WK-MOIRES !>L' DUC DE LUYNES
gretté; il étoit neveu de M. de Coulantes, contrôleur de la maison du Roi, et il avoitfail les deux dernières campagnes de Hongrie, sur lesquelles il a fait des raénioir<:s etdes plans instructifs et détaillés qui l'ont honneur à son iipjdicationet qui prouvent son talent pour la guerre.
La blessure de M. de Soubise va aussi bien qu'on puisse le désirer; i! a dû être transporté le 1*' de ce mois sur un lirancard pour aller de là au Nenf-Brisach et de là à Strasbourg; le Roi a été le voir deux fois. S. M. a déjà renvoyé la plus grande partie des officiers de sa bouche et plusieurs ofûciers des gardes du corps, gendarmes, cbevau-légers et mousquetaires. M. de la Rochefoucauld et M. de Bouillon doivent être partis le 31 pour venir attendre le Roi ici. Le départ de S. M. est toujours trèsincertain, parce qu'il dépend de la prise de la ville.
On fait de grands préparatifs aux Tuileries pour l'arrivée du Roi, S. M. y logera dans son grand appartement qui donne sur la cour; et l'appartement de la Reine est sur le double de celui du Roi et donne sur le jardin. Dans la galerie dépendante de l'apparîement du Roi on a tendu une tapisserie ancienne, mais fort belle, qui représente le mariage de Louis XIV, et dans la pièce du tr6ne on amis une tapisserie toute neuve et admirable, qui est l'histoire d^Esther.
Toute l'iirjnée de Flandre est séparée et les officiers généraux revenus, hors ceux employés sur la frontière. M. le maréchal de Saxe doit rester en Flandre jusqu'au mois de janvier prochain.
On paroit être dans quelque défiance sur le roi de Prusse; on ne peut cependant imaginer que les bruits qui s'en répandent soient fondés.
M™" la princesse de Grimberghen mourut la nuit du lundi 2 au mardi , à minuit et demi ; elle étoit dans sa soixante-quatrième année; elle est morte d'une hydropisie que les médecins appellent tympanique; elle aimoit extrêmement à manger et s'étoit livrée à son goût, mal-
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toutes les représentations qu'on avoit pu lui faire. Elle avoil été d'une figure agréable sans être ]>elle; elle s'appeloit M'"' de Montigny, elle avoit été chanoinesse avec deux de ses soeurs. M"' de Fulvy et M"* de Berghes. C'étoit le feu ékcteur de Bavière qui avoit fait le mariage de M'" de Montigny avec M. de Griuiberghen. Ce mariage est la principale source des grands biens de M. de Griinberghen, lequel a acheté la plus grande partie des biens de la maison de Berghes. M'"' de Grimlierghen a fait un testament et un codicille, l'un et l'autre fort courts, surtout le codicile, lequel est pour instituer son légataire universel M. de Grinilierghcn ; elle le t'ait exécuteur testamentaire de l'un et de l'autre de ces deux actes. Le testament est pour les domestiquesatlachés àsa personne; elle leur a laissé à tous des pensions convenables.
Lundi et nuirdi dernier, M"" la comtesse de Toulouse et M. le duc de Penthièvre, d'une pari, et M™* la duchesse de Modène, de l'autns allèrent A Versïiilles demander ;\ la Reine ragrémenl pour le mariage de M. le duc de Penthièvre avec M'" de Modène ; les deux familles en reçoivent lescomphinenls, cl il doit se faire incessamment.
Du vendredi li, Paris. — Le bruit s'est répandu aujourd'hui que M. le marquis de Mirepoix étoit nommé ch valier d'honneur de M'"" la Dauphine. et M'"'' de Mirepoix sa dame d'atours; ces deux grtïcesne pourroieut être accordées vraisemblablement qu'en y en joignant une troisième, qui est une grandesse, n'étant pas vraisem!>lahle que M"" de Mirepoix, qui a été assise étant M™*" de Lixin, vouliU habiter la coui" sans avoir un rang; la charge de dame d'atours n'en donne point. Il est vrai que la femme du chevalier d'honneur a une distinction aux audiences, qui est d'avoir un carreau ; niais cette distinction ne satisferoit sûrement point ni M. ni M""*" de Mirepoix. A l'égard de la graudesse, .M. de Mirepoix, qui vient de servir avec distinction sous les ordres de l'Infant, semble avoir *lroit d'espérer celle grâce, et i^e qui donne encore lieu
126 MÊMOIRKS DU DUC 1>K LUYIVES.
de le eroii'e, c'est qu'on avoit pari»', de lui pour la place de chevalier d'honneur, dèsles coiuraencemenls;qae Toq
jugeoit dc"^s loi's avec raison qu'il a tout ce qu'il faut pour remplir cette place mieux que peitionne., la grande naissance, la fig'ure agré!ii>le, le maintien, la politesse,, et que vraisiemblablement Ton a travaillé depuis ce tempslA t\ la cour d'Espat^ne pour obtenir cette ^randesse. Ce qui donne encore lien d'ajouter foi à celte uouvelle, c'est que l'on ne peut croire qu'étant aussi proche du départ pour aller sur les frontières d'Espagne , le chevalier d'honneur et la dame d'atours ue soient pas avertis, et il seroittrès-possilîle que M. et M"*^ de Mirepoix fussent avertis sans qu'on le sache ici.
