Landau, sans que les Bavarois s'y soient opposés. (les der-
A l/AINNKt-; iIJi'i.
niersseaoDtcoDtGDtés d'yporterseulemi-Dt un corps de 3, (H)0 hommes, aux ordres de il. de Moravishy, le même que nous avoDs vu autrefois eu France banquier de bëribi. Ce corps est en l'air et exposé à être enlevé à cbaque iastant. M. lednud'HaruourC a envoyé d'ici au camp de Pladiing un ofSder au maréchal de Torrinf; pour lui faire des représentations sur cela, et l'engager à ne se point comntetCre contre l'ennemi dans un moment ou la prudence vouloit que l'on évitât toute espèce de combat. Nous ignorons encore quel aura été le &uit de ces sages représentations.
M. de Kevenhuller a aussi poussé depuis deux jours quelques déta- ^ements dans les gorges de Grafenau et du cfité du haut Palatinat sur les frontières de Bohême. Nous croyons que ces détachements n'ont pour objet que d'établir des contributions et tirer de l'argent et des subsistances de ce pays-là avant que la paix (que l'on regarde comme certaine) soit publiée.
L'empereur venant d'envoyer le maréchal de Seehendorf à Berlin, il f a apparencu que ce général ne viendra point prendre le commandement de l'armée bavaroise, ainsi que l'on nous l'avoit annoncé.
Tout te monde désire également la paix , les uns par goût , d'autres par misère , quelques-uns par ennui et par dégodt , et les plus raisonnables parce qu'ils la croient nécessaire au salut de TEtat.
SI, Lbtthe de m aM""'..
Prague, sut jailkll TU.
J'auroisâ me reprocher, Madame, de n'avoir pas proHté d'une circonstance aussi favorable pour vous donner des marques de mon attachemrat, si notre situation depuis environ àx semaines ne faisoit ma justilication. Eu effet, l'irrégularité des courriers pendant un temps, la difficulté ensuite de les faire passer, et la suspension totale de leur départ, sont cause que depuis mon arrivée en Boh<!meJe n'ai pu avoir l'honneur de vous écrire. J'avois mandé au chevalier de Saint-Point que Bon absence me foiimissoit un prétexte et que j'étfiis bien résolu de m'en sen'ir; mais jusqu'ici j'ai été obligé de me contenter de ma bonne volonté. Tai saisi aujourd'hui une occasion sdre pour vous faire tenir eelle-ci. L'envie de satisfaire votre curiosité sur ce qui vous regarde me [es multipliera par le désir que j'ai de les trouver. Nous n'ignorons pas ici l'inquiétude qui vous agite di^puis plus d'un mois ; la chose vue de loin doit nécessairement alarmer davantage ; il n'en est pas tout à fait de même ici; la situation de notrecampest boune; on l'a rendu meilleure par beaucoup de retranchements. La ville est bien en étal de défense. Ce que nous avons de troupes (ce qui se monte â 27,000 hommes
APPEWDlCf:
est eu bnu état. Hieu ne aiaiiqiie eucoro. La maladie a btiaucoup div nÙDué. Nous ne Je mande rions i|ue d'aller en avant. La nécessité ds.1 vaincrt nous promet dt« succès, et de quelle gloire la France ne sft J verroil-elle pas couTerte de fîuir cette guerre d'une façon brillante, au luomeat qu'elle est abandonnée de ses alliés. L'armée ne souhaite rien tant que de marcher à l'ennemi ; l'espèce de troupes à qui nous avons h fuire diminue de beaucoup l'avantage qu'ils peuvent avoir du côté du nombre; d'ailleurs l'histoire n'est pleine que de victoires gagnées par une armée inférieure en nombre, et ici elleauroit moins d'efforts à foire puisque l'escès est tout au plus de 7 à 8,000 hommes. Mais toutes ces réflexions ne tiennent point contre l'inaction de M. le maréchal de Broglie. Si ceci dépendoilde lui etentout, il feroitde ce camp un second Pisek(i). Oujusqu'iciToD a mal compris l'humeur des François, ou bien M. de Broglie a des idées différentes de celles de tout le monde, puisque son système le plus chéri est celui de la défensive. Cette défensive, ai prl^née cet hiver, qu'on coraparoil à la lenteur de Fabius qui sauva la république, hélas, il seroit bien aisé de prouver qu'elle a entraîné tous nos maux. Plût à Dieu qu'il eût pliis de vivarâté dans ses proïets de campagne et plus de lenteur dans ses retraites ! La privation de nos letires nous a empêchés de savoir l'effet qu'aura produit sur vous le désenchantement de la bataille de Sahay. L'homme reste et lehéros s'évanouit. Quelle chute, et quel homme nous en restel. Mais que peut-on dire 7 Le voilà duc, après trente lieues de pays perdug tous les équipages de l'armée pris, tous les hâpitaux et magasins abaa<. donnés, 3,000 hommes tués ou blessés, et l'armée reculée jusque souBj Prague. Cette retraite ( qu'il faut pour notre gloire honorer de ce nom) , a entraîné la défection du roi de Prusse; et celle de Beraun (à six lieues d'ici , pendant qu'il n'y avoit pas un ennemi à plus de quinze lieues.) celle des Saxons. Nous n'avons jamais été suivis que par cent quatre* vingts hussards.
