‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XV (1735-1758) (volume 4)Chapitre 11 sur 18 · DE PAB LE BOI · texte numérisé non relu

DE PAB LE BOI

On feit à savoir à tous, qu^une bomie, ferme, stable et solide paix a été faite et accordée entre très-haut, très-excellent et très-puissant prince Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, notre souverain seigneur; et très-excellent et très-puissant prince Georges, roi de la Grande-Bretagne, électeur de Brunswick-Lunebourg, et trèshaute, très-excellente et * très-puissante princesse Marie-Thérèse, reine de Hobgrie et de Bohême, impératrice des Romains, et leurs vassaux, sujets et serviteurs en tous leurs royaumes, pays, terres et seigneuries de leur obéissance. Que ladite paix est générale entre eux et leurs dits vassaux et sujets ; et qu'au moyen d'icelle, il leur est permis d^aller, venir, retourner et séjourner en tous les lieux desdits royaumes, États et pays; négocier et faire commerce de marchandises; entretenir correspondance et avoir communication les uns avec les autis^s ; et ce en toute liberté, franchise et sûreté, tant par terre que par mer et sur' les rivières et autres eaux, et tout ainsi qu'il a été et dû être fiait ^ tenips de bonne, sincère et amiable paix, telle que celle qu'il a plu à la divine bonté de donner audit seigneur roi de la Grande- Bretagne, électeur de Brunswick-Lunebourg, à ladite dame reine de Hongrie et de Bohême, impératrice des Romains, et à leurs peuples et sujets. Et pour les y maintenir, il est très-expressément défendu à toutes personnes, de quelques qualités et condition qu'elles soient,

d'entreprendre, attenter et innover aucune chose au contraire ni an préjudice d*icelle, sur peine d*étre punis sévèrement comme infracteun de paix et perturbateurs du repos public.

Et afin que personne ne puisse en prétendre cause d'ignorance, la présente sera lue^ publiée et affichée où besom sera.

Fait à Versailles, le 14 janvier 1749.

Signé Locu.

Et plus bas Bbulabt.

AftBET DC CONSEIL D'élÀT DU BOI,

Purtant suppression de la plus grande partie des droits éUAUspar lesédits des mois de février 1745 et 1748. *

Du 4 février 1749.

(Extrait des registres du conseil d'État.)

Le Roi étant en son conseil a ordonné et ordonne que les droits de marque sur les cuivres, établis par Tédit du mois de février 1 745, comme nussi les droits sur la poudre à poudrer et sur la cire, établis par Té^t du mois de février 1748, ensemble les droits sur les sui£s et sur les papiers et cartons rétablis par le même édit, et tarifs y joints, soront et demeureront supprimés, et que la perception d'iceux cessera à compter du jour de la publication du prient arrêt.

Fait au conseil d'État du Roi, S. M.. y étant, tenu à Versailles le quatrième jour de février 1749.

Signé Phslypbàux.

Du jeudi 13, Versailles. — J'ai parlé ci-dessus des révérences. Une circonstance qui ne m'a voit point paru mériter d'être observée , parce que c'est un usage constant ot sans difficultés, c'est que les dames titrées quisuivoient la Reine dans ses visites s'assirent devant S, M., et queles autres demeurèrent debout. Ce ne fut que chez M"* de Modène que la Reine s'assit, parce qu'il y eut quelques moments de conversation ; chez M*"® de Chartres et chez M'"*' de Penthièvre la Reine resta debout, et ne resta qu'un moment.

J'ai parlé ci-dessus du gouverneur de M. le comte de

la Marche et de l'interdiction de Thuissier ; j'ai appris, et d'une manière très-positive, que le Roi a dit que M. de Richelieu a eu tort, que le gouverneur ne doit jamais quitter son pupille.

Du vmdredi 14, Versailles.

Extrait d'une lettre écrite à il/***.

Vous savez l'aventure singulière du comte de Noailles, qui glissa , tomba et se cassa uu doigt de la main gauche, hier, en sortant du cabinet du contrôleur général ; cela ne Tempécha pas d'aller à Topéra.

Celle de M"^« de Duras est bien malheureuse et bien tragique. Elle arriva dans la petite galerie du Roi , en attendant le moment de Fopéra. M. le Dauphin et M™' Adélaïde s'assirent sur son bas de robe (1). M. le Dauphin voulut faire tomber M"*® Adélaïde, et tira le bas de robe; M™® Adélaïde tomba effectivement, mais sans se faire de mal, et M^^ la maréchale de Duras tomba en même temps, et se démit et se cassa le pied (2). Heureusement elle ne fit aucun mouvement pour se relever, car le talon étant disparu l'os auroit percé la peau, et la fracture auroit été bien plus difficile à réparer. On appela sur-le-

(l)M. le Daaphin, qui s'ennuyoit en attendant le moment de l'opéra, prit le bas de la robe de Mme de Duras, qui, se retournant, dit qu'elle avoit un page de iMHine maison. M. le Dauphin lui dit : « Je suis Criquet, et vous êtes la comtesse d'Escarbagnas ; mais je vais faire comme Criquet, car vous savez qu'il s*aâsit {*). » fA^^ Adélaïde s*assit en même temps sur le bas de robe de Moae de Duras. (Note du duc de Luynes.)

(2) La fracture fut si violente, que le talon rentré en^ dedans avoit entièrement disparu. Le Roi étant arrivé dans ce moment voulut la relever luimême; elle lui dit avec le plus grand sang-froid et la plus grande tranquillité qu'elle ne le pouvoit pas et qu'elle avoit le pied démis. Le Roi ordonna qu'on ne la toucbftt point jusqu'à ce qu'il vit venir iin chirurgien. On chercha de tous c6ié< un petit fauteuil ou chaise qu'on pût porter ou rouler ; enfin le Roi trouva une chaise avec des roulettes ; un chirurgien prit la jambe de Min« de Duras et la soutint toujours depuis la petite galerie jusque chez elle. Elle étoit prête à se trouver mal en arrivant. La Marfinière vint un momentaprès; il remitet raccommoda le pied. Il dit que si l'od y avoit toiiclié dans le moment, l'os auroit percé la peau et Taccident seroit devenu beaucoup plus considérable. (Sote du duc de Luynes.)

(*) Voy. la comtesse d^Escarbagnas^ scène IL

8S6 MÉMOIRES DU DtJC DE LUYNES.

champ La Martinière ; il assure que tout est bien remis en place, j^me |)ç Duras a beaucoup souffert cette nuit, et a été saignée trois fois ; peut-être sera-t-il nécessaire de faire une quatrième saignée. Cependant elle est mieux présentement et sans fièvre. Je vous parle d'après La Martinière. Mesdames étoient dans une consternation et une affliction extrême, et encore plus M. le Dauphin ; ils vinrent tous hier, au sortir de chez le Roi, voir M™« de Duras, qui a soutenu cet événement avec un courage héroïque; elle étoit aussi tranquille et aussi gaie que s'il ne lui étoit rien arrivé.

