‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XVChapitre 10 sur 88 · T. III · texte numérisé non relu

T. III

Ce que j'ai marqué ci-dessus du procès de H. de Metz étoit ceque l'on disoit le jour même ; aujourd'hui quoique l'arrêt ne paroisse pas encore, Ton en sait le contenu, et M. de Metz dit qu'il a gagné puisqu'il ne demandoit point les mouvances appartenantes au Roi comme souverain , mais seulement celles appartenantes à l'évèché de Metz, dont il a porté la foi et hommage au Roi. Par conséquent les fiefs mouvants de l'évèché de Metz sontdes arrière-fiefs de la Couronne. MM. les princes de Hesse disent que ce jugement ne fait rien à leur affaire, parce que les fiefs dont ils jouissent sont incontestablement mouvants de la Couronne et non de l'évèché de Metz. Il y a une seconde question par rapport à eux, c'est de savoir si les fiefs dont il s'agit sont masculins ou féminins; s'ils sont féminins, ils ont pu passer à la fille de M. le comte de Hanau, mère de MM. de Hesse ; s'ils sont masculins, ils sont revenus au seigneur suzerain au défaut d'hoirs mâles, et par conséquent il a pu en disposer. Quant à l'investiture donnée par le Roi à M. le prince de Hesse, elle ne fait point un titre, puisque c'est sauf le droit d'autrui.

Avant-hier, le Roi ne vint chez la Reine qu'un moment après que le jeu fut fini. La Reine étoit dans sa chambre debout en attendant son souper et l'on entroit la table; MM. les princes de Hesse avoient joué avec la Reine. Le cadet de tous , que l'on appelle le chevalier de Nidaou le comte Frédéric, étoit resté dans la chambre de la Reine avec le baron de Planta; l'usage est qu'il n'y a que les entrées qui restent au souper de la Reine ; mais on ne compte le moment que lorsqu'on présente à la Reine la serviette pour se laver les mains avant que de se mettre à table. L'huissier de la chambre de la Reine dit à M. le chevalier de Nida et à M. le baron de Planta de sortir, et leur répéta deux ou trois fois ; ils sortirent à la fin. M. le baron de Planta fut piqué des instances qu'avoit faites l'huissier, surtout dans un temps où la Reine ne se mettoit point à table, puisque le Roi étoit encore

chez elle ; il vint faire ses plaintes à M °" de Luynes ; elle envoya quérir l'huissier, lequel chercha à se justifier disant qu'il n'avoit fait que ce qu'il devoit; Mme de Luynes lui dit qu'elle lui conseilloit cependant de faire des excuses à M. le chevalier de Nida et à H. le baron de Planta, qui étoient alors chez elle. L'huissier refusa de suivre ce conseil ; fiime de Luynes alla hier chez M. le Cardinal pour lui en parler; il étoit chez la Reine; Mm* de Luynes y entra et trouva la Reine tète à tète avec lui; elle lui parla de ce qui s'étoit passé la veille; la Reine chercha à justifier l'huissier et dit que la première fois qu'elle verroit M. le baron de Planta elle lui feroit elle-même une honnêteté. Mmc de Luynes ressortit un moment et la laissa tète à tète avec M. le Cardinal. Alors M. le Cardinal dit à la Reine qu'il étoit peu convenable que ce fût elle qui fit les excuses, et qu'il falloit envoyer l'huissier les faire ; c'est S. Èin. qui le conta . l'après-dlnée à M"e de Luynes. M"e de Luynes étant rentrée, la Reine lui dit d'ordonner à l'huissier d'aller faire des excuses ; cet ordre fut donné aussitôt; l'huissier croyoit l'avoir exécuté en allant chercher M. le chevalier de Nida à Versailles ; Mra* de Luynes lui a ordonné de les aller chercher à Paris.

On prétend qu'où a trouvé à Kaiserslautern une prophétie gravée sur du cuivre, faite l'an 1012 par un moine , nommé Sinibalde , et que l'on a porté cette plaque de cuivre à Francfort. Cette prophétie annonce des événements déjà arrivés dans l'empire, et désigne pour l'année 1 740 la mort de l'empereur qui sera , ditelle, suivie de beaucoup de troubles et de confusion , et que Ton verra paroi tre le lion rouge, le singe blanc , et un troisième prétendant qu'elle annonce de même par ses armes; mais qu'un jeune prince venu du Nord feroit dé grandes conquêtes.

Le Roi soupa hier dans ses cabinets; il n'y avoit point de dames; après le souper il fut chez Mmc de Mailly avec

trois ou quatre personnes ; il envoya tout de suite avertir tous ceux qui avoient soupé dans les cabinets, et il joua chez Mmc de Mailly. IL va lundi à Cboisy pour jusqu'à jeudi ; ce voyage avoit toujours été fort incertain ; on croit que c'est à cause de la santé de Mroe de Mailly.

Du lundi 6, Versailles. — Samedi dernier, le Roi soupa dans ses cabinets; il n'y avoit point de dames. Avant le souper il avoit été chez Mme la comtesse de Toulouse ; après souper il alla avec deux ou trois personnes chez Mme de Mailly; elle n'étoit pas chez elle; elle avoit resté chez Mmc la comtesse de Toulouse jusqu'à près de minuit et étoit venue ensuite voir M"* de Luynes. Le Roi retourna chez M"* la comtesse de Toulouse , et comme il la trouva retirée il alla chez Mademoiselle où il n'y avoit que deux ou trois personnes ; il y fit une visite d'un quart d'heure , n'ayant trouvé Mme de Mailly nulle part, . et alla se coucher. Aujourd'hui il est allé à la chasse à Saint-Germain et de là va à Choisy pour jusqu'à jeudi. Les dames sont les quatre sœurs, MŒC la maréchale d'Estrées et Mme d'Antin. Mrac de Mailly ne fut chez la Reine que samedi de sa semaine, à cause qu'elle a été malade.

M. de l'Hôpital demanda hier l'agrément pour se marier; ilépousela fille (1) de M. Eynard, grand maître des eaux et forêts de Touraine; il est de même maison que notre ambassadeur à Naples et prétendoit même être l'ainé(2) ; on dit cependant qu'il n'est que le cadet.

M. le duc d'Harcourt demanda hier l'agrément du Roi pour le mariage de sa seconde et dernière fille avec M. le prince de Croy, lequel a, à ce que l'on dit, 50,000 écus de rente. M"e d'Harcourt , qui se marie, est sœur ca-

(1) On donne à M11* Eynard 20,000 livre» de rente; elle a éhcore quelques espérances; outre ceh logés et nourris tant qu'il* voudront. ( Note du duc de Luynes.)

(2) CVàt-à-dirc de la brandie aînée.

FKVRIKR 1741.

dette de M"1* d'Hautefort et aînée de M'"" de Guerchy ; elle est mieux que les deux autres et ressemble assez a M,BPsa mère.

Du jeudi 9, Versailles. — Le Roi revient de Choisy aujourd'hui après dîner. J'y fus mardi ; je n'y vis point de métiers ; il n'en a pas été question ce voyage-ci.

L'accident arrivé le 11 décembre dans le diocèse de la Rochelle est si singulier que j'ai cru en devoir joindre ici la relation écrite par le curé du lieu.

Relation exacte dun accident tragique causé par te tonnerre en l 'église de Montigné, diocèse de la Rochelle, généralité de Tours.

Le 11 décembre 1740, sur les onze heures du matin, heure de la grande messe , comme j'étois dans la chaire faisant le prône , le tonnerre tomba dans le clocher, qui fut transporté avec la cloche, sans dommage , avec un gros monceau de pierres, par-dessus la cure dans un jardin voisin , laquelle église a été entièrement ruinée et les murailles si fort ébranlées qu'on n'y célèbre les saints mystères qu'avec . grand douger. Le feu m'a passé devant le visage ; au même instant je me suis senti frappé à la jambe droite du coup de tonnerre qui m'a fait deux trous fort considérables , dont l'un , percé de part en part entre l'os et le gras de la jambe , m'a tourné devant derrière , a emporté trois degrés et le siège de ma chaire ; à un pied au-dessus du niveau de ma tête, il y a un placard de sang dont je ne sais d'où il vient ; m'a renversé par terre et a étouffé deux personnes qui touchoient à mon vicaire qui n'a reçu aucun mal , quoique renversé par terre du coup; trois qui se sont trouvés ensevelis sous les ruines du clocher et quatre qui ont été tués par le feu du tonnerre ; plus de cent cinquante blessés dangereusement par les pierres qu'il lançoit avec impétuosité dans l'église; a ruiné entièrement l'autel de saint Sébastien , a emporté le dessus de la tête de la statue de la sainte Vierge , a passé au grand autel , a renversé les deux statues dudit autel , a plié le calice comme une S , sans renverser une goutte de vin , a brisé entièrement les vitres de l'église , s'est promené dans tout le bas de l'église sur les femmes qui étoient renversées par terre, lesquelles ont toutes senti son effet; les unes étoient brûlées aux épaules , les autres aux jambes et aux cuisses, sans avoir endommagé en rien leurs vêtements; une autre a été brûlée et consommée en cendres depuis le haut de la tête jusqu'à la ceinture , le reste du corps palpable comme si elle n'étoit pas morte ; une autre dont le crâne lui a été enlevé et une partie de la cervelle dispersé*. De plus au dehors, proche de l'église, le ton-

X ncrre transporta sains et saufs deux petits enfants , qui étoient avec mon valet, loin de dix à quinze pas de là. Ceux et celles qui av oient des chapelets enchaînés , ce feu leur a enlevé les grains et ne leur a laissé que la chaîne en main. Enfin dans l'église, qui étoit pleine et qui contient environ cinq cents personnes, il n'y en a eu que trots qui ne se sont pas sentis des funestes effets de ce coup de foudre dont le détail paraîtra fabuleux daus les siècles à venir. Ce qu'il y a de cruel c'est que la majeure partie de ceux qui ont été frappés sont restés fous ou comme imbéciles ; on espère que les jeunes gens pourront se rétablir avec le temps , mais on ue peut l'espérer de ceux qui ont atteint un certaiu âge, qui se trouvent chefs de familles, ce qui redouble notre consternation.

Mon vicaire et moi avons confessé plus de troi6 cents personnes avant que de sortir de l'église , ou pour mieux dire avons donné l'absolution à tous ceux qui crioient : « Je me meurs ! » le visage contre terre, ne pouvant s'aider les uns les autres à se relever. Non, personne ne se représentera jamais ce funeste spectacle.

Nous sommes entourés de geus à qui Dieu n'a pas encore fait la grâce d'embrasser la saine doctrine , et qui regardent comme une punition divine ce qui nous est arrivé ; nous le prenons bien pour nos péchés , mais nous espérons que la divine Providence leur prouvera par les secours qu'elle nous accordera qu'elle ue nous a pas entièrement abandonnés.

Lundi dernier, 6 de ce mois, M. de Campo-Florido donna une fête à Paris, à l'occasion de la naissance de la princesse royale des Deux-Sieiles. Il avoit apparemment attendu des ordres pour donner cette fête; car il est étonnant qu'elle ait été autant retardée, celle de M. de Çastro-Pignano ayant été donnée à Fontainebleau. Elle ne consista qu'en un dîner, comme j'ai marqué ci-devant. Celle-ci a été beaucoup plus considérable ; elle s'est donnée dans la maison où logeoit feu M. d'Angervilliers, rue de L'Université, dans laquelle loge M. de Campo-Florido. Il y eut un bal qui commença à sept heures ; ensuite il vint une si prodigieuse quantité de monde qu'on ne put danser ; il y avoit dans une chambre une musique, dans l'autre un cavagnole ; dans la grande pièce, où l'on avoit dansé d'abord, il y avoit beaucoup de tables de jeux ; on y dansa après souper ; il y avoit un pharaon dans une autre

pièce. L'appartement étoit fort bien éclairé ; il y a de beaux meubles et surtout des chandeliers de cristal fort singuliers. Il y avoit quatre tables en bas, de vingt-deux couverts chacune.

