MÉMOIRES T)TT DUC DE T.UYNES
m Messif-urs, je le voudrois bien, mais il n'est pas encore temps. » La messe commença, et fort peu de temps après le Roi s'étanl trouvé très-mal, leftoi appela M. de Bouillon avec précipitation, et lui dit ; a. mon Bouillon, mon Bouillon, adieu; je me meurs, je ne vous reverrai plus; le P, Pérusseau. » Ce fut dans ce moment que M. de Bouillon sortit pour demander un tlacon et faire venir le confesseur. Après la messe, la confession étant linie, le Roi rappela M. de Bouillon, et lui dit ; n Vous n'avez qu'A me servir présentement, il n'y a plus d'obstacles, »
On prétend que le mardi ou le mercredi M'"" de Cbàteauroux et M. de Ricbelieu, voyant le danger où étoit le Roi, avoient parlé au P. Pérusseau pour tâcher d'user de ménagement pour elle, s'il étoit question de confession, M""^ de Cbâteauroux lui ayant donné parole positive qu elle ne rentreroit plus dans la chambre du Roi pendant sa maladie et qu elle ne reverroit jamais le Roi qu'en qualité d'amie, ie ne suis point du tout certain de ce fait. On ajoute que la proposition ne l'ut point agréée pai* le P. Pérusseau, et cela est aisé à croire.
J'ai marqué que le Roi avoil reçu l'Exti-èrae-Onction le samedi matin ; ce fut dans ce moment-là que M. de Soissons parla au nom du Roi, et qu'après avoir dit, comme je l'ai marqué, qu'il demandoit pardon, etc., ilajoutaquele Roi lui (ivûit ordonnéde dire à la Reine et à M. le Dauphin qu'il ne vouloit point que M"" de Châteauroux restât auprès de M™ la Dauphine, à quoi lo Roi ajouta : « Ni sa sœur. » M. de Soissons dit encore que le Roi avoit appris que M""' de Cb»\teauroux étoit restée àquatrelieues deMetz, etquepourlapuuir de sa désobéissance il lui ordonnoitde s'éloigner et des' en aller à Paris, ou bien où elle voudroit. M. de Fleury m'a dit n'avoir point entendu ce discoure, mais M. de Gesvres ivssure qu'il est vrai. Ils étoient présents l'un et l'autre.
Dimanche 'i, à Melz. — La nuit du Roi d'avanl-hier à hier n'avoit pas été aussi bonne qu'on l'avoit dit le matin ;
SEPTEMBRE 1744. m
S. M/-aTDit"|>H6 âÉ pavotavant^ieMM^ peatrop tard, de< sortb^ qne Tèffet nes'eKtfit qu'asseis avant dans la nuit, et il n'y eatque trois^bu quatre heures de sommeil. Celle-CL a été meilleure ;< c'est d'un des médecins qu'on leisait^i len quel 'est èa^ et mesuré, et on peut y ajouter ibi; il < est vrai. qne< c'est toi^ours' après du pavot^ que le Roi prât même hier dès sept heures du soir. Hier, après dîner, le Roi joua à qrtadnlie; les mèmons sont trop' longs, -et -il) n'y joue plus; il se promena dans sa chambre, se faisant seulement aider uni peu^ et parut marcher assez ferme. Le soir il mangea son potage à neuf heures; il étoit fort bien, et l'on est très-ooideni de son état. La Faculté dit que les digestions se -font à merveille; mais ces messieurs sont surpris de l'impatience que l'on a à la Cour, où Vqn voudroit que le Roi passât des portes de la mort à une entière gaérison; cependant il faut nécessairement un intervalle,. dont ils espèrent que la durée' ne sera pas bien longue. Il y en adont le sentiment est que versle 15 ou le 20 de ce mois le Roi sera en état de partir, (kk nesait pas encore quelle route prendra S. M. ; mais il semble que l'avis, de retourner à Versailles prenne le dessus. Cette décision dépend, à ce que l'on croit, des forces du Roi et des ar*. rangements djBS opérations militaires . L'on attendoit hier, et Pon attend encore aujourd'hui, M. le maréchal .de Noailles; il n'est point encore arrivé. Les uns disent qu'il retournera à l'armée, d'autres croient qu'il aimera autant rester auprès du Roi. . <• ',
•L'armée de l'Empereur doit être incessamment icomiposéed'environ34.ou 35,000 hommes, suivantledécompte quel'on «n fait, en y ajoutant les 8 ou 9,000 hommes que ndusdcmnopsavecMi de Ségor, lieutenant général, etdeux oti troÎBtoarécba'u.x decamp (1). Mi le comte de Clermont devcVit'passer le Rhin le lend^iïain du jour-^u'il est parti
(l)M. de S^ar Gomtoatidait la division envoya in BaviiiM poar vétablir Charles VII à Manii^. . <
MEMOIRES DU DUC DE l.DYNES.
d'ici, et pHioissolt pressé d'arriver ; c'est tout ce qu'on en sait. On croit qu'il aura une commission agréable , et oo imagine que c'est de faire le siège de Fril)Ourg; mais on ne donne point cette nouvelle comme sûre.
Demain on chaulera le 7'e Deum à la cathédrale. On ne tirerapointle canon, pour éviter un trop grand bruit, qui pourroit incommoder le Roi, mais il y aura des feux et des illuminations , et un très-grand souper chez M. de Belle-lsle, ù la citadelle,
M™' la duchesse Ossolinska est ici d'hier, et doit voir le Roi à neuf heures.
Du mercredi S, Metz. — Le Roi n'a presque point dormi cette nuit ; il parolt même que l'on est dans quelque inquiétude qu'il n'y ait de l'agitation dans cette insomnie. La remarque que l'on a faite qu'il y a périodiquement une nuit moins bonne que l'autre a déterminé àlui donner du quinquina; il en a prisée malin, et il continue à manger de la viande. L'après-dluée, il joue ordinairement deux parties de quadrille, mais à des heures différentes. Il écrivit hier pendant cet intervalle ; il y a déjà près de huit jours qu'il a eu l'attention d'écrire à Madame Infante,
On chante aujourd'huile Te Beum, à cinq heures, pour la convalescence du Roi. La lettre du Roi à M. de Metz pour ce Te Deuni est fort belle et remplie de sentiments de piété. Le mandement de M, de Metz est très-édi liant.
11 y a déjà eu des plaintes au sujet de cette cérémonie ; le chapitre de cette cathédrale prétend que M. Desgranges a fait ce règlement de la même manière qu'à Paris, au moyen de quoi on leur a retranché des places dont le nombre est réglé par un édit du Roi, ce qui peut tirer à conséquence pai* rapport au Parlement. Ils observent que la même règle ne peut pas faire la même chose, parce que le Parlement et la Chambre des comptes ici sont réunis.
Hier à huit heures du soir on ne savoit pas encore si la Reine et les dames iroient en grand habit au Te Deum,
la Reioe n'ayant rien voulu décider sans savoir la volonté du Roi; elle lui en parla effectivement, mais d'une manière à déterminer la décision comme elle le vouloit, en lui disant qu^ucune de ses dames n'avoit de grands habits ici et qu'elle n'en avoit point elle-même; sur cela le Roi répondit : « Oii il n'y a rien, le Roi perd ses droits. » La Reine avoit sans doute oublié qu'on lui a apporté ici trois grands habits, et toutes les dames en ont au moins chacun un ; mais comme il leur est plus commode de n'en point mettre, vraisemblablement M"" de Villars et de Roufflers , qui sont celles en qui la Reine a le plus de confiance, lui ont persuadé de tâcher de faire décider le Roi qu'il n'y auroit point de grand habit. La Reine elle-' même craignoit aussi bien que les dames la gène de cet habillement et d'être obligée de continuer d'aller chez le Roi dorénavant en grand habit.
La cérémonie s'est donc passée ainsi . Il y avoit beaucoup de monde et beaucoup d'ordre. Quelques-uns des Ducs qui sont ici étoient en arrière avec des carreaux. M. le duc de Villeroy et moi étions auprès de l'autel, et par conséquent sans carreaux, suivant la règle.
Du jeudi k, à Metz. — Il parolt que le quinquina fait jusqu'à présent tout l'effet qu'on peut désirer ; le Roi en prend trois fois par jour. Hier et aujourd'hui, quoiqu'il n'ait pas senti d'appétit, il a eu besoin de prendre de la nourriture; il a mieux dormi cette nuit, à la vérité à l'aide du pavot.
