EXTRAORDINAIRE. — JUILLET
Du samedi W^ Versailles. — H. le maréchal de MaillelK)is me disoit aujourd'hui que lorsque l'armée qu'il com- :mandoit en Westphalie se fut avancée pour marcher au secours de Prague, et qu'après avoir inutilement tenté de jpénétrer en Bohème elle eut marché dans la haute Bavière, lui M, de Maillebois, qui étoit alors à Braunau, eut communication d'une lettre que reçut M. de Seckendorf, général des troupes bavaroises (alors impériales) ; cette lettre étoit écrite à M. de Seckendorf par un des principaux magnats de Transylvanie et accompagnée de deux hommes principaux qui dévoient servir d'otages et répondre sur la tête de l'exécution du projet. Les protestants de Transylvanie offroient de metttre sur j>ied dans le moment un corps de troupes de 30,000 hommes et d'entrer dans les États de la reine de Hongrie. Ils demandoient seulement i 00,000 écus ; il n'est pas douteux qu'ils n'eussent fait une puissante diversion. M. le cardinal de Fleury fut instruit de cette proposition; il ne voulut pas faire donner les 100,000 écus, et l'affaire manqua. M. le maréchal de Haillebois a entre les mains une copie de la lettre, dont l'original est demeuré à M. de Seckendorf.
Formules de respect des lettres des princes et princesses du sang au Roi et à la Reine. — Mot du duc de Morlemart su.r les Noailles. — Anecdote suc la maréchale de Noailles. — Prétention de M. de Bouillon.
Du mercredi 3, Versailles. — Le Roi partit lundi pour Choisy; les dames sont ; M"^* de Livry, de Brancas, de Pompadour et d'Estrades.
Du dimanche 7, Versailles, — La Reine soupachez moi hier, comme elle a accoutumé de faire quand il n'y a pas de grand couvert. La Reine parla du traitement que Ton fait à M. le Dauphin dans les lettres et dans les harangues, et dit à cette occasion que le traitement qu'on fait. à )M["**^la
218 MÉMOIRES DU DUC DE LTÏTNiESi'
Dauphiné doit être égal à celai que^rèn fait à M. le Dauphin, citant pour exemple Fégalité en tout du traitement que Ton fait au Roi et à elle. Il n'estpas douteux que tout François qui a Thonneur d'écrire au Roi doit finir ainsi ses lettres : « Je suis (1) de Votre Majesté le très-humble, très-obéissant serviteur et sujet. » J'avois cru jusqu'à présent que le terme de sujet n'étoit dû qu'à la personne du Roi, et je m'étois trompé ; car les princes et princesses du sang, et même M"* la duchesse d'Orléans, met le terme de sujette quand elle écrit à la Reine; ce fait est cwtoin.
Du samedi 20, Compiègne. -— J'ai marqué dans ines Mémoires la mort de M"* la maréchale de Noailles, arrivée le 16; c'est une grande perte pour cette fatnille nombreuse, qui sans être unie est toujours réunie dans le-moment pour l'intérêt commun. Ce qui faisoit dire au duc de Mortemart, gendre de M. Colbert, que les Noailles étoient comme une troupe de comédiens de campagne, qui ne se rassembloient que pour jouer leur rôle.
DumardiiSy Compiègnt.— Von tne contoit ces jours ci quelques anecdotes sur M"* la maréchsdê de Noailles qui me paroîsseht mériter d'être écrites. Elle étoit, comme Ton sait , dame du palais de la feue reine Marie-Thérèse et peu assidue aux fonctions de cette place, étant presque toujours grosse. Dans un des voyages du Roi où la Reine alloit toujours, elle demanda permission à la Reine de ne ^ pas la suivre dans son carrosse ; elle suivit dan§ un carrosse à elle, avec ses femmes. On prétend que c'étoit sans aucun autre dessein ; elle craignoit, étant grosse, de se trouver mal dans le carrosse de la Ri^ine. M"* dé Montespan voyàgeoit de son côté dans son carrosse | avec ses femmes; elle fît proposer en chemin à M"' la maréchale de Noailles de monter avec elle, 6è qui' fut 'accepté. La Reine le sut, et le trouva très-mauvais ; elle traita très-
(1) Et non pas j'ai l'honnenr d'être, paixe que je suis est plus respectueux. ( Noie du duc de Luynes. )