partie a été remise ^ ce qui arrive souvent .pour cette chasse
H*°^ la marquise .d^ SeignelayMmourpt avant-hier, à Paris; elle avoLt environ soixante answ Elle est Furstemberg. Sa sœur avoit été la première femme de M. d'Isenghien^ aujourd'hui maréchal de fraoce. M"* de Seignelay étoit mère de feu M"® de Luxembourg^ qui a laissé un fils et une fille; la fille est M"*" de Robecque.
On apprit hier la mort de milord Liffort. Il est mort le 8 de ce mois, à Londres ; il avoit quatre^ vingt ou quatre-vingt-un ans; il étoit frère de feu M. le comte de Roucy (1), de M. de Blanzae (2), de M. le marquis de la Rochefoucauld (3) et de M. le chevalier de Roye (k).. HM. de la Rochefoucauld Qnt hérité du nom et des biens de la 'maison de Roye, par le mariage d'uu de leurs auteurs, François, troisième comtedelaRoohefaucauld, qui avoit épousé en secondes noces la fille de Charles P"^ du nom de Roucy, seigneur de Roye. Ce seigneur de Roye, de sa femme Madeleine Mailly, sœur du seigneur de Conty et d'Éléonor de Montmorency, ne laissa que deux filles, dont Palnée épousa le prince deCondéet mouruten 1564, et l'autre épousa M- de la Rochefoucauld; Ce Charles V[ comte de Roucy mourut en 1552.
M"" Pellissier mourut hier, à Paris, âgée; de quarante ans; elle avoit été longtemps à Topera., r, .
(1) Qui aToit épousé une ArpajoB^ morte en. 1716, dont il a eu M. ie comic de Roye, père de M<ncs d'Anceois et de Biron, mort le 25 février 1725; un autre fils, mort en 17 1 1 ; et M. le cardinal de la Rochefoucauld d'aujourdMiui. (Notèdu duc deluynes.)
(2) Qui avoit épousé, en 1691, une Rocliefort, veuve de M. le marquis de Nangis, dont il a eu M. le duc d'Estissac d'aujourd'hui et M"»*^ de Tonnerre. {Note du duc de Luynes,)
(3) Qui a épousé MUe du Casse, dont il a eu feu M. le duc d'Anville, dont j*ai marqué la mort ci-dessus. {Note du duc de Luynes,)
(4) Qui prit le nom de marquis de la Rochefoucauld en épousant M^i^ pioqdre. De ce mariage il n'y a eu qu'une tille, qui a épousé M. de Midelbourg, frère de M. d'I^^enghien. (Note du duc de Luynes,)
.1«o MKMOIKES DL' DUC DE LUYNES.
J*ai appris aujourd'hui la mort de H. de Cotte^ coip- ' trôleur des bâtiments de Fontainebleau ; il avoitcettr-^ place depuis longtemps et étoit âgé de plus de quafa*€^^ vingts ans. Il avoit servi et avoit la croix de chevalie r de Saint-Louis. Il avpit la place d'architecte ordinaire ^^, k laquelle place il y a 2,000 livres de pension atta— — tchéos. Cette charge et la pension vont de droit au plos^ s ancien contrôleur des bâtiments, qui est actuellement -il M. de LftSHurance, contrôleur de Marly.
I)n mardi 18, Versailles, — M. d'York est venu ici au — -«• jourd'hui. Il est fils du grand chancelier d'Angleterre* ^- Il parott avoir environ trente ans; il est d'une figure assii \ ' g iigr/table. Il est chargé ici des affaires d'Angleterre jus — -sbc|n'A l'arriviie de l'ambassadeur qui sera nommé.
On a appris aujourd'hui la mort de M"* de Harlajr^«^D^ (Oo^tjanval); elle avoit environ quatre-vingts ans; elle^^« ast niorte à Paris, dans une maison qui est dans l'enceinte^^* daR(>Ile*Chasse, et appartient à cette communauté. Cétte^^^
maison a <^té achetée â vie par M"' la duchesse de Morte
mart (CollH^rt), qui depuis plusieurs années s'est retirée ^^ ilans la maison des filles de Sainte-Marie, à Saint-Denis , — » i>ù ollo a une fille religieuse. M"* de Mortemart est extré- —
nuMuent âgée, aveugle depuis quelques années, et actuel '
lement en enfance. Elle avoit loué cette maison à M°** de = Harlay. M"** de Harlay étoit mère de M"* la maréchale de Montmorency et grande mère de M. le prince de Tingry, de M. le comte de Montmorency, de M"' la comtesse de Tresmesetde M"*la duchesse d'Havre. Elle étoit dans une grande piété depuis longtemps. H. d'Harlay, son mari, fils du premier président (1), est mort le 23 juillet 1717, âgé de quarante-neuf ans.
(1) Ia" prvinier prtrsideot de HarUy eut cette charge en 1689, s'en démit en 1707, et nH>unit le 23 juillet 1713, àgo de soixante-treiie ans. Son fils, consellff r d>^t«l, iW^re de M»<' U maréclule de Montmorency, avoit épousé, le 2 février Itina, M»«^ do CiH^ljîinvaK héritière de Bretagne.
M. do H«ii b\ do rol\« mort intondant de Paris, en 1739, 27 novenityre,
JV1AH8 1749. 361
On sait trois ambassadeurs nommés pour venir en France. M. Pignatelli, de Madrid ; il est lieutenant général au service d'Espagne. Il a servi avec distinction.
M. de Saint-Germain, de Turin , et milord Albermale, de Londres : il est beau-frère du duc de Cumberland et lieutenant général.
On a appris aussi la mort du fils unique de M. de Rotbelin^âgé de huit ans. M"^ de Rothelin, sa mère, étoit^ comme Ton sait, la veuve de M. du Palais. Elle est Pont- Saint-Pierre.
Du mercredi 1 9, Versailles. — M. de Valory a pris congé aujourd'hui. Il s'en retourne à Berlin, où il étoit depuis longtemps ministre du Roi. Il n'étoit venu ici que par congé.
On a appris aujourd'hui la mort de M. de Thianges. Il est mort en Auvergne. Il avoit plus de quatre-vingts ans. Il étoit frère aîné du chevalier de Thianges , ci-devant grand veneur du roi de Pologne àLunéville, qui avoit passé pour le roi Stanislas sur l'escadre commandée par feu le chevalier de Luynes dans le temps de l'élection de Pologne. Ce M. de Thianges qui vient de mourir a ici actuellement un neveu qui est jeune et marié depuis peu ,
étoit cousin issa de germain du mari de M^e de Harlay qui vient de mourir.
Christophe de Harl y, qui a fait la branche des Gely, fut nommé chevalier deTOrdreen 1612 par Louis XIII. Mais après avoir fait ses preuves, il mourut en 1615, sans avoir reçu le collier.
M. rarchevê«pie de Paris, mort en 1695, étoit aussi Harlay, mais de la branche de Champvallon. Celte branche vient de celle de Cezy. Le pren^ier des Champvallon s'appeloit Jacques, mort le 3 avril 1630; il étoit troisième fils de Louis de Harlay-Cezy.
Louis de Harlay, qui a fait la branche de Cezy, étoit quatrième fils de Louis de Harlay, seigneur de Beaumont, mort en 1544. Le premier président de Harlay étoit le cinquième descendant en ligne directe de Louis^ mort en 1544.
M. l'archevêque de Paris (Harlay Champvallon) avoit été archevêque de Rouen. à vingt six ans ; il fut nommé archevêque de Paris en 1671, à la mort de M. de Péréfixe. Il étoit commandeur des Ordres et avoit eu la nomination de S. M. pour le chapeau. C'est en faveur de ce prélat que le Roi érigea Saint-Cloud en duché-pairie pour être uni à perpétuité à l'archevêché de Paris, {yole du duc de Luynes.)
et qui fut fait chambellan du roi Stanislas lorsque son oncle se démit de sa place de grand veneur en faveur de M. de Ligne ville, qui Test présentement.
Il y a eu aujourd'hui opéra sur le théâtre des petits cabinets. C'est le même opéra qu'on joua la dernière fois, et on le jouera encore samedi prochain. La Reine y alla, M. le Dauphin, M"*' la Dauphine et Mesdames Adélaïde et Victoire. Madame Infante est incommodée d^une fluxion depuis quelques jours.
Du vendredi 21, Versailles, — Nous avons eu ici aujourd'hui un nouveau maître de l'oratoire (1). Il est courte de Lyon. Il y a dix ou douze jours que le Roi lui* a donné cette place, qui est honorable , donne les entrées de la chambre et vaut environ 4.,000 livres de rentes, et n^a aucunes fonctions. Il s'appelle l'abbé ou plutôt le comte de Bouille. Il achète cette charge d'un M. d'Hunolstein, Liégeois, qui n'a jamais paru ici ^ et qui avoit acheté de M. l'abbé d'Oppède, lequell'avoit eue pour 4^0,000 livres à la mort de l'abbé du Vigean, et l'avoit vendue 80.
M. de la Jonquière , ancien officier de marine, prit congé hier. 11 est nommé pour aller au Canada en qualité de gouverneur. Cette place n'avoit point été remplie depuis que M. de Beauharnois en est revenu.
Le Roi eut hier par M. de Puisieux des nouvelles d'Angleterre, par lesquelles on apprend que les Anglois ont été obligés de lever le siège de Pondichéry (2), après y avoir perdu environ 1,000 hommes, tant par notre feu que par les maladies. Usent, avant que de se retirer, fait sauter Un petit fort dont ils s'étoient rendus maîtres. M. de Maurepas n'a point encore eu des nouvelles de cet événement, dont je marquerai plus de détails lorsqu'on en sera instruit.
(1) De l'oratoire du Roi.
(7) lis y arrivèrent le 9 août 1748, coutuiencèrent à l*atlaquer le 21) du incujc mois, et furent obligés de se rembarquer le 17 octobre.
MARS 1740. 36a
On sut enfin hier la destination des r^w^Qt^vuU y a Longtemps qu'on i'attendoit (1). . . .:^
rai toujours oublié de marquer que M^ deMonteilr liano, majordome major de» Madame Infante^ e^t parti il y a environ quinze jour^ pour retourner en Espagne. Dans le peu de tempa qu'il a. paru ici, il ;s'est contenté de donner la main à Madaçie Infante^ mais il n'a été chez personne. Il s'est fait une écorchure ^ la jambe; il a gardé sa chambre et même je crois son lit. Personne ne l'a vu j et il p'a rien eu de plus pressé que de retourner ^n Espagne. o' «>
M. de Carpentero, ministre de l'infant don Philippe^ dont: j'ai parlé dans le temps de l'arrivée de Tlnfante, a fait à peu près comme M. de Monteillis^no ; il logeoit ici à ma porte, dans Tappartement de feuM. le prince de Rohan, qui est aujourd'hui à M. le prince de Spubise. Il n'a. vu personne, et est parti pour aller joindre Vlnfant. On prétend qu'il aime fort les femmes, mais il n'eq,.a pçint trouvé, ici à la Cour qui lui parut i^iériter, d'être regardée avec, attention, ni M"* de Flavacqurt ( Maijly ), ni M"* de la yallière (Uzès), ni M"^ de Pompadour (peut-être ne Ta-t-il seulement pas vue); enfiif.,il n'a trouvé que M""® de Forcalquier qui lui ait paru assez jolie; elle l'est en effet. t, ,
Du samedi 22, Versailles. — Avant-hier, le Roi alla dliuçr à l'Ermitage; iln'y eut point de grand couvert. Hier le Roi retoui?na à l'Ermitage , y fit collati,Qn , ^s'y prpmena et revint au sermon. j, ;
On sait depuis quelques jours que M"® fiauspin^ .comédienne illustre dans sa prgfession, quitte le théâtre ; elle épouse un notaire.