On avoit parlé beaucoup de M. de Saint-Hérem pour chevalier d'honneur ; mais il est peu connu dans ce paysci ; c'est cependant un homme de grande condition : il est frère de M. révoque de Lang'res, cousin de M. de Montmorin, gouverneur de Fontainebleau; il a quitté le service, et a fait cette cara pagne-ci avec M. d'Argeuson, dont il est fort ami. Il a épousé une Collandre, nièce de M. d'Argenson.
On a nommé aussi pendant quelque temps M""' la comtesse de Bissy pour dame d'atours. Beaucoup de gens croyoient aussi que le Roi pouvoit avoir jeté les yeux sur M""- la duchesse de Braûcas , belle-mère de M"'^ de Lauraguais, et ceJa dans la supposition que l'intention du Roi seroit que la charge revint à M™^ de Lauraguais dans quelque temps d'ici.
Du samedi 1, Versailles. — J'ai toujours été absent d'ici depuis le jour de la Toussaint jusqu'à hier au soir. L'extrémité où étoit M™^ de Grimherghen et la douleur où étoit M. de Grimherghen m'ont fait rester à Paris; nous l'avons engagé mon fils etraoi de venirà l'hôtel de Luynes, où il est actuellement , et nous lui avons môme proposé d'y rester si cela luiconvenoit. Le Roi, la Reine, ni M. le Dauphin n'ont point envoyé chez M. de Grimberghen,
parce que l'usâge est pour les ambassadeurs de faire faire tous ces complimenis par l'inlroduoteur des ambassadeurSj et l'absence du Roi a empêché que M. do Sainctot n'ait reçu les ordres de S. M. Je viens de voir dans le moment un écuyer de Mesdames qui a été de leui* part faire des compliments à M. et à M'"" deClievreuse (t) et à M'" la princesse de Berghes (2) (grande d'Espagne). Cet écuyer n'avoit pas même d'ordre pour M. de Chevreuse, mais seulement pour iVI'"" de Chevreuse. Mesdames nesavoientpasque mou fils étoit arrivé; il ne leur a point encore fait sa révérence^ ni à la Reine, étant arrivé dans le temps de lu dernière extrémité de M'"* de Grimlierg-hen.
M"*^ de Grimberghen n'avoit rien ordonné, pour sa sépulture, dans son testament, ni dans son codicille; M. de Grimberghen sachant que son intention étoit d'être enterrée dans sa terre de Grimberghen près de Bruxelles, a voulu seulement qu'elle fût mise eu dépôt à Saint-Sulpice. Ce dépôt s'est fait sans grande cérémonie^ cent prêtres, des pauvres et beaucoup de domestiques avec des flambeaux. Le corps a été porté comme à l'ordinaire. Le chœur de l'église u' étoit point tendu, mais seulement la nef à demi-tenture , une couronne qui suivoit le cercueil portée par un des principajux officiers de la maison. Il y a voit deux carrosses de deuil à six chevaux qui sui voient le convoi. Pendant tout le temps decettemaladie, et même pendant renlewenien t, les préparati fs étoient faitsdevant la maison j>our rillumination générale pour l'arrivée du Roi, ce qui faisoit an contraste assez singulier.
Du dimanche 8, Versailles. — Pendant que j'ai été à Paris, la Reine a continué de souper avec des dames, tous les jours graS, dans le grand cabinet avant sa chambre,
(1) Mon fils avoît épousé en premières oocea la Ûlle unique de M. de Grim* berghcD. ( Note du (lue de Luipiea. )
(2) M"" de BerjiUes, qui «st .««œur Af. M'"" de Léon , aifoit épousé le frère de M""" deGrirlll^er^!^r<<ll. {Note du duc de. Lui/nes. )
128 MtMOlKES DU DUC Dt LIjYKES.
à l'ordinaire ; il y a même eu un jour où Mesdames y ont
soupe et M"' la duchesse de Modène, M""' de Tallard , les dames du palais de semaine et quelques autres dames. €e jour-là, l'huissier du cabinet de la Reine, qui croit savoir les usages parfaitement, s'avisa sans avoir aucun ordre de M"" de Liiynes, qui étoit à Paris, d^ôtcF tous les pliants, hors ceux de Mesdames et de M'"" de Mudène, et de l'aire mettre à la place des tabourels. M'"" la duchesse de Bouftlers, qui éloit de semaine, lui demanda si c^éloit par l'ordre de M™'' de Luynes; il lui répondit que non , mais que cela devoit être ainsi paice que cela se pratîquoit de même à iMarly, à la table du Roi et de la Reine. M'"" de Boufflerslui dit que puisqu'il n'avoitpoint d'ordres, elle le prioit que les pliants fussent remis. On rendit effectivement des pliants à M"*^ de Tallard, à M""= de Boufûers et môme à M'"*^ de Bouzols; les autres dames n'eurent que des tabourets.
Les dernières nouvelles d'Italie que nous avons ici sont du 24, datées de Démonte; la retraite a été faite un peu trop précipitamment , parce que les Espagnols l'ont exig^é aljsolumenl; cependant à la réserve de nos fours, qu'on a laissés subsister et de quelques munitions qu'on a été obligé d'abandonner, il n'y a eu aucune perte ; nous n'avons pas été suivis ni par l'armée du roi de Sardaigne, ni par la garnison de Coni ; il y a eu seidement quelques coups de fusil dans les montagnes entre les niiquelets et les barbets. M. le prince de Coiity a fait miner les fortifications de Démonte pour être en état de les faire sauter dès qu'il aura reçu l'ordre de la €oui'. L'on ne sait point encore si l'on prendra ce parti ou si l'on se déterminera à le conserver en y mettant des munitions pour six ou sept mois, en cas que l'hiver interrompît et coupât noire communication.