Autre circonstance. Le prince Charles fut prié trois fois par H. da Lobkowitz pour venir se joindre à lui; ce prince nepouvoit croire que M. de Broglie fût resté n Frauenberg, et il est si inutile de dire que celui-ci ne fut point averti. M. le maréchal de Belle-Isie lui avoit dépéché un courrier du camp du roi de Prusse pourl'avertir delà marcbfti du prince Charles, preuve que le traité de ce prince avec la reine de- Hongrie n'émit pas fait à beaucoup près; il n'a été signé que le 13, q. Breslau, et le prince Charles ne Vs su que le 17 ou le 18, quaud i venu à Pilsen, ce Piisen que je maudirai toujours, puisqu'on m'y a pris mon équipage. Mais Beraun est bien un autre mystère , ou plutôt une
iiiéclial de Hroglie.
suite d'une terreur panique dont jamais il n'y eut d'exemple. On en décampe à minuit sans bruit ; on jette les magasins dans les rues ; il n'y avoit point d'ennemis à plus de quinze lieues, et te lendemain, 14, nous étions joints par 3,000 chevaux saxons et six bataillons de même nation. Toutes nos milices seroient arrivées heureusement, ainsi que les augmentations des dragons et remontes de la cavalerie . Voilà des fautes tristes à rappeler. Leur vérité n'est que trop connue parmi nous. L'ambassadeur Champigny les a peut-être déguisées. Ainsi, comme rien n'est plus nécessaire que de faire savoir la vérité, j'ai voulu vous ^ instraire^ Madame, vous qui l'aimez tant. Nous voyons arriver de nos jours l'événement le plus singulier qui soit dans l'histoire; tirons le voile sur ce mystère d'iniquité; attendons que la vérité perce au travers des nuages dont on s'efforce de la couvrir : le jour qu'elle approchera n'en sera que plus brillant. La santé de M. le maréchal de Belle-lsle est assez bonne ; son cœur citoyen se soutient au milieu de tant de sujets de douleur pour lui; sa constance est inébranlable, et la cruelle épreuve par où il passe ajoute s'il se peut un nouvel éclat à ses vertus. Dieu le conserve. L'intérêt de la France lui est encore cher, et le lui sera toujours ; il n'y a que lui qui le puisse soutenir. Vous savez, Madame , qu'il a eu la bonté de me faire venir ici , trop heureux si je puis lui donner quelques marques d'attachement ; j'ai pour récompense de mériter encore mieux par là vos bontés. Je ne sais si vous reeonnoitrez l'auteur de cette lettre ; quoique je ne la sigue point, vous ne pouvez meméconnottre^ lorsque je vous aurai dit que c'est l'bonmie du monde qui vous est le plus respectueusement attaché.
Permettez-moi, Madame, de, faire bien mes très-humbles compliments à M. le marquis d'Ancezune. Je voudrois bien aussi dire quelque chose au chevalier de Saint-Point ; je lui recommande d'avoir bien soin de votre santé. M. votre mignon (1), qui est ici en bonne santé et se donnant bien du mouvement, vous assure de son respect. Si vous m'honoriez d'une réponse vous me combleriez et vous me l'adresseriez s'il vous plaît chez M. le duc de Cbevreuse , à l'armée de Bohême. Il me charge de vous présenter ses respects. Il n'y a point eu de seconde entrevue. Le retour de du Perrier ne nous a rien appris. Les trompettes vont et viennent. Il y a apparence que toute cette affaire se traite à Berlin, où le Roi de Prusse a demandé à l'empereur de lui envoyer M. deSeckendorf. Nous ne savons rien de la Bavière.