‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 2)Chapitre 68 sur 69 · M^RS 1T4I5. 4H · texte numérisé non relu

M^RS 1T4I5. 4H

niers il y a eu du gras daus le» eabiu^ts pour le» deux dames et pour M. le prince de Cpnty ; c'est ce qu'où n'avoit poiut eucore vu. Hier devoit être regardé comme un souper particulier^ mais lundi il y avoit quatorze pais sopn^.

On parla diversement $ur le voyage de U. le prince da Gonty ici* Beaucoup de gensoroyent que les plaintes fai"» tas par TEmpereur contre M, le maréchal de Broglie, et contenues dans une lettre écrite par S. M. I. directement au Roi, et l'incompatibilité de ce général avec M. de Secken* dorf> qui est le seul homme que TEmpereur puisse mettre 41a tôte de ses troupes^ ont mis dans la nécessité de songer à un autre arrangement. On dit que M. le maréchal de Bro* glie reviendra, et qu'il n'est pas même éloigné de le dé* sil^er, ayant obtenu ce qu'il souhaitoit. On ajoute que M. le prince de Gonty va commander Tarmée, ayant sous sas ordres M. le comte de Saxe. Cependant voici ce qui s^est passé sur cette affaire et qui est certainement vrai. M"* la princesse de Conty, fort en peine de la santé de son fils^ et se servant de cette raison, soit que ce fût la seule^ ^it qu'elle en eût d'autres^ avoit écrit au Roi (et je crois même plusieurs fois) pour lui demander un moment d'audience, l'assurant qu'elle n'avoit à lui parler que pour M. son fils. Le lendemain de la mort de M. le Cardinal^ le Roi dit à M. de Gesvres que 11'°'' la princesse de Conty lui de* mandoit avec empressement une audience/ ajoutant même la raison pour laquelle elle vouloit lui parler; apparemmentqueleRoi donna l'heure en même temps à H. de Gesvres pour cette audience. M. de Gesvres fut parler à W"" la princesse de Conty, et lui répéta ce que le Roi lui avoit dit; M"'*' la princesse de Conty répondit toujours que le Roi lui avoit ordonné de venir lui parler, et fut un peu embarrassée avec M. de Gesvres , parce qu^elle ne s'iétoit pas adressée à lui pour cette audience. Enfin l'audience fut donnée dans la pièce qui est entre le cabinet ovale et l'escalier. M. de Gesvres et Champcepetz, premier valet

tle chambre, restèrent dans le cabinet ovaI> et la port6< demeura ouverte ; ils entendirent que M"°° la princesse di Conty parlait beaucoup deM. son fils; effectivement é\U demanda au Roi son retour, par rapport àsa santé età ses affaires, à la condition expresse que S. M. lui permettroit d'y retourner. Comme ce même jour, ou la veille, la lettre et le mémoire de M. Chauvclin, dont j'ai parié ci-dessuSj furent donnés au Roi, le public, instruit de l'ancienne liaison de M"' la princesse de Conty avec M. Chauvelinetde l'audience qu'elle avoiteue,3ugea et dit que c'étoit elle qui avoit donné le mémoire, d'autant plus que l'on ignoroit et que l'on ignore encore par qui ce mémoire a été remis; mais on peut regardw comme certain qu'elle ne remit aucun mémoire à S. M.

Il parott constant que la réunion de k direction des fortifications aux deux secrétaires d'btat est faite. Ceux qui veulent soutenir l'avantage de cette réunion disent que le même arrangement subsistoit sous Louis XIV, du temps de M. de Louvois et de M, deSeignelay ; mais on ne fait pas une observation, c'est que l'inspection générale des fortifications étoit alors exercée par un homme d'nn mérite supérieur, qui étoit M. de Vauban, et que d'ailleurs cela ne subsista qu'un certain temps, M. le Pelletier de Souzy ayant été chargé en particulier desfortifications. On pourroit répliquer que ce détail n'étoit pas trop de la compétence d'un homme de robe, mais le feu Roi employoitles gens de robe pour travailler avec lui de préférence ai militaires.

Quoique M. de Séchelles ait été nommé intendant àt Lille, il parolt certain que ce ne sera pas lui qui sera intendant de l'arraée de M. le maréchal de Noailles, et que ce sera M. Chauvelin, intendant d'Amiens, en qui M. de Noaillesa pris beaucoup'de confiance dansia dernière campagne. Tous ces arrangements se l'ont sans qu'onait consultécn rien M. de Rellc-Isle; cependant il ditqu'il ne peut avoiraucunsujetdese plaindre, qu'il a eu deuxaudienceVi

la I

du Roi^ Tune en présence de M. Amelot^ l'autre en présence de M. d'Argenson ; qu'il a eu le temps dans l'une et dans l'autre de rendre compte fort en détail des affaires politiqitôs et militaires dont il a été chargé; que le Roi lui a marqué du contentement de la manière dont il s'étoit acquitté de ses ordres dans l'un et Tautre genre ; qu'il ne s'est point présenté depuis devants. M. sans en avoir reçu des niarques de bonté par dés questions sur sa santé ; que sa sciatique est la seule raison qui ait empêché qu'il ne soit employé; ayant une lettre écrite de la main du Roi pariaquelle S. H. avoit la bonté de lui demander si sa santé lui permettoit d'aller sur-le-champ prendre le commandement de l'armée de Ravière ; qu'il avoit été obligé de répondre au Roi que^ ne pouvant absolument monter à cheval; il nepouvoit accepter l'honneur qu'il lui faisoit; qu'à la vérité il s'étoit trouvé obligé, malgré son état, de garder le commandement de l'armée de Rohème, mais que les circonstances étoient fort différentes; qu'il avôit commencé par demander son congé et l'avoit ob^ tenU; et que trois jours après il avoit reçu une lettre de M. le Cardinal; portant ordre de garder le commandement de TarméC; malgré ses infirmités, le Roi ne lui de<* mandant de faire que ce qu'il pourroit, mais jugeant sa présence absolument nécessaire. Ce fut dans le même temps qu'on lui envoya une patente pour commander l'armée; sans aucune dépendance de M. de Rroglie, qui avoit obtenU; comme je l'ai marqué ci-dessus, celle de commandant général.

M. deRelle-Isle me racontoit aujourd'hui un fait qui lui est arrivé pendant le blocus de Prague, qui est assez singulier pour mériter d'être rapporté. Pendant le séjour que Tarmée du Roi avoit fait en Rohême, avant que d'être renfermée dans Prague, on avoit établi des contributions; une partie avoit été payée, il en restoit encore de dû 140,000 livres. L'armée étant restée bloquée dans Prague depuis le siége;M. de Belle-Isle ne perdit pointde

do J

434 MÉMOIRKS DU DUC DK LUÏNKS.

me le payement de cette somme ; il trouva le moyen de ■ faire avertir tous ceux qui dévoient de payer nu plnrf~ tôt; comme la plupart avoient des effets dans leurs maî^^ sons à. eux ou à leurs amis dans la ville de Prague et qu'il n'y ftvoit que les menaces qui pussent faire payer cette dette , il les avertit qu'il alloit faii-e mettre le feu à ce qui leur appartenoit s'ils ne payoient pas. Cet avertissement fit une telle impression que l'un des plus grands seigneurs de Bohème, qui avoit une grande quantité de vaisselle d'argent dans sa maison à Prague et enfermée sous clef, et qui devoit une somme de 45,000 1 vres de coutribuliou, envoya aussitôt, sa clef et donnd ordre que l'on vendit sa vaisselle pour payer cette somm Mais ce qui est le plus remarquable, c'est que M. le prinoi deLobkowitz, commandant l'armée de la reine de Uodt grie et maître alors de toute la Bohème , à la réserve i deux seules villes de Prague et d'Egra, après avoirtenti inutilement d'arrêter la rigueur avec laquelle on exi« geoit ksdites coatributions, par plusieurs lettres qa'ï% écrivit à M. de Belle-Isie et qui étoieiit presque toutes remplies de menaces, fui enfin obligé d'écrire sur i autre ton, et demanda que l'on ménageât les biens de s neveu, cequifutexécuté.