(1) Par cette promotion le Roi donnait <
13 régiments 4'infanterie , , .
11 — de cavalerie, 2 — de drag'oni», et n^nMBait .16 colonels fiour servir au corps des grenadiers de Frande.
Aujourd'hui^ il y a eu encore opéra sur le théâtre des cabinets. C'est ce qu'on appelle la capitation ^ comme à l'opéra de Paris, où la dernière représentation , avant la semaine de la Passion , est destinée à payer la capitation. La Reine. M. le Dauphin, M"" la Dauphine, Mesdames Adélaïde et Victoire y ont été. Madame Infante a une fluxion depuis quelques jours, et Madame ne sort point, pour la même incommodité. On a exécuté aujourd'hui le même divertissement du Prince de Noisy des deux dernières représentations. La musique , les paroles et les décorations méritent bien d'être vues et entendues plusieurs fois.
On a appris aujourd'hui la mort de M. de Liaocourt; il est mort à Liancourt, d'où il ne sortoit point depuis longtemps; ilétoit danssa quatre-vingt-cinquième année. Il étoit frère de feu M. de la Rochefoucauld, qui a été grand veneur, mais fort peu de temps. Il étoit oncle de celui-ci.
Du dimanche 23, Versailles. — J'ai toujours oublié de marquer que l'on présenta au Roi il y a quelques jours, dans le salon d'Hercule , deux jeunes autruches destinées pour la Ménagerie; on en avoit amené trois d'Egypte , il en est mort une en chemin.
J'ai aussi oublié de marquer que madame d'Esquelbeck fut présentée hier par M"® de Maulde ( Conflans ), qui est la plus proche parente qu'ait ici son mari. M"*^ d'Esquelbeck, qui a quinze ans, est assez grande et d'une assez jolie figure; elle est fille de M. de Sourches, grand prévôt, et de sa première femme, M"^ de Biron. M. de Sourches a encore quatre filles de cette première femme, et de la seconde ( Maillebois) trois garçons et une fille.
J'ai marqué Topera d'hier dans les cabinets. L'infante Isabelle y étoit ; elle regarda le spectacle avec beaucoup d'attention. La Reine lui demanda comment elle le trouvoit ; elle lui dit : ce Fort bien. » C'est le terme ordinaire dont elle se sert, et qu'elle applique même à tout ce qui
lui plaît davantage. FeuM^'^laDauphine (Marie-Thérèse) se servoit souvent de la même expression ; elle est apparemment plus conforme au langage espagnol.
Le mariage de M. deBéthune avec M"' de Thiers fut fait mercredi dernier à Paris, chez M. de Thiers.
Tous les mariages se font présentement à midi; M. l'archevêque ne veut point donner de permission de marier la nuit.
J'ai parlé ci- dessus de milord Liffort. il sortit de France avec ses deux sœurs en i 685 , à la révocation de Tédit de Nantes, et passa en Angleterre, mais ce fut avec permission du Roi ; aussi leurs biens ne furent point confisqués. MM. de la Rochefoucauld ayant voulu trouver la preuve que cette permission avoit été donnée firent différentes recherches inutilement. Cependant ils trouvèrent un partage fait dans leur maison en 1710 ; partage revêtu des formes les plus authentiques et fait en vertu de lettres patentes. Ces lettres patentes disent positivement que ùiilord Liffort et ses deux sœurs étoient sortis de France avec permission du Roi pour passer en Angleterre. En conséquence Louis XIV permet par lesdites let- • très que les fonds de terre et biens à eux appartenant leur soient et demeurent conservés pour leur être rendus slls revenoient en France, et que lesdits biens soient administrés par MM. de Roye (la Rochefoucauld), qui pourront même, disent lesdites lettres , faire les revenus leurs, c'est-à-dire en user et en disposer à leur profit. Ces biens étoient donc régis sans être partagés , et quoiqu'il fût bien recommandé à MM. de Roye (la Rochefoucauld ) de n'en point envoyer l'argent en Angleterre , ils y envoyoient tous les ans régulièrement les revenus desdits biens ; et même depuis la mort des deux sœurs de milord Liffort, qui sont mortes protestantes en Angleterre, ils lui faisoient tenir la même somme qu'il avoit coutume de toucher pour lui et ses deux sœurs. Ces biens, dont le fonds peut être d'environ 200,000 livres, n' étoient
point partagés^ comme je Fai déjà dit. M. le oarditia] de la Rochefoucauld^ archevêque de Bourges^propiolto'ily a quelques années (c'est de lui que je tiens tout ce'détail ) que Ton Ai un partage conditionnel entre les héritiers, afin que tout se trouvât réglé lorsque milord Liffort viendroit î\ mourir. Cette proposition regardoit le» héritiers de 1H. le comte de Roucy, qui sont d'une pa^t' M. lé cardinal de la Rochefoucauld et M™** d'Ancenis et de KroU) M., le duo d'Estissac comme fils de H. de Blaniac^ M. le duc d'Anville^ qui je crois n'étoit pa& encore mari alors, et qui étoit fils de M. le marquis de Roye> en&i M""^ de Midelbourg comme fille de M. de la Rochefoucauld ci-devant chevalier de Roye. La proposition fut unanimement acceptée, et M. Gilbert de Voisins prié par toute lafiimille , dont il est ami depuis longtemps^ de vouloir bien se charger de faire faire ce partage sous ses yeux. La. plus grande difficulté fut de lui trouver les éclaircissements dont il avoit nécessairement besoin. Enfin le partage fiit fait et signé par toute la famille , sans vouloir même lire racte. M« le cardinal de la Rochefoucauld, qui éloît, comme je viens de l'expliquer, héritier nécessaire, croyoit cependant n'avoir aucun intérêt à la suocession; ce fut par M. Gilbert qu'il apprit qu'elle le regardoit pottP une somme assez considérable. 11 me dit hier qu'il croyoit qu'il lui en reviendroit environ 25^000 livres* On a trouvé à milord Liffort 200,000 livres argent comptant, dont il a disposé en partie en legs pieux, et le surplus en faveur du gendre d'un de ses amis. C'est par ce gendre que l'on a appris le détail de ces dispositions.
Il y .a eu aujourd'hui deux présentations. M"*: de Ségur a présenté sa belle-fille, qui est une créole, comme je Tai dit ci-dessus; son nom est Vernon : elle est bien faite, assez grande et assez jolie.
L'autre a été M""^ de Choiseul (Lallemant de Betz), sœur de M"^'* de Pons. C'est M™® de Choiseul (Paris), veqve du fils aîné de M. de Meuse, qui Ta présentée.
M. de Barbançon a demandé ce matin Tagrément du Roi pour son mariage avec la fille de M. de Haubourg et de M"® de Bezons. M. de Barbançon est veuf depuis plusieurs années. Il avoit épousé la fille de M. le marquis •de Bissy et deM"" Chauvelin, sœur de M. de Bissy qui a été tué devant Maestricht.
J'ai oublié de marquer que mon frère gagna avanthier au conseil de dépêches^ au rapport de H. de Saint- Florentin , un procès qu'il soutenoit pour ses grands vicaires contre le S' dlssigny, lieutenant général de Bayeux. Ce lieutenant général^ qui a dépensé 8 à 10^000 livrer au moins dans cette affaire, soutenoit que sa charge luivdonnoit le droit de préséance sur les grands vicaires de uibn fcère au bureau des pauvres de Bayeux. La préséance fut. adjugée aux grands vicaires tout d'une voix -vendredi dernier. C'est mon frère qui a fait lui-même le mémoire instructif •donné aux juges.
Dû mardi 25, Versailles. — M. de Brou, conseiller ; d'état, vint ici hier pour demander l'agrément du Roi -pour le mariagç de sa fille avec M. de Mesmes. C'est un jeune homme qui est, à ce que l'on m'a dit, de la même maison que feuM. de Mesmes, premier président* Il vient d'être nommé pour servir dans lesgi*enadiers de France, en qualité de colonel ; cette grâce a été accordée en considération du mariage.
On continuera voler beaucoup dans Versailles. Il y a quelques jours, c'éloit jeudi dernier, 20 de ce mois, que Ton vola dans la salle de la comédie M. de Nugent, homme de condition d'Irlande, lieutenant colonel du régiment qu'a;eu M. de Fitz-Janues ; on lui prit sa bourse, où il y avoit .78 louis; il n'est pas riche, et c'étoit vraisemblablement tout ce qu'il avoit, peut-être même pour six mois ou un an. On sut hier que deux ou trois jours après cet événement, on vint apporter 4 M. de Nugent, de la part de M. le Dauphin, et de Mesdames , 125 louis; et on lui dit en même temps que M. le Dauphin et Mesdames exigeoient
qu'il ne leur fit aucun remerciaient. M! de Nugent fut infiniment sensible à cette marque de bonté^ et crut devoir demander avec instance la permission de remercier. H. le Dauphin et Mesdames, qui n'a voient eu d'autres principes pour çxiger la condition qu'ils demandoient que celui de vouloir oublier eux-mêmes leur bienfait^ n'ont pas pu refuser la permission à M. de Nugent de les remercier. On conta hier à la Reine cette bonne actioti de M. le Dauphin ; elle lui demanda si cela étoit vrai. M. le Dauphin, avec une simplicité et une modestie digne de lui, lui dit que le fait étoit vrai^ mais que ce n'étoit pas lui qui lavoit imaginé; que c'étoit un conseil qu'on lui avoit donné. Il est vrai que M""® la duchesse de Fitz- James ( Matignon ), connoissant le triste état des affaires de M. de Nugent^ en avoit parlé à M. le Dauphin ; mais il est bien honorable d'avoir profité de cet avis avec autant de promptitude, de bonté et de générosité.
M. du Cayla a été nommé gouverneur de Saint-Omer. Ce gouvernement étoit vacant depuis environ dix-huit mois; c'étoit M. de Beuil qui Tavoit eu; et le gouvernement du mont Dauphin, qu'avoit M. du Cayla, vient d'être donné à M. de Clermont-d'Amboise.
M. de Mailly-d'Aucourt a eu Tinspection de cavalerie qu'avoit M. du Cayla.
Du mercredi 26, Versailles. — Avant-hier il y eut à Notre-Dame un service solennel fait par ordre du Roi pour M"^ la duchesse d'Orléans. Les trois princes nommés par le Roi étoient M. le duc de Chartres, M. le prince de ContyetM. le comte de la Marche (1). Les princesses étoient M""* la duchesse de Chartres, M"** de la Roche-sur-Yon et jyjme ^^ Penthièvrc (2). Il n'y eut point d'oraison funèbre.
(1) M. ie duc d^Orléans ni M^e de Modène n'y étoient point. En pareil cas^ il n'y a jamais ni princes ni princesses que ceux et celles qui sont nommés par le Roi. {Aole du duc de Luynes.)
(2) Le Roi avoit nonamé M^c ia princesse de Conty et Mademoiselle , mai»
M» le duc d'Orléans avoit demandé qu'on n'en fit point.
Il y a environ quinze jours qu'il parut un écrit anonyme qui a été envoyé à tous Messieurs du Parlement et à tous les gens en place à Paris. Je ferai copier cet écrit à la fin de ce livre (1); il s'y agit du dixième et des engagements que le Roi avoit pris avec ses sujets par rapport au temps que dureroit cette imposition. Il a embarrassé Messieurs du Parlement; comme anonyme il pourroit être regardé comme un libelle et mériter d'être condamné ; cependant il ne contient que ce que le Parlement doit et peut dire, si on lui permet de faire des remontrances. Messieurs du Parlement ont voulu savoir la volonté du Roi; il n'y a encore rien de décidé sur cette affaire.
