MAI 174H. 44S
'M. le duc du (ii'amont a été tué, comme on le vorm, dans le commencement de Inaction. Il éioit extrêmement incommodé de la goutte et en souffroit beaucoup ; malgré cela il se fit mettre sur soa cheval. Il étoit gouverneur de Béarn, Le Roi a donné ce gouvernement k M. de Lesparre, son fils aîné, et sur ce g-ouverncment 20,000 livres de pension à M"* la duchesse de Gi'amont et î 0,000 livres à M. d'Aster, son second lils. Le régiment de Normandie vacant par la mort de M. de Talleyrand et celui des gardes françoises ne sont point encore donnes.
Relation de M. le duc de Checreuse de la battdlle de Fontenoy, du 1 1 mai I74i,
Les ennemis, qui étoieut euvirou au nombre de ii5,0(H} liotiirues, selon te rapport des déserteurs et des blessés, sont venus camper à notre vue le 9 , au-dessus du village de Vezon , et ont avaucé des troupes de cavalerie vis-à-vis le village d'Aathoin. IVous étions alors peu (le monde, et notre position, quoique très-bien reconnue, n'étoit point eucore prise ; et le lendemain fut employé à notre dîspositioti ei à poser nos gardes. Le mardi 11, la bataille a commencé par une canonnade fort vive ;i cinq heures du matin. ÎNotre position étoit d'occuper par 9 bataillons le vilbge d'Anthoin. Celui <ik' Foutfnoy étoit aussi retranché el farci d'une brigade qui étoit celle de Daupliin. Notre gauche s'étendoit jusqu'il Rameeroix j nous occupions même jusqu'au mont de Trinité. Il y a voit des redoutes qui couvroient les villages <it chaque flanc. L'armée étoit en bataille suc deux ligues d'infanterie et deux de cavalerie ; les dragons formoient en potence !a droite , c'estii-dirc depuis la redoute derrière FoJitenoy jusqu'il Anthoin , ayant devant eux la tirigadc d'infanterie de Grillon et 8 pièces de canon ; il y en avott fi dansAnthoin. M. de La Slarck y commandoit.
Les cnusmLs ^ après un grand feu de canon de part et d'autre , et surtout de notre artillerie qui étoit composée de 1 20 pièces , vrarent attaquer sur deux colonnes le centre d'entre les villages de Rnniecroix et de Fontenoy. L'attaque fut vive ; plusieurs bataillons et régîmcnts d'infanterie frauçoise, entre autres celui des gardes-fr.'mcoises, y cédèrent, et les ennemis pénétrèrent trois fois nos ligues d'infanterie et mirent en désordre relies de cavaïerie. Tout fut enlin rallié, et la maison du Roi et les carabiniers, qui aivoienl déj;i chargé deux fois sans grandsuccès, ont rétabli l'affaire. Lesennemisont enihi pliéavec
WEAlOIRtS iJU une Dt LUVNtS.
graad désordre et confusion, et ont abandonné le champ de bataille et 20) pièces de canon; ils ont aussi perdu quelques drapeaux et environ trois à qualro mille blessés ou tués. Le pays éloit trop fourré pour qu'il fût possiblcde les suivre avec avantage; pendant qu'ils maiiwuvroient au centre, comme on vient de le décrire, ils avoient établi quelques batteries de canou sur notre droite qui ont fait souffrir oos dragons et la cavalerie de lii ligne ; les dragons y ont perdu environ quarante chevaux et peu d'hommes. Une grosse colonne d'infanterie et de cavalerie lioJlandoisea essayé plusieurs fois de pénétrer par notre droite. Mais la dilficulté du terrain et plus encore nos batteries servies diligemment et à propos les ont déf;oûtés trois fois et leur ont fait perdre environ 3 ou -100 hommes. Ijh perte des François a élé considérable par le nombre et la qualité Je tâcherai d'en avoir une liste exacte. Voici ce que je sais actuellement. M. le duc de Gramont, lieutenant général, et M. du Brocard, maréchal de camp, tués. M. de Craon et M, le chevalier de Dillon colonel.s , aussi tués. M. de Lutteauv blessé dangereusement de deux coups de fusil ; M. le chevalier d'Apchier d'un coup considérable dans le pied; M. de Longaunay, de Puységur, de Saint- Georges, aide maréchal des logis de la cavalerie, et M. le chevalier de ^Ié^iè^es, aussi aide maréchal des logis, aussi blessés. L'affaire a été crue perdue a tel point que je sais que .^L le maréchal de Saxe a dit à M. de Meuse qu'il !e prioit d'engager le Roi à repasser rEscaut,et qu'on avoit retiré les troupes d'Aiithoir],cequidevoit nécessiter ma retraite, ce que je n'ai cependant point voulu faire sans ordre, quelque sollicitation qu'on m'en ait faite. Dans ce moment critique tout Rit rétabli , et nous n'avons plus eu à penser qu'à la joie de la victoire. Le Roi et M. le Dauphin ont ejssuyé plusieurs bouletJi dans ]e poste où ils éloientlous deux avec la plus grande tranquillité; le Roi l'a portée jusqu'au point de paroître plus grand qu'il ne l'a jamais été. Quand il a cru son armée ])erdut', il voulut lui et monseigneur le Dauptiiu réparer le désordre , mais on s'y est opposé avec raison. [| a paru sensible aux pertes qu'il a faites et aux blessures mêmes de ses eanemis. Il avoit reconnu exactement le champ de bataille avant l'affaire et l'a visité encore après. MM. de Birou, de Loweudal, d'Estrées et de Richelieu se sont extrêmement distingués et les régiments du Roi, Dauphin, d'Ku- Infanterie, la maison, les carabiniers, îVoaille>s et encore plusieurs autres.