Du samedi 15, Versailles. — Avant-hier, il y -eut opéra dans les cabinets. C^étoit un divertissement composé de trois actes différents. Le premier et le dernier sont absolument nouveaux. Le premier est Jupiter et Europe; les paroles sont de Fuzelier^ la musique est du S' Duport, huissier de la chambre du Roi, et de Dugué, musicien du Roi. Le S' Du port est grand musicien, joue fort bien du clavecin et du violoncelle; mais comme il n'est pas de la profession, il n'a pas voulu que son nom parût dans les imprimés que Ton a distribués. M. de la Salle faisoit l& rôle de Jupiter travesti ; M"® de Pompadour faisoit Eu^ rope; M""* Trusson faisoit Paies, déesse des bergers; M. de Courtenvaux, qui devoit danser dans ce divertissement, ne le put pas, s'étant donné un effort, la veille, à la répétition. 11 n'y eut que M. de Langeron qui dansa, et les enfants des maîtres à danser. Les danses des trois actes furent charmantes et dans un goût nouveau, quoique cela paroisse difficile à croire; mais Dehesse, de la Comédie italienne, a un génie surprenant. Cet acte fut parfaitement bien exécuté.

Le second est intitulé les Saturnales ; c'est un acte des Fêtes grecques et romaineSy dont la musique est de M. de Rlamont et les paroles de Fuzelier. M"** la duchesse de Brancas faisoit le rôle de Délie y M"® Marchais celui de la suivante Plautine, et M. le chevalier de Clermont celui de Tibulle. Ce rôle dans Topera est une haute-contre; M. de Blamont Ta changé et en a fait une b9,sse-taille , pour

que l'oD eût plus de facilité à le faire exécuter. On avoit fait outre cela quelques changements et additions.

Le troisième acte est Ziiiey nymphe de la suite de Diane. C'est M"* de Pompadour qui joue ce rôle. M. le duc d'Ayen jouoit celui de Limphée, Sylvain ; M"^ Marchais faisoit l'Amour. La décoration du char de l'Amour fut fort belle et bien exécutée. Les paroles de cet acte sont de M. Cury, qui a acheté depuis peu la charge d'intendant des menus de M. de Bonneval. La musique est de M» Ferrand, fort ami de M*"* de Pompadour, et qui accompagne du clavecin dans ces divertissements»; il est çra;nd musicien.

M. etM**^de Montbéliard (Sponeck), depuis la^rte de leur procès, dont j'ai parlé dans le temps, s'étant trouvés réduits à 12,000 livres de revenus, ont pris le parti de venir s'établir à Versailles; dans la paroisse de Saint-Louis, où ils louoient déjà une maison, étant trèssouvent chez M"^ de Ventadour. M"® de Montbéliard est une femme sensée et respectable par sa bonne conduite et sa piété. Elle a beaucoup d'amis. Us n'ont qu'un fils, qui est dans le régiment du Roi -infanterie. Us vivoient tous trois dans une grande régularité et une grande union. Comme ils ont toujours été dans une liaison intime avec M™*' de Carignan, ils allèrent hier dîner avec elle à Paris. Us n'ont pour tout équipage qu'un petit berlingot avec deux chevaux. Us repartirent fort tard tous trois de Paris, dans leur petite voiture, pour revenir ici. En arrivant auprès de Viroflay, cojnme il faisoit fort noir, un carrosse à six chevaux accrocha rudement en passant la roue de leur carrosse; leur cocher tomba, et quoique les chevaux n'allassent pas plus vite , le sombre de la nuit , les fossés à droite et à gauche du chemin de Versailles à l'avenue déterminèrent M. de Montbéliard le fils à se jeter hors de la voiture. Il tomba et se cassa le doigt; le père voulant en faire autant , tomba sous la roue, qui lui passa sur la poitrine ; il ne vécut qu'une demi-heure. 11 fut cependant confessé et reçut ses sacrements. M"*^ de

Montbéliard^ témoin de, cet horrible spectacle^ resta dans le carrosse évanouie (1).

J'ai marqué ci-dessus que Ton envoyoit à Dresde , sur un brancard porté par des hommes, le bouquet de fleurs de Vincennes que^M. de Fulvy apporta il y a quelques jours à M*"^ la Dauphine, et dont elle fait présent

(1) 11 a été réglé qu'ils auroient 12»000 livres de rente foncière et 8,000 il- ▼res de pension. Cet arrangement a été fait depuis le jugement du procès en faveur de M. de Wurtemberg ; mais ils n'ont rien touclié depuis ce règlenoent, et même cela n*étoit pas encore signé le jour de l'aventure trafique de M. de Montbéliard. Cela ne doit Tètre qu'aujourd'hui ou demain.

Cette cruelle aventure, l'état de Mme de Montbéliard et la situation de son (ils ont engagé leurs amis à prier M. le contrôleur général de prendre les ordres (lii Roi et d'implorer ses bontés pour qu'ils puissent toucher quelque argent. Le fils, qui étoit dans le régiment du Roi, ayant obtenu une commission de colonel, a eu en même temps une compagnie dans le régiment de Rozea. L'argent qu'il a fallu donner pour cette compagnie , l'équipage et la campa» gne ont mis le pèie et la mère dans la nécessité de faire des dettes. Ce qui rend leur état encore plus digne de compassion, c'est que cette compagnie va être réformée si elle ne l'est déjà, et M. de Montbéliard le fils qui portoit le nom de Wurtemberg demeurera colonel réformé à la suite du régiment de Rozen, à moins qu'on ne lui accorde l'agrément d'un régiment et qu'il ne trouve le moyen de le payer.

La cruelle aventure que je rapporte ici est telle à peu près que je l'ai marquée; voici seulement les changements à y faire, que je n'ai appris qu'aujourd'hui. Le carrosse étoit à quatre chevaux avec un cocher et un posiillon; il fut accroché à huit heiir&s du soir prèft de Viroflay ; le cocher tomba et ne se fit point de mal. M. de Montbéliard le fils voyant que le postillon alloit toujours, quoique le cocher fût à terre, lui cria d'arrêter; mais voyant qu'il ne ponvoit se faire entendre, il ouvrit la portière et se jeta dans la boue où il se démit un doigt de la main ; la mère voulut se jeter aussi après son fils; le père, qui dormoit, se réveilla dans ce moment, arrêta sa femme, et se jeta fui-même. La roue lui passa sur le corps et lui cassa quatre côtes. On le porta dans la première maison de Viroflay; on envoya quérir le chirurgien et le curé du lieu. Le sang lui sortoit de tous côtés; on voulut le saigner jusqu'à trois fois, mais il ne vint de sang que la première. Il fut confessé ; il avoit fait ses dévotions la veille et vivoit dans une grande piété. Il a conservé la présence d'esprit et le sang- froid presque jusqu'au dernier moment. Il dit à sa femme : « Le Seigneur nous a déjà envoyé bien des croix ; ceci en est une terrible ; mais il faut se .«soumettre à ses ordres et adorer les desseins de la Provideuce » ; et en donnant la inain à sa femme, il expira à ses yeux sans s'être jamais plaint un inoînent. (Note du duc de LuyneSy datée du 16 février 1749.)

au roi son père ; cet arrangement a été changé. On a trouvé trop d'inconvénients à cette manière de transporter ce bouquet ; on a prisi le parti de le démonter et de l'envoyer par les voitures ordinaires; et M. de Fulvy fait partir l'ouvrier qui Ta monté, pour qu'il aille à Dresde le remettre en état d'être présenté au roi de Pologne.