Du lundi 13, Versaillti. — M. le marquis de Vérac mourut avant-hier. Ce même jour le Roi fit sept maréchaux de France : M. de Brancas, M. de Chaulnes, M. de Nangis, M. d'isenghien, M. de Duras, M. de Maillebois et M. de Belle-Isle. On savoit depuis plusieurs jours que M. de Belle-Isle seroit fait maréchal de France ; d'abord on avoit cru qu'il pourrait être fait seul ; on avoit su depuis qu'il yen avoit d'autres avec lui, et on nommoit même ceux qui viennent d'être déclarés. 11 y a quinze jours que j'entendis chez M"* de Mailly un discours qui pou voit faire croire que M. de Belle-Isle ne seroit pas le seul ; comme on raison noit sur les bruits qui couroient déjà, elle prit la parole; elle dit : « Mais pourquoi le Roi donneroit-il des désagréments à ceux qui Vont bien servi?» Le jour de cette promotion, le Roi avoit été à la chasse et travailla au retour avec M. de Breteuil (1). M. d'isenghien étoit dans la chambre du Roi, attendant la fin du travail ; le Roi sortit pour aller chez la Reine; H. le Cardinal passa aussi ; et, soit qu'ils n'eussent vu M. d'isenghien ni l'un ni l'autre, ils ne lui dirent mot. La Reine jouoit; M. de Nangis étoit derrière son fauteuil; le Roi s'approcha de lui et lui dit : « M. le Maréchal, je vous fais mon complU ment. » Ce discours fut reçu avec grande reconnoissance de M. de Nangis, mais en même temps avec transport de joie de la part de la Reine. Le Roi n'en déclara point d'autres dans le moment. L'instant d'après, on sut qu'il y en avoitcinq, mais on ne nommoit point M. de Chaulnos et M. d'isenghien. Enfin, à force de recherches, on sut par

(l) Il eat inutile d'djoufer que M. le Cardinal y étoit, parce qu'il y est toujours. {Sole du duc de Luynes. )

M. le contrôleur général, qui sortait du coucher de M. le Cardinal, que S. Ém. avoit dit sans aucun mystère que M. de Ghaulnes et M. d'Isenghien l'étoient aussi. M"c de Luynes, pour plus grande sûreté, alla chez M. le Cardinal et lui fitdemander, pour pouvoir dépécher un courrier à M. de Chaulnes sur-le-champ. Mais M. d'Isenghien étoit toujours dans l'inquiétude ; il étoit même allé s'enfermer dans sa chambre voyant qu'on nelui avoit rien dit; sur Ja nouvelle de M. le contrôleur général, il lui revint quelqu'espérance, mais nulle certitude; il alla se coucher dans cet état. Le Roi soupa dans ses cabinets avec des hommes seulement, et après le souper alla chez Mmc de Mailly, où il fit la conversation, longtemps, sans jouer. Mm* de Viniimille y étoit et plusieurs autres ; M"' de Mailly poussa le Roi de questions sur les maréchaux de France ; le Roi n'en disoit toujours que cinq ; elle lui nomma M. de Chaulnes et M. d'Isenghien, et le Roi lui dit : « Puisque vous le savez, cela est vrai. » Ce fut sur cela qu'elle lui répondit avec vivacité : « Si une femme étoit aussi longtemps à accoucher, ellemourroit en travail. » Levidamede Vassé, qui étoit présent, demanda au Roi permission d'aller le dire à M. d'Isenghien, qui est son oncle, et le Roi lui dit : « Allez. » M. le Cardinal, qui partait le lendemain dès la pointe du jour pour aller à Issy, vouloit apparemment n'être pas tourmenté par des représentations et comptait que ce seroit le Roi qui déclareroit la promotion. M. de Breteuil ne nommoit que les cinq que le Roi avoit déclarés et ne voulut jamais parler des deux autres.

Le Roi signa hier le contrat de mariage de M. de Croy avec Mu# d'Harcourt, et celui de M. de l'Hôpital avec M"* Eynard. Immédiatement après, et tout le monde étant encore dans le cabinet, M. de Belle-ïsle prêta le serment de maréchal de France. Pour ces serments, le Roi est dans son fauteuil, un carreau a ses pieds, sur lequel le maréchal de France se met à genoux. Le secrétaire d'État lit le serment; le Roi prend ensuite une canne, qui est ordi-

nai rement celle de maréchal de France, qu'il lui remet entre les mains.

M. l'abbé de Yentadour fit il y a quelques jours un discours latin en Sorbon ne ( c'est ce qu'on appelle la clôture sorbonique) qui fut extrêmement applaudi.

Du samedi 18, Versailles. — Mardi dernier, jour de mardi gras, la Reine fut à la paroisse entendre le sermon de M. l'abbé Duvaux, qui fut fort bon, et son compliment très-convenable. Il y eut aussi un salut, et la Reine revint de là pour la comédie ; elle soupa avec ses dames du palais, comme à l'ordinaire. 11 n'y eut point de véritable bal chez M. le Dauphin, seulement l'assemblée comme il y en a eu tout l'hiver.

Le mercredi 15, qui est le jour de la naissance du Roi, il y eut suivant l'usage un Te Deum à la paroisse. M0,e de Mailly devoit y aller et M"10 de Vintimille; mais elle avoit commencé à jouer chez M. le cardinal de Rohan, et elle prit le parti d'y rester. MBe de Vintimille alla toute seule au Te Deum.

Ce même jour, mercredi, le Roi dîna à quatre heures dans sa chambre en maigre; il compte faire le carême. Mrac deLuynes, qui a les entrées chez le Roi, ainsi que je l'ai marqué ci-devant, fut au dîner de S. M.

Mmfs les maréchales de Duras, deNangis et de Maillebois vinrent ici faire leurs révérences et remerclments ; il n'y a encore eu de serments de prêtés que celui de M. de Belle-Isle. M"* de Duras me disoit il y a quelques jours que feu M. le maréchal de Duras, père de celui-ci, qui é toit capitaine des gardes, gouverneur de provinceet maréchal de France, et qui avoit par conséquent prêté trois serments, n'avoit jamais rien payé, disant qu'il étoit indigne que l'on donnât de l'argent chez le Roi pour prêter serment à S. M.

M. le duc de Durfort, fils de M. le maréchal de Duras, prend le nom de duc de Duras.

Du lundi 20, Versailles. — M. de Lussebourg épouse

M"e Boriodontle père est résident du duc de Guastulla. M"* Borio a présentement 240,000 livres dont 200,000 livres données par M. Bel langer, notaire, et outre cela on lui assure 10,000 livres de rente après la mort de père et

de mère.

Le mariage de M. le prince de Croy avec MIU d'Harcourt se fit vendredi dernier dans la maison de M. de Belle-lsle qu'ils avoient empruntée.

MM. de Vérac vinrent ici il y a trois jours avec M. de Rambures faire leurs révérences; ils n'avoient point de grands manteaux ; ils sont deui ; le roi a donné a l'alné la lieutenance générale de Poitou , qui est depuis plusieurs années dans leur famille ; ils disent qu'elle ne vaut que 5 ou 6,000 livres. M. de Rambures est gendre de feu M. de Vérac; c'est un second mariage.

On apprit vendredi dernier la mort du grand maître de Malte et en même temps l'élection de son succeseur, qui est un Portugais nommé Pinto. L'élection du grand maître ne dure jamais que trois jours et on n'apprend point sa mort sans apprendre qui est son successeur. Le nouveau grand maître a droit de nommer à une commauderie dans chaque langue à mesure qu'elles viennent à vaquer. Le Roi n'a point eu de courrier; la nouvelle est venue par l'ordinaire, et le Roi l'apprit vendredi en sortant de table , ce qui faisoit même qu'on en doutoit ; mais cela s'est continué depuis.

M. le cardinal de Rohan me confirma, il y a quelques jours, ce que j'ai marqué ci-dessus par rapport à l'élection du pape , que cette élection avoit été faite sans que le cardinal Albani en sût rien. Ce fut le cardinal Macei qui lui apprit lorsque ledit cardinal Albani faisoit une nouvelle tentative auprès du cardinal Macei pour le détacher du parti du cardinal Aldovrandi. M. le cardinal de Rohan m'ajouta qu'il n'avoit manqué qu'une voix au cardinal Aldovrandi pour êlre élu pape. On sait toujours dans le conclave le nom des cardinaux qui sont pour un tel ou

un tel. Il y a eu une voix pour le cardinal Aldovrandi qui étoit réellement comptée ; on n'a jamais su qui c'étoit; on a même supposé que ce pouvoit être un tour d'adresse du cardinal Albani pour faire manquer l'élection.

Pour se former quelque idée du conclave, voici une partie de ce que m'en a dit M. le cardinal de Hohan. Ce qu'on appelle conclave , c'est le premier étage du palais du Vatican. Immédiatement après la mort du Pape, on fait murer toutes les issues de cet étage, hors une seule porte, laquelle ne s'ouvre qu'en vertu d'une délibération du conclave. L'on fait dans ce premier étage plusieurs séparations par des cloisons légères pour . former autant de logements comme il y a de cardinaux ; même les cardinaux absents ont une cellule qui sert aux cardinaux de leur nation. M. le cardinal de Rohan par exemple faisoit usage de celle de M. le cardinal de Gesvres. Tout ce qui est nécessaire pour le conclave y est renfermé et n'en sort point : un archevêque qui y dit la messe tous les jours, des évéques , des prêtres , des médecins, chirurgiens, et les domestiques nécessaires aux cardinaux , en petit nombre , par exemple deux ou trois chacun. 11 y a outre cela des domestiques communs pour servir tout le monde , qu'on appelle faquins. Il y a deux chapelles dans le conclave où l'on dit la messe tous les jours et où l'on demeure ensuite assemblés pour le scrutin , et une autre pour les messes et dévotions particulières où est exposé le Saint-Sacrement. L'on s'assemble deux fois par jour dans la première de ces chapelles, le matin et le soir; l'assemblée du matin dure deux heures un quart ou deux heures et demie , à cause de la messe; celle de l'après-dinée une heure trois quarts ou environ. Dans la première de ces assemblées , après avoir chanté le Veni Creator, on dit la messe, ensuite on fait au sort l'élection de neuf des cardinaux , trois scrutateurs, trois réviseurs et trois infirmiers. Les scrutateurs sont ceux qui lisent les billets de chaque cardinal con-

tenant son suffrage ; les réviseurs relisent de nouveau lesdits billets, les écrivent et les annoncent ; les infirmiers ne sont chargés que d'aller chez les cardinaux malades pour apporter leurs billets. Ces billets sont cachetés par en haut et par en bas. En haut, est le nom du cardinal, Ego cardinal! s, etc. Ce que l'on voit est après le nom et contient ces mots : Eligo summum pontificem cardinalem, etc. En bas, est une sentence latine roulée et cachetée que chacun choisit comme il le juge à propos. Ces deux parties du billet , le haut et le bas , ne servent que supposé qu'il soit nécessaire de vérifier les suffrages ; alors on examineroit s'il n'y auroit pas deux billets extrêmement pareils tant pour le nom que pour la sentence et pour le cachet; car il faut observer qu'il y a quatre cachets dans le conclave dontchaque cardinal choisit celui qui lui convient davantage. Les billets sont mis par chaque cardinal sur une table au milieu du conclave; ensuite un des cardinaux scrutateurs les prend et les porte à l'autel, sur lequel est un calice couvert d'une patène ; il laisse tomber le billet sur la patène, et renverse ensuite la patène dans le calice. Lorsque tous les billets sont donnés, alors on les ouvre ; tous les noms des cardinaux sont marqués dessus ; et à mesure qu'on lit un billet , on met à côté du nom du cardinal élu une barre pour marquer qu'il a une voix. Chacun des cardinaux présents à l'assemblée a une liste des cardinaux, et met à mesure une barre à coté du nom, de sorte que chaque cardinal sait toujours à chaque moment combien il y a de cardinaux proposés pour pape, et combien chacun a de voix. Mais ce n'est que par les conversations particulières qu'ils découvrent le nom de ceux qui sont pour un tel, ou un tel parti. Dans la première assemblée, chaque cardinal met, comme je l'ai dit, dans son billet, eligo, pour désigner celui en faveur duquel il se détermine ; mais ce n'est que dans celle-là seulement ; dans toutes les autres il ne met plus que accedo. Lorsqu'il persiste dans le choix qu'il a fait d'abord, il met accedo

nemini, je n'accorde à personne, c'est-à-dire je ne change point de sentiment. Lorsqu'il voit au contraire quelque raison qui le détermine à choisir un autre que celui qu'il avoit élu d'abord , il met : ad eligendum summum pontificem, un tel. Il n'est pas permis de donner son accedo pour celui pour lequel on a donné son eligo ; car sans cela il se trouveroit plusieurs suffrages en faveur d'un cardinal lorsqu'il ne devroit y en avoir de réel que celui de Yeligo. Ces séances durent jusqu'à ce que le plus grand nombre des suffrages étant réunis , ils fassent au moins les deux tiers; alors l'élection est faite. Le cardinal Lambertini, aujourd'hui Pape, a été élu tout d'une voix.

