‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 3)Chapitre 84 sur 94 · J64 MÉMOIRES UU DUC DE I.UYNES · texte numérisé non relu

J64 MÉMOIRES UU DUC DE I.UYNES

elle donna à M™* de Luynes une mai'que de bonté et d'alleniiou bien plus marquée et qu'on ne peut assez sentir. La Reine soupe avec des dames presque tous les jours gras et souvent avec M""' la Daupliine et Mesdames; elle joue à cavagnole après souper. Jeudi M'"" la Daupbinu et Mesdames avoient soupe avec laReine; la Reine aussitôt qu'elle Tut hors de table sortit avec une de ses dames seulement, sans que l'on sût où elle alloît; elle vint un moment voir M°" de Luynes, qui étoitdans son lit, lui fît mille amitiés et s'en retourna ù son jeu.

Du iandi 31, Versaille.'i. — M. le duc de Charost a écrit au Roi au sujet de la bataille de Fonteuoy; il m'a montré la réponse, qui mérite d'être gardée : on la trouvera à la fin de cet article.

Nous avons appris ces jours-ci que le Roi a donné le régiment des Vaisseaux, qu'avoit M. de tiuerchy (1), à M. d'Aubeterre , fîl.s de M. de Jonsac. M. d'Aubeterre s'est dislingué dans la journée de Fonlenoy. Le Roi lui a donné outre cela 2,000 livres de pension et la qroix de Saint-Louis, Le régiment des Vaisseaux, qu'avoit M. de Giierchy, a perdu prodigieusement à cette bataille ; il y a eu (juatre cent trente soldats et trente-quatre officiers tués ou blessés. Depuis le commencement de cette dernière guerre, il a toujours' été employé, a perdu beaucoup, et M. de Guercby Ta presque entièrement relevé.

fl y a actuellement un grand procès entre M. l'archevêque de Paris et M. le grand prieur. C'est à l'occasion des prières de quarante heurcii. Chaque évéque et archevêque ayant reçu la lettre du Roi a donné aussitôt un mandement pour ordonner les prières de quarante lieures dans son diocèse. M, l'archevêque a donné le sien il y a longtemps. M. le grand prieur, qui prétend

(I) Le Roi avoil ilonni^ k M. Iii duc de; Biion te régiment des gaides fninf;oUei vjcflnl |i:ir 1,1 11)01 1 (le M. le duc de Cm n khi I [ .\vte du ituc de Luynes.)

avoir toutes juridictions dans l'enceinte du Temple, a donné aussi un mandement pour ordonner les prières de quarante heures ; il a fait afficher ce mandement dans le Temple, et a même ordonné des prières différentes de celles ordonnées dans le mandement de M. Tarchevéque. Cette démarche a été faite sans faire aucune honnêteté à M. l'archevêque, lequel de son côté s'étant fait représenter le mandement dé M. le grand prieur, qu'il a fallu enlever à une des affiches, l'a communiqué à l'assemblée du Clergé. Il y eut à cette occasion, il y a quelques jours, ijne assemblée chez M. l'arche vêéflie, composée de plusieurs archevêques et évêques et de plusieurs avocats (1). L'entreprise de M. le grand prieur discutée avec grand soin est trouvée sans aucun fondement. Le Clergé prend fait et cause pour M. l'archevêque, et parolt déterminé à poursuivre cette affaire avec la plus grande vivacité. Plusieurs des prélats y sont intéressés personnellement, ayant à craindre pareilles entreprises dans leurs diocèses.

Je n'ai point marqué que le Roi a donné une pension de 6,000 livres à M. de Lowendal. 0 a demandé que cette pension fût sur la tête de sa femme, qu'il aime beaucoup. J'appris il y a quelques jours que M. de Lowendal est frère de mère de M. le maréchal de Saxe (2). On sait que

(1) L'assemblée du Clergé aux Grands- A ugustins continua comme à l'or* dinaire pendant cette assemblée chez M. l'arclievéque. J'ai marqué ci-dessus qu'au commencement de l'assemblée, elle nomma Imit présidents, dont quatre ' arclievéques et quatre é?éques. Il n'arrive presque jamais qu'un évèque préside, parce que les quatre archevêques ne sont point absents en même temps. Cependant comme ils se trouvèrent tous quatre à l'assemblée de chez M. l'archevêque, ce fut un évéque qui présida aux Grands-Augustins. (Note du duc de Luynes. )

(1) Cette anecdote avoit été contée à M»"! des Alleurs, mais Mine de Luynes en a parlé à M. de Bernstorf, qui est Hanovrien, comme je l'ai dit. Il dit que M. de Lowendal n'est qu'à un quart de lieue de chez lui, qu'il a connu son père, et que toute cette généalogie n'a aucun rapport avec celle dé M. le maréchal de Saxe. M. de Saxe est (ils d'une chanolnesse qui n'eut T. VI. 30

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M. le maréchal de Saxe est bâtard du roi Auguste; sa m^re étoit maltresse du roi Auguste, et épousa ensuite

M. de Ijowendal (1).

Copie de la lettre du tioi en réponse à M. le duc de Ckarost.

