JW MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES
La place do maître de musique de quartier de la cha^ pelle , vacante par la mort de Canapra , a été partagée entre les ti-ois autres, qui sont présentement l'abbé Madin, l'cibbi'; Blanchard et Mondonville ; ils serviront chacun quati'e mois.
il y eut hier deux présentations : M""* d'Aubig-né et M-" de Puységur, beHe-fille du feu maréchaL M"" d'Anbigné est Boufllers (1); elle est grande et assez jolie. M"'" de Puységur est M"'" Masson, fille d'un fermier général; il s'en faut beaucoup qu^elle soit jolie; elle est petite et n'a pas l'air noble. Il avoit été question d'elle pour le grand maréchal (2) , fils d'un premier lit de M"" la princesse do Chalais.
11 y eut hier conseil d'État à l'ordinaire, et il y en a eu un extraordinaire aujourd'hui. Les comités continuent toujours à S'assembler ordinairement tous les lundis chez M. le cai'dinal Tencin.
M. de Court, chef d'escadre, qui avoit été exilé et qui demeuroit à sa terre de-Gournay près de Paris, a eu permissiion de revenir à la Cour; il salua le Roi hier, mais 1g Roi ne lui dit rien.
Les menins de M. le Dauphin ne sont pas encore nommés ; on croit qu'il y en aura six. M. de Meuse en espère une pour son fils le chevalier de Meuse, lequel a quitté, comme je l'ui marqué, le roi de Pologne. Il préteud qu'au retour de la campagne , ayant demandé permission au roi de Pologne de venir ici, le roi de Pologne parut le trouver mauvai^; et sur ce qu'il lui représenta qu'il avoit des uiïau'es indispensables et dont même S. M. polonoise éloit instruite , le roi de Pologne lui dit que puisqu'il ne faisoil point sa charge, il vaudroit mieux qu'il la quittai. M. de Meuse ajoute que son projet étoit
(l)Clli; eslsciur de M«« du Ruquii[jiu<i el do M. k niaïquis de UoufBtrs. (Noie du <luv de Lut/nes) (?) M. delà Siize ( Can^-Cliamillail.} (i\ole du duc de Lutjnts. )
JANVIEIV 1746,
^ lelques aiTaniiementssur cette charge avec ^ M. de GuslinCj mais qu'il apprit le lendemain que le f roi de Pologne y avoit nommé M. le chevalier de Bautf remont.
• Du vendredi M, Versailles. — On apprit hier au soir la nouvelle de la mort de l'empereur Charles Vil; il est mort le 20, d'une goutte remontée ; il a été saigné , on lui a appliqué les ventouses et les cantharides, sans aucun effet; il n'avoit que quarante-sept ans. Il laisse un fils et trois tilles. Son fils n'a pas encore dix-huit ans; H il ne les aura que le 20 de mars prochain, par consé- " quent il ne peut prendre le gouvernement de rélectorat (1), les Électeurs n'étant majeurs ([u'à l'âge de dixhnit ans faits. La première nouvelle de la maladie de l'Empereur arriva hier matin. M. le marquis d'Argensoa
»en rendit compte au Hoi avant son départ pour la chasse; on ne sut point alors de quoi il étoit question, mais on remarqua que le Roi avoit paru étonné et Iriste; de là il se répandit dans Paris que FEmpereur avoit fait son traité avec la cour de Vienne. Le conseil d'État extraordinaire, qui fut tenu au retour de la chasse et qui étoit ksur la maladie, confirma l'opinion publique sur le traité, L'ambassiideur d'FjSpagne fut le premier instruit de la Diort, et demanda une audience au Hoi , qu'il eut à onze heui'es du soir, poui* lui en rendre compte.
Du mercredi 27, Versailles. — M'"' la duchesse de ModènCj qui habite présentement presque toujours ici, dans rappartement qu' avoit M"* de Tallard , au bout de
■ la galerie des Princes, nie contoit hier ce qui s'étoit ][>assé avant son mariage avec M. de Modène. Elle s'appeloit M"*^ de Valois; elle étoit au couvent et désiroit beaucoup d'en sortir; M. [le duc] et M"'* la duchesse d'Orléans imaginèrent de lui faire épouser M. le prince
(I) L'électoral de Bavière.