M. de Fulvy m'a dit aujourd'hui plusieurs détails sur cette manufacture qui méritent d'être écrits. Le premier établissement fut fait en 17{hl. Le roi leur donna le manège de VincenneSy qui n'étoit d'aucun usage depuis longtemps. C'est là que l'on a construit des ateliers pour les tourneurs 9 sculpteurs^ peintres et autres ouvriers nécessaires pour la manufacture , et les fours différents dont on a besoin. M. de Fulvy a choisi des entrepreneurs qui y ont dépensé jusqu'à présent 250^000 livres. Outre cela , le. Roi donna ^ il y a» deux ou trois ans, {hOyOOO livres pour aider à perfectionner rétablissement; et depuis S. M. a fait encore donner 60^000 livres y en tout 100,000 livres. Jusqu'à ce moment il n'y a eu de dépense faite pour cette manufacture que 320^000 livres; ainsi ils ont encore 30^000 livres devant eux. Il y a actuellement cent ouvriers travaillant à cette manufacture, les uns payés à tant par jour, les autres par- pièces. Une des grandes difficultés est la terre pour les moules; il faut que cette terre ne soit mêlée d'aucun métal, car elle donne la teinture à la porcelaine ; on en trouve de cette espèce, mais elle est si sèche qu'à chaque cuisson le moule casse et ne peut servir deux fois. M. de Fulvy espère que cette manufacture bien soutenue fera commerce de marchandises pour 7 ou 800,000 livres par an , dont environ 300,000 en France et le surplus dans les pays étrangers. On y en a déjà envoyé des pièces qui ont fort bien réussi, et qui font désirer avec impatience aux étrangers d'en pouvoir acheter. Mais M. de Fulvy ne veut pas que l'on débite publiquement avant fe mois d'août pro-

chain, afin que les entrepreneurs aient le temps de remplir leurs magasins. Les Ànglois ne demandent que de la porcelaine toute blanche. Mais comme ils pourroient en faire usage pour y ajouter des peintures^ on leur vend cette porcelaine blanche aussi chère que 'si elle étoit peinte. ; • ' . i }

Il y avoit plusieurs autres manufactures de porcelaine en France , et même auprès de Paris, à Chantilly y Salnt- Cloud y Villeroy, Sceaux, etc: Les entrepre neurs visitoient, et envoient visiter, celle de Vlncennes pour s'instruire et tâcher de la contrefaire, et outre cela pour débaucher quelques bons ouvriers en leur promettant un gain plus considérable. Pour mettre fin à ces deux inconvénients, M. de Fulvy a obtenu un ordre pour que personne ne pût aller voir travailler les ouvriers dans la manufacture. Ces visites fréquentes avoient au moins l'inconvénient de les détourner et de retarder Touvrage. Outre cela , il y a eu un arrêt du conseil qui fait défense à tous maîtres de manufactures de prendre aucuns ou«rriers de celle de Vincennes à peine de 3^000 livres d'amende. Les ouvriers de cette manufacture ne sont ni logés ni nourris.

M. de Fulvy, pour être à portée de veiller de plus près à ce qui se passe, a obtenu un logement à Vincennes. C'est le bâtiment de la surintendance de cette maison royale. C'est son frère feu M. Orry qui lui avoit fait obtenir ce logement étant directeur général des bâtiments; mais il ne voulut jamais lui donner un brevet , de sorte qu'il a fallu qu'à sa mort il obtint de M. de Tournehem la continuation de la même gi*àce, qui lui a été accordée.

Du dimanche 16, Versailles. — J'ai toujours oublié de parler du mariage de M. Turpin, ci-devant Sanzay, avec M"® de Lusigiian. Ce mariage se fera après demain à h même messe que M. de Lusignan épousera M*** àj Paulmy, seconde fille de M. de la Rivière ; le frère et hj sœur seront mariés en même teogfps.

Il a paru iei ces jours derniers une riche juive qui de-l

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meure ordiûaireiueoj; avec son mari en Hollande ; elle est venue voir la France, Son mari, qui^est aussi juif, est un gros commerçant ; il s'appelle Pinto. On dit qu'ils ont plus de 200,000 livres de rente , el c'est par cette raison qu'on a remarqué ici cette femme.

Une femme, d'une espèce très-différente, qui est aussi venue ici ces jours derniers, -est milady Ogilvy ; elle est par ^e-mème de très-grande condition d'Ecosse ; elle a vingt et un ou vingt-deux ans ; elle a une figure fort douce, jointe à un courage héroïque . Quoique son père soit dans le parlement d'Angleterre et attaché, au moins à ce qu'il parolt, aux intérêts du roi Georges, et pendantque ses frères, attachés au même parti, servoient dans l'armée du duc de Cumberland, elle s'est entièrement livrée elle et son mfiuri aux intérêts du prétendant. Elle n'avoit que dixhuit ou dix-neuf ans lorsque étant en Ecosse elle sut que la plus grande partie des montagnards des troupes de ce prince s'étoient retirés chez eux; dans le moment elle monta à cheval, et alla toute la nuit de maison en maison dans les montagnes, leur représenter combien il étoit honteux d'abandonner ainsi leur roi ; elle en ramena quatre cents. Pendant ce temps , le duc de Cumberland s'avançoit avec ses troupes et avoit grand désir de faire prendre une femme. qui faisoit aussi grand tort à ses intérêts. Il n'épargnoit rien pour découvrir où elle étoit; urne Ogilvy, instruite de son dessein par les espions qu'elle avoit dans l'armée angloise, fit son calcul sur la distance dont elle étoit de l'armée du prince ; elle jugea qu'elle auroit le temps de passer une rivière qui se trouvoit sur son chemin ; elle la passa en effet avant que le duc de Cumberland put arriver sur l'autre bord. Se voyant en sûreté, elle fit tirer en l'air les troupes qu'elle avoit avec elle pour se moquer de son ennemi. Malheureusement après la dernière bataille que le prétendant perdit , elle fut prise et conduite à la tour de Londres avec sa sœur; elle ne fut point accablée par cet évé-

Dément; elle songea à sortir de prison. Elle y laissa sa sœur, et imagina de sortir déguisée en marchande. Elle est assez grande; pour être moins reconnue , elle marcha assez longtemps les genoux plies afin de paroltre plus petite. Elle s'embarqua sur un très-petit bâtiment, 011 elle fut cinq jours à découvert au milieu des vents et des tempêtes; enfin elle arriva heureusement en France. Son mari y étoit. Il a des terres considérables en Ecosse; mais son attachement pour le prétendant ayant fait confisquer ses biens et Tayant fait condamner à avoir le col coupé, il s'est retiré en France, où le Roi lui a donné un régiment qui lui vaut ik ou 15,000 livres de rente. C'est de ce revenu que le mari et la femme subsistent, et de quelques secours que leurs parents leur envoient sous main d'Angleterre et d'Ecosse. M™® Ogilvy étant devenue grosse, en France, résolut de retourner dans son pays pour y accoucher, sans être effrayée de tous les dangers où elle alloit s'exposer, et voulant que son fils , si c'en étoit un , ne fût pas exclu de l'héritage des terres de sa maison , ces terres étant substituées aux màl)es nés dans le pays. En effet elle se mit en chemin, mais elle accoucha à Calais et n'eut qu'une fille. Pour cet accouchement, elljB n'eut recours qu'à la première femme qui se trouva, et ne voulant point être connue, elle laissa ignorer sa situation à son mari , et sa fille fut huit jours à ne vivre qu'avec de l'eau. Elle espère bien dans trois ans d'ici être en état de retourner dans son pays, parce que suivant les lois du pays, au bout de ce terme, les punitions décernées contre des criminels qui n'ont point été exécutées sont pour ainsi dire prescrites, et il faut que le parlement prononce une nouvelle condamnation.

