MÉMOIRES DU DUC DK LUYNES
M""' d'Egmont la belle-tille accoucha il y a deux ou" trois jours d'an garçon, qui a été tenu par M. le duc de Villars et par M"" d'Egmont , la belle-m^re.
La KeÎDe alla hier entendre les premières vêpres dans la tribune en haut à la chapelle ; il n'y eut point d'évêque qui oflicicit, et elles furent chantées par la chapelle du Roi. M. le Dauphin et Mesdames y étoient aussi.
Aujourd'hui la Reine a entendu, lagrande messe en bas, quoique ce ne soit pas un évêque qui ait officié.
Le P. Beauvais, jésuite, a prêché aujourd'hui à la chapelle ; il a fait un compliment assez long à la Reine. Le sermon a commencéîi, quatre heures, ensuite les vêpres du jour et les premières vêpres des Morts. La Reine n'a point remonté en haut après le sermon. Je n'étois pas au sermon. Il me parolt que l'on a trouvé le premier point fort bon; en fout le sermon et le compliment trop longs. C'est M"'" de l'Hôpital ( celle qui est auprès de Mesdames) qui a quêté.
Du mercredi 4, Paris. — J'ai déjà marqué ci-dessus les faits qui regardent la personne du Roi lorsqu'ils sont venus à ma connoissance et qu'ils m'ont paru dignes d'attention. Mon fils, qui revintde Flandre samedi dernier, veille de la Toussaint, me contoitun de ces faits qui me parolt mériter d'être écrit. C'étoi t pendant le siège d' Ypres. Dans le commencement de ce siège on avoit tenu quelques propos indiscrets et mal fondés sur la conduite des dragons; ces discours avoient été jusqu'à M. le maréchal dcNoailles. Mon fils le sut aussitôt, et quoique bien persuadé par avance de la fausseté de ces propos, il voulut s'en assurer encore plus positivement par une exacte recherche ; ayant reconnu la fausseté absolue de tout ce qui avoit été dit . il s'en plaignit à M. de Noailles, et lui en demanda justice (1), Quoique tous ces bruits sur les dra-
(1) C'est k roccasioii (1« ces di>;fouis mal (uiniê-i t\m- M. \f roMU- de rit>r
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goDS tombassent d'eux-mêmes par leur Tausseté, mou (ils voulut en profiter pour augmenter l'émulation d'un corps à la gloire duquel il s'intéresse ; il leur dit donc, peu de jours après, qu'il savoil ce que l'on avoitdil contre eux, qu'il en avoit reconnu la fausseté; mais qu'il étoit bien persuadé que pour confondre davantage leurs indignes calomniateurs , ils dévoient donner à la première occasion des preuves encore plus singulières de leur valeur, qu'il le leur demandoit par amitié pour lui. On peut jugeraisémentque cediscours fut reçu avec le plus grand applaudissement. L'occasion ne fut pas longtemps à se présenter ;à l'attaque du chemin couvert, une partie des dragons sautèrent d'abord, et môme avant les grenadiers, dans le chemin couvert par-dessus les palissades; l'autre partie se porta avec tant de vivacité à tout ce qui étoit nécessaire pour cette attaque, que toute l'armée ne put s'empêcher de leur donner les louanges qu'ils méritoient. Mon fils n'eut rien de plus pressé que d'en aller rendre compteau Roi aussitôt. M. de Fleury étoit alors maréchal de camp; mais le régiment qu'il venoitde quitter étoit du nombre de ceux dont les dragons s'étoient distingués. Comme M. de Fleury est premier gentilhomme de la chambre en année , toutes ces raisons engagèrent mon fils de se joindre à lui, pour le compte qu'il vouloit rendre au Roi ; le Hoi ne leur répondit pas un seul mot; mais un moment après étant sorti, il trouva un officier de dragons qu'il ne connotssoit que par son uniforme ; il lui dit: it. Je sais ce que mes dragons ont fait cette nuit à la tranchée, dites-leur combien j'en suis satisfait, m Ce propos étoit trop llatteur pour n'être pas reporté sur-lechamp à mon fils. Dans le moment qu'il le sut, il s avança
mont i<crivjl la lettre (i-jotnte à M. le ittaréc-lial ileNoailles , qui (It beaiicoii]! «le briiil (Jaiis le tum[>s, oii j) marqiwît qu'il o^y avoit qu'un pultrou qui piU avoir iliti{i»; \e.t dragons u'avoient (las bien fait à la lranch«?e f .\otedu duc de Lugnn ;