Mou fils me conçoit ces jours-ci encore un autre fa^ que M. de Belle-lsle m'a confirmé. Gomme M. de Brogliât en quittant Prague n'avoitlaissé dans la villedufourraj que pour trots jours et du pain pour trois semaines ( environ à5,000 écus dans le trésor de l'armée, il {allii( que U. de Belle-lsle songeât à réparer la sulisistance et i faire venir del'argent. Je viens de marquer ce qu'ilfitpail rapporta l'argent. Outrecela, j'ai marqué dans leteujpl' qu'il trouva moyen de remonter une partie de la cavsf lerie et les dragons en fort peu de jours. Il eut attention aussi de faire entrei;des farines, de fciçon que quand if estsorti de Prague il avoit de quoi fournir l'armée dâpain pendant quatre mois, llfallut aussi songerauxfoup-'

MAKS i74S. 4S5

rages, et c'est de quoi il s'occnpoit tous les jours; il. fit usage des chevaux qu'il venoit de fairedonnepàses troupes, et avoit trouvé moyen d'en amasser pour plus de trois mois. Mon fils, entendant raisonner M. de Belle-Isle sur la disposition d'un de ces fourrages, et usant de la liberté qu'il lui avoit donnée de lui faire quelquefois des questions, lui représenta que marchant du côté où l'on disoit qu'étoiént les ennemis, sa droite lui paroissoit bien en l'air; M. de Belle-Isle trouva l'observation fort juste, et lui dit qu'il savoit bien que l'armée de M. de Lobkowitz étoit à Konigsal, qui est le côté vers lequel il marchoit, qu'il savoit môme que l'avant-garde de l'armée ennemie étoit en marche et pâssoit la rivière; mais que M. le prince de Lobkowitz avec le reste de l'ai^mée ne marchoit point ce jour-là; qu'il est vrai que cette avant-garde pourroit l'attaquer, mais que celui qui la commandoit ne se hasarderoit point de faire cette tentative sans avoir envoyé recevoir les ordres de M. de Lobkowitz; que quelque diligence que Ton pût faire il falioit tant de temps pour aller au quartier général et tant pour le retour, que cet intervalle de temps lui étoit plus .que suffisant pour faire son fourrage sans aucun risque. Son jugement fut trèsfondé, et le fourrage se passa tranquillement.

Non-seulement M. de Belle-Isle a travaillé plusieurs fois avec MM. d'Argenson et Amelot, mais il a été aussi voir les autres ministres. Après une conversation d'une demi-heure ou Irois quarts d'heure avec M. de Maurepas, le même jour, M. de Maurepas dit le soir que l'extrait de la conversation qu'il avoit eue avec M. de Belle-Isle étoit qu'il n'y avoit de bien fait que ce qui avoit été fait par lui, et que tout ce que l'on feroit sans lui seroit mal.

Dujeudiik, Versailles. Le Roi soupa hier dans sa chambre ; il travailla avant souper avec M. d'Argenson. .On a su ce matin qu'il y avoit irois gouvernements de donqés. Celui de Salces, qu'avoit feu M. de Nantis, a été donné à M. de Lutleaux; celui de Villefranche, qu'avoit M. le

436 MKMOiRES DU DUC PE LUYNF.S.

marquis de Montai, à H. du Qiayla ; le fort Barreaux, qu'avoitM. des Pontis, à H, le comte de Danois. Un quatrième, qu'avoit feu M. de Polastron, qui est Neuf-Brisach , a été donné à M. de Clermont-Gallerande. Il y a encore trois gou vêtue me nts à donner; Berghes, que rend M. de Broglie; Saint-Malo, vacant par la mort de M. d'Hautefort; Montpellier, parcelle de M. de Castries; outre cela, il y a encore le gouvernement de Pontarlier à donner. On nommoit beaucoup M. de Richelieu pour le gouvernenienl de Montpellier; naaison n'en parle plus de même, et l'on croit qu'il n'y compte plus. M. de Danois a fait aujourd'hui son remerclment au Boi; le Boi ne lui a rien dit, mais en rentrant dans son cabinet il a dît à quelqu'un de ceux qui le suivoient :" « Le gouvernement que je lui ai donné est bon, mais il le mérite bien. « Effectivement M. de Danois est homme de grande distinction; il est lieutenant général de cette dernière promotion ; il étoit maréchal de camp de 173i. On ne peut pas oublier ce qui lui arriva à la bataille de Malplaquet. M. de Danois étoit dans le régiment du Roi; il fut blessé au visage d'un coup de feu, et resta sur le champ dç bataille au nombre des morts. Il est frère de M. de Cernay; ils sont de Valenciennes. Uq& femme quiatoit élevéM. de Danois, et qui étoit à Valenciennes dans sa maison, ayant entendu dire qu'il avoil été tué, dit qu'elle vouloit absolument qu'on la men&t sur le champ de bataille. On lui représenta l'inutilité dft son zèle, l'impossibilité presque absolue de retrouver l6 corps de M. de Danois au milieu dé tant de morts; rien ne put l'arrêter : elle demanda un carrosse et un domestiqua de la maison, qu'elle prit avec elle; elle se Ht conduire dans l'endroit où étoit le régiment du Boi. Il se trouva que M. de Danois, qui étoit tombé, comule je l'ai dit, au milieu des morts et laissé poui- tel, malgré l'extrême îtà^ blesse où l'iivoit jeté la quantité de sang qu'il avoit pe^ due, avoil conservé asseï de force et do connoissance pouf apercevoir uu homme qui vendoit de l'eau-de-vie et qui

]^assasur le champ de bataille; il appela cet homme» et lui demanda un coup d'eau-de-Viepai*chartté, luidisânt qti'étant dépouillé comme il l'étoitetprêtà inoiiririlùèpouifroit ni lui donner ni même lui promettre rien , maîi^ è[«e Dieu seroit sa récompense. Cette eau-de*vie le soutitftjuà-^ qu'au lendemain matin, que la femme arriva à la {loitité du jour et le trouva encore en vie; on le rapporta à ValefU* ciènnes, et il guérit parfaitement de cette blessure.

M. le maréchal de Belle-Isle fut hier au coucher dli Roi. Gomme il a la première entrée, et qu'il y a peu ou même point de différence le soir entre la première et la grande^ il resta avec M. de Gesvres , M. de Maillebois et le premier valet de chambre; il prit ce moment pour s'approcher du Roi et lui demander son agrément pour la dignité de prince de l'Empire, dont l'Empereur vouloit l'honorer. M. Amelot prétendoit qu'une permission verbale suffisoit; M. de Belle-Isle a insisté à en vouloir une par écrit, et le Roi a donné ordre à M. Amelot de l'expédier. Le Roi, qui avoit paru un peu embarrassé dans le premier moment queM. de Belle-Isle voulut lui parler, parutfort'àsonaiçe quand il sut de quoi il s'agissoit,.et dès cet instant parla beaucoup à M. de Belle-Isle jusqu'à la fin de son coucher.