Du lundi 17, Versailles. — J*ai parlé du mariage de M. Turpin et de celui de M. de Lusignan. Ces deux contrats furent signés hier, et encore un troisième qui est celui de M. de Gouy, fils de M. d'Arcy et petit-fils de

M"* de la Lande^ avec M"*® de Vérac. Il y avoit longtemps que Ton parloit de ce mariage. Dès qu'il sera fait , H"*^ de Gouy entrera sûrement à Mesdames; c'est une gr&ce que le Roi a accordée à M"* de la Lande lorsque M"* d'Estrades a été nommée dame d'atours.

Nous avons ici un ministre d'Angleterre ; il est à Paris depuis deux ou trois jours. Il vint voir hier M. de Puisieut; il ne verra le Roi que demain. Il s'appelle M. d'York; il est fils d\i lord chancelier d'Angleterre. Il n'a le titre ni d'ambassadeur, ni d'envoyé, ni de ministre plénipotentiaire ; il est chargé ici des affaires d'Angleterre. M. le duc de Richmond devoit venir ici en qualité d'ambassadeur; apparemment qu'il y a quelques raisons qui retardent son départ ; je crois même qu'il est fort incertain qu'il vienne.

On a chanté aujourd'hui le Te Deum à la messe du Roi et à celle de la Reine (hier étoit celui des missionnaires, en conséquence du mandement de M. l'archevêque); aujourd'hui c'est la musique de la chambre qui a exécuté le Te Deum à la chapelle , et c'est le S' Rebel, surintendant de la musique de la chambre, qui a battu la mesure.

J'ai parlé en d'autres occasions des contestations entre la chambre et la chapelle au sujet des Te Deum , et de la décision du Roi en faveur de la chambre. Une circonstance que je n'appris qu'hier, c'est qu'il y a eu aussi une contestation entre les chapelains du Roi et les chantres que l'on appelle la grande chapelle. On sait,, et je l'ai expliqué ailleurs , que le Te Deum peut être exécuté à la chapelle comme un autre motet, et la mesure battue par le maître de la musique de la chapelle, pourvu que ce soit sans cérémonie. Ce qui constitue la cérémonie , c'est lorsqu'il est entonné par un prêtre en étole et que l'on dit l'oraison à la fin. Le chapelain qui dit la messe au Roi prétendoit devoir enton- :»er le Te Deum avant que de commencer la messe, et

884 MÉMOIftES DU DUC DE LUYNES. •

dire Foraison à la fin. Les chantres de la grande chapelle soutenoient qu'ils dévoient faire l'une et l'autre fonction. On a partagé le différend par la moitié; c'est un chantre de' la grande chapelle qui en surplis et en étole entonne le Te Deum en haut, et c'est le bhapelain du Roi qui chante Toraison en bas après la messe. C'est du Roi même que je sais ce détail.

J'ai parlé du mariage de M. de Gouy et de la retraite de M'"*' de la Lande. J'ai appris depuis quelque détails sur cette retraite. M"^ de la Lande , qui a été sous-gouvernante du Roi et ensuite des enfants de France, avoit ISyOOO livres de pensions du Roi. Lorsque S. M. lui donna l'intendance de la garde^robe de Mesdames, eUe voulut bien lui donner une pension de 2,000 écus, de sorte que M"* de la Lande avoit 19,000 livres de rente ' du Roî. Lorsqu'elle s'est retirée, le Roi lui a enôore augmenté ses pensions de 6,000 livres, et a donné dès ce moment , comme je Fai dit, à sa future belle-fille, la place de dame de Mesdames, vacante par le changement de M"** d'Estrades. M. d'Arcy, gendre de M"® de la Lande et père de M. de Gouy, avoit été gentilhomme de la manche avec M. d'Auxy, gendre de M""' de Villefort, autre sous-gotivernante. M. d'Arcy avoit eu une pension, je ne sais si c'est de 3 ou 4,000 livres. Après sa mort, le Roi a dotlné cette même pension à son fils; elle a été augmentée appai*emment depuis, car on m'a dit* qu'il avoit 7,000 fraûcs de bienfaits du Roi. M. de Gouy a très-^bien sei*vi; il eut les deux cuisses percées à la malheureuse affaire de M. le chevalier de Belle-Isle, et nous l'avons vu longtenîpd ici avec des béquilles , digne de compassion ; il espéroit dans cette occasion de nouvelles marques de la bonté du Roi, mais il n'eut rien alors. A Toccasion de son mariage, le Roi vient de lui donner 2,000 francs de pension ; il a outre cela un logement que le Roi lui donne à Paris.

Du mardi 18, Versailles. — Il y eut avant-hier grand couvert. M™*^ la Dauphine y soupa; c'est lé premier jour

qu'elle est' sortie depuis sa fausse-couche. Ils étoient huit à table ; p-est la première fois que cela s'est trouvé ainsi depuis l'arrivée de M"*' Infante.

La Reine alla hieraux prières de quarante heures à la paroisse. M. le Dauphin^ M'** la Dauphine. M"* Infante, Madame et M*"' Adélaïde étoient dans le cajt*rosse de la Reine. M™® Victoire ne put pas y avoir de place. Elle ne monta point dans le second carrosse de la Reine ; elle alla monter dans un des carrosses du Rôi qui sont destinés pour Mesdames ; elle y étoit seule dans le fond. M'^'^ lesduchessesrde Brissac etdeBeauvilliers étoient sur le devant ; M™^ de Belzunce et M"*^ de Charleval aux portières; M"® la maréchale de Duras ne pouvant suivre M"* Victoire, il étoit nécessaire que M^*® de CharléValfût auprès d'elle, ce qui n'auroit pu se faire si M"* Victoire avoit monté dans le second carrossede la Reine ;M"^ de Charleval n'y a jamais monté, mais seulement dans ceux du Roi. Ce carrosse où étoit M"^ Victoire passa immédiatement après celui ou étoit la Reine et avant le second carrosse. Comme il est censé que les deux et même les trois, quand ils y sont, n'en font qu'un, il eût été à désirer que M""* Victoire eût pu monter dans le second de la Reine.

Du mercredi 19, Versailles. — Hier, M. le Dauphin^ M"** la Dauphine , M°*® Infante et Mesdames dînèrent tous six avec le Roi dans ses.cabinets, dans le plus^rand particulier. Ils n'allèrent point aux ^ prières de quarante heures, à cause de ce dîner. La Reine y alla seule avec ses dames. M"^ de Luynes étoit hier dans le carrosse de la Reine: avant-hier elle étoit dans le second carrosse. Pour M"® de Brancas, elle alla avant-hier dans un des carrosses de M"*^ la Dauphine avec les dames de M™^ la Dauphine.

Avant-hier, il y eut opéra dans les cabinets. C'est le même qui avôit été joué la dernière fois ; il n'y eut aucun changement , sinon que dans le troisième acte ce

fut M. de la Salle qui chanta le rôle que H. d'Ayen avoit chanté la dernière représentation. Quoique le peu d'habitude que j^ai des spectacles ne me permette pas de juger aussi bien du mérite des acteurs^ il me semble que l'on peut dire que H. de la Salle est acteur et qu'il a une belle voix. Tout le monde en convient. H*"^ de Pompadour est aussi fort applaudie^ et avec raison.

