‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 2)Chapitre 5 sur 69 · FEVRIER 1T49. SB · texte numérisé non relu

FEVRIER 1T49. SB

Touloose, où il n'y avoit que le bailli de Froulay et M. de Meuse, elle avoit entendu M°" la comtesse de Toulouse parler à M. de Meuse d'aller en campagne et de servir, et lui faire sur cela des plaisanteries; qu'elle avoit remarqué la peineetl'embarras de M. de Meuse, qui étoitsorti sans rien répondre; qu'elle avoit cru devoir en cette occasion dire à M""^ la comtesse de Toulouse ce qui s'étoit passé entre le Roi et M. de Meuse ; que cette conversation avoit iié eu présence du bailli de Froulay, lequel est ami de de Maurepas et la lui avoit sûrement contée; mais qu'elle étoitbien sûre de la vérité et de la probité du bailli, et que sûrement il n'avoit rien augmenté à la conversation. Sur cela elle parla assez vivement contre M. de Maurepas. Le Roi prit la parole et dit que l'on pouvoit reprocher de la légèreté à M. de Maurepas sur certaines choses, et entra sur cela en quelque détail, mais qu'il avoit des preuves que cette légèreté ne s'éteodoit pas sur des choses essentielles, puisqu'il y en avoitqui n'avoient été aues que de lui et de M. de Maurepas et dont personne n'avoit jamais ét^ instruit. « Gela est bien extraordinaire, répondit M"'° de Mailly vivement; s'il n'étoît pas secret en. pareil cas^ il faudroit donc que la tâte lui eût tourné, u On attend M. le maréchal de Belle-Isle dimanche ou lundi. La détermination du roi de Prusse de marcher avec ses troupes seules et d'aller du cûté de Presbourg et de Vienne, au lieu de marcher du cûté de Budweiss, donne lieu ici k beaucoup de raisonnements. On dit d'ailleurs . que M. de Broglie a envoyé ordre à M. de Polastron de le venir joindre, et que M. de Polastrou n'a point exécuté cet ordre. Les amis de M. de Broglie prennent occasion de là, de crier contre M. de Polastron; mais comme son caractère essentiel et universellement reconnu est de la plus grande exactitude et de l'attention la plus parfaite A ne manquer à aucun devoir, il est sûr que ces cris n'ont besoin que d'éclaircissements pour être détruits, ^ Il est décidé que l'ambassadeur turc viendra ici mardi

avec Itis autres ambassadeurs, sans autre cérémonie, et

qu'il verra la Reine dans la galerie en passant. l

Du dlmancke'25, Versailles. — Aujourd'hui grand cou'^ vert le soir, A cause du conseil d'État etdu sermon. Le Roî^ a été aujourd'hui au sermon; il n'y avoit point été ni mercredi ni vendredi dernier,

M. Vévèque de Soissons (Fitz- James) remerciahier Roi pour la charge de premier aumônier; il l'achète 350,000 livres de M. le cardinal d'Auvergne (1), qui l'avoii achetée 100,000 écusdeM. le cardinal de Fleury, comme je l'ai marqué dans le temps, il y a longtemps qu'il étoit question de cet arrangement, et H. l'évéque de Meta ( Saint-Simon ) a eu grand désir d'avoir cette charge ; elle ne vaut que 12 à i5,000 livres de rente. M. le cardinal d'Auvergne ne l'auroit pas vendue vraisemblablement, j s'il avoit pu obtenir une abbaye de plus; mais comme son voyage de Rome a dérangé ses affaires et qu'il a des dettes, il s'est déterminé à vendre pour les payer.

M. le comte d'Œttingen arriva hier ici de la part de l'empereur pour faire part au Roi de l'élection et du couronnement. Il ne prend aucun caractère, ni d'ambassadeur extraordinaire, ni d'envoyé. M. le Cardinal lui a dit que le Roi étoit extrêmement content de cet arrangement et le regàrdoit comme une marque d'amitié. M. d'Œttiogen ' est jeune, il a environ vingt-sept à vingtrhuit ans ; il est grand, bien fait et d'une assez jolie figure ; c'est un homme de grande condition qui venoit peu à la cour de l'électeur de Bavière. Un grand procès qui décidoit de l'état de sa fortune et qu'il avoit contre un de ses parents l'ayant obligé de venir à Munich , il y trouva M"' de Defowkre, nièce du comte de Terring, aujourd'hui feld-maréchal; il lui plut , et il l'a épousée il y a environ quatre

(1) M. lecBriiinal d'Aiiverflne avoit un brevet Je retenue de 200,000 litres. Le iiiÉnic brevel a ilé lionoé il M. l'i^vÈiiue de SoisBons. {i\vle du duc de Lugnes.)