Je fus hier au dîner de M. le Dauphin. M. l'abbé Duguesclin , aumônier en quartier auprès du Roi , y étoit ; il y avoit aussi un chapelain du Roi, qui est de quartier auprès de M. le Dauphin. Jusqu'à présent il n'y a eu que les chapelains du Roi qui aient fait les fonctions d'aumônier chez M. le Dauphin. M. l'abbé Duguesclin s'en alla un peu avant la fin du dîner; je lui en demandai quelque temps après la raison; il me dit que les chapelains vouloient prétendre que , comme attachés au service de M. le Dauphin , ils dévoient faire les fonctions d'aumônier de M. le Dauphin , même en présence des aumôniers du Roi; que cette prétention n'éloit point fondée ; que les aumôniers du Roi en quartier ou non en quartier chez le Roi étoient en droit de faire les fonctions d'aumônier chez M. le Dauphin en présence et à l'exclusion des chapelains, et que même pour conserver ce droit ils en usoient toujours dans chaque quartier. On compte que M. le Dauphin fera sa première communion à Pâques prochain, et qu'alors un aumônier sortant de quartier chez le Roi entrera de quartier chez M. le Dauphin. Il doit être confirmé dimanche prochain à la chapelle par M. le cardinal de Rohan.

Depuis le commencement du carême, le Roi n'a

334 MÊMOlfthS DU DUC DE LUYNES.

point soupé avec des dames; mais les jours de chasse il a soupé dans ses cabinets avec des hommes seulement 11 va tous les soirs chez M™* la comtesse de Toulouse avant et après souper, et les jours des cabinets il va au sortir de chez Mme la comtesse de Toulouse chez M"e de Mailly, où il joue quelquefois.

Du mercredi 22, Versailles. — MM. les maréchaux de Chaulnes, d'Isenghien et de Nangis prêtèrent serment dimanche dernier.

Le Hoi fut encore hier, après avoir soupé dans ses cabinets , chezMmc de Mailly ; il y joua au piquet, ensuite il fut réveiller plusieurs officiers des gardes qui logent auprès de l'appartement de M™' de Mailly.

C'est le P. d'Héricourt, théatin, qui prêche ici le carême; il parolt qu'on en est fort content ; il n'a point l'éloquence du P. Neuville, mais ses sermons sont plus touchants. Son compliment du jour de la Chandeleur étoit plutôt une instruction qu'un compliment et fut approuvé; il fit dimanche un sermon sur la pénitence, très-fort et très-capable de faire impression. M"" de Mailly, qui est de semaine , étoit au sermon et le trouva fort bon ; elle dit qu'elle aime beaucoup le P. d'Héricourt, qui est élève du P. Boursault ; elle lui a même envoyé quelques bouteilles de vin de liqueur.

Le Roi ne sort point d'ici toute cette semaine ; il va lundi à Choisy pour jusqu'à jeudi.

MM. les comtes de Nida ont eu aujourd'hui audience de congé; ils partent incessamment; il parolt que c'est avec beaucoup de regret de quitter la France. Mmc de Luynes avoit fait avertir quelques dames. Au retour de la messe de la Reine, M. de Verneuil est venu prendre l'ordre, suivant l'usage; il a été ensuite prendre le prince héréditaire, qui est venu accompagné de M. de Verneuil et de M. de la Tournelle, sous-introducteur. Après un compliment fort court, le prince héréditaire s'est retiré , et M. de Verneuil a amené ses deux frères qui étoient aussi

accompagnés de M. de laTournelle. Ils ont fait léurs révé* reoces sans aucun compliment.

Du samedi 25, Versailles. — Des trois directions générales de l'infanterie , il n'en reste plus que deux; celle de M. de Nangis vient d'être supprimée à l'occasion de sa nouvelle dignité de maréchal de France. Les deux directeurs généraux d'infanterie qui restent sont MM. les comtes de Gramontet d'Aubigné.

Du lundi 27, Versailles. — Vendredi dernier, M. le prince de Rohan tomba malade ; cette maladie commença par un grand frisson qui fut suivi d'une fièvre violente avec des redoublements, de sorte que le samedi au soir il étoit à l'extrémité. Le Roi , par bonté pour M. le cardinal de Rohan, lui fit dire par M. de ChÀtillon qu'il consentoit a remettre la cérémonie de la confirmation de M. le Dauphin à un autre jour ; mais M. le cardinal de Rohan pria S. M. qu'il n'y ait rien de changé. On porta Notre-Seigneur hier à M. le prince de Rohan, et dans le même temps M. le cardinal de Rohan donna la confirmation à M. le Dauphin, à la chapelle. Le Roi et la Reine étoient en bas. LL. MM. s'avancèrent aux premières marches du chœur, sur lesquelles étoient M. le cardinal de Rohan en habits pontificaux , LL. MM. debout, et M. le Dauphin entre le Roi et la Reine , mais un peu devant. M. le cardinal de Rohan commença par un discours à M. le Dauphin qui dura environ un petit quart d'heure, qui fut fort approuvé et fort bien prononcé, malgré son extrême douleur ; la cérémonie ensuite; c'étoit avant la messe du Roi. M. le Dauphin fut l'après-dlnée au sermon , qui fut beau. Mmc de Mailly y étoit , dans la travée derrière le Roi , et elle parut fort contente du sermon.

Du mardi 28, Versailles. — Le Roi partit hier pour Choisy, et revient jeudi; il n'y a que cinq dames a ce voyage, les quatre sœurs etMme d'Antin; Mn,c la maréchale d'Estrées devoit en être ; mais elle manda samedi a Ma-

demoiselle qu'elle la prioit de faire ses excuses à cause de l'état de M. de Rohan. On sait que c'est Mademoiselle qui avertit les dames pour les voyages.

Mme de Saujon vint ici il y a trois jours; elle est veuve depuis dix-huit mois ; son mari étoit chef de brigade des gardes du corps ; elle désiroit aller faire sa révérence au Roi dans le cabinet ; elle avoit même prié M"" de Luynes de l'y mener. M"' de Luynes lui représenta que cette révérence ou cérémonie , après dix-huit mois, n'étoit guère convenable; indépendamment même du temps, elle n'étoit peut-être pas trop à sa place. 11 est vrai que M"* de Cambis a fait sa révérence dans le cabinet et que son mari avoit été officier des gardes du corps, mais il avoit été depuis ambassadeur et mort en ambassade. M*e de Luynes conseilla à Mmc de Saujon de demander l'avis de M. le Cardinal. S. Ém. dit à M"' de Saujon qu'elle feroit mieux d'aller faire sa cour comme auparavant. Il n'est point d'usage que les femmes des officiers des gardes du corps viennent à la Cour. Mmc de Saint-Chamant, dont le fils est daus les gendarmes , est peut-être le premier exemple; mais il y avoit une circonstance particulière. La Reine avoit passé à Villenauxe , qui est une terre à MB" de Saint-Chamant, etM"" de Saint-Chamant vint remercier la Reine de l'honneur qu'elle lui avoit fait. Je ne sais pas même si elle y est revenue depuis, mais je n'ai pas d'idée de l'y avoir vue. Sur cet exemple, Mmede Saujon désiroit, il y a quelques années, d'être présentée et elle le fut ; mais il n'y en a point d'autres qui y viennent.

Il y eut hier une petite difficulté chez la Reine. Dans le passage particulier du Roi chez la Reine est la chambre où se tient pendant le jour le premier valet de chambre du Roi. Cette chambre tient à la garde-rdbe de commodité de la Reine. Bon temps, premier valet de chambre, étoit hier dons cette chambre avec sa femme et quelqu'un de ses amis; c'est un de ceux qui y étoient qui m'a conté le fait. La Reine appela une de ses femmes ;

Bontemps, entendant que personne ne répondoit, ouvrit la porte; la Reine entra même un moment dans la chambre où étoit Bontemps et sa compagnie. M™' Mercier, première femme de la Reine , trouva mauvais que cette porte ne fût pas fermée en dedans du côté de la Reine; la Reine décida qu'elle voulait que Bontemps pût ouvrir la dite porte.

M. de Breteuil déclaré ministre. — Contestation entre M. de Ch&tillon et M™* de Tallard. — Audience de congé de M. de Montijo. — Affaire de M"* de Nogent. - Mort de M— d'Angervillier*. - Plantations de Choisy. — Lettre du roi de Pologne à la renie de Hongrie. — Confession de foi du roi de Prusse. — Nominations diverses. — Présentations. — Rupture du mariage de M. de Monaco avec M*" de Bouillon ; anecdote sur la duchesse de Luynes. — Mort de la comtesse dUtes. — Voyage de Choisy. — Accident sur la route de Paris à Versailles. — Accouchement de la reine de Hongrie. — Mort de M. de Riom. — Affaires des princes du sang et des légitimés.

Du samedi k, Versailles. — M. de Breteuil , secrétaire d'État de la guerre depuis la mort de M. d'Angervilliers, fut hier déclaré ministre.

Du mercredi 8, Versailles, — Dimanche dernier, le Roi ne fut point au sermon; il avoit un petit commencement de rhume ; il dîna cependant au grand couvert. La Reine fut seule au sermon. M. le Dauphin y étoit, et derrière lui M. de Chàtillon et le chef de brigade, qui est en quartier chez M. le Dauphin.

L'on me conta hier qu'il y avoit eu ces jours-ci un petitsujet de contestation entre M. de Chàtillon et Mme la duchesse de Tallard. Les dimanches et fêtes, Mesdames descendent ordinairement chez M. le Dauphin et jouent avec lui dans son cabinet. L'officier des gardes qui suit Mesdames ayant été refusé à la porte du cabinet, s'en plaignit à Mme de Tallard lorsqu'elle sortit ;Mmc de Tallard dit qu'elle en parlerait à M. de Chàtillon, et lui en parla effectivet. m. 22

ment quelques jours après ; elle lui dit qu'il lui paroissoit

que puisque l'officier des gardes de M. le Dauphin entroit chez Mesdames, celui de Mesdames devoit eutrer chez M. le Dauphin, et lui ajouta que s'il oroyoitque cela ne dût pas être égal, elle donnerait ordre chez Mesdames qu'on ne laissât point entrer l'officier des gardes de M. le Dauphin. C'est ce qui arriva effectivement la première fois que M. le Dauphin vint chez Mesdames. Le chef de brigade qui suivoit resta à la porte, l'huissier ne voulut jamais lui permettre d'entrer; il s'en plaignit à M. de Chàtillon qui en parla à M01' de Tallard ; mais MmC de Tallard lui répondit qu'elle l'en avoit averti, et qu'il n'entreroit point que lorsque les choses seroient égales chez M. le Dauphin (1). Cette affaire n'est point encore décidée.