Hier^ il y eut encore opéra. L'on joua Ragonde, dont la musique est de feu Houret, et les paroles de M. de Haiezieux (1). H. de Sourches fit Ragonde. Il avoit déjà exécuté ce rôle avec applaudissements^ quoi qu'ilait une voix fort peu avantageuse et peu agréable, mais c'est assez ce qui convient au personnage de Ragonde.

M"* Marchais faisoit Colette ;

H. de la Salle^ Lucas;

M"* de Pompadour, habillée en homme^ avec une jupe, Colin.

M. le vicomte de Rohan faisoit Thibaud le magister.

M"* Trusson, Mathurine;

Comme il faut trois hommes habillés en sorciers^ on avoit joint Richer, de la musique du Roi^ à MH . de la Salle et de Rohan.

Les danses, qui sont toujours de la composition de Dehesse, sont les plus jolies que l'on puisse voir.

Après Ragonde y on exécuta une pantomime, je crois de la composition de Dehesse, et où il fait le principal personnage. II n'y a aucunes paroles. Je ne sais si c'est

(i) C'est mal à propos que Ton a marqué les paroles de Ragonde être de M. de Malezieux. Ce divertissement fut fait pour une de ce que Ton appeloit les grandes nuits de Sceaux. Les paroles sont de M. de Néricault Destouclies, de Pacadémie françoise ; la musique est de différents auteurs. Partie des paroles sont sur différents morceaux de l'opéra dUrion, musique de Matho, et de celui d^ Ulysse de Rebel le père. 11 y a différentes symphonies qai ont été ajoutées par MM. Rebel et Francœur; ce sont eux qui en ont fait un opéra ; auparavant ce n'éloit que des morceaux détachés. (Note du duc de Luynes).

en deux espèces d'actes, ni si ce furent deux pantomimes, mais il y eut un de ces divertissements dont un petit danseur âgé d'environ cinq ans fit l'ornement principal, il est singulier de danser avec autant de grâce, de force et de jeu de théâtre à cet âge. L'autre fut un festin qui est rempli de beaucoup de bouffonneries. Le tout finit à huit heures. Le Roi alla souper dans ses cabinets avec tous ceux et celles â qui il a permis d'assister au spectacle. C'est l'usage; ils étoienthier trente-quatre à table.

J'oubUois de marquer que la Reine étoit lundi et mardi i\ l'opéra des cabinets avec toute la famille royale. L'infante Isabelle n'y fut point avant-hier, mais hier eUe y étoit. Elle ne parut pas s'y amuser beaucoup, mais on dit qu'elle est fort timide, et il se peut faire qu'étant devant le Roi et la Reine elle ait été un peu embarrassée.

Quoiqu'il n'y eût personne hier, de la famille royale, pour la comédie, ni aucunes princesses, on la joua sur le théâtre ordinaire.

Dans ce que j'ai écrit des fêtes de la ville, j'ai dû parler d'un bâtiment de planches que le prévôt des marchands a fait faire sur l'eau à côté de la place de Grève. Ce bâtiment a eu deux objets, Tun de contenir une plus grande quantité de spectateurs, l'autre de faire voir l'avantage qu'il y auroit de combler, si on le jugeoit à propos, cette partie de la rivière, et de continuer le quai Pelletier jusqu'à la place aux Veaux. En faisant cet arrangement et bâtissant dans le fond de la place, vis-à-vis de la rivière, un bâtiment pour les fêtes de la ville, la place seroit d'une bien plus grande étendue, et les feux bien pl^us éloignés du port, d'où on le verroit. On pourroit conserver le bâtiment de l'hôtel de ville tel qu'il est pour les assemblées et affaires de la ville, et pour tel autre usage que l'on voudroit.

M. le cardinal de Soubise a donné aujourd'hui des cendres au Roi en bas, suivant l'usage. Les tambours des Cent-Suisses y sont, quoique ce ne soit pas fête* On ne T. IX. 22

chante pendan la messe que le Uiserère en faux bourdon.

La Reine a reçu des jpendres en haut à Ta chs^elle, des mains de M . l'archevêque de Rouen»

J'appris hier par M. de Verneuil qu'il a vendu ces jours-ci le privilège delà Gazette de France; U. m'a dit que cela valoit 8,000 livres de rentes > il Ta vendu 100,000 livres à M. le président Onillon (1), qui fut présenté hier ou avant-hier pour remercier le :Roi.

Du jeudi de carême 20, Versailles. — i La Reine va aujourd'hui à la comédie ; ,elle a eu de la peine à s'y déterminer, disant que ce n'étoît point l'usage qu'il y eût comédie à la Cour les quatre premiers jours de carême; mais on lui a observé qu'il y en avoit eu tous les ns ledit jour, premier jeudi de carême, comme tous les autres -jeudis d'hiver, et qu'il n'y avoit que la comédie italienne qui ne se jouoit point à l'ordinaire dans cette semaine, à cause que son jour est le mercredi des Cendres.

Du vendredi 21 , Versailles. — Aujourd'hui le Roi a reçu les harangues des cours supérieures : le Parlement, M. le premier président de Maupeou portoît la parole; la chambre des comptes, c'est M. de Nioolaï premier président qui a parlé ; lacour des aides, c'est M. dé Blancmesnil, premier président de cette cour, qui a harangué le Roi ; et laoo«rdes'monnoies,c'estM. ChoppindeGouzangré{2) qui a porté la parole. Cette après-dinée le Roia eu les harangues du grand conseil ; c'est M. Poultier qui a parlé ; il préside cette année au grand conseil.Ensuite l'Université ; c'est toujours le recteur qui parle*; celui-ci s'appelle Àmelin. La dernière de toutes les harangues étoit celle de TAcadémie; elle a été faite par M. de Richelieu. Sa harangue a été courte et très-approuvée et avec raison ; il a parlé le langage qui convient à un premier gentilhomme de la

(1) Onillon on Aunillon était premier président de l'élection de Paris.

(2) Etienne- Alexandre Choppin de Gonzangré, premier président.

chambre^ comblé des bontés et des grâces du Roi. Je mettrai cette harangue à. la fin de ce livre > si je peux l'avoir (1). La fin a été à peu prè?en ces termes : a Les • bouches de la. Renommée publieront ce que vous avez faâtyia jnienne ce que vous inspirez. »

L'usage est que- le ^secrétaire d'État de la maison du Roi aille chercher le Parlement, la chambre des comptes, la cour des aides et le grand conseil jusque dans le lieu où ils s'assemblent ; la Ville, la cour des monnoies , l'Université et l'Académie seulement juisqu'à la porte de la chambrée do Roi. II les reconduit jusqu'aux mômes lieux où il 1^ a pris. Le Roi reçoit toutes ces visites dans sa chambre ; il est assis dans son fauteuil, le dos tourné à la . cheminée, et son chapeau sur sa tète ; le capitaine des gar^des, le grand chambellan derrière le fauteuil ; M. le diancelier à la droite du fauteuil. M. le Dauphin a assisté aux harangues; il étoit à la droite du Roi, un peu en avaiit de M. le chancelier. Après la harangue de l'Académie, M. de Richelieu a nommé au Roi, suivant l'usage/ tous les académiciens qui étaient présents. On les nomme suivant l'ancienneté de leur réception; il n'est point question d'autre rang. Il y en avoit en tout vingt-trois.

