MEMOIRES DU DUC DE LUYINES
Roi auprès de ce prince; depuis un an et plus qu'il «n est revenu, on a continué de le payer des mêmes xppointements, et il y a laissa pendant longtemps la plus grande partie de sa maison^ qui n'eu est l'evenuc que depuis peu. Il désiroit fort depuis loDgteraps d'y ^etou^ ner, et croyoit même y ùtre utile pour le service du Roi. La circonstance de la mort de l'Empereur a déterminé & l'y renvoyer.
D y a déjà environ un mois que M. l'abbé Fucelle est mort ; il étoit conseiller de grande chambre, fort connu par son attachement pour le parti janséniste. C'étoit d'ailleurs un magisli'at de l)eaucoup de mérite. On dit qu'il est mort dans des sentiments fort catholiques. 11 étoit assez âgé (1).
Dm dimemcke 31, Versailles. — Tout l'arrangement projeté pour les barungues à M. le E^aupbin dont j'ai parlé ci-dessus n'aui-a jias son exécution. On a cherché des exemples en pareil cas : on a trouvé que ce n'éloit pas l'usiige; ainsi il a été décidé que Ion n'en feroit aucune. S'il yenavoiteu, mon frère, qui ne devoit naturellement haranguer que M"" la Dauphine, auroit au harangué M. le Dauphin; M. de Langres, qui devoit h ranguer M. le Dauphin, avoit refusé de faire ce discours
Pendant le séjour que le Roi a fait à Metz il avoit cordé les enti'ées de la chambre chez la Reine à M"'^ Belle-Isle, femme du gouverneur de Metz. M"" de Bell Isle a fait prier la Reine de vouloir bien demander Roi si elle ne pouvoit point espérer d'obtenir la conti nuation de cette grâce ; le Roi a trouvé bon qu'elle tinuiVt d'en jouir, et M"^ de Belle-Isle a prisées eni aujourd'hui en suivant la Heine au retour du salut avan le jeu.
M*"" la duchesse de Lauraguais, qui n'avoit point vu
(i) U est Dwrt le S îaatter ; il âvoit qualfe-viagt-dix ans. ( Ao/e du dw de Luynes.
Wonveiles du inankhal de Belle-lsle. — Diairate entre les ducs d'Ayen et de Itichelii-'u. — Uiiat^ anciens ; placer aux bals, à La coonéilie el au soucier du Roi. — Révérences de M™*^ iIk GoèsbiiaiU. — M""' de Senoelerre. — Nouveaux clievaliers tie l'ordre du Saint-Esprit. — Logeiiienl-s du eliàtcau de Sceaux. — Mariage de M. Dufort, fermier général, et de M. d'Aaiboise.
— Bal chez Mesdames; te Roi et la Reine au bal en masque. — La Daupliinc k Bordeaux. — Arrivée île M. de Lauj allais. — Détails \*ev <»nsidérahles TH'gligt's dans les Mômoire-s. — l'réparalifs jiour la ré<-«iili<)n de !a Dau|diine. — Mariage de M. de la Sadne. — Salle de .spectacle construite dans le manège de la grande écurie. — Le Roi va au bal dans la ville. — Mdrtdu musicien Paccini. — Ouverture de l'ass^emMéR du tlevgë. — Préfkiutalioiis de M"""* de NoRarel et <le Polignac. — La cointcs.se de Bavière. — Menins du Dauplùn. — Bol ehezMcsdames — Atidiencedu Clergé. —L'abbé de Termont. — Coméiîie à la Cour — Signature de contrats de mariage.
