ANNÉE
JAHTIEB.
ArriTée de Madame Infante à Choisy et à Versailles. — Le marquis de Mirepoix. — Chapitre de l'Ordre; nouYeaux chevaliers; M. de Saint Séverin. -^iJbs bourses d'or àoniées par les trésoriers de l'extraordinaire des guerre». — Bouquet de fleurs fait à la manuf^iure de porcelaine de Vincennes et offert à l'électeur de Saxe. — Mes^ pour les chevaliers de TOrdre morts pendant Tannée. ~ Tragédie de CaiiUna; critique. -Augmentation à la pibmo^dn. — Tables pour la maison des deux Infantes. •— Nouvelles div^rtes dè>1a Gou/. — Alrii^ée de Tintante Isabelle. — Voyages et occupations du Roi. — .Madame Infant|d. — MM. de Fleury. ~ Mort de M"« de Linemare. ^ W^^ de (^qnzalès et la petite Infante. — Tableaux présentés Éu Roi. -- Signature de contrats de mariage. -^ W^^ d'Estrades nommée dame d'atours de Mesdames. -«- Baptême du fils de Mi de Tessé et usage.
— Abbayes données à â'abbé de Saint-Cyr Intendant nommé conseiller
d'État — Spectacle des cabinets ; la Reine y assiste. — Le rhinocéros. — Chassei du Roi; combien le Roi a pris de cerfs depuis 1732. — Duels dans le réglment^le Picardie. — Historique des canaux de Briare, d'Orléans et du Loing. -r- Indisposition du Dauphin et de Madame Infante. — Mort et mariage. — Consultation pour M"iMa Dauphine. — Maladie de la duchpsse d'Orléans et du prince de Rohàn. — Spectacle des cabinets et acteurs. «^Changement aux entrées chez le Roi.. -^ Audiences. — Médaille à Toccasion de la paix. — Tableaux de Coypel et tapisseries pour Télecleur de Saxe. — Élection de la supérieure de Saint-Cyr. — M. et M"e Brignule. <— Le Roi accorde phisieurs surviraoèés. — Audience du général de 4*urdre de Saint-Antoioe>et ^détails sur cet ordre. --« Présentations. — Mort du prince de Rohan. — Pension accordée à M. de Puisieux. — Évacuation dés pays conquis. — Maladie de la duchesse d'Orléans ; douleur des pauvres, ^u. Le duc d'Orléans embrasse son fils, et ne veut pas se réconcilier avec. lui, — Les Anglois attaquent llle de France. — La Dauphine fait une fausse couche. — Détails ^ur l'attaque de Tlle de France, —r Retour et présentation de M. du Theil. — Mort du chargé d'affaires d'Autriche.
Ihk' mercredi 1'% Versaille$. — Madame Infante arriva avant-hier deThoury, entre; deux et trois heures après midi, à Villeroy. On Tavoit coiffée à la françoise à Thoury, car «lie y arriva avec un toupet de grands che-
veux que Ton faisoil tenir avec un peigne recourbé; c'est la mode d'Espagne. Elle fut reçue du Roi avec de grandes marques de joie; elle dîna à Villeroy, et en repartit ^immédiatement après; elle arriva entre cinq et six àChoisy, où Mesdames étoient déjà arrivées. Ce fut un moment bien agréable pour M"* Henriette, qui a toujours aimé Madame sa sœur avec la plus grande passion. La joie de M. le Dauphin ne fut pas moins vive, et dans le premier moment il embrassa tout.ce qu'il vit, même les caméristes.
Lés ministres étoient à Choisy^ où ils furent présentés; il y eut aussi plusieurs hommes et femmes qui avoient eu permission d'y aller et qui furent présentés en même temps; ces présentations furent faites dans la chambre du Roi, comme à l'arrivée de M"^ la Dauphine (d'aujourd'hui). La Reine envoya d'ici M. le maréchal delaMothe, et M""^ la Dauphine M. le maréchal de la Fare, à Choisy, pour savoir des nouvelles de Madame Infante et lui marquer l'impatience qu'elles avoient de la voir arriver.
Le Roi coucha à Choisy et y dîna le lendemain ; il partit immédiatement au sortir du dîner, sur les quatre heures, ayant dans son carrosse M. le Dauphin, Madame Infante etMesdames. Le Roi arriva ici sur les six heures, et vint d'abord chez la Reine. La Reine, à la première nouvelle de l'arrivée du Roi, s'avança dans son antichambre , ^et après des embrassades fort tendres elle rentra dans sa chambre. Le grand cabinet, la chambre et le salon étoient entièrement remplis. Il y eut une conversation debout qui dura plus d'une demi-heure. Madame Infante est assez considérablement engraissée depuis son départ d'ici ; son teint est fort bruni; d'ailleurs son visage n'est point changé. Elle parut fort occupée de donner des marques de bonté à M"* de Muy et à M°* de la Lande, » qui ont été ses sous-gouvernantes. M. le duc de Monteillano, son majordome major, étoit avec elle; il est grand d'Espagne; mais sa taille et sa figure ne sont pas avanta-
geuses ; il a soixante et douze ans et a l'air d'en avoir quatre-vingts. Il est extrêmement petit ; on trouve qu'il paroit à peu près de la même taille que M. de Moussy, dont j'ai parlé ci-dessus.
Madame Infante présenta à la Reine M"*^ de Lède, sacamerara major. Je ne me souviens point de l'avoir vue ici ; , elle y étoit cependant à. la naissance de M"* Adélaïde ; mais ceux qui l'ont vue dans ce temps-là disent qu'elle n'est point changée, qu'elle est seulement vieillie. Au sortir de chez la Reine, le Roi descendit chez M™^ la Dauphine; la Reine le suivit, Madame Infante et Mesdames; la conversation y fut assez longue. Madame Infante alla ensuite chez elle, dans l'appartement deM™*^ la comtesse de Toulouse, comme je l'ai marqué; Il y avoit déjà beaucoup de dames et d'hommes qui s'y étoient rendus; on n'avoit compté dans ce moment n'y présenter que le service; mais comme il y avoit beaucoup de monde, on présenta tout ce qui s'y trouva. Madame Infante étoit debout, le dos tourné au lit; tous, hommes et femmes de la Cour, prenoient le bas de sa robe, et elle faisoit l'honneur de saluer et elle baisoit ceux et celles qui étoient titrés. Mon frère lui fut présenté, mais sans baiser le bas de la robe : c'est l'usage pour les évèques. Les cardinaux et les évèques titrés la saluèrent par une profonde révérence, sans prendre le bas de la robe, et furent baisés. M'"® de Lède assistoit à toutes ces présentations; mais comme elle ne connolt personne de ce pays-ci, ou au moins fort peu , M"* la maréchale de Duras et M. le comte de Noailles furent toujours derrière Madame Infante pour lui nommer ceux et celles qui lui étoient présentés. M"^ la princesse de Conty lui présenta M""® la duchesse de Chartres, qui a été mariée depuis le départ de Madame Infante, et M. le prince de Conty, M. le comte de la Marche. Après les présentations, qui durèrent fort longtemps. Madame Infante alla souper chez M'°^ la Dauphine avec Mesdames.
Hier, M. de Puisieux présenta au Roi M. le marquis
de Mirepoix, qui arrive de Farinée d'Italie et que le Roi a nommé son ambassadeur à la cour de Londres. M. de Mirepoix disoit aujourd'hui que lorsqu'il fut nonmié ambassadeur à Vienne , le seul transport de ses meubles et équipages et les fraisdu voyage pour s'y"^renàre lui avoient coûté 25,000 écus ; il espère fort que les frais de transport à Londres ne seront pas à beaucoup près si cher, à cause de la commodité des rivières ; il compte que cela pourra ne monter qu'à 2,000 écus.
Il y a eu aujourd'hui chapitre de l'Ordre, à onze heures un quart ou environ ; on a fait entrer tous les chevaliers présents; il y en avoit cinquante-quatre, en comptant les quatre grandes charges. Dans ce moment, le S' de Perceville, huissier de l'Ordre, s'empare de la porte du cabinet. Lorsque nous avons été tous entrés, le Roi, debout derrière son fauteuil, nous a dit : a Messieurs, j'ai S vous proposer quatre nouveaux chevaliers, dont deux ducs et deux ambassadeurs. Aussitôt M. de Saint-Florentin a lu : M. le duc d'Ayen, M. le duc d'Estissac, M. de Vaulgrenant et M. de Lanmarie. Immédiatement après, on a fait entrer M. de Saint-Sé vérin (1), qui étoit en habit de
(1) Je crois avoir marqué ailleurs que M. de Saint- Séverin est étranger: il est de Parme; son père a été ici envoyé du duc de Parme (*); lui-même a rempli cette fonction. M. de Saint-Sé vérin n^avoit que quatorze ans quand il vint la première fois en France; il y resta jusqu'à Tâge de dix-huit ans; il retourna ensuite ciiez lui, où il demeura quatre années. Il comptoit y retourner encore lorsque le Roi jugea à propos de renvoyer à Aix-la-Gliapelle. M. de SaintSéverin a environ 18,000 livres de rente de son bien chez lui, dont il n'^ rien touciié pendant la guerre; on lui mandoit toujours que le revena étoit entièrement employé aux réparations ; il a eu assez de bien de sa femme, qui est^ comme je l'ai dit, fille de M. Vilfemur, garde du trésor royal ; mais il a entièrement mangé tout ce bien. Il n'a qu'une fille, qui est âgée de douze ans. Lorsqu'il fut question d'aller à Aix-la-Ciiapelle, M. de Saint-Séveriu balança beaucoup avant que de se déterminer, ne pouvant plus rien manger de la dot de M™c ae Saint-Séverin et ne voulant plus faire de dettes. Son beau-père le rassura en lui disant qu'il avoit 200,000 livres toutes prêtes pour donnier à sa
(♦) M. de Sâint-Séverin fut envoyé extraordinaire du duc de Parme don Carlos, tils de Philippe V, roi d'Espagne, et depuis roi de^ Deux-Siciles.
JAJNVIER 1749. 275
novice; il s'est mis à deux genoux, et le Roi ayant mis son chapeau l'a fait chevalier de Saint-Michel, suivant Tusage ; il lui a demandé ensuite combien il y avoit de temps que M. de Lanmarie- étoit en Suède; M. de Saint- Séverin lui a dil; que c'étoit en 1741 qu'il étoit parti. Le S' Perceville a lu aussitôt après la liste des chevaliers présents pour que chacun prit sa place. On nomme ceux qui peuvent être présents, mais non pas ceux qui sont nécessairement absents; il yen avoit en tout trentequatre absents : ainsi c'est douze places vacantes. On a commencé aussitôt la procession, et l'on a passé parTescalierdes ambassadeurs, qui est libre comme s'il n'y avoit jamais eu de théâtre. On commence toujours parle Veni Creator, ensuite la grande messe. C'est M. l'archevêque de Tours (Rastignac), prélat de l'Ordre, qui a officié, et M"® de Rrionne (Montauban) qui a quêté. M. Amelot, maître des cérémonies, n'ayant pas été en état de venir, c'est M. de Saint-Florentin qui en fait les fonctions , fet qui est venu faire les révérences au Roi, suivant l'usage, à chaque temps de la messe où il y a quelques cérémonies qui regardent la personne du Roi. Après la messe ^ la réception de M. de SainlrSéverin s'est faite suivant l'usage ordinaire. Ses parrains étoient M. le maréchal de Tonnerre et -M. le marquis de Matignon; il avoit l'habit de novice etle manteau de M. de Biron . Il a pris son rang immédiatement après M. de Puisieux, c'est-à-dire marchant devant M. de Puisieux. M. l'archevêque de Rouen,
peCite-(Hle le jour qa'eUe se marieroit. Afne de Saint Séverin avoit épousé en premières noces M. de Houdetot, qui mourut environ en i726;elleen avoit eu si\ enfants, dont il ne lui reste plus qu'une fille, qui estM^e de Chazeron. M«»e de Houdetot, quoiqu'elle soit petile, étoit bien faite ; elle étoit vive et gaie, avec un visage assez agréable. M. deSaint-Séverinen fut amoureux trois ou quatre ans; il l'épousa en 1733. Il jouit en bienfaits du Roi de 31,000 livres de rentes, savoir 20,000 livres comme ministre, 8,000 livres de pension, qu'il eut lorsqu'il s'attacha à la France, et les 1,000 écus de l'Ordre. {Note du d%c de
qui est toujours incommodé, et H. le prince Charles^ qui a peine à marcher, ne se sont point trouvés au chapitre ; ils avoient demandé dispense ; ils se sont trouvés à la chapelle. La procession s'est faite àTordinaire pour le retour. Cette après-dlnée^ le Roi, la Reine et toute la famille royale ont entendu les vêpres dans la tribune, et sont sortis immédiatement après vêpres. La Reine est descendue ensuite chez M"** la Dauphine, dont la grossesse parolt se confirmer, et est revenue jx)uer chez elle à cavagnole. Il y a grand couvert ce soir.
J'oubliois de marquer que M. 'de Saint-Séverin a toujours porté le cordon depuis qu'oa lui a envoyé ; il Favoit quitté aujourd'hui avant sa réception.
Du vendredi 3. — Je ne sais si j'ai parlé ci-dessus des bourses d'or que l'on donne le premier jour de Tan.; on en donne au Roi, à la Reine, à M. le Dauphin et à M""* la Dauphine; on en donne aussi une à M. d'Argenson et même à M"*" d'Argenson. C'est un usage qui fut établi par M. de Lonati, trésorier de l'extraordinaire des guerres, il y a huit ou neuf ans. H. de Lonati étoit ami intime de M""* d'Angervilliers ; il ne fit pas attention que ce présent tireroit à conséquence pour ses successeurs ; et c'est ce qui est arrivé en effet; tous les trésoriers de l'extraordinaire des guerres ont continué de donner le même présent.
Hier M. le comte de Noailles présenta au Roi dans son cabinet M. de Carpentero , secrétaire d'État de l'infant (Ion Philippe ; il est venu avec Madame Infante.
J'ai déjà marqué que Madame Infante loge dans l'appartement de W la comtesse de Toulouse, laquelle s'est réservé seulement un cabinet pour pouvoir y recevoir le Roi au sortir du souper les jours de grand couvert. M"'de Lède mange ici à une table de douze couverts servie par les officiers de la bouche du Roi ; le Roi a donné ordre que cette table continuât tout le temps que Madame Infante seroit ici.
