‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 81 sur 94 · S4 MEMOIRES DU DUC DE LTJYNES · texte numérisé non relu

S4 MEMOIRES DU DUC DE LTJYNES

trois H se coucher de bonne heure. La Reine joua devanF et après souper.

La Reine a reçu aujourd'hui une lettre du Roi et le bulletin de M, d'Argenson. Le Roi lui mande que les ennemis, qui avoient paru vouloir s'avancer t\ nous, se sont retir<5s. Le bulletin marque que l'ouvrage à cornes a été emporté; nous y avons eu 150 hommes tués ou blessés. C'i'toit M. le prince de Pons qui cpmmandoit la tranchée, comme lieutenant général, avec MM. d'Armentières et de Souvray, maréchaux de camp.

Le Roi a fait brigadiers M. de Salency, lieutenantcolonel de Normandie, M. de Bombelles, lieutenant-colonel de Hainaul, M. Stapletion, lieutenant-colonel de Bei'wick, et M. de Nugent, mestre de camp de cavaierie,capitaine au régiment de Filz-James.

Le Roi a donné le gouvernement de Verdun à M. de LutteauîT, lieutenant général, très-bon officier^ universellement estimé, qui avoit jjesûin des bontés du Roi et qui vient d'être !>lessé à Foiitenoy.

S. M. a aussi donné une pension de 2,000 livres sur l'ordre de Saint-Louis à M. Grassin, qui s'est acquis une firande réputation depuis !e commencement de celte campagne. Son régiment a fait des prodiges de valeur en toute occasion .

L'assemblée du Clergé a voulu signaler son zèle par des prières de quarante heures en grande cérénrjonie. Mon frère y a assisté; j'en raetlrai ci-après le détail. 11 m'envoya hier ce qui s'est passé au sujet de l'invitation du Roi pour le Te Deum. Je ne puis mieux faire que de faire copier cet endroit do la letlre de mon frère.

« jM , Dpsï;i anges, prand maître ik'S céiTinmiies, est venu apporter au Clergé une k'Ilrc du Roi par laquelle S. M. nous dnnnoit avis que demaiu il faisoit ehauUT le Ff />ww dans l'église cathéclralo et qu'il invitoit te corps du (ilergé de s'y Irouvcr.

« Un députt! du premier et un député du second ordre ont été re- <^<'voir M. Despraitges à la porte de la pièce «lui précède notre salle;

ils l'ont amené, le député du premier ordre t sa droite et celui du second à sa gauche, Tévéque prenant le pas partout.

« M. Desgranges est entré. Le premier et le second ordre se sont découverts sans se lever ; on a placé dans le milieu du bureau en face du président, un fauteuil pour M. Desgranges, qui étoit couvert II a dit, étant couvert, le sujet de sa commission, a fait remettre la lettre du Roi au président, qui l'a remise au secrétaire pour en faire tout haut la lecture ; et cette lecture faite, M. Desgranges a dit que l'heure du Te Deum étoit à quatre heures. Le président a dit que le Clergé ne manqueroit pas de s'y trouver, et tout s'est passé à la reconduite comme à l'arrivée. »

J'ai oublié de parler de ce que Ton a mandé ici sur M. de Saint-Pern, et qui est trop à son honneur pour ne le pas marquer. M. de Saint-Pern étoit dans le régiment du Roi-Infanterie, et presque à la tête de ce corps. Il étoit fort connu de M. le maréchal de Noailles, sous qui il avoit été dans l' état-major. M""* la comtesse de Toulouse désirant avoir auprès de M. le duc de Penlhièvre quelqu'un en qui elle pût avoir une entière confiance, M. de Noailles lui proposa M. de Saint-Pern. Sans être gouverneur, il en a rempli le» fonctions pendant qitelque temps etcouchoitdans la chambre de M. de Penthièvre ; depuis ce temps-là le Roi lui a donné un régiment, mais il n'a pas quitté M. de Penthièvre ; il remplit chez lui une des principales places de sa maison. Les deux, autres sont remplies par M. le chevalierde Castellane et par M. le chevalier de Cresnay. On a pu voir par la relation de la bataille que dans le moment que les gardes françoises plièrent , lès ennemis profitèrent de cet avantage avec tant de vivacité que l'on crut l'affaire perdue ; le Roi, qui avoit été longtemps exposé au feu du canon, se retira sur la droite. L'affaire ayant été rétablie peu de temps après, le premier soin de M. le maréchal de Saxe fut d'en instruire le Roi ; il trouvaM. de Saint-Pern qui suivoit M. de Penthièvre ; il lui dit de porter au Roi la nouvelle que la bataille étoit gagnée. Jamais commission ne pouvoit être plus agréable, et M. de Saxe, qui aime et estime M. de Saint-

mi:moiri:s lui duc dk ll'YNES.