— Mariage du «omle d'bislenc. — Mémoire surin défontion de MM. de Belle-lslf. — Carrosses de la Dauphine. — Ancienues charges de ta couronne. — Préparatifs pour les fêtes du mariage de la IJaupliîue. — Mot du Daupliin à la Reine. — Billet d'invitation pour le bal de Versailles. — Cérémonial de l'assemblée du Clergé. — Prtseutalions de M'""' île Fontenois et de Pierrecourt. — llluminaliorj de l'ItWe'i île ville. — Départ de la Heine pour Sceaux. — Le Roi à tjampes. — .\rrivee île la OaupliJiie. — l'orme des leltre.s du Roi et jle la Reine. — Le cbevalier «l'Albert. — Se)OUf dv la Cour à Sceaux. — I>a Dauplûne à Versailles; cérémonies du mariage. — Ballet de la princesse de Navarre. — Bal paré à la salle du uiaïu^ge. — Appartenieid dans la grande «alerie. , — Ballet des ÉinnmUx. —Caractère de la Uaupliine. — Hisloire dé jambons à Uayonue. — SI"" de la Garlie. — Mort du cbevalier de Créquy et de l'abbii de Lîvry. — Envoi de M. de Vaulgrenaut à Dresde. — M. de Sade arrêté par le.> Aulricliien.'i. ^ Description de la salle du lialiet. — Signature de eûnirats de mariage.
Du mardi 2 févrûry (a Chandeleur. — On eut hier des nouvelles de M. de Belle-lsle^ mais par Hambourg ; il est arrivé le 18 à un lieu appelé Harbourg-, près de Hara- Ijourg et qui n'en esl séparé que par un brus de mer qui est retnboucliuro de l'Elbe. On ne dit point encore quel jour il s'embarquera pour pas.ser en Angleterre.
Hier au débotter du Hoi, il y eut une disputai assez vive
MLUOiaES m DUC DE LUYRES.
entre M. le dac d*Ajen et )L de Ricbelieo; il s'agissoit d savoir qui est-ce qui doit plsoerau bal rangé aa m on dn capitaine des gardes ou do premier gentUhom de U dtaâobcv. Le Roi écoute tontes ces disputes, et inè s'en amnse, sans y prendra beaocoap de pari. Quand pareilles questions sont asritâes^ on consulte volonti M. de Gesvres, puce qoe noa-sealement il est an depuis hien Inngleaips de ee <pn se passe à la Coor, mais outre cela H. le duc de Tresmes, son père, sa voit pariaitement bien tons les usages de ee pays-ci; et 3''il avoit eu le soin et ratlentkNa d*ëcnre tont ce qull a vu^ onseroit peut-^tre en état anioard''hui de résondre des qui tious qui soot indécises , faute de savoir exactement l Uts; mais ee uest pasTusage àcetteGonr de rien exaeteaiait. M.deGesvresaTonlnéeriiv plusieurs j*en ai m^tae fait copi^ la pins grande partie {l); mais il a écrit sans ordre et sans dêtaiL La qœslioD dont il s'agit aujourd'hui est dn nombre de celies qui seroieot décidées si Ton «Toit écrit. Le manège dont il s'agit jonrdliui a servi dn temps du feu Roi pour pareille fémonie; on prétend qoe les premiers gentilsfaomi de ladiambre ydonnoteniles pinces. Ootre cdn il j en des files dans la salle des mnckines à Paris , et pronîersgentilslMMBancs de ladiaalwe prétendent ya* placé. La salle dn manège est destinée à deux nsages' à un ballet on eonaé^ et à on bal paré. Quand an ballet, il est certain que e^est le capitaine des gardes qui y an moins ici, dans la salle delà eomédie, cas' les bnDelSy cdk ne fait pe«nt de difiienllés. Les ptgmiefs gentibbommes de la flmmliffft pn%ndi'«t qa^ils avoient •ntniDis le droit de doiuter ks places sor le théèlre, ik cemrienaeDt qu'ils ont perdu ce «irof t . et je