M. le chevalier de Villefort mourut hier ou avant-hier, à Paris, d'une fluxion de poitrine. Il avoit quarante ou quarante-cinq ans. 11 étoit fils de M"* de Villefort, qui a été longtemps sous-gouvernante des enfants de France.
ni Tane ni Pautre oe jugèrent point à pro[M)s d'y aller, et ce n'a été qu'au re* fus des princesses du sang que S. M. a nommé M.^^ la duchesse de Pentiiiè- Yre. Suivant la règle, les princes et princesses légitimés ne sont point dans les iDêoaes rangs des princes et des princesses du sang dans ces cérémonies ; ils ne doivent être qu'en seconde ligne, comme aux mariages; mais lorsqu'ils sont nommés par le Hoi et qu'ils remplissent la place des princes du sang, ils ont les mêmes honneurs qu'eux. Le Roi a été fort piqué du refus des prin* cesses du sang; il vouloit y envoyer Madame, si elle ne s'étoit pas trouvée incommodée dans ce moment (*). Ce fut M. l'archevêque de Paris qui ofûcia, M. le duc de Chartres donnant la main à M^e la duchesse de Chartres, M. le prince de Conty à MUe de la Roche-sur- Yon, et M. le comte de la Marche à Mn>« de Penthièvre. Celui qui devoit faire Toraison funèbre étoit malade (**). Ainsi ce qu'on m'a voit dit de M. le duc d'Orléans par rapport à cette oraison funèbre n'est pas apparemment vrai. (Addition du duc de Luynes,) (1) Voir aux pièces justificatives, à la fin de l'année.
(*) Madame n'auroit pas pu aller à cette cérémonie ; ce n'est pas l'usage que les princesses d'un rang supérieur aillent aux cérémonies faites à celles d'un rang infériear. {Note du duc de Luynes,)
(**) C'étoit l'évêque d'Olinde qui devoit faire l'oraison funèbre ; il étoit malade, d'une humeur de goutte qui l'a empêché de travailler à son discours. C'est un évêque in partibus, protégé par le roi de Pologne (Stanislas] et honoré des bontés de la Reine, parce qu'il étoit intime ami de feu M. l'abbé Labizinski, son confesseur. {Note du duc de Luynes»)
Il étoit frère de M. d^Auxy, et d'un autre qui est dans les gardes françoises; il a encore un autre frère^ qui est religieux. M. le chevalier de Villefort étoit chevalier de Saint- Lazare, n avoît treize petits bénéfices, qui lui ont été donnés par H. le comte de Clermont, dans le temps qu'il avoitles abbayes de Marmoutiers^ du Bec et de Gercamps. Lcnrsque le Roi donna l'abbaye de Saint-Germain à M. le comte de Clermont, ce ne fut que sur la démission qu'il donna de ces trois abbayes, qui^ quoique toutes coBsidérables, ne sont pas à beaucoup près d^un revenu aussi considérable que Sainte-Germain . Ces trois abbay et» avoient beaucoup de collations, que le Roi retira. S. M. rendit aussitôt aux évêques la nomination aux cures de leur diocèse, et se réserva la nomination aux bénéfices simples; en conséquence, les bénéfices vacants par la mort de M. le chevalier de Villefort sont à la nomination du Roi. '. - .
Du jeudi 27, Versailles. — M. de Dreux mourut hier, à neuf heures du soir, à Paris. Il étoit malade depuis six semaines ou deux mois. Il avbit soixante-douze ans, et étoit lieutenant général depuis le 2 juillet 1710. Il avoit le gouvernement des lies Sainte-Marguerite et Saint-Honorat, et la charge de grand maître des cérémonies. M. de Brézé, son fils, lieutenant général fort estimé , a depuis longtemps la survivance de cette charge. M. de Dreux a encore un autre fils, qui est le chevalier de Dreux, et une fille, veuve de M. du Vigean. Il avoit eu aussi une fille, morte il y a longtemps, qui avoit épousé M. du Guesclin. M. de Brézé est veuf depuis Tannée passée ; il avoit épousé M"^ de Nancré, dont la sœur épousa M. de Bernachea, plénipotentiaire d'Espagne , et mourut deux ou trois ans après. M™^ de Brézé n'avoit point vécu avec son mari, et on ne l'a jamais vue. Elle mourut l'année dernière, dans un couvent auprès de Falaise.
Ce que j'ai marqué ci-dessus par rapport à l'imprimé envoyé à Messieurs du Parlement a donné occasion à dif-
fârénts raisonnements sur la finance. On m^a fait aujourd'hui un détail qui mérite d'être écrit.
A la mort de Louis XIV, il tf y avoit d'espèces en France qu'environ '850 millions, et Tori y compté actuellement près de 1^500 millions. Le commerce est aussi fort augmenté.* Au lieu qu'en 1715 il n'y arvoit guère plus de 300 bâtiments commerçants , il y en a présentement 17 ou 1,890. lia seule ville de Marseille a perdu environ 80 millions depuis le commencement de cette guerre-ci, et l'on ne s^y aperçoit pas de cette perte. Dans cette seule ville, il y a sept ou huit cents chefs de famille dont le moins riche a plus de 500,000 livres de bien. Il y a à Rouen' une manufacture de siamoises. Ce commerce augmenta Tannée dernière de 3 millions malgré la guerre, et on l'estisne environ de 30 à 31 millions par an.
;'G€^e Situation est bien différente de celle de l'Angleterre, qui cependant a toujours eu des dépenses immenses àisoutenir, tant en négociations que pour l'entretien de ses.foreès de terre et de mer depuis le commencement dacette'giierré. Le roi, ou plutôt le royaume d'Angleterre, n'a>qu'environ deux millions cinq ou six cent mille livres sterling pai^ an de revenu ordinaire; c'étoit en effet le seul.Tevenu du temps de la reine Anne; mais depuis, les impositions augmentées ont doublé ce revenu. C'est cette augmentation que Ton appelle recette extraordinaire, quoiqu'elle soitannuelle. Ces deuxrevenus anciens et nouveaux forment environ 160 millions de notre monnoie-; et F Angleterre a à payer tous les ans 10 millions de pltËJ' que son revenu pour l'intérêt des dettes de T-État et pour les dépenses accoutumées même en temps depaijXi
DulundiQij, Versailles. — M. de Chavigûy fit hier sa révérence u'Roi .11 est ambassadeur de France en Portilgaly comme je l'ai marqué ci -dessus. Il vient ici par
congés Je lui ai fait quelques questions sur la cour de
Portugal. Il dit que ce n'en est point une, que l'on ne
voit jamais le Roi ni la Reine que lorsqu'on leur de« mande audience. Le roi de Portugal a de Tesprit et parle bien affaires, mais il est d'ailleurs fort singulier. Il a beaucoup aimé son plaisir; ses incommodités l'ont obligé à changer de conduite. Il est présentement dans une grande piété ; il a une chapelle^ que l'on appelle la patriarcale, où Ton fait le service avec beaucoup de dignité et de régularité; il a voulu que l'office se &t à l'instar de la cour de Rome; ainsi il y a des chanoines qui représentent les cardinaux et sont vêtus de même, et d'autres dignités inférieures. Le Roi assiste tous les matins à l'office, dans une tribune qui communiquée son appartement. Il est extrêmement occupé de la régularité de cet office, et retourne à vêpres à trois heures. Les ornements de la chapelle patriarcale sont de la plus grande magnificence, mais la grandeur de Fédifice n'y répond pas. Le roi de Portugal, outre cela, a fait faire à Rome et apporter à Lisbonne, et à grands frais, une petite chapelle, grande à peu près comme une chambre médiocre, et compte y faire dire la messe dès qu'elle sera en place ; on y travaille actuellement. C'est dans ces occupations pieuses qu'il passe sa journée, et il y emploie des sommes immenses ; il prend pour ses dépenses particulières , et on peut dire de sa poche, tous les revenus qui lui reviennent du Brésil, ce qui monte à plus de SO millions par an. La reine de Portugal est aussi dans une très-grande dévotion et fort attachée au roi. Le prince et la princesse du Brésil ont la chasse à tirer pour amu^ sèment, et quelques petits jeux, mais en particulier ; il n'y a aucun divertissement dans la ville de, Lisbonne, depuis que la santé du roi ne lui permet plus d'y prendre part. L'ambassadeur de France a peu d'occasions de conférer avec les ministres de cette cour, et il est quelquefois trois mois sans les voir. M. de Chavigny m'a parlé d« l'ambassadeur d'Espagne à Lisbonne, avec qui il a fait grande liaison; il dit que c'^st un homme dont la tailla
est petite, mais qu'il est d'an mérite et d'un esprit supérieurs, sachant beaucoup, ayant une conversation trèsaimable. Il s'appelle le duc de Soto-Major. Nous avons vu ici son frère, qui vient d'être ministre plénipotentiaire d'Espagne au congrès d'Aix-la-Chapelle.
Le Roi n'apprit qu'hier la nouvelle de la mort d'une princesse de Naples. C'est l'infante Mapie Elisabeth, l'aînée des trois filles qui restent au roi des Deux-Siciles. Elle auroit eu six ans faits le dernier du mois prochain; elle est morte de la petite vérole, ou plutôt de la suite de cette maladie, car c'étoit le dix-septième jour. C'est une dissenterie qui l'a emportée. Les médecins ont cru qu'une chute qu'elle avoit faite avant que de tomber malade, dans laquelle elle s'étoit donné un coup dans le ventre, avoit pu contribuer à sa mort. Ce qui est singulier, c'est que cette nouvelle ne soit arrivée qu'hier ou avant-hier au soir, et cette princesse est morte le 5 de ce mois. M°® la Dauphine avoit déjà eu des nouvelles par Dresde qu'elle étoit à la dernière extrémité.
Anecdotes sur le siège de Vienne en 1683 et sur la reine Christine. — Mariage de M^tc de Bonac. — La Reine fait ses pftques. — Nouvelles du siège de Pondichèry. — M. el M°ie de Gramont. — Cène du Roi et de la Reine. — Mort de M. de Mérode. —Mariage de M>i«de Maupeou. —Mort de Mn»«de Linières. — L'èvèquede Beau vais nommé cardinal par le roi de Pologne. — Détails sur la nomination des couronnes. — Dame de M>ie de la Roche-sur- Yon. — Assassinat d'un curé à Paris. -^ Nouveaux régiments de cavalerie. — Siège de Pondichèry ; les Anglais y sont battus. -.- Quesnay nommé médecin consultant du Roi — Le Roi soupe avec ses entants. — Présentation de la comtesse de Béthune. — Procès des médecins et des chirurgiens. — M. d'Huescar nommé chevalier des ordres. — Arrivée à Versailles du roi Stanislas. — Le Dauphin et Mesdames à Choisy. -^ Nouveau vol à la chapelle. — Chasse du vol. — LMnfante Isabelle va voir le rhinocéros. — Usage chez M^e de Luynes quand la Reine y vient souper. — Audience des États de Bourgogne. — Présentations. — Pension accordée au commandeur de Rénon. — Polonais à Versailles. — Anecdote sur l'impératrice de Russie Elisabeth . — Départ de M. Palavicini et de M. et Mme d'Ardorc. -^ Porcelaines trouvées àXrianon. — M, UçSassenagc nommé
chevalier d'honneur en survivance de la Daupbine. — Création d'un nouveau duché-pairie. — Assemblées chez M. d*Argenson. — Conseil de finances pour le dixième. — Augmentation du commerce. — Remerctments de Mi°e de Sasseuage. — Occupations du Roi. — Manière de vivre à Versailles du roi Stanislas. — Uniforme des courtisans ipvités aux Toya|sesdv Roi. ^ Réception de M. de Belle-Isie au Parlement.'-— Procès de M^^^.de Nesie contre MJ*^ de Mazarin. — Exil de M. de Jlaurepas. — Présentations. — M. Rouillé ministre de la marine/ -r Nouvelles de ^ondichéry. — Mort de la marquise d'Ancezune^ — Partage des fonctions de M. de Maurepas. — Mort de M™e de Lutielboorg: Ôùyrages d'une petitesse extraordinaire. ^ Oculiste allemand: -— Départ du Toi Stanislas.' — Épidémie. — LMnfanl don Philippe s'établit à Parme. — L!|nfante IsabeHe. „
Du mardi 1®', Versailles — J'ai oublié de marquer que samedi dernier ^ veille des Rameaux, on trouva les fauteuils du Roi et de la Reine dans la tribune de la chapelle dégalonnés; on trouva aussi le carreau de velours de M"*^ de Villars dégalanné, et celui de M"*^de Luynesle veloi:(r3et le galon 6tés. Ces deux carreaux restoi^t toujours dans la tribune. On a peine à imaginer que :ces vols soient faits par des étrangers^ d'autant plus que Ton a trouvé les portes bien fermées et les serrures, entières.
