‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 80 sur 94 · Ô0 MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES · texte numérisé non relu

Ô0 MÉMOIRES DU DUC DE LUYNES

les siennes. U a voit déjà commencé à faire ce changement, mais le temps étoit trop court, la Reine arrivoit datis sa niche; il fallut laisser M. Blancliard, et ce fut lui qui lit exécuter. M. Blaucliard prétend que ce l'ut lui Tannée passée qui fit exécuter tous les TeDeumqm furent chantés à la chapelle , qu^il en avoit même fait exécuter un à Sainte-Geneviève à Paris, où le Roi étoit. Il vouloit môme soutenir que ce droit n'avoit point été contesté et qu'il n'a voit souffert de changement que du temps de M. le duc de Fleury depuis le retour de la campag-ne; mais les surintendants rapportent des preuves qui détruisent ahsolument ce raisonnement. On trouvera ciaprès un ordre de M. le duc de Mortemart et un de 11. de La Trémoille , dont j'ai %u les originaux et la lettre écrite' par M. de Gesvrcs à M. Destouches au sujet de la bataille de Fontenoy, copiée aussi sur l'original. Je parlai hier de cette dispute à M. de Maurepas ; il me dit qu'elle avoit toujours existé, qu'ils avoient raison l'un et l'autre, parce que des deux c61és il y EÈvoit décision et possession.

Ci^pie des ordres den premiers gentilshommes de ia chambre aux surintendants de la musique de la chambre,

Il est ordonoé au surmtLmdaiit de ia musique de la chambre de faire exécuter à la c(["rèmoiiie du mariage du Roi, ainsi qu'il s'est pratiqué à la («remouie du sacre et autrt's antérieures. Fait a Fontainebleau, ce 5 septembro 1725.

Le duc de Mortemart.

Il est ordonné au S'' de Blamont, suriuteudaitt de la musique de la chambre, de semestre, de faire exécuter lu Te Deum en actions de grûces de ta naissant:* deraouseigueur le Dauphin. Fail à Versailles, •à juillet 1728.

\)-& LA TuKUUiLLK.

lettre du duc de Gexvresù M. Destouches, \S t^ai ù Paris.

Vous savez, Mousreur, que t-'est à nous à ardomier le Te Deum à la chappllp dans les occasions de bataille, mariage, dioses extraordinaires. Ayezatleutiou, Mousicur, vous qui êtes sur les lieux, d'en prc-

venir la Reine*, qui sûrement le trouvera bon. Ainsi, s' il y a un TeDeum jeudi à Versailles, faites sur cela ce qui convient. Les décisions du Roi y sont formelles et les exemples; ainsi, cela ne doit pas faire difficulté. Voyez M™* la duchesse de Luynes. Vous savez. Monsieur, mes sentiments et ma considération.

Lb duc de Gesvbes.

J'ai dû marquer que depuis le mariage de M°" la Dauphine elle a presque toujours dîné dans sa chambre avec M. le Dauphin, et qu'il n'y entroit que les entrées de la chambre, ce qui faisoit qu'il n'y avoit presque que l'heure de sa toilette pour lui faire sa cour^ surtout pour ceux qui venoient ici le matin pour s'en retourner le soir. Depuis le départ de M. le Dauphin, M""* la Dauphine continue de dîner dans sa chambre , mais tout le monde y entre comme au dîner de la Reine.

Hier la Reine soupa pour la première fois avec des dames; M™" la Dauphine et Mesdames y soupèrent, M"" de Tallard et M"* de Lauraguais, M""' de Brissac , les trois dames du palais de semaine (1), M'"* la comtesse de Bissy et M"* de Saint-Germain, Il y eut cavagnole devant et après souper.

J'ai oublié de marquer hier une circonstance par rapport à M. de Bernstorf. L'usage est que lorsque les ambassadeurs viennent ici dans les carrosses du Roi prendre leur première audience, ils sont traités à' dîner dans la salle des ambassadeurs par les officiers du Roi. C'est l'ambassadeur ou envoyé qui prie à ce dîner. Il est placé à la place d'honneur au haut bout de la table, ayant l'introducteur à sa droite. Un maître d'hôtel du Roi dîne à cette table et en fait les honneurs. Ordinairement il ne se trouve point d'ambassadeur à cette table, ni môme d'envoyé, lorsque c'est pour un envoyé qu'elle est servie, parce qu'alors il a une place de distinction, comme

(1) Woe de Périgord n'y éloit pas, à cause de la mort de M. de Talleyrand. ( Note du duc de Luynes. )

an.

