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na l'ordre à M. de Chalmazel d'aller à ComDiei'cy, de
sa part, faire des compliments à M'"" la duchesse de Lorraine (1), tjui.avoit envoyé complimenter la Reine à son passage à Bar. M""^ la duchesse de Lorraine est toujours dans le même état depuis deux ou trois ans; elle a eu des attaques d'apoplexie, et sa tète estaffoiblie, au point qu'il y a peu de temps dans la journée où elle soit à ellemême.
Le roi de Pologne partit hier de la Malgrange à sept heures du matin, avant que la Reine fût éveillée ; il alla l'attendre à Void par delà Toul, où elle devoit dîner , et il devoit immédiatement après repartir pour aller à Barle-duc, 011 la Reine a couché. Il en use de môme lorsqu'il voyage avec la reine de Pologne; il jmrt toujours de grand matin, et est arrivé quelquefois avant que la reine soit partie, llestdans Thabitude de fumer beaucoup; il prend sa pipe en arrivant, et demande dix fois si la Reine n'arrive point. La Reine partit à neuf heures de la Malgrange, et alla entendre la messe à la mission à Nancy. Je n'avois vu le hîUiment de la mission qu'en dehors, en passant à Nancy; j'y fus avant-hier. C'est un fort beau bâtiment : la face est sur la rue ; il y a deux ailes, qui avancent sur un tn''s-grand jardin fermé de murailles, au delà duquel est encore un terrain, appartenant à la mission, planté en vigne. J'ai déjà parlé de ce bâtiment ; il n'y avoit que cet article que j'avois oublié.
Je partis hier de la Malgrange à onze heures; j'arrêtai à Saint-Nicolas, qui est la première poste; j'entrai dans l'église, qui est digne d'être vue ; c'est un très-beau vaisseau; elle est très-ancienne et trop grande pour une aussi petite ville. On trouvera mes observations dans un petit volume séparé (2) , sur un monument qui m'a paru
fl) ÉlissbeHi-Charlolte d'Orléans, veuve en 17î9, de LéOpol(I-JoSf*pli-Cliarle« , duc (le Loi rai ne.
(2) Ce volume IIP sVst pas ictroiivc a Dnmplerrf .
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iMÉMOIRES DU DUC DE LUYNES.
remarquable. J'allai de là voir la saline de Kosi^res, qui, est digne de curiosité ; on trouvera de même mes re* marques surcetle saline. De là je vins à Lunéville, où jô. ne lis que changer de chevaux. Le chemin de Lunéville jusqu'à Benaménil est une chaussée droite et sans aucua détour. Je vis en passant la maison du prince Charles dç Lorraine, qui est à l'extrémité du faubourg de la ville, de ce cftté-Ià; je n'y entrai point; mais le coup d'ceil m'en parut agréable ; elle est blanche, couverte d'ardoise; au milieu, un gros pavillon qui doit former un salon de forme agréable, un corps de logis à droite et à gauche ; en tout eUe est petite. Le jardin est tout le long du chemin; il est rempli de palissades à hauteur d'appui ; il est long et étroit et finit en pointe comme un clavecin. A une lieue de là, on trouve un carrefour de quatre grandes . avenues; celle d'à gauche conduit au château de Ci-aon, qui appartient encore à M, le prince de Craon. J'oublioifi de marquer que le prince Charles n'a jamais voulu vendre, sa maison; elle lui appartient encore. De Benaménil à Blamont, le chemin est encore beau , mais il y a un peu à monter et à descendre; de Blamont à Heming, il y a deux postes, où l'on ne cesse de monter et de descendre continuellement; de là ici (1)> il n'y a qu'une petite poste et peu de montagnes; en tout celte route est une chaussée parfaitement belle. Sarrebourg est une petite et vilaine ville, dépendante de Phalsbourg, dont M. de Chalmazcl est gouverneur.
Du dimanche 23, Versailles, — La Reine arriva ici le mardi 13. J'avois quitté la Reine à la Malgi'ange, d'où j'ai été à Savernc et à Strasbourg pour voir ces deux maisons de M. leciu-dinal de llohan, qui sont dignes de curiosité. Le lundi 12, j'allai de Strasbourg à Mutzig, autre maison de M. le cardinal de Bohan ; j'y étois le jour que la Reine
(I) Sarreloiirg.