FÉVRIER 1748. foi

L Cinq ans. Cette nièce de M. de Terring est grande, I bien faite, sans être jolie ; elle a qrmlre ou cinq nns moins I que son mari. On prétend que l'électeur s'intéressant fort alors à ce qui la regardoit, désiroit de la marier. Onoi i- qu'il en soit, il prit alors en grande amitié M. le comte [ d'CEttingen ; il l'a envoyé à Rome et à Vienne pour dif- I férentes affaires et n'a point voulu absolument que le I procès qu'il avoit fût jugé ; il a engagé les deux parties à I. s'accommoder, et par cet accommodement, M. le comte W'OEttingenaeu 40 ou 50,000 livras de rente. Il a d'abord fêté à Paris voir M. de Grimberghen qui , n'étant pas en F étal de l'amener lui-même ici, lui a donné pour le conduire un homme qui est à la tête de toutes ses affaires et en qui il a beaucoup de confiance, qu'on appelle M, de la Salle. Après avoir vu hier M. le Cardinal, ils vinrent chez moi; ils comptoient que ce seroit M"' de Luynes qui présenteroit aujourd'hui M. d'fffittingen àla Reine; mais

Iil a trouvé ce matin chez M. le Cardinal M. de Verneuil, qui s'est chargé de toutes les présentations. C'est M. ]e Cardinal qui l'a présenté ce matin au Roi, au lever, dans la chambre, à la porte du cabinet; M. d'C£tlingen a remis i S. M. une lettre de l'empereur! 11 n'avoit point de lettre pour la Reine ; il lui a été présenté au retour de la messe, mais sans cérémonie. Il ne compte rester ici qu'environ trois semaines.

PM'"' de Mailly, au retour de Choisy, est retournée dans «n petit appartement; cependant elle étoit ce matin ^ns son appartement ordinaire, où il y avoit un monde prodigieux.

Du lundi 26, Versailles. — Hier, M"" de Lntzbonrg fut présentée au Roi et à la Reine. Elle n'est point jolie, mais elle est grande et bien faite; elle est fille de M. Borio, chargé des affaires du duc de Guastalla. C'est M""" de Ulzbourg, sa belle-mère, qui a fait la présentation.

Du mercredi 28. — L'ambassadeur turc vint hier ici suivant ce qui avoit été arrangé ; il fut au lever dn Roi

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comme les autres amliassudeiirs et le Roi lui parla beau» coup. On lui proposa d'enlendre lo motet de la messe dtt Roi, et on le mena pour cela dans une chambre qui est auprt^s de la chapelle, où se font les répétitions de la mat sique et où les musiciens s'assemblent tous les jours avant' la messe. Après que la Reine fut scwtie de la messe, l'am* bassadeur vint dans la galerie avec son tils et son gendre et accompag'né de M. de Verneuil; il s'établit dans le bas de la galerie, près le salon de la Paix , qui forme Ia cabinet de la Reine. 11 salua la Reine en passant; et lors-qu'elle fut entrée dans le salon, elle s'arrêta à l'entrée et resta debout appuyée contre la table du jeu. Toutes les dames étant entrées et s'étant mises en cercle autour d« la Keinej l'ambassadcm* entra avec M. de Verneuil et fît une profonde révérence k la Reine, sans aucun compli* ment. Ce fut la Reine qui lui parla la première et lai dit qu'elle avoit été fort touchée du désir qu'il avoit eu de la voir. L'ambassadeur lui présenta son Jils et son gendre; le fils est -fort petit et parolt avoit environ quatorze oa quinze ans; son jEcodre s'appelle le Mareclial, est assez petit et n'est pas d'une jolie figure ; il a déjà, épousé les deux filles de l'ambassadeur. La première étant morte, on lui a donné la seconde. Le fils ni le gendre nesavest paspBflerfrançois, mais pour l'ambassadeui' il pai'le fort bien notre langue et sans aucun accent. Il resta fort peu chez la Reine, et se retira par la galerie, en faisant tine profonde révérence. Il devoit faire un petit comjJinient à la Reine, mais il l'avoit oublié, tl ce que me dit M. de Verneuil. 11 vint ensuite rendre visite à M'"" de Luynes chez elle ; il s'y assit et fut quelque tempsen conversation. Il a l'air sérieux, on pourroit même dire triste, cepeiidaiit on dit qu'il ne l'est pas toujours. Il étoil vêtu d'une grande robe de drap doublée et bordée d'une fourrure blanche. M. de Verneud le mena ensuite chez M. le comte de Noailles, où il étoit prié à dîner. A ce diner étaient six daines : M"* la maréchale d'Estrées , M™' d' Antin , M"" de

