‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 54 sur 94 · MI^MOIRES DU DUC DK LUYNES · texte numérisé non relu

MI^MOIRES DU DUC DK LUYNES

elles à MM. de Luce, gens de grande condition. Un de ces MAI. de Luce, dans le temps que les duels ëtoieut en usage, se battit contre M. de Guise,' qui le tua ; la veuve île M. de Luce , outrée de la mort de sou mari, ne songea qu'à s'en venger; elle avoit un iîls estrèmeinent enfant; cllt le fit élever avec tout le soin imaginable, et dès qu'il eut l'usage de raison ♦ elle ne songea qu'à lui inspirer une baiue implacable contre M. de Guise, n'ayant d'autre vue et d'autre objet que de l'aire venger la mort du père par le fils. En effet, dès que ce jeune homme eut dix-huit ans , il alla , par le conseil de sa mère , trouver M. de Guise, et lui proposa de se battre contre lui. M. de Guise eut pitié de sa jeunesse et ne vouloit pas absolument accepter ce combat, mais les instances du jeune homme furent si vives et si pressantes, qu'il fallut bien se battre; le jeune homme fut tué, et la famille de MM. de Luce fut éteinte en lui. M. de Gutse admira la valeur de ce jeune M. de Luce, et sachant qu'il avoit été élevé par M. de Riolet, lit ce qu'il put pour tâcher de s'attacher ce geatilhoniuie à lui ; mais les promesses les plus avantageuses ne firent rien sur Tesprit de M. de Riolet, qui ne pouvoit regarder qu'avec horreur le destructeur de la maison de son luaitre.

Le second fait que je sais de M"" de Luynes rggarde MM. de Tuvannes. M. de Tavannes, l'un des aïeux de M, l'archevêque de Rouen d'aujourd'hui , avoit épousé M"" de Ûuintin, qui étoit veuve et avoit un lils de son premier mari. Ce fils, nommé M. de Quintiu, étoit aimable el plut extrêmement à M. de Tavannes ; le beau-père elle beau-fils vivoient dans la plus grande union et avjec l'amitié la plus tendre ; on pourroit dire, comme dans une des fables delà Fontaine : Heux coqs vivoient en paix, une poule survint. Cette poule fui M""' de Romecourt. M. de Tavannes et M- de Onintin en devinrent amoureux l'un ^et l'autre : la jalousie détruisit toute l'amitié; dès qu'ils se furent reconnus rivaux, ils devinrent ennemis impla-

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cables: il fallut se battre, fli. ao uuiiJtin lut Diessu Dans ce cruel moment tous les sentiments de M. de Tîivannes se renouvelèrent; l'ennemi disparut cl le iienufilsse représenta à lui avec tous les charmes qui l'avoient fait aimer; il court à M. de Quintin fondant en larmes^ il l'embrasse et cherche à le secourir. Dans ce moment un Bpage de M. de Quinlin, outré de la mort de son maître et s'abandonnant aux transports de sa douleur, vient avec une épée pour percer M. de Tavannes par derrière; M. deQuintin mourant s'en aperçoitjet repoussant un moment M. de Tavannes lui dit : « Ah! Tavannes, prends garde à toi , mon page va te tuer. » Cette action généreuse ne servit qu'à augmenter la douleur de M. de Ta- P vannes, qui n'a jamais pu se consoler d'avoir donné la mort à un beau-fdssi digne d'Être aimé , et pendant tout le reste de sa vie on ne pouvoit prononcer devant lui le nom de Quintin qu'il ne fondit en lai'mes.

PUn autre fait que rac contoit hier l'aide-major des chevau -légers de la garde est dans un genre différent et m'a paru digne de curiosité. Cet aide-major, qui m'est attaciié depuis longtemps, est homme vrai et sur le témoignage du quell' on peut compter. Uéloit intime ami d'un prêtre qui est actuellement prévôt d'un chapitre dans une des terres de mon fils et qui a été longtemps curé de Dampierre. Ce prôtre dont le Uhnoignage ne peut être suspect avoil connu au séminaire un ecclésiastique extrêmement âgé qui lui dit avoir vu et entretenu le frère de Ravaillac. Ce frère avoit changé de nom, comme on le peut croire, et avoit vécu longtemps depuis la mort de Henri IV. Il lui dit que c'étoit la vengeance qui les avoit déterminés à ce crime affreux; qu'ils avoieut une sœur dont Henri IV étoit devenu amoureux et dont il avoit abusé. Les deux frères transportés de fureur résolurent dès ce moment de profiter de toutes les occasions qui se .présenteroient, et ne confièrent leur secret à personne. Ayant su le jour et le moment que le Roi sortoit, ils par-

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