On doit le succès de cette belle journée à la savante disposition de M. le maréchat de Saxe dont le nom doit être immortel. Le Roi ne veut rendre aucuns prisonniers angiois, disant qu'on n'a point observé le cartel eu ne rendant point M. de Belle-Isle.
Relation envoyée par M. de fézannes.
I,e veedredi 7 du mois . le Roî arriva à neuf heures du inaliu sur les nouvelles qu'il rerut à Douay, où il couclioit , que les ennemis faisoieût «n mouvemeol pour marcher à cous. Ces nouvelles ne s'élanl point confirmées, le Roi t-t ]\I. te Dauphin couelierent au diîlieau deChin, où devoil être leur quartier pendant le siège de Tournay, et ils y restèrent le lendemain. I.c dintauclie 9 , on apprit que les ennemis étoient partis de leur camp de Waubray et marchoient a nous sur trois colonnes, eu dirigeant leur marche sur notre droite. Le Roi partit sur-iechauip pour visiter le terrain (]ue nous occupions depuis le bas Escaut, où êtoit noire gauche, jusqu'à Anthoin sur le haut Escaut, on étoJt notre droite, et juger par lui-même delà disposition faite pour recevoir Tennemi de quelque côté qu'il voulût se présenter. Voici les mesures que l'on avoit prises pour cela. M. de Lowpndal avec sept bataillons et quatorze escadrons éloit chargé de défendre la partie depuis nos ponts, qui étoient un peu au-dessous du château Constantin jusqu'au mont de Trinité, sur lequel étoit campé le régiment de Beausobre- hussards. M. de Ëéranger avec deux brigades d'infanterie étoit chargé de défendre le terrain qui se trouve entre le mont de Trinité et le chemin de Toumay à Leuze vis-à-vis le château de Bourquembray; cette partie étant extrêmement couverte de bois et coupée de ravins avoit besoin de peu de monde pour la défendre, et d'ailleurs les ennemis s'étant portés snr notre droite nous laissoient moins d'inquiétude sur tous ces postes. Outre ces précautions, nous avions des partis en avant qui nous instruisoient exactement de leurs mouvements et en avoient rendu tes abords difficiles en rompant les chemins et en faisant des abattis dans les lieux qui en étoient susceptibles. Depuis le chemin de Leu/.e jusqu'à Anthoin, où élott notre droite, M. le maréchal de Saxe y avoit porté la plus grande partie de nos troupes, parce que les ennemis paroissoicnt vouloir faire leur effort de ce coté. 1.^ première ligne d'infanterie avoit sa gauche appuyée au.\ premières maisons du village de Ramecroix et sa droite au village de Fontenoy, passant par le carrefour du chemin de Mons avec celui d'Anthoin à Gaurin. Dans cet eudroit on avoit construit deux redoutes capables de contenir chacune un bataillon et de l'artillerie. Le village de Fontenoy et le bourg d'An' Haoin étoient retranchés et garnis d'artiJIerie. Derrière cette première ligne d'infanterie il y avoit deuv lifjnes de cavalerie et quatre régiments de dragons en potence depuis Fontenoy jusqu'à Anthoin.