Hier M. de Fulvy, qui est toujours chargé de la manufacture de porcelaine de Vincennes, apporta à M""*^ la Dauphine un très-beau bouquet, dans un vase, fait à cettemanufacture(l),. C'est un présent que M°® la Dauphine veut faire au roi son père; on l'envoyé à Dresde sur un brancart avec deux porteurs, qui comptent n'être que trente jours en chemin. Le marché est fait à 100 sols par jour pour chacun.
Hier le Roi alla avec tous les chevaliers en procession entendre la messe des ^ morts. C'est une fondation faite il y a quelques années. Cette messe se dit tous les ans à pareil jour pour les chevaliers morts dans le courant de l'année. Ce fut M. l'abbé d'Harcourt qui officia; on descendit par l'escalier des ambassadeurs, comme la veille.
Dès l'après-dinée on commença à reconstruire le théà- •tre(2).
Du samedi 4. — Avant-hier, les Comédiens françois jouèrent ici dans la salle ordinaire la tragédie de Catilinay de Crébillon ; cette pièce, commencée il y a vingt ou vingtcinq ans, n'a été finie que depuis peu. Crébillon enavoit lu, dans différents temps,'des morceaux détachés, à ses amis; et tous ceux qui l'avoient entendue avoient impatience qu'il y mit la dernière main ; elle fut représentée à Paris à la fin de l'année dernière ; et comme elle étoit attendue depuis longtemps, il s'y trouva un monde prodigieux ; il y avoitdes loges louées depuis trois mois. A la première représentation, les suffrages furent partagés ; il se trouva un parti assez considérable qui remarqua et fit valoir avec ^in tout ce que l'on pouvoit critiquer dans cette pièce. Ce parti est moindre à la Cour qu'à Paris, parce qu'il y a moins de monde, mais il y existe aussi; ainsi la pièce a
(1) Voyez ci-après au 15 février.
(2) L'on compte que Ton a été quarante-six ou quarante-^pt lieures à le reconstruire, et l'on y a fait aujourdMiui une répétition pour demain. (Note du duc de Luynes, datée du 8 janvier 1749^
été critiquée. Le Roi, qui y alla dans sa loge grillée, en a porté le jugement qui me paroit le plus juste, suivant ce que j'en ai entendu dire, et le plus unanime; c'est qu'il y a des vers admirables dans cette pièce, mais peu dHntérét. On reprochée Crébillon de n'avoir pas doBué à Cicéron un personnage qui réponde à l'idée que Fhis- . toire nous donne de lui dans la oonjuration de Catilina ; mais Crébillon, pour se justifier, répond qu'il n-'a jamais aimé Cicéron, et que pour dédotûmàgementil lui fera faire un personnage fort différent dans une- pièce qu'il va donner incessamment, intitulée le Triumvirat, àl semble qu'il auroit été plus à sa place et plus conforme à l'histoire de mettre le beau personnage de Cicéron dans Catilina que dans le Triumvirat.
M. d'Argenson travailla hier avec le Roi. L'on sut au sortir de ce travail qu'il y a eu une petite augmentatioii* à la promotion. M. le duc de Boufflers et M. de Bissy ont été faits brigadiers.
Du dimanche 5, Versailles. — J'ai marqué ci-dessus que le Roi a ordonné une table de douze couverts pour M"® de Lède. M. de Bçauchesne, contrôleur de la maison du Roi, vient de me dire que cette table n'est que de huit couverts; elle est pour M"* de Lède, camerera major, pour M. de Montelliano, majordome major, et pour M. de Carpentero, secrétaire d'État de l'infant don Philippe. Outre cette table, il y en a encore trois autres de maître pour les principaux officiers de Madame Infante , et tout ce qui compose cette maison est nourri aux dépens du Roi. Ce même arrangement servira pour là petite infante Isabelle, qui arrive demain. M"*® de Greni- Gonzalès, sa gouvernante, mangera apparemment avec M"* de Lède. En un mot toute la maison sera nourrie comme celle de Madame Infante. Madame Infante n'a amené ici aucuns valets de pied ; elle n'a point de femme de chambre pour la servir; ce sont les caméristes qui en font les fonctions. Elles^se regardent cependant comme
au-dessus des femmes de chambre , et en effet elles sont ou elles doivent être demoiselles. Comme M. de Montelliano est malade depuis quelques jours, c^est H. le comte de Noailles qui accompagne Madame Infante toutes les fois qu'elle sort; il fait en quelque façon les fonctions de majordome major chez elle.
Du lundi 6 , Versailles. — Hier matin , au sorti» du prie-dieu du Roi , et lorsque S. M. étoit prêt à entrer dans son cabinet , les deux princes cadets de la maison de Wurtemberg, qui étoient à la porte du cabinet en dehors, prirent congé de S. M. Ils retournent chez leur frère aîné à Stuttgard; ils sont depuis assez longtemps en France. J'ai déjà parlé d'eux dans mes Mémoires. Pendant le voyage de Compiègne ils .étoient accompagnés d'un des principaux officiers de leur maison et de M. de la Tournelle, sous-introducteur des ambassadeurs; M. de Verneuil, introducteur des ambassadeurs en semestre , y étoit aussi. M. de Richelieu fit en même temps d'autres présentations de gens de la Cour. Le Roî s'arrêta quelques moments, et fit plusieurs questions aux princes de Wurtemberg sur leur retour.
Le contrat de mariage de M. le comte de Mortemart avec M"** de Rouvroy fut signé hier avant la messe; la plume fut présentée à S. M. par M. de Saint-Florentin. C'est comme parent que l'on s'est adressé à lui. Au sortir de chez le Roi, le contrat fut porté chez la Reine; son secrétaire de ses commandements, M. d'Auriac (1), y étoit ; chez M™* la Dauphine , son secrétaire des commandements y étoit aussi. Ce fut M. de Saint-Florentin chez M. le Dauphin et chez Mesdames. Madame Infante n'étoit point rentrée chez elle; elle étoit chez Mesdames, où elle signa , et ce fut M. de Saint-Florentin qui lui présenta la plume.
(I) M. Castanier d^Auriar, run des deux secrétaires des commandements, maison et finances de la Reine, maître des requêtes.
Madame Infante dîne loujoursavecMesdames, ses sœups; cette augmentation d'une quatrième personne a changé le service de Mesdames. Comme elles sont deux d'un côté et deux de l'autre , la dame d'honneur ne pourroit les servir toutes quatre. M"® la maréchale de Duras n'y fait aucunes fonctions.
On attend ici l'un de ces jours M. le comte de Bène, ambassadeur d'Espagne auprès du roi et de la république de Pologne- C'est celui que nous avons vu ici il n'y a pas fort longtemps; il vient d'être rappelé et s'en retourne à Madrid pour y exercer une charge que l'on vient de créer de directeur général de la marine. C'est pour tenir lieu de celle d'amiral qui vient d'être supprimée. Cette charge d'amiral vaut environ 800,000 livres de revenus; elle était possédée par l'infant don Philippe; mais comme il va s'établir en Italie, on a dit qu'il seroit hors de portée de remplir les fonctions de cette charge.
Avant hier, M. le duc d'Harcourt demanda l'agrément du Roi pour le mariage de M. le chevalier d'Harcourt, son neveu, avec M"* Rouillé. M. le chevalier d'Harcourt est frère cadet de M. de Lillebonne, tous deux fils de M"^ de Saint- Aulaire, qui est morte de la petite vérole, et de M. le comte de Beuvron, frère de M. le maréchal d'Harcourt. Le chevalier d'Harcourt a actuellement 12,000 livres de rente, et l'on en donne présentement 18,000 à M"* Rouillé. Elle n'est pas jolie, mais eUe est fille unique, et M. Rouillé est fort riche. C'est lui qui est à la tête de tout ce qui regarde le commerce; il a beaucoup d'amis et est fort estimé.
L'infante Isabelle est arrivée entre deux et trois heures après midi aujourd'hui, avec M"*® deGonzalès, sa gouvernante; elle a voit couché à Arpajon. Le Roi avoit grand empressement de la voir, et l'a reçue avec beaucoup d'amitié. A quatre heures il l'a menée chez la Reine, qui alloit sortir pour vêpres ; l'entrevue s'est faite dans le
salon de la Reine. Au retour de la chapelle, la Reine Ta envoyé chercher, et Ta vue dans ses cabinets. Je l'ai vue lorsqu'elle y est entrée ; elle est bien faite ; on dit qu'elle est assez grande pour son âge ; elle m'a paru petite, mais elle ne fait qu'entrer dans sa huitième année. Elle a un beau teint, les yeux petits, mais un visage assez agréable. Elle loge dans l'appartement de M. et M°* de Penthièvre, qui a une antichambre commune avec celui de Madame Infante. On ne la verra que chez M"* sa mère, et on ne lui fera point de présentation.
Le Roi, hier après le salut, alla coucher au château de la Celle. Il est revenu ce matin entendre la messe ici et tenir conseil des finances. Il a travaillé cette aprèsdinée avec le contrôleur général ; et après avoir été chez M"*' la Dauphine, dont l'état subsiste toujours, il est retourné à la Celle. Il chasse demain sans revenir ici ; il ne reviendra que mercredi pour le conseil d'État.
Du mardi 7. — Je croyois avoir déjà marqué qu'il y a trois dames de Mesdames qui accompagnent Madame Infante; elles font une semaine chez elle comme chez Mesdames. Les deux ou trois premiers jours elles étoient chez Madame Infante sans deuil; mais Madame Infante a demandé au Roi qu'elles fussent en deuil pendant la semaine qu'elles resteroient auprès d'elle , et elles y ont toujours été depuis.
Madame Infante n'a pas joué une seule fois depuis qu'elle est ici; lorsque le jeu commence chez la Reine ou chez M™® la Dauphine , elle retourne à son appartement, où on va lui faire sa cour. Elle aime beaucoup à se tenir debout; c'est un goût de famille. Elle s'occupe à écrire et à travailler à ses affaires. Madame Infante a présenté ce matin à la Reine , dans la chambre de S. M. , deux Espagnols, dont l'un est son majordome ( non pas major ) et l'autre son premier écuyer (1) . Celui-ci a
(1) Il s'appelle Sasatelli, et Pautre La Vera. Ils sont tous deux ce que Ton
suivi Madame Infante à la messe. Madame Infante se met dans la niche de la tribune qui est celle vis-à-vis celle delà Reine, M"** la Dauphine n'en faisant point d'usage présentement, parce qu'elle ne sort point. Le premier écuyer de Madame Infante s'étoit mis à genoux auprès de la banquette, mais non pas dessus. Quelqu'un de mal instruit lui avoit dit qu'il devoit se mettre sur. la banquette; il a refusé d'abord de le faire ; enfin il a cédé au second conseil^ et il a eu tort^ car il n'y a d'hommes qui aient ce droit que l'aumônier et le chevalier d'honneur, ou le majordome major qui le représente.
On. a eu ces jours-ci des nouvelles du prince Edouard ; l'on sait qu'il est à Avignon.
On a fait ces jours-ci une difficulté mal fondée à M"^ de Lède ; elle a pris son tabouret ici il y a longtemps; mais on croyoit qu'elle n'avoit pas payé la somme ordinaire en pareil cas. Le tabouret , comme je l'ai dit ailleurs , sa prend chez le Roi et se paye chez la Reine. M°^ de Lède vint ici en 1722 (1) avec son mari, qui étoit 'nommé pour commander les troupes destinées pour aller en Sicile ; elle prit alors son tabouret , et effectivement elle ne le paya pas; mais elle revint en 1730, et elle paya le droit.
Du vendredi 10, Versailles. — On apprit avant-hier, par des lettres de Montpellier, de janvier de cette aqnée, que le père de M. le duc de Fleury est mort dans ses
aftpelle majordome de semaine. M. Sasatelli est le premier, et en cette qualité est toujours premier écuyer ; c'est Tusageen Espagne. (Note du duc âe Luynes.)
On m'a dit depuis que ce sont deux charges séparées que celles de majordome de semaine et de premier écuyer. M. de Sasatelli a^Tune et Tautre. Lorsque M. de Montelliano donne la main à Madame Infante d*un côté, M. de Sasatelli la donne de Tautre^ et en Tabsence de M. de Montelliano M. de Sasatelli la donne d'un côté et M. de La Vera la donne de Tautre. Ils sont Tun et l'autre attachés à Madame Infante. {Seconde note du duc de Luynes^ datée du 10 janvier.)
(I) Il n'y aToit point de lieine alors. (Note du duc dp Làynes.)
terres; il étoit dans sa soixante et sixième année; il s'étoit appelé longtemps Rocozel ; il avoit été page du Roi. Il laisse cinq garçons et deux filles, dont Fatnée a épousé M. de Narbonne, marécbal de camp, et la cadette M. de Castries. L'alné des garçons est M. le duc de Fleury, premier gentilhomme de la chambre , marié à M"* d'Auxy et qui a actuellement trois filles. Des quatre autres garçons, l'un est H. Tévêque deflhartres, premier aumônier de la Reine ; un autre l'abbé de Fleury, abbé de Royaumont, et deux chevaliers de Malte, dont l'un a un régiment d'infanterie et l'autre est lieutenant de vaisseau.
On apprit il y a deux jours la mort de M"® de Linemare, supérieure de la maison de Saint-Louis à Saint- Cyr.
J'ai marqué ci-dessus, dans le volume de Tannée dernière, que M"*^ de Gréni-Gonzalès est gouvernante de l'infante Isabelle. Ce fait n'est pas assez expliqué. M™^ de Gonzalès, veuve d'un lieutenant général des armées d'Espagne, est Françoise : elle est née à Arras; son nom de famille est Grény. Elle n'est point gouvernante ; elle n'a que le titre de sous^ouvernante. Depuis longtemps on n'a point rempli la place de gouvernante des infants; on m'a dit que c' étoit depuis M°^ des Ursins. Pendant la route c'étoit l'infante Isabelle qui donnoit l'ordre à l'officier des gardes du corps ( M. le chevalier de Rreteuil ) qui étoit auprès d'elle ; ce n' étoit point M™^ de Gonzalès. Elle sert la petite Infante à sa toilette, et couche dans sa chambre ; elle la sert aussi à ses repas , mais toujours debout. En route, l'infante lui disoit de s'asseoir pendant sa toilette , mais c' étoit par attention et amitié pour elle. On va faire sa cour à la petite Infante, mais sans présentation en forme. M"**' de Gonzalès paroit avoir environ cinquante ans ; elle a un fort beau maintien , et la politesse de la petite Infante lui fait beaucoup d'honneur. L'infante Isabelle est fort bien faite. Quoiqu'elle parle ordinairement espagnol , elle parle françois assez bien. Je
l'avois trouvée petite au premier moment que je la vis; je l'ai vue depuis^ elle est grande pour son âge.
