‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 82 sur 94 · MÉMOIRES DU DUC OK LUYKKS · texte numérisé non relu

MÉMOIRES DU DUC OK LUYKKS

Le lundi 24 il arriva ici, un peu avant midi, le premiiu* page de la pelite écurie , nommé Lordat , qui apporta à la Reine la nouvelle que le samedi 22 le drapeau blanc Hvoit été in'boré, à deux ou trois heures après-midi, à la ville de Tournay ; que la capitulation avoit duré depuis ce moment jusqu'au lendemain après midi^ que nos troupes avoient pris possession d'une porte et que la garnison étoit entrée ilans la citadelle. On trouvera ci-après copie de la capitulation (1). J'ai appris A cette occasion

(1) Copie de tn Cnfùtnlfi fin» d^. Tournai}.

Demain j!4 Tn»i, à la poînle du jour, unn des porles de In ville sera rerni<ic aux troupes du lloi, et u deux hniires pn-ti^ei* après midi toutes les Iroupes Lolhtirîoises spronl *'ritrées dans la eiladiilR.

Deinnin, n qualre lieiirps du malin, rl<s cnmmissnirea dp mierre. etd'iirtil- Icrte de Tnrmfe du Roi se rendront k Touruay pour drMscr, i-.ûnjiiiii(i'ri»enl iivec les ^'ommissairefi des États génoratix, l(?s ^latnde l'artillerie, livres, muni lions de guerre, etc.

Le Rot veut him donner »i>* ordres pour Je traif<^n>ent dis blessi-s (|iii resleiont ilnns ta ville , qui seront soiKtié?^ coiniiie les propres troupes Je S. M. et i|ui siiivri>nt le jîort de U garnison (Jc la citadelle Inr;: de la reddition.

Le Roi vent bien, après i|ue la {;arii>!^ou S'*>â renirpe dans la titad»<lle, accorifcr an commandau! de^ trnupcs lioll.mdtiisp^ Va permission d'envoyer nn fourriernu\ iLtals gi'néiaux pour re(^evoir lenis ordres an sujet de la reddiliim 'de 1« citadelle, et S. M. Mcorde les liiiîl jours deinamiés pour en recevoir In réjTOnse, protnettatit (fe ne point faird cDiiuiiennei ralla<tue avant le premier jour dti inni-t prochain, et pendant lewlits huit jours li-s choses resteront dans lelatoii elles sont à pifeentpar rap|)(>ft à la citailelle, et les lioslilitésce*serotil de uiCtne que Ions les travaoN, A la r<?»erTp d'une ligne qui sera tirt'ci'l élevée sur l esplanade entre la citadelle et la ville , et à un tiers <ie distance de la viltc, pouilfi .iCireléUnt fies troupes de S. M. qiw (îes troupes liollaiidoises. Ciîtle ligne sera gardée |*ar les trou;)esdu Roi.

S. M. iw ferfl[iiHntallaniier laciladellesur lonle l'étendue de ['esplanudttni des partieiidu lentpart qui joignent la ville à la citadelle.

Lu citadelle, ila son cû(i\ ne tirera sur la ville sohs aucun préirxie.

Le pâle de Saint-Marttn restera neutre, ainsi t^u'il en a été usé an dernier siéffc.

Il sera permis à M. le baron d'Arlli de laisser d.ins la ville un ofticier on riHiimissaîie poiu- .sadre.^sDr à celui qui V commandera afin d'avoir son assistance pour la prdice, les plaiiiles ou les choses dont il pourvoit avoir fce^oin.

Il laissera un oflicier de juiiieur.') pour indiquer â cens du Roi le-s mines et souterrains di^peu<lant de la ville, lequel serA ivuvoyê dans la citadelle au bout lie trois jours. Fait double à Tournay le 23 mat 1745.

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que les pages de la petite écurie prétendent que c^est à eux à porter toutes les nouvelles, et se fondent sur une raison qui est que le premier page portant la cuirasse du Roi est censé ne devoir jamais le quitter; mais M. de Boysseulh le gagna de la main, et s'adressa à M. de Richelieu sur le champ de bataille ; M. de Richelieu demanda l'ordre du Roi et M. de Boysseulh partit sur-lechamp. M. de Lordat prit la liberté de faire à ce sujet ses représentations respectueuses au Roi ; le Roi lui donna deux petits soufflets avec un air de bonté et de familiarité capable de le dédommager de la préférence. La Reine a donné à M. de Boysseulh une montre d'or fort belle', M" la Dauphine une tabatière, et Mesdames une bague. A M. de Lordat , la Reine lui a donné une tabatière à deux tabacs, M"^ la Dauphine une montre d'or, et Mesda* mes une tabatière.

