‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 70 sur 94 · MÉMOIRES DU DUC DE LUYKES · texte numérisé non relu

MÉMOIRES DU DUC DE LUYKES

Le Roi a nommé pour remplir cetévôché M. l'abbé d'Arches; pour celui de Saint-Pol de Léon, M. l'abbéde Goyon de Vaudurant; pour celui de Bayonne, M, l'abbé de Tinseau, grand vicaire de Besançon.

Tai appris aujourd'hui que M. le duc de Cbàtillon a eu permission de revenir à six lieues de Paris (1). Sa santé est mauvaise, et demande qu'il soit à portée des secours. On croit qu'il viendra à Leuville ; M""* de Leuville est de srs parentes et de ses amies. On ig'nore encore ce qui a déterminé le Roi à accorder cette grâce. Binet, premier valet de chambre de M. le Dauphin, est toujoui'S demeuré ami de M. de Châtillon. Les discours que Ton tient sur M"' d'Étiolés, parente de Binet et son amie, pourroienl faire juger que Binet auroit un crédit assez considérable; il prétend que ces discours sont bien injustes. Il dîsoii il y a environ un mois à M°' de Luynes que les calomnies répandues contre M'"" d'Étiolés étoient affreuses et qu'elles n'avoient pas le plus léger fondement; il ajouta pour preuve que M""* d'Étiolés, qui n'étoit venue ici que pour solliciler une place de fermier

(I] J'ai applique celle permifisionaToit.été demandée au Roi par M. ré> venue de MirC|joix, lequel en avolt parlé d'abord à MM. de Matircpas el d'Argenson. Ces ministres prièrenl M- de Mirepoix tVnt pailer hii-mêine su Roi. En conséqticnw, M. de Mirepoix représenta mi Rih, dans un tiavail, que M. de Cliâtillon étant très-incumrnodé depuis qu'il e^t dans s«s terres, el a\ant besoin du secours des raédGcins, il sup[ili(iil S. M. de voubir bien lui permettre de revenir. Le Roi le permit, etrliargeaM. ite Mirepoix dVcrireà M. de CItâlillim. M. du Mirejjuix demanda une seconde t'ois i^ordre du Rui, aprèj^ le travuil , sur celte affaire. Ce fiil M. de Mirepuix qui propo->a an Itui te tieu de Leikvilh', sur ce qu'il parut à M. île Mirepoix ptu^s i'4invena)de |H»nr M. de CliMillon, qui éloil parent el ami de leu M. de I^'uvillc , el c<*I1e terra i.p|iarlenant aujourd'hui à M'"<^ de Leuville et à M'"*^ lie Poyanne sa tille. M. de Mirepuix c-crivil le même juur ; mais a\aiil lait atU-ntiim ijue iM. de Cliâtillon éloil dans ses terre» par lettr&i de cacliel, il ralloil un ordre du rainislre pour revenir, M. de Mirepoix en parla à M. de Mau repas, qui iepria d^ea re[)arler au Roi pour qu'il lui donnai ses <iriJri-!<. En euii»6|UKUC(>, M. de Mirepoi<ien parla au Roi dans le Iravail du la ^^luaiutt ï^tdvante ; elM. de Maiirepas aj^anl pris l'ordre de S. M. écrivit à M. de l'hâtillon. (Noie du duc de £uynes, datée du 1*'' mai.)

général elqui l'a obtenue;, ne reparoltroitpîus à la Cour. Il est cependant très-ceriain qu'elle a reparu depuis^ au ballel et à la comédie. J'ai di\ marquer ci-dessus une conversation de M. l'évoque de Mirepoix avec Binet. Elle fait grand bruit dans Paris depuis longtemps, et on a publié que M. de Mirepoix avoit envoyé chercher Binet et lavoit menacé de le faire chasser de chez M. le Dauphin. M. de Mirepoix nie l'un et l'autre de ces faits; mais il convient, et me l'a dit, que Binet l'étant venu trouver pour lui conter son affliction de ce que Ton disoit contre lui, il lui a parlé assez fortement sur les dangers auxquels il s^exposeroit s^il y avoit le moindre fondement aux bruits auxquels il ne vouloit point ajouter foi. 11 est presque certain que Von a cherché à détruire M. de Mirepoix; dans Tesprit du Roi ; on l'a d'abord attaqué sur les sentiments de religion qu'il a inspirés à M. le Dauphin, que l'on traitoit de bigoterie et de cagoterie. Ces discours n'ayant pas paru faire impression sur le Roi, on a voulu lui inspirer que M. de Mirepoix cherchoit à. éloigner de lui M. le Dauphin, et que c'étoit par cette raison que M"' la Dauphine paroissoit aussi peu répondre à l'amitié et aux attentions que le Roi lui avoit marquées. Ce dernier tour d'accusation, aussi injuste que le premier, est beaucoup plus méchant, parce qu'il renferme quelque chose de spécieux.

M"" l'abbesse de l'abbaye aux Bois (1) est morte aujourd'hui à deux heures du matin, à Paris. Elle étoitfllle de feu M""" de Verue. M'"' de Verue avoit eu deux garçons et deux filles de son mari; les deux garçons sont morts; l'ainée des filles est abbesse à Caen ; elles avoient été toutes deux religieuses à Vienne en Dauphine. M"" de l'abbaye aux Bois est la cadette; elle avoit été d'abord faitecoadjutrice d'Issy. C'étoit une fille aimable qui avoit

{l)Miurie-Angéli<]ue-GabnelleScaglia de Verue.

de la piété el l'usage du monde. Elle avoit fait beaucoup de bien à l'abbaye d'Issy el à l'abbaye aux Bols, tant par les secours qu'elle avoit tirés de M°" de Verue que parce qu'elle avoit une pension considérable ; elle étoit âgée de cinquante-bnit ans. M'" de Carignan lui a rendu des soins infinis. On sait qu'elle est fille du feu duc de Savoie et de M"" de Verue ; elle a été reconnue, mais comme la mère n'est point nommée, cela ne fait aucune parenté aux yeux du public. Cependant M°" de Carignan en a toujours usé avec M°" de Verue comme avec sa mère.

J'aî vu aujourd'hui des nouvelles de Bavière ; l'électeur est sorti de Munich, il est à Augsbourj^ ; nos troupes sont retirées sur le Lech.

Quanta l'armée de M, le prince de Conty, elle conserve ses postes sur la Lahn.

Il paroil certain que la campagne commencera en Flandre par un siège, mais on ne dit pas encore quelle place. On dit depuis longtemps que le maréchal de Saxe n'est pas en état de faire cette campagne. Ce sentiment paroil assez fondé, d'autant plus qu'il est bydropique. Il a mandé à M. d'Argenson qu'on lui avoit fait la ponction, qu'on lui avoit tiré douze pintes d'eau (1), mais qu'il comploit monter à cheval le lendemain, et qu'il espéroit qu'avec deux ou trois ponctions encore dans le counint de la campagne, il espéroit de la finir.

Bu ««nefrerfi 23j Versail\e&. — M. le maréchal de Maillebois est arrivé aujourd'hui; il paroît que Fancienne destination de l'envoyer commander l'armée de Dauphiné subsiste.

Le Roi fut hier à la chasse, et soupa dans ses cabinets ; ce fut encore un souper particulier avec M"* d'Éliolos ;

(I) J'ai su deptilH que la ponction n'a point étt' ratte;le sieiir WUty, rha- Du ne (te ITambray et imMecin fameux , l«ù a dcinm^ dus ^ml^(ie!< qui lui ont f,ilt rendre leannutp d'eau. [I^ote du duc de Lvynea , dult* du *i3 avril.)

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