A l'égard des nouvelles d'Allemagne, la môme détermination subsiste pour le siège de Fribourg, mais l'on n'a point de nouvelles que la place soit investie. Le prince Charles fait sa retraite avec une précipitation extrême. M. le chevalier deHelle-Isle avoit grand désir de pouvoir entamer son arrière-garde; il auroit fallu pour cela qu'il eût été soutenu comme l'arrangement en avoit été fait; mais cet arrangement n'a pas été exécuté
M. de Schmeltau esttoujours ici, insistant fortement sur
MRMOIRRS DU DUC DK LU Y NES"
les arrrtDgements dont o» «itoit convenu, et fort fà^lié il« ce qu'on a manqué les occasions ; il en a parlé plusieui*» fois k M. le niaréclial de lîelle-Isle, qui le connoll beaucoup. M. deSchmeltau est houinie d'esprit «t homme de guerre. M. de Belle-lsle lui a donné les meilleures raisons qu'il lui a été possible pour justilier ce qui s'est passé; mais il y a eu des points et des circonstances sur lesquelles M. de Belle-Isle a été obligé de le renvoyer aux éclaircissements qu'il aura de M. le maréchal de Noailles, lequel étoit attendu ici d«^s avant-hier; mais il a mandé qu'il avoit eu quelques ordres à donner à Strasbourg et qu'il n'arriveroitque demain. M. deNoaillesadéjAécrîtà M. deSchmettau sur quelques-uns deJ! faits dont il éloit question; on attendson arrivée avecimpatience pour éclaircirlesautres. Ce qu'il y a de certain, c'est que le déchaînement est universel dans l'iirmée contre M. de Noailles, Ce déchaînement étoit dans l'armée de Flandre; il n'est pas moins grand dans ceUe d'Alsace. Ce n'est pas que M. de Noailles n'aitde l'esprit et dei lumières; personne ne fait mieux que lui des projets et des mémoires. Je sais ce fait d'un de ses amis, homme d'esprit, qui a vu de ses ouvrages; mais M. de Noailles, après avoir fait un mémoire très-fort, trèsclairet très-bien écrit, en fait quatre jours après un aussi fort qui détruit le premier; c'est là en effet son défaut principal, comme je l'ai marqué dansson portrait- il voit successivement les mêmes choses dans des vues tout opposées, moyennant quoi il donne successivement différents ordres, qui se contrarient. On prétend d'ailleurs que, quoique le danger ne l'empèche pas de s'y exposer, il lui fait l'effet de le troubler, jjrand défaut pour celui qui commande aux autres. Ce que l'on sait jusqu'à présent des opérations militaires d'.Vlsace, c'est qu'avant la maladie du Roi il y avoit des arrangements pris conformes au trait*'' fait avec le roi de Prusse; ces arrangements avoient été faits de concert entre M. le maréchal de Noailles, M. d'Argenson et M. le maréchîd de Belle-lsle,
lesquels ont travaillé tous trois avec le Roi. M. de Noailles étant parti pouT l'Alsace, on a été instruit que les arrangements n'étbient pas suivis, sous différents prétextes. M. d'Àrgenson a envoyé les ordres les plus pressants, les plus précis et les plus clairs quMl soit possible ; et Ton ne Toît pas qu'il en ait suivi aucun effet. Malgré cela, M. de Noailles sera sûrement feçu ici par le Roi tout au mieux; il a sur l'esprit de S. M. l'ascendant que donne la grande habitude depuis l'enfance. Il sait un peu de tout, parle de tout et veut tout faire. Il veut, par exemple, se mêler des affaires étrangères; et cet article vaut encore, s'il est possible, moins que les autres. Les ministres étrangers ne savent à qui s*adresser; M. d'Argenson ne veut point s'en mêler; M. du Theil n'est que pour expédier ; M. de Noailles ne finit rien , et personne n'est chargé en particulier de ce département. La maladie du Roi a empêché qu'il ne pût donner ses ordres précis; môme présentement encore il ne travaille point. Les ministres, qui sont tous ici, s'assemblent en comité comme ils faisoient à Versailles ; mais comment peut-on prendre des résolutions quand le maître ne parle point et que les esprits sont aussi peu réunis ? M. de Maurepas est totalement livré à M. de Noailles; M. d'Argenson et M. de Relle-Isle s'estiment réciproquement; M. de Belle-Isle est un ami solide et désirable. On m'a assuré que M. d'Argenson avoit le même caractère, mais ils sonl froids l'un et l'autre; ils se rapprochent l'un de l'autre sans empressement. Le cardinal Tencin est leur ami à tous deux, mais il est infiniment prudent et mesuré; ils sentent tous trois l'importance du mal et combien il est pressé d'y remédier. Le Roi ne travaille point, comme je l'ai dit, et personne n'ose lui parler avec une certaine force. On me contoit hier ce qui s'est passé avant la maladie du Roi et qui mérite d'être écrit. Le Roi a travaillé plusieurs fois avec M. le maréchal de Noailles, M. le maréchal de Belle-Isle et M. d'Argenson , comme je l'ai déjà marqué dans ce travail , à l'occasion des arrangements
MÉMOIRKS DU VVC HK I.UYINKS.
pour la défense de cette frontière; M. le maréchal de Noailles prit la parole, et dit au Roi qu'il avoit été le premier à proposer de mener avec lui sur le Rhin M. le maréchal de Belle-Isie , mais que plus il voyoit de près la nécessité des ordres à donner ou à faire exécuter pour la sûreté du pays où il commande, et plus il sentoit que sa présence y étoit absolument nécessaire; qu'il croyoit donc que le Roi devoit le laisser dans son commandement. Comme tous les arrangements avoient été faits et concertés pour que M. de Belle-lsle suivit le Roi à l'armée, qu'ils avoient tous passé par M. d'Argenson, M. de Bellelsle et lui se regardoient à ce discours, et leRoi ne dit pas un mot- Le soir même le Roi dit à M. de Belle-lsle à son coucher : « Vous viendrez i Lunéville avec moi. » Le lendemain, à son lever, il dit à M. de Belle-lsle : « Votre équipage est-il parti? » M. de Belle-lsle répondit qu'il ne l'étoit pas; « eh hien, faites le partir au plus tôt, dit le Roi, car vous viendrez avec moi en Alsace ». O jour-là même M. de Noailles prenoit congé pour partir le lendemain. M. de Belle-lsle alla le voir; ils n'avoient point eu d'explication ensemble depuis le jour du travail avec le Roi; après avoir parlé de quelques arrangements^ M. de Noailles lui dit: « Je pars avec beaucoup plus de tranquillité, parce que vous ne quitterez point le Roi, vousle suivrez partout ; et je vous adresserai toutes les lettres de l'armée, )) En effets M. de Belle-lsle s'est conservé sur le pied d'amitié avec le maréchal de Noailles, qui ne peut avoir nul sujet de se plaindre de lui. Il est pourtant trèsvraisemblable que M. de Noailles seroit très-fâché que M. de Belle-lsle partageât la confiance du Roi.
Du vendredi 5, Metz. — Quoique le Roi n'ait pas aussi bien dormi celte nuit que la dernière 3 il est cependant mieux qu'hier; le quinquina le purge, ce qui est un très-bon effet; il mange avec appétit et parolt assez gai.
M. le maréchal de Noailles, que l'on n'attendoit qu'au-
jourd'hui, arriva hier aa soir; c'est dans ce momeni-ci vraisemblablement que Ton va faire tous les raisonnements et prendre les déterminations décisives. M. de Schmettau est toujours ici, et attend, je crois, avec grandeimpatience ce qui aura été décidé.
Le logement de M"* de Luynes ici est composé d'une grande chambre au-dessous de celle du Roi, et par conséquent remplie d'étais(l); c'est la règle. C'est l'appartement de M. de Belle-Isle, dont il s'est réservé le cabinet pour travailler, car lui et M""* de Belle-Isle logent à la citadelle. M"" de Luynes a pour elle une garde-robe et une pour ses femmes; avant sa cliambre il y a une grande pièce où l'on mange et même où l'on joue pour ne point faire de bruit au Boi. Avant celle-là, il y en a encore une autre pour mettre le buffet; par delà, de plein pied et en enfilade, la salle des gardes, une antichambre, un cabinet, et la chambre de la Reine, qui depuis quatre jours est venue deux ou trois fois après souper jouer à cavagnole chez M"' de Luynes. Lorsque M""* de Luynes est arrivée ici, on a établi dans la pièce qui est avant sa chambre une table de la bouche du Roi, soir et matin, pour elle et les dames de la Reine. Ck)mme aucune ne vouloit diner, M™* de Luynes a demandé en grâce qu'il n'y eût de table que le soir, et cela se pratique ainsi. La bouche du Roi sert tous les jours environ vingt-quatre tables, quelques fois vingt-huit et vingt-neuf, dont presque toutes soir et matin; malgré cela on ne peut rien [désirer] de plus poli que les offîciers de la bouche ; il y en a un qui sert M^ de Luynes avec une exactitude et la même attention que pourroit faire son maître d'hôtel.
(I) Il y eat nne dtspote à au sujet des étais, entre le premier
genlilhomme de la chambre et le capitaine des gardes ; chacan prétendoit que c'étoit à lui à faire étayer. Le grand -maréchal des l<^s survint, et dit que c*étoit du droit de sa cliarge. Le Roi ne voulut point décider, et la chambre de S. M. n«fnt |K>int étayée. (Note du duc de Luynes.)
L'apparlemenl du Roi consiste en une salle des ^^apcfë* une antichambre, un grand cabinet, une chambre à cou cher, un autre grand cabinet, où le Roi a joué tous ces jours-ci, et encore d'au très garde-rolms derrière. Yis-à-vii l'appartement du Roi, de l'autre côté de l'escalier, est rappiirteuient de M'"' de Vjllars, au-dessus de celui de la Reine. M°" de Villars a aussi une table pour elle, où elle mange presque toujours toute seule. La Reine, qui mange aussi toujours seule, est servie de la bouche du Roi.
On ne voit plus présentement autre chose que des Te Deum, et cela durera apparemment encore quelques jours,.
Du samedi C, Melz. — Le Roi a bien dormi cette nuit; on compte huit heures de sommeil ; aussi est-il fort bien aujourd'hui. Il a mangé du potage et les deux blancs d'une poularde avec appétit. 11 n'est cependant pas encore question de s'JiabilIer. Il essaye tous les jours de marcher dans sa chambre, et hier au .soir il parut marcher avec plus de lorce que ces jours passés; il atoujoursla léte foible; et cela n'est pas extraordinaire après les dou leurs qu'il y a eues.
M. le maréchal de Noaiiles a déjà eu plusieurs conf rences ici, tant avec M. de Schmettau qu'avec nos mi' nistres.
M'""= la comtesse de Toulouse et M. le duc de Penlhièvre, qui altendoient ici l'arrivée do iM. de Noaiiles pour déterminer leur voyage, partent jeudi pour- Strasbourg.
Il paroll que toutes les opérations sont réglées; on ne ditpasencore quellesellesseront. M. le conitedeClermont doit avoir joint M. le chevalier de Relle-Isle; mais je ne sais pas leur destination. Il parolt certain qu'on veut se rendre maître du vieux Brisach et de là aller à Fribourg.