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'ils ne donnent plus de places que sur leur banc, qu'on appelle le banc des premiers gentilshommes de la chambre. Dans la circonstance présente, les premiers genlils- ^hoQimes de la chambre ne disputent pas aux capitaines des ^gardes de placer au ballet; il est d'usag'e à ces spectacles qu'il y ait des gardes du corps en dedans de la salle. Mais au bal rangé les places ont toujours été données par les premiers gentilshommes de la chambre. Non-seulement ils prétendent que les exemples anciens sont pour eux, mais ils ajoutent avec raison qu'au mariage de Madame eux seuls étoient chargés de faire exécuter les ordres du Roi. Je ne dirai rien sur les faits anciens qui ne sont point de ma ^conuoïssance; mais j'étois au mariage de Madame, et j'ai Hécrit ce qui s'y est passé. Le bal rangé étoit dans le salon ^Pd'Hercule; M. de la Trémoille, premier gentilhomme de la chambre en année, y donnoit les ordres seul; il demanda du secours au capitaine des gardes, parce qu'il avoit besoin de main-forte pour arrêter le désordre, et l'on verra dans mes Méjnoires que le Roi y vint en personne et donna lui-même les ordres qui furent exécutés; mais c'étoit le premier gentilhomme de la chambre qui étoit chargé de cet arrangement, et non le capitaine des gardes, qui n'y ■■venoient pour ainsi dire que comme troupes auxiliaires. Il n'est ]>as douteux que lorsque les huissiers gardent la
I porte, c'est aux premiers gentilshommes delà chambre à placer. La question se réduit donc à savoir si ce sont les huissiers ou les gardes du corps qui doivent garder les portes du manège, et l'usage de pareilles cérémonies paroit être totalement en faveur des huissiere. J'ai quelquefois parlé de ces usages anciens quand l'occasion s'en est présentée. L'on m'en contoit un, il y a • quelques jours, au sujet du. souper du Roi et des princesses du sang. M™" la princesse de Conty d'aujourd'hui disoit à feu M. le duc de Tresmes qu'elle n'alloit point au souper du Roi parce que ce n'étoit point l'usage que les princesses du sang y fussent. M. de Tresmes lui répondit qu'il
avoit éWt témoin d'un usage bien différent, qu'il a voit vu jjme jj^ Princesse ( palatine ) aller au souper du Koi, et que dans ce temps les princesses yalloient; qu'elles y étoiei^^ a^isises comme de raison et avoient leurs dames d'hcM^H neur derrière elles ; que ce n'étoit que depuis que le feu Roi avoit fait manger ses filles avec lui ; que les princesses, piquées de cette préférence, avoienl cessé d'aller au souper du Roi.
M"* de Goësbriant fit avantrhier ses révérences ; elle n'avoit point paru depuis la mort de son mari ; M"" la dachesse de Sully, sa mère, la mena partout. Comme MM, de Sully sont fort proches parents de MM. de Charost, M. le duc de Charost auroit fort désiré que M"* de Luyues se trouvât aux révérences de M™^ de (ioesbriant. Cet arrangement ne pouvoit souffrir de difficultés par rapport à M"" de Sully, le rang de la pairie de M. de Sully étant immédiatement avant moi; mais l'usage n'est point, comme je Tai marqué en d'autres occasions, que la dame d'honneur soit à aucune présentation, à moins qu'elle ne présente. M. le duc de Charost a agréé cette raison, et M""' de Luynes ne s'y est point trouvée, hors chez la Reine, où elle étoit derrière S. M. , suivant la règle ordinaire.