Du mercredi 2, Versailles. — Comme je mets volontiers les anecdotes qui viennent à ma connoissance, j'ai donc cru devoir faire écrire ici ce qui arriva à Vienne en Autriche vers l'an 1683. On sait que cette ville fut assiégée le 14 juillet de cette année par les turcs, dont l'année étoit de 50,000 hommes, commandée par le grand vizir. Le comte de Staremberg, gouverneur de Vienne, soulenoit avec le plus grand courage et la plus grande fermeté les attaques les plusvivçs d'un ennemi aussi redoutable; mais il auroit succombé à la fin si le roi de Pologne Jean Sobiesky, troisième du nom, n'étoit arrivé avec 2\'^0fi0 hommes de ses troupes, qull joignit à l'armée impériale commandée par le prince Charles de Lorraine. Il attaqua les infidèlesprès delà montagne de Kalemberg, le 12septembre; il les mit entièrement en déroute; le grand vizir fut un des premiers à se sauver, abandonnant ses trésors, ses munitions et son cheval de bataille. Il y avoit alors à
Vienne un £ameux prédicateuir qu§ il'oq;appeloit Alviano > il monta ea chaire quelques jours .^j^rès cet événement , et prit pour son texte ces paroles de F Évangile, fuit homo missus a DeOy cui nomen ercUJoannes,
Une autre , anecdote est ce qui arriv^a à la reine Chrisr tine. Elle étoit> comme l'oa sait, fille du grand Gustave, tué à la bataille de Lutzen, en Allemagne, en 1632. Sa mère étoit Brandebourg ; elle fut reconnue reine de Suède en 1633. Quoiqu'elle eût beiauqoup d'esprit, sa conduit^ et son gouvernement parurent déplaire aux Suédois, ce qui la détermina, le 16 juin 1654, à abdiquer en faveur de Charles-Gustave, son couain> comte palatin des Deuxr Ponts. Aussitôt elle sortit de Suède et vint à Bruxelles, où elle trouva Pimentel, qui avoit été résident du roi d'Es-. pagne auprès d'elle, et en qui elle avoit une; grande confiance. Elle fit abjuration du-luthérianisme; elle alla à Rome en 1656, et de là elle vint en France; elle retourna àRomeen 1658, et y resta jusqu'à sa mort,^ en 1689. Pen^ dant son séjour en France, elle fut traitée avec tous les honneurs dus à son r^g; elle alla.àSaum^r. Cette ville a été longtemps une ville 4e sùrqté'aQCQrdée aux luthé-s riens et calvinistes. Il y avoit alors u^ de leur$ tninistres dont le nom est connu; il s'appeloitL^piei^au. 11 crut de-; voir donjQer des marques de. son re&pectâ.la reine Chrisj tine,; il la harangua au nomde l'église protestante de Saumur, et se servit des- termes les plus flatteurs. La Reine fut étonnée de ce qu'il VK^ini p^rlpit poi»t de son abjuration; elle lui en demanda lar raison ^.Lamerau lui dit : « Madame, l'église de Sauipurm'avoit chargé de faire l'é;. loge de Votre Majesté, ej., npnpaf 3on histoire» »
M. le ducde Biron est yeou aujourd'hui faille signer le contrat de mariage de sa nièce, M"^ de Bonac, avec M. de Vignacourt, qui demeure à Toulouse. M"* de Bonac y demeure aussi; elle est auprès de sa grande mère; elle n'a point de bien, ou fort peu. M. de Vignacourt a 30,000 livres de rente. Elle est fille de feu M. de Bonac et de
H*^ de Biron, sœur du duc de Biron; elle est sœar de M. deBonac qui a épousé M"* de la Grandville. M. le duc de Biron s'étoît adressé à M"* de Villars, pour demander ragrément du mariage^ pendant le temps d'une absence de M'"* de Luynes, ou pendantle temps qu'elle s'est trouvée incommodée; M"* de Villars s'étant trouvée incommodée aussi aujourd'hui à son tour, d'un violent mal de tête, auquel elle est fort sujette. M"* de Luynes, qui ne savoit rien du mariage, n'a pu prendre l'ordre de la Reine ; il a fallu qu'au sortir du dîner de la Reine, elle y retournât pour prier S. M. de vouloir bien signer le contrat ; et comme il n'y avoit point eu de secrétaire des commandements de la Reine d'averti, c'est elle qui a présenté la plume à la Reine.
La Reine fit ses Pâques lundi dernier, suivant son usage. M™® de Luynes et M"*® d'Antin s'étant trouvées les deux plus anciennes duchesses, ce furent elles qui tinrent la nappe. M"® de Luynes à droite et M"® d'An tin à gaudhe.
Du jeudi 3, Versailles. — Dimanche dernier, jour des Rameaux, le Roi entendit l'office en bas, suivant l'usage. La Reine, qui étoit un peu incommodée, n'alla le matin qu'à la tribune dans sa niche. Ce fut M™* de Sourches (Maillebois) qui quêta. Il n'y eut point d'évêque qui of* ficia. L'après-dlnée le sermon, les vêpres chantées parla grande chapelle, et tout de suite le salut par les missionnaires. La Reine descendit en bas. *
Le même j our il arriva ici un courrier venant de llnde. Il a débarqué à Vigo, et a fait depuis ce moment grande diligence. Il arriva fort fatigué, et fut étonné de ce que M. de Maurepas lui apprit des nouvelles postérieures aux siennes. Les lettres dont il étoit chargé étoient de H. Dupleixdu28 août; c'étoit la veille du jour que les Anglois avoient commencé leur attaque, et Ton sait, comme je l'ai déjà marqué, qu'ils ont été obligés d'abandonner leur entreprise surPondichéry, le 17 octobre. Ce courrier a dit qu'une escadre françoise, d'environ huit ou neuf
vaisseaux, étoit allée chercher la flotte angloise; mais comme ceux-ci sont beaucoup plus forts que nous, il y a lieu de croire qu'il n'y aura point eu de combat.
J'appris il y a quelques jours que M. le duc de Gramont a vendu sa maison de Paris iip50,000 livres. Elle est située rue neuve-Saint-Augustin. Vendue à des architectes. M. et M"® de Gramont vont loger à Thôtel d'Humières. M. de Gramont comptoit n'avoir que 200,000 livres à payer à sa femme sur cette vente, et pouvoir disposer des 250,000 livres restant; mais elle lui a fait voir qu'il lui devoit environ 800,000 livres. Elle a de revenu environ 180,000 livres. Elle a deux enfants, qui sont deux garçons.
Aujourd'hui tout s'est passé comme à l'ordinaire; c'est M. l'évêque d'Autun (Montazet) qui a fait l'absoute à la cène du Roi et à celle de la Reine. Tous les princes du sang et les légitimés étoient à la cène du Roi, M. le comte de Charolois faisant les fonctions de grand maître; et pour les plats, M. le Dauphin, M. le duc de Chartres, M. le prince deCondé,M. le comte de Clermont, M. le prince de Conty, M. le comte de la Marche, M. le prince de Doml)es, M. le comte d'Eu et M. le duc de Penthièvre; les autres plats ont été portés comme l'année dernière, par ceux qui se sont présentés. Le prédicateur de la cène étoit M. Varré ; il est docteur de Sorbonne. Je ne l'ai point entendu ; on dit qu'il a du talent pour la composition ; il parle un peu trop vite et n'a point de gestes agréables ; il a fait deux compliments au Roi, le dernier a paru trop long. Le prédicateur de la Reine a été un chanoine de la cathédrale de Dijon que Ton appelle Carlet. Celles qui ont porté les plats étoient M"® la Dauphine, M"* Infante, Madame, Madame Adélaïde, Madame Victoire, M*"* la duchesse de Chartres, M«»*^de Penthièvre, M"»» de Rrissac, M"* d'Agénois, M"" de Rouzols, deFlavacourt, deRochechouart, de Rupelmonde, de Talleyrand et de la Rivière. Le Roi et la Reine ont entendu la grande messe en bas. C^est M^'^de la Su2e ( Chauvelin)qui a quêté. L'infante Isabelle désiroit beaucoup de
servir à la cène, mais le Roi neJ'a pas jugé à propos^
J^ai appris aujourd'hui la mort de M. der Uérode, dont la femme est morte dame du palais de la Reine. Il est mort dans ses terres, en Flandre; il y a presque toujours demeuré depuis la mort de sa femme; ilavoit enviroQ soixante-dix ans. Il ne laisse qu'une fille, qui est è^gée au moins de quarante ans.
Du samedi 5, Versailleê. — ^ Aujourd'hui M. le maréchal de Montmorency ( Laval) et M. le premier président (Mai^ peou) sont venus demander l'agrément -du Roi pour le mariage de H"^ de Maupeou avec le fils de H. le maréchal de Montmorency. M^^*" de Maupeou est fille du lieutenant général et petite-fille d'un grand M. de Maupeou, aussi lieutenant général, qui avoit été directeur d'infanterie. Ces Maupeou et le premier président sont de même mai-< son. Le Roi donne en considération de ce mariage, 8^000 havres de pension au maréchal de Montmorency sur le gouvernement de Verdun.
Aujourd'hui , il n'y a point eu d'évéque qui ait officié. Le Roi et la Reine ont entendu l'office et la messe dans la tribune; le Roi a été ensuite à la chasse, et la .^eine a été à six heures à Complies dans la tribune ; les Compiles ont été chantées par la grande chapelle, le Regina Cce/epar la musique ainsi que VO filii et filial.
Demain, jour de Pâques, c'est M. l'évéque d'Autun (Montazet) qui officie. La quêteuse est M°*^ deGouy, la nouvelle mariée, qui est à Mesdames.
