MAI 174S
simulerai point, Madame , que sans les bontés dont je sais que vous honorez Tabbé Blanchard j'aurois proposé au Roi de le punir de sa témérité d'avoir osé réveiller un procès perdu et jugé il y n longtemps. Ainsi, Madame, si pareille dispute se réveilloit pour le Te l)eum do la prise de Toumay, je vous supplie , Madame , de vouloir bien rendra compte à la Reine des ordres du Roi.
Je TOUS prie d'être persuadée du respect avec lequel j*ai Thoniieur d'être, Madame, votre très-humble et très- obéissant serviteur.
Le duc oc Richelieu.
Réponse de M"^ la duchesse de Luynes à M. de Richeliett.
VersaiUet, 2S nui «740.
J'ai rendu compte à la Reine, Monsieur, des ordres du Roi ; elle m'a dit simplement qu'elle les avoit prévenus en demandant un le Deum jeudi par les musiciens de la chambre pour la victoire que le Roi a remportée. Pour moi, Monsieur, je ne donne ni protection ni prédilection à ces Messieurs, et vous pourrez punir ou récompenser à votrv choix. Je n'ai vu que du zèle de part et d'autre , et je doute que cela puisse déplaire au Roi si vous voulez bien leur rendre justice.
Du samedi 29, Versailles. — Nous apprîmes il y tt quelques jours que le Roi a donné 4-,000 livres de pension à M"' de Talleyrand. Elle a été traitée dans cette occasion à peu près comme M*"' de Rupelmondé, dont le mari fut tué en Bavière il y a quelques mois, comme je l'ai marqué. H*"' de Rupelmondé a eu 6,000 livres de pension; mais c'est parce qu'elle ne jouit pas présentement des appointements de dame du palais, dont H""' de Ru|:>elmonde, sa belle-mère, s'est réservé la jouiswmce en lui cédant sa place ; et il a été dit, en accordant les 6,000 livres de pension, qu'elle sera réduite à 4,000 lorsque M" de Rupelmondé entrera en joam&ncfs de» appointements de dame du palais. M** de Rupelmondé n'a point d'enfants, ayant perdu, comme je Tai marqué, un UIj» unique qu''eUe avoit. D'ailleurs il paroU impoMuble qu'ayant des droits à ex<nreer dans la tmcnemon an m. \*i duc de Gramont, son père, qui éioit fort rîctie , ell« n'ait du bien à espérer. M** de Jalïesnnd a cinq ieHt*mi* ni
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uue fille , très-peu de bien et peu ou point d^espërances.
On sait aussi depuis quelques jours que le Roi adonné le régiment de Normandie, vacant par la mort de M. de Talleyrand, à M. de Périgord, son fils du premier Ht, qui étoit capitaine dans le dit régiment.
M'" la maréchale de Ciiaulnes mourut la nuitde lundi à mardi, à Paris; elle étoit âgée de cinquante-six ans; il y avoit trois ou quatre mois qu'elle étoit fort incom' modée ; elle avoit eu longtemps la fièvre et n'avoit pas voulu exactement faire ce qui lui étoit ordonné. Elle est morte d'un abcès dans le poumon , d'une pierre dans le foye et de l'eau dans la poitrine. Il n'y avoit que sept ou huit jours que l'on s'étoit aperçu que ses crachats étoient mauvais ; cette maladie a été beaucoup plus vite qu^on ne pensoit. Elle étoit Beaumanoir, fille de M. de Lava, din, ambassadeur à Rome ; elle étoit née à Rome méme^ et en étoit sortie dans le temps de Texcommunication de M. de Lavardiu. Elle avoit eu un l'rére aîné, lequel mourut, jeune sans enfants ; il avoit épousé une sœur de M. le maréchal de Noailles , laquelle vit encore. Elle avoit beaucoup de vertu et de piété et avoit toujours eu une conduite irréprochable. Elle avoit eu environ 550,000 livres en mariage. Elle avoit toujours eu un peu d'humeur ; sa figure n'étoi t ni bien ni mal quand elle étoit jeune, mais elle n'avoit nulle grâce. Elle ne laisse d'enfants que M. le duc de Chaulnes , commandant des chevau-légers, M""^ duPiessis-Bellière, qui avoit eu deux garçons et qui est restée veuve sans enfants, et une fille religieuse à Montargis. M'"^ la maréchale de Chaulnes avoit eu deux autres garçons, qui sont morts il'nn sans être marié; l'autre avoit épousé M"** de Courcillon (1), aujourd'hui M""' la princesse de Rohan, dont il avoit eu une fille, qui est morte. '
(l) Mane-Sopliie de Courcillon, petite-fille du naarqubdcBangeau.
le^H
Il y a quelques jours que l'on apprit ici la mort de M. le maréchal de Broglie ; il est mort le 23 ou le 24, dans sa terre de Chambraye en Normandie, qu'il avoit fait appeler Broglie ; il avoit au moins soixante-treize ans.
Il y a trois jours que M. le premier président (1) vint ici prendre èongé de la Reine et recevoir ses ordres pour la Flandre. Il va à la tête d'une députation du Parlement complimenter le Roi sur >le gain de la bataille de Foutenoy. C'est l'usage que le Parlement aille complimenter le Roi dans toutes les occasions importantes, partout où il est; il demande toujours la permission du .Roi en pareille circonstance, et ordinairement le Roi les dispense de ce devoir. L'année passée il n'y eut que le premier président seul qui obtint la permission d'aller faire compliment au Roi, à Metz, sur le retour de sa santé. La Compa^nieaeuquelquejalousiede cette distinction, el s'est adressée à M. le chancelier pour obtenir la permission d'avoir l'honneur de le saluer. La députation est de huit présidents (il n'en reste que deux pour continuer l'administration de la justice), six conseillers de grande chambre , six des autres chambres et deux de MM. les gens du Roi. C'est le premier président qui défraye les conseillers et qui les voiture ; il cx)mpte qu'il lui en coûtera 1,000 pistoles pour ce voyage.
M°^ de Luynes est incommodée depuis environ un mois, d'un rhume très-considérable ; elle a gardé sa chambre environ quinze jours depuis ce temps ; il s'est joint un peu de fièvre depuis. quelques jours. La Reine lui a fait l'honneur de la venir voir^ presque tous les jours qu'elle a gardé sa chambre, avec toutes sortes de marques de bonté et d'amitié ; elle passe à la porte de M"' de Luynes en allaut et revenant de chez M*' la duchesse de Villars, où elle va presque tous les jours ; mais avant-hier jeudi
(1) Reaé-Cbarles de Maapeoo.