H. de Richelieu au présenté aujourd'hui au Roi qua* tre tableaux du premier mariage de M. le Dauphin. L'un représente la cérémonie du mariage dans la chapelle; un autre la salle du manège le jour de la représentation de la Princesse de Navarre, qui étoit le jour du mariage; un autre le bal paré dftis cette même salle ; un autre enfin le bal masqué dans la grande galerie (1).
Du dimanche 12, Versailles. — J'appris il y a deux ou trois jours que M. de Richelieu a été choisi par F Académie pour porter la parole à la harangue que l'Académie doit faire au Roi , en même temps que les compagnies supérieures, à la publication de la paix. On compte que cette publication sera vers la fin de ce mois.
Le contrat de M. d'Harcourt avec M^** Rouillé fut signé hier. Le secrétaire des commandements de la Reine ne se trouva point dans ce moment, et ce fut M"* de Luynes qui présenta la plume.
Le contrat de mariage de M. d'Henrichemont avec M"^ de Chàtillon a été signé ce matin. M. le duc de Sully ne s'y est point trouvé. Quoiqu'il ait perdu un procès , contre M. d'Henrichemont, de la principauté de ce nom , et qu'il ait présenté une ou deux requêtes, qui n'ont pas été admises , enfin quoique M. d'Henrichemont soit possesseur de cette terre, M. de Sully prétend que c'est à lui personnellement, à l'exclusion de tous autres, à prendre ce titre , et par cette raison n'a pas voulu signer le contrat de mariage ni se trouver à la signature. Il a pourtant fort bien reçu son neveu, que M. deBéthune lui a mené. Il est vrai que M. le duc de Béthune eut l'attention de ne point nommer le nom d'Henrichemont et de
(1) Ces tableaux doivent être les dessins originaux et coloriés de Cochin, placés aujourd'hui au Musée du Lourre.
dire toujours à M. de Sully : a votre neveu » . M. de Sully doit cependant se trouver à la noce ; elle se fait chez M. de Châtillon, Il y avoit beaucoup de parents à la signature du contrat. Ce sera M°* de Châtillon qui présentera sa fille. Le Roi Ta trouvé bon et a toujours dit que Tordre donné à M. de Châtillon ne la regardoit en aucune manière.
Le Roi dit hier à Madame que M"® de la Lande désiroit de se retirer; qu'il avoit nommé M™* d'Estrades pour être leur dame d'atours, et qu'il donnoitla place de M"'' d'Estrades auprès d'elle à celle qu'épouseroit M. de Gouy, petit-fils de M. d'Arcis, homme de condition de Picardie, qui avoit épousé une fille de M"*" de la Lande. M""® d'Estrades non-seulement fera les fonctions de dame d^atours auprès de Madame et de M*"^ Adélaïde, mais aussi auprès de M"*'' Victoire ; jusqu'à présent c'est M"*^ la maréchale de Duras qui a été chargée de la garde-robe de M"** Victoire ; je l'ai marqué dans le temps , et M"® de la Lande ne se mèloit que de celle de Madame et de M"® Adélaïde.
Le Roi a accordé son agrément pour le mariage de M. de Ségur avec M"* de Vernon , parente de M. de Giseu (Grandhomme), maître des cérémonies.
Hier étoit jour de concert. La Reine voulut qu'il fût exécuté chez M"® la Dauphine, et elle y descendit.
J'ai toujours fait écrire ci-dessus caméristes par un é, et Madame Infante me dit hier camaristes.
J'oubïiois de marquer que le fils aîné de M. de Tessé, qui a environ douze ans, reçut à Paris, mercredi ou jeudi dernier, les cérémonies du baptême. 11 fut tenu par M. de ChifreviUe, qui est du Mans et qui avoit la procuration de cette ville pour tenir M. de Tessé en son nom. La maraine fut M'"*' la duchesse d'Ancenis. C'est l'usage dans cette maison, depuis le maréchal de Tessé, que l'alné des enfants soit tenu par la ville du Mans et en porte le nom.
J'ai appris aujourd'hui que M, le bailli de Tencin,
neveu du cardinal, vient d'avoir de Tordre de Halte une commanderie de 30^000 livres de rente.
Du lundi 13, Versailles. -^ Le roi travailla hier avec M. de Mirepoix, et donna à M. Tabbé de Saint-Cyr (1) Fabbaye de Troyes près de Caen , diocèse de Bayeux, qui vaut 28,000 livres de rente. M. l'abbé de Saiht-Cyr avoit l'abbaye de Saint-Martin de Pontoise, qui valoit environ 11,000 livres, une autre de 2,000 livres et un prieuré. M» l'abbé de Saint-Cyr rend ces trois abbayes et prieuré au Roi. Le Roi a trois nominations à faire, et par conséquent plus d'occasions d'exercer ses bontés, et M. l'abbé de Saint-Cyr a 10 ou 12,000 livres de rente de plus.
Du mardi 14, Versailles. — M. Pelletier de Beaupré, frère de M. Pelletier, ci-devant premier président, vient d'être nommé conseiller d'État.' Cette place éloit vacante par la mort de M. de la Houssaye. M. de Beaupré est intendant de Champagne ; il s'est toujours acquitté de son devoir dans cette place avec capacité , vivacité et exactitude.
Du mercredi 15, Versailles» — M. de Verneuil présenta hier au Roi M. le comte d'Arco], Bavarois, fils du grand maréchal de l'impératrice (de Bavière ).
Du jeudi 16, Versailles. — J'oubliai la semiaine dernière de parler de l'opéra des cabinets. C'étoit la première représentation depuis le rétablissement du théâtre.' On exécuta le même divertissement qu'à la fin du mois de décembre dernier : le prologue des Éléments, l'acte du Feu, celui de VAirj et un acte du ballet de la Paix, q^ui est Baucis et Philimon. On trouvera le nom des acteurs dans ce que j'ai écrit le 25 décembre 1748.
Hier, il y eut encore une représentation de ce même opéra. On y avoit fait un changement. Au lieu de l'acte du Feu, on joua celui de la Terre. M"® de Pompadour y
(1) Aumônier ofdinaire de M^e la Dauphine c?f conseiHer d'Élat.
joua le rôle de Ponioney M. le vicomte de Rohan Vertumne, etM. le chevalier de Clermont le dieu Pan. M"* Marchais y jf)ua le rôle ^'une bergère. La Reine assista à ce spectacle. Elle ira encore aujourd'hui à la comédie, que Ton doit jouer da\is les cabinets , qui est celle de la Mère coquette, comme Tannée dernière, avec la pantomime de M. de Courtenvaux. J'ai oublié de marquer dans l'opéra que M"' la duchesse de Brancas a cédé son rôle à M"*^Trusson. *
Du vendredi 17, Versailles. — Hier il y eut comédie sur le théâtre des cabinets ; c'est la Mère coquette. J'en ai parlé dans mon livre de l'année passée, au 13 décembre. Ce fut hier les mêmes acteurs. M. de Meuse y joue très-bien le rôle de Grimante. Après la comédie l'on exécuta la même pantomime dont j'ai parlé aussi au 13 décembre. Dehesse^ qui l'a composée, y avoit fait quelques petits changements. La Reine y étoit , M. le Dauphin et Mesdames. M"*^ la Dauphine continue à ne point sortir de sa «chambre. Mercredi il y eut comédie italienne (1) comme à l'ordinaire, et hier tragédie , quoique la Reine ni personne de la famille royale n'ait été à ce spectacle.
J'oubliois de marquer qu' avant-hier, à l'opéra des cabinets, M. de Richelieu etM. de la Vallière étoient tous deux derrière le fauteuil du Roi, M. de Richelieu à la gauche.
Hier M. de Richelieu étoit à la porte, où il resta peu de temps; il s'en alla à Paris ;et derrière le fauteuil du Roi étoit M. de la Vallière à la droite et M. le duc d'Ayen à la gauche. 11 ne joue point dans les comédies.
M"* d'Estrades a prêté serment aujourd'hui entre les mains du Roi comme dame d'atours de Mesdames. .
Le mariage de M. le marquis d'Harcourt avecM"® Rouillé fut fait à Paris lundi dernier.
(1) A la salle de spectacle dn château.
Le Roi a été aujourd'hui à la ménagerie pour voir le rhinocéros. Cet animal a été pris en Asie; il étoit fort petit. Les gens du pays avoient tué sa mère à coups de flèches. On apporta au Bengale cet animal^ qui est une femelle^ et on en fit présent à un Hollandois^ qui n'entend ni ne parle françois, du moins fort peu. 11 Ta fait voir dans plusieurs cours de TEurope, et y a déjà beaucoup gagné d'argent. 11 y a huit ou dix jours qu'il est ici ; le lendemain de son arrivée, il mena cet anknal à la ménagerie; il croyoit que le Roi iroit le voir, mais S. M. ne jugea pas à propos d'y aller alors. Son maître l'a ramené ici dans une auberge^ où M. le Dauphin l'allavoir il y a trois ou quatre jours , et Mesdames hier. Cette béte est âgée de dix ans ; ellç n'a qu'une corne sur le nez^ au lieu que les mâles en ont deux; sa peau est comme une espèce de cuirasse ; sur le dessus du dos elle est pendante des deux cotés comme un caparaçon. Les jambes sont fort grosses et comme bottées. Sa taille est extrêmement grande, et l'on dit que ces animaux croissent jusqu'à vingt-cinq ans , et celui-ci n'en a . que dix. 11 parolt fort doux ; il voyage dans une caisse faite exprès , traîné par huit chevaux dans lesbeaux chemins; il pèse actuellement autant qu'une pièce de 24. On avoit dit que le Roi l'auroit acheté pour la ménagerie, si l'homme n'en avoit pas demandé 50,000 écus; il me parolt que ce discours n'est pas fondé.
Du samedi 18, Versailles. — Le Roi a été aujourd'hui à la chasse du cerf, et est parti ensuite pour la Meutte. Il y tiendra demain conseil d'État ; ce sera la première fois qu'il y en aura à la Meutte. Mardi il y travaillera avec M. le contrôleur général, et il reviendra ici mercredi.
Le Roi a deux meutes pour le cerf. Il a pris l'année dernière 83 cerfs avec Tune, et 88 avec l'autre; et depuis qu'il a commencé àcourre le cerf (ce qui est environ en 1732) il a pris à peu près 3,000 cerfs.
Le fils de M. le prince de Robecque et de M"' de
Luxembourg esl mort ces jours-ci ; il avoit environ trois ans.
Il est arrivé depuis peu dans le régiment de Picardie une aventure qui fait beaucoup de bruit. M. le duc d' Antin, qui en est colonel, y a mis deux aides majors qui ne sont point du corps; cet établissement a excité la jalousie des autres officiers. Les deux aides majors ont été obligés de se battre, Tun contre quatre, et Tautre contre six officiers. La Cour en a été instruite, et a jugé à propos de casser le lieutenant-colonel, qui s'appelle Brulard, et les dix officiers, desquels il y a deux capitaines de grenadiers, six autres capitaines et deux lieutenants (1).
Du mercredi 22, Versailles. — Je désirois depuis longtemps d'être instruit des années dans lesquelles ont été faits les canaux de Briare, d'Orléans et de Loing ou de Hontargis. Voici l'extrait qui m'a été donné sur ces trois canaux.
Canal de Briare.
Le commencement du canal de Briare est en 1604.. Le 11 mars de cette année il fut adjugé par arrêt du conseil à un appelé Hugues Conier pour la somme de 500,000 livres. Le procès-verbal des arpentements et estimations des héritages, etc., fut fini le 3 juin, 1605 ; il y en eut un autre en 1608 , un troisième en 1610. Dans cette année 1610 tous les ouvrages cessèrent.
En 1638, les seigneurs du canal (sic) obtinrent des
(1) Le Roi me fit Thonneur de me dire, deux jours auparavant que j'eusse écrit cet article, que l'affaire n'étoit point encore décidée ; que M. d'Argenson ne lui en ayoit point rendu compte dans son dernier travail. Ce discours de s. M. auroit dû m'empécher d'écrire ; je ne le fis que dans la crainte d'oublier Tartlcle et dans le dessein de le corriger suivant les circonstances. M. le duc d'Antin m'a dit que des deux aides majors, il y en avoit un qui étoitdu corps mais peu ancien; il m'ajouta hier qu'il n'y a eu d'ofliciers cassés que deux lieutenants. (Addition du duc de Luynes^ datée du 24 janvier.)
patentes du roi Louis XIII au mois de septembre en faveur des sieurs Bouteroties etGuyon, par lesquelles tous les ouvrages faits du canal leur furent abandonnés à condition qu'ils le fîniroient dané l'espace de quaîre ans. Ces lettres furent enregistrées au parlement de Parig, le 15 avril 1639.
Il y eut d'autres lettres patentes accordées par L6ùis XIII au mois de décembre 1642, enregistrées le '20 juillet 1651, au sujet des voitures et bateaux dudit* cknal et des droits à payer. Ces lettres furent accordées aux propriétaires après la mort des deux entrepreneurs dont j'ai parlé. Il parolt par ce détail que le canal de Briaré a été commencé ou au moins arrêté en 1604 et fini en 1642. Mais on voit par une autre note qu'il étoît navigable en
Canal d'Orléans,
En 1679, Monsieur, frère du roi Louis XIV, obtint un écrit du Roi pour ce canal. Cet écrit fut enregistré en 1680. En 1681, Monsieur fit un traité avec le sieur Lambert et assotîiés pour les ouvrages à faire au dit canal. Le Roi, en 1685, prêta 75,000 livres à cette compagnie. Ne s' étant pas cependant trouvée en ét.at d'achever cet ouvrage, elle fit la rétrocession de ses droits à Monsieur, en 1686. Monsieur fit perfectionner le canal. On y travailla jusqu'en 1692,. que le premier bateau y passa. Les entrepreneurs percevoient tous les droits et payoient 80,000 livres par an à Monsieur. 11 fut dit qu'en 1702 Monsieur jouiroit de tous les droits et feroit 15,000 livres de rente, aux entrepreneurs qu'il pouvoit rembourser à raison du denier-vingt.