C'est M"**^ de Senneterre qui a quêté aujourd'hui ; c'est la belle-tille du lieutenant général qui a été reçu aujourd'hui chevalier de l'Ordre et qui a été ci-devant ambassadeur du Roi à Turin. Elle est jeune, assez jolie, assez grande et bien laite ; son mari est aveugle comme j'ai pu le marquer ci-dessus. C'est la Reine qui nomme la quêteuse ; j'en ai déjà parlé en d'autres occasions; cette décision n'est souvent faite que la veille des cérémonies, et quelquefois assez tard, et c'est toujours la dame d'honneur qui propose. M™^ de Luynes envoya hier avertir M™* de Senneterre de la part de la Reine. M"** de Senneterre vint un moment après, toute tremblante, pour supplier M"* de Luynes de la déli\Ter de cette commission , s'excusant sur
, ce qu'elle n'avoit jamais quélé , et qu'un joup'de cérémonie de l'Ordre étoit plus embarrassaût qu'aucun autre. M""" de Luynes lui répondit avec grâce et politesse, mais
^ lui refusa d'en nommer une autre,
B Du mercredi df Vereailles. — Il y eut hier chapitre de l'Ordre. Le Boi fit quatre nouveaux chevaliers, tous étran-
t' gers, M. le duc de Modène, M. le marquis Seotli, qui est en Espagne, M. du Campo-Florido, aml)assadeur d'Espagne ici, et M. dcMontijo, qui a conduit M"" laDauphine sur la frontière et qui étoit ci-dfvanl ambassadeur d'Espagne à la cour de l'Empereur. C'est M. l'archevêque de Narhonne qui officia; la cérémonie fut plus longue, à cause de six nouveaux chevaliers qui furent reçtis. M M. de la Suze, grand-maréchal des logis du Roi, va B demain à Sceaux pour arranger les logements pour le voyage que la Reine y doit Xaire en allant au-devant de M""' la Dauphine. Ce n'est point naturellement au grandmaréchal à marquer ces logis, la Reine ayant des maréchaux des logis dont c'est la fonction ; mais ceux de ce quartier-ci sont des jeunes gens, qui n'ont pas eu beaucoup d'occasions d'exercer cette charge. Ils ont eu recours au grand-maréclial pour le prier de leur donner un foui'rier pour les aider, et M"* la duchesse du Maine a désiré et demandé avec instance que le grand-maréchal lui-même vit les logements de Sceaux. Le grand- m are chai alla prendre hier au soir les ordres de la Reine; mais il n'est point encore décidé si toutes les princesses du sang sui- ^ vront la Heine, et eu cas qu'elles la suivent si elles mène- Bront chacune une dame d'honneur.
M. Dufort, fermier général et qui a les postes, épouse
^ M""" Courten, fille aînée de feu M. Courten, lequel étoit
B frère aine de M. le chevalier Courten, que le Roi vient
d'envoyer à Rerlin. Il mourut l'année passée maréchal de
camp.
Du vendredi 5, Paris. — J'ai appris aujourd'hui que M""* la duchesse de Saint-Pierre fit demahder hier l'agré-
288 ilt:M01RES UU DUC DE LUYNES.
ment du Roi i>our le markge de M d'Âmboise^ sou petitfils, avec M"* du JonquoV; lille d'un homme dans les affaires.
M"' la duchesse de Saint-Pierre est sœur de M. de Torey : elle avoit épousé en premières noces M. de Uesnel, dont elle a eu M. le marquis de Resnel, qui a pris depuis le nom de marquis de Clerraonl-d'Amboise , lequel avoit épousé une fille de M. le maréchal de Berwick, de laquelle il a eu, entre autres enfants, M. d'Amboise, dont c'est ici l'article. iM""* de Resnel avoit épousé en secondes noces M. Je duc de Saint-Pierre, qui est mort il y a longtemps sans enfants.
Du lundi 8, Paris. — Hier dimanche, il y eut un bal chez Mesdames à Versailles. 51. le Dauphin ni Madame n'aiment point le bal, et je crois qu'il n'y en auroit point eu si le Roi n'avoit marqué le désirer. Il en parla il y a quelques jours à M"" de Tallard, qui lui répondit ce que je viens de marquer, que cet amusement paroissoit plaire peu à M. le Dauphin et à Madame; mais le Roi répondit que cela ne faisoit rien , qu'à leur âge on aimoit toujours à danser. On prétend qu'il fut, il y a quelques jours, àun bal en masque, dans !a ville de Versailles; on a même tenu à cette occasion quelques propos, soupçonnant qu'il pouvoity avoir quelques projet de galanterie, et on croit avoir remarqué qu'il dansa hier avec la même personne dont on avoit parlé; cependant c'est un soupçon léger et peu vraisemblable. Le Roi paroissoit avoir grand désir hier de n'être point reconnu. La Reine fut aussi hier au bal an masque et y a resté jusqu'à quatre heures; elle ne vouloit point se masquer ainsi qu'elle a fait en d'autres occasions , disant qu'elle n'est plus d'âge à aller en masque; mats elle a su que le Roi ne trouvoit pas que son âge fût une raison.