On a appris aujourd'hui la mort de M""® de Linières; elle étoit sœur de feu M. le grand prévôt d^ Sourchesj elle avoit trois ans de plus que lui ; ainsi elle avoit quatre* vingt-cinq ans. Son mari, dont j'ai marqué la mort dans le temps, étoit propre fils de M. de Colbert, mort en 1683 ; elle laisse plusieurs enfants : un fils qui s'appelle Colbert^ et qui a toujours servi dans la gendarmerie; il avoit épousé en premières noces la fille de M. Rachelier, dontil n'a point eu d'enfant ; c'est ce qui a rendu M°* de Cotte sa
sœur une très-gçande héritière. |)u s^ondes noces il a épousé. ... . . JII°* de Linières laisse une fille, qui a épousé
H. de Haridor, et une autre, qui n'est point mariée.
Du lundi 7, Vfirsaille$. — Nous avons su aujourd'hui que M. Tévêque de Beauvais, frère dé M. le duc de Gesvres^ a été nommé cardinal par le. roi de Pologne. Il seroit inutile de dire que c'est le roi de Pologne électeur de Saxe, carie roi Stanislas n'a point de droit à la nomination des couronnes. L'on sait aussi que ceux qui sont nommés sontr quelquefois longtemps à attendre la calotte. La première nomination que fait le Pape est toujours pour ceux qui lui sont attachés et pour les nonces; il fait ensuite celle deç couronnes, mais il peut la différer tant qu'il lui plait; il ne la fait jamais que lorsqu'il y a assez de chapeaux vacants (1) pour en donner un à chacun de ceux qui ont droit de nommer. Ceux qui ont ce droit sont l'Empereur, la France, l'Espagne, le Portugal, le roi d'Angleterre qui est à Rome, et le roi de Pologne électeur de Saxe. Nous avons vu M. le cardinal de Rohan, M. le cardinal .de Bissy et en dernier lieu M. le cardinal de la Rochefoucauld attendre longtemps la calotte; actuellement il y a fort peu de chapeaux vacants. Ce papeci n'a point encore fait de promotion pour lui, et s'il venoit à mourir, après que cette promotion seroit faite et avant que d'avoir fait celle des couronnes, son successeur commenceroit, suivant l'u^ge ordinaire, à en faire une pour lui avant que de sqnger.à celle des couronnes.
M"® de la Roche-sur-Yon a présenté aujourd'hui M""® de Lamberty, qu'elliç prend auprès d'elle. Elle avoit pour dame d'honneur, M"® d'Alègre, et outre Xîela M"*^ de Tournemine, qui lui étoit attachée. M"® de Tourqemine est devenue sa daipe d'honneur 4 la mort de M"^ d'Alègre,
(1) Il n'y a actuellement que trois chapeaut vacants suf les douze , et il y a depuis la promotion du cardinal de la' Rochefoacauld trois chapeaux in petto. (Noie du duc de Lu}/ne9,) .^
et M"* de Lamberty remplace actuellement M°* de Tournemine. M"® de Lamberty est une fille de condition , de Champagne, qui a une figure agréable ; son mari est le second fils de M. de Lamberty, qui est mort capitaine des gardes du roi de Pologne à Lunéville. Les Lamberty sont gens de condition, de Lorraine; ils prétendent lirer leur origine d'Italie.
On a appris ces jours-ci que vers le commencement de la semaine dernière il y a eu un curé d'assassiné dans Paris; c'est le curé de Saint- Jean deLatran. Trois hommes ont monté par une échelle extrêmement haute jusqu^à une des croisées de l'église , par où ils ont descendu dans Téglise même ; ils ont trouvé le curé sans autre défense que la force de son corps et de son courage ; ils lui ont donné cinq coups d'épée, dont il y en a un de fort dangereux, sans être mortel. L'un d'eux l'a voulu empêcher de crier en lui mettant la main dans la bouche ; mais le curé l'a mordu avec tant de force, que le voleur lui-même a été obligé de crier. Ces cris joints à ceux du curé ont fait amasser la populace; on a pris un des voleurs, que le curé dit connoltre et qui porte le nom de Duras. Le curé n'a pas connu les deux autres ou n'a pas voulu les dénoncer. On ne sait point encore le motif de cet assassinat; on l'attribue à la fureur de la vengeance, soit par rapport à une affaire qui regarde un curé deGentilly, lequel a un grand procès depuis longtemps, ou bien par rapporta la nomination d'un bedeau.
Le Roi vient de créer deux nouveaux régiments de cavalerie, de 2 escadrons chacun. Us sont composés de compagnies détachées des plus anciens régiments de cavalerie, qui ont été remis aussi à 2 escadrons. Ces deux régiments seront commandés par M. de Montcalm , brigadier, ci-devant colonel d'Auxerrois, et par M. de Bezons, aussi brigadier, ci-devant colonel de Beaujolois.
J'ai parlé ci-dessus de la lettre de M. Dupleix, de Pondichéry, du 28. Je crois devoir ajouter ce que j'ai appris
depuis du détail contenu dans cette lettre, l'amiral Boscawen, ayant fait ses approches du côté d'Archiouack, avoit attaqué avec 1,500 hommes de troupes réglées et 2,000 noirs le camp retranché que les François y tenoient depuis six mois, et de la défense duquel on avoit chargé des Cipayes ; que ces derniers, quoiqu'il leur eût été ordonné de ne faire que quelques décharges de mousqueterie et de se replier ensuite sur un corps de troupes posté à Ariancoupan, avoient soutenu l'assaut avec la plus grande intrépidité et avoient repoussé trois fois les' Anglois, qui en cette occasion avoient fait une perte considérable; que l'ordre ayant été récidivé aux Cipayes de se retirer, ils avoient fait une forte belle retraite; que ce premier échec avoit fort découragé les troupes noires des Anglois, et qu'eux-mêmes ne Tavoient pas moins été par le mauvais succès de l'attaque du fort d' Ariancoupan, dont ils avoient tenté de s'emparer sans échelles et sans grenades; que cette témérité leur avoit coûté au moins cent de leurs plus braves soldats et la plupart de leurs meilleurs officiers ; que depuis cette action ils s'étoient occupés à élever une batterie, qui battoit en même temps le fort d' Ariancoupan et deux batteries établies par les François, et que cette batterie avoit commencé à tirer le 28 au matin. Le sieur Dupleix fait de grands éloges de la valeur et de la conduite des sieurs Prévôt de la Touche, Law et de la Borderie , qui ont défendu le fort d' Ariancoupan.
J'ai déjà dit qu'on eut il y a plusieurs jours des nouvelles postérieures à celles de M. Dupleix. Ces nouvelles sont venues par TAngleterre; voici ce qu'elles contiennent. Le fort d' Ariancoupan ayant sauté et les Anglois ayant passé la rivière qui étoit entre eux et Pondichéry, l'amiral Boscawen ordonna à sa flotte de s'avancer vers le nord; et après avoir établi. une communication de ce côté, il fit ouvrir la tranchée devant la place le 30 du mois d'août au soir. Le 1*' septembre, les assiégés firent une
t&i mémoirf:s du duc de lutnes.
«sortie de 300 Européens et de 700 noirs; mais ils forent repoussés ; trois de leurs officiers furent tués^ et le S' de Paradis (1), leur ingénieur en chef. Tut bleésé mortellement. Divers obstacles nuisant aux progrès des travaux des assiégeants, ils ne purent achever rétafblissement de leurs batteries que le 25 septembre. Elles étoient au nombre de quatre ; la première, de 5 gros mortiers et de 15 royales; la seconde^ de i& cohoms; la troisième, de 8 pièces de canon, dont 6 de 2b livres de balles et 2 de 18; la quatrième, de b pièces, dont 2 de ^h. Deux batteries que les assiégés élevèrent de leur côté, et qui incommodoientfort la tranchée, mirent les Anglois dans la nécessité d^en établir deux nouvelles : Tune de 3 pièces de canon , Fautre de 2. Afin que le'urs ingénieurs ne fussent point détournés de la conduite des autres ouvrages, leurs officiers d^artillérlè se' 'chargèrent de la direction de ce travail. Dès le temps dé l^ouvertûre de ta trsmchée, l'amiral Boscawen avoit fait approcher une galiote à bombes pour bombarder nuit et jour la citadelle. Les François coulèrent à fond la chaloupe amarrée à la poupe de cette galiote, et ils Taccablèrent d'un tel feu qu'elle fut obligée de s'éloigner. Cependant la saison s'avançoit, et les assiégés étant parvenus à former une inondation sur le front de Tattaque , il fut impossible aux Anglois de la pousser plus loin. Ces raisons déterminèrent l'amiral Boscawen à tenter un dernier effort pour contraindre la ville de se rendre. 11 fit étendre en croissant les vaisseaux delà flotte, qui commencèrent tous en même temps à canonner la place^ dont l'artillerie répondit par un feu très-vif. Comme les vaisseaux Anglois consommoient une grande quantité de poudre, sans produire beaucoup d'effet, l'amiral Boscawen leur donna ordre de se mettre hors de la portée du canon; mais un vent de mer, qui
(1) Une des plus originales, des plus intelligentes et des plus braves figures de loiile nolro histoire militaire.
AVRIL t7M. S83
s'éleva pendant la nuit, les empêcha de se retirer assez loin, et le lendemain matin ils souffrirent quelques dommages du feu de la ville. Un homme fut tué à bord du vaisseau h Vigilant; et le S^ Adam, oommands^nt le Harmchj ayïBUdt eu la cuisse emj^ôrtée d'un boulet decanon^ mourut de SSL blessure; Les jours suivants les batteries des assiégeants continuèrent de tirer, et renversèrent pinceurs ouvrages. L'amiral Boseawen se proposoit de faire tœèehe i la courtine du Iront de l'attaque; mais cela fut impossible^ vies assiégés ayant démasqué une batterie de 6 pièces de. canon dans cette même courtine, et une autre dans la courtine voisine. Le 14. octobre, les commandants de la flotte Angldise tinrent un conseil de guerre, dans lequel il fut décidé que la perte faite par les assiégeants dans les différentes aitaques montant d^à à près de 700 hommes, leurs troupes s'affoiblissant tous les jours par lëi^ maladies, les «vaisseaux de guerre n'étant d'aucun secours pour le siège et le temps des pluies approchant, ils couroient risque, en s'obstinant à demeurer devant la place, de perdre leurs munitions et leur artillerie ; que peut-être les^^heminsdeviendroient impraticables, même pdur les troupes de terre, si elles attendoient (>lus longtemps à se retirer ; que d'ailleurs il étoit à craindre que la flotte ne fût chassée de la ci^tp ; qu'ainsi les Anglois ne pouvoient faire rien de plus sage que de renoncer à leur eatceprise pendant qu'ils étoient encore sûrs de pouvoir regagner le fort Saini-David. En conséquence de ceUe déeision, ils rembarqu^ent leur artillerie, et le 16 ils mirent le feu à leurs batteries. Le J7 au matin^ leurs troupes de terre commencèrent à reprendre la route du fort Saint-David , où elles arrivèrent Je même jour. Les rivières qu'ils eurent à passer ètoient si grosses et les chemins si rompus par une forte pluie, qui étoit tombée la nuit précédente, qu'il n'y a point de doute que la retraite ne fût devenue impossible si elle avoit été différée de quelques jours. La garnison de Pondichéry étoit com-
posée de 1,900 Européens et de 3,000 noirs. Les forces de l'amiral Boscawen, quand il partit du fort Saint-David pour assiéger cette place, consistoient en 2,690 soldats, IW homiçes du corps de Tartillerie, 1,097 de marine, et 2,000 noirs, qui n'ont été que de peu d'utilité. Cet amiral a perdu pendant le siège 757 soldats, bdcanonniers et 265 matelots.
Du vendredi 1 1 , Versailles. — J'ai marqué ci-dessus la mort de M. Sidobre, médecin consultant du Roi. Celui qui a été nommé pour remplir cette place est M. Quesnay, qui a été chirurgien de M. le duc de Villeroy, et qui depuis s'est fait recevoir médecin.