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je viens de dire. Elle est donc remplie par des ministres étrangers sans caractère, par des gens de condition de la suite Je Tambassadeur ou envoyé, quelquefois par des seigneurs françois. Tout se passa hier de la même manière. Ce furent les officiers de la Reine qui servirent la table ; un maître d'hôtel de la Reine en faisoit les honneurs, et pendant ce temps-là M. de Chalmazel Hnt toujours sa table à l'ordinaire. M. de Bernstorf s'en retourna dans les carrosses de la Reine, comme il étoit venu .

Je n'ai point encore parlé en détail de M. deBernstorf. On peut croire qu'il est Danois, puisqu'il est envoyé de Danemark; il est Hanovrien. Son grand-père avoit des charges considérables chez l'électeur d'Hanovre; son père succéda à ces charges, mais le Roi d'Angleterre d'aujourd'hui les lui Ôta, Il avoit deux garçons, celui-ci est le cadet. I^'alné prit le parti de se retirer dans ses terres; celui-ci alla chercher de l'occupation, et se retira en Danemark ; il a l'air jeune, et peut avoir environ quarante ou quarante-cinq ans ; il a de l'esprit, de la finesse et du goût; il sait la langue françoise beaucoup mieux que bien 'des François; il est protestant, fort régulier aux exercices de cette religion, C'est une espèce de philosophe, qui cependant se prèle volontiers à la société; il a fait des amis dans ce pays -ci et est capahle de grands attachements. Il est extrêmement mesuré dans ses démarches, écoute beaucoup, parle peu, et toujours en bons termes et à propos. Il étoit à Francfort avant que de Viinir ici. Ayant été informé que milord Carteret étoit dans le voisinage de cette ville, il alla le voir; celte visite et peut-être d'autres soupçons à l'occasion des alliances entre la cour de Danemark et celle d'Angleterre ont fait juger que M. de Bernstorf étoit attaché' aux intérêts des Angiois; ses amis souliennent fortement .qu'il a de grandes raisons pour se justifier de cette accusation, et que inèmi' ce n'est pas vraisemblable, ayant été trop

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maltraité par le Roi d'Angleterre pour conserver l'attachement que sa naissance auroit pu lui inspirer pour sa patrie.

On sait que le Roi a donné à M. d'Aster, second fils de M. de Gramont , le régiment de Hainaut vacant par la mort de M. de Craon.

Les nouvelles du 17 qu'on a reçues aujourd'hui donnent encore de l'inquiétude. M. le Dauphin a mandé à M"* la Dauphine que les ennemis se rassemblent. Le siège va lentement ; on avoit fait une attaque où l'on a été repoussé, et le bulletin qui vient tous les jours à la Reine n'est point arrivé aujourd'hui, apparemment par cette raison.

• Le régiment de Dillon vacant par la mort du chevalier a été donné à son frère.

Le chevalier de Saumery, exempt des gardes du corps, est mort de ses blessures. Il étoit gouverneur de Salins; c'étoit un très-bon officier.

La blessure de M. le duc d'Havre est dans le gras de la jambe; on dit qu'elle n'est point dangereuse. Dès que M"" la maréchale de Montmorency en a été instruite, elle est partie sur-le-champ avec M°" les duchesses d'Havre, mère et femme. M. le maréchal de Montmorency, qui a commandé en Flandre, qui est lieutenant général de la province et gouverneur de Valenciennes , n'a pas cru devoir y aller dans les circonstances présentes.

Du jeudi 20, Versailles. — M"" la Dauphine fut hier à Marly pour la première fois; elle entra un moment dans le salon ; elle n'eut pas la curiosité seulement d'entrer dans son appartement; elle dit que M. le Dauphin lui en avoit parlé et lui avoit dit qu'ils avoient trois pièces pour eux deux; elle alla se promener dans le jardin, entra dans un des pavillons. Elle marche volontiers et très-légèrement.

La Reine soupa hier avec des dames; M"° la Dauphine ni Mesdaâies n'y soupèrent point; elles aiment toutes

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