MARS 17*a. lOS

Gramoot, M"" de Mailly et d'Orgeville , M'"* la marquise Ede Uuffec; M. le maréchal de Noailles, M, leducd'Ayen I et M. de Meuse. L'ambassadeur oe boit point de vin ; c'est les pratiques de leur religion; mais son gendre en I boit volontiers; il a seulement graiide attetjtioii que son beaii-père ne l'aperçoive, pour éviter une sévère réprimande, et il a toujours lesyeux sur l'ambassadeur, même pendant qu'il boit. Au sortir de chez M. ie comte de Moailles, il vint rendre visite à M"* Amelgt, et retourna

(0DSuite à Paris. Il doit revenirtous les mardis et ne prendra congé qu'à Fontainebleau.

Le Roi disposa hier du régiment des Cravates, en faveur de M, le marquis de Cernay, sous-lieutenant des chevauiégers d'Anjou (1), et du régiment de lîerry en fa.veur du marquis de Pont-Saint-Pierre. Le régiment de Berry étoit vacant par la démission de M. le prince d'Havre, qui . depuis son mariage a pris le nom de comte de Priego, et

»^ui quitte le service de France pour passer à celui d'Esf>agne. M. de l'ont-Saînt^Pierre avoit ie régiment des £ravates depuis dix-sept ans ; il est brigadier. Ce qui Ta ^terminéà demander un autre régiment, c'est que M. de Flavacourt, qui a une compagnie dans les Cravates et qui est aussi brigadier, se trouvant plus ancien que M. de

»tont-Saint-Pierre , le commande aux termes de l'ordon- UDce rendue l'année dernière ; d'ailleurs le prix des deux légioients est égal; il sont bleus l'un et l'autre, mais odoi des Cravates est beaucoup plus ancieu que Berry. H. de Cernay a épousé une nièce de M"'" de Fulvy, bellesœur de M. le contrôleur général.

d'Aolio. — Arriva ilu maréclMl de

— RËgiment et gtiidoa ilaonëa. —

M°" de Grflncey. — AsacmMée des ininislres à Issy. — Feinm«s<Ie chambre de la Reine. — Mort de M. d'Hendicoiirt. — La comtesse dr, Priego. — Le maréchal Ae Belle-lsie est nommé duc liérédilatre. — Mort de M. deCour- Eon. — La comteHM de Toulouse à la paroisse. — Abbaye de PiHssy. — Piques de la Reine. — Audience de congé de M. de Montî>a. — Clit de la Reine. — R^me du Roi pendant le cartme. — Compliment du P. Tainturier au Roi. — Riment ri guidon donnés. — W de Saint-

Du dimanche 4 mars, Versailles. — Le contrat de mariage de M. de Forcaiquier avec M"" la marquise d'Antin a été signé ce matin, et le mariage doit se faire mardi. H y a longtemps qu'il est question de ce mariage, et on y s songé presque aussitôt après la mort de M, le marquis d'Antin; mais M. le maréchal de Brancas désiroit beaucoup d'avoir la permission de céder sa grandesse à son iîls. Cette manière de céder la dignité en conservant les honneurs n'est pas d'usage en Espagne comme en France; mais en pareil cas le roi d'Espagne accorde quel- ■ quefois une grandesse à vie, ce qui répond au brevet de duc en France. Dans cette occasion-ci, cette grâce a été refusée jusqu'à présent, quoique l'ambassadeur d'Espagne paroisse avoir fait de bonne foi des démarches pour l'obtenir ; on fait espérer présentement qu'elle sera accordée entre ci et deux ou trois mois^ mais on n'a pas voulu attendre ce terme pour faire ce mariage. L'oncle et tuteur de M"" d'Antin, qui est venu de Normandie exprès pour cette affaire, veut s'en retourner, et MM. de Brancas sont bien aisede finir. On a seulement jusquesâ présent résolu d'attendre que la grâce soit accordée pour la présenter.