Du dimamhe 7, Melz. — Quoique le Roi prenne du pavot tous les soirs, il ne s'est cependant endormi qu'à six heures du matin ; il fit beaucoup de conversation hier dans la journée, La Reine y lut, et joua à quadrille avec
M. te Dauphin et Mesdames. La Reine y étoit entrée en revenant d'un Te D eum que les quatre ordres des Bénédictins de cette ville firent chanter à Saint-Arnould; elle avoit renvoyé toutes ses darnes^ qui ne remontèrent chez le Roi que vers les neuf heures. Cette semaine-ci est celle de m™* de Flavacourt. Depuis qu'elle est ici, elle avoit été plusieurs fois chez la Reine^ mais elle n'étoit pas encore montée chez le Roi, et personne même n'avoit osé nommer son nom au Roi. La Reine lui avoit seulement nommé toutes celles de ses dames ^ qu'elle avoit laissées^ en lui disant qu'elle avoit amené toutes les autres. Hier matin, laReine ne voulut point rester au dîner du Roi, pour que M"' de Flavacourt ne parût point pour la première fois au grand jour devant le Roi; elle entra donc seule^ et ressortit sur-le-champ. Hier au soir, M™* de Flavacourt y entra avec toutes les autres dames, à Thpure du souper, et l'on ne remarqua point que cela fit aucune impression au Roi. Il sait qu'elle n'étoit pas bien avec ses deux soeurs; mais on pouvoit craindre que sa présence ne renouvelât un souvenir qui auroit été capable de troubler le Roj. D'ailleurs il est certain que si M"" de Flavacourt avoiteu autant de complaisance que M"*' de Mailly et de Chàteaurbux, elle auroit pu être exposée aux mêmes inconvénients qu'elles, car le Roi a eu du goût pour elle. C'est pourquoi les gens sensés ont désapprouvé que la Reine lui ait permis de venir et qu'elle-même l'ait demandée,
Depuis l'arrivée de M. le maréchal de Noailles ici, les comités ont recommencé à se tenir. C'est chez M. d'ArgeosQU, au Gouvernement, où il a un cabinet pour travailler, quoiqu'il n'y loge pas. Aujourd'hui le comité s'est tenu chez M"" de Villars, dont l'appartement est visàrvis celui du Roi. Au sortir de ce comité, les ministres sont entrés chez le Roi, et lui ont porté un résultat de ce qui s'est passé dans l'assemblée. Le Roi ne travaille point encore, ila la tête foible. Depuis qu'il est malade, il n'y a •
MKMOÎRES DU WJC DE LUYJNhS.
eu que M.d'Argeiison qui, s'approcbantde son lit ou de sa chaise longue, lui ait dit tout bas quelques mots d'affaires, mais fort succinctement. M. de Schmettau lui reinit hier upe lettre du roi de Prusse , mais outre cela il veut parlerai! Koi ; il en a môme impatience, et l'on croit i|u'il aura une audience dans quelques jours. M. de Schmettau, comme l'on peut bien penser, n'étoit pas content de ce qui s'étoit passé sur le Rhin, et par conséquent de M. du Noailles; il en a mùme parlé quelquefois cl M, le maréchal de Belle-Isle, qu'il a vu à Francfort et qui le connoit beaucoup, M. de Belle-Islea tUcîbé de le radoucir, et a eraptcbé jusqu'à présent qu'il n'écrivit rien de désagréable au roi de Prusse. M, de Schmettau a même eu assez de confiance en M. de Belle-lsle pour lui communiquer ses dépêches. Depuis l'arrivée de M. de Noailles, on craignoit la vivacité départ et d'autre. M. de Belle-Isle a parle à M. de Schmettau, et lui a dit qu'un fait certain et bien essentiel pour le roi de Prusse étoit que l'intention du Roi et celle de M. de Noailles aussi étoit d'aller au bien de la cause commune; avec ce principe, que s'il y avoit eu quelque retardemeutou quelques fautes, il étoit sur que l'on feroit tout ce qu'on pourroit pour les réparer et pour accélérer les opérations j qu'il falloit donc partir d'où l'on étoit et ne songer qu'à agir au plus tôt et de la manière la plus efticace. M. de Belle-ïsle a parle aussi à M. de Noailles, de manière que les conférences que M. de Schmettau et lui onteues ensemble se sont passées avec douceur, politesse et même avec estime réciproque. Cependant, le déchaînement dans Paris est affreux contre M. de Noailles. On y disoil, il y a quelques jours, qu'on y avoit arrêté un homme qui avoit mal parlé de lui ; cette nouvelle, vraie ou fausse, afait dire que le plus court étoit de faire fermer les portes de la ville, parce que tout le monde étoit également coupable. On m'a assuré que M. de Noailles étoit instruit de tous ces propos, et disoit qu'il ne s'en cmbarrassoit guère. Hier ou avant-hier,
SKPTHMBRK 1744. 7J
le Roi lui demanda tout haut comment il avoit fait pour n'ôlre pas culbuté à raffaire du passage du Khin, ot lui nomma plusieurspersonnesqui l'avoienl été. La question éloit embarrassante : car dans celte affaire effectivement, après des retardement* dont on s'est beaucoup plaint, il y eut un désordre et une confusion dont les suites pouvoieniétre fâcheuses. M. de Noailles répondit au Roi que pour lui il étoitau cinquième rang, que les bagag^es et les chevaux de main avoient fait tout remliarras, que de ceux-ci môme il y en avoit encore plusieurs de perdus le lendemain, que lui et M. deCoigny crioient tant qu'ils pouvoieut, mais qu'il u'avoit pas été possible d'en venir à bout.
Du lundi 8, Melz. — Le Koi a très-bien dormi cette nuit; il s'est habillé ce matin et a rais une perruque naturelle. Il a entendu la messe sur sa cliaise longue ; il s'est mis à genoux à l'élévation. Il a diné sur sa chaise longue et avec appétit.
M. le maréchal de Noailles a fait imprimer à Francfort une relation de ce qui s'est passé au dernier passage du Bhin, sous le titre de : Journal de ce gui s'esl passé depuis l'an^ivée des troupes qui ont marché de Flandre en Alsace jusqu'au '24 aoiil ITV'i.. 11 fait tout ce qu'il peut pour justifier la lenteur des opérations; il aura peine, je crois, à persuader le public.
On continue à dire que M. le comte de Clermont va faire le siège de Willingen (1), et que Fribourgsera investi le 25 de ce mois. On s'emparera d'abord du vieux Brisach, qui est démoli depuis peu d'années ; mais il reste encore un fort à la reine de Hongrie à quelque dislance de cette place; il paroît t|ue le projet est aussi de se rendre maître des villes forestières (2); il n'y a que celle de Rheinleld qui soit une place.
t(l) Petite ville sur leDanutte près de sa source. (2) Rlieinfe))!, Seckingen , LnufrciilHiurg , WayâUùtl , sur le Hliia
MKMOIRKS DO DUC DK LIJYNES.
On sut hier que le roi de Prusse ayant trouvé TElbe grossi considérablement n'avoit pu le passer aussi promptement qu'il ravoitcrUj et qu'il n'avoit dû arriver que le a de ce mois devant Praa:ne, Le détail éloit dans la lettre que M. de Schraetlau remit avant-hier au Koi. - Aujourd'hui les valets de pied du Koi font chanter un Te //pum :\la paroisse Sainte-Croix. La Reine y \a encore, mais elle commence à trouver qu'il y en a beaucoup de suite; elle a éié ce matin l'aire ses dévolions aux Carmélites.
Du jeudi ii, Metz. — Lebonétatdu Roi se soutient depuis plusieurs jours; avant-liier il tint un cqnseil d Étal de deux heures, et n'en fut point faliyué ; hier iltravailla avec M. d'Arçenson ; aujourd'hui c'est avec M. de Maurepas. Le sommeil revient parfaitement bien, et l'on commence à raisonner sur le départ; il y a des gens qui croient que M. le Dauphin pourroit Lion partir à la fin de la semaine prochaine ou de lundi en huit.
M. le couite de Clermonl et M. le chevalier de Belle-lsle s'avancent versRoth\veil(l) et Willinyen. De là on croit qu'ils pourront aller S4:î rendre maîtres des quatre villes forestières. Pendant ce temps, M. le duc d'Harcourt vase rendre maltredu vieux Brisach, et M, le maréchal deCoigny faire le siège de Fribourg.
M. de Seckendorf doit , dit-on, avfcc une armée de HjOOO hommes, suivre le prince Charles.
/>« lundi 15, Metz. — M. le ducd'Uzès est arrivé ici venant de ses terres en Languedoc. Il s'en retourne à Paris.
Hier le Roi sortit pour la première fuis. Il s'est promené dans le jardin de Boufflers, qui est une espèce de terrasse qui tient aufiouvenieiuent.
Hier et aujourd'hui M. Schmettaua eu audience du Roi, en présence de M. d'Argenson.
Du mardi i G, Metz. — Les nouvelles de la santé du
(I) Place rorteiîiir le liant Neck(M-.
Roi sont toujours excellentes ; il se promena encore hier et /ut jusqu'à Frescati, à une lieue d'ici ; il y descendit, vit les appartements et y resta quelques moments. Aujourd'hui il n'est point sorti, parce qu'U faisoit beaucoup de vent. On ne sait encore rien du départ. Le Roi a donné ordre que l'on fit venir ses fourrures et manchons,, et que Ton mitde doubles châssis à sa chambre. Cela auroit l'air d'un long séjour ; cependant il me parolt décidé que le quartier -d'octobre ne relèvera point.