L'on n'eut point hier les nouvelles que l'on altendoit de Fribourtr; on ne les a reçues qu'aujourd'hui; elles sont du 3. On avnit attaqué en même temps les deux
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li-lunes et le bastion. U parolt par le bulletin que j'ai vu que l'on s'est logé dans les deux dcDii-lunes, mais
que le feu des ennemis a été si violent que l'on n'a pu
faire le loi
^ :mentsui"la lïi'èchedubasliou. Uo nesaitpoint encore le détail de ce que nous avons perdu ; les uns disent 6 ou 700 hommes, les autres disent 1,4^00. Il est temps que ce siège finisse : il nous coûte cher; il arrête les opéiations que l'on se propose de faire du côté de MayencCj et le Roi en est aussi ennuyé que toute son armée. J'ai déjà nifirqué qu'il avoit renvoyé ici presque toute sa maison ; MM. de Bouillon, de Meuse et de la Ftochefoucauld arrivèrent à Parin il y a plusieurs jours j le Roi a renvoyé aussi M. de Hubempré, maréchal de camp et premier écuyer de M'"" la Dauphine, rjui doit aller audevant d'elle sur la frontière d'Espagne. M""" de Cbî'itillon, qui doit partir le 25, suivant l'arrangement l'ait par le Roi il y a déjà quelque temps, ne sait encore qui est la dame d'atours ni le chevalier d'honneur, ni combien de dames de M""' la Dainihine doivent aller au voyage, ni le nombre de fenmies de chambre que l'on compte mener. Je dois avoir marqué que M. le Dauphin et .M"" la Dauphinc logeront dans la galerie des Princes; ils l'oceuperonl presque tout entière, à la réserve du logement de M. et de M'" de CluVtillon ; Mesdames iront loger dans l'appartement de M. le Dauphin ; on donne h M""" de Tallard celui qu'a eu ci-devant M™* la maréchale de Villars et qu'a eu depuis M, de Charolois et en dernier lieu M. de Bouillon. D'abord Tapparteraent de M'"'- la Dauphine devoitélre du cûté de l'escalier, et en conséquence dans la pièce qui est au milieu de la galerie et dans laquelle élûient beaucoup de colonnes de pierre. €orame l'on vouloit y faire un cabinet pour M. le Dauphin , on avoit entouré de menuiserie lesdites colonnes, ce qui l'aisoit un fort mauvais effet et rendoit l'ouverture des croisées plus étroite. M. le Dauphin y fut à son retour de Idetz, et fut choqué de cet arrangement; en conséquence
WKMOiRES nu niu: df. luynes.
il a été résolu de mettre rappaHenienl d« M*' la Dauphino de ce côté-là î et pour lui faire un grand cabinet d'assemblée, il a fallu ôtcr presque toutes les colonnes; on en a laissé seulement (|uel(jues-unes sur le double de cette pièce où l'on fait un petit cabinet particulier pour M"* la Dauphine qui donne sur la galerie.
M. Tabbé de Pomponne m\i dit ce matin que M. de Villeneuve étoit nommé. secrétaire d'État pour les affaires étrangères; il a été longtemps notre ambassadeur à in Porte.
/>u lundi 9, Versailles. — M, de Picquigny est arrivé cèi soir avec la nouvelle (juc Fribourg a capiliiié le G, à septj heures, du soir.
Le Roi a t'ait une promotion dans ses armées; M. le] chevalier Courteu a été fait lieutenant général (1); il esl de celle de M. le prince de Conty ; il est fort ami de M. dft|| Belle-Isle, et a toujours servi avec distinction.
On a appris aujourd'hui que M. de la Fare est nomméj chevalier d'honneur de M'"'^ la Daupjiine; on ne sait encore rien sur le choix de la dame d'atours.
Du mardi 10, Paris. — Hier M. de Picquigny arriva hi Versailles, à six heures du soir, avec la nouvelle delà capitulation de la ville de Fribourg; il étoit parti du quat tierdu Hoi le vendredi G, à six heures du soir. Le jeudi 5,1 les assiégés avoient rappelé j d»^s le matin. M, Damnis, gouverneur de la place^^ avoit envoyé dès le matin un major à M. le maréchal de Coigny pour lui demander la permis.sion de dépêcher un courrier A la reine do Hongrie ; on peut juger que celle proposition fut refusée. M. de Coigny répondit qu'ils n'avoient que faire de rappeler pour pareille proposition, qu'on ne diseoiitinueroit pas de tirer; M. de Coigny envoya M. de Monconseil, maréchal de camp, avec le major, jusqu'aux portes de la
(1) iJesl vraîsemblubte tiu'ii eul une aulce tîrikejel je crois que c'est le corJon louge. (yole du (htc de Lutjnea, ilaWp ilii 24 octolirc f7i'i )
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\Ule. M, «le Moneonseil ayant. ïrouvé en clieniin un capitaine d'infantcirie de nos troupes qui a des parents dans la ville, le mena avec lui. Le gouverneur les fit entrer l'un et l'autre, et eut une longue conférence avec eux; persuadé enlin par les raisonnements de M, de Monconseil, il se détermina à arborer le drapeau blanc; il étoit alors sept heures du soir, et comme il ne faisoit pas clair il fallut metlre deus falots sur la brèche pour éclairer le drapeau blanc. Le major fnt renvoyé au quartier général avec M. de Monconseil, et y coucha, et le capitaine d'iulanterie de nos troupes resta dans la ville avec ses parents, ce qui lit une ospèee d'otages. Ce major, la première fois qu'il étoit venu, avoit apporté une lettre du curé de Fribourg et une autre de la noblesse pour représenter l'état où ils étoienl et celui où ils se trouveroient si la ville étoit prise d'assaut, mais ces lettres n'avoienl eu aucun elïel. Le lendemain vendredi, M, Damnis vint luiraôme au quartier du Hoi, et dit ù S. M. qu'il n'apportoif aucune capitulation, qu'il venoit recevoir celle qu'il plairoil à S. M. de lui accorder. Le Hoi lui dit qu'il alloitlui rendre réponse, et entra aussitôt dans son cabinet avec M. d'Argenson et les quatre maréchaux de France. Au sortir du cabinet, le Hoi dit à M. DamnisqueMM. les maréchaux lui diroient ses intentions; M. Daninis iinniëdiatement après entra dans la chambre du duc de Villeroy avec les quatre maréchaux de France et M. d'Argenson ; cette chambre se trouvoit la plus proche; ce fut laque lu capitulation tut dressée.