Le nouveau corps de troupes qui doit passer le Rhin et qui est, dit-on, destiné pour la Bavière , est d'environ trente-deux mille hommes ; on sait d'hier les ofliciers généraux; j'en mettrai la liste ci-après.

M. lej'maréchal de Belle-lsle arriva hier au soir; il a été parfaitement] bienjreçu par le Roi et par M. le Cardinal; ce n'est pas que les ennemis qu'il a ici en grand

nombre n'aient fait courir le bruit qu'il a été reçu fort froidement. On a fait courre aussi des bruits sur M, de Polastron, quia, dit-on, refusé d'obéir à H. lemarécbalde Broglie, qui lui avoit ordonué de venir le joindre. On prélend aussi qu'il n'avait pas rendu compte à M. le marécbal de Bmglie de la conférence qu'il avoit eue avec le roi de Prusse. Ces faits ne sont pas conformes à la ■vérité, et il est constant par les lettres que M. de Polastron a écrites et celles qu'il a reçues de M. le maréchal de Broglie, dont on représente des copies, que M. de Broglie, en l'avertissant de l'arrivée du roi de Prusse , lui mandoit eu même temps de suivre en tout les ordres de ce prince ; que H, de Polastron montra avec plaisir cette lettre au roi de Prusse et se disposa en conséquence à le suivre dans l'entreprise qu'il avoit formée d'attaquer Iglau ; mais que trois jours après, ayant reçu une lettre de M. de Broglie qui lui ordonnoit précisément de le revenir joindre, il avoit cru devoir cacher cet ordre au roi de Prusse, et demander un nouvel éclaircissement à M. le maréchal de Broglie, en lui représentant les circonstances dans lesquelles il se trouvoit et lui envoyant copie de la lettre antérieure qu'il avoit reçue de lui, d'autant plus qu'lglau s'étoit pas encore évacué et que les Saxons ayant ordre BTissi de s'en retourner, c'étoit mettre le roi de Prusse hors d'état de rien entreprendre. D'ailleurs il est prouvé que M. dePoiastron a rendu compte à M. de Broglie de tout ce qui s'est passé entre lui et le roi de Prusse.

Zh* mardi 6 , Versailles. — L'on sait depuis quelques jours que M. le chevalier de Causan, capitaine-lieutenant commaudant le régiment de Conty-Infanterie , a donné sa démission dudit régiment et a obtenu une pension de 1,500 livres. M. le prince de Contya nommé à sa place M. le marquis de la Carte, sous-lieutenant de gendarmerie dans la compagnie des gendarmes d'Orléans, où il avoit rang de mestre de camp. Le changeinent de N. de la Carte a fait un mouvement dans la compagnie

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qu'il quitte, et le guidon vacant à cette occasion a

donui^ à M. d'Ossun (1).

Du dimanche 1 1 , VersaiUeB. — Le Roi revint jeudi di nier de Choisy, apir^'s souper ; il y étoit depuis lundi. Les dames de ce voyage étoient M*^' de BCailiy, d'Antin, de Cbalais , de Talleyrand , et M"" la maréchale d'Estrées. A ce voyage-ci, le Roi s'est beaucoup ppotnen^; ily a eu jeu comme à l'ordiuaire: au voyage précédent, où je n'étois pas Doaplus, il y avoiteu un petit spectacle. La Roi y avoit fait venir les petits enfantai qui dansent à I4. Comédie italienne , leur père et la demoiselle Rolland; ou y avoit dressé un thé&lre , où ils daosoient.

