‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 71 sur 94 · SI · texte numérisé non relu

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. de Luxembourg y fut admis. Comriie M"" de Lauraguais étoit à Paris, le Roi fît avertir M"" de Bellefonds pour ce souper. Tout le monde croyoit que le Roi vicQdroil au bal de l'ambassadeur; il y envoya M. de Lujac, exempt des gardes, et M. de Tressan. ïl resta dans ses cabinets, et il ne s'est couché qu'à cinq heures. Aujourd'hui il a encore dîné avec M"" d'Étiolés, mais dans le grand particulier. On ne sait point précisément où elle loge, mais je crois cependant que c'est dans uu petit appartement qu'avoit M™" de Mailly et qui joint les petits cabinets; elle ne demeure point ici de suite, elle va et vient à Paris, et s'y en retourne ce soir.

Du samedi 25>, Versaillea. — M. de Fervaques mourut hier à Paris, d'une fièvre maligne; il avoit environ soixante ans; il étoit lieutenant général et chevalier de rOrdre. Son nom est Bullion ; il étoit frère de M™^ la duchesse d'Uzès et de M'"" la princesse de Talmond, douairières; il a deux frères qui sont MM. de Bonnelles et d'Escliraont. Celui-ci a la charge de prévôt de Paris, qu'avoit leur père. M. de Fervaques avoit quatre filles : l'une mariée à M. d'Olonne , la seconde à M. de Laval ; la troisième vient d'épouser U. de Beauvilliers ; la quatrième est à marier. M. de Fervaques avoit une très-bonne santé, et avoit pris en aversion tous les médecins. Il a été à Textrémité dès le second jour de sa maladie ; on lui proposa de voir le nommé Sigogne, empirique fameux par ses remèdes, et qui n'est pas médecin ; il y consentit, et c'est le seul qui Tait traité.

Il est venu cette nuit un courrier de Bavière; on a appris que les Autrichiens avoient attaqué nos troupes dans leur retraite. On ne sait point encore de détail, mais il parolt que nous avons perdu au moins 7 ou 800 hommes. Ce qui est certain, c'est que M. de Rupelmonde y a été tué. Il avoit environ trente-cinq ans. Il étoit maréchal de camp depuis deux ans ; il y en avoit trois qu'il servoit en Allemagne sans être revenu ici. Il avoit

An MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES.

la vue exlraordinairement basse; cependant c'étoit udT très-bon officier, aimé, estimé, et qui servoit avec beaucoup d'application, et qui avoit de l'esprit. 11 étoit fils unique; son père étoit flamand, et est mort il y a longtemps ; sa mère est Alègre, sœur de M*" la maréchale de Maillebois. Il avoit épousé la fille de M. le duc de Gramont d'aujourd'hui, dont il n'avoit eu qu'un fils, qui est mort.

Il parolt que l'on craint fort que l'électeur de Bavière n'ait fait son traité avec la reine de Hongrie, et ce soupçon ne parolt que trop fondé.

11 est plus question que jamais du départ de M. le Dauphin pour aller en Flandre, et l'on commence à dire que M"* la Dauphine pourroit bien y aller six semaines après.

Du mardi 27, Versailles. — Il y a deux ou trois jours que le Roi donna 10,000 livres de pension à M""* d'Argenson, dont le mari est ministre et secrétaire d'État de la guerre.

Avant-hier M. d'Ardore donna une fête chez lui à l'occasion du mariage de M. le Dauphin; il loge à la place Vendôme, dans la maison qu'occupoit autrefois M. Law. Il y eut une grande musique composée de tout ce qu'il y a de meilleur en ce genre, en voix ou instruments : Jéliotte. M"' Fel, M"'^ Vanloo (1) pour chanter, Cupis pour le violon, Blavet pour la flûte, etc. La maison étoit parfaitement bien éclairée. Il y avoit une table de lansquenet, une de cavagnole et une de pharaon. Le souper fut en bas, et il y a voit trois grandes tables, fort bien servies. On joua après souper jusqu\^ huit heures du matin. II y avoit sur la façade delà maison une fort belle illumination.

(1) Anne-AnloineKe-Clirisline Sornis, Femme dé Carie Vanloo , peintre Roi.

Le Roi a fait aujourd'hui la revue des mousquetaires dans l'esplanade; il ne les a vus qu'à cheval.

On continue à parler et même plus que jamais sur M"' d'Étiolés, et ce qui paroîssoil douteux il y a peu de temps est presque une vérité constante; cependant on n'ose en parler publiquement. On dit qu'elle aime éperdument le Roi et que celte passion est réciproque.

M. deCourson mourutil y a quelques jours à Paris (1). Il étoit gendre de M. de Villacerf; il aimoit passionnément le jeu, étoit fort gros joueur et fort honnête homme.

Du mercredi 28, Versailles, — J'appris hier que H. d'Étiolés, qui vient d'arriver de province et qui avoit compté en arrivant trouver sa femme, qu'il aime fort, a été fort étonné quand M. Lenormant, fermier général, son parent et son ami, lui est venu dire qu'il ne comptât plus sur sa femme, qu*elle avoit un goût si violent qu'elle n'avoil pu lui résister, et que pour lui il n'avoit d'autre parti à prendre que de songer à s'en séparer. M. d'Étioles tomba évanoui à cette nouvelle. 11 a depuis été obligé de consentir à la séparation , et le Roi achète pour M""* d' Étioles le marquisat de Porapadour, dont elle portera le nom; c'est une terre de 10 ou 12,000 livres de rente. Ce n'est point le contrôleur gént'ral qui est chargé de faire celte acquisition, on ne lui en a seulement pas parié. C'est Montmartel qui fournit l'argent.

Il y a trois ou quatre jours que M, le duc de Chartres étant à Saint-Cloud et jouant au mail se donna un effort si considérable dans le genou, qu'on le porta dans son lit, où il restera au moins un mois ou six semaines. On a envoyé quérir son équipage, qui étoit parti pour la Flan-

(J) Il n'esl mort que (î'Iiîer. ( ,\ote du due de Luynes, &Me tîu 30 aviil.) Tout ce que Tou a dit jusqu'à présent de la mort de M. de Coiirsou étoit

prématuré ; il n'est mort qu'làer, 4 mai. (Seconc^ note du duc de Luj/nes ,

datée du 5 mai.)

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