Pendant celle conférence, le Roi dit à M. de Picquiguy qu'il alloit lui donner ses dépêches. Effectivement après la capit ulation dressée. S, M . lui remit cinq lettres, don t une petite pour M. Iccomtedc Maurepas(l), une pour la Reine, une pour M. le Dauphiti, une pour Madame et une pour
(l) întilulée : Au comte ilc Mnoroirai. {Note du diticik Iwjnes.)
I8Î MLMOIKKS l>L) DUC J>E LUYNI-'.S.
AI""" Adélaïde. La Ktiscriplion de ces trois dernières lettres étoit: à mon Jils^ i\ ma lille, à ma fille Adélaïde. C'est de M. de Picquigny même que je sais tout ce délaiL
Par celle capitulation, la ville est remise entre les mains du Roi; la garnison de la ville^ qui étoit encore d'environ i^j500 horaraes, se retire dans les châteaux; tous ceux qui ne pourront pas y étretransporlésseiont faits prisonniers de guerre ; toute l'artillerie de la ville qui ne peut être transportée dans les châteaux demeurera au Roi, et c'est un objet considérable. Les châteaux seront bloqués et l'on continuera de les bloquer, de même que les assiégés pourront travailler à les réparer eUÏ se mettre en état de défense ; suspension d'armes pour quinze jours, afin qu'ils puissent envoyer h la reine de Hongrie et en avoir la réponse, M. dePiequigny m'a dit que M. Danmis étoit âgé de soixante-dix ans, mais qu'il n'en parolt pas plus de cinquante. On estimoit que les cbâteanx étant fort petits et assez endommagi-s par notre artillerie ne pouvoient guère contenir que 1,500 hommes. Dans la lettre du Kui à la Reine , après lui avoir mandé la prise de la ville, il lui mande de se rendre le vendredi 13 A Paris, qu'il compte y arriver le même jour; que s'il y avoit quclqut' changement il lui enverroit uncourrier. II lui marque aus.si qu'il a nommé chevalier d'honneur de M""" la Dauphine M. le marquis de la Fare.
Le lundi i> M. le maréchal de Chaulnes mourut à Paris : ^1 étoit né le 31 décembre 1676 ; il avoit eu une très-bonne santé, excepté des hémorrhoïdes , pour lesquelles il avoit essuyé nne opération très-considérable il y a plusieurs années. Il mangeoit beaucoup et avec avidité; après avoir été tourmenté depuis cinq ou six ans de rhunaatisau' gou lieux, il lui étoit survenu une rétention d'urine, pour laquelle on l'avoit sondé et ensuite l'ail l'opération qu'on appelle la boutonnière, qui l'avoit mis dans un état presque continuel de doulem^s; il ne pouvoit plus sortit" de son fauteuil qu njôme de son lit, et tous les médecins
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'et chirurgiens avoietit prononcé que son mal étoit incurable. Il avoil trouvé un empirique qui lui avott promis de le guérir, et il prenoit de ses remèdes; il avoil discontinué les pnrgations fréquentes qu'on lui avoit conseillées pour pï'ïilonger ses jours, et comme il mangeoil toujours plus qu'il ne convenoilàson état, il s'étoit formé dans son estomac un amas considérable de mauvaise digestion qui a été cause de sa mort. Il avoit fait ses dévolions le dimanche, comme il avoit coutume de faire souvent, ayant beaucoup de piété. Ce même jour, sur le soir,- il eut un crachoment de tlegmes épais qui fut suivi d'un vomissement sans effort, mais presque continuel. Cet accident dura toute la nuit; le lendemain il y eut \\n peu de mieux, mais ce ne fut que pour quelques moments; le vomissement revint avec plus d'abondance, et il mourutce inr^mc jour lundi, à trois heures après rnidi. Quoiqu'il se fût confessé le samedi, il se réconcilia encore le lundi matin, et son confesseur l'assista à la mort. M'"'^la maréchale de Chaulnes ne le quitta point.