Le Roi revint hier du petit château où il avoit été coucher mardi ; ce même jour mardi il avoit dîné dans ses cabinets avec M. le Dauphin, M"*' laDauphine, M™* Infante et Mesdames.
Aujourd'hui M"® la maréchale de Belle-Isle a présenté M™^ la comtesse de Béthuue (Thiers) ; elle auroit dû naturellement être présentée par M"® la marquise de Béthune (Boulogne), dont le mari est l'alné de l'autre branche, ou par M*"* la duchesse d'Ancenis, mais elles n'ont pu s'y résoudre ni l'une ni l'autre.
Du dimanche 13, Versailles. — Hier on jugea au conseil des dépêches, au rapport de M. Maboul, le grand procès des médecins et chirurgiens dont j'ai parlé ci-dessus. Je marquerai ce jugement quand j'en serai plus instruit. Jusqu'à présent, c'est un mystère ; on veut que l'arrêt soit rédigé avant de rendre ce jugement public. Tout ce que j'ai pu savoir jusqu'à présent, c'est que les chirurgiens seront obligés de subir un examen des médecins; il parolt que les chirurgiens sont peu contents, on dit aussi que les médecins ne le sont pas entièrement.
M. d'Huescar, ambassadeur d'Espagne, a pris congé aujourd'hui ; il s'en retourne à Madïid. Le Roi lui a dit, lorsqu'il a pris congé de lui, qu'il le faisoit chevalier de ses ordres. M. d'Huescar l'a dit sur-le-champ ; ainsi ce n'est
point un mystère. Il sera nommé à la Pentecôte, et sera reçu à Madrid par le roi d^Espagne, sur une commission du Roi, au 1^' janvier de l'année prochaine; il n'a pas encore Tàge^ mais il est dans la trente-cinquième année.
Du mardi 15, Versailles, — Le Roi alla courre le cerf hier du côté de Sceaux^ et alla ensuite couchera Choisy, d'où il ne reviendra que samedi prochain.
Hier, pendant que la Reine étoit chez moi, M. le marquis de Boufflers, qui est attaché au roi de Pologne, vint lui dire que le roi de Pologne étoit arrivé. La Reine Taltendoit mercredi, ou tout au plus tôt aujourd'hui. Il avoit annoncé qu'il partiroit de Commerçy le 14., pour venir ici ; mais il arrive toujours avant le jour où on l'attend ; il se fait un plaisir de surprendre. Il avoit envoyé devant lui un de ses maîtres d'hôtel, sans lui donner aucun ordre précis pour le jour de son arrivée; il. lui avoit dit : « Allez toujours; que tout soit prêt; mais ni vous ni moi ne savons le jour. » Le roi de Pologne s'arrêta une demiheure à Paris chez M™® la marquise de Boufflers-Remiancourt (Boufflers), pendant qu'on le relayoit de chevaux de poste, car la Reine n'étant point avertie n'avoit pu lui envoyer des carrosses. 11 alla tout droit à Trianon. 11 a amené avec lui M. le duc Ossolinski (M. le marquis de Boufflers étoit venu avant lui l'attendre à Paris), M. de la Galaizière et M Il loge à Trianon, dans le grand appartement; il loge ordinairement de l'autre côté, mais on y travaille actuellement; on y fait des entresols. Le roi de Pologne est venu ici sur les neuf heures voir la Reine, et la Reine a entendu la messe plus tôt qu'à l'ordinaire, et a été aussitôt après àTrianon avec M. le Dauphin, M"^ Infante, Madame, M"® Victoire et M'"* de Luynes dans un carrosse, et ses dames de semaine dans le second car« rosse. J'oubliois de marquer que la Reine avoit envoyé dès le matin M. le maréchal de la Mothe à Trianon; elle vouloit Ty envoyer dès hier au soir, mais on lui dit que le Roi son père seroit couché. Le voyage du roi de Po-
Stl6 MEMOIRKS-nr DUC DE LUYNES.
logne ne sera paî^ long. 11 vient principalement pour voir M'°^ Infante et Tinfiinte IsabdUé, ël s^en retournera lorsque le Roi ira à Marly. '
M. de Vaulgrenant prît congé hier ; il part ces jours-^i pour Madrid. M. Tévôque de Rennes n'çst pas encore arrivé; on Tattend incessamment; il sera sûrement parti de Madrid avant que M. de Vaulgrienant y arrive. '•
Du mercredi 16, Versailles. ~ M. le Dauphin et M*^ la Dauph'me ont quitté le deuil ^ujburdMiui« M. le'Dauphiii a étécetteaprès-dlïlée àChoisy, oè ilâ soupe jM*** la Dauphine, n'y a point été, parce qu'il y a un fort léger soup* çon de grossesse. Mesdames vont demain souper et cou" cher àChoîsy ; M*"^ Adélaïde y ira aussi. Elle n'acommeûcé à sortir de sa chambre qu*aujourd'hui. 11 y a huit ou dix jours qu'elle est incommodée d'une fluxion. M"** Infante ira avec Mesdames. !• »<•; •«:•:. ..
Du samedi 19, V^sailles. -^€n vola encore dians la chapelliB,' lanùit d'avftnt-hier à hier. On trouva hier matin qu'on avoit cassé une des glacés de la mche-qul est dans la grande tribune vis-à-vis celle de la Reine; et qu'on avoit emporté les rideaux qui étoiewt en dedans de cette niche Les voleurs eroyoient sans doute trouver le tapis de pied du Roi, que Ton y enferme qn^ltjûëfois: ^
Le Roi alla hier à la chasse du vol auprès 'deChoisy. S. M. étoit en carrosse avec- M!"Mnfante >et Mesdames; c'est la seconde chasse de vol que le Roi fait cette tinnée; il en doit faire encore une troisième. Mesdames* révinrent ici après la chasse. • - ^.:\- .^.^./i '
La Reine alla jouer hier au cavagnole ehe» M"' la Danphine, qtii garde sa chambre depuis hier^'lés uïémesF ap^ parences dont j'ai parlé subsistant tcmjours. Aujourd^huî le concert et le jeu sont chez ^M"^** la Dauphine.* Le Roi est arrivé deChoisy sur les cinq- heures. • L'infante Isabelle est sortie en carrosse aujourd'hid> pour aller dans la ville voirie rhinocéros que l'on â rà-' mené ici de Pnrisdepuis deux jours, parce que M"*'lal>au-'
pbitie désiroit le voir. La garde françoise et suisse étoit dans la cour à cause du Roi et du roi de Pologne; ils ont pris les armes poi>r rmfante Isabelle» et ils ont rappelé. Ilyiihtfitaa dix jours que cet ordre avoit été donné; e^est aujourd'hut k première fois^que Toccasion s'en est présentée. Quoique M. le duc d'Orléans et M"** la duchesse dH)rtéatis, qui vient de mourir,- eussent eu le rang de petits^fils de l^rance, ce n'est pas par cette raison que la gainîé rappeloit pour eur. On avoit rappelé pour M. le diic d'Orléans pendant qu'il étoit régent , et depuis sa mort le Roi avoit bien voulu que M"'® la duchesse d'Orléans «bntinuàt à jouir du même honneur.
Demain dimanche est la signature du contrat demapiage dn fils de M. le maréchal de Montmorency (Laval) avec M*^<le Maupeou. Il y a aussi demain une présentation; M?** d'ArgensoB présente ëabetle^fille , M"' le Voyer (Mfiiîlly); elle est venue ce soir voir M"* de tuynes, et s'y! eét trouvée dans le monâient que la Reine venoit pour souper. L'usage' en pareil cas est de faire semblant de se 6a<îher ; mais la Reine a la bonté de voir celle qui lui donné cette mawjue de respect. M"* le Voyer est extrômedïentpetite ;dlea le nez trop long, et ress0mble beauédupàM. de Mailly son père.
Du dimanche 20, Versailles. — Les États de Bourgogne ont eu aujourd'hui audience. Ils ont harangué le Roi, la Reine, M. le Dauphin, M"* la Dauphine, M'"*' lofante et Mesdames. C'est Tabbé de Grosbois, doyen de la Sainte - Chapelle, qui a porté la parole, tl a uji frère président à nj^orVier du parlement de Dijon. M. le ducdè Saint-Aignan, corkime gouverneur de la province, étoit à la droite de M. l'abbé de Érosbôis, qui là voit à sa' gauche M. d*Anlezy, gouverneur de H., lé prinpe.de Cpndé et député de la noblesse. M. des Granges, maître des cérémonies, fnarchbit'dëvant eux. C'écoit audience publique ; ainsi la Reine tes- a reçus dans^son grand cabinet avant sa chambre.
La présentation dont j'ai parlé hier se fait aujourd'hui^ après le salut^ à Tordinaire.
Il y a encore une autre présentation. M"* de la Trémoille présente M™* de la Luzerne. Elle a environ quarante ans. Elle a un fils qui vient d'avoir un régiment. Elle n'est jamais venue ici.
M. de la Chétardie a fait aujourd'hui sa révérence et son remerciement. Il arrive de Dauphiné et de Provence. Il y a environ six ans qu'il est employé dans l'armée d'Italie. M. de Puisieux Ta présenté en qualité d'ambassadeur du Roi à Turin.
J'oubliois de parler de la présentation de M"® de Saucourt. C'est M"® Bérenger, sa mère (1), qui l'a présentée im;nédiatement après la présentation de M"* le Voyer. Celle de M'"^ de la Luzerne (2 ) ne s'est faite qu'après le sermon de M. le curé de Saint-Louis chez la Reine.
Le commandeur de Rénon^ qui a environ soixante-diïsept ans^ a remercié aujourd'hui le Roi^ qui vient de lui donner 8,000 livres de pension; cette grâce est à l'occasion du grand prieuré que ce commandeur devoit avoir de droit par son ancienneté. Le Roi, comme je l'ai déjà dit, désire que ce soit M. le prince de Conty qui ait ce grand prieuré, et en dernier lieu vient d'écrire au grand
(1) Mme Bérenger esl d'Orsay, fille du maître des requêtes. C'est uoe assez bonne famille de robe. Elles n'étoient que deux filles, M^^ de Pracomtal et elle. M. d'Orsay leur père étant mort ab intestat^ elles ont partagé également sa succession, qui étoit considérable. M^e Bérenger a trois garçons et deux filles. L'atné des garçons mourut il y a environ un an ; je dois l'avoir marqué. Les deux filles sont mariées. L*atnée, qui est assez jolie, mais boiteuse, a épousé M. de Dolmieu, homme de condition de Dauphiné, qui a bien servi, mais qui a été estropié d'une blessure, et qui n'a quitté le service que par cette raison ; il demeure en Dauphiné avec sa femme. (Note du duc de Luynes. )
(2) Guignonville , son père, étoit chargé de la recette de Meudon. Son mari est de la même maison que M. de la Luzerne des gardes du corps et est fort ami de M. de Bouillon. C'est par cette raison que M^c de la Trémoille s'est chargée de la prcsent(^r. (^Note du duc de Luynes.)
maître pour que cette affaire finisse sans aucune nouvelle représentation.
Du mercredi 23, Versailles. — Tai déjà parlé de plusieurs de ceux qui sont venus ici de Lunéville avec le roi de Pologne. Le séjour qu'il fait ici y attire les Polonois qui se trouvent à Paris et qui lui sont attachés. Nous y vîmes il y a quelques jours M. Potowski; c'est un jeune homme d'une des grandes maisons de Pologne. Il y est venu aussi M. Yakobowski; celui-ci est un gentilhomme Polonois; il est au service de France; il est lieutenantcolonel à la suite du régiment Royal-Allemand.
