MÉMOIRKS DU DUC DE LUYNES
bombes que l'on y jette et surtout de comrainges (l). Le gouverneur a fait difficulté de recevoir les femmes et les enfants de la garnison, et l'on a pris le parti de les faire mettre sur l'esplanade entre la ville et la citadelle. Les États Généraux auroient volontiers consenti à rendre la citadelle, mais les Anglois s'y sont opposés.
On mande de l'armée que la santé de M. le maréchal de Saxe est dans l'état du monde le plus affligeant, et que le Roi parolt avoir une grande estime et une grande considération pour M. de Lowendal; d'ailleurs, qu'il y a beaucoup de divisions dans les courtisans et beaucoup de jalousie contre M. d'Argenson le cadet, qui s'en embarrasse peu à ce qu'il me semble, ne voulant dépendre de personne que du Roi.
On a beaucoup parlé à Paris d'une lettre écrite par M. le marquis d'Argenson à Voltaire après la bataille , laquelle est remplie d'éloges excessifs pour le Roi; il finit par dire qu'il vient de travailler avec le Roi et qu'il va dépécher des courriers pour travailler à la paix. La lettre de M. le maréchal de Saxe après la bataille est bien plus simple sur ce qui regarde le Roi, et peut-être. au moins aussi llatteuse ; M. de Saxe ne dit point que la bataille ait jamais pensé être perdue, car il ne l'a jamais cru. 11 a voit préparé des ressources pour tous les événements, et a su en faire usage avec promptitude et liuliilelé. Il dit qu'il n'a jamais remarque la moindre altération dans le visage du Roi, et que la contenance ferme et assurée de S. M, lui a donné la liberté de faire
(t) « Comihiiiii^esétail grani, mais d'une grosseur prodigieuse, Ijomme d'esprit cl forlilii SM""' mnnrle, prnsrjiu! toujours aide de camp du Roi et tuti-
jtiurs bien Iratléde lui, mais lilwrlin C'esLtle la grosseur de CoramliigesqMe
^es courli-ansaToient nammé de» morlier:; d'un certain calibre et des bombes ; €e Tut (i'aborrl une plaisanterie qu'il trouvait Tort mauvaise , tuais qui s'est tourné*^ lieptjis en liabilud« et en usage cunstant. » {Addition de Saint-Simon au Jouniaf de Danrjeatt, ilu il mai lll'i, tome XIV, page lâO.)
opérations rrècessaires aver, la même facilité que si le Roi n'eût point été à cette action.
Du samedi 5, Versailles. — La Reine a été aujourd'hui aux premières vêpres en bas; c'étoit mon frère qui officioit. 11 seml>loit qu'en l'absence du Roi le grand aumônier de la Reine devoit être à droite de S. M.; mais M, rarchevêque de Rouen, qui y étoit en habit long violet, ainsi que M. l'évéque de Mirepoix, est demeuré A sa place ordinaire à gauche à cMé du prie- Dieu, en dehoï"s du côté de l'autel. A gauche de M. l'archevêque de Rouen étoient l'aumônier de quartier de la Reine et celui de M""^ la Dauphine, et dans l'épaisseur du prie-Uieu, aussi à gauche, M. l'abbé de Saint- Aulaire, aumônier ordinaire. M. l'archevêque de Rouen m'a dit qu'il avoit été réglé à Metz qu'il conserveroit cette place en l'absence du Roi comme en sa présence. C'est un moyen siir de n'être jamais déplacé dans aucun cas. Cela s'observe de même chez la Reine pour le premier écuyer : loi*sque le chevalier d'honneur y est, il est assis derrière la Reine, à la chapelle et aux spectacles. En son absence, le premier écuyer, qui n'a point de place derrière la Reine, ne prend point la place du chevalier d'honneur; de même le chevalier d'honneur, qui est toujours à la gauche de la Reine et lui donne la main droite, n'est janiais remplacé par le premier écuyer, mats par l'écuyer de quartier. Le premier écuyer, en l'absence du chevalier d'honneur, lui présente toujours la main gauche. Aujourd'hui, à la droite du prie-Dieu, un i>eu plus en avant de l'autel que M. l'archevêque de Rouen, étoient le confesseur de la Reine et celui de M"* la Dauphine, qui n'ont point de place marquée. M"* de Luynes et M"* de Villars étant incommodées, il n'y a eu derrière le fauteuil de la Reine (jue l'officier des gardes. M"' la Dauphine étoit à genoux un peu en arrière de la Reine à droite, Madame à gauche de la Reine, et M** Adélaïde un peu en arrière de M°* la Dau-