J'ai oublié de marquer ci-dessus que M. de Belle-Isle est revenu de Francfort avec la Toison d'Or, que le roi d'Espagne lui a accordée, et dont la cérémonie s'est faite & Francfort.

J'oubliois de marquer que M. de Belle-Isle dit hier au Roi que l'intention de l'Empereur avoit été , s'il avoit conservé la Bohême, de lui donner un fief de 40,000 écus de rente dans ce royaume pour joindre à la dignité de princie de l'Empire.

A l'occasion de la permission accordée à M. de Belle- Isle d'accepter cette dignité, je parlai encore, il y a quelquesjours, à M. Amelot de ce que j'ai marqué ci-dessus par rapport à mon fils ; il me paroissoit qu'un exemple devoit déterminer sur une grâce qui n'est de nulle valeur dans

4'èS MÉMOIRES DU DUC DE LUY.^ES-

ce pays-ci. D'ailleurs^ cette grâce est dans un cas plus favorable, si on peut le dire, que celle de M. de Belle-Isle; cen^est en quelque manière qu'une extension au diplôme accordée H. de Grimberghen. M. de Grimberghen prétend, comme je Tai marqué ci-dessus^ que T usage de FEm- [Hre est de ne point nommer les collatéraux dans les diplômes; cependant celui de M. de Belle-Isle s'étend aux collatéraux; il est vrai que les droits de chancellerie sont plus considérables pour Fexpédition de pareils diplômes ; enfin, il ne s'agissoit que de permettre que cette grftoe parviut jusqu'à mon fils, soit par uneaddition au diplôme de M. de Grimberghen , soit par un nouveau diplôme. M. Amelota toujours persisté à répondre qu'il croyoit savoir que cette proposition . ne seroit point agréable au Roi , malgré l'exemple de M. de Belle-Isle.

DuiSy Versailles. — Avant-hier, M. le duc de Penthièvre présenta au Roi M. de Saint-Pern, qu'il a fait son premier écuyer à la place de M. d'Hautefort-Bozein; il présenta en même temps le chevalier de Castellane, frère de celui qui est chef de brigade des gardes du corps, qu'il a fait capitaine de ses gardes à la place de M. de Saint-Pern. Il les amena Tun et l'autre chez la Reine, à qui il comptoit les présenter ; la Reine lui fit signe que M*"® de Luynes étoit présente et qu'il falloit s'adresser à elle. M. de Penthièvre vint à M"™^ de Luynes lui demander permission de présenter ces deux messieurs ; il s'approcha en même temps de la Reine ; M""® de Luynes s'en approcha aussi , et ils les norpmèrent l'une et l'autre à S. M.

J'ai déjà marqué ci-dessus les témoignages que MM. les maréchaux de Broglie et de Belle-Isle avoient bien voulu rendre de la conduite de mon fils pendant cette dernière campagne.Il mecontoit il y a quelques jours la manière dont il avoit agi avec M. le maréchal de Broglie dans les premiers temps que ce général arriva à l'armée. Comme on savoit qu'il étoit ami de M. de Belle-Isle, et que M. le maréchal de Broglie ne le connoissoit point, il crut que le

meilleur parti étoil de s'expliquer d'abord simplement et naturellement. 11 connoissoit M. de Marcilly , fort ami de M. de Broglie ; il le pria de dire à M. le maréchal qu^il désiroit infiniment de lui plaire , qu'il n'épargneroit pour cela ni les soins ni les attentions; qu'il espéroitméme mériter son estime par son exactitude à lui obéir et son assiduité à son devoir ; que d'ailleurs^il étoit ami de M. de Belle-Isle; que s'il ne pouvoit espérer les bontés de M. le maréchal de Broglie qu'en changeant de sentiments et de conduite par rapport à M. de Belle-Isle^ il sentoit bien qu'il ne parviendroit jamais aies obtenir; qu'à cela près il feroit tout ce qu'il pourroit pour s'en rendre digne. Ce discours fut rendu à M. de Broglie par M. de Marcilly, et il fut très-bien reçu ; mon fils y alla le lendemain^ et fut fort bien traité par ce général, qui a toujours continué à lui marquer de l'estime et de l'amitié.

Du dimanche 17 , Versailles, — Il y a deux ou trois jours que M. l'abbé Bignon mourut en sa maison de l'Isle-Belle près de Mantes; il étoit doyen du conseil et chargé de la bibliothèque du Roi. M. l'abbé Bignon avoit plus de quatrevingts ans. La place de doyen du conseil passe àM.i'abbé de Pomponne ; elle lui vaudra 6 bu 7,000 livres de rente de plus. Cette place ne se perd jamais, quand même on seroit hors d'état de' servir pendant de longues années.

Jeudi dernier mourut à Paris M* de Brienne, âgé de quatre-vingt-quatre ans ; il étoit fils du secrétaire d'État, petit-fils par sa mère de M. de Chavigny (1), aussi secré-

(1) M. de Chavîgny le ministre a eu vingt enfants, dont treize ont vécu en même temps. L'atné étoit M. de Pons, mort depuis deux ans, qui a eu un fils, lequel a le régiment de Cambrésis et a épousé il y a quelques années la tille de M. le marquis de la Fare ; un second est M. de Chavigny, qui a chassé toute sa vie et qui est mort vieux; M. l'ancien évoque de Troyes, mort il y a douze ans au moins ; un chevalier et un abbé. M. de Chavigny eut plusieurs filles; une épousa en premières noces M. Brulart, dont elle eut M^^^ de Charaeron- Vichy et M™® de Luynes, et en secondes noces M. le duc de Choi-

440 MI'.iMOlRIvS DU DUC DE LUÏNES.

tnii'o d'tillat, et frère de ïna M™" de Gamaches. Sa fémi vil ein'oro; ello esteœiir de M*" de Luynes ; maiselle Affoode vingl-cinq ans plus qu'elle ; elle étoit fille de M. Br< Inrt d'im premier Ut. M. de Brienne avoitdeus; garçons :' lu OHdet s'appelle Loménie, et n'est connu de personne. Il est maritJet aiMîudebien; ilaungarçon. L'atnéestU. de Hi'ifnni.', ([HÎ a épousé M"'âe Vilatte-Chamillart^^œur de M'^drtiuitaul, Leur nitTC, M" de Vilatle, est aujourd'hui M" iK' Saiimery.. veuve du sous-couverneur du Roi, qui iivoit ^ti^ nmbassadcur h Munioh. Us ont trois sarrons; le Kniadouoè A Talné, depuis un mois oudeux,<iDecoDipa- ^ak) nouvelle , Tune des quatre dont od augmeate le rfririment des cuiressiers.