Telle étoit la disposition généra!ie en attendant qu'on sût plus positivement le parti que rennemi prendroit. Quand le Roi fut arrivé à la droite, nous vîmes distinctement plusieurs parties du camp de Pennemi,
446 MÉTrtOIRES DU DUC DE LTJYNES.
donl la gauche étoit au village de Maubfay, et la droite, passant par les hauteurs de Vezon, nous ^toiL cachée par les bois de Barry. Comme il étoit fort tard, oq se contetita de se tenir alerte pendant la nuit et de laisser en avant le ré(;iment de Grassin pour avoir souvent des nouvelles de reonemi. Ou ne peut dire combien ce régiment nous a servi /utilement. Après cette visite, le Roi revint passer la nuit au village de Cilonnc. Le lendemain matin, le Roi, qui a'étoit levé à la pointe du jour, apprit que l'ennemi n'avoit fait aucun mouvement ; cependant il sortit avec M. le Daupliin pour aller examiner plus exactement le terrain de la droite , et après avoir vu qu'il ne paroissoil aucun mouvc' ment dans le camp des ennemis, il étoit prêt a rentrer, lorsque nous apprîmes qu'on voyoit paroître la tête de plusieurs colonnes des ennemis qui s'avançoient dans la plaine. Sur-le-champ , le Roi retourna au champ de bataille pour voir ce qui paroissoit. I^es ennemis s'étoient avancés en effet snr trois entonnes ; mais quand ils furent à deux portées de canon ils s'arrêtèrent et demeurèrent dans cette position jusqu'à la nuit. Dès le premier moment qu'on les aperçut M. le maréchal de Saxe mil l'armée en bataille dans l'ordre suivant : il jeta la brigade de Piémont dans le bourp d'Anthoin ; îa brigade de Grillon fut placée sur le bord du ravin qui règne dans une partie de la plaine , la droite appuyée à Anlhoin. On aclieva trois redoutes proche le village de Fontenoy , dans lesqucl les on mit la brigade de Bettens, et la brigade de Dauphin fut jetée dans Fontenoy. On forma une première lif^ne d'infanterie des brigades du "Roi , dont la droite étoit appuyée au même village, de celle d'Aubetcrre et de celles des gardes, dont la gauche s'appuyoit ii la première redoute faite sur le chemin de Mons. La brigade des Irlaudois occupoit le terrain entre cette redoute et la seconde placée sur le chemin de Gaurin, qui fermoil la gauche, On fit avancer en seconde ligne les brigades d'infanterie de Royal, de la Couronne, des Vaisseaux et de Normandie. I^ régiment d'Eu étoit placé dans les deux redoutes. Derrière cette seconde lipic on mit soixante escadrons en deux lignes depuis Anthoin jusqu'au chemin de Mous, et M. le maréchal de Saxe porta la maison du Rot, la gendarmerie et les carabiniers à la hauteur de la Keconde ligne , la droite appuyée au même chemin de Mods , et la gauche s'allong{>ant dans la plaine pour en Caire une réserve. Nous avions nos pièces de canon tant dans les villages et redoutf^ que sur le front de la ligne.
L'armée jvissa la nuit en bataille dans cette position, qui parut si honiH' (p«e nous doutions presque que les ennemis osassent nims attaquer. Le Roi passa cette nuit à Calonne et remonta h cheval à la petite pointe du jour pour aller voir par liii-mt^me si les ennemis avoient fait quelques mouvements. A peine sortoit-il de son quartier que nous entendîmes tirer tes premiers coups de cauon. Le Roi se rendit prompte-
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ment sur le champ do bataille. On Uii rendit compte en arrivant que les ennemis marchoieut sur trois colonnes. La première, de cavalerie, qni vetwit |>ar le cheni In de ]V[ons ïe long du bois de Vezoïi ; la deuxième, d'iofaulei'ie, passant par k milieu du village de Vezou ; et la troisième s'aUongeantdaus la plaine qui est entre Fontenoyet Anlhoin. En débou* phaiit , ces trois coloimes se formèrent très-lentement, étant exlrt'memeut iiieammodécs es nolreL'anon,quoiqn'ilsen tirassent beaueoup de leur coté pour l'aclliter leurs mouvements. Lii tanoniude dura jusqu'à neuf lieures qn 'ils s'ébranlèrent pour nous charfîer. Itseommencèrent par tenter deux attaques consécutives au vtUajie de Fontenoy, où ils furent repousses. Pendant ce temps-la, la cavalerie de leur gauche voulut faire un mouvement pour charger celle de notre droite; maïs ilsavoîent été si fort