MO Mf:MOIRKS UU DUC DE I.UYNES
do Conty, et en parlèrent à M"*" la duchesse de Berry, qoi a[i{)i'ouva fort cette idée; mais on leur dit que M. le [trinco de Conty étoit amoureux de M"'" de Bourbon. M""' la duchesse de Berry, qui connoissoit peu d'obstacles à 00 qu'elle désiroit. ne fut point rebutée par celui-ci; elle étoit dans une grande liaison d'amitié avec M"" de Conty ^^ dont elle connoissoit le pouvoir sur l'esprit deM. sonfrèrti^H elle se chargea de faire cette négociation, et se crut assuré^^ d'y réussir. Elle envoya prier à souper M"* de Conty, etTen- Iretint fort au long sur celte affaire , en lui faisant sentir l'agrément et l'avantage qu'il y auroit que M. le prince de Conty devint son beau-frère, et à quel point cela rapprocheroit les liens des deux branches. M"' de Conty parut recevoir cette pwposilion avec toute la reconnoissance imaginable, se jotaiksespiedsetlui promit d'y travailler; mais on nu>ine temps elle la pria de lui permettre de lui parler avec ccmlîanee, et lui représenta que par ce mariage elle penloit Tespérance d'être jamais établie ; qu'aussitôt que M. .^on frère auroit épousé M"'' de Valois, M. le Duc ne ijiunqiieroitpasdc demander M"" de Chartres (l), qui étoit l'aînée, et qu'ainsi lo double mariage désiré par M"" la Princesse ne se feroit plus. M°" la duchesse de Berry lui dit que M"* de Chartres ne vouloit point se marier, mais qu'à tout événement elle lui répondoit qu'elle n'épousori^it jamais M. lo l>uc. M"° de Conty lui demanda si elle vouloil bien lui en donner une assurance par écrit. M"" la duchesse de Berry, qui n'avoit que seize ans, n'en Sentit pas la conséquence, et ne balança pas de donner le billet. M"' de Conty alla porter cet écrit à M"* la PriniMiSse, qui se livuvu piquée de cet arrangement, ne désirant que le double maria^ entre ses petits-enfants. Elle vint lo lendemain matin À Versailles en parler à M"* de Maintenon ; le Roi fut bieut<>t instruit de tout ce projet,
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et déclara sur-lc-chftmp k double mariage (1), suivant les intentions de M™" la Princesse. Depuis ce moment, M""" la duchesse de Berry cessa de voir M"' de Conty, et elles ne se virent plus que dans les occasions.
Ihi vendredi 2U, Versaiiles. — Je n'ai point encore parlé de l'assemblée du Clergé ; elle se fait tous les cinq ans, alternativement une grande assemblée et une petite. Celle-ci est la grande , dont l'ouverture doit so faire le 10 du mois prochain. L'usage est de haranguer le Roi
l'ouverture de l'assemblée et iV la clôture. La circonstance du mariage de M, le Dauphin donnera vraisemblablement occasion à de nouvelles harangues; cependant c'est encore une question- U est vrai que le Roi a été harangué à son mariage , mais cet exemple ne décide pas pour iM. le Dauphin- En attendant, on a destiné les prélais qui dévoient faire les harangues; M. l'archevêque de Toulouse haranguera le Roi, M. l'archevêque d'Arles la Reine, M. Tévèque deLangres M. le Dauphin, et mon frère M™*^ la Dauphine, Voilà le premier arrangement; mon frère me mande cependant qu'il est chargé de haranguer M- le Dauphin et M""* la Dauphine.
M. le comte de Maillebois, fils de M. le maréchal de Maillebois, épouse M"^ d'Argenson, fille du secrétaire d'État des affaires étrangères; ce mariage est conclu, mais n'est point encore déclaré. M. d'Argenson n'a qu'un fils et une fille; sa femme est la fille unique de M. Méliand, conseiller d'État, lequel a, dit- on, 2 millions de bien. M. d'Argenson donne à sa fille 10 ou 12,000 livres de rente actuellement, et l'on compte que le Roi lui donnera la pension de 10,000 livres qu'il a la bonté d'aciorder aux filles de ministre.
M. de Sade part ces jours-ci pour retourner auprès de l'électeur de Cologne; il a déjà été longiemps envoyé du
(1) Voy. le Journal de Dangeau, le 11 juin 1713, et l'addition de Saint- Sim^in — Le (iooblc maringe eut lieu le 9 juillet 1713.