M. t« points de BRii*ièt« prit congé hier ao déboUer; s'en va ?f r\ir en Bavière. Cêsl ub usasf qui s'est él siMis w r^i;tnp-« de faire les révérends et prendre congé d«ns l« cal^net. C'est de H. de Gesvres que je tiens erite

M. le Prettùer dein«>d« hier rarement du Roi : il marie: U a cÎDqaanl^JBVs ans : il êpoose IP* de nK.fttor^ V. diVuAHbrtetde V~ dlle«£eMrt;dIe • lM>»le-aewf«as. H «fùl «qîoard'liai âsaer son centrât; W MMM^ se ten liriMiin

11^ JH>n«WM liM iâ hier voir k Cdv^ o& cfie n'étoit JMMis v«WM ï «tte «Bl «■ naacc defoè pee de lnn[a, où <ftt»«a4»nHR>itc«^*«Nt4il, |penr»nalê;dr«etrcsdisMk {«wr ^n^^^lfl ■tgeriMbfï 4e auttse; dfe est vtwte «Yw >. L*ss^ P* ^ CkvTMiai est tmt jimjii. «t $Ttu»^ tf»,jgè*.Hyi «éeFt^nl: «lie es* pcûeBswAf ItifÉft e> gwa^n^neit 4a» |r^et»e!S SUesde ITiwyrrwit^ yVUe » fcto <wm «fcwées. Ce y'eBe Bo«sa «M 4m «M^khâiw 4» «

la rendre désirable, à en juger suivant nos usages. Il est vrai que la gouvernanie ne couche point dans l'appartement des princesses, mais il faut qu'elle soit chez elles depuis neuf heures jusqu'à minuit et toujours dehout, même pendant les repas, au commencement et à la fin desquels elle leur présente la serviette.

Comme j'ai parlé ci-dessus , à l'article du 29 août 1741, de la grftce accordée par le Roi à M. dePicquigny pour M. de Chauve de Vézanne, il convient d'ajouter ici ce qui s'est passé depuis. M. de Vézanne ayant toujours continué de se mêler du détait de la compagnie des chevau-légers et s'en étant acquitté avec zèle et capacité, en dernier lieu dans la campagne de Flandre, où il s'est attiré l'estime et l'amitié de toute la compagnie, M. de Picquigny désiroit fort d'obtenir pour lui le grade de maréchal des logis. Les deux maréchaux des logis aides majors étoient M. de Fortisson, dont j'ai parlé ci-dessus, qui vit encore, mais qui ne sert plus depuis plusieurs années et qui a obtenu le grade de maréchal de camp ; l'autre, M. de Fontaines, qui sert depuis plus de soixante ans, M. de Picquigny demanda dans son travail avec le Roi , il y a environ quinze jours, qu'il plùtùS. M, accorderle môme grade de maréchal de camp à M. de Fontaines, et en même temps la retraite ordinaire, qui est 1,000 écus de pension. M. de Fontaines avoit déjà 3,500 livres de pension du Roi. Le Roi accorda les 1,000 écus de retraite en conservant les 3,500 livres de pension, A l'égard du grade de maréchal de camp, comme la promotion étoit faite, il ne voulut pas que l'on y ajoutât rien ; mais il donna espérance à M, de Picquigny qu'il pourroit l'accorder dans quelque temps. A l'égard de la place de M. de Fontaines, sur le rapport que M. de Picquigny fit de M. de Vézanne, S. M. voulut bien le nommer à cet emploi. Quelques jours après, le Roi, travaillant avec M. d'Argenson, lui parla des 6^500 livres de pension de M. de Fontaines, et lui dit de chercher les exemples de pareille grâce. M, d'Argenson avertit aussitôt

M. de Picquignyde Tordre qu'il avoit reçu. M. de Picquigny fit sur-le-champ un mémoire oii il rapportoit l'exemple de pareille grâce accordée dans les gendarmes, même un peu plus considérable, puisque Taide major des • gendarmes avoit déjà 1^800 livres de pension et qu'il eut permission de tirer 20^000 livres de son emploi. Ce mémoire ne fut point remis , parce que M. d'Argensoa étoit déjà instruit de cet exemple; ainsi Tarrangeaient fait n% point souffert de difficulté.

Du mercredi 20y Versailles. — On sut avant-hier que le Roi avoit donnoà M. le maréchal de Puységur le gouvernement de Berghes, que M. le maréchal de Broglie vient de remettre à S. M. M. de Puységur avoit demandé Strasbourgy et n'avoit point demandé Berghes. Berghesvaut environ 22,000 livres de rente; il rend celui de Gondé^ qui en vaut 18,000. Il y a encore à donner Saint-Malo, Montpellier, qui sont considérables , et Pontarlier, qui est peu de chose. 11 paroit certain que le Roi a eu le dessein de donner à H. de Charlus le gouvernement de Montpellier, supposé qu il voulût épouser M"*" de Fleury ; mais M. rarchevôque d'Alby n'a pas voulu consentir à ce mariage.

Il y a eu deux places de conseiller d'État de vacantes, Tune par la mort de M. Bignon, intendant de Soissons, l'autre par la mort de M. l'abbé Bignon, son oncle , bibliothécaire du Roi. La première a été donnée à M. de Vatan, prévôt des marchands de la ville de Paris ; la seconde fut donnée avant-hier à M. l'abbé de Saint-Cyr, sous-précepteur de M. le Dauphin.

M. d'Aubigné arriva ici il y a quelques jours ; il fit sa révérence au Roi; il ne lui dit pas un mot. Il est ami de M. de Belle-Isle ; cela seul seroit une raison de n'être pas bien reçu ici dans le moment présent; mais outre cela, on lui a imputé plusieurs choses sur lesquelles il prétend avoir des preuves par écrit qui doivent le justifier en-. tièrem«nt. Une de ces accusations est au sujet d'un événe-

ment arrivé près de Schwandorf , en conduisant une des divisions de l'armée de Bohème en revenant. On disoit qu'une partie de cette division étoit revenue fuyant dans Amberg, qu'il y avoil péri deux cent soixante-quatorze hommes et que tous les équigages avoient été pillés; M. d'Aubigné a montré la lettre par laquelle M. le maréchal de Broglie^ n'ayant pas apparemment assez éclaire! le bruit que l'on avoit répandu, lui marquoit qu'il rendroit compte à la Cour de cette affaire avec tout le ménagement qu'il seroit possible. M. d'Aubigné a prouvé, en arrivant ici, que tous ces faits étoient absolument faux, puisque tous ses équipages marchoient devant lui et qu'il n'en avoit pas perdu la moindre partie; qu'il n' avoit pas non plus perdu un seul homme de sa division ; qu'il n'avoit pas même trouvé les ennemis; et mon fils , qui suivoit et menoit une division immédiatement après M. d'Aubigné , assure qu'il n'est pas rentré un seul homme de cette division dans Amberg.

Comme la plupart des lieutenants généraux de l'armée de M. de Belle-Isle ne sont point employés, on a débité ici que cela ne devoit pas surprendre , puisque M. le maréchal de Belle-lsle avoit mandé lui-même qu'il ne con- Boissoit pas un lieutenant général dans son armée propre à la commander. On a rapporté même .un extrait de la lettre de M. de Belle-lsle, et cet extrait a été montré au Roi. Ce qui a donné occasion à cette injuste accusation a été une lettre écrite par M. deBelle-Isle à M. de Breteuil, après la levée du siège de Prague et la tentative inutile de l'armée de M. de Maillebois pour entrer en Bohême. M. de Belle-lsle, voyant le peu d'espérance qui lui restoit d'être secouru par cette armée, écrivit à M. de Breteuil pour demander les ordres du Roisur trois cas différents dans lesquels il pourroit se trouver : le premier de sortir avec toute l'armée , infanterie , cavalerie, artillerie , supposé que la position de l'armée ennemie le lui permit; le second de faire sortir seulement la cavalerie ; le troisième

4U SIÉMOIRKS DU DUC DK LII\lSp:S.

de laisser la cavalerie et d'emmener seulement l'infanierie. Dans les deux derniers cas il s'agissoit de savoir si le Itoi vouloit que M. de Belle-lsle sortit de Prague on y restai avec la portion de l'armée qu'il seroit obligé d'y laiss'er, et à l'égard de l'autre portion de l'armée , savoir àquîil en donneroit le commandement. M. de Belle-lsie ajoutoit qu'il l'égard du clioix de celui qui commanderoit, jl étoit inutile qu'il fit aucundélailàM.deBreteuil, lequel étoit assez instruit pour pouvoir rendre compte au Roi.