Ainsi il faut regarder le canal d'Orléans comme arrêté en 1679, commencé réellement en 1686 et fini en
Canal du Loing ou de Montargis.
Lettrés patentesaccordées à M. le duc d'Orléans en 1719 au mois de novembre^ et dans le même mois adjudication faite par H. de la Houssaye aux sieurs Leclair et Houdart. L'estimation des ouvrages avoit été faite par H. de Reigemorte.dèsle 10 octobre de cette année, lesdits ouvrages estimés SbS^GOO livres et les dédommagements 67,800 livres, ce qui fait 913^00 livres. Lesdits ouvrages furent commencés au mois de mars 1720 ; le canal portôit bateau en 1724>, mais il a été perfectionné depuis.
Il faut donc compter le canal du Loing ou de Montargis arrêté en 1719, commencé en 1720 et fini en 172&'.
Hier M, le Dauphin eut un accès de fièvre qui le prit par frisson. Bouillac le vint dire à la Reine comme elle alloit de chez moi chez elle. La Reine n'en dit rien hier au soir; elle renvoya à l'ordinaire ses dames et M. de la Mothe ; elle voulutensuite descendre chez M. le Dauphin, mais on lui dit que tout le monde y dormoit. Elle y a été ce matin dès qu'elle a été éveillée. Le Roi, qui ne Revoit partir de la Meutte qu'à deux heures après midi, est arrivé ici à une heure et a entré en arrivant chez M. le Dauphin, qu'il a trouvé dams son lit mais avec très-peu de fièvre.
. liadame Infante est aussi malade depuis trois jours, d'une fièvre de fluxion, mais sans aucun danger. « Il y* a quelques jours qu'on apprit la mort de -M"*^ de Masrcieu: G'étoit la femme de H. de Marcieu, des gendarmes de la .garde^ neveu de celui qui commande en Dauphi&é. . '
Le*, mariage de H. d'Henrichemont fut fait hier à rhûtelde Châ.tillon> rue Saint-Dominique, ou pour parler plus juste à l'hôtel de Broglie , car ce fut dans la chapelle de cette maison qu'on dit la messe et que l'on les maria, l'antichambre qui est avant la chapelle de
292 Mf.MOIRES DU DUC DE LUYNES.
l'hôtel de Chàtillon étant embarrassée par des tables préparées pour le soir. Ce fut le petit d'Ancenis, que Ton appelle le duc de Charost, qui tint le poêle d'un côté, et de r autre le petit de Chàtillon. M"*^ d'Orval, mère de M. d'Henrichemont, ne s'y trouva points étant malade. M"'' la première présidente Portail, sa sœur, y étoit. M. le duc de Sully n'ayant pas voulu s'y trouver, par la raison que j'ai dite ci-dessus, ce fut M. le duc de Béthune qui servit de père à M. d'Henrichemont.
Du vendredi 2k, Versailles. — Madame Infante a été incommodée pendant quelques jours ; elle a gardé sa chambre et même son lit. Elle est sortie aujourd'hui pour la première fois.
La petite incommodité de M. le Dauphin n'a eu aucunes suites; il a été aujourd'hui chez le Roi.
M"* la Dauphinefut saignée hier matin. Il y eut avanthier une grande consultation de toute la faculté. Ils s'assemblèrent tous chez M. Helvétius , parce qu'il est malade depuis quelques jours. U étoit décidé, il y a déjà plusieurs jours, que M"™* la Dauphine seroit saignée; le S*" Jard, son accoucheur, le désiroit ; il n'étoit question que de savoir si l'on ne différeroit pas, à cause de l'indisposition de M. le Dauphin.
M"® la duchesse d'Orléans est depuis longtemps dans un état qui parolt dangereux. U lui est veau une tumeur à la cuisse, que l'on disoit avoir été causée par un effort ; mais il parolt que c'est une humeur qui s'est jetée sur cette partie , et l'exemple de M. le duc du Maine, de M. le comte de Toulouse, enfin de M"* la Duchesse, tous comme elle enfants de Louis XIV et de M"** de Montespan, donne de justes sujets -de craindre les suites de cette maladie. Elle a fait usage d'un remède connu pour le scorbut, composé par un ancien valet de chambre de M. de Luxembourg, que Ton appeloit Desmourette. Ce remède n'a point produit les effets que l'on désiroit.
M. le prince de Rohan eut un accès de fièvre il y a trois jours, et on le regarda dès lors comme très-mal. Il souffre presque continuellement depuis plusieurs années, et est dans un état d'affoiblissement extrême pour le corps; sa tète n'en avoit point encore souffert; on ne s'en est aperçu que dans cette maladie-ci où il a perdu connoissance. Il a soixante-dix-neuf ou quatrevingts ans.
Il y eut hier opéra chez le Roi. La' Reine n'y étoit point, et il n'y avoit de la famille royale que Mesdames toutes les trois. On exécuta un divertissement composé du prologue de Phaélon et des trois actes d'Acis et Galatée^ dans lesquels Ton avoit fait plusieurs retranchements. On sait que la musique de Phaéton est de LuUy et les paroles de Quinault. Les paroles d'Acis sont de Campistron, la musique est aussi de LuUy. C'est là qu'il plaça avec art et succès un sifflet de chaudronnier dont on avoit parié qu'il ne feroit jamais d'usage. Les acteurs du prologue étoient M"*" la duchesse de Brancas, qui faisoit Aslrée; M. le duc d'Ayen, Saturne, Dans AciSj M. le vicomte de Rohan faisoit Acis, M*"* de Pompadour Galatée. C'est un rôle fort long et difficile à jouer ; elle le joua et chanta parfaitement bien. M. delà Salle faisoit Polyphème. Le chevalier de Clermont, dans le premier acte, faisoit TirciSy et dans le troisième, Neptune. M""' Marchais chanta le rôle d'Aminte , et le nommé Bazire, musicien du Roi, ût le grand prêtre.deJunon.
M. de la Suze et M. de Turenne qui n'avoient pas encore été à ces spectacles étoient à celui d'hier.
Le Roi va toujours à la chasse les jours d'opéra et de oonaédie , et soupe dans ses cabinets. Il y a dans la petite galerie une table longue comme celle d'un réfectoire; elle est de vingt-quatre couverts.
Il y a eu ces jours-ci quelques changements aux entrées Citez le Roi. Les trois dernières années, MM. les gentilstiommes de la chambre avoient trouvé boa qu'au lever du
Roi les huissiers laissassent entrer dans rœil-de-boenif les gens de considération, qui attendoient auparavant d'un côté dans la galerie et de l'autre dans rantichambre du Roi. Cet arrangement leur donnoit plus de facilité de s'asseoir. M. de Richelieu a voulu que les choses fussent rétablies, comme elles Tétoient dans sa dernière emnée, 1745. Personne n'entre plus dans Tceil-^lfi^bœuf pour attendre; la porte n'en est ouverte à chacun que d^ins le moment qu'il doit entrer chez le Roi. ^
Cet arrangement a fait beaucoup de peine aux couiv tisans qui n'ont point d'entrées^ suivant ce que j'ai oui dire; d'autant plus que lors même qu'ils sont dans l'oeil^ de-bœuf ils sont encore fort loin du Roi, qui depuis longtemps ne couche plus {\) dans la chambre « d'après l'œil-de-bœuf; maisdans celle qu'il a lait faire w lieu où étoit anciennement un billard. .:>
La Reine dit que c'est peut-être elle qui a donné. occasion à ce règlement pour l'œil-de-bœuf. Gomule eUe va très-souvent le.matin de chez elle chei: le Roi) jsuîvie d'une de ses femmes, et que c'est par rœil-derbçBuC qu'elle passe, il lui est arrivé d'y trouver beaucoup de monde et quelquefois des gens qu'elle ne conuoissoit point et qu'elle prenoit pour des étrangers; elle en parla alors, et Tordre fut donné de n'y laisser entrer pçrsopne.
M°*' Brignole a été présentée aujourd'hui par M"** la duchesse d'Aiguillon. Elle parolt avoir trente-ciniq à quarante ans; elle est très-gr9.nde,^bien faite; ell6 a très-bonne grâce et une figure agréable. .^SUe est Génoise aussi bien que son mari, qui est ici avec elle; son nom à elle est Balbi. Elle est sœur de M. le chevalier Balbi, dont j'ai parlé ci-dessus, et qui est entré au service de France. M""* d'Aiguillon s^est chargée de cette présentation, par les rapports qu'elle aavec Gènes àcause de
(1) On voit que, coutral rement à la tradition, Loais XV a couché dans la chambre où est mort Louis XIV .
M. d'Agénois, son fils, qui y a toujours servi sous les ordres de M. de Richelieu. L'introducteur des ambassadeurs ne. s' est point mêlé de cette présentation.
M. le cotûte d'Effenberg a pris congé pour aller au régiment qu'il commande, qui est Royal-Bavière. J'ai déjà parlé de- lui lorsqu'il eut ce régiment j il est bâtard du feu empereur Charles VIL
M. Pelletier de Beaupré , qui a été nommé, comme je Tai dit, conseiller d'État, a fait son remçrclment aujourd'hui. M. d'Aligre de Bois-Landry a fait le sien en même temps ; il est maître des requêtes ; il vient d' être nommé à l'intendance de Pau, S. la place de M. Gaze de la Boye, lequel passé à celle de Champagne, qu'avoit M. Pelletier de Beaupré. M. de la Bove est gendre de M. Boulogne.
J'ai toujours oublié de parler de la médaille frappée à Toccàsion de la paix. Elle a été frappée à la fin de l'année dernière ; elle représente d'un côté le; Roi entre la Renommée et la Paix. La Renommée tient des couronnes dans sa main droite, et la Justice lui présente un rameau d'olivier. Autour est écrit ; Ludovico JÇr, vietori pacifico. Au revers on voit ces mots : Quod. sulh actis tolius Belgii civitatibus .Austr[iâE!\ , Angl\iœ\ et Bal- [ai?iâ?], ter acie superatis, Trajeçtoque-ad-JUIosam dedi* tioni adacto, pacis condilionesprâBvias Aquis-Grani sancivity et gloriam armis partant moderatione cumulavit. m,^ Dcc. XLviii. 11 n'y a eu aucune distribution de ces médailles jusqu'à présent.
M. d'Osi^un, capitaine : des gendarmes de la Reine, demanda hier l'agrément du Rpi pour son mariage avec M"* Hocquart, sœur de W^ de Cossé.
M. de Tournehem a fait voir aujourd'hui au Roi, dans la pièce des deux tribunes, deux tableaux de Coypel, dont l'un représente Amuratet RQxane dans le moment où l'on cherche à connoltre ses senti Qients pour Bajazet. L'awtre représente l'Amour et Psyché au moment que l'Amour l'abandonne. Ces deux tableaux sont assez pe-
tits; on doit les exécuter en grand pour faire une tapisserie que M"**" la Dauphine doit envoyer au Roi son père.
J'ai appris aujourd'hui que M"' de Mornay-Montchevreuil a été élue supérieure de la maison de Saint-Louis de Saint-Cyr, à la place de feue M°* de Linemare.
M. de Richelieu a présenté aujourd'hui M. de Bonneval et M. de Cury. Celui-ci achète de M. de Bonneval la charge d'intendant des Menus. Il y avoit longtemps que cette affaire se traitoit; il s'y étoit trouvé des difficultés qui avoient empêché de la terminer.
J'ai dit que M"*® Brignole avoit \pi avec elle le chevalier Balbi; elle a aussi son frère aîné. M. et M"* Brignole étoient fort riches ; on prétend qu'ils avoient 3 ou ({•OO^OOO livres de rente. La guerre a infiniment dérangé leurs affaires ; ils avoient des biens en Silésie, qui ont été entièrement perdus depuis que le roi de Prusse s'est mis en possession de cette principauté et qu'il n'a voulu s'obliger à payer que ce qui appartenoit aux Anglois. M. et M"*^ de Brignole avoient aussi des biens en Moravie, qui me paroissent être l'objet le plus considérable pour eux. Ils espèrent que ces biens leur seront restitués; cependant ils n'ont point encore de nouvelles que cela soit fini . Outre cela, ils ont eu leurs terres ravagées et beaucoup de bois coupés. Le beau-frère de M°*® Brignole a été doge de Gènes pendant deux ans, comme c'est l'usage. Il est rare qu'une même personne soit deux fois doge, parce qu'on ne prend que dés gens fort âgés et qu'il faut rester au moins dix ans sans être élu de nouveau. M"* Brignole est fort bien avec son habit de cour; elle dit que cet habillement ne lui est pas nouveau, qu'elles sont dans l'usage à Gènes d'aller tous les ans chez le doge en grand habit le lendemain de Noël; c'est la seule visite de cérémonie qu'il reçoive des dames. Dans toute cette guerre-ci M*"® Brignole a marqué un grand attachement pour la France et pour sa patrie. Instruite de l'état où se trouvoit la république , elle lui a donné pour 50,000 écus
de vaisselle ou de pierreries. Il lui reste encore une fort belle parure, qu'elle avoit aujourd'hui. Elle avoit amené en France son fils, qui est mort à Avignon ; elle a encore ici avec elle une petite fille.
Du lundi ^7, Versailles. — Hier, M. de Blancmesnil, président à mortier (1), vint remercier le Roi qui lui a accordé la survivance de sa charge pour son fils, M. de Malesherbes, lequel épouse M"® de la Reynière.
Le Roi a accordé aussi aux deux nouveaux trésoriers de la grande écurie, MM. Teissier et Lorimier, les survivances de leurs charges pour leurs enfants.