Fribourg doit être investi aujourd'hui. Le Roi «voit fait écrire à M. de Vallière pour savoir en quel état étoit sa santé, sans ajouter aucun ordre de venir, mais seulement un désir qu'il fût en état de commander l'artillerie àce siège. M. de Vallière est parti sur-le-champ malgré sa mauvaise santé; il arriva ici hier. On ne peut pas assurément montrer plus de zèle.
Avant-hier, M. de Schmeltau eut une conférence d'une demi-heure avec le Roi, en présence de M. d'Argenson seulement. Hier il eut une seconde audience, de la môme manière, et remit au Roi une lettre du roi de Prusse son maître.
Op a reçu des nouvelles d'Italie. Coni devoit être investi, le 10. On sait que le roi deSardaigne a reçu un renfort de 2,000 hommes de troupes autrichiennes.
On croit assez que notre séjour ici pourroit durer autant que le siège de Fribourg.
On n'a pas fait ici des réjouissances aussi magnifiques qu'à Paris; mais ce qu'il y a eu de Te Deum est inconcevable; beaucoup d'illuminations et de fontaines de vin.
Du jeudi 18, Metz. — On sut dès hier la résolution prise pour le départ de M. le Dauphin et de Mesdames. Le jour n'étoit pas encore fixé ; aujourd'hui l'on sait que M. le Dauphin partira lundi et Mesdames mercredi; ils passeront- par Lunéville, et arriveront à Versailles le 27 et le 29. On ne peut encore rien pénétrer des arrangements du Roi, ni par conséquent de ceux de la Reine, qui
îë MEMOIRES DU DUC DE LUYNKS.
paroissent en dépendre absolument ; mais il y a lieu de croire que ce sont des discours sur le mauvais air ici qui ontdélermiiiéau dépari de M, le Dauphin et de Mesdauies; cependant, par l'examen exact que l'on a fait, on n'a trouvé dans la ville que cent malades, y compris ceux de la gai^ iiisoD, et deux petites véroles.
On murmure toujours d'un voyage du Koi à Strasbourg; la Faculté s'y oppose fortemenlj et personne ne sait au vrai la détermi nation du Uoi. Sa santé va toujours trèsbien ; ilse promène tous les jours ; hier il fitassez dechemiu àpieddans leCoursquiesthorsla ville; aujourd'hui ils'est promené dans le petit jardin du Gouvernement pendant environ une heure etdemie. Pendant toutce temps ses carrosses fontalteodudansla cour, et il les a renvoyés sans s'en être servi. S. M. mange de bon appétit; il dort bien; ses grands-ofticiers, qui Tont toujours veillé depuis le 12 du mois dernier alternativement, ne le veilleront plus que jusqu'à après-demain.
iP' la duchesse de Chartres et M.""^ la princesse de Conly sont revenues depuis quelques jours de Lunéville, où elles ont été voir le roi de Pologne; elles ont écrit à M. de Chartres pour savoir s'il ne pourroit pas venir à Lunéville; en conséquence, il a quitté l'armée, et il est ici depuis deux ou trois jours. Ils partent tous trois demain pour Strasbourg, au lieu de lundi qu'ils dévoient partir, à cause des chevaux de M. le Dauphin.
M'"*' la duchesse d'An tin étant eu rube de chambre, comme c'est l'usage ici, a présenté aujourd'hui M"* de Meuse;, laquelle étoit en grand habit.
Duvendredii9y Meli. — Je ne sais plus quand nous partirons d'ici, l^ départde M. le Dauphin etde Mesdames faisoit d'abord croire que celui du Roi suivroit d'assez près, mais les plus sensés pensent que ce ne sera pas avant la Toussaint. La vie que l'on mène ici est assez ennuyeuse ; il y a une comédie dans la ville, mais presque personne n'y va.
SF.PTF.MBRF. 174^.
La Reine a recommencé <]e(>uis environ huit jours i\ Jouer à cavagnole comme à Versailles; elle finit le jeu à buit heures et demie pour souper el pouvoir ensuite monter chez le Roi jusqu'à dix el demie ou onze heures. Il n'yade tables ici que celle de M^^'deLuynes, le soir, servie de la bouche du Roi, comme je l'ai déjà marqué; une chez M. de Villeroy, à huit heures. M. le cardinal de Rohan a amené ici une petite partie de sa cuisine, mais il est logé fort loin du Gouvernement ; et l'on ne joue point ni dans Tune ni dans l'autre de ces deux maisons. M. l'é- .vêque de Metz donne k diner et à souper ; chez lui il n'y que quelques quadrilles et reversis. M. et M""-' de Belle- Isle tiennent table le matin et le soir à la citadelle, mais ^on n'y joue guère qu'après dîner. Toutes ces tables, Hoù l'on joue très-peu, font qu'il y a beaucoup de monde tous les soirs chez M'"" de Luynes. Il n'y a plus ici de princesses que M'"^ de Modène elMademoiselle ; deprinces, il n'y a que .M. de Penthièvre, qui a la petite vérole une seconde fois.
Le Roi s'est amusé aujourd'hui quelque temps à voir ^nn sauteur et danseur de corde, sous ses lenètres, H M. de Saint-Florentin doitarriverici danspeude jours; Hm, de Maurepas y fait venir ses commis.
On dit que la dame d'atours de M""' la Dauphine est I nommée ; mais on ne dit point encore qui c'est. B Du samedi 20, Metz. — Le Roi continue à se rétablir ; il ~ mange de fort bonappétit, et Dumoulin partdeniain pour ^ s'en retourner à Paris.
B 11 n'y a rien de changé pour le départ de M. le Dauphin; il va demain dîner à la Malgrangc, coucher à Lunéville, et de là il continuera sa route à Versailles. I Mesdames partiront mercredi j elles passent aussi par
BL>unévil]e. Le Roi a déclaré à son dîner qu'il ne seroitA ~ Versailles qu'après la Toussaint; mais on est incertain si passera tout ce temps-là ici ou s'il ira à Strasbourg. 1 .sut il y a quelques jours, par un courrier de Franc-
.MtMOIRKS nu nue l)K LllYNFJS.
fori, enroyé par M. 1« comie de Bavière, que les Prussiens avoienl l'emporté un avantage en Bohème; M. de Schmettauen reçut hier ledi'tail. Le Roi de Prusse avoit détaché cinq bataillons pour aller s'emparer d'un poste à six lieues de Prague, poste qu'il comptoit ne pouvoir se défendrclongiemps; maisiesAutrichiens, fort supérieurs, attaquèrent le détachement prussien; celui-ci se forma en bataillon carré, et le Roi de Prusse, averti, se porta assez promptementMeur secours pour chasser les Autrichiens, qui ont eu 3 ou 1.00 hommes tués. I^es Prussiens y ont perdu 60 hommes tués et environ lôO blessés.
Le Roi a dîné de très-bon appétit ; après quoi il s'est promené assez longtemps dans sa chambre en faisant la conversation, et a paru fort gai.
Les nouvelles de Flandre du ik, sont que notre armée est toujours au camp de Courlray, campée fort avantageustïment cl dans une position fort incommode pour les alliés.
Du dimanche 21, Melz. — Le Roi est un peu enrhumé; mais c'est bien peu de chose et ne l'emp^^che pas de dîner et souper fort bien.
Dumoulin est parti ce matin. Le Roi lui a donné les appointements de médecin consultant, dont il n'avoit que le titre ( ces appointements sont de 9,000 livres) et lui a fait donner 9,000 livres comptant.
La dame d'atours de M""" la Daupbine n'est pas encore nommée; mais le Roi donne àM"'° de Laurasfuais 9,000 livres de pension pourlui tenir lieu de la charge.
Le Roi n'a point été veillé celte nuit; c'est la première ibis depuis sa maladie. S. M. a marqué à M. Marcot comlïien n était touché de ses soins et de son attachement; il a parlé aussi dans les termes les plus obligeants à M. de Bouillon, qui l'a servi et le sert avec une régularité et une affection dignes de louanges; il lui a dit qu'il avoit bien senti son attachement et sou amitié.
M. de Bouillon, demandant depuis longtemps un régi-
nient pour M. de Turenno, son gendre, avoU renouvelé ■ses instances il Toccasion du passage du Rhin, où M. de ^Turenne a été blessé d'une chute de cheval dans le moment où, comme l'on sait, il y eut une assez grande confusion. Le Hoi n'ayant encore rien déterminé sur cette grAce, M. de Bouillon sut qu'il y avoit eu quelques régiments donnés; il en lu{ vivement peiné, et crut devoir dire au Roi que les circonstances présentes l'affligeoient encore plus qu'il ne le seroit dans toute autre occasion; que si dans le moment où il avoit eu plus d'occasions de marquer à S. M. son zèle et sou attachement par son ■exactitude à son devoir il ne pouvoit obtenir ce qu'il croyoit avoir lieu d'espérer en tout autre temps, le public pourroit croire que ses services n'avoient pas été agréables; que les intérêts de son gendre étoienlles siens et qu'il se flattoit de mériter un traitement plus favorable. Le Roi lui répondit avec beaucoup de bonté qu'on lui avoit fait de si fortes représentations pour ne pas donner les régiments À de si jeunes gens, qu'il nvoit été obligé de les suivre; que son gendre étoit encore jeune, qu'il savoit bien que c'étoit un régiment de cavalerie qu'il désiroit, qu'il ne l'oublieroit pas, et qu'il verroit incessamment fccombien il étoil touché de l'attachement et de l'amitié qu'il lui avoit marqué.
Le Roi paroit cxti'éinement sensible au zèle et aux sentiments de ses sujets. On lui parloit il y a quelques jours des fêtes qu'on lui préparoit pour sou arrivée à Paris; il répondit quel'atlachement singulier qu'onluiavoit montré étoit pour lui la plus agréable de toutes les fêtes. Ma M. le Dauphin est parti ce matin à sept heures, et Ma- "aemoiselle vient loger dans la maison qu'il occupoit, qui n'est séparée du Gouvernement que par une rue; c'est la ■taaison abbatiale de Saint-Aniould.