Du vemiredi 13 , \'ersaiUe&. — Mardi dernier 10 de ce mois, j'appris t\ Paris re.\il de M. le duc de Châtillon, Ce même jour, entre huit et neuf heui-es du matin, M de la Luzerne, chef de brigade des gardes du corps , ayant reçu l'ordre du Roi, envoyé par M. de Maurepas, se rendità Versailles, chez M. de Chàlillon, et lui remit une lettre de cachet, datée du 17 d'octobre, par laquelle; le Roi lui ordonne de se rendre dans ses terres et d'y rester jusqu'à nouvel ordre. M. de la Luzerne, qui est extrêmement ami de M, de Chi\lilIon, étoil [dus mort que vif lorsqu'il entra dans sa chambre j il pensa s'y trouver mal, et n'avoit pas la force de lui signifier cet ordre. M. de Chfttillon, qui a Ijeaucoup de religion, le reçut avec fermeté et une soumission chrétienne; il demanda s'il ne pouvoit pas voir la Reine et M. le Dauphin ; M. de la Luzerne lui répondit qu'il avoit ordre exprès de ne pas lui donner cette permission et de rester avec lui jusqu'à ce qu'il montât en
Mf:!MOIRES DV DUC DK I.UYN^.ST
Ctirrosse. M. de ChAtillon entra sur-Ie-chanip chez M"* de ChfVlillon, qui n'<;loil point éveillée; la lettre de cachet ne pai'loit point d'elle, mais un ordre particulier portoit .(pi'elle suivit M. de (lliîltillnn dans ses terres (1). M"'" de (]hft1illon crut dnna lo premier moment qnec'étoit la mort de son (ils rpi'on vonoit lui annoncer. M. de Chàtillon lui dit de quoi il étoit question et qu'elle se levât pronipteinent : cl aussitôt que leur carrosse fut venu, ils partirent pour l^nris. M. de Maurepa? vint chez eux le lendemain, et leur dit que l'intention du Roi étoit qu'ils fussent partis avant son arrivée; ils partirent en effet hier jeudi au soir pour leurs terres, qui sont en Poitou. Il est vraisemblable que la lettre de cachet pour M. de ChAtillon étant du 17 octobre étoit entre les mains de M, de Maurepas il y avoit déjà <]U<'.lqiie temps (2) ; car celhî qu'apporta M. de Picquigny A M. de Maurepas, dont j'ai déjà parlé j n'étoit qu'une petite lettre, à ce que m'a dit M. de Picquigny, qui ne contenoit apparemment que l'ordre de faire usage de la lettre de cachet. Le Roi écrivoit en même temps à chacun des sous-gfouverneurs pour leiir ordonner de ne rendre compte qu'à lui de l'éducation de M. le Dauphin. Ce qui est singulier par rapport à la date de la lettre de cachet ^3), c'est ejuc le Roi avoit envoyé Tordre à 31"" de Chàtillon de se tenir prête à partir le 25 Dovenahre ( c'est
(!) Je ne suis pas sAr de c«t ordre partictilkT, mais M™b de Cliâtillon, qui aiiiio Lir'aMCuiiji son mari, ri'avoit pas besoin d'ordre pour le suivre. (yû(e du duc (le Lutjnes.)
(?) J'ai su ilf|uiis ijue le Rui avoit confié il y avoit longtemps à M. de >laiiropas sa rt^^olulioTi pnr rapport à M. iJr CliAtilloii. (Noie du duc de Liiyiies.)
(3) J'iii apj*r«iri«u1i dpptiis cnlte circonstance; l'ordre n'rliiit poiut personnel pour M"" do Chîlli] Ion; ilt'ioit poui la maison de M""= la Uaupliine en général. M. de Mai)rq:îis inslroit, coiunie ji; viens de le dire, de Ja volonté du Uni, rercToit rantlntielli'nii'nl df!îletli'es de M™"^ de t'Iifllillon qui lui deman- 'loil d«s onirfls [)Qgr la maison de M"»"" la Daupliine; il éloil li^rl embarrassé Itonr y répotiflie, cl l'iHiioil tant qu'il ponvult. Cependant pour que l'on n« p(U avoir atienn soupçon, lorsque M. de CliAtillon ('crivoJt au Roi pendant le siège de Friboiirg, le Roi lui faisoit rëponsti comme à l'ordinaire. J'ai entendu
KOVEiVIBUK 1741.
d'elle-même que je lésais) pour ulU'x au-devant de M""" la l)aupliine, et que cet ordre <Hoit daté du IG octobre. Tout le monde juge que la ppemiùre cause de cette disgrâce est le voyage de M. le Dauphin à Metz. M, de ChàtilloD, fondé sur un raisonnement trop commun pour en faire usage en pareil cas^ avoit résolu dès Versaille.s de mener M. le Dauphin droit ù. Metz., disant qu'un fils ne peut jamais t":tre hli^mé de marquer de rcmpressement pour vùiii' son père. On sait, et je l'ai déjà marqué j que l'ordre du Roi portoit que M, le Dauphin s'avançât seulement jusqu'à Cliidons. La résolution de M. de ChMillon ne fut nullement approuvée par les gens sensés à qui il en parla; mais, comme il ne demandoit jamais conseil et qu'il disoit ceci comme un parti priSj on se contenta alors de lui dire que cela pourroit être désapprouvé et que l'on ne voudroit pas prendre sur soi pareille démarche. Ilest encore très-certain qu'en chemin, deCliîVlons à Metz (je ne puis douter de ce l'ait), il rerut une lettre rie SI. d'Arg-ensûu avec.un bulletin de la santé duHot; illitt l'une et l'autre, donna le bulletin à lire et ne montra la lettre à personne (1). J'ai marqué ce qui se passa à Meta, où Ton l'ut obligé de jouer la comédie pour que le Roi ignorât l'arrivée de M. le Dauphin, et la circonstance effrayante d'une fièvre passagère la veille du jour qu'il vil le Roi. Je dois avoir uiarqué aussi que deux ou trois jours après M. de Cliàtillon, ayant su que le Koi étoit inform<! de ce qui s'étoit passé, avoua sa faute au Roi et lui en demanda paitlon ; le Roi parut alors fort mécontent, et ne répondit rien ù M. de Châtillou. On prétend qu'outre ces faits il
IV|uii' ilti Cliilillun sti ]ilii[>uli'« plusieurs toh de ce qu^élIc ne paiivoit iece- ■voinlediiL-isîiin, i[uiiiijii'r!lle eût écrit souvent cl |iarlt' h M.duMaurepas. {;\ote du duc de Liiijnes.)