Il y. aura demain huit jours que Ton jugea ici au conseil de ^ép^ches le procès de M"* la duchesse de Ruffec dou^nère (2) contre M. le duc de Saint-Simon. Les biens de M* le duc de Saint-Simon sont estimés environ 3 millions; Ton compte qu'ils vfldent 180,000 livres de rentes. Ses dettes^ à ce que l'on dit, sont plus considérables que son bien.. L'on a formé une direction pour les créanciers. Les X£|pçise$ de M™® la duchesse de Ruffec sur M. de Saint-

(1^ Ob ne la troinre m» dans le inaniiscrit des Mémoires.

(2): Çftthje^mçrCbariotte-Xhérèsç de Gramont, veuve de Philippe-Alexandre, prince d&BoumonvJlleyS'étant remariée en 1727 à Jacques-Louis de Rouvroy, dncdèiftiÂtëli, fils aîné de Louis, duc de Saint-Simon, auteur des Mémoires. Restée veure en 1746, elle mourut le 21 mars 1755, dix-neuf jours après son iMau-jpère, ne laissant de son second yiariage qu'une fille.

Simon sont de 30^000 livres de rentes ; pour le payement de cette somme elle a obtenu de H. de Saint-Simon une .délégation^ malgré laqifelle elle n'a rien touché depuis quinze ou dix-huit mois^ ce qui met ses affaires en si mau* vais état qu'elle eut bien de la peine à trouver 3 louis^ il y a quelques jours, pour venir ici. Elle représentoit cette triste situation et demandoit à être payée suivant sa délé^ gation, au moins qu'il lui fût donné quelques sommes par provision. Ses moyens étoient que dans l'estimation des dettes deM . de Saint-Simon, on ne pou voit en compter, dans le cas le moins favorable pour elle, qu'environ 500 JOOO livres antérieures à sa déljégation, et dans le plus favorable^ cent et tant de mille livres; que par conséquent il y avoit environ 2,500,000 livres de biens qui dévoient répondre de sa délégation avant les autres créances; mais on a jugé presque tout d'une voix que les créanciers dévoient se mettre peu en peine de la délégation ; qu'ils ne pouvoient pas la reconnoltre, et qu'elle ne devoit point empêcher leurs actions sur les biens de M. de Saiût-Simon.

Du samedi 22, VersailUi. — J'ai oublié de parler de la harangue des harangères. Elles sont dans l'usage de venir haranguer le Roi daïis les occasions importantes; elles vinrent donc hier dans plusieurs carrosses de louage; elles étoient vingt-quatre. Celle qui portoit la parole est une M"* Renard. Elles furent présentées par M. le duc de Gesvres, comme gouverneur de la ville de Paris. Le Roi s'avança à la porte de son cabinet, du côté de la galerie ; on ouvrit les deux battants de la porte de glace; M"*' Renard demeura dans la galerie contre la porte, et ce fut là qu'elle harangua le Roi. La Reine venoit de sortir de table; elle n'avoit dans ce moment avec elle que M"* d'Agénois , qui est de semaine ; elle ne comptoit point avoir d'audience à donner aux harengères, et ce moment même n'est pas ordinairement celui destiné à des audiences publiques; mais celle des harengères est d'une espèce particulière. La Reine en sortant de table aperçut dans

son grand cabinet une multitude de femmes qu'elle fut étonnée d'y voir entrer, "car elle ne sa voit ce que c'étoit. L'instant après M. de Gesvres arriva, qui lui dit que les harengères demandoient à avoir Thonneur de la haranguer. Ce ne fut que dans le moment qu'elles sortirent de chez le Roi qu'elles prièrent M. de Gesvres de les mener chez la Reine. Comme la Reine dîne dans sa chambre, et que c'étoit dans la pièce la plus près de celle où elle avoit diné qu'elle vouloit recevoir la harangue, ce fut dans le grand cabinet qui est avant la chambre. La Reine sortit de sa chambre, demeurant cependant en dedans de la porte dont les deux battants étoient ouverts. M°** Renard avec sa compagnie étoit dans le grand cabinet , un peu plus du côté de la cheminée. Cette harangue, que j'ai entendue, étoit bien composée, et fut prononcée assez distinctement. On peut croire qu'il y auroiteu quelques fautes d'énonciati on à corriger. De chez la Reîne M. de Gesvres les mena d'abord chez Mesdames ; la harangue fut faite à la porte de la pièce où Mesdames" mangent, mais en dehors de cette pièce. De chez Mesdames M. de Gesvres les mena chez M""' la Dauphine. M. le Dauphin y étoit ; ils venoient de dîner suivant T usage dans le grand salon qui est avant la chambre à coucher de M"^ la Dauphine, où l'on a changé depuis quelque temps la position de la table, qui est actuellement dans le fond le plus près de la cheminée, apparemment à cause de l'estrade noire qui occupe le milieu. M. le Dauphin sortit à la porte en dehors de cette pièce, et par conséquent ce fut dans l'antichambre que M*"® Renard harangua. La harangue finie, M. le Dauphin se retira en arrière et M""*^ la Dauphine s'avança au même endroit, car il y avoit aussi une harangue pour elle.

Comme on savoit que les harengères dévoient venir haranguer le Roi, on leur avoit préparé un grand dîner au grand commun, où elles mangèrent suivant l'usage.

J'ai oublié d'observer en parlant des compagnies su-

périeupes, que lorsque le premier président de chaque compagnie a fait ses révérences en se retirant, les gens du Roi s'avancent toujours pour complimenter le Roi ; c'est le plus ancien qui parle et son compliment est toujours fort court. ' ■

H. de Lesseville le Clerc, ancien maître des irequètes, qui a voit été intendant de Tours, mourut il y. a p^u de jours à Paris ; il étoit fort âgé.

Du dimanche 23, Versailles. — Comme je n'étois point présent aux harangues que l'on lit au Roi avant-hier matin, j'ai oublié de parler de celle desr six corps de marchands de Paris; elle fut faite par un marchand mercier, qui parla à genoux, pour tous les autres corps. M*. de Dreux étant malade, et H. deBrezé son fils,, àr qui le. Roi a donné le commandement de Flandre, étant actuelle-; ment en Flandre, M. des Granges, qui a conservé l'exercice ^ de sa charge, qu'il a vendue, comme je J'ai sûrement dit dans mes mémoires, à M. de Giseu, a été le seul qui ait assisté aux cérémoiiies .de vendredi. Il marchoit, suivant l'usage, à la tète de chaque corps. Il entre le premier chez le Roi, à qui il feit une révérence, et se range ensuite pour laisser faire les trois révérences ordinaire». Le secrétaire d'État de la maison du Roi marche toujours à côté de celui qui harangue, auquel il donne la droite.

La harangue que je viens de marquer des corps ^es marchands fut dans l'œil-de-bœuf ; le Roi s'avança à la porte de sa chambre pour cette harangue.