J'ai marqué ci-dessus que depuis la maladie de M. de Meuse, le Roi dlnoit toujours seul dans ses cabinets. Cependant MM. d'Ayen cl de Noailles y ont dîné une seule fois, et depuis le carême le Hoî a fait porter souvent sa collation, qui est ordinairement du luit , chez M"" de la Toumelle. D'ailleurs le même usage" que j'ai marqué cidessus subsiste toujours; il n'y a de grand couvert que le dimanche ; outre cela le Roi soupe à son petit couvert, dans sa chambre , deux fois la semaine ; les autres jours, quand même il n'auroit pas été à la chasse , il soUpe dans ses cabinets ; M"*'' de la Toumelle et de Lauraguais y sont toujours; M'"* de Flavacourt y est souvent, mais , quelquefois onUe l'avertit point pour ces soupers.

Dm mardi 26, Versailles. — Il ya trois ou quatre jours J queleRoidonnaàM.etàM'"'d'Aumontl'appartementderea j M. le cardinal deFleury; ils ont aclnellemen t l'apparie^ 1 mentqu'avoit reuH"''la duchesseduLude,etdepuisM""'de \ Nesle et M"'deC]ermont; ils demandoieht à en changer.

Le Roi donna aussi, il y a trois jours, à M. le duc et à J M™* la duchesse de Ruffec l'appartement de M. et de feu J M'"" de Saint-Simon. Cet appartement estdansTaileneuvè,"! auprès de celui de M"" la maréchale de Villars. Cet arci rangement s'est fait de concert avec M. de Saint-Simon, qui a demandé cette grlce pour son fils et qui a cru né 1 devoir point perdre de temps A la soUiciler, parce qu'épi tant présentement seul et cet appartement étant doublej il I pourroit arriver que dans le besoin n(\ l'on estd'appar- '

MARS i745. 445

tementS; on lui proposeroit de le changer contre un moius grand. M. de Saint-Simon ne vient plus à la Cour ; il n'y a point paru depuis que H. le Dauphin a été reçu chevalier de rOrdre, à Fontainebleau (1). M. de Saint-Simon -a soixante-huit ans; il avoit un grand crédit sui: Tesprit de fpu M. le duc d'Orléans, dont il a obtenu plusieurs grâces pendant la Régence : l'ambassade d'Espagne , dont la grandesse a été une suite y laquelle grandesse est encore i^ne grâce particulière^ parce qu'il obtint la permission de la faire passer à celui de ses enfants qu'il voudroit; une place au conseil de Régence, avec 20,000 livres d'appointements , qu'il n'a pas voulu garder. Il obtint outra cela pour ses deux enfants la survivance de ses deuxgouvemementsde Blaye et de Senlis. Blaye vaut 25,000 livres^ dont 21,000 livres tous frais faits; Senlis 15,000, dont 13,000 tous frais laits. Ces deux gouvernements et la pension de l'Ordre sont les seuls bienfaits du Roi qui restent à M. le duc de Saint-Simon. En tout il jouit aujourd'hui de 173,000 livres de rente, sur quoi il a donné à chacun de ses garçons, en les mariant , 20,000 livres de rente et 10,000 livres, aussi de rente, à M'"^ de Chimay,sa fille. Il doit 900,000 livres en rente constituée au denier vingt, et 200,000 livres de dettes exigibles; il doit outre cela à ses enfants 500,000 écus, qui est le bien de M™^ de Saint- Simon, dont il revient 50,000 livres à la fille et le reste à MM. de Ruffec. Ses enfants ne veulent lui rien demander, et qu'il jouisse de tout ce qu'il a. Pour mettre même plus de netteté dans ses affaires, ils se chargent de lui fournir 55,000 livres clair et net tous les ans , et du surplus ils en acquitteront toutes les charges de son bien. M. de Saint- Simon est l'homme du monde le plus incapable d'entendre les affaires d'intérêt, quoique cependant il soit extrêmement instruit sur toutes autres matières ; il a beaucoup d'esprit et est très-bon ami ; mais comme c'est un carac-

(1) Le 13 mai 1742.

446 MEMOIRES DU DUC DE UrVNES.

tëre vif, impétuenx et même excessif, ilest aussi excessit dans son amitié. Par exemple, il conserve une reconnoissance infinie pour la mémoire de Louis XIU, duquel sa maison a reçu beaucoup de grâces, et entre autres l'érection du duché; il n'a pas un appartement à la ville, à la Cour, à la campagne , où il n'y ait le portrait de Louis XIII.

Il y eut sermon dimanche et hier lundi, à cause de la fête de la Vierge, Hier après le sermon et le salut, le Roi partit pour Choisy, menant les quatre dames qui sont de ce voyag-e; c'est M."^' la duchesse d'Antin et les trois sœurs; il reviendra vendredi, et il tiendra conseil d'Ëtat en arrivant. '

J'ai oublié de marquer ci-dessus que depuis le départ des gardes françoises et suisses pour la campagne, la garde, qui n'est composée que de détachements par coiilpagnie de ces troupes, monte sans drapeaux, ce qui né s' étoit jamais vu. La raison de cette nouveauté est que lorsque les gardes françoises et suisses alloient en campagne, c'étaient des compagnies entières qui restoient pour la garde du Roi, et qu'aujourd'hui cette garda n'est composée que de détachements faits de cliaque compagnie.

Du mercredi 27. — Il y a lieu de croire qu'il n'y aura point de chevaliers de l'Ordre à la Pentecôte prochaine, d'autant plus que ceux qui ont été nommés à la Chandeleur, étant tous militaires et servant tous, nepourrontpa» être reçus à la Pentecôte. Il y a quelque temps qu6' M. de Meuse, étant tête à tête avec le Roi, lui parloit sof la facilité des preuves qui étoient à faire pour être reçu' chevalier de l'Ordre, ajoutant qu'un honneur aussi considérable sembloit demander qu'il y eût moins de personnes à portée de l'obtenir. Le Roi lui répondît qu'Henri )I1 avoit eu ses raisons en admettant des preuves faciles à faire; qu'il avoit voulu conférer cet honneur è un plus grand nombre de gens de sa Cour. M, de Meuse

ajouta encore qu'il étoit hieu dil'licile qu'il n'y eût des occasions où le Roi ne donnât des dispenses, môme sur les preuves nécessaires ; le Roi répondit qu'il n'en donnoit aucune.

Dans cette conversation ou dans quelqu'une des autres qu'il a souvent avec le Roi , le discours tomba sur les rangs à la Cour. M. de Meuse dit qull étoit assez désagréable pour les gens de condition de n'avoir aucune marque extérieure qui les distinguât et d'être confondus avec tout le monde. Le itoi répondit : h Mon père avoit eu ledessein d'établir quelques marques extérieures pour distinguer les conditions, mais cela aeroit sujet à trop d'inconvénients, n

Dans une de ces conversations, il fut question des carreaux des ducs, et le Roi dit : « C'est le maréchal de Duras qui y a donné occasion ; comme il avoit peine à Se tenir à genoux, il portoit dans sa poche une espèce de petit matelas pour mettre sous ses genoux, a On parla aussi du carreau que M. de Châtillon avoit pris derrière M. le Dauphin avant que d'étie fait duc , et le Roi parut approuver que cela se fût passé de cette manière.