Du lundi 22, Melz. — La ville de Frague a capitulé le 10 de ce mois; la garnison, qui est de 8,000 hommes, est ' piisonnière de guerre. Le gouverneur de cette place est
an
MEMOIRES nil T)VC HE l,rY\F,S.
M. Ogilvy, le même qui y éloil lorsque nous l'avons prise. Celte nouvelle arriva hier par un courrier à M. le maréchal de Noailles, qui en rendit compte au Roi un moment avant son souper. On n'a encore aucun détail. Le Roi de Prusse comploit que celte place ne dureroit que huit jours; la tranchée a été ouverte la nuit du 9 au 10 : ainsi elle n'a duré que six jours. M. de Sclimcllau et M. Chambrier vinrent au souper du Roi ; le Roi dit à M . de Sehmeltau qu'il lui faisoit son compliment , qu'il avoit eu peuFj sur la nouvelle de la mort du prince Guillaume, qui a été tué d'un coup do canon, que ce ne fût le frère du roi de Prusse. Ce n'est point lui, c'est le frère du margrave Charles.
M. d'Hérouville Talnéest ici; il arrive de l'armée de M. de Saxe et part dans deux jours par ordre du Roi pour aller à l'armée du roi de Prusse.
On apprit hier que le ministre de Russie auprès de la reine de Hongrie est parti de Vienne par ordre de sa cour, sans prendre d'audience de congé : il semble que l*on veuille encore douter de cette nouvelle ; cependant elle est mandée si positivement etd'un lieu si sûr, qu'il ne parolt pas qu'il doive y avoir aucune incertitude,
M. d'Aillon, ministre de France à la cour de Russie, n'est parti d'ici que depuis trois ou quatre jours pour s'y rendre.
Il est décidé d'hier que le Roi à son retour n'ira pas droit à Versailles; il restera trois jours et deux nuits à Paris. La même incertitude subsiste et sur le temps de son départ et sur le voyage de Strasbourg.
Du mardi 23, Metz. — Le détail de la prise de Prague est arrivé aujourd'hui. Le roi de Prusse l'a envoyé au Roi par M, Décoville, qui a servi dans le régiment du Roi, qui est chevalier de Saint-Louis et qui avec la permission de S. M. a passé au service du roi de Prusse, dont il est chambellan. Il y avoit dans Prague vingt-deux bataillons, dont seize de milices et six de vieilles troupes; outre cela,
SEPTRMBRF. 1744. 81
environ trois cents chevaux. Il y avoit au moins soixantedix pièces de canon, on croit même qu'il y en avoit davantage. On compte que la garnison faisoitau moins huil mille hommes ; ils ont fait un assez grand feiid'^rlillerie, etméme sur le quartier du Roi, sans faire de mal. Celle place n'a duré que cinq jours de tranchée ouverte. Les Prussiens ne comptent pas y avoir perdu plusde soixante hommes tués et environ cent cinijuante blessés; dans cette perte mémo , M. d'Escoville comprend ceux qui ont été tués à l'affaire des cinq bataillons à Béraun. Toute la garnison a été faite prisonnière de guerre, et le 20 le roi de Prusse devoit marcher à Budweiss.
On ne sait encore rien de ce qui se passe en Moravie , ni combien de troupes la reine de Hongrie a dans celte partie de ses États. Pour ce qui est en Bohème, on compte qu^elle ne doit y avoir qu'environ vingt-cinq ou vingt-six mille hommes sous les ordres de trois généraux; MM. Bathyani et Festelitz sont les deux pnmiiers.
Ou a eu des, nouvelles d'Italie du 12; on devoit ouvrir le soir de ce jour la tranchée devant Coni.
Il parolt toujours certain que le ministre de Russie à Vienne a eu ordre d'en partir; mais il n"a pas encore exécuté cet ordre j sous prétexte de maladie; on croit que comme il est fort autrichien, il a peine à se déterminer.
Le Roi est sorti aujourd'hui ; dimanche il ira à la cathédrale ; on y chantera un Te Deuin^ et il y aura de nouvelles réjouissances.
Du mercredi 24, Metz. — On continue à parler beaucoup de Strasbourg, et tous les petits détails que l'on peut savoir prouvent que le Roi ne fera pas ici un long séjour.
Les États de Languedoc ont eu aujourd'hui leur audience. M. l'évêque de Mircpoix a harangué. Son nom est Chamflour.
Le pnrlement de Metz a aussi eu audience ; c'est le premier orésidenlqui a porté la parole ; son uum est Moutlon.
Sï
MÉMOIRES DU DUC DK LUINKS,
M"' l'abbessede Sainte-Malietflseschanoinesses ont éln aujourd'hui au dîner de la Reiue en babit ordinaire et sans ^yrand manteau ; avant-Uier, elles allèrent prendre congvj de Mesdames, dans le même habillement. Mesdames leur en avoient donné la permission. M™' Fabbesse de Saint-Pierre et son chapitre, qui est beaucoup plus nombreux que celui de Sainte-Marie, furent chez Mesdames, en tuibit de cérémonie, quelques jours après que Mesdames furent arrivées. C'est un grand manteau noir hordr'? d'hermines. Ces deux chapitres sont toujours ett*i pruci>sa.vec M. de Metz au sujet de la juridiction qu'il prén] tend avoir sur leurs maisons; elles ojit l'une et l'autw défense du Roi de recevoir de nouvelles chanoinesses.j Ces deux chapitres prétendent n\Mre souibis qu'à la ju*^ ridiclion du Pape. Outre les chanoinesites , il y a dans cha^ que chapitre quatre ou cinq chanoines, qui font l'oftit les fêtes et les dimanches, chantant alternativement ave les ehanoinesses; ils sont à la noniinalion del'abbesse, n'ont qu'une demi-prébende. Les chanoines sont sounàis"] à la juridiction de Tévêque; ils disent la messe les joui ouvriers pour le chapitre.
M. le duc d'Uarcourteisl venu ici passer trois ou quatre joui's pour voir le Roi, et est parti ce malin pour Plombières^ étant encore incommodé de ses blessures; il a eonduifr^ devant Fribourg le corps qu'il a commandé pendant toute lacampïjgne. Cette petite armée ayant été fondue dans eell**! de M. le maréchal de Coigny , M. le duc d'Ilarcourt a de*] mandé à revenir, pour songera sa santé, et servir ensuite ^ son quartier auprès du Hoi, qui est celui d'octobre.
Du téîtdredi 26, 3îelz. — Avant-hier au soir, la Reinei ne savoit point encore quel seroit son sort; elle en parla' auRoi, et lui dit'4ju'uyant appris qu'il aOail à Saverneet Strasbourg:, elle e^sp^jroit qu'il lui pcrmcttfoit de l'y suivre ;■ le Roi lui répondit assez froidement : « Ce n'est pas la peiiKî; /) et sans parollre vouloir entendre un plus long discours, il alla faille lu conver.sation avec gens qui
ESEPTRMBRK i744.
aits sa ohambre ; cUduile il coramençu. sa pai tk- (le quadrille. La Reine n'a pu eu savoir davantag-e. l>e- Hj^Uts ce temps il «si décidé que le Roi ne mèuera avec ^%ii que ceux qui ont été au commencernent de la campagne, et que même &es grands olUciers ne mèneront (avec eux qu'un valet de chambre et un laquais. Comme je lui avois demandé avec instance d'avoir Tbonueur de le suivre, même avant d'aller en Flandre, j'ai cru devoir renouveler la même prière en cette occasion ; je demandai hier à lui parler dans son cabinet, après son dîner, et je lui dis ces mêmes paroles : *< Sire, j'apprends que V. M. va à Sayerne et à Strasbourg : me refuseroif-eile
Ï encore la permission d'avoir l'honneur de la suivre; quelques courts que puissent être les moments qu'elle y passera, ces moments me sont précieux : elle sait combien j ai désiré de la suivre partout où elle a été. » Le Roi ne me répondit autre chose, sinon : « Nous verrons. » J'ai su depuis que M. de Villars lui avoit fait la même prière. Le Koi a chargé M. de Villeroy de nous dire h tous deux que S. M. ne vouloit mener que ceux qui avoient suivi au commencenient de la campagne. Le duc de Villeroy a été chargé de dire la même chose à M. d<: Livry. On ne sait point encore si le Roiirade Strasbourg à Fribourg, d'autîint plus qu'on ne peut pas s'attendre que la prise de l;i vi lie de Frihourg soit entièi'e ; vraisemblablement on sera obligé de blocpier les clulieaux. M, le maréchal de liellu-ïslc suivra, et l'on croit qu'il sera employé pour qufdques négociations importîintes; M""' In mnrécbalc de Belle-Isle a eu même permission d'aller à Strasbourg. Il n'y a de secrétaire d'État qui suive que M. d'Argenson. M. le maréchal deNoaillesayantdenifUidé permission au Roi d'aller avec lui, le Roi lui u répondu: « Comme vous voudrez » U avoit l'ail revenir sou éqiiijiage; cependant il accompagne le Roi. M""" la duchesse de Modêue cl Mademoiselle vont, à Strasl.iourg. Mademoiselle , depuis qu'elle est ici , a toujours été dans l'in-
84 MÉMOIHFS DL I»V(: DU l.l'V>F.S.
cei'litiul*' si elle iroit à Plombières on non, suivant son usage ordinairi; d'indécision dans loules ses démarches; elle s'est enfin déterminée à pnrtir pour Sirashourg; elle a même demandé à M. le cardinal de Rohan d'aller avec lui , elellf3 part demain avec lui après le Te Deum ; dans cemomenl-ciellenevapasà Lunéville, elle ira apparemment à son retour. PourM°*^de Modène, elle part la nuit du mardi au mercredi, et va à Lunéville. M*"- la princesse de Conty est h Strasbourg il y a longtemps, et même à Frihourg- avec M'"" la ducliesse de Chartres ; elles dévoient tontes les deux aller à la tranchée.