Il y a eu aujourd'hui deux présentations, M"*^ Rooth et M"^ d'Apchon. M"^ Rooth est grande et bien faite ; son visage es tassez bien. Elle est Kiery. Son père porte le titre de milord Faklem, et sa mère étoit fille de milord Dillon. M. Rooth, mari de celle qui est présentée, est Irlandois. U est lieutenant général au service de France. M™®d'Ayen s^est chargée de cette présentation, vraisemblablement parce que M. d'Ayen est gouverneur de Saint-Germain, où. demeure M. Rooth . Cette présentation n'a été faite qu'après

celledeM^^d'Apchon. C'est M'^MelaVallière quiafaitcelleci comme pairente (1) . M"' d'Apchon est fille de M. d'Entraguesqui étoit gros joueur. Ce n'est pas des d'Illiers d'Entragues. M. d'Apchop est homme de condition d'Auvergne (2). M""® d'Apchbn est grande, bien faite, et a un assez joli visage. H^^ delà Vallièren'apasfaitattention qu'elle ne devoit pas marcher devant celle qu'elle présentoit et ne la point nommer; elle a nommé M""** d'Apchon ; en même temps,M"' de Luynes, qui étoit derrière, l'a nommée l'instant d'après. C'est le droit de la dame d'honneur, et personne qu'elle, ou la dame d'atours (3), ne doivent nommera la Reine. '

/>tt lundi 24, Versailles. — M. le duc de Croy fut présenté, hi^; il vient de Flandre^ où il demeure ordinairement. Il est venu voir ici M"*" de Lède sa sœur. M. le duc de Croy et H. le prince de Croy sont tous deux neveux à la mode de Bretagne de M"® la maréchale de Duras par les Bpurnon ville.

L^ yoy^ges que le Roi fera cette année paroisseint décidés : un à Marly, le 27 d'avril ou environ, pour quinze jours ; un à Compiègne, vers 1^ commencement d^ juin ; il ne sera que d'environ six semaines;, des chasses à Rambouillet, entre Marly et Compiègne ; et au retour de Comjj^gne, Fontainebleau dans le mois d'octobre, pour revenir ye;^,l^,fin de novembre. comme àcl'oi^dinaire.

Les bâtiments projetés à Compiègne sont suspendus. Le.Rçji yeif^, attendre que Téta»t d.Qt ses finances lui permette, pçss dépenses ^tr^ordinsâre^- ,

M,:deFavolle, aide, de camp de;M. le maréchal de Belle-Isle, envoyé pour rendre compte de la fin des éva-

(Ijl^me (]e la VaUièrey jqaère de NL"*fi ia princesse de Gonty, étoit fort parente^de ces d'Ëntragues, {Notf^ ^u dyjc de luunes.)

(%) Parent de MM. de Montmorin. (Note du duc de Luynes).

(3) La première femme de chambre ou toutes autres des femmes de la Reine nomment dans les présentations. Ordinairement ce n'est qu^à la toilette. (Note du dîic de Luynes.)

caations d'Italie, arriva hier; il fut présenté au Roi par M. d'Argenson ; il a été aujourd'hui présenté à la Reine par M"* de Luynes.

M. de la Luzerne, neveu du chef de brigade des gardes du corps, et M. de Puységur ont remercié aujourd'hui; le Roi vient dé leur donner à chacun l'agrément d'un régiment (1).

M. Le Nain^ intendant de Languedoc, qui en arrive, a été présenté aujourd'hui.

On a appris depuis deux jours que le feu a pris à l'abbaye de la Trappe et y a fait un dommage considérable. Une partie même de l'église a été brûlée. C'est par la maison de M: de Ponac que l'incendie a commencé. M. de Ponac est homme|de condition, qui est relire depuis près de quarante ans à la Trappe. Sa santé ne lui a voit pas permis de se faire religieux ; il s'est établi dans un logement tout près de l'abbaye et qui en dépend; il suit la règle autant qu'il peut, et s'occupe d'ailleurs à faire des remèdes pour les pauvres et à les distribuer. Il jouit, à ce que l'on dit, de 4 ou 5,000 livres de rentes.

Du mardi 25, Versailles. — M. deMontbazon, fils aîné de M. le prince de Guéméné, vient de prendre depuis environ quinze jours le nom de prince de Rohan. Ils senties aines de cette maison; et ce n'étoit que par considération pour M. le prince de Rohan qui vient de mourir qu'il n'avoit pas encore pris le nom.

Du mercredi 26, Versailles. — M"® de la Lande a présenté aujourd'hui M"^ de Gôuy (Rivier), sa belle-fille. Elle est grande et bien-faite. Madame la présentera ces jours-

(1) A M. de la Luzerne le régiment de Bassigny qu'avoit te chevalier de Pons; à M. de Puysëgar celui de Vexin qu'avoit son cousin, fils du maréchal. M. Roussel a remercié aussi pour le régiment de Santerre dont il vient d'obtenir Tagrément. C^étoit M. de Lamain qui avoit ce régiment. Il me paroit que l'on croit qu'il y aura quelques changements dans c^et arrangement des trois régiments. (Note du duc de Luynes.)

ci comme lui étant attachée. J'ai parlé ci-dessus de cette grâce accordée par le Roi à M"® de la Lande.

Du vendredi 28, Versailles. — Madame a présenté aujourd'hui M"® de Gouy, comme lui étant attachée. Elle a commencé aujourd'hui à suivre Mesdames.

Il y eut avant-hier un divertissement sur le théâtre des cabinets; il est intitulé Silvie, pastorale héroïque, et composé d'un prologue et de trois actes. Le sujet du prologueest l'Amour, qui, n'ayant plus de traits dans son carquois vient en demander de nouveaux à Vulcain, qui ordonne sur-le-champ aux Cyclopes de travailler pour ce que désire l'Amour. Le sujet est entièrement d'imagination. C'est une nymphe de Diane poursuivie par un faune, qui en est amoureux et veut Tenlever. Elle aime Amintas, et croit que ce n'est que de Tamitié ; elle est en garde contre l'amour. Amintas lui déclare sa passion. Elle l'écoute, et aussitôt se reconnoissant coupable, et que Diane va faire éclater sa fureur contre elle, elle veut se percer d'un de ses traits. Elle se blesse en effet, mais il se trouve que c'est d'un des traits que Vulcain, dans le prologue, venoit de faire forger pour le carquois de l'Amour. Les paroles de ce divertissement sont du S' Laujon , jeune homme de dix-huit ou dix-neuf ans, et la musique du S' Lagarde, musicien du ïloi, de la chambre; les danses sontduS'Dehesse.

Les acteurs du prologue sont :

Vulcain, M. le chevalier de Clermont.

Diane, M'^'^Trusson. ' L'Amour, M"® de Marchais.

Les acteurs du divertissement sont :

SiLviE , nymphe de Diane, M™^ de Pompadour. Amintas, chasseur, M. le due d'Ayen.

HiLAS, faune, M. le marquis de la Salle. Daphné, nymphe de Diane, M"™' de Marchais.

Un chasseub^ M. le vicomte de Rohan.

L'ÂMOUBy M"® de Marchais.

Les paroles sont fort jolies, et la musique cUarinante. C'est un des plus jolis divertissements que l'on ait joués jusqu'à présent dans les cabinets. Il parolt que tout le monde en est content.

Nouvelles diverses de la Goiir. -— Vol au château. — La comtesse de Mortemart. — Un grand buveur. — Réforme de l'infanterie française et allemande. Détails sur la solde et sur les sergents devenus officiers. Corps des grenadiers. — Spectacle des cabinets. — La Reine obtient du ftor de se mettre snr le drap de pied, à la chapelle, sans être esx grand habit» — Maladie du roi Stanislas. — Présentations. ^Spectacle des cabinets et acteurs. - Mesdames à Saint-Cyr. — L'abbé de Brienne soutient sa téntotive. — ^Milôrd Gornsbury et le spleen. -^ Le Prétendant quitte Avignon. — Spectacle des cabinets; pièce et acteurs. ^Privilège du Mercure. Le maréchal de Belle- Isie à Versailles. '^ Mariages. — Madame Infante iadisposée. Ses caméristes. — • Morts. — Nouveaux ambassadeurs étrangers.