Dans une autre conversation, je ne sais par quel hasard le (^scours tomba sur les grâces que le Roi accordoit quelquefois à gens d'une naissance peu considérable, et le Roi dit : « Il est de ma gloire de les élever. »

Quaut à ce que je viens de marquer sur les chevaliers de l'Ordre, tout concourt à prouver que la promotion de la Chandeleur avoit été faite par M. le Cardinal. H. de la Mothe-Houdan court reçut en Bavière, l'année passée, une lettre de S. Ém. qui lui inarquoit : « Vous ne serez pas chevalier de l'Ordre au premier jour de l'an, mais vous n'attendrez pas longtemps. »

M. le chevalier d'Apchier servira cett« année. Poui* M. de la Fare, quoique le Roi l'ait très-bien traité, qu'il lui ait toujours parlé avec bonté, qu'il l'ait même mené à Choisy ce voyage-ci, il n'a jamais pu obtenir de servir.

448 fllÉMOIRES DU DUC DE LUYNES,

M. d'Argenson en a parlé plusieurs fois au Roi daos soi travail, et le Roi remettoit toujoufs d'un travail à l'autR suv cette affaire. Enfin M. d'Argenson dit il y a quatre ou cinq jours à M. de la Fare qu'il ne falloit pas l'amuseït plus longtemps, qu'il pouvoit vendre son équipage.

Pour M. de Beauvau, colonel du régiment de la Reim et inspecteur de cavalerie, qui a été fait raaréchalde cam] à la dernière promotion et qui a été chargé assez long^. temps des affaires du Roi auprès de l'électeur de Bavière^ auprès duquel même il éloit resté à Francfort depuis l'élection, quoique ce soit un des plus dignes officiel^ et le plus rempli de talents, on l'a cru apparemment trog attaché à M. de BeUe-lsle, et il n'est point employé. M. àt, Beauvau ne s'est trouvé enfermé dans Prague que parce qu'ayant vu M. de Belle-Isle parti pour aller joindra rarmée et jugeant qu'il pourroit y avoir quelque clu à faire, quoiqu'il fût malade, il demanda à l'Empereufj permission d'aller faire un tour à l'armée seulemenj pour douze jours. La retraite de Frauenberg arriva danit cette entrefaite, etfutensuite suivie du blocus et du s de Prague. H. de Beauvau, voyant qu'il ne seroit point; employé et ayant reçu beaucoup de marques de bonté de l'Empereur, désiroitallerpasser deux jours seulement à Francfort pour lui marquer sa reconnoissance ; il le dii à M. Amelot, qui lui Ct d'abord quelque difliculté, maia ■ qui lui répondit cependant qu'il le pouvoit. M. de Beau-__ vau prit congé du Roi le lendemain pour aller à Franc^ fort. Cette démarche ne fut point approuvée par M. Amelot^ qui lui manda de suspendre son voyage et qu'il auroit d ses nouvelles. Deux ou ti'ois jours après, il reçut un< lettre, à Paris, de M. Amelot qui lui mandoit de ne poia^ aller à Francfort.

U parolt que M. le cardinal de Teucin a grand désir de s'en aller à Lyon; on ne s'aperçoit pas jusqu'il présenj que son crédit augmente dans ce pays-ci.

A l'égard de M. Amelot, les aidres ministres pai'oisseilb

peu contents de lui ; ils disent que dans le comité ni dans le conseil il ne dit rien dUmportant^ réservant tout pour son travail particulier avec le Roi.

Du jeudi 28, Versailles, — Nous sûmes hier queM™^ la duchesse de Rohan étoit morte à Paris ; elle s'appeloit M"' du Bec; elle étoit fille du marquis de Vardes; samère étoit Nicolaï; elle avoit été mariée en 1678 avec M. le duc de Rohan-Chabot ; elle avoit eu dix enfants, trois garçons et sept filles. Feu M. le prince de Léon étoit l'alné de ces enfants. Le chevalier de Rohan , qui a pris le nom de comte de Chabot à son mariage, a épousé une fille de M. de Jarnac, veuve de M. de Mon tendre, qui prit le nom de Jarnac. Le troisième garçon est mort. M"® la princesse de Berghes est une des filles de M"' de Rohan, dont c'est ici Farticle. Une autre fille avoit épousé M. le comte de la Marck, grand d'Espagne, ci- devant ambassadeur à Madrid. C'est la mère du comte Louis de la Marck. Feu M. le prince de Léon avoit eu de M"** de Roquelaure, qu'il avoit enlevée, comme Ton sait, trois garçons et deux filles. L'alné des garçons, qui est M. le duc de Rohan d'aujourd'hui, a épousé la fille de M. le duc de Chàtillon, gouverneur de M. le Dauphin, et de M"" de Voisin; le second est mort, comme je l'ai marqué ci-dessus; le troisième , qui avoit pris le petit collet, l'a quitté et a pris le nom de vicomte de Rohan ; il est présentement aux mousquetaires. Des deux filles, l'une a épousé M. de Lautrec ; l'autre a épousé M. de Fernand Nunez, Espagnol.

Du dimanche 31. — Il y a longtemps que je n'ai eu occasion de parler de M"*® de Mailly ; son nom est trop connu pour omettre aucune des circonstances qui la regardent. Elle passe sa vie avec M™® la maréchale de Noailles, comme j'ai marqué ci-dessus. Cette société et les sermons du P. Renault lui ont donné apparemment occasion à des réflexions plus sérieuses; elle a quitté le rouge depuis sept ou huit jours, et parolt fort gaie et fort contente.

Le Roi fut hier à la chasse à Fausse -Repose ; comme il

4S0 MÉMOIRKS DV DUC DE I.UYNES-

Tnisoit un vent frnitl, il envoya attaquer et demeura dfu»'^' son carrosse. Après (jue la uhassc fnt commencée, il< montai cheval etcoiirul un premier cerf; le second ayanidemeuré longtemps dans la garenne de Sèvres, le Roi vint mettre pied à ten'e sur le chemin de Paris, à l'abri d'ona maison; il y fut plus d'une heure, et y resta jusqu'à 1* morl du cerf. Pendant ce t«mps, il passa un officier de» gardes, en chaise de poste, qui s'en alloit à Paris, et qui ayant aperçu le Roi se cach» dans sa chaise. Le Roi le remarqua et envoya savoir qui c'étoit ; il sut que c'étoit le chevalier d'Ormesson; il demanda à M. le maréchal de NoaiUes, à son débotler, s'il avoit donné congé à quel-i qu'officier. Le maréchal répondit que non, et parut étonn^ de la question. LeRoiluiconlale fait, tel que je viens de le marquer, excepté qu'il ne dit pas le nom, et ajouta qu'il s'étoit bien douté que c'étoit un officier qui s'en alloit sans congé. Le maréchal pria le Roi de vouloir bien lui dire qui c'étoit; mais le Roiréponditqu'ilnelediroit pas, et ajouta en s'en allant : <( C'est un officier de votre compagnie, » Dans le fait, M. le chevalier d'Ormesson ayant eu depuis le départ du Roi des nouvelles de Paris qni demandoient qu'il y allât faire un tour, s'étoit adressé à la Reine, auprès de laquelle il servoit, pour lui demander un congé; après l'avoir obtenu, il partit, et étoitrevena, le soir.