Hier la Reine dit i\ M'"° de Flavacourt qu'elle ne pouvoit pas la ramener avec elle, et lui dit même assez sècheme.Dt. La Reine a voulu diminuer le nombre de ses dames pour sou séjour k Lunéville, atin de causer moins d'embarras au roi son père, et peut-être d'ailleurs a-t-elleautanl aimé n'avoir point M""" de Flavacourt, à cause de M<*sdames ses sœurs. Elledit aussi la même chose tV M^^d'Ancenis elde Rupelmondc, de sorte tjuc ces trois dames sont parties aujourd'hui ensemble; elles vont à Nancy faire quelques emplettes, et de lu partent pourParis, sans passer par Lunéville,
Le Roi a donné ici 10,000 livres pour les pauvres des paroisses; il a donné 1,000 francs de pension à M. de Monllon , premier président. M. de Monilon avoit depuis quelques années i,0ÛO livres de gralilication qu'il touchoil annuellement, mais il falloil chaque année demander pour ainsi dire une nouvelle grtice, et même il y avoit eu une ou deux années qu'il n'avoit pas touché . cette gratilication ; le Roi Ta convertie en une pension de 6,000 livres. Il a donnéanssi 1,000 écus de pension àM. de Rochecolombe , lieutenant de roi de cette place, ancien oflicier honoré et estimé de tous ceux qui le connoissent. Il a donné aussi une pension de 400 livres •X M""l^erpand, femme d'esprit et de mérite, qui demeure vis-à-vis le eouvci'ueuieivt; r'e^t la veuve d'un ancien of-
SKPTEMBRR 1744.
liciei'de cavaleiiu, le*|iiel est mort, il y aenvii-oii un aD, avec une pension de 600 livres.
Dans le commencement que la Reine est arrivée ici, il y avoit assez lieu d'espérer que riiitlilTërence du Roi trop connue pour elle pourroit peut-titre changer. Nonseulemenl il lui avoit demandé pardou , comme je l'ai marqué, maisilavoit paru lui faire amitié. Depuis le séjour de Metz, les choses paroissent bien changées ; et le froid est aussi grand que jamais; soit que les conversations trop vives et trop fréquentes de la Reine avec M. le Dauphin, en sa présence, lui aient déplu [i] ; soit que ce soit l'effet des sentiments qu'il avoit pour elle depuis longtemps et que l'on avoil cherché à eutretenirelà augmenter ; soit enfin que la mauvaise humeur du Roi en soit la Bcule cause ; peut-être toutes ces raisons ensemble y contribuent-elles.
A l'égard des sentiments de religion dont on a vu des preuves éclatantes dans cette maladie-ci, ce que l'on voit à présent n% pourroit pas faire juger que ces sentiments u'nient souffert quelque diminution. Depuis le commencement de cette campagne, le Roi avoit pris l'habitude de ne plus faire aucune prière à genoux , ni le soir, ni le matin, usage contraire à ce qu'il a fait toutesa vie. Il faut supposer qu^il faisoit ces prières dans son lit, mais le public n'en n'étoil plus témoin. On auroit pu juger que dans la circonstance présente il aurait pu recommencer à prier Dieu à genoux; cependant les choses subsistent comme elles étoienl depuis le commencement de la campagne; il faut espérer que c'est la foiblessequi l'empêche de se mettre à genoux. Dans les commencements qu'il a «té hors de danger de cette maladie-ci, il avoit des temps de conversation et de prières avec le P. Pérusseau; cet usage a duré fort peu , et depuis on a vu son temps par-
ti) Voy. rsrlicle du 13 novembre de cette ann«, où il cît narlè des ilisfitm-!* tenus (i;u 11* Dniipluii fonltc M™*' dv Cliâti'anniin.
tag-é- entre les heures qu'il donne au public , soit pour son lever et coucher, soit pour manger, ses deux parties de quadrille qu'il a faites presque tous les jours, ses ébnseils et les temps de travail avec ses ministres, sans qu' y ait eu un mojuenl où il ait pu placer des prières.
Demaii] à onze heures le Roi va à la cathédrale^; M, Tévèque de Metz lui dira une messe basse et ensui entonnera le Te Deum. Il n'y a eu ni lettres du Roi, nij roaiidemenl de M. l'cvèque de Metz pour ce Te Deum ci, Le soir les illuminations recommenceront, et toute l'art il lerie tirera.
Le Roi lient encore conseil lundi.
Du samedi 27, Metz. — Les ministres étrangers ne suivent point le Roi en Alsace; il n'y a que les ministres de famille et M, de Schmettau. On croit que le Roi fera peu de séjour à Strasbourg; qu'il ira à Brisach, qui est A 5 lieues de Fribourg et à 12 de Strasbourg; que de là il ira de temps en temps se promènera la tranchée etvoij son armée .
A onze heures, messe basse de M. l'évèquede Metz; e suite Te Deum.
Le Roi a monté à cheval cette après-dlnée ; la Reine a^ joué à l'ordinaire.
Ce soir, conseil, de pins de deux heures, du Roi avec M. d'Argenson , MM. de Noailles, de Belle-Ile et de Maillebois; Hluminalion à la citadelle et par toute la ville; feu d'artifice à neuf heures.
Le Roi mt'neM. de Maillebois on Alsace a veclui..
Du iuudi29f à Lunévitte. — La Reine partit hier de Metx avant onze heures du matin ; elle étoiten poste; il yavoii cent trente-cinq chevaux de poste commandés pour elle et sa suite , sans compter les chevaux d'ordonnance. Elle reçut à Nancy les compliint-ntset hai^aqgues ; M. Icduc de Fleury, comme gouverneur de Lorraine, étoit à la porte de la ville, it lui présenta les clefs; elle s'arrêta à la •'hapelN.' de Nntn'-Dame-de-ijon-Secours, qui est àl'extré-
SKPTKMRRK I74«,
niitiUhi faubourg, du côl(i de Luuévillc; c'étoil une ancienne dévotion à Iti sainte Vierge, construite en 1U31 parla ville de Nancy, en actions de grâces de la protection de la suinte Vierge après une peste. Le Roi de Pologne l'arebMie en 17'»2, et ornôe ti'ès-agréablement. Im Reine ne s'arrêta point à laMaigrange, qui est de co même côté, à an quart de lieue du grand chemiii; C'étoit une maison de plaisance des ducs de Lorraine.
La Reine fut reçue aux acclamations des peuples. Elle éioit venue en poste jusqu'à Nancy; A Nancy elle trouva pour son carrosse un relais du roi son père, et un autre à Domhasle à moitié chemin. Il dtoit huit heures quand «lie arriva; elle fut enfermée avec le roi et la reine de Polog-oe quelque temps, puis elle vint recevoir les présentations des dames de cette cour; ensuite elle se mit à table, d»ins un grand cabinet en galerie, qui est avant sa chambre et qui est le cabinet d'assemblée de toute lacour. La. noblesse de Nancy, surtout en IcmmeSj est presque toute ici; elle vient même à celle cour à toutes les occasions; ils se louent beaucoup de la hoaté et «ilTabilité du roi de Pologne; mais ils font encore plus de cas de celle de la reine de Pologne, qui les prodigue moins. Le roi de Pologne a donné un de ses capitaines des gardes à la fteiue, !sa lille, tpii la suit partout; mais le chef de brigade de la Reine n'y est pas moins assidu et a la droite ; les gardes daToi de Pologne garnissent aussi et suivent partout ol'i va la Reine, mais il y eu a toujours de ceux attachés au service de la Reine, et ceux-ci ont la droite partout.
Du mardi 30, Lunéville. — Cet article s'est passé de même pour le Roi, qui arriva hier au soir. Le roi de Pologne a deux capitaines, et par conséquent deux compagnies de gardes, vêtus de jaune, galonnés d'argent; chaque compagnie est de soixante-douze gardes, sans compter les officiers ; ces compagnies sont bien tenues et marchent A merveille à pied et ;\ cheval. Depuis l'arrivée du Roi et de la Reine, ce sonl des lieutenants des
88 'Mf.MOIRES DU DUC DE LU\>ES.
{^îirdes qui sont auprès du roi et de la reine de Pologne.'
La chapelle d'ici a été bâtie par le duc de Lorraine en 1723, sur le raodèle de celle de Versailles , mais elle est beaucoup plus petite et sans ornement. Le Roi fut reçu hier aux acclamations des peuples ; il y a eu jusqu'à des amazones qui ont élé au-devant de LL. MM. : une vingtaine de femmes de la ville, achevai, bien vêtues; elles passèrent hier en revue devant la Reine.
Il y eut aussi deux compagnies de bourgeois à cheval, vêtus de vert, et une autre aussi de bourgeois à pied, toutes marchant fort bien. La Reine dîna hier avec la reine sa mère et les dames des deux palais. Le roi de Pologne dîna à une grande table avec les autres dames et les hommes, dans la salle de la musique; après le dîner ils se retirèrent dans leur appartement jusqu'à quatre heures et demie qu'ils allèrent à la prière, ensuite à une musique dans un salon dans le jardin, que Ton nomme le kiosque, où ils entendirent la musique, d'un balcon en haut-
A six heures, la Reine joua à cavagnole, comme à Versailles, jusqu^m inomeut de l'illumination, qu'elle alla voir; ensuite le Roi arriva , il étoil huit heures. L'illuminalion étoit charmante; la face du château, du côté de la oour^ les deux ailes et la face de ces deux ailes étoient bien éclairées; les deux ailes dé l'avant-cour, qui l'étoient moins, faisoieut ressortir davantage rillumination du château (1). La face du côté du jardin étoit aussi éclairée, mais faisoit un effet moins singulier.