M"" de Grancey est venue ici ces jours derniers ; il y avoit quelques années qu'elle n'avoitparu à la cour; ello^ pria H"° de Luynes par cette raison do la nommer à I4. Reine. C'est une femme d'environ quarante ans ; il n'y ^ rien à dire sur sa ligure; elle a une tort belle taille. EU» est veuve de H. de Grancey qui avoJt servi dans la marias^ lequel étoit frère de M. le maréchal de Médavy et df M. de Granoey qu'on appeloit Babille , premier mari di M"" de Belle-lsle. M'"" de Gi-ancey est Aubert de Touray, sœur de l'intendant de Limoges, Elle a acquis la t«rre da Grencey, qui est en Bourgogne, par des airaugemeats faits dans la succession de cette maison.

M. de Belle-lsle se trouva mercredi, à Jssy, & une semblée de tous les ministres , djez M. le Cardinal

e as>fl Carte, t

(l) Ce ji'est poiat le guidon lacant par le changentenl de H. (le la Carte, ^ c'«st celui vacant par ta démiadlon volontaire de M. le marquis de Laval , igid étoit ({Kidun de la compafnie rica geularroea de flandre. Ce H. de Laval eit chevalier d'boawuF de S. A. B. [laduidiesae douairiàrc d'OrUanaJ et gendre de M. d'Éfioay, L'on sait gue feu M""-' d'Épinaj, belle^rnère de ce M. de Laval, Ëtoit allacliée ï S. A. R.; elleéloit fille de feu M. lemarqiiiad'O.gouver- DMirdeM. la cumin dBToulouae et sœur de la grande madame de Cleruiont, daina d'atours ds S. A. R. H. de Clerraoul , son mari a élé jjremier lécujer dt M. le duc il'OrléanB; leur fille est W° de Clermont que l'on appelle auJMV- ■ d'IiuL M^nc 1a diiuhei^M de Brancas , qui cependant n'a poiiit été prtséntée bihw j M nom. (,^ole dM duc Ae iMyttet.) ^

ssemblée dura quatre heures. H. de Belle-Isle voulut îendre compte du commencement de ses négociations et î tout ce qui s'étoil passé, tant à la politique qu'au militaire, et rapportant les preuves par écrit des faits qu'il Ibvançoit; il ajouta plusieurs représentations sur l'io- Mnce des discours qui avoient été tenus contre lui. Uesdiscours effectivement ont été poussées jusqu'au point B 60Q arrivée ayant été retardée par un accident aré à sa voilure, on envoya savoir chez lui à Paris si on B l'avoit pas mis à la Bastille ; et outre cela trois atnbasideurs ont écrit d'ici à leurs cours respectives qu'il ne lloit pluscomptersur lecréditdeH. de Belle-Isle, qu'il toit extrêmement diminué. Les représentations de M. de lelle-tàe, à Issy, faites avec force et précision, parurent opérer alors l'effet qu'il désiroit. M. le Cardinal lui fit beaucoup d'amitié et les ministres parurent convaincus. On attend avec impatience quelles seront les décisions en Conséquence.

M. le chevalier d'Harcourt demanda hier l'agrément dn Roi pour son mariaj^e avec M'"* Briçonnet. M"'" Briconnet est parent* de H'"* de Flenry par les Lagrange; son ÀMi, qui avoit été nommé intendant de Montaubac, mourut l'année passée avant d'avoir pu profiter de cette

Iht lundi 12, Versailles. — M"* de Grave fut présentée ier pAV M'"" de Sens ; elle est fille de M. de Laval-Mont- ■ «oreacyetsœurdeM. deLaval qui épousa l'année passée ' de Fervaques.

M"* Foubert, femme de chambre de la Reine, mourut il y a trois ou quatre jours de la petite vérole. Ces places sont fort recherchées quoiqu'elles soient de peu de re- 'EHus, puisqu'elles ne rapportent que 1,200 livres pour ' gagesetnourritures.et qu'il y ait de l'assujettissement et ] de la fatigue, et une dépense assez considérable en habits, SlDsaucun profil. La-fille de M'"'Foubert, qui a vingt-cinq 'tis, demandoit à remplacer sa mère; M. le Cardinal a

i08 MÉMOIRES DU DtIC DE LUTNES.

fait beaucoup de difficultés, disant que le nombre ne devoit être que de douze et qu'il y en avoit quatorze ; enfin, sur les représentations que Tune étoit la coiffeuse de la Reine, dont le service est de tous les jours, une autre la nourrice de M. le Dauphin, qui de droit devient première femme de chambre de M""" la Dauphine, il fut enfin décidé que M"° Foubert auroit la place.