M. de Montijo a pris aujourd'hui audience de congé; l'on comptait que ce seroitce matin au retour de la messe;

(1) J'ai voulu savoir de M. de Chàtilloo même le détail de cette affaire; il me l'a coûtée beaucoup plus simplement que ce qui est ici à côté, qui m'a voit été raconté par un officier des gardes du corps. M. de Chalillon m'a dit que, depuis qu'il est auprès de M. le Dauphin, il s'est toujours règle pour l'ordre chez M. le Dauphin sur ce qui se passe chez le Roi. En conséquence, les ofliciers des gardes n'entrent jamais chez M. le Dauphin. Effectivement les ofliciers des gardes chez le Roi, en suivants. H., restent toujours à la porte de la chambre du Roi, eu dehors, et de même lorsqu'ils conduisent le Roi chez la Reine, par la galerie et le salon , ils restent dans ledit salon à la porte de la chambre de la Relue sans y entrer; ainsi chez M. le Dauphin, jamais les officiers des gardes n'y ont entre, pas même ceux qui sont auprès de sa personne ; ils entrent seulement le matin a l'heure de la messe, lorsque M. le Dauphin l'eulend dans son cabinet, et l'après-dlnee lorsque M. le Dauphin va promener à pied dans le jardin. Le chef de brigade et l'exempt traversent la chambre et le cabinet pour le suivre dans le jardin. Chez Mesdames, il n'y avoit rien de régie , la bonté de MM de Ventadour et l'âge de Mesdames avoient empêché que l'on ne fit des règlements bien exacts. Mme «]c Tallard défendit effectivement à l'huissier de laisser entrer chez Mesdames les deux ofliciers des gardes qui suivent M. le Dauphin. Le chef de brigade s'en plaignit à M. de Chàtillon qui en parla à Mme de Tallard; M,ue de Tallard lui expliqua ce que je viens de marquer, et les choses en sont demeurées là ; les oflicim des gardes n'entrent de part ni d'autre. Voilà ce que M. de Chàtillon m'a coulé. Il est certain qu'il ne m'a point paru être brouillé avec M™ de Tallard. (Addition du duc de LuyneSy datée du mars 1741. )

la Reine même envoya hier au soir fort tard dire à M°" de Luf nés de faire avertir des dames. Comme il n'y avoit plus dans ce moment-là de valet de chambre chez la Reine, M"e de Luynes le dit aux dames quelle trouva, lies ambassadeurs d'Espagne et de Naples étoient ici pour celte audience, et M. de Montijo est arrivé trop tard , de sorte que, pendant le dîner au grand couvert, M. de Verneuil est venu prendre l'ordre de la Reine pour cette audience, qui n'a été qu'après le sermon (M. de Montijo avoit eu audience du Roi après le conseil immédiatement avant le dîner). Après l'audience , M. de Campo-Florido a présenté à la Reine un seigneur portugais, frère de M. le duc d'Abrantès et héritier de cette maison ; il se nomme Caracaral , lequel est venu avec M. de Montijo et va avec lui a Francfort ; il n'avoit point encore été présenté et l'a été pour l'audience de congé.

Du jeudi 9, Versailles. — Le Roi part aujourd'hui pour Choisy au retour de la chasse et reviendra samedi en chassant. On s'est fait écrire pour ce voyage chez M. de Rochechouart, comme à l'ordinaire. Les daines ne se font point écrire ; c'est Mademoiselle qui Les envoie avertir, ou M"e deClermont ; mais ce voyage-ci il n'y en a eu aucune d'avertie. Les princesses n'y vont point non plus. Le Roi dit à M™ de Mailly que ce voyage étoit trop court et qu'il ne vouloit pas donner la peine à M"* de Vintimille d'y venir, à cause de sa grossesse. Malgré cela, Mu,c de Mailly a pris le parti d'y aller avec M™ de Vintimille; elle a demandé le petit carrosse du Roi et un relais à la petite écurie. Elle a dit en badinant au Roi qu'il ne pouvoit pas être défendu de lui aller faire sa cour, qu'elle iroit loger dans le village de Choisy chez M. Triplet, qui est un des principaux habitants , et qu'elle pourroit au moins voir le Roi dans la journée. Les deux sueurs sont parties de bonne heure pour arriver avant le Roi.

L'affaire de Mllc de Nogent l'ait toujours ici beaucoup de bruit; elle a répandu dausle public un mémoire im-

primé, qui parolt même avoir été composé par elle, où elle raconte fort pathétiquement son histoire. Ce mémoire est accompagné de plusieurs lettres. Voici le fait en peu de mots. Feu M. de Nogent, son père, étoit frère de M"15 la maréchale de Biron ; M,a, de Nogent, mère de M. de Nogent, avoit chez elle une Turquesse que M. de Nogent trou voit fort à son gré ; on prétend qu'il la voyoit souvent du vivant même de M"c sa mère. Après sa mort, il l'emmena chez lui, et ils vivoient ensemble. On fit des reproches à M. de Nogent d'une conduite qui paroissoit scandaleuse ; il montra un contract de mariage. Mlle de Nogent, sa fille, étoit déjà née. Cela donna occasion , après la mort de M. de Nogent, à un grand procès où l'on disputa à M,te de Nogent d'être née en légitime mariage. Elle a gagné ce procès, et son état a été constaté; elle a hérité des biens de M. de Nogent, et jouit d'environ 26 ou 27,000 livres de * rente, sur quoi il y a quelques charges; elle a actuellement trente- trois ans; elle demeure à Paris, et y vit seule avec un certain nombre de domestiques. Il y a environ dix mois qu'elle fut arrêtée chez elle par lettres de cachet et conduite par le sieur Du val et douze archers dans un couvent; elle prétend que sa mère, qui vit encore et qui ne peut la souffrir, a sollicité cette lettre de cachet et que c'est une persécution de sa famille; qu'on l'avoit accusée d'avoir voulu épouser un musicien qu'elle avoit pris chez elle pour la perfectionner dansle clavecin, lequel lui avoit été donné par le curé de Saint-Laurent, son confesseur depuis quinze ans. Elle rapporte un certificat de sa bonne conduite du dit sieur curé, etune lettrequ'il a écrite à M. le Cardinal. Mme de Mailly, sur la lecture du mémoire de M"" de Nogent, imagina il y a quelques jours, que, si on pouvoit la déterminer à se marier, ce pourrait être un parti avantageux pour le chevalier de Choiscul , fils de M. deMeuse, qui n'est pas riche étant cadet; sur cette idée elle parti t tout d'un coup d'ici, alla à Paris dîner chez Mm' la maréchale de Biron, à qui elle communiqua son projet, et

de là chez M"€ la duchesse d'Estrées pour le même sujet ; elle fut ensuite chez M,le de Nogent à son couvent; elle fut très-contente de sa politesse et de son esprit. Sur la proposition de mariage, MWe de Nogent lui répondit que le nom l'honoroit fort, mais qu'elle n'avoit jamais etf dessein de se marier, et que, quand même elle y pourroil songer, ce ne seroit pas pendant qu'elle é toit en captivité; qu'elle ne pouvoit être occupée d'autres affaires que de celle d'obtenir sa liberté; que l'on avoitmis le scellé sur tous ses meubles et même sur son linge et ses habits ; que ses terres et ses affaires dépérissoient et qu'elle prioit M'uedeMailly de vouloir bien solliciter sa délivrance (1).

Du samedi 11, Versailles. — M™ d'Angervilliers est eniin morte la nuit du mercredi au jeudi , après avoir beaucoup souffert; elle avoit été empoisonnée, il y a environ vingt ou vingt-cinq ans pendant qu'elle étoit intendante en Dauphiné, par les remèdes d'un empirique dont elle et sa sœur avoient pris, pendant l'absence de M. d'Angervilliers et contre son avis. Sa sœur en mourut; pour elle, elle en revint avec une mauvaise santé , et pendant tout le temps du ministère de M. d'Angervilliers, quoiqu'il donnât à manger presque tous les jours et qu'il lit très-bon ue chère, elle mangeoit toujours seule dans sa chambre.

Le Roi arrive de Choisy ; il y a beaucoup planté (2) ; il est occupé de sa maison et de son jardin comme un particulier l'est de sa maison de campagne. Je vis hier

(1) Huit oa dix jours après cette visite de Mme de Mailly, M"e de Nogent obtint la permission de sortir de son couvent ; elle vint ici voir M. le Cardinal et M** de Mailly, qui la mena chez M. de Maurepas. ( Addition du duc de Luynes, datée du 26 mars 1741. )

(2) M. Gabriel me disoit hier qu'il y avoit eu 700 millier* de plants employé* à Choby tant cette année que la précédente; il n'y a cependant que deux bouquets plantés entièrement à neuf; l'un un jeu d'oie, l'autre no labyrinthe. Il est vrai qo'ils l'ont été deux fois, parce que le plant fut fait trop tard l'année passée et qu'il a fallu le refaire entièrement. (Addition d% duc de Luynes, datée du 25 mars 1741 . )

M. le maréchal de Noailles, qui y étoit venu dîner de Paris. Le Roi, quoiqu'il ne mangeât point, eut la complaisance de rester à table jusqu'à ce que M. de Noailles eût dîné; ensuite il lui montra tous les appartements de sa maison.

Du mercredi 15, Versailles. — Il paroi t ici depuis quelques jours deux écrits; l'un est une lettre du roi de Pologne en réponse à la reine de Hongrie et de Bohème , comme grand maréchal de l'Empire , au sujet des ambassadeurs qu'elle compte envoyer à Francfort. L'autre écrit est une confession de foi que l'on dit être du roi de Prusse. Le Roi a eu la curiosité de la lire et a dit qu'il ne çroyoit pas qu'elle fût du roi de Prusse. C'est l'observation la plus juste que l'on puisse faire ; je fais copier ici ces deux écrits.

Réponse du roi de Pologne à la reine de Hongrie et de Bokéme,

du 6 février 1741.

Nous avons su par la lettre de V. M. du 30 janvier que, l'électeur de Mayence l'ayant invitée à l'élection d'un nouvel empereur, elle se disposoit à envoyer des ambassadeurs à Francfort pour y assister, conformément au droit attaché à la dignité de reiue de Bohême , et qu'elle nous requéroit en vertu de la charge de grand maréchal de l'Empire de faire les dispositions nécessaires tant pour l'entretien de ses ambassadeurs que pour leurs logements, de la façon pratiquée en 1711 à l'égard de l'ambassade de Bohême; mais comme V. M. n'ignore pas les difficultés qu'elle rencontre elle-même touchant l'administration de la dignité électorale de Bohême , selon ce qui est ordonné parla bulle d'or et les constitutions de l'Empire, et que ces difficultés, bien loin d'être levées, ont été, au contraire, augmentées par l'administration de cet électorat, conféré par V. M. à son époux le duc de Lorraine , ce qui est diamétralement opposé à la sanction pragmatique mt me, nous laissons ainsi à la pénétration de V . M. à juger s'il ne seroit pas plus convenable de différer l'envoi des ambassadeurs de Bohême pour la future élection de l'Empereur jusqu'à ce que le collège électoral ait délibéré et prononcé sur la question de l'exercice actuel du suffrage de Bohême, d'autaut plus qu'il est aisé de juger qu'avant la décision de eetteaffaire, les électeurs n'admettront point les ambassadeurs en cette qualité, ni ne voudront traiter avec eux. C'est par cette raison

MARS 1741. Ui

même qu'il nous paroît qu'il est trop prématuré d'assigner le logement qu'on nous demande et d'expédier les ordres en conséquence, étant plutôt nécessaire, eu égard à l'importance des circonstances présentes, d'eu conférer préalablement et avant toutes choses avec les électeurs qos collègues. V M. voudra bien ne pas trouver mauvais que , quant à présent, nous ne nous expliquions pas plus positivement la-dessus. Etant, etc.

La confession de foi articulée et dernièrement immimée de S. M. Prussienne, laquelle elle a fait insinuer à tous les ministres protestants à RatUbonne.

1° Je ne crois rien de ee que le Pape ordonne, ni dans tous les points ce que Luther, Bèze et Calvin ont écrit ; mais je crois en un Dieu en trois personnes, et mets sa sainte parole pour le fondement infaillible de ma foi, et ce qui n'y est pas conforme ne doit jamais être cru , quand même un ange du Ciel l'auroit écrit.

2° Je crois aussi que moi et tous les dévots chrétiens peuvent et doivent être sauvés par le sang, la mort, les plaies et les salutaires mérites de J.-C.