(\) Il e.st i-onslanl que M. d'Argenson envoya île Met?, im nrrtrL» à M. «le Cltâliliun signé : Z,urdv, iiorliint <|iu! M. le Uniipliin rcj^lAI à Clii'ilons uu it A'erdun, je ne sais pas |iréciséiiienllc<|utldes deux. {Nottdiiditcdcf.ugncs.)
tsfl mïTmoirks du duc de luynes.
y a eu des discours tenus par M. le Dîuipbin sur M'"* de Chàteauroiix qui ont déplu au Roi. Ce quf Ion peut dire, c'est que quelque considérable que soit la faute de M. de Cbàtillou, la punition pnrolt bien forte, principalement à cause du moment de la fin de l'éducation. A l'égard de M™*" de ChAtillon, il est constant que le Roi ne l'avoit placée qu'i regret auprès de M"' la Daupbine; non qu'il n'esliniiU sasag:05sc et sa vertu, mais croyant apparemment qu'il falloit plus de talents pour pareilles places. On trouvera dans ces mémoires la preuve de ce que je marque. Quant c\ l'intervalle qu'il y a eu entre la date de la lettre de cachet et Texécution, il y a lieu de comprendre que le Roi a vonlu retarder jusqu'au moment de son arrivée, pour être à portée de suivre lui-môme l'éducation de M. le Dauphin.
M. le maréchal de Belle-isle ne revient point ici avec le Roi ; il va î\ Strasbourg, et il devoit même à tout événement partir le 6 du camp "devant Frîbourg; il est chargé d'une commission particulière du Roi auprès de l'Empereur, qui est à la tôtc de son armée en Bavière; après y avoir demeuré environ un mois il doit aller trouver le roi de Prusse , aussi par ordre du Roi, et ne compte être de retour à Paris qu'à la fin de janvier.
Avant-hier, j'appris que M. de Balleroy, ci-devant gouverneur de M. le duc de Chartres, avoit reçu une lettre de cachet portant ordre de se rendre dans ses terres. M. de Balleroy avoit toute la confiance de M. le duc d'Orléans pour l'éducation de M. le duc de Chartres et le crédit le plus grand sur l'esprit de son pupille. M"" la princesse deConty occupée depuis longtemps du désir de faire le mariage de sa lîlle .s'est servi de M. de Balleroy pour y parvenir ; mais depuis le moment du mariage, on a vu chaque jour diminuer le crédit de M. de Balleroy, et les choses étoient parvenues au point que M. et M"" de Chartres^ dont la passion réciproque se soutient avec la même vivacité, nepouvoientplu«souffrir M. de Balleroy;
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mais ioLifes ces misons particulières ne peuvent pas èlve la cause de la lettre de cachet. M. de Ballcroy par sa femme est beau-frère de M. de Matignon. Les Matignon et les Fitz-Janu's sont extrèriiement liés par une ancienne amitié et par le m;u'iuee de M, de Fitz-James. On a prétendu dans le public que le discours tenu par M. de Soissons sur M"'" de Chàleauroux, lorsque le Roi reçut l'tlxtrôme-Onctionj lequel a été désapprouvé par plusieurs personnes, êtoit reg;ardé comme l'effet des conseils do M. deBalieroy. On prétend aussi que M. de Balleroy avoit leuu depuis des discours hasardés sur M""* de CliAteaurou-v. On continue de dire dans le public que ce sera M""' d'Antin qui sera dame d'atours; il est certain que le Roi l'a nommée;. 11 l'avoit mandé A, la Reine dans la lettre qu'il lui écrivit sur la prise de Fribourg, en même temps qu'il lui manda M. de la Fare , et il avoit déclaré publiquement cette grft.ce à son quartier devant Fribourg. On dit en mftme temps que M"'* d'Antin a refusé , et depuis la disgrâce de W de Chàtillon on la nommu pour dame d'honneur. Pour elle, il est certain ou qu'elle garde un secret impénétrable, ou que la nouvelle est fausse, car j'ai vu une de ses lettres, où elle mande que les bruits qui se sont répandus par rapport ;l elle n'ont aucun fondement. On nomme aussi dans le public M"*' de Rubempré pour dame d'atours; ce qui est certain, c'est que M""-" de Tessé , l'une des dames de M"" la Dauphine nommées pour le voyage , ayant fait prier le Roi de l'en dispenser à cause de sa mauvaise santé , et toutes les autres dames étant hors d'état par la même raison d'entreprendre le voyage, excepté les trois (1 qui doivent aller avec M""'" de Tessé, le Roi fit dire à M. de Rubempré qu'il désiroit que ce fût M™* de Rubeiupré qui allât en quatrième et qu'il lui tiendroit compte de ce voyage.
( 1 ) .M"" de Cauniont, du Rouie et de Pons. ( yoie du duc de Lmjnes. )
U8 MtMOIRUS DU DlC DK LUYi>ES.