Il y a eu aujourd'hui deux présentations, l'une après le sermon, l'autre après le salut, La première a été M"" d'Argenson, qui n'étoit point encore venue dans ce pay»-ci; c'est M"" la duchesse de Lorges qui l'a présentée. La seconde a été M"" laducbesse de Montbazon, qui n'avoit poiot paru ici depuis son mariage ; elle a été présentée par M"= la princesse de Rohan.

Il y a sept ou huitjours que M, de Gesvres présenta au Roi M. de la Tour d'Auvergne, qui est un jeune homme, capitaine de cavalerie , qui prétend depuis longtemps' être de raf^me maison que MM. de Bouillon. M. de Bouil-

UAflS 174S.

Ion a fait eYarnîTier ses titres p»r ies plus habiles ^Béaie4il gist«s. et dit avoir les preuves que c'est etTectiveoient loti même maison, mais doat cette braacUeest séparée de l'aoti] tre depuis plosde quatre cents aos. H. le comte d'ÊvretiXM à qui H. de Bouillon en parla, étoit convenu que l'on nsl pouvoit empêcher M. de la Tonr d'Auvergne d'être prétll sente au Hoi, maisavoit demandé à M. de Bonillon de ne J passe trouver à la présentation; cependant M. de Bouil-tl Ion s'y trouva, et rendit les lémoignages les plus avanta gem de H. de la Tour d'Auvergne. Cette affaire a donni;!^ I occasion à M. le comte d'Évreux de faire beaucoup doiT plaintes, H. le canlinal d'Auvergne étoit choqué aussi 1 bien que M. le comte d'Évreux. U. de Bouillon, instruH; J de ce qu'ils pensoient l'un et l'autre, résolut de parler aa 4 Roi, ce qu'il a l'ait ce matin; il a dit à S. H. qu'il savoilij que les discours de M. le comte d'Évreux étoient parvenoNtl jusqu'à elle, et qu'il ne pouvoit s'empêcher de lui reprérta senterque M. delaTour d'Auvergne étoit bien réellemeoiT de sa maison: qu'il en avoit vu et examiné les titres; qu'il I apportoit, comme il a fait effectivemeut, ces titres mêmes BU Hoi pour qu'il ait la bonté de les faire examiner s'il le jugeoit à propos; qu'il sentoît bien qu'une branche séparée,et depuis aussilongtemps, ne pouvoit pas prétendre les mêmes honnoui-s et les mêmes distinctions qui ont été accordées par les rois longtemps depuis ladite séparation, mais qu'il trouveroit de l'injustice de ne pas recon- Doltre M. de la Tour d'Auvergne pour être de sa maison (quoiqu'il ne fût pas riche), puisque ses titres étoient bien réels.

L'on fait part actuellement du mariage de M. le duc de Uontenegm-Carafta avec H"' duCh&telet, M'" du ChAtelet est fille de H. du Châ.telet de Laumont; elle est grande, bien faite, sans être jolie. Sa mère, qui est Breteuil, est connue par son esprit et son habileté dans les sciences les plus abstraites.

M. deDpornesnil, neveu doM. l'évêquede Vi^rdiin, veuf

453 MRMOIKES DU DUC DK LUYNES.

depuis environ un an, épouse la troisième title de M. Bou-< logne. M, Boulogne a un garçon et quatre filles. L'aînée des filles a épousé M. de Boves, maître des requêtes; la seconde est M"" de l'Hôpital, attachée à Mesdames, et donti le mari est ambassadeur de France à Naples; celle-ci est . la troisième ; il y a la quatrième à marier.

Le Roi revint avant-hier de Choisy, tint conseil en arrivant, et soupa dans ses cabinets. 11 y soupa encore hier. Les dames sont toujours les trois sœurs. On ne servit point de gras à Choisy; c'est l'usage ordinaire de ne servir qu'en maigre, ainsi que dans les cabinets.

Hier, M. Hardion, directeur de rAcadémie,rendil compte au Roi de l'élection, faite jeudi dernier, de mon frère pour remplir la placevacante parlamortdeM, le cardinal de Fleury. Cette place étoitfort demandée par M. de Voltaire ; tous ses amis sollicitoient vivement, et le Roi n'ayant jamais voulu y consentir, ils avoient fait des tentatives pour empêcher que personne se présentât pour la demander. Mon frère ne songeoit en aucune manière à cette place. Étant allé rendre visite à M. de Maurepas, sans aucun dessein de lui en parler. M, de Maurepas lui parla le premier, et lui dit qu'il devroit y songer ; que cette demande seroit bien reçue. Mon frère en parla à H. l'évêque de Mirepoix, qui est fort de nos amis et qui est de l'Académie. M. de Mirepoix lui parla de la'méme manière que M. de Maurepas, et en rendit compte au Roi, qui parut approuver que mon frère fit les démarches nécessaires. En conséquence , mon frère aUa chez tous les académiciens, et jeudi il fut élu tout d'une voix. Il sera reçu quand il aura composé son discours. On sait que l'nsage est de faire l'éloge de celui dont on remplit la plaoe^ et le sujet qu'il a à traiter est d'une trop grande éi pour ne pas mériter beaucoup de réflexions

AVBIL.

Mort de l'él«cteur ileMajence et de l'ëlectrice pabliue. — Audienc« de l'en* ToyédeGteea. — Mariages. — Départ des ^uniciers Kénëreux pour l'armée.

— Arrirée <lu maréchal de MaiUdM^a. — MorI de M. de Champign}. — Ija • Mérepe Ae Voltaire. — Mariage de M"° de Goésbriant. — M- de Vissée oo

te doux murgais. — Cène de la Ràae. — Le Roi ^t bon accueil à Cbevert. — Opinion de M. de BrogUe sur la guerre. — Croix de Saiat-Louis donnée au duc de Chevreuse. — Reproches Taits ù M. d'Aobigné sur ses opëralÏDnH en Bolifine. — Audience de M. de Piosasqiie. — I%i du carême.

— Guidons de gendarmerie et ré^menl donnés. — Disgrflce de lou!! les amis dit maréclial de Belle-lsle. — Nouvelle Cour des calunets. — Conduite de H°ie de la Toarnelle ; son peu de crédit; son désir d'être duchcsK. — Le Roi et M. de Meuse. — Crédit de M. de Noallles ; le maréchal de Bellelsle n'est consulté en rien. -^ M. de Moalijo, ambassadeur d'Espagne ; son habileté et sa magniScence. ^ Le roi de Pologne à Trianon. — M. de Castellane est nommé major de la gmdannerie. — La Reine envoie souper chez le Roi ïf'* de la Touruelle, de Flavacourt et d'Anlln. — Propos de M. d'Ajen Nouvelles étrangères. — Habitudes du roi de Pologne.