M. d'Heudicourt mourut hier; il avoit été grand louvetier et avoit cédé cette place par le mariage de sa fille àfeuM. de Belzunce; il demeuroit presque toujours ici; onlui avoit conservé son appartement dans un corridor, au-dessus de M"° de la Roche-sur-Yon , dans un pavilloD qu'on appelle la surintendance. Il n'étoit pas vieux, mais il avoit beaucoup vécu, 11 menoit ici une vie assez singulière; il alloit chez le Roi, chez la Reine fous les jours; d'ailleurs dans assez peu d'autres endroits; se couchoit dans son lit toutes les après-dlnées , mangeoit souvent et buvoit encore, à ce que l'on dit; d'ailleurs faisoit peine à voir de la façon dont il raarchoit , paroissant ne pouvoir pas se soutenir. On dit qu'il avoit été aimable, ayant de l'esprit, et qu'il avoit beaucoup lu. J'ai ouï dire que son caractère d'esprit étoit caustique. Comme il étoit dans l'usage d'aller toujours seul et apparammeut de n'avoir pas d'autre garde-robe que les commodités publiques^ c'est en descendant de ce lieu qu'il tomba sur l'esculiet ; et se cassa la tète en plusieurs endroits. Un passant le releva ; on le ramena chez lui ; il fat saigné ; il avoit encore î alors sa connaissance, mais il la perdit le moment d'après et mourut en fort peu de temps. Son appartement fat donné dès le soir à M. de Flamarens. C'est l'appartement de la charge. M. d'Heudicourt avoit conservé 4,000 livres de pension sur la charge de grand louvetier, dont 2,000 passent à M"" d'Heudicourt. M""^ d'Heudicourt est sœur de M. d'Hautefort.

Du vendredi 16, Versailles. — M'^'^ la comtesse de Priego fut présentée avant-hier par M""^ la duchesse d'Havre, sa

telle-mère ; il y avoit à la présentation M°" la duchesse d'Havre, la belle-fille, et M™" la princesse de Cbalaîs. M^^dePriego prit le tabouret à sa présentation chez le ^oi, suivant l'usage, et elle le prit hier chez la Reine. Elle bien faite, mais point jolie; elle ressemble un peu au comte de Bavière , d'autres disent à son mari. J'ai déjà parlé ci-dessus de M"' de Priego ; mais voici quelques circonstances plus détaillées que M™" d'Havre m'a dites. M. de Priego, père de la mère de M"" de Priego, n'étoit point grand d'Espagne. M"" des Ursins voulant faire le mariage de M. le prince deLanti, frère de M"" la duchesse d'Havre, avec M"' de Cordoue, fille de M. de Priego, obtint du roi d'Espagne une grandesse héréditaire pour M. de Priego le père, laquelle devoit passer à sa fille après sa mort. Il fut dil que M. de Lanti prendrait le nom et les armes de Priego. La fille de M. de Priego, belle-sœur de M""' la duchesse d'Havre, mourut avant son père, laissant une fille qui prit le nom de M"' de Cordoue. M. de Lanti, tuteur et gardien noble de sa fille , son beau-père étant mort, prit le nom et les armes de Priego ; mais comme la mort de sa femme l'avoitmis hors d'état de recueillir une grandesse qui cependant avait été créée en sa faveur, mais qui passoit sur la tète de sa fille, M°" des Ursins obtint du roi d'Espagne une grandesse pour M. de Lanti- Priego, laquelle fut attachée à une petite terre appelée Saoto-Gemini , et ne doit durer que pendant la vie de M, de Lanti. Parle mariage de M. le prince d'Havre avec

M"" de Cordoue, la grandesse vient dépasser à M. le prince

d'Havre, et de ce moment M. de Lanti-Priego a pris le

nom de Santo-Gemini.