Hier, le général de Tordre de Saint-Antoine eut une audience publique, conduit par M. de Verneuil, qui marchoit à sa gauche, et précédé par dix-huit religieux de son ordre. Le Roi le reçut dans son balustre , la Reine dans son grand cabinet avant sa chambre, M. le Dauphin sur lestrade sous le dais, Madame Infante dansle salon qui précède sa chambre. M"" Victoire, qui représentoit pour Mesdames, le reçut dans la pièce qui est avant la chambre à coucher. Madame et M*"' Adélaïde sont un peu incommodées. M"* la Dauphine auroit reçu le général de Saint-Antoine dans son grand cabinet sur l'estrade, si elle a.voit été dans un autre état. On agita la veille la question de savoir si une audience publique de M"' la Dauphine pouvoitètre dans sa chambre à coucher; on avoit même proposé de porter M'°® la Dauphine de sur sa chaise longue sous le dais, mais il auroit fallu une chaise longue de deuil, toute cette pièce étant tendue de noir; d'ailleurs on a jugé plus à propos, quelque doux que fût le transport d'une pièce à:l'autre, de ne pas le hasarder; ainsi elle reçut le général sur sa chaise longue, étant au
(1) Messire Gaillaume de Lamoignon de Blancmesnil, premier président (et non pas président à mortier) de la cour des aides. Son fils, né en 1721, fut le ministre et le défenseur de Louis XVI. Il épousait M'^c Grimod de la Heynière, sœur du fameux gourmand.
pied de son lit. L^usage n'est point que la dame d'honneur aille au-devant ni reconduise. Le général de Saint-Antoine demeure en France. C'est une dis^nction qu'ils sont en possession d'avoir que l'audience publique. 11 vient dans les carrosses d.u Roi^ mais il. n'a pas l'honneur des armes. L'ordre des chanoines réguliers de Saint-Antoine est fort ancien. Le corps de cet illusjire solitaire fut apporté d'Alexandrie à Constantinople ^ environ l'an 704, sous l'empire de Justinien IL Josselin, seigneur de grande condition de Dauphiné, à qui appartenoit Châteauneuf de Lalbène et la Mothe-Saint-Didier, obtint de l'empereur ce corps respectable et l'apporta danssdn pays, en 1070, sous Philippe P% roi de France. D'abord il porta ces reliques partout avec lui, ensuite il les plaça dans la paroisse de la MQthe-Saint- Didier, où l'on bâtit depuis la belle église de Saint-Antoine de Viennois.
Sous le pape Urbain II, et par son ordre exprès, Didier, héritier de Josselin, conjSa la garde de ce dépôt sacré à des religieux. Ce ,fut dans ce temps que l'on vit en Europe une maladie populaire que l'on appelait le feu sacré; on eut recours à Tintercession de Saint- Antoine, et l'on éprouva les effets de sa protection. La foule des peuples qui arrivoient de toutes parts obligea à bâtir un hospice. Ce furent Gaston et Gironde son fils qui voulurent se charger de cette bonne œuvre et y servirent eux-mêmes les pauvres j il se forma une petite communauté qui fut approuvée par le souverain pontife. Il s'établit plusieurs maisons dé cet ordre en Europe, toutes . dépendant de la maison de la Mothe-Saint-Didiçr qui prit le nom de Saint-Antoine de Viennois. Le supérieur de cet ordre ne s'appela que maître pendant plus de deux cents ans. Vers Tan 1297 le pape Urbain VII érigea le prieuré de Saint-Antoine en abbaye ; Raymond de Montagny, dix-septième maître de l'ordre, eut la qualité d'abbé et les religieux celle de chanoines réguliers sous
la règle de Saint-Augustin. Le cardinal de Tournon a été un dessuccesseurs de Raymond ; il y a eu aussi un Joyeuse et beaucoup d'autres noms distingués. L^ dévotion à Saint-Antoine continua pendant longtemps. Rois^ reines, cardinaux, tous y venoient en foule, Un histprien de l'ordre prétend qu'e];i>15B3 il vit arriver plus de 10,000 Italiens, sans compter les autres nations.
En 1561 , l'abbaye fut ruinée par les huguenots. En 1597, l'abbé Antoine Tolosani entreprit de rétablir l'abbaye et de réformer Tordre. Son successeur, Tabbé Brunel de Graipojit , mit la dernière main à ces deux ouvrages importants; il obtint des lettres patentes du Roi, et dressa une nouvelle constitution qui fut reçue dans tin chapitre général vers Tan 1630. Les religieux portent sur leurs habits la lettre T, qui est comme le signa de la croix. Il y a grand nombre de commanderies de cet ordre. Celle de Paris, fondée en 1368, a été depuis unie à celle de Flandre,
IL y eut hier deux présentations. M™*^ de Chàtîllon présenta sa fille M""* d'Henrichemont, et M"*^ la comtesse d'Harcourt, M'"' de Beuvron, sa nièce. M"" de Rohan, fie Tillières, d'Ancenis, de Tessé, de Béthune, de Belle- Jsle, de Talmond^ de Saint-Germain et de Janson étoient à la présentation de M"^ d'Henrichenlont. M"® d'Henricheraont est presque aussi grande que madame sa mère ; elle est très-bien faite et a un visage agréable, seulement un peu trop long.
M"^ de Beuvron (Rouillé) est petite et a le col fort court ; d'ailleurs elle a le visage agréable. Je ne l'ai point entendue parler, mais on dit qu'elle a le son de voix singulier.
M. d'Ossun fit signer hier son contrat de mariage avec M"® Hocquart.
M. le prince de Rohan mourut hier à huit heures du matin ; il étoit dans la quatre-vingtième année de son Age. J'ai parlé de son état de souffrances habituel de-
puis plusieurs années ; il en avoit fait un bon usage^ les supportant avec grande patience^ douceur et soumission. M"* la princesse de Rohan (1) est sortie aussitôt deFhôtel de Soubise^ et est allée occuper un petit appartement qu'elle louoit au Précieux-Sang. Toute la famille s'y assembla hier^ enfants^ petits enfants ; on y fit la lecture du testament de M. le prince de Rohan, qui ne contient à ce que j'ai oui dire que des legs pour ses domestiques. Il ordonne positivement que l'on l'enterre sans aucunes cérémonies. M"* la princesse de Rohan ne compte point retourner à l'hôtel de Soubise ; elle a loué une maison près le Précieux-Sang. C'est un arrangement qu'elle avoit fait du vivant de M. le prince de Rohan et de concert avec lui.
Le Roi donna hier 24,000 francs de pension sur les postes à M. de Puisieux ; ses affaires avoient besoin de ce secours. Il n'est pas riche ; il fait très-bonne chère et vit très-honorablement.
Le Roi est allé aujourd'hui coucher à la Celle ; il revient demain matin ici pour que les étrangers puissent lui faire leur cour (2) ; il retournera coucher à la Celle, et il reviendra mercredi coucher ici.
M. de Ségur fait signer demain le contrat de mariage de son fils avec M"* de Vernon,,dont j'ai déjà parlé cidessus; c'est une Américaine, ce que l'on appelle créole.
J*ai toujours oublié de parler des évacuations. Cet article a souffert quelque retardement parce que l'Impératrice ne tenoit pas les paroles qu'elle avoit données. Enfin, le 11 janvier, il a été convenu à Anvers que l'on évaeue-
(1) Marie-Sophie de Courcillon, petite-fille du marquis de Dangeau, mariée en 1732 au prince de Rohan, étant yeuve du duc de Picquigfly.
(2) Cet arrangement a été apparemment changé; les étrangers ne sont point venus et M. de Puisieux a été ce matin pour leur parler. Cependant le Roi est venu ce matin entendre la messe ici. (Note du duc de Luynes, datée du 28 janvier.)
roit le 23 janvier la ville de Tirlemout et le cours des Gèthes;
Le 25, Louvain^ le cours de la Dyle et Malines ;
Le 28) le Brabant wallon, Wilvorde^ Bruxelles et toute la Flandre hollandoise ;
Le 30, Dendermonde, le pays d'Alost et les villes delà Dender;
Le 3 février, Gand^ Bruges et Maéstricht;
Le 5, Ostende, Oudeuarde et Tournay ;
Le 8, Courtray, Nieuport et Menin ;
Le 10, Namur, Ypres, laQuenoque et Fumes;
Et le 13, si tout est fini de la part de la reine de Hongrie, on évacuera Hons , Saint-Guilain , Âth et Charleroy.
Du mardi 28, Versailles. — M""** la duchesse d'Orléans continue à être sans espérance ; la gangrène est déclarée, et Ton n'attend que la nouvelle de sa mort. Elle reçut hier ses sacrements, et ce fut le curé de Saint-Eustache qui les lui administra. Elle vouloit les recevoir dès avant-hier; ce qui en empêcha, ce fut une dispute entre son aumônier et le curé de Saint-Eustache. Il est certain que lorsque le Roi a récuses sacrements, c'a toujours été de la main de son grand ou premier aumônier en présence de l'évèque diocésain ou du curé. Lorsque la Reine reçut le saint viatique, en 1726, ce fut H. le cardinal de Fleury qui fit cette fonction en présence du curé de Notre-Dame. Il sembleroit que cette même règle auroit dû être observée chez M"** la duchesse d'Orléans, qui a le rang de petite-fille de France. Cependant M. le duc d'Orléans décida hier en faveur du curé.
On ne peut exprimer ni dépeindre l'affliction de tous ceux qui sont attachés à M°® d'Orléans et de tous les pauvres qui vivent depuis longtemps de ses grandes charités. On n'entend de tous côtés que leurs pleurs et leurs gémissements; ce spectacle touchant et honorable pour M""^ la duchesse d'Orléans fait un contraste assez singulier avec
les mascarades et lé^ opéras qui sont en qoëlque manière dans la même maison.
Dujmdi 30, Versailles. — Le jour méiiié què'M"** la duchesse d'Orléans reçut Notre-Seigneur, elle dit à M. k duc d'Orléans qu'il pardonnât à M. le duc de Chartres, qu'il le vit et l'embrassât, que c'étoit le seul moyen pour qu'elle mourût contente. M. le duc d'Orléans dit qu'il ne pouvoit lui refuser; on fit entrer M. le duc de Chartres; M. le duc d'Orléans l'embrassa. M"® la duchesse d^Orléans leur donna à tous sa bénédiction, M. le duc de Chartres voulut aller voir M. le duc d'Orléans, lorsqu'il fut entré dans son appartement, et se jeter à ses pieds ; mais M. le duc d'Orléans lui dit qu'il Favoit bien voulu voir chez M"** sa mère, parce qu'elle le désiroit, mais qu'il ne le verroit point ailleurs.
On attendoit depuis longtemps des nouvelles de Texpédition que les Anglois avoienc résolu de faire sûr nos colonies des côtes d'Afrique : le Roi en reçut hier (1). Il apprit que le 13 juillet dernier la flotte angloise s'étbit présentée devant Tlle de Bourbon, autrement dite Tlle de France (2), qu'ils àVôierit tiré du canon pendant sept ou huit heures, et que cette tentative n'ayant {iroduit aucun effet, ils s'étoient retirés. L'escadre angloise devoit aller de là faire une tentative sur Pondiôhéry. On croit qu'ils pourront y être arrivés dans le mois d'août; mais comme ce lieu est encore beaucoup éloigné de notis, l'on ne compte pas en avoir de nouvelles d'ici à quelque temps.
La Reine, qui a beaucoup d'amitié pour M*"' la duchesse d'Orléans, ne voulut point par rapport à son état aller hier à la Comédie italienne; il n'y eut de toute la famille royale que Madame Infante qui y alla et qui mena avec elle l'infante Isabelle.
(1) On trouvera ci-après la nouvelle arrivée, le 29, par.un officier de marine, qui a apporté le détail. {Noie du duc de Luynes.)
(2) Llle de France nVst pas la môme lie que l'Ile Bourbon.
Hier il y eut répétitioiï pour Popéra des cabinets que X'on devoit jouer au jàurd'hiùi. C'est le même qui a été x^eprésenté ici la semaine dernière. Il de voit y avoir aussi -tragédie, suivant Tusage, dans Tancienne salle; mais le Hoi ayant su ce matin que M°® la Dauphine a fait une dfausse-côuche cette nuit, il a contremandé la chasse du cerf où il devoil aller et TOpéra. La Reine a dit aussi ce mâtiùàM.de Richelieu qu'elle n'iroit point à la comédie. C'est à Madame Infante à qui M. dé Richelieu s'est adressé pour lui en faire la question , se doutant bien que la ■ Aëine n'y iroit pas ; Madame Infante lui a fait la même réponse que la Reine. M. de Richelieu a pris le parti de renvoyer lès comédiens. C'est M"* la duchesse de Brancas qui a été au lever du Roi lui rendre compte de l'état de M^* la Dauphine. Elle Ta fait dire d'abord au Roi par La Mrirtinière, qtii est entré avant eUe; le Roi Ta fait entrer ensuite. S. M. parolt fort touché de cet événement ; il a dlné'seul dans ses cabinets ; il devoit y souper avec beaucoup de inonde, mais iln'y aura personne. Le Roi sa- TOit dès hier au soir que M** la Dauphine avoit mal aux reins él craignoit de se blesser ; c'est dans la nuit que les signes de cet accident ont paruj on a envoyé éveiller W^ de Brancas. M"® la Dauphine a souffert jusqu'à environ six heures qiie la fausse-couche a été faite sans efforts et sans grandes douleurs. Jard, ison accôucheur,[n'a point voulu faire son examen sans avoir appelé Bourgeois et ^ujos, deux fameux accoucheurs de Paris ; le résultat " de leurs délibérations a été que c'étoit un faux germe. C'est le nom que l'on donne aux fausses-couches faites quelque temps après s'être blessée. Dé chez le Roi, M"^ de Brancas a été chez la Reine, qui venoit de se lever et qui n'a voit pas le moindi*e soupçon de ce qui s'étoit passé. La Reine n'a point' voulu jouer hier ni aujourd'hui ; elle a passé la soirée chez M""* la Dauphine. Ce qui fait plus craindre pour les suites de ce malheureux événement, c'est que M"' la Dauphine n'a rien à se reprocher
et qu'elle a eu plus de ménagement pour sa santé que les médecins n'en exigeoient. On prétend qu'on auroit mieux fait de ne la point saigner, mais on auroit dit de même que c'étoit faute de n'être point saignée.