Le Roi fut reçu par le roi de Pologne k la descente de son carrosse; il alla chez la reine de Pologne, qui est
(i) Ce cliâleaii du côlé de la cour resstctnble un peu à celui de Versiaiites, cV3l-à'1<re au moin!; jour les cwrsi et kn ailes des mûiklres; M y a ici de même <leu\ ailes, donl Teint; a i^té bnUée el vient d'èlte rebâtie, et l'aul/e lomlwit et \ienl d'être rt^parée ; tnalâ t-lles sont hors dVtal qu'on y loge actuelletnenf. Celle nvant-coiir nVsL poinl fcrmiîe; la cour du châteiu IV.vf jvar une prillf. (\nfi> dit duc dv f.tiifnos'.
toujours incommodée d'un asthme et ne peut presque marcher; il revint chez lui. Le roi de Pologne lui a cédé soa grand appartement, qui est parfaitement beau, et la reine dePoloj^^ne acédéaussi le sien à laKeine, sa fille; il est beaucoup moins grand ; les meubles de l'un et de l'autre sont magniliques. Le Roi soupa seul, servi I par M. le duc Ossolinski, grand-mallre de la maison du roi de Pologne; il se retira de bonne heure. Les deux Reines soupèrent avec les dames, et se reliriTent peu de temps après. Les dames restèrent à jouer ti quadrille et cavagnole, mais tout le monde se retire de bonne heure Jci, parce qu'il faut ûtre levé matin.
Aujourd'hui le Roi a été un moment dans le jardin voir le kiosque. Il dîne actuellement dans le salon en galerie, avec la Reine, le roi et la reine de Pologne, sans aucunes dames; il y a pour elles et les hommes deux grandes tables dans la salle de la musique; il y a outre cela, depuis Tarrivée de la Reine, et même dans tous les temp.s, la table du premier maître d'hôtel, M. de Marsan. «et depuis hier undlner et souper chez M. de la Galaisière, chancelier et intendant, qui étoit allé au-devant du Roi et ne revint qu'hier.
Les dames ont été présentées aujourd'hui au Roi. Les dames du palais de la reine de Pologne l'ont été ce matin par M"* de Luynes, et celles de Lorraine par .M"" de Fleury; et si M"" de Fleury n'avoit point été ici, elles l'auroieot été par M"' de Laval, M. de l^aval étant commandant pour le Roi à Nancy.
Le Roi a monté à cheval, à trois heures, suivi d'un nombreux cortège. IjC roi de Pologne étoit parti un moment avant lui, dans une petite chaise à une place et un cheval qu'il mène lui-même; il a été attendre le Roi à Chanheux; c'est un salon, à une bonne demi-lieue de Lunéville, que le roi de Pologne a fait bâlir dans une ferme. Ce n'est qu'un salon un peu plus petit que celui deMariy, mais beaucoup plus orné; il est entouré de
MfJlOlRKS DU DUC DE LUIJVES.
quatre espèces de péristyles, dont il n'est séparé que par des colonnes de stuc qui ressemblent fort au marl>re; il y a dans chacune des quatre encoignures une chetiiinf^e de marbre nvec une glace et un tableau; les panneaux dans les péristyles sont aussi de stuc coloré comme si c'éloientdes peintures. Il est situé dans le milieu d!une plaine; la vue est étendue sans <itre fort ornée ; beaucoup de dorures, et en total nu coup d'œil nifïgnifique, agréable et singulier. Dans les encoignures derrière les cheminées, il y aune petite chambre à niche et à cheminée, sans garde-robe; il y en a une seulement où il y a un cabinet. U n'y a que trois de ces chambres ; le quatrième angle est occupé par l'escalier, car ce salon est en haut. Il est terminé par un dôme, éclairé de plusieurs fenêtres, au-dessus duquel il y a un balcon bordé par une balustrade de fer, où l'on peut meUrcde la musique, quoiqu'il soit assez étroit. 11 y a bien une espèce d'entre-sol au-dessus de chaque chambre, mais ce seroit une garde-robe assez incommode. 11 y a auSsi un grand ln\liment sur la gaudie en entrant, pour une basse-cour, remises et écuries, et plusieurs logements. Il y a un balcon au pi-emier étage, et uu tout eu haut, qui régnent tout autoiu* du h^timcnl. 11 y a un quart de lieue du bout du jardin jusqu'à Chanheux; le jardin n'est point fermé de murailles. Chanheux étoit une vraie ferme, où le roi de Pologne a fait une dépense considéra]>le ; il y a fait des bâtiments pour l'usage d'une espèce de ménagerie; il y a entre autres deux colombiers, l'un à droite et l'autre à gauche; vis-à* vis la face opposée à Lunéville, il y a un grand bassin d'eau, d'une forme agréable et entouré de treillage.
De Chanheux, le Roi est revenu à cheval jusqu'à un salon bâti dans un autre goût, à la tète du grand canal de Lunéville. Dans ce salon est une grande table à manger, 8UP laquelle est un surtout rempli de petits jets d'eau ; il y eu a une de inùiue à la Malgrange. A ce salon il y a un balcon, en dehors, du cùté du grand canal; au-dessous
esi
SEPTK!\1BRK 1744. ~ HT
in balcon sotit plusieurs nappes d'eau qui tombent un îHscades et accorapftgnées de plusieurs jets d'eau ; on Ire la derni<>re de ces nappes et le grand canal est une fdlée lui borde tout le g-rand cnnal. 11 est entouré , des deux ités, de balustrades peintes en blanc. Entre ce canal, f|ui est fort large, et un autre plus étroit, qui estsur la droite lunnd on revient de Cbaidjoiix à Lunéville^ t1 y a pluieurs petits jardins entourés de treillages verts. A cliacun de ces petits j;u'dinB est joint un petit pavillon composé d'une chambre, trois cabinets ou garde-iV)bes et une ïetite cuisine. Le roi de Pologne tes a donnés à plusieurs lèses principîiu.v ofliciers pour leur amusement. H y a sept de ces petites maisons au bout du c6té de Chanheux;
Kl y en a une un peu plus grande. c[ui est au bord du ealal. A l'autre bout, vis-à-vis Faile du chft.teau de Lunérille ( car il n'y a qu'une aile du côlé du jardin et doux du côté de la cour], est un autre fealon, que Tort nomme le Trèfle ; il est bàli à la turque avec un petit toit beaucoup plus petit que le bas. Ce salon est petit, itiais joli. est accompagné de trois petites chamlvresA niche avec jarde-robe au-dessus et un escalier qui y monte, un petit eudroit pour une chaise percée. Il y a en haut un sa- )n d'où la vue est fort belle. Le Roi n'a pas encore été roir tous ces bâtiments; du salon du bout du canal il est jvenu à cheval tout le long de ce raôme canal jusqu'au jcher; il a été jus(ju'au bout et est revenu sur ses pas. Le rocher fait face à l'aile du château; c'est un véritable ^■focher que l'on a formé avec beaucoup de soins et <le dé- ^^enses, etoù Ton a ajusté plusieurs ligures peintes qui représentent un village, maisons de paysans, femmes hleuses, coqs et poules, chèvres, moutons, chevrettes, cabaret et ivrogne, scieurs de bois, chat et rat, pigeons ; le tout fort nu naturel. Il y a aussi un pénitent dans un ^fci'mitagc, so frappant la poitrine. Toutes ces ligures sont mouvantes par le; moyen de Vami ] les coqs chniilenl, les paissent; le l'unieur fume, et l'on voit sor^
92 MÉMOIRES Dl! DUC DE I.UYNES,
fumée de sa bouche ; les chèvres se battent, le chat veut prendre le rat; Tivrogne boit, et sa femme, d'en haut, lui jette de l'eau j l'ermite se frappe la poiti-ine ; le charretier veut faire marcher sa charrette dans une espèce de montagne ; les scieurs de long travaillent; la femme file, une antre est à une escarpolette. C'est un travail prodigieux et une idée fort ingénieuse.
Il y a eu comédie. Le Roi n'y a point été ; il travailloit avec M. d'Argenson. Le roi ni la reine de Pologne n'y vont point; il n'y a que la Reine qui y est allée avec les dames.
Le Roi a soupe seul ce soir. La Reine a soupe avec M"' de Modène et les dames des deux palais ; la reine de Pologne n'y étoit pas. La Reine anroit été seule à un des grands côtés de la table, si M""* de Modène n'y avoit pas soupe; mais M™'' de Modène s'étant mise à ce même côté, M™" de Luynes et de Boufflers .se sont placées de l'autre côté.
A la présentation des dames aujourd'hui , il y en a eu troisou quatre que le Roi a refusé de recevoir. On a fait une liste dans laquelle étoientics femmes de grande condition de cette cour-ci et les filles qui sont chanoinesses, car le Roi salue toutes les chanoinesses. H y en a une qui est M"' de Ligneville, lillede condition, qui n'est point chanoinesse; elle n'a pointétémise sur la liste, piirce <inerétiquetleest que les filles ne sont point saluées par le Roi et qu'elles ne mangent point avec la Reine, ni ne montent point dans ses carrosses. M''^' de Mailly ont cependant fait leur cour, etM'^*' de Villeneuve, qui étoit attachée à M"" de Ciermont; mais elles sont présentées chez la Reine^ et le Roi ne les baise point. M^'" de Ligneville s'est cependant avancée avec les autres dames; elle est entrée chez le Roi. M. de Fleuvy a été étonné de la voir ; il a dit au Hoi qu'elle n'éloit point sur la liste; mais comme elle étoit présente, le Roi l'a baisée.