Le Roi déclara hier M. le maréchal de Belle-Isle duc

libéditaire[l). Ce duché sera vérifié an Parlement comme

(t) Le mercredi (avant-hier) M°*° de Mailly Tint Ici de Irès-boDne heure; Mu (urlâmeK beïucau)> île M. de Belle-Isle et de la nécessité qu'il y avnit Pw l'intérêt ilu Roi et de l'État qu'il reçût ine marque des bonWsdcS. M,

celui de Chevreuse, Duras, Lorges, etc. C'est suf la terre ' de Gisors que ce duché est attacbé. M. le Cardinal dit M. de Belle-lsle que le Roi vouloit lui eu apprendre mèmelFi nouvelle, elle mena chez le Roi ; en arrivant, 1« Roi lui ditqu'il étoit si content de ses services qu'il vo loit lui donner une marque de sa satisfaction et qu'il iaisoit duc. M. de Belle-Isle, après avoir assuré S. H. de respectueuse reconnoissanceetde son attachement, ajoul qu'il croyait pouvoir dire que la grâce qu'il recevoi dans le moment ne seroit point inutile au service de S. M., que les discours que Ton avoit tenus contre lui s'étolent répandusà un tel point qu'ils pouvoientdonnec lieu de croire que le Roi n'avoit plus la même confiaoi , en lui, et qu'il étoit indispensable ment nécessaire qu' pût le croire toujours honoré de celte même confiancQ pour qu'il fût à portée de travailler utilement pour les intérêts du Roi dans le ministère dont il étoit chargé,

J'ai oublié de marquer que mercredi ou jeudi dernier le contrat de mariage de M, le chevalier d'Harcourt fut signé ici. M. le maréchal de Belte-lslé, comme pai'eut des Harcourt, les suivitil cette signature. Étant allé avec eux chez M. le Cardinal , S. Ém. parut étonnée de le voir, et lui demanda de quand il étoit revenu de Paris; M. de

lec -

M™^ cieMailly parla avec beauconp deviviieité mt\a aée^iUéde cette griet) n'î iirëTojanl dedifliculléque duns la yolonté (te M. leCardlnal, poartaqiieOe te Roi veut toujours avoir beaucoup «l'âgardii et île consMération. L'on InsisU rorteioeot dan» celle conversation sur l'iraportance dont il étoit pour le Inen public, dans les circonstances pi'ésenteH, qu'il fût accordé k M. de Belle-Isle une gi'ftcË incessainmepl. Ce senllmrait parut être celui de M™* de Msill]r, et elle en éloil si remplie qu'elle ne cessoit d'eu parler. Comme le Roi a toujourt marqué aatiafaction et bonté particulière à M, de Belle-Isle, la grice qui fut iléclai'ée le lendemain pouvolt bien £tre déjà arrangée, et M'°° de Maill; pouvait inSnie lu savoir sans en rien dire , car elle est secrète ; el H est vraisemblable qu'avec l'amitié qu'elle a toujours marquée pour M. de Belle-Isle et tout ce qui le regarde, clic avoit parlé de lui plusieurs fuis au Roi. Quoi qu'il en «oit, le lendemnln, conjnie on parlolt, au coucher de M. le Cardinal, de la gT&cc qui avuil été diiclarée dans la soirée, il écliappaà S. Ëm. de dire: 1 M^'itcHaill} aura été bien aise, v

MARS 1749, fit

Belle-lsle lui répondit qu'il n'ttoit point sorti de Versailles. « Poofi|OoiBe voiisai-je donc pas vu? «dit M. le Cardinal. «Sij'Hvois eu quelquechost;àdiroà V. Ëiu., répondit M. de Belle-Isle, i'aurois eu l'honneur de lui rendi-e mes devoirs ; elle sait bien que dèsqu'eile aura des ordres Ame donner,je suis toujours prêta les pecevoîp. »

Il y a anjourd'bui huit jours que H. l'ablw de Saini- Cyr fut reçu à l'Académie françoise; ce fut M. Destouubes qui lui répondit.

L'ambassadeur turc vint encore ici mardi avec les autres ambassadeurs; il eut l'honneur de voir Mesdames oe jour-là, sans cérémonie, comme il avait vu la Heine.

Ce même jour mardi, mourut H. de Courson , oonseil- 1er d'État et du conseil royal ; il étoit beau-frère de feu H.desFortfi; ilavoit environ soisante-six ans. La place de conseiller du conseil royal des finances a été donnée à H. d'Ormesson, beau-frère de M. le chancelier, et celle

Ide conseiller d'État à M. de Creil, intendant de Metz. J'ai marqué ci-dessus qu'il y avoit un guidon de gendarmerie vacant (1); il fut donné il y a quelques jours à M. de Crèvocoeur; c'est le petit-fils de M. de Saint- Pierre, premier écuyer de S. A. R.