— Spectacle des cabinets; la famille royale y assiste. ^Nouveau mattre de Poratoire. — Gouverneur du Canada nommé. ^ Les Anglais lèvent le siège de Pondichéry. —Départ de MM. de Montei|lano et de Carpei^tero; ce dernier ne trouve pas une seule jolie femme à la Cour. — Retraite de M"e Gaussio. — Spectacle des cabinets. — Ce que c'est que la capitation à l'opéra. — Mort de M. de Lianoourt. -* Autruches présentées au Roi.

— Le spectacle des cabinets platt à Madame Infante. — Mariage. Il ne s'en (ait plus la nuit. — Succession de Milord Lilfort. — Présentations et mariages. — Procès gagné par l'évêque de Bayeux. — V6l à ia comédie. Bonté du Dauphin. — Gouvernement et inspection donnés. — Service

pour la duchesse d'Orléans Écrit anonyme contre le Roi. — Mort du

chevalier de Villefort et de M. de Dreux. — Détails sur le commerce et les Hnances de la France et de l'Angleterre. — M. de Ohavigny. Détails sur le roi de Portugal. — Mort de Tinfante Marie Elisabeth.

Du lundi 3, Versailles. — Vendredi dernier le Roi n'alla point au sermon; la Reine y alla seule. Comme c'étoit la première fois qu'elle s'y étoit. trouvée sans le Roi, le prédicateur, suivant l'usage, lui fit un compliment avant VÀve Maria.

Avant-hier samedi, le Roi alla coucher au petit châ-

tçau. S. M. en revint hier entendre la messe ici|^ «t 41na ensuite dans ses cabinets arec tous ses enfants. Le Roi ajla l'après-dlnée au sermon> après quoi il revint tenir conseil d'État. Après le conseil, il alla au salut, d'où il monta dans ses carrosses pour retourner au petit chliteau. Il revient oe soir souper au giîand couvert.

M"* d'Ossun fut présentée hier. Elle est fille de M. Hocquart et SfDpur de W^ de Cossé. Ce fut M™® de Puisieux qui la présenta. M. le marquis d'Ossun, son mari, avoit .déjà été marié deux fois; il n'a point eu d'enfants de ses deux femmes ; il avoit épousé la première dans son pays , je n'en sais pas le nom ; la seconde étoit fille de M. Bertin , des parties casueUes.

J'ai parlé ci-dessus du vol fait' à la chapelle il y a peu 46 temps; le voleur sesauvasipromptement, que la Reine en arrivant à la tribune trouva encore les ciseau^ dont il s'étçit seçyi. Mercredi dernier, il y eut encore un autije yol ici. L^^ Reine vient chez M"® de Luynes tous les soirs, presque toujours, en chaise, soit pour souper ou faire collation^- soit après souper Jes jours de grand couvert. I^ porteurs de la Reii^ç laissent sa chaise sur l'escalier, yi%à-visla porte de Ml^® de Luynes, et viennentla reprendre Vgrs minuit. Ce jour-là les porteurs trouvèrent à leur retour qu'on avoit volé le carreau de ia chaise. Qn a fait j.psq^'à ce moment des pprquisitipns inutiles pour décoi^yrir ce voleur.

Du mardi A., . fersailles, — : J'appris hier que le Sidobre (l),j fameux médecin y est mort à Pari^,; il avoit environ quatre-vingts i^pi^; il avoit été attaché à feu M, le, duc de Granxpnt , gf and-père. de celui-ci.

^°^la coffitesse de Mprtemart est présenté^ aujourd'hui; elle est Rouvray^ comme, j^e l'ai, dit à l'occasion de son mariage. C'estM""*^ la4uchesi^.deMortemart{Nico-

(1) Sidobre, de Montpellier, était médecin consultant cfu Roi.

348 MÉMOIRES DU DtJC DE LUYNES.

laï) qui la présente^ comme veuve de l'ainé de la maison. M"' û comtesse de Mortemart n'est ni petite, ni grande ; elle n'est pas jolie; on pourroit dire même qu'elle est laide ; cependant eUe est bien faite^ elle a un beau teint, et elle ne déplaît pas.

Le Roi parloit il y a quelques jours d'un homme qui demeuroit à Versailles auprès de la butte de Montbauron, et qui a été fort connu par plusieurs entreprises qu'il avoit faites d'ouvrages de terrasses; il s'appeloit M. Leclercq, dit Pitre , et étolt, je crois, Suisse d'origine. Cet homme, qui étoit d'une grosseur prodigeuse, a vécu jusqu'à Page de quatre-vingts ans; il faisoit quatre repas et buvoit dix-sept ou dix-huit bouteilles de vin par jour. Il est mort ici le 20 mars Ws6,

Il parolt depuis quelques jours une ordonnance du Roi par rapport à la réforme et incorporation des régiments d'infanterie françoise; elle est datée du 10 février dernier. Les 168 bataillons d'infanterie françoise existant depuis la réforme sont réduits chacun à 13 compagnies, dont 1 de grenadiers de 45 hommes , et 12 de fusiliers de ko ; en tout 525 hommes. Ces 168 bataillons formeront 80 régiments : les 12 premiers de k bataillons chacun; 52 de 2 bataillons, et 16 de 1 bataillon. Il y avoit 98 régiments françois en tout. Les 18 derniers, qui sont d'un bataillon chacun, 3ont supprimés etincorporésdansles 18 qui les précèdent, lesquels seront désormais à 2 bataillons. Les colonels et lieutenants-colonels n'auront plus de compagnie. Lescolonels auront 18,000 livres d'appointements pour tout; les lieutenants-colonels 3,680 livres, outre les pensions et gratifications attachées à leurs places; les commandants de bataillons 2,440 livres. Deux drapeaux par bataillon, dont un blanc attaché à la compagnie colonelle ; deux enseignes pour porter ces drapeaux avec rang de lieutenant et 270 livres par an d'appointements. Tous les lieutenants existant dans les régiments sont réformés , excepté ceux qu'il sera nécessaire de garder pour

mettre un second officier aux compagnies de fusiliers où il n'y aura pas de capitaine en second. Tous les lieutenants de grenadiers seront aussi conservés et ne pourront être remplacés par des capitaines en second. Les sergents devenus officiers qui auront fait une campagne en cette qualité seront conservés lieutenants réformés à la suite des régiments avec 15 sols par jour (1). Les lieutenants^ enseignes ou lieutenants en second sont renvoyés dans leur province sans appointements^ excepté ceux dont les lettres sont antérieures au 1" janvier 1744; en ce cas ils seront lieutenants réformés dans leurs provinces avec 150 livres d'appointements. Les capitaines réformés qui ne pourront être employés capitaines en second faisant la fonction de lieutenants ^ auront 42 sols par jour. Il sera formé un corps composé des grenadiers des régiments et bataillons réformés; ce corps sera commandé successivement par les colonels et lieutenants-colonels desdits régiments sous le commandement en chef et rinspection d'un officier général que le Roi nommera.

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