Le Roi arriva hier ayant dans son onri-osse, qui n'est
sf.pti:mhp.k 1744,
de 11
(juaire places, M. le Premier è ^ Bouillon et W. de Villeroy sur le devant. Cet arrangement est fait déjà depuis plusieurs jours et déplaît beaucoup ^à M, de Bouillon. M. le Premier prétend que c'est le droit ^He sa charge. Je oroyois qu'il avoitdroit d'avoir une place HpkQS le carrosse, mais non pas celle du fond. Mais le Roi 3it que personne n'a droit d'avoir de place dans son carrosse, qu'il y fait monter ceux qu'il veut, M. de Bouillon est furieux; leHoilui a dit de no lui en point parler pendant Ble voyage, qu'il exaniincroit celte affaire à Versailles. ^^ Le Roi a travaillé, depuis six heures jusqu'à près de dix heures, ce soir, avec M. d'Argenson seul; et M. d'Argenson a été ce soir chez la Reine, depuis son souper jusqu'à une heure aprC-s minuit.
MM. les maréchaux de NoaJlles, de Bclle-lsle et de Maillebois sont ici ; il est décidé que la Reine restera ici autant de lemps que le Roi sera en Alsace. Il est arrangé qu'un aide de camp du Koi viendra de Fribourg à Strasbourg tous les jours lui rendre compte de la nuit de la tranchée; on croit que le Roi ne sera pas longtemps h Strasbourg, toutou plus quatre ou cinq joui-s ; iliraàLan-
■ dau et reviendra à Brisach. Il doit à son retour passer par "Vesoul : je le lui ai entendu dire aujourd'hui; il n'ira point à Besançon ni même à Dijon : il nVst pas content
idii parlement de Bourgogne, qui a été rebelle à ses ordres. Il a dit aujourd'hui devant moi qu'ils s'étoient mis à la raison depuis qu'il leur avoit été défendu de se séparer pour aller en vacance.
Les dames présentées ici sont en grand habit, et les dames qui ont suivi la Reine toujours en robe abbatue, comme à Metz. Les dames titrées ont été hier et aujour- ^d'hui au souper du Roi, au petit couvert, avec plusieurs ^^ulres dames non titrées; elles ne se sont point assises; elles ont toutes ensemble quitté le souper après y avoir
^ IWEMOIRFS DU DUC DELUyiNES.
» îl.f .jf-, V M .J V
Gratilkatioti itii hicUfecin Castras. — l.e Roi recuit les clianoinesses de KeirilrenioiU cl il'K|)iniil. — Nointuulitin iJe M. île Laval hu gouvenieiiient tie Bi'lliuiie el lie M. de Belle-lsie h la licvilcimiitc généralp de Lorraine. — Dureté (îii Roi \tonr la Reine. — Maisons de campagne du duc lie Lorraine.
— M. dtà Vernetiil et la Ginette de France. — ReviiP pas-kic par )€ Ror.
— Nouvelles du sîégc de Fribours- — Le oiaréclial de Saxe. — Le Roi el M. de Belle-Isle, - Mort de M. de Leiiville. — Ordre de la maison dti duc de Lorruine. — Imiioliteftse du Ror; son départ. — Mort de Madaiiit* sislèiue. — Uifû(!ullés faites parles ducs. — Détails sur la cour de Lorraink".
— Bon sens de la reine de l*oiogne. — Description d'Ainville. — Le Roi à Savernc. — Nouvelles des aimées d'Italie el de Uavière. — La Reine à I» MalBrange. — Lcwiivenl ik In Mission. — I^a maison du primat. — Départ de la Heine. — llahitudes do roi de Pologne. — L'éplise de Saint-NicoJas. — La maison du pritire Cliarl&s. — Arrivée àa. la Reine à Ver&ailles. — Juptinienlsiir lecaraclèreduRoi — ViiloireduiirincedeCoutyprèâdeConi.
— Nouvellea des armées. — Siège da l'"rihoiirg, ~- Blessure de M. de Sonbise.
Du jeudi 1 " octobrey Lunéville. — J'ai oublié de marquer ce que j'appris hier. Le Roi a donné 1,000 écus de gratification et 1 ,500livres de pension au sieur Castras, médecin de M. le maréchal de Belle-lsle, qui rétoit de son armée en Bohême, etpi'ésentement de la ville de Metz; il est fort habile, etavoit été appelé en consultation dans la maladie du Hoi. Lorsqu'il vint faire son remerclment à S. M., le Roi lui dit : a C'est à moi à vous remercier, ati moins il faut que la reconnoissance soit réciproque. »
Le Koi avant sou départ de Meta n'a point vu les deux chapitres des dames de cette ville; elles se présentèrent en grand manteau et habit de cérémonie; le Roi ne jugea pas à propos de les recevoir; elles allèrent chez la Reine, mais seulement avec la coiffure de cérémonie, et sans grand manteau. Je ne sais si je n'ai pas marqué que Mesdiunes leur avoient fait dire qu'elles pouA'oient venir prendre congé d'elles sans grand manteau. M""' de Saint- Pierre ne voulurent pas proûter de cette permission, et allèrent avec leurs grands manteaux; M"""" de Sainte- Marie en profilèrent, et allèrent eu habit ordinaire.
Aujourd'hui le Roi s''esl levé plus matin qu"liier,et s'e.st
OCTOBRE 1744. 9h
L'ecouché; il n'a entendu la meste qu'un peu avant midi. Il y a toujours musique ici a sa messe comme à Versailles. Aujourd'hui on a chanté le Te Deum. Le capit.iiiic des gardes du roi de Pologne, attaché à la personne du Roi, étoit derrière le fauteuil à côté et \ la gauche de M. le duc de Villeroy, et les gardes du roi de Pologne, comme je l'ai déji\ dit, à la gauche de ceux du Roi,
Hier une députation de trois chanoinesses du chapitre de Remiremont arriva ici; elles ont été présentées ce matin par M"" de Fleury au Roi qui les a l>ai.sées, et cnsuiteîUaiîeinCjdontelIesonthaisélarohejSuivantrusage.
Le Roi a dit ce matin à M. de Laval, qui est ici lieutenant général employé sous les ordres de M. le maréchal de Belle-Isle , qu'il lui donnoil le gouvernement de Béthune. Ce gouvernement étoit vacant depuis trois ou quatre mois parla mort de M. de Taman, ancien lieutenant général et inspecteur de cavalerie ; il vaut 16,000 livres de revenu. M. de Laval rend celui dePhilippeville qu'il avoit, qui ne vaut que 7,000 livres. Le Roi a donné aussi la lieulenance générale de Lorraine à M. le maréchal de* Belle-lsle. Cette grâce a passé par le roi de Pologne, qui a dit i\ M. de Belle-lsle qu'il n'avoil pu refuser au Roi de lui donner cette charge; elle est créée pour lui; on y attache 24,000 livres d'appointements. Cet article n'est pas encore public, mais il est certain. Le Roi a dit A M. de Fleury; « Voilà votre lieutenant général; je crois que vous aurez un peu de peine à lui donner des ordres. » M. de Fleury a fort bien répondu qu'il étoit accoutumé ù, recevoir ceux de M. le maréchal de Belle-lsle.
La Reine a fait aujourd'hui encore une nouvelle tentative aupr«''s du Roi pour avoir la permission d'aller à Strasbourg. Le Roi lui a répondu avec la même sécheresse : u Ce n'est pas la peine, je n'y serai presque pas. « Elle lui a demandé ensuite si au moins elle ne pouiToit pas rester ici, il lui a répondu sur le même ton : « U faut partir trois ou quatre jours après moi. » La. Reine est, comme
ilU
MÉMOIRFS DU nui: 11F. I.UYNES.
l'on peut juger, ibrl altlig-ée d'un traiteraent aussi dur.
La reine de Pologne étant plus incommodée de son asthme, les deux Rois ont dîné avec la Reine et toutes les dames des deux Reines.
Otteaprès-dlnée,M'"'de Fleury a présenté i'abbesse et trois clianoinesses d'Épinal; elles ont été traitées comme celles de Heniiromont,
Le Roi n'est sorti qu'à quatre heures ; il a monté à cheval. On croyoit qu'il iroit à Ainville, qui est à deux petites lieues d'ici, et où il y a une galerie digne d'être vue. C'est un domaine de Lorraine sur letjuel M. le duc Ossolinski a payé une somme de 200^000 livres, qui lui seroient rendus si par la suite des temps le Roi retiroit ce domaine. A présent le roi de Pologne le laisse jouir en entier des revenus de cedomaine^qui lui rapporte plus que l'intérêt de son argent. Le roi de Pologne a fait accommoder cette maison ; je ne l'ai point encore vue. Le Roi a passé le long du rocher raouvanl ; le roi de Pologne le suivoit dans une calèche ; il a été au Trèlle, dont j'ai •déjà parlé; de là il a été à un autre lieu, éloigné d'environ un quart de lieue, que Ton nomme Jolivet. C'était une ferme, et c'est encore une ménagerie dont le roi de Pologne fait usage. Il a t'ait plusieurs appartements en bas, une grande salle et quelques cham])res à coucher ; en haut plusieurs petite^ chambres autour desquelles est un balcon ou galerie couverte, d'où le point de vue est fort beau ; le chtUeuu de Lunéville en fait le principal ornement. On voit de là tous les bâtiments du Hoiqui dépendent de Lunéville et même le château de Craon,qui n'est qu'à une demi-lieue par delà Chanheux.
Le Roi adonné les entrées de la chambre à M. l'évêque de Metz ; il les avoit eues dans Metz , comme évèque diocésain , de môme que M. de Toul les a ici. M. de Creil, intendant de Metz, les avoit à Metz et en a usé encore ici, peut-être mal à propos. Le Roi n'avoit fait aucune grâce à M. de Metz ; il a désiré celle-ci, il la lui a accordée.