Avant-hier oq ouvrit M. le marédiai de Chaulaes; on trouva son estomac dilaté par la quantité de nourriture qu'il y avoit mise ; il étoit encore très-rempli, malgré le vomissement ; d'ailleurs tontes les parties nobles extrêmement saines. Il avoit troispierres encadrées dans la vessie; c'est le terme de l'art; on ne s'en étoit jamais aperçu en le sondant, mais cela n'auroit point été la cau&e de sa mort. (1 avoit fait son testament il y a deux ans , mois seulement pour ses domestiques ; il fait M"*^ la maréchale de Chaulnes son exécutrice testamentaire. Hier là, son corps fui porté à Saint-Sé vérin, sa paroisse, et enterré à Saint-SulpicC; dans la chapelle de notre maison. MM. les maréchaux de France ne se trouvèrent point à cet enterrement. On peut voir ci-dessus les difûcultés qu'ils firent à celui de M. le maréchal d'Estrées. voulant marcher les premiers comme faisant corps. Comme cette prétention n'eut jias le succès qu'ils désiroient, U. le maréchal de Biron , qui est actuellement doyen, a miens aimé ne s'y pas trouver. Il envoya seulei^ent un officier de la connétablie prendre les ordres de M. de Picquigny par rapport à la cérémonie, et la connétablie accompagna le corps avec les cérémonies et suivant l'usage ordinaire. U n'y eut de maréchaux de France que H. le maréchal de Duras, mais qui s'y trouva comme cousin germain. On n'avoit point envoyé de billets imprimés, mais seulement des biUels à la main aux parents les plus proches. Nous nous y trouvâmes sept ou huit, tous en manteaux, excepté M. deTorcy, qui n'avoitpoint demanteau ;maisJl ne suivit pas le corps, à cause de son âge; il vint seulement à la maison de M. de Chaulnes. U n'y avoit que trois pièces de tendues dans la maison et seulement quelques armoiries devant la porte d'entrée du vestibule, beaucoup de prêtres et de flaml>eaux. Le corps fut porté d'aboiil î\ Saint-Sé vérin, qui est la paroisse. L'église étoit tendue au-dessous de la corniche. Le corps fut dé[x>sé sur un catafalque: et après les prières ordinaires il fut mis dans un carrosse à six
WVEMRRE 1714.
clievanx caparaçonnés, et fut conduit •^ Sirmi-Stilpicc. Il y L un second carrosse X deux chevaux caparaçonm'is, pour le ouré de Saint-Séverin , un autre prêtre et les crieurs, et un troisième carrosse drapé i\ six chevaux. Jj'ég-hse de Saint-Sulpice étoit A demie tenture. Le corps
»lut rais sur une estrade sans catafalque pendant que l'on fuisoit les prières ordinaires, M. le curé de Saint-Séveriu fit nn discours eu présentant le corps à M. le curé de Sainl-Sulpice. Ce discours étoit assez beau, même toukhantj mais trop long et trop diffus. Il n'y eut que M. de Piequigny, M, de Sasscnage et moi qui accompagnâmes le corps à Saint-Sulpice; les auti'es parents s'en allèrent; la connétablie suivit toujours.
Hier 12 au matin, M. le cardinal de Gesvres mourut Igé de quatre-vingt-huit ans. Il y avoit plusieurs années [u'il menoit une vie fort singulière ; il ne voyoit personne que sa famille et quelques intimes amis etn'étoit occupé ■■que du soin de sa santé. Il conservoit avec grand soin tout Ble cérémonial romain : dfjs pages, des gentilshommes, des eetafiers; mais toutes ces sortes de domestiques d'apparat n'éloient point demeurant chez lui ; ils y venoient seulement quelques heures dans la journée. Il est mort tout d^un coup, sans être malade; ainslTon peut dire plutôt qu'il a cessé de vivre.
Il avoit une grande quantité de meuhles, de vaisselle d'argent et d'argent couqiiant; on a trouvé dans un coffre 93,000 livres, dans un autre 200,000 livres, dans un troisième de For et de l'argent en Irès-gTandc (luantité et que l'on n'a pas eu le. temps de compter, dans des tiroirs grand nombre de rouleaux d'or; maison ne trou- |»oit point de testament; il étoit cependant nécessaire du Savoir ses intentions sur son enterrement. Enfin, l'on ajîerçut une vieille cassette qui paroiss(»il être au rehut; ■>n l'ouvrit, et l'on y trouva grand nombre de papiers. T«)ut 00 qui se présenta d'abord n'étoitque des projet.s de .testament, ce qui étoit expliqué par un petit billet à lu
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suite desdits papiers; ensuite quatre testaments olographes en bonne forme, le premier de 1714, le dernier de 1736. Il déclare de la manière la plus précise que celui-ci
est sa dernière volonté, et rappelle les trois précédents pour qu'on n'y ait point d'égard; il déclare qu'il veut être enterré à sa paroisse, sans cérémonie; il donne sa vaisselle d'argent îY M. le comte deTresmes : on l'estime un objet de 120,000 li\Tes; sa vaisselle de vermeil à M"" la comtesse de Tresmes : on croit qu'elle peut monter à 18 ou 20,000 livres ; le vermeil de sa chapelle, qui est moins que rien, à M. l'év^ique de Bcauvais, son neveu. et deux de ses rochets à choisir. Il fait des legs particuliers à M. le duc de Tresmes et à M"* de Gesvres, qui n'étoient pas encore morts: mais il déclare que s'il y a quelquesuns de ces legs qui soient caducs par le décès de ceux à qui il les fait, il prétend que lesdits legs aillent à Taccroisseinent du legs universel qu'il va faire. Il donne seulement quelques meubles de peu de conséquence à M. le duc de Gesvres, et