Pern, la lui donuoil par distinction. M. de Snint-Pern en

tut tlntté, et remercia M. de Saxe; mais il lui dit qu'ayant rtionneur d'être attaché à M. le duc de Penthièvre, il ne pouvoit le quitter dans le temps que Ton suivoit eucore les ennemis, M. le maréchal ne put blâmer un refus qui rendoit M. de Saint-Pern encore plus digne d'estime; il chargea de la commission M. de Castellane, à qui le Roi donna sur-le-champ de brevet de colonel.

Le lundi 17 mai , le Clergé a commencé les prières de quarante heures dans l'ég-lise des Grands-Augustins, pour demander à Dieu la prospérité des armes du Roi. L'ouverture des prières de quarante heures s'est faite par une messe solennelle où M. l'évéque de Laon a officié pontificalement. Depuis midi jusqu'à une heure et demie, il y a eu de demi-heure en demi-heure deux députés du premier ordre eJ deux députés du second devant le Saint-Sacrement, et de mi^me depuis quatre heures jusqu'à cinq, temps où il a été fait un salut solennel par un des évéques de l'assemblée. Le mardi et le mercredi, tout a été de même, e.xcepté qu'il n'y a eu qu'une messe basse dite par un évoque. Tous les évéques qui se trouvoient à Paris ont été invités à cesprières ; ils avoient des places dans le sanctuaire, à gauche, avec fauteuils et carreaux. Les députés du premier et du second ordre de l'assemblée étoicnt placés dans les stalles hautes du chœur comme à l'ordinaire.

Du vendredi 28 , Versât lien. — Les prières de quarante heures commencèrent ici à la paroisse Notre-Dame le dimanche 16 de ce mois; elles ont été à la chapelle le dimanche 23. Hier, jour de l'Ascension, elles commencèrent à la paroisse Saint-Louis. La Reine alla le 18 et le 19 à Noh'e-Danie aux prières de quarante heures, et hier elle alla à la grande messe à Saint-T>ouis.

Le mandement de M. l'archevêque de Paris a été en conséquence d'une lettre du Roi. L'année passée cette lettre étoit circulaire et adressée à tous les évéques; cette

année elle n'est adressée qu'àM. l'archevêque de Paris (1).

Il y a eu une autre lettre du Roi pour le Te Deum à l'occasion du gain de la bataille ; il fut chanté à Notre-Dame à Paris, avec toutes les cérémonies accoutumées, le jeudi 20; le Clergé fut invité, et y assista comme j'ai marqué ci-dessus.

Il a paru ces jours-ci un autre mandement de M. l'archevêque pourle jubilé. Ce jubiléaété donné à l'occasion du retour de la santé du Roi (2). Les conditions pour le gagner sont trois jours de jeûne dans la même semaine, des aumônes, la confession et la communion , les prières marquées dans un petit livre que l'on donnera , ou bien cinq Pater et cinq Ave et stations. Le temps est fixé aux deux semaines après la Pentecôte. Les voyageurs pourront le gagner à leur retour.

(1)11 est vrai que plusieurs évêques n'ont point reçu cette lettre , mais c'est un oubli ; chaque secrétaire d'État envoie la lettre du Roi aux évèques de son département. MM. de Maurepas et de Saint-Florentin ont envoyé dans leurs départements ; MM. d'Argenson, les deux frères, qui sont à l'urmée et ont eu beaucoup d'autres occupations, ont oublié celte lettre. (Noie du duc de Luynes. )

(2) Le jubilé a été donné par le Pape en Italie pour demander à Dieu qu'il voulût bien rétablir la paix entre les princes chrétiens. LePapeavoit écrit au' Roi pour le prier de vouloir bien contribuer en tout ce qui dépendroit de lui pour rétablir la paix dans l'Europe; le Roi a (ait réponse au Pape, et après lui avoir marqué que s'il n'avoit dépendu que de lui , que non-seulement la paix seroit rétablie mais même n'auroU pas été troublée , il supplie S. S. de vouloir bien étendre jusqu'à la France le jubilé qu'il a donné à l'Italie. Le Pape a fait réponse au Roi, et lui mande que non-seulement il consent avec plaisir à ce que le Roi désire, mais qu'il ajoute à la bulle du jubilé des prières pour remercier Dieu de lui avoir renvoyé la santé et pour le prier de le conserver. Le Pape marque dans la bulle du jubilé qu'il ne parle pas de ceux qui n'ont pas reçu la constitution Vmgenitus, parce qu'il est sans aucun doute qu'on ne peut profiter des indulgences lorsqu'on n'est pas soumis à l'Église. Par cette raison la bulle sera envoyée dans tous les diocèses de France, hors dans celui d'Aoxerre. Les lettres du Pape et du Roi sont imprimées à l'imprimerie royale. M. d'Argenson l'alné n'étoit pas pour limpression, et vouloit qu'au moins on ne mit pas ces mots , de F Imprimerie royale, de sorte qu'ils ne se trouvent pas effectivement dans la première impression qui a été faite; mais M. de Mirepoîx a demandé avec instance qu'ils y fussent mis, et on les a ajoutés. ( Noie du due de Luynes. )

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