Du vendredi 31, Versailles. — On a|appris le 29 par un officier de marine venant de l'Ile de France que l'amiral Boscawen avec 22 vaisseaux, dont 7 à trois ponts et le reste moins grands, ou brûlots, dans lesquels il y enavoit 4 hollandois,avoitparule 4 juillet devant l'Ile de France. Après avoir tiré plusieurs coups de canon, il a été obligé de se retirer par Teffet des bombes que M. David , qui commandoit dans TUe, a fait tirer sur la flotte. H. Boscawen n'a pas osé risquer une descente par le bon ordre qu'il a aperçu dans l'Ile et toutes les dispositions que H. David avoit faites pour se bien défendre. L'officier qui a apporté cette nouvelle est venu sur un vaisseau de 200 tonneaux, qui a été obligé d'échouer le 22 à la côte de Nantes. On a sauvé tout l'équipage et les deux tiers de la cargaison. Par les mêmes nouvelles, on ajoute que six vaisseaux françois armésL en guerre, commandés par par M. Bouvet, étant partis de l'Ile de France pour porter du secours à Pondichéry, avoient été rencontrés à Gondelour, à six lieues de Pondichéry, par 8 vaisseaux de guerre anglois et 14 frégates commandés par M. Greffin ; il étoit tard ; M. Bouvet, trouvant la partie trop forte, fit fausse route et gagna Madras , à 30 lieues sous le vent de Pondichéry; il fit débarquer 500 hommes et 3 ou 400,000 piastres qui peuvent aller par terre à Pondichéry; ensuite il prit le large et sa route pour l'Ile de France, où il est arrivé le 25 juillet.
Le vaisseau qui a porté les munitions nécessaires à l'Ile de Bourbon se nomme V Alcyon ; c'est celui qui fut séparé de l'escadre de M. d'Albert, et que l'on croyoit perdu. Il fit sa route en trois mois, et arriva à l'Ile de Bourbon trois ou quatre jours avant la flotte angloise , sans avoir relâché en aucun endroit; et celui qui vient
d^apporter la nouvelle de Tentreprise manquée est parti le 13 octobre dernier. Ainsi Fun et Tautre ont eu la navigation la plus heureuse, excepté que celui-ci a échoué pour ainsi dire au port.
M. du Theil , qui étoit resté à Aix-la-Chapelle depuis le départ de M. de Saint-Séverin , vient d'en arriver, et a été présenté aujourd'hui au Roi par H. de Puisieux.
Il y a quelques jours qu'il arriva à Paris un secrétaire d'ambassade de la cour de Vienne^ qui a résidé en cette qualité à Aix-la-Chapelle auprès de H. Kaunitz, pendant la conférence y et qui venoit ici pour les affaires de cette courjusqu'à l'arrivée d'un ambassadeur qui n'est point encore nommé. Ce secrétaire , nommé M. de Launay^ est mort d'apoplexie, en trois heures de temps. Ainsi nous n^avons actueUement personne ici de la cour de Vienne.
Mort de la duchesse d'Orléans. — Affliction de Pans. — Chapitre de l'Ordre; cheTaliers nommés. — Un valet de chambre de la Dauphine persifle le duc de Saint- Aignan. — Le Roi donne les entrées à trois de ses aides de camp; plaisanterie qn^l fait à Pun d'eux. — ■ SerTice de la fête de la Purificatioo. — Eiil de W^ 0*Brien. — ■ Nouvelles diverses de la Cour. — Origine de la fortune de M. de la Toamelle. — Destination de l'argent recueilli par la quêteuse à la chapelle. — Compliments au duc de Modène.
— Audience des gens du Roi des cours supérieures. — Centenaire. — Envoyé de Tripoli. - Comment la duchesse d'Orléans nomme sa mère dans son testament — Spectacle des cabinets. — Politesse de la duchesse d*0rléans. — La famille royale et la Cour font les compliments 'aux princes et princesses. Ceux-ci font ensuite leurs révérences. Fautes , difficultés, prétentions, exemples. — Anecdote sur la paix d'Aix-la-Chapelle. — Publication de la paix. Difficultés. — Accidents arrivés au comte de Noailles et à Mine de Duras. —Spectacle des cabinets. Auteurs, acteurs et danseurs. '
— M. et Mme de Montbéliard. — Bouquet de fleurs de Vincennes envoyé à Dresde. — Manufacture de porcelaine de Vincennes. —Autres manu-
. factures de porcelaine. — Mariages. — Mn« Plnto. — Lady Ogilvy ; ses aventures en Ecosse. -^ L'amltassadeur d'Angleterre. — Te Deum à la chapelle. Contestations entre la chambre et la chapelle, et entre les chapelains et les chantres. — Retraite de M<ne de Lalande. — Nouvelles diverses de la Cour. ^ Le Roi dîne avec ses enfants dans le plus grand particulier. — *• Spectacle des cabinets. Auteurs, acteurs et danses. — Projet pour la T. IX. 20
place de Grève^— La Gazette de France ; ce i|o'eUe rapporte et ce fa'oiila ▼end. «7- La Reii^ y/i^ à 4a cpip^ie — Harangues des. cours mpér^Mim , . dn grand Conseil, de P Université et de TAcadémie ; usages. — Proc^ de iWdache^se de Rnffëc contre le âne de Saint-Simon ; biens et dettes de 'ce dernier. — Harangues des harengères et des corps de «narehaàds de Afis; usages. — Présentations. — Projets de voyage pour la'jCofiif et leRoL
— Incendie à )a Trappe. M. de Ponac. — Remerctments et présentatioDi.
— Spectacle des cabinets, iiaiûyse de la pas&rale de Biftvié, Aô/teurs et aateurs.
Du samedi 1*' février^ Versaill^, — M, le ^aoe de Soul^'^ ' ^' ^^ ^^ ^^ Tallard y VL' le duc de JDurasy M« de Montbazon et M. de Mazariu firent hier leurs révérences. Ils n'étoient point venus ici depuis la mort de ,M. le prince de Rohan. . • : :
M"^ de Coigny (Néret), qui n'avoit point paru, depuis la mort de son mari> fit aussi hier sa révérenpe j Mf* de Croissy (Coigny) et M"* du Plessis-Châtillon (Torcy) étoient avec elle.
Du dimanche 2 , Versiùlles, .— M"^ la duchesse d'Orléans mourut hier, à onze heures du soir, âgée de près de soixante et on^ ans'. Comme M. le duc d^Orléans' ne vient plus ici ^ c'est M. le duc de Chartres qui est venu ce matin rendre compte au Roi de cet événement, :0n ne sait pas encore toutes les dispositions de son testsitneht. Elle fait beaucoup de legs sur son mobilier. Elle lait M. le duc d'Orléans son légataire universel et substitue à M. le duc de Chartres sa maison de Bagnolel, et veut qu^eile passe après lui au second de ses enfants mâles. Elle donne à H*"^ la duchesse de Hodène quelques-unes de ses pierreries et unlivi^ede minièitures parfaitement belles^ assez grandes, et qui sont des portraits du fëu Roi et de toute la famille royale. Elle donne aussi à M™** de Modène 20,000 livres dé rente viagère en cas qu'elle né partage pas dans son mobilier (1). Elle dit précisément qu'elle
(1) Le feu Roi en mariant M'ne la ducliesse d'Orléans Ini avoit donné deux millions de dot, dont il lui payoit Tintérôt an denier vingt. Gomme elle avoit
veut être ènteirrée àla Madeleine de Tresnel, sansaucune o^érémcinie. Elle est universellement regrettée. Quoique J^iBeine ne la vit que très^rarement, elle avoit pris du ^oùt et de Tamitié pour elle y et H*"^ la duchesse d'Orléans €ii étoit extrêmement touchée. Paris en est dans une véritable affliction. M"® la duchesse d'Orléans tenoit un ^and état^ sans cependant donner à manger que trèsrarement. Il y avoit un cavagnole chez elle qui étoit à assçz petit jeu^ parce que plusieurs dames pou voient le isoutenir. On augmentôit le nombre des tableaux suivant le nombre de ceux ou de celles qui se présentoient pour jouer. Il y en avoit toujours beaucoup , et outre cela une cour fort nombreuse. M"** la duchesse d'Orléans parloit è tout le monde avec dignité, politesse et attention. On jôuoit quelquefois depuis six heures jusqu'à dix ; il n'y avoit point de souper. Toutes les dames attachées à M"* la duchesse d'Orléans recevoient continuellement des marques de ses bontés; ce n'est pas qu'elle demandât deâ. grâces pour elles ou leurs familles ; elle ne vouloit rien demander, mais elles les combloit d'attentions, de ]A*ésents dans les occasions; enfin, elle en étoit aimée et respectée. Outre cela , elle faisoit de grandes aumônes , et l'on peut dire avec raison que c'est une grande perte pour Paris.
Il y a eu aujourd'hui chapitre de l'ordre. Il n'y avoit ni princes du sang ni légitimés, à cause de la mort de M"** la duchesse d^Orléans. Nous n'étions que trente-cinq chevaliers, y compris les trois grands officiers ; M. Amelot n'yétoîtpoint, et M. de Saint-Florentin fait toujours ses
c^epuîs plusieurs années lait un arraogement avec M. le dnc d'Orléans, son fils, par lequel elle lui abandonnoit toutes ses terres, se réservant seulement «ine pension viagère, qui étoit, je crois, de 800,000 livres y compris ce que le S\oi lui donnoit, et outre cela ayant stipulé qu'elle pourroit disposer de % 00,000 livres de rentes viagères, il y a apparence, par cet arrangement, que l^sdeux millions de dot ont été remboursés, ou sMls ne Tont pas été M. le «tue d'Orléans est chargé de les recevoir. (Note du duc de Lu y nés.)
808 MÉMOIRES DU DUC D£ LtJYNES.
fonctions. M. de Saint-Florentin (1) a d'abord fait la lecture de six chevaliers nouveaux que le Roi a nommés aujourd'hui : M. le duc de la Vallière, M. de Souvré, M. de Chalmazel, M. le baron de Hontmorehcyi M. de Sassenage ( ces deux-ci menins de H. le Dauphin ) , M. de Mailly ( ci-devant Rubempré); je ne prétends pas mettre l'ordre dans lequel ils ont été nommés. Ensuite M. l'abbé de Pomponne a fait la lecture des preuves des trois chevaliers qui alloient être reçus (2); (le quatrième^ qui est M. de Lanmarie, n'a point encore envoyé ses preuves; on le dit même bien malade ; ) il a dit que H. le duc d'Ayen étoit le huitième chevalier de sa maison, et M. le duc d'Estis$ac le onzième.
Immédiatement après , ces deux novices et M. de Vaulgrenant sont entrés. Le Roi les a faits chevaliers de Saint-Michel, suivant l'usage. La procession a commencé. Comme on n'a point défait le théâtre , la procession a passé par le petit escalier tournant de la chapelle qui est de ce côté-ci. On a sorti dans le péristyle pour rentrer par la grande porte. C'est M. l'évêque de Langres ( Montmorin ), prélat de l'Ordre, qui a officié. La procession de la Chandeleur s'est faite dans la chapelle , le temps ne permettant pas de sortir. Ensuite le Yeni Creator y et ensuite la grande messe. M. de Langres a une assez belle voix.
(1) Le Roi a d'abord dit : « Nous avons six nouveaux clievaliers, » ou bien : « J^ai à vous proposer six nouveaux chevaliers. » Comme j'entrois dans ce moment, je n'ai pas entendu le discours du Roi, mais S. M. a parlé, après quoi M. de Saint-Florentin a lu les noms. (Note du duc de Luynes.)
(2) J'ai appris par ce rapport que le nom de M. de Vaulgrenant est Yillier. Ils sont de Tancien duché de Bourgogne et ont eu des charges considérables dans la maison des ducs de Bourgogne.
M. de Chalmazel, qui vient d'être nommé , s*appelle Talaru et est d'ancienne noblesse ; son père avoit épousé une sœur de feu M. de Ghamarande. M. de Ghamarande ayant perdu son fils unique, M. de Ghalmazel a hérité de ses biens. M. de Ghamarande avoit été premier maltie d'hôtel deMra« la Dauphine de Bavière. C'est pour le dédommager de la perte de celte charge que le Roi lui donna celle de premier maître d'hOtel de la Reine , dont il obtint ensuite la survivance pour M. dé Ghalmazel. (A'o/e du duc de fAtynes.)
mais il chante un peu lentement. Après la messe ^ les trois chevaliers ont été reçus tous trois ensemble. Les parrains étoient M. le duc de Biron à droite et M. de Coigny à gauche. La procession a retourné dans le même ordre et par le même chemin.
n y eut ces jours-ci une petite dispute chez M"' la Dauphine. Gomme elle ne voit personne, les dames et hommes (jui veulent s'informer de ses nouvelles se tiennent dans le grand cabinet avant sa chambre. On avoit demandé aux valets de chambre des sièges pour les dames. Ils répondirent qu'ils n'en dévoient point donner dans cette pièce, mais seulement dans celle où étoit M"^ la Dauphine, que cependant ils vouloient bien par attention pour les dames, et comme cavaliers (ce fut le terme), avancer quelques placets. M. de Saint-Aignan, qui s*y trouva, alla chercher des sièges et en apporta. Un de ces valets de chambre , nommé du Buisson , lui dit qu'il honoroit beaucoup leur corps en faisant ces fonctions. M"' la duchesse de Brancas en a rendu compte €iu Roi, et du Buisson a été interdit.
Je viens d'apprendre dans le moment que le Roi a
donné aujourd'hui , ou plutôt hier au soir, les entrées
de la chambre à trois de ses aides de camp qui ne les
avoient encore qu'en campagne : M. le prince de Tingry,
M. le duc de Duras et H. le marquis de Gontaut. M. de
Tingry étoit ici hier au soir; il fit sa cour au Roi, et lui
dit qu'il alloit à Paris. Le Roi a fait la plaisanterie de le
laisser partir, et cette nuit il lui a envoyé un courrier
avec ordre de le réveiller, et de lui dire de venir prendre
ses entrées au lever.
J'ai oublié de marquer que c'est M™® de Chimay ( Beauvau-Craon ) qui a quêté aujourd'hui. La Reine et toute la famille royale étoient à la grande messe à la tribune.