déclare avant toute chose qu'il veut et entend que les sommes nécessaires pour les réparations de ses abbayes soient prises avant tout sur sa succession. J'ûubliois aussi de marquer qu'il donne sa bibliothèque à l'ordre de Saint-Benoit, pour être déposée à l'abbaye Saint-Germain des ï'rés^ et ce enreconnoissance des revenus considérables d'abbayes de cet ordre dont il jouit depuis longtemps. H nniripu^ que son intention est que cette bibliothèque soit ouverte deux fois la semaine au pul>lic; on croit qu'elle peut valoir 250,000 livres ou 100,000 écuH. 11 donne à M. le marquis de Torcy, son ancien ami, ce sont ses expressions , son beau cabinet de tableaux, dont il dit quele plus moderne est duCarrache ; enlin, il fait son légataire universel le grand séminaire de Bourges (dont il avoit été archevêque pendant longtemps), mais il déclare en même temps que c'est conformément A. la donation qu'il a faite t\ ce môme séminaire en i72V. La même personne qui m'a fait tout ce
détail , après avoir lu le lestament et avoir assisté à Vïn- I ventaire, m'a dit qu'elle savoit le contenu de la donation ^pde 1724. M. le cardinal de Gesvres donne par cet acte une I somme considéral>le au séminaire de Bourges pour y établir et fonder un certain nombre de places^, et déclare que si ladite somme est plus que sufQsanle pour remplir l'objet de cette fondation, le surplus sera au profit Éde l'hôpital de Bourges. Cette clause peut donner autant et plus de droit audit hôpital sur le legs dudit testament qu'au grand séminaire. Il fait ses exécuteurs teslamen-
■ tairas M. l'abbé Couturier, supérieur des séminaires de Saint-Sulpice , et M. le premier président, à cause, dit-' il, de l'ancienne liaison qui est entre leurs familles; ce qui désigne clairement M. le Pellelierj alors premier président: il leur laisse à chacun une tenture de tapisserie ; celle de M. le Pelletier est la plus considérable, ^p Du samedi 14, Paris. — Hier la Reine vint dîner de "Versailles aux Tuileries ; elle passa par la rue Saint-Ho- Doré, et arriva à midi et demi. M. le Dauphin et Mesdames ne partirent de Versailles qu'après leur dîner. L'appartement du Roi aux Tuileries est fort grand et fort beau ; ■il est terminé par une galerie plus étroite, moins ornée €l moins longue que celle de Versailles : c'est la seule pièce où se puisse tenir la Cour; tout cet appartement donne sur le Carrousel. Celai delà Heine est sur le double, et par conséquent sur le jardin; mais il est beaucoup moins grand. Le cabinet qui est avant la chambre et la chambre n'ont chacun (qu'une croisée, et la chambre est ^ÂQvi petite. Lu Reine dîna dans le cabinet qui est devant ^■a chambre, et M"" de Lu y nés l'y 'a servi. L'on observe ^Bour cette pièce le même usage que pour la chambre de ^ïa Reine è, Versailles; tout le monde y entra hier pendant le dîner, ce qui se pratiquera de même tous les jours; et ^■orsquela Reine y souperaseale, il n'y aura que les entrées t]ui pourront lui faire leur cour. Il yavoit un monde pro- |X]igieu.v à l'uiTivée delà Reine^ peu de dames, mais
mP.moires du duc de luynfs.
presque tous les hotimies connus; les ministres étrangers y iMoic^iit ;iu.ssi. M. le coDlrAleui* g(^néral n'a poitit été à la (Chapelle, qui est une maison à lui où le Hoi a couché, à quatre lieues tic Nuyent-sur-Seine ; il éloit aux Tuileries. La Reine avoit donné l'Iieure pour les daines à cinq heures. A cinq heures un quart, elle entra dans la galerie qui nV'Iott pas encore oclairée, ni les tailles de jeux achevées d'élidjlir; il se trouva dans la galerie un trèsgrand nombre de dames. À six heures, la Reine commença A jouer à cavagnole, J'ouhliois de marquer qu'il ne vint de princesses de Versailles avec la Reine que Mademoiselle et M"' de la Roche-sur-\on. M™" la princesse de Conly et M""* la duchesse de Chartres étoient arrivées depuis quelques jours; mais elles n'avoient pas encore paru, el elles ne firent leurs révérences qu'hier, aux Tuilerie.^, La Reine savoil leur arrivée, el fit sémillant do l'ignorer. Elles ont été toutes deux de Melz à Strasbourg longtemps avant le Roi, et ont été de là i\ Fribourg, où elles ont resté pendant presque tout le siège, d'où elles ne sont revenues qiiequelques.jours avant le Roi. On mit une table de cavagnole pour Mesdames dans la galerie; mais elles n'y joU(>rent point. Il y avoit beaucoup de bruit et une grande foule. La Reine quitta le jeu dés qu'elle sut que le Roi étoit prêt d'arriver. Use passa cependant encore un bon quart d'heure. Le Roi arriva un peu avant sept heures; il avoit couché le lundi 9 clicis M, de la Ravoye, lluiiingue, qui y commande; le mai"di iO à Vesoul, cbe;^' M. le duc de Randan, qui conHunnde dans la Franche — Comté; le lendemain, mercredi, 11, il vit avant que dtj^^ partir dc.s bataillons de cette province, et il alla coucheE"' à Chaumont en Bassigny. Le jeudi 12 il alla coucher i^ la Chapelle, chez M. le contrôleur général ; il avoit mandt3 tpi'ilseroit à six heures à Paris; mais comme il ne vo« — loit arriver qu'à la nuit, à cause des illuminations, il fi^ aller ses voitures au pas quelque temps avant Chnrenton , et arriva à sept heures un quart. La Reine s'avança uveo