Lettre de M. de Putsibux
Au camp de Bramabof, 22 septembre 1742.
Nous arrivâmes hier au soir ici avec la réserve de M. le cojnte de Saxe, ou pour mieux dire notre ancienne armée de Bavière. Nous y séjournerons plus ou moins suivant les circonstances. C'est sans contredit le plus vilain lieu de la nature, mais le meilleur pour s'y tenir sur la défensive ; nous nous y retranchons aûn d'être en état de résister à M. le prince Charles, au cas qu'il lui prît envie de tourner son principal effort de ce côté-ci.
La tête de son armée n étoit hier éloignée de nous que de cinq lieues, et il étoit en personne avec le reste du côté de M. de Maillebois, qui est toujours vers Hayd, ce maréchal n'ayant pu jusqu'à présent forcer les passages de ce côté-là, que les ennemis défendent par plusieurs abatis et retranchements ; en sorte que nous craignons qu'après avoir perdu du temps il ne soit obligé de revenir par celui-ci pour pénétrer jusqu'à Prague, ce qui lui aura fait perdre un temps d'autant plus précieux, que portant avec nous toutes nos subsistances, nos moments sont comptés.
Il est étonnant et fort heureux que M. le prince Charles n'ait pas disputé à M. le comte de Saxe ni à M. le duc d'Harcourt, qui étoient en avant avec un gros détachement, ces passages-ci; cela lui auroit été d'autant plus facile qu'il nous a fallu passer trois délités abominables pour arriver ici : il faut sans doute que ce prince n'ait point été informé de notre marche.
M. le duc d'Harcourt, qui, comme je l'ai dit, avoit marché en avant avec un gros détachement, lit attaquer hier la petite ville de Plan, située à une lieue d'ici, dans une belle et grande plaine, et la prit par capitulation; il y avoit dedans 300 hommes de garnison qui ont été faits prisonniers de guerre, et en outre un détachement de 200 cuirassiers qui s'y étoient retirés à son approche. Nous y avons p^rdu une trentaine d'hommes tués ou blessés; les dragons d'Harcourt et de Languedoc s'y sont distingués; le fils de M. d'Hérouville y a été blessé d'une balle qui lui perce la cuisse, et M. d'Apremont, major de LanguedoC'- Dragons, y a reçu trois coups de fusil, dont il est à l'extrémité. 11 y a eu encore quelques autres officiers subalternes tués ou blessés.
M. deMailleboisamandébier à M. lecomU de Saxe qu'il compUnt de lui envoyer ici huit bataillons -, s'ils arrivent, nous percerons, n'ayant plus de dérilés à passer et le pays qui est devant nous étoot
ouvert. 11 serait à souhaiter que nous eussions une plus nombreuse cavalerie, étant cerCaius que si M. le priuc« Charles a dessein de attaquer, il le fera dès que nous serons embarqués dans la plaine.* Je crois que M. de Maillehois viendra ici en personne et qu'il y amèneni toute sa cavalerie.
La cavalerie de M. de Maillebois commence à arriver dans notre camp, et il la suivra demain ou après-demain.