Comme il étoit près de midi quand la nouvelle de la prise de Toamay arriva et que la Reine étoit prête d'aller à la messe , elle donna ordre que Von chantât sur-lechamp le Te Deum et que ce fût l'abbé Blanchard , mais que ce ne fût que comme le substituant au psaume, voulant donner l'ordre an surintendant de la musique pour {aire chanter le Te Deum un antre jour à la chapelle en cérémonie. En effet , le surintendant en semestre , qui est M. Destouches, le fit chanter hier jeudi à la chapelle au salut. Pour exécuter Tordre de la Reine à la lettre, il auroit fallu qu'il n'y eût point eu de cha[ielain de U civtpelle en étole qui entonnât le Te Deum, [,arce qu« c'est là ce qui caractérise le cérémonial. On ne fit pas attention à cette ciroonstanoe, et l'abbé Brossean l'entonna d^ns la tribune de La musique «o étole. D'ailleurs il o'v avoît rien de ^as sase que eette déâmm provisoire, d'autant plus qœ IL W^tw^ins coa\'u:ot Xm-ta/iOÈfi qu« c'est uu hasard qu'il se soit frou%'é ici dans ee uotHnefit, et que d'aiUears il ne lui axuxMt p^ été posûble de Cure exécuter $ar4e-dbvuBp «oo le Demm. L» vuutltmâMUt» étt: U ma-

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siqiit^ ont paru confetits et les maîtres de la musique de la chapelle ne peuvent pas se plaindre. Aussi a-i-on dit à la Reine que depuis Salomon on n'avoit pas rendu un jugement plus éclairé et plus «équitable. Ce jugement n'est que provisionnel, comme je l'ai marqué. M. deSlaurepas a t'ait faire un mémoire oiî sont expliquées les raisons d6sdeu.\ partis (1), et Ta envoyé au Roi pour qu'il décide. Lorsque M. de Richelieu apprit h l'armée la requête présentée à la Heine par l'abbé Blanchard pour le Te Deum, ilen fut extrôn^ement piqué, et écrivit une lettre vive à l'abbé Bbmchard ; il écrivit en iin^me temps à M. Destouches et à M"" de Luynes. On trouvera ci-après la copie de cette dernière et la réponse faite par M™* de Luynes. La Reine étoit chez M™ do Villars lorsque M™* da Luynes reçut cette lettre; elle l'envoya sur-le-champ à S. M. La Reine en lut extrêmement choquée, et la déchira. M'"'' de Luynes lui montra le lendemain la réponse <]u'elle avoit faite; la Reine, qui n'aime pas M. de Bicheiieu et croit avoir sujet de se plaindre de lui, trouva la réponse trop douce; elle voulut que M™ de Luynes lui marquât qu'elle n'avoit pas osé lui montrer sa lettre. M'"" de Luynes prit la liberté de représenteras. M. que lorsque le nom du Roi paroissoit, on ne pou%'oit user de termes trop mesurés.

Lelfre de M. de Richelieu à M'"" de tMijttes.

Alt rariip Kuiis Tourna^, le 2S mai 1743.

Je n'ai pu me. dispmisur, Madainc, di? rendre compte au Roi que nonobstant fcs dm.siaus eu faveur des maîtres de nuisiqtie de la eliaiiibrc , l'ablié Bl.iucliard avoit su trouver dt's protectious auprès de la Ri'iiic qui lui avoieut fait exécuter le Te Deum cliauté pour la bataille de Foutenoy, ce que S. M. a fort dé.^approuvé ; et je ne vous dis-

(1) J'ai ap|iri$ du|iiii.s queli|iies ioiirÀ que It) Rai avoil mandé que les sur- Inlenrlants .ly.int la posse-ision il ne fui toit rien rl>anger jusqu'à son retour. {i\ote(tti duc de f.utj nés, iidiéc: «lu lîjuin 1745.)

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