On mande de Bordeaux que M""* la Daupliine parolt s'amuser infiniment des bals, des fêtes et des spectacles qu'on lui a {lonriés; on nttcnd à tout moment larrivce
FEVRIF.P, I74i;
de M, de Lauraguais qui doit dire des nouvelles certaines du jour que M™" la Dauphine sera à Étampes.
Du mardi 9, Paris. — M°" de Luynes me mande que M. de Laurag:uais est arrivé aujourd'hui à VersailJes; le Roi étoit parti pour la chasse; il a vu la Reine et M. le Dauphin et leur a remis des lettres de M""* la Dauphine. Elle arrivera un jour plus tôt qu'on ne croyoit; elle sera
^le 21 à Étampes et le 22 à Sceaux ; elle sera mariée le 23.
^Al. de Laurag-uais parle d'une manière très- avantage use de Tesprit de W la Dauphine et du désir qu'elle a de plaire. On prétend qu'il y a beaucoup de tracasseries dans cette maison. On a mandé sur cela des détails qui
Bsont trop peu considérables pour valoir la peine d'en parler. M°"^ de Lauraguais a pris congé hier; elle s'en va
Pà Chanteloup, où M""^ la Dauphine doit arriver le dimanche 14.. Celte maison appartient à M"^ d'Armentières; elle lui vient de son père (M. d'Aubigny).
Dm vendredi 12, Paris. — Je revins hier de Versailles. Depuis ce que j'ai écrit on a eu des nouvelles de M™' de Brancas. L'arrivée de >P* la Dauphine et par conséquent le mariage pourront être retardés d'un jour ou deux suivant les circonstances de la santé de cette princesse; mais rien né dérange le départ du Roi, qui est iixé de demain K eu huit , samedi 20 de ce mois. Le Roi va dans une chaise ^ à deux, avec M. le Dauphin, jusqu'à Sceaux, où il prend ses carrosses pour aller coucher à Élarapes. M*™ de Lau- ■ raguais n'est partie qu'aujourd'hui ; M, le duc de Brancas va au-devant de M""" la Dauphine plus loin qu'Orléans (1 ) ; M. de la Mothe, chevalier d'honneur de la Reine, ne va qu'à Orléans cotnpliraenler M*"" la Dauphine de la part de la Heine et lui porter un présent. Ce présent est fourni aux dépens du Roi, mais est censé être fait par la Reine.
(1) Il va ftTec M™ de Laurngiiais à Clianleirtup. (Ao/t (fu duc d« l.uynex. )
T. Vf. Ml
no Mf:MOiRKs i«i inic m luynks.
Il co(^te V0,UOO livres; c'est une grande Iwite carrée, garnie en dessus de velours cramoisi , bordée d'or, et en dedans d'un satin bleu; elle contient une montre, une tabatière , un étui de toutes pièces ou étui de côté , un éventail et un flacon , le tout garni de carats et monté avec lieaucoup de goût. M. de Hicbelieu va aussi à Orléans de la part du Roi. Le Koi fait des présents considérables à M'"'' la Dauphine.
Du samedi 13, Paris. — Je vis avant-hier une grande partie des présents chez M. de Bichelinu. à Versailles; il y a trente-six éventails, douze montres d'or, douae flacons, dont huit d'or et quatre de cristal de roche , trente tabaliùres, douze étuis à cuie-denls, si& étuis à rouge, six paniei's à ouvrage Tort beaux, trois étuis à ciseaux d'or, ti-ois couteaux d'or. Cette laurniture n'éloitque d'un seul niarcliaiid, nommé Hébert. Le Roi en a fait acheter encore btvaucoiip d'auh'es. Ces présents ne sont que pour èti*e donnés par W"^ la Dauphin e ; outre cela le Roi a encore plusieui's boites et bijoux que le Roi a achetés pour donner lui-même à H"'^ la Dauphiue; il en est toujours fort occupé et en parle sans cesse.