Cette après-dlnéeil n'y a point eu d'évêque qui officiât. Le Roi a été sur les quatre heures au sermo» avec ses
enfants^ et pour tout prince^ H. le prince de Gondé. Le prédicateur est H» Adam^ curé de Saint-Barthélemy; son sermon et son compliment ont été beaux. Les chantres de la chapelle ont chanté en haut les vêpres^ et «tout de suite les missionnaires le salut. Lé Roi a toujours resté en bas. M"*" de Chimaya encore quôté à yêppos.LaReiile, qui est un peu incommodée, n'est venue cpie pooti^yé^ pres^ et a été dans sa niche en haut. Ce matin (elle étoit sur le drap de pied. ■ {
Du lundi 3, Versailles. — J'ai toujours oublié dé parler de l'exil de M"*® O'Brien. Elle porte depuis qudques années le nom de milady Lismore; c'est un titré que le roi Jacques a donné à son mari. Elle a re^ oi*di*è ces jours-ci de se rendre àOi'léans. Elle a demandé di elle ne pouvoit pas aller trouver son mari, qui; est à RomCy et cette permission lui a été accordée. M. (yBridn est ÉcossoiSy attaché au roi Jacquiês, et chargé de ses a& faires en France depuis longtemps. Il est à Roàie dqpiiiâ deux ou trois ans, auprès du roi son maître. Sa fémmie est de même nom et de même maison que lui; elle étoit fort pauvre, et a demeuré longtemps à Paris dans un couvent, où je crois que M. O'Brien payoit sa pension. Elle est fort maigre ; d'ailleurs elle a un beau teint et est assezjolie. M. O'Brien se détermina enfin à l'épouser il y a quelques années. Elle a obtenu une. place auprès de la reine d'Espagne , qui est au-dessous de dame d'atours et au-dessus de première femme de chambre. Je ne sais pas précisément la cause de son exil.
Du mardi 4, Versailles. — M. de Maurepas envoya ordre avant-hier à Paris de discontinuer les spectacles pendant huit jours , à l'occasion de la mort de M"® la duchesse d'Orléans. Lundi , l'opéra des cabinets , et mardi la comédie dans la salle ordinaire. Avant-hier au soir, M. de Périgord, fils de M. de Talleyrand et gendre de M. de Chalais, fut déclaré menin surnuméraire de M. lefDauphin; il n'aura point d'appointements tant qu'il sera sur-
nuoiéraire; il y avoit longtemps qu'il avoit la parole de la première place vacante.
MM. de la Rivière , beau-père et gendre , vinrent demander^ U y aquelqqesjours, l'agrément du Roi pour le mairiage d« la sfipQJodç^Jl(^de,M-,/3(e la Riyi^re, sœur de celle qui est à Sfesdames^ avec H. de Lçzay, qui porte le nom de Lusigna^; ile^t fort jeune, il a été mousquetaire et depuis capitaine. d& cavalerie. < . r
M. le chancelier demanda aussi il y a quelques jours l'agrément du Roi pçur le mariage de sa petite-fille M"* de Chastellux avec M. de la Tournelle devenu héritier de cette maison par la mort de M. de la Tournelle et de sa sœur. M. de la Tournelle^ ç^^me on le çait, étoit le mari ^e M"* de Chàteauroux. Il avQit une terre en Bourgogne, qpi a passé à son héritier et qui vaut 50,000 lir vres de rentes; elle n'en yaloit anciennement que sept ou huit^ M. de la Tpuçnelle le père. avoit up de i^es atmis qui étoit ingénieur et qui le vint voir dans cette terre; il alla s'y promepqr et e^anainer les bois qui en faisoient un^ partie considérable, mais qui formoient un très-petit objet faute de débit; il remarquai qu'il étoit facile de les faire flotter et que la dépense à faire ne seroit pas considér^ible; il communiqua json projet) à M. de la Tournelle, et lui conseilla d'acheter, le plus qu'il pourroitde bois aux environs j ce qui fut exécijté à bon ma^rcbé. JL'ouvrage fini .pour le flottagç,, la terre augmenta d^ près du double de son revenu ; eîle a été portée jusqu'à 50,000 livres de; rente (1). M. 4e 1^ XQ^?^i^ellp qui épouse.M"* de Chastellux n'a qu'une sœur; il a.d^-huit ans, sa sœur quinze ou. environ, et M"" de ChastçUux seize. Out^^e les 50^000 livres de rentes de la terre dont je viens de parler, la mère de M. de la Tournelle^ ui;i^ Revenu aussi considérable de son bien.
(1) Voir lome IH, page 278.
Du mercredi 5, Versailles* — J'ai marcjué ci-dessus que M^^'de Chimay quêta dimanche dernier; elle quêta le matin etraprès-dlnée. L'usage est que Targent de ces quêtes est remis directement à la Reine par la dame qui a quêté ; la Reine Tenvoie à son grand aumônier, qui en fait la distribution. Ces quêtes ont presque toutes leur destination particulière; celle du premier jour' de Fan est pour les pauvres de Notre-Dame de Versailles ; celle du 2 février pour ceux de la paroisse de Saint-Germain ; celle de la Toussaint, en quelques lieux qu'elle se fasse, est destinée pour Fontainebleau; celle de Noël, pour la paroisse de Saint-Louis de Versailles; celle du jeudi saint, pour les filles de Saint^Joseph à Paris. A Tégard des quêtes qui n'ont point de destination particulière , la Reine en dispose comme elle le juge à propos. Il est seulement d'usage de prendre sur cet argent une somme de 800 livres que l'on distribue aux pauvres des villages du. domaine de Versailles. Il y a encore les quêtes que l'on fait tous les mois dans le salon de la Reine, après une exhortation que font alternativement les curés de Versailles, et qui se continue de même àCompiègne et à Fçntainebleau par les curés de ces lieux. Ces quêtes ne passent point par les mains du grand aumônier; ici et à Fontainebleau elles sont remises entre les mains de la trésorière de* la charité de chaque paroisse. Je ne sais pas si à Compiègne il y a des sœurs de la Charité , mais cet argent est distribué aux pauvres. Il y a encore d'autres quêtes plus particulières qui se font dans la chambre de la Reine, à Fontainebleau, par quelques-unes de ses femmes de chambre ; c'est pour les filles bleues , c'est pour les filles de Moret, etc.
Le Roi partit hier pour aller à Choisy, où il restera jusqu'à samedi ou dimanche ; ce voyage ne devoit être que le 8 ; il est vraisemblable que c'est la circonstance de la mort de M™^ d'Orléans qui Ta fait avancer.
Du jeudi 6y Versailles. — La Cour a pris le deuil au-
j ourd'hui pour la mort de M"® la duchesse d'Orléans pour trois semaines.
Madame Infante et Mesdames vont aujourd'hui coucher à Choisy.
IhA samedi 8, Versailles. — J'ai appris aujourd'hui que M. de Verneuil, introducteur des ambassadeurs^ a reçu ordre du Roi d'aller de la part du Roi et de la Reine faire compliment à M. le duc de Modène sur la mort de M'"® la duchesse d'Orléans. C'est l'usage en pareil cas d'aller toujours de la part de la Reine, quand on va de celle du Roi ; mais M. le duc de Modène étant ici incognito, sous le nom de comte de Saint-Félix, comme je l'ai déjà dit, il sembleroit que nulle distinction ne lui séroit due. Aussi ce que le Roi fait pour lui dans cette occasion n'est pas comme droit dû à un souverain étranger, c'est une marque d'attention et d'amitié de la part du Roi. Ce n'est pas un premier exemple qu'un incognito n'ait pas été observé à la lettre quand le Roi le juge à propos.
Du mardi 11, Versailles. — Avant-hier, M. de Choiseul fit signer le contrat de mariage de son fils avec M"" Lailemant de Betz. Ce mariage se fit hier à Paris, chez M. de Saint-Amaranthe, parent de M. Lallemant de Betz; sa maison, qui est dans le faubourg Saint-Honoré, étant plus grande et plus commode que celle de M. Lallemant de Betz.
Immédiatement après la signature du contrat, MM. les gens du Roi des cours supérieures eurent audience de S. M. dans son cabinet; ils venoient prendre ses ordres pour le jour qu'elle voudroit donnei» aux cours supérieures pour les harangues au sujet de la paix. Le Roi, qui étoit debout au bout de la table du côté des fenêtres, leur donna jour au premier vendredi de carême.
Le même jour d'avant-hier, il vint ici un homme dans la galerie que Ton montra au Roi et à la Reine. 11 s'appelle Constant. Il dit qu'il a cent un an et qu'il étoit au
siège de Barcelone par M. de Vendôme > qu'il y reçut plusieurs blessures. Je ne Tai point vu; mais, tops les gens qui Tout vu disent qu'il ne paroit pas plqs de spl^nte ans. Il n'a {loint la croix de Saint-Louis ; il dit^ cpi'U a servi dans Je régiment de la maçii^e. ^\ , x-u'». .v
Il y a ici un envoyé de Tripoli qui tL d^à ^té pn .f^ti$ qualité à Constantinople, let qui s'en, va açtuçUement.àl^ Haye. Il a eu la curiosité de voir en passant lia Fra^ca et la Cour> mais il n'est chargé d'aucune comn^ssi(>n. ..
Je ne puis encore mettre le détail du testament deiLT.l9> duchesse d'Orléans, parce que l'on, ne me Ta pqint doi^né jusqu'à présent. Je sais seulement qu'elle a fait.beauiEMPi^p de legs pieux aux filles bleues de Fontainebleau et autres communautés; elle les chai^ge, de prier Ddçu pour elle.et pour une dame, une nommée ^jç^çoise. Cette àa^tm QsS M^^ de Montespan^ samère, qu'elle n'a pa>s vouli; noi^m^r.
Il y eut hier opéra sur le théâ,tre.d^s petits .appai^tisr ments (1). C'est le même qui y a déjà été jo|iiQ, Acis e$, Gulatée. On n'exécuta que trois actes de cet op^a; 0^^;$^ retranché le prologue de Phaétqx^qnfà l'on joua la dernière foisy comme je l'ai marqué^ m¥S;4oAt les parol^ ne convenoient pas depuis, la fa\isse-?CQUp)ie de M"** l^, Dauphine(2). . , ,^^ .,. ,.,...
J'ai parlé de la politesse de. M"* la duchesse^ d'Qp^éfms. On m'en raçontoit ces jours-rci upiQ pFeuYf) qui.ffi^t jojir que Ton conserve son caractère jusqu'au dernier soup^;-. M. l'archevêque de Paris (Beaumont) vint la vo^ c^ns ses derniers moments, et dit Jes prières d^ j^gopisants. Elle y répondit avec piété et la plus grande présence
(1) La Reine, M. ie Dauphin, Madame Infante et Mesdames y étoiéni', et outre cela llnfante léabeire eh sdn *Mg.(N6te du dîéc àèLuynes, )
(2) Dans ce prologue fie trouvent les Yers sttWanjt^; ;. ; < . . » •%<'.»>> '• >
11 calme l'univers, le ciel le favorisé; i ' .•
Son auguste sang s'éternise ; 11 voit combler ses vœux par un héros naissant ; To»t doit dtre sensible au plaisir qn'il rfiseot,
d^esprit; ensuite elle dit à M. rarchevéque : a Je vous sais bien obligée de tous vos soins^ Monsieur; ceci vraisemblablement ne sera pos long, mais je sais que vous avez une mauvaise santé; songez è la ménager^ et ne reste^p point auprès de moi. » Elle parloit avec sangv froid de son ïnal, et disoitqu'^eauroit assez de curiosité de pouvoir assister à Texameû de sa cuisse après sa mort. On a ouvert cette cuisse, et on y a trouvé unsquirre qui se formoit apparemment depuis longtemps^ mais qui étoit extrêmement augmenté. Lorsqu'il fut question de prendre les ordres deM. le duc d'Orléans sur le transport que M°^ sa mère avoit ordonné de son cœur, on lui cita l'exemple de ce qui s'étoit passé à la mort de la dernière DaU^ phine. Comme M. le duc d'Orléans est toujours persuadé que cette mort est supposée, il répondit que l'on se moquoit de lui, de lui citer pour exemple une fable dans une affaire aussi sérieuse.
Les princes et princesses vinrent ici hier pour recevoir les compliments du Roi. Les princes ont été ce matin chez le Roi en grands manteaux, entre la messe et le conseil des finances; ils ont vu le Roi dans son. cabinet. On a été assez surpris dé voir te gouverneur de H. le comte de la Marche entrer à la suite de son pupille. De chez le Roi, les princes ont été chez la Reine, qu'ils ont vue dans sa chambre, avant son dîner. Ensuite chez M. le Dauphin, M"*^ la Dauphine, M"* Infante et Mesdames. Cette après-dinée, un peu avant quatre heures et demie, le Roi, qui n'a point sorti à cause de la gelée, a été rendre visite à M"" de Chartres, qui étoit dans son lit. M. le duc de Chartres y a été recevoir le. Roi (1). S..M.,aété ensuite chez M"* la duchesse de Penthièyre; M- le duc de Penthièvre s'y est trouvé. Elle étoit aussi dans son lit. De chez M™^- de Penthièvre S. M. a étéiChez M"® la duchesse
(1) M. le prince de Confy et M. le comté de la Marclie y étoient. (Note du duc de Luynes,) '■ • »» j^ ^'
de Modëne^ qni étoit dans son lit comme les deux autres. Ces princesses immédiatement après les visites du Roi ont reçu celles de la Reine, de M. le Dauphin ( H^^ la Dauphine ne sort pas encore ), de Madame Infante et de Mesdames^ ensuite de M. le comte de Charolois, de M. le prince de Dombes et de M. le comte d^Eu, tous trois en manteaux. Tout ce qui s^est trouvé ici^ hommes et femmes, sont entrés immédiatement après, en manteaux et en mantes. Tous étoient péle-mële, attendant dans la se* conde antichambre de M. le duc de Chartres jusqu^à ce que Mesdames en fussent sorties. Les hpmmes par politesse laissèrent passer les dames les premières ; elles entrèrent toutes sans ordre ni rang. M. le duc de Chartres étoit dans le milieu de sa chambre, debout; il conduisit avec beaucoup de politesse toutes les femmes titrées, et eut la même attention pour les hommes titrés. De la chambre de H. le duc de Chartres^ on passa dans la chambre de M""^ la duchesse de Chartres, qui étoit dans son lit. La dame d^honneur conduisit les personnes titrées. On sortit par Tantichambre de M™* la duchesse de Chartres qui donne dans le bout de la galerie et on descendit chez M. et M"**' de Penthièvre, qui logent au-dessous depuis l'arrivée de M"® liifante. On entra par Vantichambre. M. de Penthièvre étoit debout dans le cabinet long qui étoit ci-devant celui de M"* la Duchesse. Il étoit près de la porte de ce cabinet qui entre dans la chambre à coucher de M™" de Penthièvre ; il eut les mêmes attentions pour reconduire qu'avoit eues M. le duc de Chartres, et avec la politesse la plus grande et la plus marquée. On entra tout de suite chez M"^ de Penthièvre, qui étoit dans son lit, dans une espèce d'alcôve, et on sortoit par une porte de dégagement qui est à côté de l'alcôve et qui conduit dans Tantichambre. M"® de -Saluées, dame d'honneur de M"® de Penthièvre, étoit contre la porté par où on sortoit et par conséquent ne pou voit faire aucun pas pour reconduire. De chez M™^ de Penthièvre on passa dans
FÉVRIER lYM. SI7
Taile neuve. Nous allâmes d'abord chez BF^ de Modène^ qui éioit dans son lit. Sa daiïie d^honneur étoit à la porte par où Ton entroit. On sortoit par un petit dégagement qui rentre dans la galerie. Nous allâmes tout de suite chez M. le prince de Conty, qui est dans la même galerie de l'autre côté de Tescalier. On entra par la porte la plus proche de l'escalier, et on sortit par celle qui rentre dans le bout de la galerie. M. le prince de Conty étoit dans la troisième pièce de son appartement^ debout près de la porte par où Ton sortoit^ ayant M. le comte de la Marche à sa gauche. Tous les princes étoient en manteaux ainsi que toutes leurs maisons et celles des princesses. Je crois qu'il est inutile de marquer que le Roi^ la Reine, toute la famille royale, et toute leur suite, n'étoient point en manteaux ni en mantes. Il n'y avoit point eu d'exemple de pareilles révérences aux princes et princesses en manteaux et en mantes depuis 1720, à Paris, à la mort de la première femme de H. le Duc , qui étoit Conty (1). M. de Maurepas me le dit hier et m'ajoula que les princes et princesses en convenoient; le Roi me dit aussi hier qu'il se souvenoit fort bien de cette cérémonie de 1720. Je crois pourtant que lorsque VP^ la Duchesse ( de Hesse-Rhinfeld) vint ici après la mort de M. le Duc, on alla lui faire des compliments ; je crois que ce fut en manteaux, mais je n'en suis pas sur. H. de Maurepas en a quelque idée, mais il dit que ces compliments furent fort mal arrangés. J'ai cherché dans mes Mémoires, et je n'ai rien trouvé sur cet article (2), ce qui m'en fait douter,
(i) Marie-Anne de Bourbon-Gonty, née en J689; mariée en 1713 à Louis- Henri de Bourbon-Condé (Monsieur le Duc) ; morte en 1720. M. le Duc se remaria en 1728, à Charlotte de Hesse-Rhinfeld.