OCTpBRE 174-5.
arriva à Versailles ; j'en repartis le Ik- elje n'arrivai ici que le 19 au soir; mais j'ai su par M™* de Luynes que le jour de l'arrivée de la Reine il se trouva ici un nombre prodigieux de dames; on en compta soixante-quatre dans la chambre de la Reine. Depuis ce jour, tous les jours gras la Reine a soupe avec des dames, comme elle faisoit avant son voyage.
J'ai su aussi que le Roi a écrit des lettres charmantes au roi de Pologne et à M""" de Ventadour. j'ai marqué cidessus qu'on s'altendoit qu'à son départ de Lun6vjlle il iroil chez la reine de Pologne, qui y est malade, et qu'elle fut fort piquée de ce qu'il étoit parti sans la voir, s'étaulcontenté de demander de ses nouvelles; il écrivit deux jours après à la Reine, de la manière la plus propre à réparer autant qu'il est possible ce manque d'attention, et depuis encore il a écrit au roi de Pologne une lettre remplie de sentiment et d'amitié. Je crois avoir marqué aussi que quelques jours après son départ il envoya 200 louis pour être distribués dans la maison du roi de Pologne, mais jusqu'à présent il n'a fait aucun présent aux grands-officiers de cette cour. La réception du Roi à Savernc, où il arriv.a ^e samedi 3 et y séjourna le dimanche 4, et le séjourde S. .M. à Strasbourg, où il fut jusqu'au samedi 10, qu'il en partit pour aller à Schelesladt et de là aller coucher au camp, ces huit jours de la marche du Roi feroient une relation longue et curieuse; mais je n'ai été témoin d'aucune des fêtes, le Roi n'ayant voulu mènera Fribourgque ceux qui l'avoient suivi en Flandre. Je n'ai pu arriver à Strasbourg que le jour de son départ. Ce qui est certain, c'est qu'aucune de ses villes ni de ses provinces ne lui a montré autant de zèle, d'amour et de magnificence que l'Alsace et Strasbourg. Il y aura une relation de toutes ces fèleg, et même des planches gravées, à ce que m'a dit le prêteur royal, qui est M. deKlingliu (1).
in MÉMOIRLS DU DUC Dt LUYNKS.
Lf samedi 10, M. le cardinal de Rohan vit monter le Roi en carrosse fit resta jusqu'au moment de son df^parl. Mademoiselle, fjui étoit arrivée àStrasbourg, même avant le Roij voulut aussi le voir partir. Le Roi, monté dans son carrosse, eut toujours la g'Iace levée de leur côté, les regarda beaucoup et ne leur dit pas un mot, ni à l'un ni à l'autre ; cependant il a écrit depuis à M'"'' de Ventadour et lui a mandé des choses charmantes sur la réception qui lui a été faite à Strasbourg et sur M. le cardinal de Rohan. Cela prouve qu'il sent ce que l'on fait pour lui, mais quMl ne sait l'exprimer que par écrit. Il y avoit dans son carrosse M. le Premier à côté de lui, comme je l'ai déjà marqué, M. de Fleury et M. de Villeroy, Il a couché à Schelestadt qui est encore du diocèse de Strasbourg. M. le Cardinal ne l'y suivit point; mais il y envoya M. le coadjuteur.
Pendant le séjour du roi à Strasbourg-, M. de Bissy y arriva, envoyé par M. le prince de Conty, apportant la nouvelle de la victoire remportée par M. le prince de Conty près de Coni (1\ Le roi de Sardaig'ne ayant voulu secourir cette place s'avança avec son armée ; le feu fut très-vif et trt^s long de part et d'autre ; de la raousqueterie et de l'artillerie, sans en venir aux mains. La perte a été grande des deux cùlés; mais tout l'avantage nous est demeuré. M. le marcjuis de la Force, second fils de M. le duc de la Force , y fnt blessé a l'épaule; il est mort huil jours après. Il ne reste plus de fils à M. le duc de la Force que M- le duc de Caumont, qui a épousé une fille de M, le maréchal de Noailles, mais qui ne vil point avec elle. Depuis le succès de cette journée on espéroit encore
fie Striisbouiij pour la convalexceifre ilii /foi, « Van ivée et pendant le séjour de S. ;V. en celle, vide, inventif, dessiné el dirigé par,!. M. Wfis, graveur de la vdie, iti-ful.