Du lundi 19, l'ersaillts. — J'ai oublié de marquer ^ele dimanche II de ce mois, qui étoit le dimanche de la Passion, M""^ la comtesse de Toulouse étoità la paroisse ;

tle prêtre qui faisoit le prône lui adressa la parole (2) en tommençant. Cela me parût nouveau , d'autant plus Une j'y ai vu plusieurs fois M. le duc d'Orléans, et que Jamais on ne lui adresse la parole. L'on m'a dit qu'on Ilvoit averti plusieurs fois le prêtre qui devoit faire le pràne que M'"" la comtesse de Toulouse y seroit, et que

(l) \(ij. te 0 mars -, e'ett par le cliuigement île' M. de h Curie. ( .Vote dil j Au de Lui/itM.)

^m (3} M. le comte doJfnalllM dit que enta fîst ^tnns dirTiciillé, iiii'un l'a adreïiA^ti ^b- me fM« il M. le duc d'Oririan» ) main qu'il a (léfendii l^K|)resBéTn«nt de De plun ^B U lu) adresser. (iVo/e ifu dne de Lusnes.)

cet avertissement n'avoit eu aucuu effet que de déterminer le prêtre , à la troisième fois , à demander à M. le curé ce qu'il devoil faire; que M. le curé avoit répondu quecen'étoit point l'usage dans la paroisse du Roi ; il en avoit été ensuite rendre compte à M. le Cardinal; que S. Ém, ayant pris l'ordre du Roi , avoit dit à M. le curéque l'on pouvoit adresser la parole à M'"* la comtesse de Toulouse; elle prédicateur du carême à Noire-Dame luia' aussi adressé la parole au commencement et après l'Avê' Maria. Dans les ptAnes on ne lui adresse f la parole }'• qu'une l'ois. Au sermon elle est vis-à-vis la chaire, mais't dans un banc. Au prône elle est sur une chaise au mi-', lieu de la croisée de la nef, le dos tourné au chœur. v

J'appris à cette occasion, il y a quelques jouia, une'prétention des princes du sang; qui n'avoit paâ si bien réussi ; c'est au sujet des ports de lettres qu'ils prétendoient ne devoir point payer. M. le comte de Clermont étant venu ici , le Roi lui dit qu'il avoit entendu dire qu'il ne vouloit point payer de ports de lettres, mais qu'il avoit " tort parce qu'il devoit les payer comme les autres.

Je ne sais si j'ai marqué ci-dessus que le prieuré de Bon- Secours étoit vacant par la mort de M"" de Hohan; on a> réuni à ce prieuré l'abbaye de Malnoue.

L'abbaye de Poissy (1) , vacante par la mort de-

(I) Ce n'est qu'uo prieuré perpétuel , ctpendant on l'appelle onliiiairement ' ahbayc. ' r

Il n'étoit même aulrefois que triennal el étoil â la nomination dn Pape. Cette maison «st de l'ordre de Saint- Do mi nique. Le feu roi Louis XIV, ayant Tait rebâtir l'église et fait construire plusieurs nouveaax bâliraenta, en considération des bienfaits de ce prince à cette maison, S. S. lui accorda lo droit d«'l nommer la prieure, à condition cependant qu'elle ferolt prise dans la nuÂSM^ même, sinon dans une autre maison du mËmc ordre. Ce qu'il y a de siugD' lier,c'esl qu'immédiatement après celte grâce, leAoi nomma Mm" de Chiulnes prieure de Poissy, et elle n'étoit ni de lu maison , ni de l'oi'dre. Depuis M"" de Cliaulues il n'y en a point eii d'autres que M"" de Mailîy, qui vient de mou lir, laquelle étoit religieuse professe dans la maison depiiis lefll. M' Cltaulnes et de M ailly aboient pris des bulles du Pape; il n'est pas encore décidé si M'°< de Sainte-Hermine en [ireiidra. Les dominicains prétendent qull

• de Mailly, vient d'être donnée à M"" de Samte-Hei"iine , sœur de M"" d'Orgeville «t d'Alègre.

La Reine a fait aujourd'hui ses [ oint ici de p

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