M. de la Saône, capitaine aux gardes, qui a, dit-oni .'10,000 Uvres de rente, épouse la hlle de ii. Mouftle de la Thuilerie , receveur géuéral , lequel porte le cordon l^uge, ayant une charge dans l'ordre de Saint-Louis. Cette tille aura 50,000 écus de rente; mais elle est fort ipcommodée de dartres, dont on n'a pu jusqu'à présent la guérir.
J allai voir avant-hier la salle que Ton vient de faire dans le inan^ couvert (1). Cette salle e&t belle, extrè-
(I) D« k cmid* «cwri* * YeraiUe». Voir IVstUDfw qui a pour titre : « Dé- «onUontlcU «kilt 4e lytttKk aiotlnnli 4mu le^wtge eouTeft de la graode ^%ryc> A Vt^fswiik», fMmr la mutwtafi— éc Im Primeeue de y'ararre, cxt- «••' '<« 4a watince «te Lmris Dauphin de France.
A^- ' t-^f*«ie, W X.Vin («viier MUCCXLV. Celle
FK\TIIRR I74il.
|jiienienl ornée; on k trouv<i un peu étroite pour sa loii- '.gueur. Il y a vingt loges sans compter celles du foud. Au-dessous des loges est une lialustrade , qui règne tout ^autour de la salle, derrière laquelle il y aura beaucoup " de places; au-dessous de cette balustrade il y a des gradins- Il n'est point encore décidé qui placera, du capitaine ^k des gardes ou du premier gentilhomme de la chambre, ^ au bal paré. On a donné ces jours-ci à Versailles une liste de toutes les fêtes qui seront données à l'occasion du mariage; elles dureront huit jours, c'est-à-dire jusqu'au mercredi des Cendres. U doit y avoir outre cela opéra
(toutes les semaines jusqu'au dimanche de la Passion, Les femmes de Paris qui ne sont point présentées pourront se trouver en robes longues sans troussures; elles pourront mettre ou ne point mettre de mantilles suivant qu'elles le jugeront à propos.
On travaille à force dans le salon d'Hercule pour y dresser des gradins en bots doré , fort oriiés et peints en marbre, dans les deux milieux du côté du jardin et de la Bcour. C'est pour le bal masqué.
Du dimanche îi, Versaittes. — La nuit de jeudi k vendredi dernier, le Roi l'ut au bal ici dans la ville; il lit son coucher à l'ordinaire, et ne parut point même pressé ; cependant il fut au bal, et y resta jusqu'à six heures du I matin.
M'"" la maréchale de Maillebois vint hier ici demander l'agrément du Roi pour le mariage de son fils avec M""" d'Argenson; le mariage doit se faire la première se- • maine de carême.
U y a deux ou trois jours que Paccini est mort ici; il
fête, oidonnuk' par M. le iluc ileRlclielimi, («air ik France, en expicic* lie premier geulilliomme de la «liambre du Koi, a élé candnite par M. de Dorinesal. inlerulant el contrôleur gi'mral de rargenlerie, menus-plaisirs et alTaires rie laclianibretieSaMajeslé. Éxikiité iiar les sieurs Sladlz el Pcrol. C. N. Cocliin (ilins delin. cl sculp. >' Celte [iliiuclie est conservée à la calcograplilc du I«ouvre.
29Î ^IKMOIRES mi mTC DE lAJYNF.S.
«^loit llalien et de la musique du Roi depuis fort 1 temps; il éJoit fort connu par la beauté de sa voix. 11 jouissoit de 5 ou 6,000 livres de rente des bienfaits du Roi.
On me remit il y a quelques jours les harangues faites par M. l'évèque de Hennés à l'occasion de la demande de M""^ la Dauphinc ; on en trouvera la copie à la fin de ce livre (1).