M. de Verneuil présenta hier M. Finkenstein (1). C'est un des ministres du roi de Prusse. Il vient ici, à ce que Ton dit, pour ses affaires particulières; on n'est pas, je crois, obligé d'ajouter foi à cette raison de son voyage, lia trente-sept ans (2), une figure assez agréable, une physionomie d'esprit, et parolt en avoir beaucoup. Il a voyagé dans plusieurs cours du Nord II nous contoit hier un usage assez singulier de Russie, qui s'est établi sous l'impératrice qui règne actuellement, Elisabeth Petrowna. On sait qu'elle doit son avènement au trône au zèle des soldats attachés à son parti. Voulant leur donner une marque de reconnoissance, elle en forma une compagnie dont elle voulut être le capitaine, et y plaça pour officiers principaux les plus grands seigneurs de sa cour. Elle fit faire un uniforme vert avec des galons d'or pour cette compagnie. Tous les ans, le jour qu'elle est montée sur le trône, elle s'habille en homme, habit, culotte et bottines; on dit que cet habillement lui sied fort bien. Elle se met à table et mange avec toute cette compagnie, . non-seulement avec les officiers, mais avec les soldats, qui à la vérité sont la plupart gens de condition. 11 n'y
(1) Charle<i Guillaume Finck, comte de Fînkenslein, ambassadeur et ministre des affaires étrangères de Prusse, né en 1714, mort en 1800. {?.) II n^ayait que trente-cinq ans en 1749.
39J MEMOfRES DU DUC DE LUYJNES.
a aucune femme admise à cette table. On vient lui faire sa cour pendant le commencement du souper, on la laisse ensuite avec ces ;liomme$, On y bçit beaucoup de santés; le souper dure eqyiron une hçu^e et/demic!. . ,,
M. de Palavicini, envoyé de Gên^s,, prit hier congé, il s'en retourne à Gènes pour ses laffa\çés..ll dit qu'U tc^ viendra. C'est un homme die beaucoup: d'esprit.. Il a 50 ou 60^000 livres de rente. La Réjputj)li(jùe donùe 36^000 livres par an à ses envoyés. ...,.,'
M. et M'°*^ la princesse d'Ariore sont veniis ici peisser deux ou trois jours. Us s'en retournent à Naples avec toute leur maison et tous leurs tjnfants. Us disent cependant qu'ils reviendront dans six mois, ou un an, ce qui parolt assez difficile à croire, d'autant plus qu'ils avoient grand désir de retourner cWz eux. M. d,'Ardore avpit demandé son rappel, soi^mettant cejpendaijit ce désir à lia! volonté du roi son maître et au bésoii^ ç[u'il auroit de. ses services. La permission de retourner lui a été accordée à condition qu'il reviendroit. Us n'ont point pris congé en cérémonie. M"*d'Ardore alla dimanche au grand couvert et à la conversation chez la Reine, à la fin de laquelle ellQ demanda les ordres du Roi pour Naples ; elle alla le lendemain au dîner de la Reine. C'est une femme respectable que M™® d'Ardore, et son naari est un bon homme. Us vivent dans une grande union.
Il y a quelques jours que l'op trouva une espèce de. petit trésor de porcelaines à Trianon. J'ai marqué que le roi de Pologne loge cette année dans l'appartement de Monseigneur, du cMé dn canal. Le concierge voulant donner quelque commodité de plus à cet appartement^, qui n'étoit point habité ordinairement, a fait ouvrir une armoire à laquelle on n'avoit pas sonffé jusqu'à ce moment; elle n'avoit pas été ouverte depuis la mort de Louis XIV. On a trouvé cette armoire remplie de porcelaines fort belles. Il n'y en a pas une seule du Japon ; c'est de rancienno; il y a entre autres une écuelle garnie d'or.
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. U Y'eut hiei^ici deux nouvelles grâces accordées : M. de Sassenage, menia de U. le Daupbiu^ fut déclaré chevalier d*hoBneiH* de M^^Ja Daupbine en survivance de M. le maréchal de^lafare, qui garde toujours sa charge et ses appointements^ et gui continuera à servir autant qu'il le jugera ^ proposs^ M. de la Fare ne borne pas ses vues à la charge de chevalier d'honneur. Le commandement d'Alsdce, qui pourroit bien devenir vacant par Tàge et les infirmités de-M. le maréchal de Coigny, seroit Tobjet de ses désirs, ou quelque autre s'il s'en présentoit. D'ailleurs il aime sa liberté. Il est fort bien avec le Roi ; il a beaucoup d'amis et veut pouvoir vivre avec eux; enfin il désiroit avpir un survivancier. M. le prince de Croy, gendre de M. d'Harcourt et neveu de M™* de Lède, avoit euJa volpaté de demander cette survivance ; on dit même qu'41 offrpit 80,Q00 livres à M. de la Fare. Cet arrangement n'a pu se faire, et le Roi a nommé M. de Sassenage, qui, je crpis, n'avoit pas songé à le demander. Ce changement décharge meliM. dePérigord en jouissance des appointements de la charge de menin que le Roi lui avoit dponés,, comme je ]'ai marqué dans le temps. M. de Sassenage ne savoit pas encore hier quel seroit son traitement; mais il y a apparence qu'il conservera au moins les mêmes appointements qu'il avoit étant menin. La seconde grâ^e d'hier, c'est un duché-pairie érigé en faveur du 4i$d^..^T le. prince deTalmond; ce duché sera mis suïJa belle terre de Taillebpurg, qui est en Poitou et dont ce je^ne homme porte Iç nom. Il a quinze ans; il est d'uA^ jolie figure. C'est le roi de Pologne qui a demandé cette grâcç. M, de Talmoifd n'avoit que le brevet de duc. Il y a eu ces joursrci; plusieurs assemblées chez M. d'Argen3on de presque tous MM.. le& inspecteurs d'infanterie. U y en avoit huit. On y a fait venir les principaux commis, suivant les éclaircissements dont on avoit besoin. 11 s'agit apparemment des opérations qui peuvent rester à faire pour l'infanterie .
11 y a eu pendant le dernier voyage de Choisy un conseil de finances, où Ton a déterminé les opérations à faire par rapport au dixième ou autres impositions. On ignore jusqu'il présent ce qui a été déterminé. Je crois devoir mettre à cette occasion ce que quelqu'un bien instruit medisoit il y a quelques jours, qu'en 17<k8 notre coin* merce a augmenté de 147 millions.
M""" de Sassenage a prié M"® de Luynes de la mener chez le Roi, la Reine, etc., pour faire ses remerclments de la grâce accordée à M. de Sassenage. Elle avoit remercié lorsqu'il fut fait chevalier de TOrdre. Elle prétend qu'on Favoit trouvé singulier, sur le fondement que les femmes ne doivent pas remercier pour les grâces accordées à leur mari. M"*^ de Sassenage a fait demander au Roi ce qui luiseroit agréable, et le Roi lui a dit de le venir remercier. Il est assez singulier que cela puisse faire une ques* tion.
11 y eut hier matin conseil de finances, et l'après-dtaéç conseil de dépêches. Ce matin il y a eu conseil d'État; le Roi a dîné ensuite dans ses cabinets avec ses enfants , et est parti sur les quatre heures pour aller au petit château de la Celle , d'où il ne reviendra que vendredi ou samedi.
Le roi de Pologne mène ici la même vie qu'à son ordinaire; il dîne à Trianon à midi ou'midi et demi; il mange seul, ou avec des Dames quand il y en a quelquesunes qui vont le voir le matin. 11 ne mange point ici avec ses grands officiers comme à Lunéville, parce qu'il n'a ici qu'un très-petit détachement de sa maison et que ce seroit un embarras de recevoir et de refuser beaucoup de gens qui se présenteroient. Il y a une table pour ses grands officiers, où quelquefois ils prient les gens les plus connus du roi de Pologne qui vont lui faire leur cour le matin. Le roi de Pologne vient ici entre deux et trois heures dans le petit appartement de M. le comte de Cl er mont ; il y demeure avec la Reine jusqu'à cinq heures et demie ou environ ; il descend ensuite chez M"* de la
Roche-sur- Yon, qu'il aime beaucoup, et qui est \enue ici exprès pour être à portée de lui ; il y joue presque toujours une espèce de comète , différente cependant de la comète ordinaire. Il repart entre six et sept heures pour retourner à Trianon, et se couche toujours de très-bonne heure.
La Reine descend presque tous les jours chejs M"' la Dauphine^ pour la musique et pour le jeu.
J'ai marqué le départ du Roi pour la Celle. S. M. a dans ces voyages un habit vert avec un bordé d*or. C*est un uniforme que portent les hommes qui ont Thonneur de suivre le Roi dans ses voyages de Choisy, Crécy, La Meutte et La Celle, comme HH. de Richelieu^ de Meuse, de Gontaut, delà Vallière, de Soubise et de Luxembourg. IMais le Roi ne porte point cet habit à Choisy ; il n'y a que ces Messieurs qui en font usage.
Du jeudi 24, Paris. — Je vins ici hier au soir pour être ce matin à la réception de M. le maréchal de Belle-lslo au Parlement. Son rapporteur étoit M. Tabbé de Salaberry (1); ses témoins M. le maréchal de la Fare , M. le duc de Gesvres et moi. Après la lecture du témoignage de M. le curé de SaintSulpice et des dépositions des trois témoins, M. de Salaberry a fait un discours très-flatteur pour M. le maréchal de Belle-lsle. M. le premier président a fait appeler ensuite M. le maréchal de Belle-lsle, suivant l'usage, et après lui avoir fait prêter le serment ordinaire, M. de Belle-lsle a pris sa place. Un moment après, M. le premier président (2) ayant mis son bonnet un instant. Ta ôté aussitôt, et adressant la parole à M. de Belle-lsle, a fait un discours assez long, rempli des sentiments d'estime et d'amitié les plus capables de faire impression. Il l'a prononcé avec la grâce avec laquelle il a
(1) Conseiller clerc à la grand'chambre.
(2) Renf^-Cliarles deMaupeou. C^est le père du fameux ctiancplier; il fut lui-même chancelier pendant vingt-quatre heure», en 1763.
coutume de parler. H. de Belle-Isle a répondy en peu de mots, delà manière la plus convenable. Si je peux avoir ces trois discours, je les mettrai à la fin de ce livre. (1). Il y avoit de prince du sang M. le comte de CbarOjloi3J^ul; de prélats-pairsy M. Tévèque comte de Beau vais (Geçvresj, et neuf ou dix pairs laïques. A la grande audience, on a plaidé un des chefs du procès de la succession de.Mazaria contre M"" de Nesle. M"* de Mazarin n'en veut payer que les trois quarts, et M"** de Mailly disent qu'il leur est dû 13 ou 1,400,000 livres pour leur légitime, sur ,^uoi elle» . n'ont encore touché que 62,000 et tant de livres; que le^ surplus est entre les mains de M*"^ de Mazarin, et que pac^ conséqiient il est juste que ce soit elle qui fiasse les. avance^s^ des frais du quart dont elles sont chi^rgées. Guyot d^ Reverseau, avocat de M"*^ de Mazarin, parla le premier, fort peu de temps ; et Simon, avocat de M"" de Nesle, touft le reste de Taudience.