3° Ainsi, comme il n'y a point de salut ou béatitude à trouver en quelqu'autre nom qu'en ce seul nom de J.-C. qui sauve, je ne me nommerai ni luthérien ni papiste, mais je suis et me nomme un chré-

4° Touchant la gracieuse élection éternelle et la prédestination, c'est ma simple créance que Dieu, plein de miséricorde, a fait appeler tous les hommes à la béatitude ; mais si tous ne se sauvent pas , cela ne provient pas faute d'y être appelés, mais de l'obstination et de la malice des hommes, qui repoussent comme avec les pieds la grâce divine offerte. C'est pourquoi ils sont damnés avec la malice de leur cœur et leurs péchés par la justice divine.

5° Des bonnes œuvres, je suis du sentiment que où il y a une sincère et véritable foi, il faut qu'il y ait aussi des bonnes œuvres ; car la foi et les bonnes œuvres peuvent être aussi séparées que la clarté du soleil et la chaleur du feu ; mais qu'on puisse gagner le Ciel avec les bonnes œuvres , c'est une pauvre opinion , vu que nous sommes uniquement sauvés par la grâce, moyennant une véritable foi. A quoi nous serviraient les mérites de J.-C, si nous nous pouvions sauver par le mérite de nos propres œuvres ?

6° Du baptême et de la sainte Eucharistie , ma simple créance est que, comme au baptême je ne suis pas lavé des péchés par la simple eau seule, mais par le vrai sang de J.-C, et reçu dans l'alliance éternelle des grâces auprès de Dieu le Père , le Fils et le Saint

344 MEMOIRKS DU DUC DE LUYIŒS.

Esprit, je ne suis nourri à la table de grâce de J.-C. avec du pain et du vin seul , mais avec les vrais corps et sang de J.-C, et que par leur vertu je participerai à tous les bienfaits que J.-C. a acquis avec sa sainte passion et mort , et que, par conséquent, je suis un héritier de la vie éternelle ; je conclus donc ainsi : « qui croit en Dieu et cherche son salut dans le sang et la mort de J.-CM et vit chrétiennement làdessus, peut-être sauvé. •

7° Après quoi je laisserai à un chacun la liberté de sa foi, et j'atteste ici, à la face de Dieu, que je Veux vivre et mourir sur cette simple confession de foi , et qu'on ne me fera pas ni froid , ni chaud, ni tiède. Je mets donc tout cela au jugement de tout le monde consciencieux.

8° Je ne me fais pas aussi participant du mérite des âmes ni du mérite des gens d'Eglise, d'autant que j'ai pû remarquer par l'expérience que toutes leurs propositions ne tendent pas tant à la gloire de Dieu et l'avènement du salut, qu'uniquement à Phonoeur propre et au respect humain.

9° Que je me doive nommer papiste, luthérien ou calviniste, c'est dont j'ai une juste peine. Cependant, comme par une pure coutume et opinion du monde, l'on n'est pas content de se donner le simple nom de chrétien, qu'il faut se tenir à une église et à la confession , et s'en confesser, et que la vraie pure religion s'y accorde , je puis bien me faire nommer per mundi errorem , réformé , quoique je ne voie en quoi ma susdite confession de foi doive combattre avec la vraie pure doctrine de Luther. Je ne veux pas pourtant qu'on compare mon nom de réformé avec celui de calviniste , mais je demeure un chrétien réformé, et c'est celui-ci qui est demeuré, je crois, exempt de toute erreur de doctrine, comme je l'ai démontré ci-dessus; mais un calviniste est celui qui fait de la doctrine de Calvin une règle de foi.

10° Et, puisque Calvin a été un homme et que tout homme peut faillir, il a pu faillir aussi; autrement je tiens Luther, Calvin et d'autres pour des instruments choisis de Dieu, qui, par la vertu du Saint-Esprit, sont sortis des ténèbres de la papauté et ont montré le véritable chemin à la vie éternelle; mais ayant été hommes tous les deux, l'un aussi bien que l'autre a pu errer.

C'est pourquoi je ne crois plus en aucune doctrine qu'en autant qu'elle est conforme à la parole de Dieu.

Le commandement de la Franche-Comté a été donné hier à M. le duc de Randan; il est lieutenant général de la province ; et il ne sera pas payé comme commandant. M. le Cardinal a été bien aise d'épargner ce qu'il en auroit coûté pour renvoyer M. le maréchal de Duras à son

MARS 174i 84S

commandement; un maréchal de France employé a 8,000 livres par mois, indépendamment de beaucoup de fourrages et sans compter les 12,000 livres qu'il a dans tous les temps , paix ou guerre. M. de Duras parolt un peu affligé de n'avoir plus ce commandement, d'autant plus que c'étoit une occupation et un amusement pour lui qui lui valoit 37,000 livres de rente, dont il perd 25,000 livres ; c'est lui qui me l'a dit.

M. de Bissy vient d'avoir un guidon de gendarmerie. M. le cardinal de Bissy avoit deux frères dont il v en a

encore un vivant; l'alné des deux a eu un fils, qui est M. le marquis de Bissy d'aujourd'hui, lequel a épousé M"* Chauvelin, sœur du ci-devant garde des sceaux, dont il a eu un fils et une fille. La fille avoit épousé M. de Barhançon, et elle est morte; le fils est commissaire de la cavalerie. L'autre frère de M. le cardinal de Bissy a eu un fils qu'on appeloit le collatéral, qui est mort, lequel avoit épousé M11' de Langeron ; il en a eu deux garçons. C'est l'alné de ces deux garçons qui vient d'acheter le guidon de gendarmerie.

M. de Brézé, fils de M. de Dreux et maréchal de camp, vient d'avoir une inspection d'infanterie ; cette inspection est pour remplacer la direction de M. de Nangis qui a été supprimée. L'autorité des directeurs et des inspecteurs est à présent égale , et les fonctions les mêmes; mais les directeurs ont 10,000 livres d'appointements et les inspecteurs n'en ont que huit.

Milord Exlfort [Melfort J fut présenté hier par M. de Verneuil ; c'est un jeune seigneur anglois qui voyage ; il vient actuellement d'Italie ; il a la vue fort basse et parolt extrêmement froid. M. de Verneuil l'amena l'aprèsdlnée chez M™" de Luynes.

M"* de Rupelmonde sollicite beaucoup , a ce qu'il parolt, pour remettre sa place de dame du palais à sa belle-fille, fille de M. le comte de Gramont. MBle de Mailjy s'est mêlée de cette affaire auprès de la Reine, et M™0 de

Ru pel monde a déjà remplacé M"e sa belle-mère, laquelle ne compte plus être obligée de suivre la Reine à la comédie ; ce sera toujours sa talle-fille qui ira.

te Roi ne fait aucun voyage cette semaine ; c'est la semaine de Mme de Mailly. C'étoit aujourd'hui jour de sermon. Le Roi a été à la chasse et a dit qu'il iroit au sermon s'il étoit revenu assez tôt ; mais il n'est point revenu, et la Reine y a été seule.

Du lundi 20, Versailles. — Avant-hier, M. de la Trémoille vint ici pour prier W°° de Luynes de vouloir bien le présenter à la Reine pour qu'il fit son remerciement. Le Roi lui a accordé, sur la démission de M. le comte d'Évreux, le gouvernement de T Ile-de-France, qui vaut 26 ou 27,000 livres de rente. M. le comte d'Évreux avoit un brevet de retenue de 200,000 livres ; le Roi a donné le même brevet à M. de la Trémoille ; et, comme M. le comte d'Évreux avoit assuré à Mmc de la Trémoille , sa nièce, par son contrat de mariage, 200,000 livres, celte assurance se trouve remplie par cet arrangement, sans qu'il en coûte rien à M. de la Trémoille.

Hier, M. de la Trémoille et M. de Yalentinois vinrent ici; ils dirent au Roi qu'ils "a voient été obligés de rompre le mariage de M. de Monaco avec M"' de Roui lion. M. de Yalentinois en est au désespoir; mais M. son fils a un attachement si violent (1) qu'il n'a voit signé les articles

(1) C'est pour une veuve, Agée de vingt- ait ou vingt-sept ans, fort petite, mais ausez jolie. M. de Dromesnil , neveu de M. l'eveque de Verdun, avoit en aussi un grand attachement pour elle; mais l'événement en Tut différent , car elle obligea M. de Dromesnil de se marier, et l'on dît qu'encore actuellement, quoiqu'il ne la voie point, et qu'il vive fort bien avec «a femme , il a conservé un grand goût pour elle. Pour ce mariage-ci , on prétend qu'elle s'etoit vantée de le faire rompre. Il y a eu une lettre anonyme écrite à M"e de Bouillon, à son couvent , que l'on dit être de sa composition. Enfin, le lendemain de la rupture de ce mariage, elle vint ici pour tacher de voir M. le Cardinal ; elle avoit apparemment entendu parler de lettres de cachet ; elle demandoit que, s'il y en avoit une, ce fut [pour] elle. Barjac, à qui elle parla et qui avoit déjà averti M. le Cardinal, ne voulut jamais la laisser entrer; elle trouva M. de Bouillon en revenant de Versa.lle*-, elle l'arrêta et chercha fort à se disculper

qu'avec la douleur la plusamère. Rien dans ce moment-ci n'ayant été capable de surmonter cette passion , M. de Bouillon a pris le parti de rompre. Cette aventure est précisément la môme que celle qui arriva à M. le maréchal de Chaulnes d'aujourd'hui; il avoit une inclination violente , ot M. et Mœe de Chevreuse, ses père et mère, désiroient fort le marier; son mariage fut conclu et arrêté , les articles signés avec MUe Brûlart, depuis marquise de Charost, et aujourd'hui M™ de Luynes. M. de Chaulnes, au désespoir, alla trouver le curé de la paroisse de MUe Brûlart pour le prier d'avertir Mae la duchesse de Choiseul, sa mère, de l'extrême affliction où il étoit. Mrae de Choiseul ne balança pas sur cette nouvelle à rompre le mariage. M11' Brûlart épousa peu de temps après le fils aîné de M. le duc de Charost.

Je crois avoir oublié de marquer ci-dessus la mort de M™ la comtesse d'Uzès ; elle mourut à Paris à l'hôtel d'Uzès, il y a environ un mois. M. le comte d'Uzès, son mari, étoit frère de feu M. le duc d'Uzès et de M"" la duchesse d'Antin douairière. M. le duc d'Uzès, avoit épousé M"* de Bullion , sœur de MM. de Fervaques , de Bonnel et d'Eselimont ;• c'est Mmc la duchesse d'Uzès, douairière d'aujourd'hui, qui est retirée au couvent du Cherche-Midi, à Paris. De ce mariage il reste trois enfants ; l'alné est M. le duc d'Uzès d'aujourd'hui, qui a épousé* M"* de la Rochefoucauld, sœur de M. le duc de la Rochefoucauld ; un autre garçon, qu'on appelle M. le comte d'Uzès, qui est dans la marine; et une fille, qui est Mmc la duchesse de

de la rupture du mariage. On a donné effectivement depuis quelques jours une lettre de cachet à M. de Monaco ; et un officier de la connétablie l'a conduit a la citadelle d'Arras. te n'est pas parce qu'il n'a pa* voulu se marier, mais parce que, n'écoulant que la violence de sa passion et parlant comme un nomme ivre ou qui a le transport au cerveau, il a été inflexible aux larmes et aux prières de M. de Valent inoi» et lui a dit même des chose» extrême** menl dures. (Addition du dw de Luynei, ^ ™ ,nar8 >741)

Vaujoup. H. le comte d'Uzès avoit épousé Mm*Àmelin (1), qu'il avoit aimée pendant longtemps, et en secondes noces M"" le Bailleul; c'est elle qui vient de mourir.

Mne de Fervaques a présenté ces jours-ci Mac de Laval, sa seconde fille, mariée depuis deux ou trois mois. Mme de Fervaques est Relief onds et belle-sœur de M™6 la duchesse d'Uzès , douairière ; sa fille aînée est Mmt la duchesse d'Olonne.