Ihimardi2 avril, Versailles. — J'ai oublié de marquer {û-dessus la mortde l'électeur de Mayence (1) ; il y a htiit . 'ou dLt jours que l'on sait cette nouvelle ; il étoit d'Eltz (2) ; Son successeur n'est point encore nommé. C'est le chapitre de Mayence qui y nomme, et cela se fait par élection. Ordinairement ils élisent un de leur corps, et dans ce cas il ne faut qu'une voix de plus pour décider la pluralité ; lorsque leur choix tombe sur un étranger, il faut qu'il ait les deux tiers des vois; mais un étranger ne peut être élu sans avoir un induit de Rome, au lieu que par un capitulaire de Mayence son élection est toujours confirmée par le Pape, et pour ainsi dire de droit. Pour Être chanoine de Mayence, il faut être né de maison libre, c'est-à-dire qui ne dépende d'aucun souverain. Il n'y a en Allemagne que cinquante maisons qui prétendent avoir droit d'entrer dans ce chapitre. On sait que

(t) U est mort le 21 mars, Agé de soi xante-dk- huit ans. ( Noie du duc de F LU9»ei. )

(3) Philippe-Charles d'Elli, né le 26 octobre 1665, électeur et arclievèiiue ' 4b Mayencele 9 juin 1732.

c'est l'électeur de Mayenct' qui convotiuc la dièle de l'Empire ef qui fait de droit le couroTmement de rEra* pereur. Indépeudamment de la qualité d'électeur, à U«> qnelle est jointe celle de souverain , les prélats en Allemagne ont presque tous une grande autorité. Par e^unple, l'archevêque de Saltzbourg uomme à quatre autres évèchés et donne des bulles. Quant à. ce que je viens de marquer de la confirmation que le Pape donue aux élections faites yax le cbiLpitrc de Mayence , pouvoir ne s'étend pas seulement h. ce qui reg'apde les électeurs, il se conserve toujours dans le droil ou plutAt dans la possession de cou&rmer l'élection des Empereurs ; il est vrai que l'usage n'est plus sur c« point tel qu'il étoit autrefois. Les Empereurs autrefois demandoient, au Pape de conârmer leur élection, et aJJoient méoia à Rome aussitôt après qu'ils avoient été élus. C'est de là, comme on sait, qu'est venu l'usage des Mois Ro- ' mains (1), qui subsistent encore aujourd'hui. Présentement les Empereurs ne demandent point la confirmatioa du Pape; ils envoient seulement à Rome, aussitôt après leur élection, pour demanderau Pape la confirmation des anciens privilèges accordés aux Empereurs; et dans le bref que le Pape fait expédier en réponse, non-seulement il confirme les anciens privilèges , mais encore l' élection de l'Empereur, auquel il accorde les premières prièrœ, c'est-ck-dire le droit de nommer à certains bénéfices.

Je croyois avoir parlé ci-dessus de la mort de l'électrice palatine; elle étoit retirée en Toscane, où elle mourut il y a environ un mois. Elle étoit Médicis , fille de Côme IH,

(I) En AUemiigne, on appelte Mois Romnins ane certaine, taxe fin sub»«atieo que rr.mfiereur lè*e ace les sujeU <<e l'Empire ilans quelque presi nécessité. Ce qui Tienl Je ce que l'Empereur, ayant coutome autrefoU île' s'aller faire couronner à Rome, on Taisoit une taxe sur tout l'Empire ponrltt frais lie son Tojage et île son B^our peniiait un uerUin nombre de mdi, qiili ont été appeléii Mois Homains; et ce nuin a été donné à toutes les êotM laxM qo'ra a Tailes en de grandes nécessités, ou porii il«9 dëpiMMM entrwt^ disaires. {DUl. de Trévoux.)

AViaiL i745. 4^

grand-duc de Toscaoe, et de Marguerite-Louise d'Orléans ; elle étoit veuve de Jean-Louis^ palatin , mort en 17i6 , lequel étoit fils de Philippe-finillaume , duc de Bavière, fille a fait le grand-duc de Toscane, Frajiçois-Étienne de Lorraine , mari de la raine de Haasfie, $on légataire universel.

Hier^ M. de Gesvres vint dire À la fteine que le Roi prendroit jeudi le deuil de Télectrice palatine, pour onzie jours, en violet; il l'alla dire aussi à M"** de Luynes et à M"*"" de TaUard. L'on comptoit que Ton donnerait part aujourd'hui de cette mort ; mais JH. de Grev^embfîok, envoyé de Vélecteur palatin, n'avoit p^s eni^ore reçu les lettres pour donner part. M. da Stainville , qiu est ici chargé des affaires du grand-duc , mais sam cnratotère, a remis aujourd'hui à M. Amelot une lettre pour le Roi, par laquelle il donne part de cette mort, ^t cela en qualité d'héritier del'électrice; mais co^mjQ^ la reine d'Espagne a fait des protestations contre cette hécédité, il a été décidé qu'on ne premdroit pas le deuil en conséquence de la part donnée par le grand-duc, et que Ton différeroit jusqu'à ce que M. de GrevembiK)k ait reçu ses pouvoirs.

Le nouvel envoyé de Gènes a eu aujourd'hui audience publique. J'étois à cette audience ciblez la lieine ; tout «'est passé comme à l'ordinaire : M. de la Motbe seul, •derrière le fauteuil de laiVeine. 91. Ie<îardinal4le Tencin étoit à. cette audience, et s'y est assis. Il y avi»it des ambassadeurs présents. Cet envoyé s'appelle Doria^ et remplace M. de Lomellini ; son compliment a ^ en italien, suivant l'usage. L'audience de la Reine étoit dajiks le grand cabinet.

Le Roi a signé aujovH^d'hui le contrat de mariage de M. le duc de Montenegro-Garaffa avec W^^ du Cbààelet. Monténégro est une terre, et leur nom est €ara£fa; c'est un jeune homme petit et qui n'est pas d'unie tig^ure agréable.

(56 .mi^;moirf.s du duc hk luvmes.

M. de Ciermonl, meslre de camp de la cavalerie, a ' demandé l'agrément aujourd'hui pour le mariage de sa seconde fille avec M. Basset- Bourbon. C'est un jeune homme de vingt-deux ans, capitaine de cavalerie, qui a aujourd'hui 25,000 livres de rente et dix autres mille livres de renlfi assurées, M"''deClermontavingt-et-unans.

M. le maréchal de Duras a aussi demandé au Koi IV gréraent pour le mariage de M, de Mail ly, fils de sa belle-sœur, M"" de Hailly (Bounionville), avec M"* de Seppeville. M, lé duc de Villars étoit avec lui comme pa* rent de M"' de Seppeville.

M"" de l'Aubépine ( Saint- Aignan ) a présenté aujouAi d'hui sa belle-fille, qui est Sully et sœur de M"" i Goesbriant.

Le Roi ne fait point cette année la revue desgen^ darmes et chevau-légers qui sont partis jiour la cam pagne; mais il a fait aujourd'hui la revue des n quêtai r es.

Du samedi 6. — Il y a déjà quelques jours que l'oa sait la mort delà princesse de Bavière, Marie-Thérèsar;; elle étoit née en 1723 ; elle est morte de la petite vérole. Elle étoit fille du feu duc Ferdinand, frère de l'Emper reur. L'Empereur n'a fait part de cette mort que depuis peu de jours. Quelques jours après mourut à Munich, aussi de la petite vérole, Thérèse-Bénédictine , princesse de Bavière, qui étoit née en 1725 ; c'étoit la seconde fille de l'Empereur. Elle étoit belle, mais elle avoit beaucoupj moins de grâces et plaisoif moins que sa sœur alnéi C'est celle dont il avoit été question pour M, le duc i Chartres; on prétend que le mariage étoit arrêté, et qW M'" la comtesse Corronini , gouvernante des filles i l'Empereur, qui a passé quelques mois ici , sous le prrf texte de sa santé, étoit chargée de traiter des conditîoiM de ce mariage. On n'a point encore pris le deuil de 0 deux princesses.

On le prit hier df. l'électrice palatine ; le Koi l'a pris •

Page 1