incommodés toute la matinée par le canon que nous avions à Fonienoy et Anlhoin et par une batterie placée au pied du moulin de Galonné, à la rive gauche de l'Escaut, et qui les prenoit en liane, qu'au premier mouvement i|ue M. le chevalier d'Apcherfit faire à notre cavalerie pour aller au-devant d'eux, ils se retirèrent eu grand désordre. Dans ce même temps, leur infanterie, qui s'étott mise en bataille sur une ligne très-épaisse, chargea et perça à la seconde charge la brigade des gardes. ISotrc cavalerie qui s'avança d'abord au-devant d'eux oe put soutenir le feu terrible de cette ligne d'infanterie, de façon que pendant une heure ils parurent avoir un avantage très-marqué. Dans ce moment, le Roi ordonna a M. de Richelieu de marcher avec sa maison pour arrêter le progrès qu'ils vouloient faire ; il la mit en bataiHe, et ce mouvement contint leur infanterie dont ils avoieut formé une espèce de colonne ou de bataillon carré à centre plein. Cela donna le temps aux brigades des Vaisseaux et des Irlandois de se former, et on fît venir de l'artillerie pour tirer à carlouche sur cette infanterie. Le cïiuon commença ;i Tébranler, et M. de Richelieu les chargea si !i propos à la têlc de la maison du Roi qu'il acheva de les mettre en déroute, et qu'ils se retirèrent en désordre jusqu'au ruisseau de Vezon. Pendant cette attaque, les ennemis qui étoient revenus du côté d'Aiithoin se formèrent sur deux lignes d'infanterie et de cavalerie entre les redoutes occupées par la brigade de Betlens et le poste de celle de Cri lion dont un bataillon appuyoit à la redoute de la droite. Ou se canomia de part et d'autre saus s'approcher jusqu'à la On de l'affaire, et l'infanterie ennemie se retira si précipitamment qu'elle abandonna son canon qui fut pris par la brigade de Grillon. L'affaire étoit entièrement terminée a une heure après midi.
Pendant toute raction, M. le maréchal de Saxe fut continuellement à donner ses ordres avec toute l'activîté possible, et comme il auroit pu faire dans sa meilleure santé, avec une netteté et un sang-froid si admrrable qu'il soutenoit ou raniraoit le courage de toutes les troupes.
448 MÉMOIRES DTÎ DUC DE LUYNFS.
?scvt)s ttiir avons pris une ireutaine de pièces de caDoti el ou eo trouve i'U€orti qu'ils ont abandonuées ou diiiis les cheniius ou dans leur faillit. Ils onl nbaiiduuné leurs blessés cl se sont retirés cette nuit les uns du eôté de Mons et les autres du côté d'Ath. On a envoyé deux gros détaciiements pour les suivre et les inquiéter dans leur marche. On ne sait pas eucore précisément ài quoi monte leur perte, mais on sait sûrement qu'il leur nianquoil 15,000 hommes hier au soir k leur appel. Cela prouve au moins que leur perte est très-considérable.
M. de Bernstorf (1) a eu aujourd'hui sa première audience de la Reine. Il y a un an qu'il est ici. 11 eut audience du Roi en Flandre l'année passée; mais coiuuie il ne Tavoit point encore eue de la Reine, il a fallu attendre l'absence du Roi pour qu'on pût lui rendre les honneurs qui sont en usage en pareil cas. La Reine lui a envoyé à Paris deux de ses carrosses, dont l'un des écuyers et l'autre uneherlîne. M. de Bernstorf étoit dans le fond ayant à côté de lui M. de Verneuil le fds, qui fait les fonctions d^itilroducleur des ambassiideurs; sur le devant du carrosse étoient deux gentilshommes danois de la suite de M. de Bernstorf. Dans la berline étoit le sous - introducteur des ambassadeurs avec un gentilhomme de la suite de l'envoyé. 11 n'y avoit point de carrosse de M"" la Dauphine. Après la messe, la Reine a passé dans le cabinet qui est avant sa chambre, et M. de Verneuil, qui étoit venu recevoir les ordres de la Reine, a été avertir l'envoyé et l'a conduit , marchant à sa gaucbe. La Reine ne s'est point levée. M. Bernstorf, après les trois révérences ordinaires, a fait son compliment en françois, mais si bas qu'il n'y a que la Reine qui ait pu l'entendre; il a parlé de même à M"" la Dauphine et à Madame assez bas, et nous a dit qu'il croyoit que c'étoit une marque de respect. Au sortir de Taudicnce de la Reine il a été chez M™ la Dauphine, qui l'a reçu dans le grand cabinet avant sa chambre; elle