M"" de L'Hôpital fut présentée hier; ce fut Mnc de Luynes qui fut chargée de faire cette présentation. Elle est un peu parente de MM. de L'Hôpital. Mmc de L'Hôpital , qui est attachée à Mesdames et femme de notre ambassadeur à Naples, étoit aussi à cette présentation. La nouvelle mariée est, comme je l'ai dit ci-dessus, fille de M. Eynard, grand maître des eaux et forêts de Touraine.

Le Roi est parti ce matin pour Choisy où il restera jusqu'à vendredi. Il y a à ce voyage beaucoup d'hommes , et entr 'autres trois ou quatre qui n'y avoient jamais été, M. de Marsan, M. deLesparre, M. de Montmorin et M. deFlamarens; le Roi a permis aussi à M. le comte de Gramont d'y aller ; il lui a même dit qu'il lui feroit donner à manger en gras dans sa chambre. Les dames sont les quatre sœurs, Mœe la maréchale d'Estrées et Mu,fi d'Antin.

Le Roi 'me dit hier, en sortant de son dîner, avec beaucoup de bonté, que je proposasse à M*"* de Luynes do l'y mener avec moi passer une journée et souper ; il veut bien me permettre de lui aller faire ma cour de cette façon tous les voyages de Choisy. Mme de Luynes a cru devoir en rendre compte sur-le-champ à la Reine, qui a paru le trouver fort [bon (2).

(1) C'est la même pour qui M. de C liait lnw avoit une si forte ioctinatioD et qui Ht manquer son mariage avec M11* Brulart; elle eut de son mariage avec M. le comte d't'zès quatre garçons. (:Vo/e du duc de Luynes.)

(2) Nous y fûmes jeudi dernier. Le Roi chargea M. de Coigny de lui fait

Du mardi 21 , Versailles. — Les comédies sont ici finies ; la dernière fut jeudi de la semaine passée ; elles ne recommenceront plus qu'à Fontainebleau ou dans le lieu où la Cour sera au mois de septembre ou octobre ; car le voyage de Fontainebleau parolt un peu incertain ; le Roi même a dit que, s'il y alloit, il y seroitpeu de temps.

Il ya déjà quinze jours ou trois semaines que M. de Lujac, venant de Paris à Versailles avec milord Melfort, sur les cinq ou six heures du matin , trouva, entre Billancourt et le pont de Sèvres , sur le grand chemin , un homme qui avoit la cuisse cassée et trois coups d'épé« dans le corps; ils avertirent à Sèvres qu'on allât prendre cet homme ; on l'apporta à Sèvres, où il est mort deux jours après. Cette même nuit, M. de Bclzunce, venant de Paris à Versailles et dormant dans son carrosse à quatre chevaux, trouva, à ce qu'ont rapporté ses gens, un homme qui se jeta aux chevaux du postillon, et, ne pouvant les arrêter, voulut arrêter ceux du timon, ce qui ne lui réussit pas mieux. On juge que c'estle même homme à qui le carrosse avoit cassé la cuisse. Le blessé a dit que c'étoit en voulant monter derrière un carrosse que cela lui étoit arrivé et que c'étoit trois soldats aux gardes qui lui avoient donné les coups d'épée. On a jugé que les trois soldats aux gardes étoient des voleurs, et que le blessé étoit de leur compagnie; les soldats se sont enfuis. M. de Lujac a été officier au régiment du Roi et est présentement capitaine de dragons dans le régiment de la Suze. J'en ai déjà parlé plus haut (c'est le 5 septembre 1740) ; il a été

▼oir toute la maison, et il la mena ensuite lui-même dans tout le jardin. Lorsqu'il entre ou qu'il sort du cabinet où se tient la compagnie, il ne veut pas absolument que les dames se lèvent t et même lorsque les hommes jouent et qu'il* veulent se lever, il leur ordonne de rester assis ; il parolt qu'il désire que tout le inonde y soit à son aise et s'y amuse. Si quelqu'une des princesses veut taire gras dans sa chambre, on lui en donne, mais pour elle, et le matin seulement ; car a la table du Roi , et le soir et le matin, on n'y sert que du maigre. (Addition du duc de tonnes, datée du 2» mars 1741. )

depuis à Berlin avec M. de Beauvàu. Le Roi continue à avoir beaucoup de boutés pour lui. M. de Belzunce est Castelmoron ; il est grand louvetier par son mariage avec Mnc d'Heudicourt.

Du samedi 25, Versailles. — MM. les maréchaux de France allèrent jeudi dernier à la connélablie. C'est une juridiction au Palais où ils ont droit de siéger et où il y a voit longtemps qu'ils n'avoient été ; ils étoient dix, et c'est tout, car il y en a quatre d'absents.

Jeudi, pendant que j'étois à Cboisy ,,M. de Duras , qui étoitalléà Paris le matin pour la connélablie, revint à Ghoisy et dit que M. le duc de Gramont, revenant de voir sa maison qu'il fait bâtir près de Monceaux, avoit trouvé à Meaux un courrier envoyé à Mme la duchesse d'Orléans par M"" la duchesse de Lorraine pour lui porter la nouvelle que la reine de Hongrie étoit accouchée d'un garçon. Cette nouvelle se disoit dès la veille à Paris. Le Roi nous dit qu'il n'en sa voit encore rien. Un moment après, il reçut un billet fort court de M. le Cardinal, qui lui mandoit la même nouvelle , mais qu'il ne savoit encore que par le même courrier dont je viens de parler. Cet enfant s'appelle Charles-Louis-Joseph. On lifi a donné la Toison d'or en venant au monde. C'est un grand événement qui ne rend pas le droit de la reine de Hongrie meilleur, mais qui le rend plus favorable.

Du mercredi 29, Versailles, — M. de Riom mourut il y a quelques jours ; il avoit été attaché à feu Mme la duchesse de Berry ; et l'on sait même que cette princesse avoit de très-grandes bontés pour lui. C'étoit un homme aimable, qui vivoit depuis longtemps avec un certain nombre d'amis, aimant fort son plaisir et la bonne chère; il ne venoit point ici; il jouissoit d'environ 40,000 livres de rente, sur quoi il y avoit beaucoup de viager. ïl avoit le gouvernement de Cognac, qu'il avoit vendu à M. de Richelieu et depuis racheté. Ce gouvernement lui valoit environ 12,000 livres de rente par les augmentations

qu'on y a voit mises pendant la Régence. On croit qu'on le supprimera ou qu'on le remettra sur l'ancien pied, qui est 4,000 livres. Il n'y a encore rien de décidé.

Le Roi fut au sermon dimanche dernier. Mn< de Mailly et M- de VintimiUe étoient en haut. Le Roi remonte par le petit escalier, et elles se trouvent toujours à son pas- La Reine n'a point joué ces trois jours-ci, et ne jouera point d'ici à Pâques; elle travaille avec ses dames et ne . voit que les entrées.

On ne parle plus de l'affaire des princes du sang et des légitimés; il paroi t cependant que les choses sont toujours au même point. Mademoiselle vint ici il y a deux jours et y resta cinq heures de suite , entre M"c de Luynes et moi ; elle nous parla toujours de cette affaire et surtout de la peine où elle étoitque M"" la comtesse de Toulouse eût pu croire qu'elle eût eu de mauvais procédés pour elle dans cette occasion. Elle prétend qu'ayant toujours été fort amie de M. le comte et de Mae la comtesse de Toulouse, et en particulier de M"** la comtesse de Toulouse avant son mariage , elle les avoit déjà entendu raisonner l'un et l'autre (à la vérité d'une façon éloignée ) sur cette affaire, et qu'elle leur avoit toujours parlé même sur les difficultés qu'ils y rencontreroient. Elle ajoute que M. le comte de Toulouse, dans le temps de son mariage, lui avoit dit qu'une des choses qui lui faisoit plaisir, c'est qu'il ne comptoit point avoir d'enfants ; et que depuis la naissance de M. de Penthièvre , il lui avoit dit qu'il désiroit de garder celui-là , puisque Dieu le lui avoit donné, mais qu'il ne souhaitoit point en avoir d'autres ; que M"" la comtesse de Toulouse, dès les premiers temps qu'elle songea à demander un rang pour les enfants de son fils, lui en avoit parlé , et qu'elle lui avoit toujours répondu que le meilleur moyen d'entamer cette affaire étoit d'agir de concert avec les princes du sang; que M"* la comtesse de Toulouse lui avoit dit sur cela

qu'elle en avoit déjà parlé à M. le comte de Charolois, qui lui avoit conseillé de faire faire un mémoire à deux colonnes ; dans l'une, de mettre les honneurs et les prérogatives dont jouissent les princes du sang, et dans l'autre tout ce qu'elle (M™* la comtesse de Toulouse) imagineroit pouvoir demander, parce qu'après cMa l'on verroit quelle seroit la façon de penser des princes du sang , et qu'en conséquence on pourrait retrancher ce que l'on jugeroit , H propos ; que M. le comte de Charolois avoit dit à M** la comtesse de Toulouse qu'il ne croyoit pas que cette entreprise fût fort difficile , que M. le duc d'Orléans n'y mettroit peint d'obstacle et qu'il ne croyoit pas que l'on en trouvât de la part de M. le comte de .Clermont. Mademoiselle ajouta encore qu'elle avoit demandé .avec instance à voir le mémoire et qu'après l'avoir attendu ' plusieurs jours, enfin M. de Lalau (1) (qu'elle croit avoir été le principal conseil de Mme la comtesse de Toulouse dans cette affaire) lui avoit apporté ledit mémoire; qu'elle lui avoit fait plusieurs observations -sur des demandes qui ne paroissoient pas raisonnables, mais qu'elle avoit demandé à le garder pour le montrer à H. le comte de Clermont et pouvoir s'instruire davantage ; que M. de Lalau n'avoit jamais voulu laisser le mémoire , disant qu'il y falloit faire' quelque changement et qu'il lui en donnerait une copie ; que depuis ce temps elle n'avoit jamais pu le ravoir; que M™* la comtesse de Toulouse , avec qui elle en avoit raisonné , l'avoit priée d'en parler toujours à H. le comte de Clermont. Quoique Mademoiselle sentit que cela étoit inutile sans le mémoire , elle s'y étoit enfin déterminée, et que M. le comte de Clermont lui avoit répondu qu'on ne pouvoit rien dire de précis sans voir les demandes ; qu'il se prêterait volontiers à ce qui ne préjudicieroit point aux princes du sang,

(1) Qui est attaché à M. le duc de Penthièvre; je crois qu'il est secrétaire des commandements. ( Note du duc de Luynes.)