(l) C'esl l'aflflire de la MaJona de! Olmo, livrée le 30 f*|)tembre, près de Coni, où les PiLinontais pwdiivnl 5,000 homme.';, mais réussirenl à Taire t'nlr<T 1111 ronvoi dniiH In place de Coni.
OrTOBRK 17-54.
,'anJage de pouvoir prendre Coni ; mais les pluies , les débordements (1) et la difficulté des subsistances paroiS'^ sent avoir déterminé à renoncer h cette entreprise, et l'on attend à tout moment des nouvelles de la levée du siège
La belle et savante cantpagnc que M. le maréchal de Saxe a faite en Flandre, sans quitter son camp de Courtray, est enfin finie; les ennemis ont repassé l'Escaut sansavoir pu rentainer, et l'on sépare noire armée.
En Allemagne, l'on n'enicnd plus rien dire des progrès du roi de Prusse ; il s'est emparé des postes importants en Bohême, de Budweis et de Tahor. Le prince Charles est actuellement en Bohême avec une armée que l'on dit au moins aussi forte que celle du roi de Prusse.
L'Empereur est parti de Francfort pour se mettre à la tête de son armée; on a la nouvelle de son arrivée à Munich.
Le siège de Fribourg a toujours été jusqu'à présent assez lentement, à cause de la difficulté qu'il y a de faire écouler les eaux de la rivière nommée le Trelsam, et quoique l'on ait tiré l'eau dans le nouveau canal que l'on a fait, il en est resté assez dans l'ancien lit pour nous incommoder beaucoup. On a été obligé d'y construire des ponts que les eaux ont emportés plusieurs fois; heureusement les ennemis n'ont point fait de sortie dans ce moment. Ces différentes aventures nous ont fait perdre beaucoup de monde; cependant on me mande aujourd'hui, jîar une lettre du 20, le détail ci-joint.
Du quartier du ftoi devant Fribourg.
he 20 octobre.
Le clieraiu couvert a été pris cette ouït, les enuemis jie Tayaut [joint défendu ; nous n'y avons pris qu'un seul tiomnie. Les uniicmis ont terribk, et nous avons perdu 900 ttoinmos,
H8 Mf.MOlRKS Dlî DUC DK LUYNES.
taril tués que blessés ou sautés pr leurs fougasses qui ont joué et fait sauter une coinjiagiiie de greuadiers de Bourbou dont il n'est revenu que. mu\ !j;renadiers et le capitaine.
^I. d'Aryculieu, lieutenant des grenadiers du rcgimeiit des gardes françoises, en relevant la tranchée et passant sur un des ponts, a eu le liras droit emporté d'un boulet, assezbas pour pouvoir le eoupernuilessus. '
Sous n'occupons que les ouvrages saillants du cliemin couvert ; les assiégés ootrupeiit encore quelques rentrants et les braiieiies de traverse ; ainsi ils feront encore na peu de feu de niousqueleric cette nuit qui nous tuera du monde, mais ils ne pourront s'y soutenir.
Du lundi 26, Versailles. — On apprit hier par un courrier, qui a apporté un bulletin à la Heine, que nous nous étions rendus iniillres du reste du chemin couvert ; nous y avons perdu 500 hommes tués ou blessés; le régiment des gardes y a beaucoup souffert. L'on compte que notre canon est présetltemeut sur le chemin couvert pour battre en brèche.
La blessure de M. de Lowendal n'est pas mortelle.
