Lrttbk de M.,be Puvsieix
A Albereut, Il nctnbK l»l.
Nous sommes partis hier à sept heures du soir de Neudorf pour arriver ici après une raarchenocturne de di\-huit heures, et par un temps et des chemins abomionblesi nous repartons demain pour gagner Kgra; ct^tte journée sera moins longue, mais encore fort pénible. Notreobjct paroU Être de faire notre jonction avec M, le maréchal de Broglie, en nous couvrant de la rivière d'Ègre ; il est à craindre que uette manreuvre ai fatigante pour les troupes ne devienne inutile, et que nous ne retorahions dans le m^me embarras où nous étions h notre dernier camp , AI. le prince Charles pouvant se porter avec son armée en bien moins de temps que nous sur l'Egre, où nous savons qu'il occupe déjà le poste de Kccnigsberg, si le défaut de suhsislance ne l'a pas empêché de faire ce mouvement. Il est certain qu'il nous détruira en détail, ou qu'il nous forcera h le combattre, supposé qu'on ne termine pas rafbire par un accommodement à l'amiable.
58, EXTBAIT d'une LRTTRE DE PBAGUB.
Dali oclolir«lTU[i).
Notre histoire vous est assez connue pour que j e n'aye pas besoin de me justilicr de mon silence. Je viens dans cet instant de recevoir votre lettre du 11 août; Jamais je n'ai mieux senti le prix de la liberté après laquelle nous avons tant soupiré pendant près de trois mois que Ans ce moment. Nos lettres ne sont arrivées que du 7 de ce mois ; on sous distribuées plus anciennes les premières
Depuis que j'ai appris l'arrivée de l'armée de Westphalie en Bohême, j'ai souhaité vivement notre jonction. ; toute votre attention ainsi que la nôtre se tourne à présent de ce côté;quenepuis-ie vous en parler comme témoin oculaire ! je vous ferois des récits vrais, et ce n'est pas peu de chose aujourd'hui où la vérité a tant de peine a percer les niiaj^es qu'on lui oppose ; cependant nous éprouvons â présent combien il est vrai de dire qu'où n'est pas toujours cru eu disant la vérité, lorsque la vraisemblance en est si fort éloignée : c'est notre situation. Tout e« qui nous est arrivé ressemble assez à un rêve, mais à uu vilain rêve , à peu près comme l'histoire du Klississipi [3)„
3âB APPENDICE
avec cette différence qu'au moins daus celle-ci le nombre de» heureux égaloit celui des malheureux, et qu'on iie peut pas endire^ autant de nous à beaucoup pr^. Nous ne savoos quand notre jonctioD se fera avec M. àe Haillebois ; le système favori de l'inactioi subsiste encore. Pourquoi en cliaugeroiton , puisque les honnetus les récompenses et les louaugesensont la récompense? Depuis l'en-, chanteurMerliniln'y apaseuunhommecommcM. tleBroglie. Noua nous frottons les yeux comme Sanoho-Pança, et nous ne voyons que des moulins àventau lieu de géanis.nouasommesapparemment trop près du tableau, qui demande h être vu dans l'élojgnenient. Que ne pùis-je vous rendre la seule des pensées dont tout ceci nous accable dans des moments ! Un jour je serai plus à portée de vous parler. Vous avez su sans doute bien des particularités dusiége de Prague. Je voudrois pouvoir vous envoyer une relation exacte de tout ce qui s'y est passé, comme aussi des événements qui l'ont précédé et qui l'ont suivi; jevous assurK que vous apprendriez des choses dont il n'y a aucun exemple, et qui ont besoin d'être certlGées par autant de témoins pour pouvoiï^ être crues. Le siège de Prague sera une époque constante de la fermeté et de la valeur des troupes françoises ; ce n'est point par les braS que nous péchons ordinairement, c'est par la tSte; et quand il s'en trouve une dont les siècles à peine en fournissent quelques exemples, toute notre politique , toute notre adresse se tourne à la faire né^iger, à lui (5ier un commandement dont elle seule est capable, et à a'qccuper avec plaisir a la charger de la mauvaise réussite d'un évétumeot, pour détourner les yeux du public de la véritable cause, qui est plus près de Paris que de Prague. Que d'evemples de ceci daus l'histoire de France et même assez proches de notre temps ? Nous avons vu id ce que peut faire un cccur citoyen malgré tout ce qui pouvoit le Abuler, M. le maréchal de Belle-Isle a travaillé sansrelAche ; nialgrérin< commodité d'un rhumatisme très- douloureux, il alloit deuK ou troîsfois par jour visiter les travaux, feu ou poiut aidé parles ingénieurs, il s'est vu obligé d'inventer et de conduire tous les ouvrages qu'il a faits pour disputer les approches aux ennemis; il animoit les travailleurs par sa présence et ses libéralités. Se restreignant à la qualité de lieutenant de roi de Prague , il se prétoit aux détails réservés ordinairo-v ment au major de tranchée.; tout passoit par ses mains. Personne ne lui pouvoit refuser son admiration. La netteté des ordres, la facilité du détail immense danslequel, heureusement pournous, il a voulues* trer, l'air d'intérêt avec lequel il parloit aux troupes et ofGciers, leS' précautions qu'il prenoit sans cesse pour Irur sûreté et commodité,, celles qu'il prenoit pour l'intérieur de la ville, ayant également à lA défendre de ses ennemis au dehors et des intelligences qu'ils avoieul au dedans, toutes ces qualités sont moins admirables que sa constance
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et sa modération, que rien n'a pu déranger, malgré les épreuves auxquelles on les mettoit tous les jours. Que faisoit son collègue pendant tout ce temps? On n'oseroit le dire, par intérêt pour Thumanité. Au coin de son feu , dont il ne bougeoit presque point , chagrin des succès qui suivoient les dispositions que M. de Selle-Isle faisoit pour les sorties journalières, il avoit la foiblesse de le témoigner ; il faisoit plus, il déclamoittout haut contre tout ce que Tautre faisoit ; il Ht mettre même à Tordre, chose inouïe, que les troupes étoient trop exposées dans les ouvrages faits par M. de Belle-Isle, tandis que chacun convient que c'est par là que nous avons ralenti toutes les approches des ennemis. En un mot, j'en reviens toujours à dire que Ton sera obligé de se taire sur tout ce qui s'est passé ici, parce que personne ne voudra y ajouter foi. Il n'entre point d'humeur dans ce que j'ai dit. Je connois peu ou point M. le maréchal de Broglie ; mais je sais que ses plus grands partisans ne peuvent disconvenir que ce n'est plus le même homme. Le défaut de mémoire , l'emportement, l'humeur, trois attaques anciennes d'apoplexie^ dont il reste encore des traces assez fréquentes, qu'on appelle chez lui vapeurs,. une vue extraordinairement baissée et une surdité considérable, composent le général qui va décider du sort de 80,000 François qui sont ici à ses ordres. M. de Broglie a été extrêmement brillant a la guerre autrefois, tout le monde en convient ; mais l'âge et les infirmités l'ont bien changé, et il n'est pas trop fort de dire qu'il n'est plus fait aujourd'hui pour commander. De tous ces détails il y a une conclusion à faire; c'est qu'il faut la paix, puisqu'on ne peut faire la guerre. Celle de Bohême est vue de mauvais œil en France : on a raison , nous en souffrons nous-mêmes ici bien autant ; cependant il n'y avoit qu'un moyen delà fioir promptement, ettout a conspiré à le faire échpuep.