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dans l'endroit OÙ étoitle Uoi, etlui dit : « Sire, j'apprends dans le moment les marques infinies de bonté que Votre Majesté vient de donner à ses dragons; je crains fort qu'il la première occasion il ne me soit plus possible d'arrêter leur zMe pour le service de Voire Majesté « Le Hoi ne balança pas un instant à répondre, etditsur-lecliamp à mon fils : « M. de Chevreuse, j'aurois bien du regret à ce que j'ai dit si je croyois qu'il m'en confàl un seul bomme. »
Mon (ils m'a parlé aussi sur le caractère de M. le duc de Chartres; il croit avoir remarqué en lui, outre la valeur, de la sagesse et de la justesse dans l'esprit et des sentiments; il convient en même temps que les lumières sont courtes et les distractions très-grandes, ce qui lui fait beaucoup de tort; mais il trouve que ce prince, froid au milieu du. danger, voit bien ce qu'il voit et est capable de [irendrclc bon parti. Mon fils trouve comme tout le monde que M, le duc de Penthièvre est bien plus aimable par sa politesse, ses attentions et les grâces qu'il met dans la société; mais il croit que M. de Chartres est au moins aussi capable d'amitié et d'une amitié solide et constante.
Mon fils m'a parlé beaucoup aussi de M. le maréchal de Saxe, et il lui donne tous les éloges qu'il mérite. Il lui trouve de ia justesse dans l'esprit, quoique .ses lumières soient bien éloignées d'être supérieures; il va naturellement droit au but, et prend le meilleur parti; et, n'étant point détourné par une infinité d'idées et de projets différents, qui souvent éblouissent et dont les dangereuses combinaisons font perdre au moins un temps précieux (l i, M. de Saxe suit son objet sans le perdre de vue. Exact pour la discipline, il n'y môle aucune humeur; le soldat, le cavalier font-ils quelques fautes, il punit les officiers, leur
(L) ALIusioub au earaclêre du maréchal de Noailles, qui avait servi aussi eu t'Iaadre pendant la campagne du Rui.
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disant avec une douceur froide que c est à eux à tenir la main à leur troupe. La punition une fois ordonnée, il est inflexible sur les grâces. Il n'a point ce que l'on appelle Textrème politesse du monde, mais il a le ton du militaire. Il est craint, aimé et estimé.
M. le maréchal de Saxe ne peut s'empôcher dans le fond du cœur d'estimer M. de Belle-lsle; uiais tout ce qui s'est passé entre eux en Bohème n'est point effacé de son esprit ; et comme malheureusement chacun croit avoir
I raison, il est assez difficile de les rapprocher, il y a lieu do croire cependant que Touvrage seroit plus aisé du côté fleM. de Belle-lsle. M. de Saxe est dans une grande liaison et intimité avec M. le maréchal de Noailles, qui l'appelle son fils*, cependant le passage du Rhin a été une » faute trop marquée pour que M. de Saxe ait pu trouver à le justifier.
' lime parolt qu'entre les lieutenants généraux, M. de Lutteaux s'est acquis une grande l'éputation et une estime générale.
Les nouvelles de Fribourg du 30 et du 31 disent que tout est prêt pour donner l'assaut. La brèche est très-large du côté delà ville, et on devoit jeter la contrescarpe dans le fossé; le grand feu des ennemis a un peu retardé et dérangé nos travaux. On doute toujours que le gouverneur veuille soutenir l'assaut, d'autant plus qu'il ne seroit pas possible que la garnison se retire dans les châteaux; les châteaux sont ruinés par nos bombes et ne peuvent pas contenir un quart des troupes qui sont dans la ville. Le siège de cette ville en 17f;i ne dura qu'un mois; on l'avoit attaquée par le côté de la rivière. Par l'attaque de cette année, il y a lieu de croire qu'elle au roi t été prise plus promptemeut, si le mauvais temps n'avoit pas gAté nos ouvrages et si nous avions eu des ingénieurs plus habiles. (In apprend par les lettres du 31 que M. de Nondrag'oa , qui étoil dans l'étal- major de l'armée, a été tué à la tranchée; cet officier est evlrômemeuL re-