Mon cousio, je suis très-sensible à la joie que vous a causée Tbeureuse journée que Ir' bon Dieu nous a donnée, .rpspèrc bien vous retrouver à lii fin de la eanijiagne en aussi Iioiuie sauté que je vous ai laissé en pcirtant. .f<! ne crois pas qu'on trouve que j'aie perdu de temps. Je joins id ta Gazette; la façon dont notre affaire est tournée dans celle de Bruvelle^est bonne, sans pourtant qu'ils y aient aussi menli qu'eu leur coutume. Il faut voir ce tpie la suivaule dira, car il fuudira bien qu'ils y disent quelque cliose de plus. Sûr comme je le suis de votre attaebement, vous ne devez pas douter de mou amitié. Au camp devant Tournay, ce 19 mai 1745.

hours.

Outre cette lettre, le Roi a dit à M. de laVauguyon (qui a épousé ia petile-fille de M. le duc de Charost) qu'il croyoit bien (jue, malgré la joie de M. le duc deCharost; il étoit persuadé ((u'il n'étoit pas encore revenu de la frayeur et de l'inquiétude que luiavoit données son attachement pour sa personne, et que sûrement M. le duc de Bélhune ne pouvoit pas se consoler de ce que sa santé ne lui uvojl pas permis dètro auprès du Hoi dans cette occasion. M. le Uauphin, en recevant lescompliments respectueux de M. le duc de Charoslj par M. de laVauguyon,

jamais d'autre folbles^se qii« celle-là ; elle ne relira ensuite clans un chapitre «loiit elle devint supérieure, où elle véuut Irés-ri^gulièrement. Le roi Auguste conserva toiijuurs une extrême considération pour elle. {iSote du dttc de Liiynes. )

( 1 ) D'aprèji le JJicliontiuire de la Noblejixe,\\'o\t\emiiï, cornte «Je Lowendal, avait i^potjsi^: 1" 1<> 23 janvier 1725, 'l'Iiéoilore-Fîugènu , tillti du liaron Aiiifd«e de SdunE'ltau, liLMttrtiant ;;ihicral au serviie ûu Saxe, iju'il réjiudia en 1736; T' te ;t uovRnibr« HMi , Harb^-Aladcluiiit-ÉlisabeUt, liile du comte François île Szeuilteck, et fenime lepodiêe de Jean Clément, cflmte <ie liraniky, petit Ift^ncral ilc lu couronne de l'^olojjUie.

La mère du tnarêcbal de Saxeae nommait Marie-Aurore Je KœnigâinRrck.

JUirv 174», 467

jlui a dit qu'il t'ioit bien persuadt^ de sa joie, et de sou aUàjchenienl, qu'il auroit été fort aise de recevoir mm lettre [de lui et qu'il l'aimcii beaucoup.

jum.

GoovemenoÊnt donné au comti; de Bavière. — Affaire du grand prieur avec le Ciflfgé. — Bruits «ur une lettre du Daupliîn. — Poëme de VolUiirc sur la batailk d<* l'ontcnoy. — Droit des Cent-Suisses. — Moit d« rav<ifal Le Nonnanl. — M. de Casleliiioron. — Sif'gcdtla titadellc «le Tuiuiiciy. — Récouijienstîs accord^^es par le Roi. — Logeim'iils de Versaille;*. — Lettres du nijirquis d'ArsensoH ft du niarédial de Saxe. — Services a la chapelle; céri'iiioniail. — Di^taih sur le DaiipLifi ii l'armée. — ReLoiir <le in d«fpiitiitii>n du Parlement. — Cbàtea» de Cliin. — Boiiti* delà Reine piur M"" de Luynts. — Avantages rciiipmlés |iar le rot de Prusse sur les Aulricliicns.

— Iluinanil*^ du Hoi devant Touriiay. — Expériences de pliysique de l'alibé Nolliît. — Discours du président Le CaiouH au Roi, — Lettre du Duupliin ai) duc de Diarost. — Le duc d'York à Filï.-Jame.s. — Counuenceiiteiit du jubilé. — Kttj^iuieuts donnés. — Mot du Roi sur le duc do Cliuvreuse.

— Bataille de 1 ricdberg. — Uruuilleries dun.s le quartier du Koi. — Régiinunts donnés. — Faveur de M. de Ricticlieu. — Occupalions dti Roi ; on ne trouve pas assez de monde pour remplir sa table; se> r<;latiim.s avec le Dauphin. — Caractère du duc d'Ayen. — Vers .sur la liataiHe deFontenny composés par Hoy. — M™« d'tlioles; on lui prt^pare t'appartetuent de M""- de Chàleauroux. — Plépt)n^sl^ du Roi sur une demande de M""' de Belïunre. — Vers de Voltaire h M"'" d'Éliole». — Capitulation de la citadelle de Tournay . — Hulans du maréchal de SAxe. — .Soupers de la Reine c4iez .M"'*^ de Lnynes.

Du lundi V, Versailles. — J'ai appris depuis peu de jours que le Roi a donné le gouvernement de Péronne à M. le comte de Bavière; ce gouvernement étoit vacant par la mort de M. le marquis d'Avai'ay.

L'affaire du grand prieur avec le Clergé continue à .faire beaucoup de bruit. Mon frère me mande que le grand prieur paroit vouloir soutenir ses prétentions avec vivacité. L'année passée il y eut des prières de quarante heures et le grand prieur ne fit aucune démarche ; il a peut-être cru cette année (jue l'assemblée du Clerç*^ étoit un temps favorable pour faire décider plus authentiquemont la^ réalité de ses droits.

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