Hier se' fit aux Grands-Augustins l'ouverture de l'assemblée du Clergé. Il y avoit eu déjà mercredi une aS' semblée chez Bf. l'arche vôque de Paris; mais toutes ces assemblées ne sont encore que préparatoires, et elles ne recommenceront que mercredi prochain. Demain le Clergé doit haranguer; c'est M. l'archevêque de Tours qui porte la parole; il haranguera le Roi , la Reine et M. le Dauphin.
Jeudi , les commissaires du Roi doivent aller à l'assemblécj mais seulement pour une vis^ite d'honnêteté; et le samedi suivant ils y retourneront pour faire les demande^H du Roi. On croit qu'elles vont celte année à 15 millions. ^^ Ce sera M. de Maarepas qui portera la parole; ces haran-^J gués ne sont plus devenues presque qu'une espèce dd^| formalité , de môme que le don gratuit accordé au Roi danslespays d'États. Le secrétaire d'État expose dans les termes les plus énergiques l'état où le Roi se trouve et les raisons pourquoi il a recours au Clergé. Le président de l'iisscmblée (c'est M. l'archevêque de Paris) répond à la représentation de la façon la plus forte, et la plus touchante, et expose la situation fâcheuse où se trouve le Clergé et les difficultés presque insurmontables qui trouveront pour fournir au Roi des secours aussi consid râbles j ajoutant qu'il en rendra compte à rassemblée; mais l'on finit toujours par accorder ce que le Roi d mande. La réponse se rend toujours le jour même; la délibération n'est pas longue , et les conmii.ssaires du Ro,
(I) ^0H ;i rappemlio*».
le
FiiVrJlill 174»
I atteudeiit la l'éponse. Les assemblées du Clergé se fcien- Bnent toujours aux Grand s-Augustins. Ooy dit une messe 'du Saint-Esprit. Ce fut hier M. l'archevêque de Tours, second président de l'assemblée, qui ofticia. Tous les ar- . chevôques et évoques et le second ordre y communient Hde la main de l'officiant. Les archevêques et évêques y sont en rochet etcamail violets (1), et le second ordre ea , manteau long et bonnet carré. Les archevêques et évê- ■ques reçoivent la communion à genoux, ainsi que le second ordre; mais il y a cette différence que l'officiant ne ^dit ni le ZJomme nonsuindignus, ni le Con^leor, ni les pa- ^roles de la communion pour les archevêques et évoques, parce qu'ils doivent les avoir dites avec le célébrant. Celui-ci les embrasse avant la communion- Pour le second ordre, les prières se font à l'ordinaire. Il y a toujours un sermon (2); celui d'hier fut prononcé par M. l'évêque de Troyes. Les laïques hommes et femmes peuvent assister ^à ces cérémonies; ils y entrent sur des billets des agents. ^Les prélats sont dans les hautes stalles; le second ordre au-dessous, et aussi dans les hautes stalles immédiatement après, avec cette différence que les prélats ont non-seulement un carreau pour se mettre à genoux, mais aussi UD sur l'appui, et que le second ordre n'a qu'un carreau pour se mettre à genoux. Les laïques, hommes et femmes, remplissent le chœur. Au sortir de Téglise , on s'assemble dans une grande salle destinée à cet usage , et l'on y élit les agents et les présidents. La forme de ces élections est que les voix se donnent par province ; le président de chaque province recueille les voix, et si par hasard elles
In'étoient pas unanimes, la voix de cette province seroit ce qu'on appelle caduque,, c'est-à-dire inutile. ■
(!) Lei prélats sont louio!irs«n rochet et cainaû uoîr à tout«A le^ séanc^ft de ras.qunnbléË et ne prennent le violet qu'aux cérémoaies. La première a&> I semblée est du nombre des cérémonies. ( Note du dtic de Lwjnes.) i'i) Après rÉvantjilc. ( t\oie tltt duc de LU'jnes.)