Du vendredi y 25, Versailles. — J'appris hier à midi, à Paris, que M. d'Argenson 9.voit été entre hi^it et njBuf. heures du matin chez M. de Maurepas, à Paris, pour lui demander la démission de sa charge de secrétaire d'État et lui remettre une lettre de cachet pour se rendre à Bourges. Cet événement a surpris avec raison; personne ne s'y attendoit, et M. de Maurepas n'en avoit pas le moindre soupçon. Il avoit été la veille à la noce de M"® de Maupeou, chez M le premier président, jusqu'à deux heures du matin. C'est à une heure après minuit que M. d'Argenson reçut l'ordre du Roi. M. de Maurepas part demain, M""® de Maurepas mardi 29, pour Bourges. On a su ce matin ici que le détail de la maison du Roi, de la Reine^ de M"*" la Dauphine a été donné à M. de Saint-Florentin, et le détail de Paris à M. d'Argenson. On ignore encore à qui l'on donnera la place de ministre et la marine.
ri) Voy. les pièces n" *;., :j et 4, à l'appendice pour l'année 1749.
Du sa^edii 26, Versflilles, -^11 y eut hier deux présentations : M.*"*; la nnaréchale de Montmorency-Laval (Saint- Siinon) préçent^. sa belle-fille (Maupeou); elle n'est ni petite ni grande.^ elle étoit fort jolie; elle l'est beaucoup moins depuis qu'elle a eu la petite vérole, cependant elle est encore . fort bien . ■^
La seap^de préseqtation est celle de M"'*' de Mesmes, qui est assez jolie ;.c'a3t la fiUe de M. de Brou, conseiller d'État. Son mari yient^ d'avoir une commission de colonel dans les gren,adi^S,4e France; il est de même maison que feu M, le préoiiçp président de Mesmes. H étoit en province et. fort peu riche. M. de Ravignan, lieutenant général, qui étoit cousin de M. de Mesmes, étant mort sans enfai?ts,^M"**.de Ravignan (Racine) sa veuve, ayant hérité de soù qaarien^ vertu d'une donation mutuelle, a voulu que le bien ven^anj; de M. de Ravignan passât à un homme du nom dé Mesmes ; ellp a découvert en prpvince M. de Mesmes; elle Ta fait venir, en a pris soin et lui a assuré tout le. b^n qu'elle a eu de son mari. C'est M"*"^ la duchesse deLoçp^es, nlle du feu premier président de Mesmes, qui a présenté jM*"*^ de Mesmes! La mère du premier président de Mesmes etoit de Brou; ainsi la nouvelle mariée est parente de M"'^ de Lorges, par elle et par son mari.
On a su ce matin, au lever du Roi, que S. M. a donné à M. Rouillé la place de secrétaire d'État de la marine. On ne dit encore riep de la place dé ministre. M. Rouillé est le piqç honnête homme du monde, connu pour tel, et qui a prouvée et pi?.ouve tons les jours sa capacité sur le commerce à^atête de cette partie de l'administration du royai^me, et chargé depuis M. de Fulvy de ce qui regarde la Compagnie des Indes (1). M. Rouillé est fort riche. Il n'a qu'une fille, mariée à M. d'Harçourt, comme je l'ai ms^rqué dans le temps. ,
(1) £n qualité de coniinis^iie dii.Koi.
M. le cardinal de la Rochefoucauld est venu ici ce matin au lever du Roi; il est reparti aussitôt pour Paris. Il part aujourd'hui pour Bourges, son archevêché, et mène avec lui H. de Haurepas. H"*^ de Maurepas partira mardi pour aller le joindre.
Du lundi 28, Versailles. — Il arriva hier deux courriers de Pondichéry. L'un est un officier envoyé par M. Dupleix, et l'autre est un aumônier françois venu avec lui. Les lettres sont du 28 octobre dernier. C'est M. le contrôleur général qui en a rendu compte au Roi aujourd'hui et lui a présenté les deux courriers. Le Roi partoit pour la chasse, ce qui Ta empêché de se faire rendre compte du détail; c'est ce qui fait qu'on l'ignore jusqu'à présent. On sait seulement que c'est la confirmation de ce que nous avions appris par l'Angleterre, de la levée du siège par les Anglois et de ce qu'ils y ont perdu , et plusieurs circonstances de ce qui s'est passé depuis.
Dumardi 29, Versailles. — M""® la marquise d'Ancezune mourut hier, à Paris. Elle ^voit cinquante-trois ans. C'étoit une femme fort aimable par son esprit et son caractère; elle savoit beaucoup et contoit fort bien. Elle étoit fort brune et avoit cependant un visage agréable. Elle n'avoit jamais eu d'enfants. Elle étoit fille de feu M. de Torcy, ministreet secrétaire d'État des affaires étrangères, et de M"^ de Pomponne , et sœur de M. le marquis de Croissy, de M""* du Plessis-Châtillon et de feu xM"* de Mailly-d'Haucourt, mère de M"*^ de Voyer. M™®d'Ancezune avoit une très-mauvaise santé : un crachement de sang fréquent, un asthme continuel et un estomac entièrement perdu. Elle avoit beaucoup d'amis, et tous gens aimables. On ne peut assez louer les attentions et les soins de M. d'Ancezunepour elle. Elle étoit dans une grande piété depuis plusieurs années.
M. Rouillé vint ici avant-hier matin. 11 prêtera serment demain ; les arrangements pour le brevet de retenue 5e-
ront terminés. M. Rouillé logera dans Tappartement qu'occupe actuellement M. d'Argenson. Celui de M. de Maurepas, qui est le premier après M. de Chalmazel , du côté de la cour des Princes, sera rendu à M. d'Argenson; c'étoit l'appartement de M. Le Blanc et de M. d'Angervilliers. A la mort de celui-ci, M. de Maurepas le désira, et il lui fut donné. Le détail de Paris et des haras, qu'avoit M. Ménard sous M. de Maurepas, a été donné par M. d'Argenson à M. Marie, l'un de ses principaux commis; mais M. Ménard reste toujours chargé, sous M. de Saint-Florentin, de ce qui regarde la maison du Roi, de la Reine et de M"® laDauphine. Le ministre chargé de Paris et des maisons n'a aucuns appointements affectés à ce détail. Il n'y a que les haras pour lesquels le Roi donne des appointements ; mais c'est M. le maréchal de Brancas qui en jouit encore actuellement.
M'"^ de Lutzelbourg mourut hier, à Paris. Elle étoit fille de M. Borio, qui avoit été, je crois, banquier et qui avoit été chargé des affaires du duc de Guastalla; elle est morte de la petite vérole et du pourpre, le neuvième jour de sa maladie. Sa belle-mère, M"^ de Lutzelbourg, est sœur de M. Klinglin , préteur royal de Strasbourg.
Il vint ici hier une femme , qui est depuis quelque temps à Paris, avec des ouvrages d'une délicatesse et petitesse singulières, M. le maréchal de Richelieu la mena chez Mesdames, et ensuite chez M. le Dauphin et M"'*' la Dauphine. C'est une femme assez jeune et d'une figure passable; c'est la femme d'un horlogeur de Londres, qui fait tous ces ouvrages sans lunettes , ce qui est presque inconcevable. Il y a une chaîne d'or, de 200 mailles, avec un cadenas au bout fermant à clef; cette femme prétend que la chaîne et le cadenas, qui sont d'or, ne pèsent que le quart d'un grain, et on peut le croire par l'extrême petitesse de cet ouvrage. 11 y a un carrosse dont les portières s'ouvrent et se ferment, qui est suspendu sur des soupentes, attelé de six chevaux, dont on distingue les
398 MÉMOIRES DU DtJC DE LUYNES.
harnois, un cocher, un postillon, quaJtre-petites ûgixtes dans le carrosse et deu^ laquais derriêffe; îe totlf'b'aldé par une pièce. Une aufrei voiture; qtÀ tirait qu'un tl*am avec quatre roues tournantes visiblèmeiit ,' utte' petite figure assise sur une chaire sur la flèclië,^le tout ^àlné aussi par une pièce; enfin des cuillers, dëd^fodrchettes, des ciseaux d'une délicatesse surprenarite. Conïmë la femme à qui sont ces ouvrages ne parlé' -point françoi«, elle a pris pour interprète un homme de trente-cinq ans ou environ, qui est Irlandois d'origine, né^eùÉspagtie et établi depuis douze ans à Paris,
On vit aussi hier ici un Allemand qui a vingt-hùitans. Il est né à Vienne en Autriche. Il s'est reûdtr fameux par ' une grande habileté et une adresse eitrétoe dans l'opération des cataractes et autres à faire aux yeux. Le roi de Prusse l'a attaché à son service, et lui a seulement permis de voyager encore deux ou trois ans. Il s'appelle limer; il va faire l'opération à M. le duc de Brahcas; il en a fait ici plusieurs avec grand succès. La Reine votilut qu'il vit les yeux de Mesdames, dont il fut fort content. Quoiqu'il soit en France depuis peu dé temps, il y a déjà acquis une grande réputation. - »'
Du mercredi 30 , Versailles'. ' — Avant-hier niatin , le roi de Pologne vint voir la Reine de fort bonne heu<^;îl lui dit qu'il la reverroit encore un moment après le dîner; c'étoit pour éviter un adieu, car dès qu'il eut dinéll j>aiv tit pour Vauréal. La Reine y envoya hier M. de la Mothe. Le roi de Pologne partit de Vauréal à trois heures pôttt Lunéville ; il coucha à Château-Thierry. La Reine en a eu des nouvelles ce matin, ayant envoyé jusqu'à Château- Thierry pour en savoir.
M™^ la princesse de Soubise fit avant-hier une fausse couche ; malheureusement ce n'est pas la première,
M""" la comtesse d'Estrées (Puisieux), qui n'est hors d'affaire que depuis avant-hier, a été saignée cinq fois ces jours-ci pour un mal de gorge très- violent. C'est une
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espèce de maladie épidémique quia régné à Paris depuis l'hiver dernier. Il y en a beaucoup aux filles Sainte-Marie de la rue du Bac, et plusieurs en sont mortes. On avoit nommé cette" maladie la peste blanche; en effet la gorge dévenoit b][anche et la gangrène s'y met toit en fort peu de temps. La maladie de M"^ la comtesse d'Ëstrées n'a pas été d'uii aussi mauvais caractère.
On sait que Tlnfantdpn Philippe est actuellement dans une de ses maisons de campagne auprès de Parme. Il commence âfaire accommoderses maisons. Lorsque le roi d*Esps^ne lui a ôté les 500,000 livres de rentes de la charge d'amiral, comme je Tai dit, et les 50,000 livres qu'il avoit par mois comme commandant d'armée, il lui a fait donner 50,000 écus une fois payés pour ses voyages et son établissement dans ses nouveaux États. On peut juger que cette somme a été bientôt dépensée. Il ne reste plus de revenus en Espagne à, l'Infant qu'environ 100,000 écus provenant de ses commanderies et de deux terres que la reine d*Espagne sa mère lui a fait acheter de ses épargnes sur ses revenus pendant qu'il étoit fort jeune ; ces deux terres valent environ 70,000 livres de rentes.
M"* de Gonzalès, gouvernantedel'infante Isabelle, étant malade depuis quelques jours , M"' de la Lande a été mise auprès de la petite Infante. Mesdames allèrent courre le daim et le Roi né sortit point. L'infante Isabelle ayant eu envie d'avoir aussi un habit de cheval , on lui en a fait un bleu. Elle étoit hier chez M"** la Dauphine et elle étoit ce niatin chez le Roi, un petit bâton comme les exempts en portent à la chasse; elle disoit qu'elle étoit exempt des gardes du corps de la compagnie de Charost, mais qu'elle ne vouloit servir qu'auprès du Roi, de la Reine et de M. le Dauphin, mais non pas auprès de Mesdames ni de l'infante Isabelle.