(2) Voir tome in, page 150, le passage de ses Mémoires que le ducdeLuynes ii*a pu trouver ; les manteaux y sont mentionnés. Nous avons dit, tome 1^', page &3, que le duc de Luynes n^avait fait de table de ses Mémoires que jusqu'au mois de juillet 1737; il est singulier qu'il se soit privé de ce moyen commode de recourir à un travail qui avait surtout pour but de constater des précédents en matière de cérémonial.
818 MÉMOIRES ^DU PUG m LUTIŒS.
parce qoe celaeuroit été trop remarquable poiw a'avoir pas été écrit* Je hq parle que'des courtisans et 4^s damas en manteaux et en maptes^ car pour les visiites^d^L Rai, de la Reine et de la famille royale aux princeisses> elles ont été dans toutes les occasions^ et ejles sont écrites dans mes Mémoires. .•'; - . :
J'ai parlé du gouverneur de M. ki comte de )a Marché; il s'appelle M. de la Clavière. , , j;
Le gouverneur de M. le prince de Coudé entre avee lui danslecabinet du Roi^ mais ce n'est pas en casde cérémonie et lorsqu'il est en grand manteau. M. le duc de Chartres avoil fait demander hier au Roi que ses grands officiers le suivissent chez S. M. Le Roi fit réponse par M. de Richelieu que ce n'étoitpas son intention ; qu'il désirolt traiter bien M. le duc Chartres en toutes occasions^ mais qu'il ne connoissoit de grands officiers que les siens, ceux de la Reine etceiix desesenfants ; qi^eM. leduc de Char très n'é<taut quepjince du $ang ne pou voit pas prétejddre que ses officiersentrassentdansle cabinet duRoi. L'hidssi^r du cabinet du Roi a d'abord refusé la porte à Mi de la Çlavière 5 mais sur ce qu'il a dit qu'il étoit gouvernciur , de M. le comte de la Marche^ il l'a laissé entrer, ne laissant p^ attention qu'il étoit en grand manteau. M. de lUchelie^ ai;aussitôt interdit l'huissier (1). Par la même raison du^grand manteau, U. de laClavière ne devoit point içnjtreri chez la Reine, quoique ce fût dans la chambra et à rheure que tout le monde çi?tre; cependant il y a entré (2), M"* dô Luynes n'ayant pas été avertie de ce qui s'étoit pas^ cheai^
(1) Cette interdiction a duré peu; elle fut levée le soir même : ce n'étoit-^ que pour Texemple. Voyez Particle du 13 février. (Note du dtic de Luynes.)
(2) Il y eut même trois ou quatre de ceux que les princes du sang appel — lent leurs grands officiers qui entrèrent en manteaux chez la Reine, ce qui est contre la règle. Ils n'étoient point entrés chez le Roi, mais Mu>c d^ Luynes ne le savoit pas. Ils n'entrèrent point chez M. le Dauphin , ni chez Mesdames. (Note du duc de Luynes.)
le Roi, M"^ de Brttricaô fet !*■*• de Duras n^ayani point été averties ont fait I» même faute ehez M"*" la Daùphine et chez Mesdames. H. de là Glavi^re a aussi entré ehez M. le Dauphin. L'huissier Àvoit refusé de le Icdisser entrer, sachant eéf^ s'étoil passé chez le Roi ; H. le prince de Gonty itisista tout haut dèv^tni H. le Dauphin ; H. le Dauphin r^arda M. de liiohelieu ; M. de Richelieu leva les épaules, et M. de laClàvière entra.
Les difficultés et les insistances des princes et princesses du satlg sont cotintiès' du Roi. En voibi uh exemple. A lèS mort dé M"' la duchesse de Parme, M"* de Duras ayant demandé* au Roi si Mesdames dévoient rester chez *■* la DaufWne^dans le temps des révérences, le Roi ré^idndit ^' elles n'y dévoient pas rester. M"" de Duras den^axida'si les princesses, ne dévoient pas venir prendre Mesdames chez ellesl-LeRoi répondit : « Elles iront si je letir' miànde. )) 11 leurmanda, et elles y allèrent.
Les prinéës'dti sfang" ne vont plus &ire aucunes visites . dans les occasions; les princesses du sang en font encore qaelqiies-uttès ; elles ne vont pas ^cependant chez toutes les femmes titrées^ comme cela devroit être.*
Depuis feu M. le Duc, premier ministre, les princes du sang !ne veulent poiut prendre le deuil de leurs parents, à moins qu'on ne leur donne part de la mort et que Ton n^aille pour ceta en personne chez eux, ce qui ne se pratiqûoit ]^int ayant M. le Duc. H-, le prince de Soubise n'a point voulu éîtler 'chez eux leur donner part de la mort de M. le prince de Rohen ; les princes du sang n'ont point pris lé deuil. ''
Différentes circonstances ont fait aujourd'hui que toutes les dames de la Reine, de M""' la Daùphine, de M^^ Infante et de Mesdames n'ont point été en mantes chez les prin- . cesses : M"' de Luynes parce qu'elle s'est trouvée mal, les autres à causé de la comédie et du jeu de M"""^ la Dauphinei Elles n'y ont été qu'avec les princesses qu'elles suivoiet)t;d'ai}leurs^les ont fait faire des excuses, dont
quelques-unes ont été reçues très-froidement. Il n'y a eu que M"^ de Hoiitauban qui a été partout.
Les dames de M""' d'Orléanssont venues aujourd'hui pour faire leurs révérences; elles étoientsix. Il avoit été décidé qu'elles entreroient chez le Roi. La visite est remise à demain ; il n'est pas encore décidé si les dames d'honneur entreront avec elles. Le Roi avoit fait retarder la comédie d'une demi-heure à cause des visites. Il y avoit une nouvelle actrice nommée M'** Armand; elle avoit déjà joué et avoit été refusée ; elle s'est représentée de nouveau ; il paroit qu'on en est médiocrement content. La comédie a fini tard. Il y avoit grand couvert. Les dames de M"*** d'Orléans n'ont pu faire leurs révérences. N'ayant point de quoi coucher ici ^ elles sont retournées coucher à Paris* H'"'' de Lorges n'est point venue^ parce qu'elle est malade. C'étoient M"* de Clermont, dame d'atours. M"* d'Armentières, M"** de Poitiers, M"« de Montoison , M"^ de Bourdeil et M°* de Laval. M. de Crèvecœur, premier écuyer, y étoii; aussi.
Du mercredi 12, Versailles. — Le Roi a décidé que le» dames d'honneur des princesses et toutes les dames qui leur sont attachées entreront en mantes avec elles partout* Cette décision est donnée comme une politesse du Roi. pour les dames.
La Reine a reçu aujourd'hui, avant que d'aller à 1» comédie italienne, les révérences des prince&ses em. mantes; elles étoient suivies de leurs dames, comme j^ l'ai marqué. Les princesses avoient d'abord été chez 1^ Roi. Après la Reine, elles ont été chez M. le Dauphin^ M"' la Dauphine, M"® Infante et Mesdames.
Avant-hier le Roi dina dans ses cabinets avec? M™* Infante et Mesdames; ils n'étoient qu'eux cinq ài^ table.
M. de Saint-Séverin contoit hier à M"® de Luynes un^ anecdote assez singulière sur la négociation d'Aix-la-* Chapelle. Tous les traités de paix jusqu'à présent avoienfc
été rédigés en latin; il a été convenu que celui-ci seroit rédigé en françois. Dans les titres que le Roi a pris, est^ comme on le peut croire^ celui de roi de France. On a peine à imaginer que ce titre ait fait une difficulté. Tout le monde sait que l'Angleterre, n'oubliant point les malheurs dont la France fut accablée sous Charles YII, a toujours voulu que ses rois conservassent le titre de roi de France. Elle croyoit apparemment avoir ce titre exclusivement à tous autres princes, parce que notre souverain ne prenoit que celui de rex Francorum, ce qui veut dire roi des François et non pas roi de France. Les ministres d'Angleterre à Aix-la-Chapielle, voyant le titre de roi de France, s'élevèrent contre avec vivacité, et dirent qu'ils ne le passeroient jamais , insistant pour que Ton mit à la place roi des François. M. de Saint-Séverin essaya inutilement de les persuader; la contestation s'échauffa. M. de Saint-Séverin leur déclara positivement qu'il jetteroit plutôt tous les traités au feu que de faire aucun changement; enfin ils cédèrent, mais ce ne fut pas sans peine.
La paix a été publiée aujourd'hui à Paris. H. l'archevêque a envoyé aujourd'hui son mandement en conséquence de la lettre du Roi pour le Te Deum qui sera chanté demain à Notre-Dame à Paris. Les ambassadeurs et ministres étrangers étoient autrefois invités à ces cérémonies, par l'introducteur des ambassadeurs , de la part du Roi, et ils y alloient ; cet usage a été interrompu depuis la mort de la reine Marie-Thérèse, en 1683. Les ambassadeurs ont prétendu que le cinquième salut de cérémonie qui se fait en pareil cas devoit être pour eux, c'est-à-dire immédiatement après les princes du sang. De tous temps le premier salut a toujours été à l'autel ; le second au célébrant, le troisième aux princes du sang', le quatrième au clergé. Les ambassadeurs vouloient avoir le cinquième et être salués avant le Parlement. Cette mtième difficulté pour le salut avoit été faite par le Parle-
ment dans les cérémonies auxquelles les ambassadeurs ne se trouvoient point. Cette difficulté a donné occasion à un accommodement. Le isalut du clergé a été placé après celui d€ l'autel^ les regardant comme ministres de l'autel, de sorte qu'ils sont salués avant les princes du sang<; Le Parlement disoit bien qu'il reconnoissoit lé clergé pour le premier ordre du royaume, mais que c'étoit seulement le clergé assemblé , et qu'il ne pouvoit être représenté par quelques évêques qui se trouvoient à Paris. Le même expédient qui avoîtservi pour le Parlement fut proposé en 1701 aux ambassadeurs par M. des Granges^ maître des cérémonies, chez H. de Torcy; les ambassadeurs ne voulurent point l'accepter. L'ambassadeur d'Espagne dit qu'il valoit mieux s'en tenir à l'usage où ils étoient de ne plus y aller que lorsque le Roy s'y trouveroit ; d -autant plus que le Roi étant présent, S. M. leur faisoit l'hotaneur de les saluer, en entrant, d'un coup de tète, distinction qu'ils avoient exclusivement à tous autres et qui ne pouvoit être remplacée en l'absence du Roi. ;
Je ne prétends pas mettre ici le détail de la cérémonie de Paris pour la publication de la paix. On trouvera seulement ci-après les noms des treize lieux différents où elle est publiée , et les termes dont on se sert dans cette publication. Il est à remarquer qu'il n'y a point d'autres puissances nommées que Tlmpératrice et l'Ângieterre, parce que nous n'avions point de guerre déclarée avec les autres. ; .
On a publié ces jours-ci un arrêt qui ordonne la suppression de plusieurs -droits nouvellement établis. On trouvera aussi ci-après l'intitulé de cet arrêt.
Lieux où la paix a été publiée à Paris, le mercredi 12 février 1749.
1'*' publication, au Carrousel.
2*" publication, cour du palais, devant le mai.
3* publication^ devant l'hôtel de ville.
4" publication, devant le grand Chàtelet.
6* publication, à la halle vis-à-vis le pilori.
6* publication, à la place des Victoires.
7^ publication, à la place de Louis le Grand.
8* publication, à la Croix du Trahoir.
9*^ publication, sur le Pont-Neuf vis-à-vis la statue
équestre de Henri IV.
10* publication, à la place du Pont-Saint-Michel. 11* publication, à la place Haubert.
12* publication, à la place Royale.
13*" publication, à la place Baudoyer.
OBDONNÀNGS DU ROI
Pour la publication de la paix.
Du U janvier 1749.