mais qu'il falloit qu'il consultât et s'instruisit lui-même. Mademoiselle dit qu'elle rendit cette réponse à M10* la comtesse de Toulouse, et qu'elle lui fit en même temps observer les changements qu'elle croyoit nécessaire de faire au mémoire, sur ce qu'elle se souvenoit d'en avoir entendu lire ; que M™ la comtesse de Toulouse lui avoit répondu qu'elle ne pouvoit y rien changer, parce qu'elle l'avoit communiqué à M"* la duchesse d'Orléans et à Mmc la duchesse du Maine, qui en étoient contentes. Dans la suite de cette affaire , M. le comte de Charolois , étant venu voir Mademoiselle , elle lui fit quelques reproches des conseils qu'il avoit donnés à MBC la comtesse de Toulouse, et lui fit sentir que plusieurs des demandes contenues dans le mémoire étoient insoutenables. Sur cela , M. le comte de Charolois lui dit qu'il ne vouloitse brouiller ni avec les princes du sang ni avec les légitimés ; que comme on lui avoit dit que ce mémoire devoit être communiqué aux princes du sang , il n'avoit point fait de difficulté de conseiller que Tony mit tout ce qui viendroit dans l'esprit, parce que les princes du sang en jugeraient, et que pour lui il n'avoit que sa voix comme les autres. Sur cela, Mademoiselle lui dit qu'il falloit donc qu'il s'expliquât plus naturellement avec Mme la comtesse de Toulouse. M. de Charolois suivit exactement ce conseil, et alla parler à Mme la Comtesse. Quelques jours après , M. de Lalau vint voir Mademoiselle, et lui raconta presque mot à mot la conversation de M. le comte de Charolois avec Mm< la Comtesse, où il avoit dit les mêmes choses que Mademoiselle lui avoit conseillé de dire. Mademoiselle continuoit à parler à M. le comte de Clermont, lequel plus instruit lui dit que les demandes des légitimés étoient trop préjudiciables aux princes du sang pour qu'ils ne s'y opposassent pas de tout leur pouvoir. Mademoiselle rendit cette réponse à Moe la comtesse de Toulouse, qui en fut extrêmement affligée. Continuant cependant à raisonner avec Mademoiselle sur ce qu'elle pourroit demander, elle t. m. 23

lai dit entre autres choses qu'elle ne croyoit pas que l'on refusât aux enfants de M. le duc de Penthièvre d'assister au banquet royal , puisque Mme de Verneuil y avoit assisté. Mademoiselle , peu instruite et du banquet royal et de M™ de Verneuil, demanda à Mm" la Comtesse qui étoit Mro* de Verneuil , et ayant su qu'elle étoit belle-fille de Henri IV, elle lui dit queceseroit tout au plus elle (M-* la Comtesse) qui pourroit demander le banquet royal comme étant belle-fille de Louis XIV. Depuis, Mademoiselle s'informa du fait plus exactement, et sut que M. de Verneuil, fils légitimé de Henri IV, n'a voit jamais eu aucuns honneurs, que par conséquent Mme de Verneuil (1), sa veuve, n'en pouvoit prétendre aucun; mais qu'a a mariage de M11* de Blois , qui est Mme la duchesse d'Orléans d'aujourd'hui , le Roi ayant voulu faire une grande cérémonie et n'y ayant personne pour porter la mante de M"* de Blois , parce que les princesses ni les duchesses ne pouvoient s'y résoudre , et que n'y ayant plus de ses sœurs qui ne fût mariée ( M"' la princesse de Conty et M 816 la Duchesse première douairière l'étoient), on avoit proposé au Roi Mme de Verneuil , disant qu'elle seroit très-flattée de cet honneur s'il vouloit bien l'admettre au banquet royal ; ce qui avoit été exécuté. Mademoiselle dit que M"* la comtesse de Toulouse , avertie par elle de toutes les difficultés , avoit toujours persisté dans son sentiment, et que les princes du sang , voyant qu'on ne leur communiquoit point les demandes et ayant su même qu'on vouloit prendre le parti d'obtenir directement du

(1) Elle s'appeloit Charlotte Sérier; elle étoit Tcuve de Franco» de Bé< thune, troisième du nom, duc de Sully, et lillede Pierre Séguier, chancelier de France. Le duc de Verneuil, qui étoit né en ICOI, avoit été d'abord abbé de Saint-Germain des Prés et de plusieurs autres abbayes. Il fut fait chevalier de l'Ordre en I6G?. et pair de France en 1663. Il fut ambassadeur en Angleterre en 1665, et mour t en 1682, sans enfants. Il *c maria en 1668, et sa reuve mourut en I70i. M. de Verneuil , avant son mariage, avoit porté aussi le titre d'é?*pie de Met*. (Note du duc de Lu^net.)

MAltS 4941. 3âô

Roi ce qu'on détroit, s'étoient enfin déterminés à donner deux mémoires, l'an au Roi, l'autre à M. le Cardinal. Ce fut M. le prince de Conty qui donna le mémoire directement au Roi ; je l'ai marqué ci-devant; ce mémoire n'est pas signé. Pour celui que M. le coin te de Clermonta donné à M. le Cardinal, il est signé de M™* la Duchesse, de M. le comte deClermont, de Mœe la princesse de Conty, de Mademoiselle, de M11* de Clermont, de M. le prince de Conty et de Mlta de la Roche-sur-Yon. Mais M. le comte de Clermont montra le mémoire avec les signatures à M. le Cardinal, et ne lui en laissa qu'une copie. Mademoiselle dit qu'il lui parolt que les griefs de M""5 la comtesse de Toulouse contre elle sont de l'avoir engagée dans cette affaire , d'avoir fait changer de langage à M. le comte de Charolois, d'avoir excité M. le comte de Clermont, par de longues et fréquentes conversations , à se déclarer fortement contre elle, et enfin d'avoir pris le parti elle-même contre M. le duc de Penthièvre. Ma* la comtesse de Toulouse ajoute qu'elle a cette affaire à cœur, principalement parce que c'étoit tout le désir de M. le comte de Toulouse , qu'il lui avoit même recommandé en mourant, et qu'il en étoit si fort occupé que lorsqu'un gentilhomme ordinaire du Roi vint de sa part savoir de ses nouvelles, il le pria de demander à M. le Cardinal de vouloir bien se souvenir de cette affaire ; et que lorsque le Roi vint lui-même de Fontainebleau à Rambouillet, il lui auroit parlé de cette affaire si M. le Cardinal ne l'en eût empêché. Mademoiselle répond , ou que M. le comte de Toulouse n'auroit pas entrepris cette affaire , ou ne l 'auroit pas conduite comme elle Ta été , qu'elle en pouvoit juger par les fréquentes conversations qu'elle avoit eues avec lui ; que le gentilhomme ordinaire ne fut chargé de dire autre chose à M. le Cardinal, sinon que M. le Comte le prioit de se souvenir de ce qu'il savoit bien, et que lorsque ieftpi vint à Rambouillet, M. le Çointe demanda à M. le Cardinal s'ilparleroitau Roi, lui disant qu'il craignoit des'at-

35f> MEMOIRES DU DUC DE LUYNES.

tendrir,ct queM. le Cardinal lui avoit ditqu'ilss'attendriroient tous deux; mais qu'il n'avoit été question d'aucun détail. Qu'à l'égard d'entreprendre l'affaire , que M"' la comtesse de Toulouse lui avoit communiqué ses idées et qu'elle lui avoit conseillé de consulter les princes du sang , et qu'elle avoit voulu se charger de leur montrer le mémoire ; qu'au lieu de cela, on n'avoit jamais voulu lui remettre le dit mémoire, et qu'on l'avoit communiqué pendant ce temps-là à Mmc la duchesse d'Orléans et à , M"" la duchesse du Maine, et que le résultat avoit été de direqu'onne pouvoit rien changer. Qu'à l'égard de M. de Charolois, voyant qu'il lui parloit d'une façon différente de celle qu'il avoit parlé à Mm* la Comtesse, et que cela ne servoit qu'à les tromper toutes deux , elle lui avoit conseillé de lui parler vrai et naturellement; que pour M. le comte de Clermont, il est vrai qu'elle l'avoit vu très-souvent , mais qu'elle avoit toujours taché de le porter aux expédients de conciliation, et qu'elle l'avoit même empêché longtemps de donner son mémoire ; que pour la signature de ce mémoire, elle ne l'avoit faite qu'après en avoir écrit à Mme la Comtesse, et qu'elle ne croyoit pas que Mn" la Comtesse eût pu le désapprouver après ce qui s'étoit passé au sujet des lettres patentes pour la tutelle de M. le duc de Penthièvre; que les princes du sang faisant de grandes oppositions aux dites lettres patentes , Mm* la comtesse de Toulouse lui avoit dit à elle-même qu'elle la prioit de ne rien faire dans cette occasion qui pût la brouiller avec sa famille, et que si elle ne pouvoit pas demeurer neutre, elle ne seroit point peinée si elle se joignoit aux autres contre elle. Enfin Mademoiselle ajoute qu'elle a toujours parlé de la même façon et avec la même vérité à Mroe la Comtesse dans toute cette affaire.

Mademoiselle nous dit plusieurs autres circonstances du vivant deM. le Duc, son frère, sur cette affaire, entre autres que quoiqu'elle fût médiocrement bien avec lui , parce qu'il la regardoit comme fort attachée aux intérêts des

légitimés, elle s'étoit chargée cependant de savoir de M. le Duc ce qu'il pensoit que les légitimés pou voient demander pour leurs enfants; mais que M. le Duc lui a voit toujours répondu qu'il se garderoit bien de leur donner cet avantage , qu'ils en profiteroient pour demander encore beaucoup plus.

Mademoiselle nous ajouta encore qu'elle savoit positivement qu'en 1727, pendant l'exil de M. le Duc à Chantilly, les légitimés, qui regardoient ce temps comme favorable, avoient formé les mêmes demandes, et que M. le Cardinal, ayant voulu s'instruire à fond sur cette affaire, avoit consulté sept ou huit hommes de loi , et que tous leurs avis avoient été contre les légitimés; que M. le Cardinal en avoit rendu comte au Roi dans ce temps-là. Kl le dit que c'est H. le Cardinal qui lui a conté ce détail.

Mademoiselle nous dit encore qu'elle avoit renvoyé depuis peu de joursà M™ la comtesse de Toulouse des diamants qu'elle avoit à elle depuis longtemps, et dont elle ne faisoit point d'usage; que cela avoit fait une nouvelle fort mal à propos ; qu'elle avoit été la veille chez M""1 la comtesse de Toulouse pour lui en parler et que, n'ayant pu la voir, elle l'avoit fait prier de lui envoyer une de ses femmes pour lui remettre ses diamants; que le lendemain Mme la Comtesse étoit venue chez elle pour lui en parler, et qu'elle lui avoit répondu qu'ayant été douze ou quinze jours malade, pendant lequel temps elle s'étoit contentée d'envoyer savoir de ses nouvelles sans la venir voir, quoiqu'elle fut venue à sa porte chez Mmr de Villars (1), elle avoit cru ne devoir pas garder plus longtemps les diamants.

(î) Voy. Fart, du 26 septembre 1740. (ft'otc du duc de Lu^nes.)

Gouvernement de Cognac donné au chevalier d'Altemans. — La semaine sainte. — Bruit» sur le roi de Prusse. — Mort du prince de Carignan et de M*w de Cbalais. — Maisons de jeux du prince de Carignan et du duo de Gesvres. — Opinion du cardinal de Fleury sur l'alliance avec l'Espagne ; proposition faite à Louis XIV au sujet de la couronne d'Espagne. — Première communion du Dauphin. — Équipages de M. de Belle lste brûle» à Francfort; prudence de se* domestiques. — Mort de M. de Vassé et du chevalier de Gesvres. — M. de Castro- Pignano. — M. de Bombarde. — Présent fait à M** de Mailly. - Audience du bailly de Froulay. - Régiments donnés. — M. de Cbauvelin. — Le jubilé bon publié en France. — Girandole de cristal achetée par le Roi. — Les jeux interdits, même dans les Maisons royales. — Combat de quatre vaisseaux français contre six anglais. — Mort de Mœe de Bonneval et de M"* de Courtenvaux. — Bataille de Molwite. - Mort de M. de Camas.

Du samedi i'r, Versailles. — Le gouvernement de Cognac a été donné avant-hier à M. le chevalier d'Allemans, lieutenant-colonel du régiment du Roi. M. d'Allemans est homme de beaucoup de mérite, qui sert depuis longtemps et fort estimé. Il a reçu en Italie une blessure considérable à la tète, et il demandoità se retirer. Il alla trouver M. de Maurepas lorsqu'il sut le gouvernement de Cognac vacant. Dans quelque département que ce soit, lorsqu'il y a une garnison, quand môme elle ne seroit que d'invalides, c'est le secrétaire d'État de la guerre qui s'en mêle ; mais lorsqu'il n'y a point de garnison, il faut s'adresser au secrétaire d'État dans le département duquel est le gouvernement; et comme l'Angoumois est du déparlement de M. de Maurepas, M. d'AUemans alla le trouver et lui dit qu'il comprenoit bien que l'on regarderoit ce gouvernement comme trop considérable pour lui , mais qu'il étoit aisé de le diminuer; qu'il ne sa voit point quelle étoit l'intention de M. le Cardinal par rapport à lui, ni ce qu'on vouloit lui donner pour sa retraite; qu'il seroit content des arrangements qu'on jugeroit à propos de faire. M. de Maurepas lui dit que cette façon de penser étoit très-raisonnable , qu'il lui

conseilloit d'aller sur-le-champ parler à M. le Cardinal. M. d'Allemans suivit ce conseil, et fut fort bien reçu de M. le Cardinal, qui lui dit de donner un mémoire à M. de Maure pas sur ce qu'il proposoit. Le soir M. de Maurepas travailla avec le Roi , en présence de M. le Cardinal , comme c'est l'usage , et l'affaire fut décidée. On a réduit le gouvernement à 6,000 livres (1). J'avoisoul dire que ce gouvernement valoit 12,000 livres à M. de Riom; mais on m'a assuré qu'il n'étoit que de 8,000 livres et 1,900 livres d'émoluments. Ce gouvernement n'a jamais été augmenté ; c'est ce qui rend ce retranchement-ci plus digne de remarque.

