‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 2)Chapitre 66 sur 69 · Lettre de M. de Puysieux · texte numérisé non relu

Lettre de M. de Puysieux

Oa cantonnement de Fronteobausen (2), du 24 décembre 4742.

Les cantonnements ne nous fournissent plus aucune matière à nouvelles; je crois même que c'est partie remise pour la campagne prochaine; et il y a toute apparence que nous ne ferons aucun mouve-> ment cet hiver, à moins que nous n'y soyons forcés. La disposition qu'on fait à l'égard de nos quartiers prouve bien que nous ne songeons à aucune entreprise ; la destination de la cavalerie est sur les derrières, sur le Lech ; la gendarmerie prendra ses quartiers à Donauwerth. Ce fait estcertain, ou du moins il le faut croire tel, puisquq M. de Broglie l'a dit hier. L'infanterie bordera l'Iser, le quartier général à Straubing; c'est l'arrangeopient qui subsiste pour le présent. 11 passoit hier pour certain que la gendarmerie partoit le 28 pour ses quartiers.

(1) Le marquis d'Ârmentières capitula le 25, après que les habitants eurent fait entrer des Croates par un aqueduc, et que Tennemi eut forcé les barrières du côté du pont.

(2) Ville de Bavière sur la Vils, à Test de Landshut.

Cet arrangement est bien de notre goût, mais il n'est pas tout à fait de celui de Tempereur ; le 22, M. de Bro^ie en reçut une lettre qui le dénote assez, par laquelle S. M. lui mandoit s'il ne songeoit pas à faire le siège de Passauet deScharding, et qu'il comptoit bien qu'il ne fiuiroit pas la campagne qu'il ne se fût rendu maître de ces deux endroits. En ce cas elle ne seroit pas encore prête à finir, car l'armée qui est réunie entre Passau et Scharding nous feroit trouver bien des difficultés dans l'exécution de ce projet. Selon moi, on en a manqué le moment, qui étoit bien plus favorable lorsque l'armée ennemie étoit divisée et que nous étions sous Braunau. J'avois du moins imaginé qu'on feroit quelque tentative dans ce temps sur Passau, maison n'eiia pas fait la moindre. Si la prise s'en étoit suivie, nous aurions pu dire avoir fait une fin de campagne passable, au lieu qu'en vérité elle est misérable. L'Empereur n'en est nullement satisfait, et je trouve qu'il a raison, car il pouvoit être possible de faire mieux qu'on n'a fait pour lui, en un mot flaire quelque cbose, et on n'en a pas seulement fait la démonstration.

TESTAHEHT de m. le CABDIIfAL DE FLEU&Y.

Chanson sur Vair des Pendus (1).

Malgré l'horoscope charmant Qui me promettoit six vingts ans.

Je touche à mon heure dernière t Dumoulin (2) n'y sait plus que faire.

Approchez, Sire, et m'écoutez, Cest ma dernière volonté.

Je donne par mon testament A Tencin le gouvernement ; Il est devenu honnête homme Dans son ambassade de Rome.

J'aurois sans doute mieux trouvé, Mais Je veux être regretté.

On dira qu'il n'a nul talent, Qu'en tous points il est ignorant ;

(1) Le duc de Luyncs donne dans ses mémoires UM copie de cette chinson ; mais comme elle csi Incomplète, nous la citons d'après le recueil .Maui-epas (t. 31, p. iss décembre itW) («; Médecin.

Mais, Sire, pour le ministère Il ne faut pas tant de mystère :

Vous voyez comme tout va bien, Et si pourtant je ne sais rien.

Le conseil est bien composé « Je rai parfaitement formé ; En mille ans personne, je pense, N'eût pris Orry pomr la finance.

Il est béte, dur et fripon, Hais an demeurant j'en réponds.

Breteuil n'est qu'un vrai freluquet ; Je l'aurois d^à chassé net ; Mais dans vingt ou trente ans peut-être Il en saura plus que' son mattre, S'il s'applique, car du Vernet(0, Lui enseigne tout œ qu'il sait.

Pour Amelot, quand je l'ai pris Cétoit pour être mon commis ; Car en matière politique.

Chacun sait que je suis unique.

Moi seul j'ai FEurope mené ; Elle se tait quand j'ai parlé.

Le Maurepas est un si^et ; Mais trop rempli de son objet', Il veut élever la marine.

Et ce seroit notre ruine.

Xai toujours barré ses desseins De peur de fâcher nos voisins.

Xai mis au conseil d'Argenson ; C*est un fort aimable garçon.

Propos de table et de ruelle, Il jase de tout à merveille.

Prenez-le, Sire, en attendant '■ Pour vos petits appartements.

Quoi qu'il vaque, on peut hardiment L'y placer indifféremment ; .Te le sais par expérience.

Il ne faut talent ni science.

Tout homme est bon à tout métier; Voyez Orry et Tonnelier.

Richelieu subjugua les grands ; Us étoient trop indépendants.

(1) Paris da Vemet

J'ai fait plus , J'ai mis la noblesse Dans la pins eitréme détresse , Le bourgeois , le peuple il bas Qu'ils ne se soulèveront pas.

Les proTinoet n*ont phiê d'argent.

Mais le malheur n'est pas si grand :

Elles Tiyront d'éconoôiie Et redoubleront d'industrie.

An reste, quand Fleury mourra, Fera les yignet qui pourra*

Codicille du cardinal de Fleury en vaveue des fermiers generaux.

Je recommande à tos bontés Mes fermiers, vos enfants gâtés ; J'en ai fait par leur opulence Quarante grands seigneurs en France.

Il faut pour les gratifier Encore un bail du sieur Garlier (1 ).

Epitaphes sur le cardinal Fleury.

Ci-glt un cardinal antique , Mentor rusé, ministre sans éclat, Qui sut pousser la politique Jusqu'à mourir pour le bien de 1* État.

Fleury est mort, vive le Roi!

Sans richesses et sans éclat , Se bornant au pouvoir suprême»

11 n'a vécu que pour lui-même.

Et meurt pour le bien de l'État.

(P. 1» et suivantes.)

(i) Pr£te-nom des fermes.

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