Du vendredi 30, Versailles. — On eut nouvelle hier au soir, par un courrier, que M. de Soubiso, le 26 , à trois heures après midi , a eu le bras cassé d'une pierre, dans la tranchée qu'il iiiontoit comme aide de camp du Roi, Il a outre cela une contusion considérable, heureusement assez loin de la fracture et au-dessous. Le bras a été raccommodé assez proinptemeni. 11 y a apparence que cette blessure n'aura point de suite lâcheuse ; mais on ne peut rien dire de certain qu'après la levée du premier appareil. C'est le bras droit. Nos batteries dévoient battre en brèche le^6; mais cela pourroit bien avoir été au 27 ou 28.
On n'u point encore de nouvelles directes de la levée du siéye de Coni j cependant cela n*est point douteux.
NOVEMBRE t74^.
ROVEMBItE.
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NoovïHes de Coni el de Friboorg. — Le V. BeauvaiR, prédicateur. — Le duc d«! CbeTrense fit les dragons au si^^ge d'Ypres; mol du Roi. — Cnractèru du duc de Cliartres et du duc de Pcnlhièvre. — Opinion du duc de Clic- Treuse sur le maréchal de Sase. — Nouvelles de Fribourg. — Pré|)arat)(s aux Tuileries pour l'arrivée du Roi. — Morl «le la priucesae de Grimberglien. — Mariage du dur de Pentliièrre. — M. et M«ic de Mirepoix. — M. de Saint-Héreni. — Service funèbre de M"» de Griinberghen. — Noii- Yelles de Coni et de Priliourg. — Appartement dti Daupliin et de la future Dauphine. — Capitulation de Fribourg. — Mort du rtiarei-lial de Chaulnes. — Exil de M. de CttAtilIon ; cause de sa disgrâce. — Le rnaréclial de Bçllelsle. — Eïil de M. de Ballcroy. — Dames de la future Dauphine. — Enterrement de M. deChaulnes. — Mort du cardinal deGravre»; ses ricliesses; son tealamenL — La Reine aux Tnileries ; description des appartements. — Arrivtjedu Roi. — Te Deum à Notre- Darne. — Dcmission de M. de Villeneuve. — Bruit a ta porte de la Reine. — iJ^jH^nses du sit^ge de Coni. — IWc.oraliou de la place du Carroiwel. — Diner du Roi à l'hôld Je ville. Déroraiiomic ia place de Grève. — Le peuple pille te finit du Roi. — Chasse du Roi au bois de Boulogne; les chiens verls. — La cour aux Tuileries. — Le Roi entend treize Ijarangues. — M. d'Argenson l'niné nonnmé secrétaire d'État. — Retour du Roi à Vej^ailles. ~ Are de Irioniplw élevé sur l'avenue de Paris. — Dames de la future Danpliine. ~ Uanics |irri.<iett- Icesaux Tmleries. — Mnc d'AnUn, — Aventure de M. de Monchenn. — NomJnationdeIMM. de Bron el de Sauvigny. — Maladie de M. Charivelj(i — Rentrée h la cour de M""" de Chûleiiuroux et de Lauragnuls. — Lettre de M™e (le Chàteauronx â M'"" de Boufllers. — Détail de la visile di' M. de Maurepas à M""' de t'hAteauroux. — Liawon de M"" de Mo<lùneavec Mme de Cliateanrou\. — Départ de la maison de la Dauplnue. — Coraniencenientde ta maladie de M"" de Cliàteaiirous. — Effet dans le public du rappel de M"'" de Cliâloauroux. — MM. de la Rocliefoucauld et de IJouillun disgraciés; exil du prcnûer. — Capitulatiim des diàteaux de Fribourg. — Le P. Perusseau elle confesseur de la Dauphine.
Du dimanche 1" novembre, Vcrsaitles. — On a appris par un courrier d'hier au soir la confirmation de la levée idu siège de Coni. M. le prince de Gonty s'est retiré à Démonte sans aucune perte.
On a aussi eu des nouvelles de Fribourg du 27 ; la ville a dii se rendre hier ou aujourd'hui ; cependant on croit toujours ici que le siège durera encore quelques jours. Les nouvelles de M. le prince de Soubisc sont asscK bonnes; il a été saigné cinq ou si.\ fois, et l'enflure est diminuée.