Le Roi dit hier au petit Froulay, fils de l'ambassadeur à Venise et neveu du bailli , que le grand maître avoit nommé le bailli de Froulay son ambassadeur en France» J'ai déjà marqué ci-dessus que cette ambassade ne vaut que 2,000 écus d'appointements; mais le grand maître y joint toujours une bonne commanderie.

11 n'y a eu rien de particulier à la cène, jeudi. Ce fut le P. Imbert, théatin, qui prêcha à celle du Roi ; on fut trèscontent de son sermon. A la cène delà Reine , il y avoit Mesdames, M"* de Clermont, M"'* les duchesses d'Aocenis, deBoufflers,deVillars,d'Antin, de Tessé et de Chatillon ;

lesdamesnon titrées étoient Mme* de M. leduc de

Charost avoit eu quelque embarras par rapport au rang où devoit marcher M0" de Tessé , parce que les grandes

(I) J'ai appris aujourd'hui que ce gouvernement n'avoit point été diminué; il est vrai que le chevalier d'Allemans l'avoit demandé en se soumettant à tdle condition que M. le Cardinal jugerait à propos ; mais on s'est contenté de lui retrancher 2,200 livres de pension qu'il avoit , et on a laissé suhtuster le gouvernement tel qu'il a toujours été. Le chevalier d'Allemans m'a dit que les appointements étoient de 8,000 livres , mais qu'ils n'en valoient réellement que 7,000, à cause de ce qoe l'on retient; mais que les émoluments, qui n'étoient estimés que 1,900 livres, valoient réellement 3,000 livres. Les 10,000 /ivres de Cognac, joints à 1,000 écus qu'il a du cordon rouge et 600 livres sur la cassette, font 13,600 livres de bienfaits du Roi. (Addition du duc de Luynes, datée du 9 avril 1741.)

d'Espagne marchent avec les duchesses , suivant la date de leur réception ; cela ne fut pas observé exactement ; elles marchèrent dans le rang que j'ai marqué. Mm" de Montauban et M"" de Rupelmonde n'y étoient point ; la première ne veut jamais s'y trouver, et la seconde le moins qu'elle peut.

Il n'y eut point de grand couvert ce jour-là, à cause de la cène de la Reine.

Vendredi saint, le service comme à l'ordinaire et l'adoration de la croix. M. le Dauphin y étoit ; ce fut lui qui donna l'offrande au Roi. H y avoit M. le duc de Chartres, M. le prince de Dombes , M. le comte d'Eu et M. le duc de Penthièvre. Mesdames n'y étoient point, ni aucune princesse. Ce fut Mma de Luynes qui donna l'offrande à la Reine. C'est le clerc de chapelle qui vient apporter l'offrande de la Reine à celle qui doit la lui remettre. La Reine donne 30 livres; mais cependant elle met deux louis dans le plat, apparemment pour éviter que la Reine mette un écu. Le clerc de chapelle reprend les deux louis et met 30 livres , et ces 30 livres , dont il fait l'avance , lui sont remboursées par la première femme <le chambre de la Reine. Hier, le clerc de chapelle se trompa et remit trois louis au lieu de deux; M"* de Luynes les donna à la Reine; mais cela revient au même. Il y eut hier aussi grand couvert , sans aucun poisson , une prodigieuse quantité de plats de toutes sortes de racines accommodées en forme de poisson etquel'on sert entourés de fleurs. La Reine voulut qu'on lui servit tout à l'huile.

Aujourd'hui-, le Roi a été à la chapelle , à neuf heures, où il a entendu tout l'office de sa tribune sans descendre en bas. L'office fini à midi, le Roi a monté dans sa chaise de poste et est allé a la chasse. M. le duc de Béthune t qui entre de quartier, a pris le bâton au sortir de la messe. Comme ses incommodités ne lui permettent pas de monter à cheval, de ses trois mois, M. de Villeroy fera le premier, M. d'Harcourt lesecond, M. d'Ayen le troisième. *

M. de Villeroy a suivi la chaise de poste dans une des calèches du Roi. S. M. est revenue d'assez bonne heure pour aller a complies; la musique a chanté le Regina cœli et YOFilii à l'ordinaire. M'n" de Mailly et de Vintimille ont toujours été aux ténèbres ces jours-ci. Aujourd'hui , au sortir de complies , elles se sont arrêtées dans l'appartement; le Roi les a rencontrées ; il s'est arrêté, et a demandé à Mme de Mailly ce qu'elle faisoit là; elle lui a dit qu'elle venoit pour savoir de ses nouvelles. Le Roi soupe ce soir dans ses cabinets. "

Du mardi de Pâques k , Versailles. — Avant-hier, le Roi et la Reine entendirent la messe en bas. C'étoit M. l'archevêque d'Embrun qui officioit; ce fut M** d'Ancenis qui quêta ; il n'y avoit point eu de quête depuis le jeudi saint que M"* de Bouzols avoit quêté, et le dimanche des Rameaux c'étoit M"* de Flavacourt.

Le Roi entendit avant-hier le sermon et les vêpres en bas, et revint à la tribune à complies et au salut. Le sermon fut fort beau ; le compliment fut plutôt une instruction qu'un compliment; il fut très-court, très-instructif et très-touchant.

Hier et aujourd'hui, une messe basse à l'ordinaire; l'après-dlnée, le Roi et la Reine ont entendu les vêpres et complies dans la tribune. Le salut ne se dit plus qu'à six heures depuis Pâques, et la prière à cinq heures trois quarts; mais ces deuxjours-ci on a dit la prière immédiatement après complies. Le Roi est sorti après complies et la Reine est restée à la prière. Ox>mme M"* de Mailly est de semaine, elleétoit à la tribune, à la suite de la Reine ; pour M™* de Vintimille, elle a toujours été pendant vêpres et complies dans la seconde travée à gauche, ainsi qu'à l'office pendant la semaine sainte. Le jour de Pâques , c'est la chapelle du Roi qui chante les vêpres , et l'organiste de quartier qui joue ; mais ce jour-là les complies, ainsi que vêpres et complies ces deux-j ours-ci, sont chantées par les missionnaires, et alors c'est l'orga-

niste de la chapelle qui joue. Cet organiste sert toute l'année.

On parle toujours ici beaucoup du roi de Prusse ; l'attention même que l'on fait avec raison à la guerre qu'il a portée en Silésie a été suspendue en quelque manière par la déclaration singulière qu'il vient de faire faire. 11 a envoyé ordre à tous ses ministres dans toutes les cours de l'Europe de déclarer verbalement que sur de justes soupçons il venoit de faire arrêter sept hommes qu'il avoit fait interroger; que de ces sept, six avoient déposé qu'ils avoient eu ordre de se rendre dans le lieu où seroit le roi de Prusse ; qu'il de voit môme y avoir encore treize ou quatorze autres qui avoient reçu le même ordre ; qu'ils ne savoient à quel dessein ; qu'on leur avoit seulement enjoint d'obéir en tout à un autre homme qui étoit le septième arrêté ; que sur cela le roi de Prusse avoit fait interroger ce septième , lequel avoit déposé qu'il avoit prêté serment devant le grand-duc, dans le conseil au li que, ( c'est apparemment le conseil de guerre ) de se saisir du roi de Prusse et de l'amener à Vienne mort ou vif. Cette déclaration , qui a aussi été faite à la diète de Ratisbonne et à Francfort, parott fort extraordinaire et donne lieu à beaucoup de raisonnements.

J'ai marqué ci-dessus l'audience de M. de Caudec ; il n'y a rien à observer dans les termes dont il s'est servi en parlant à la Reine : a Je viens de la part de S. A. R. le grand duc, mon maître, faire part à V. M. de l'heureux accouchement de S. M. la reine de Hongrie , sa femme, qui est accouchée un tel jour d'un archiduc ; il espère des bontés et de l'amitié de V. M. qu'elle voudra bien prendre part à cet heureux événement. » Ce qui peut être plus remarquable, c'est ce que disoit M. le Cardinal il y a quelques jours au sujet du grand-duc ; c'est que le grand duc et lui ne s'écrivoient qu'en tierce personne.

M. de Carignanest à la dernière extrémité ; on dit qu'il est dans de très-bons sentiments de religion.

M. ie baron de Caudec a pris congé aujourd'hui. M. de Verneuildit que ce n'est point une audience; cependant il le conduisoit à la Keine, étoit debout auprès de sa table, comme aux audiences particulières , et lui a remis la réponse pour le grand-duc.

Du mercredi 5, Versatile*. — On a appris ce matin que M. le prince de Carignan mourut hier à onze heures. On dit que M. le curé de Saint-Eustache a été fort content de lui. On m'a dit aussi que M. de Carignan avoit fait fermer son jeu depuis quelques jours. 11 s'étoit chargé de l'Opéra depuis plusieurs années; j'ai ouï dire a MB* de Carignan qu'il n'en retiroit aucun profit. A l'égard du jeu, elle dit que c'est un droit attaché à l'hôtel de Soissons , et que si on avoit voulu accorder un dédommagement à M. de Carignan, il y a longtemps qu'il auroit renoncé à ce jeu. Ce jeu est la roulette ; on y paye un certain droit à chaque coup que l'on joue, je crois que c'est ô sols, de manière qu'il arrive quelquefois que deux personnes jouant l'une contre l'autre ont perdu tout leur argent sans s'être rien gagné. M. de Gesvres a un jeu pareil à celui-là comme gouverneur de Paris. L'un se tenoit a l'hôtel de Soissons et l'autre à l'ancien hôtel de Gesvres; maiscomme ils se faisoient tort l'un à l'autre, on les a établis tous deux depuis quelque temps à l'ancien hôtel de Gesvres. Le Sr Thurette , directeur de l'Opéra sous M. de Carignan, est aussi chargé de ces jeux qui rapportent chacun à M. de Carignan et à M. de Gesvres 120,000 livres .par an. On dit que celui de M. de Gesvres, «et délégué à ses créanciers, jusqu'en 1746. Ces jeux sont sujets à tant d'inconvénients et sont cause de tant de désordres, que le feu Roi jugea à propos de supprimer celui de M. de Gesvres, grand-père de celui-ci , et lui donna en dédommagement 20,000 livres de pension. M. deTiesmes, son fils , eut la jouissance des mêmes 20,000 livres, et le jeu a été rétabli pour M. le duc de Gesvres d'aujourd'hui. J'entendois dire , il y a quelques jours , au Roi, que le

vieux duc de Gesvres, grand- père de celui-ci , avoit toujours vingt-quatre pages de la chambre qu'il habilitât et entretenoit à ses dépens ; ils étoient vêtus comme les pages de la chambre et en faisoient même le service quand les autres ne s'y trouvoient pas. Les pages de la chambre ne sont que six ; autrefois ils ne faisoient point de preuves; présentement ils en font. Chaque premier gentilhomme de la chambre est en droit d'en nommer six nouveaux qui y demeurent pendant son année. Cet usage même s'observoit il n'y a pas plus de trente ans. Il en coûtoit ordinairement près de 1,000 écus en entrant; ils sont vêtus magnifiquement, et c'est à leurs dépens Depuis quelques années, ne s'étant point trouvé de gentilshommes en état de faire cette dépense, les premiers gentilshommes de la chambre ont été obligés d'y suppléer à leurs frais, et souvent un premier gentilhomme de la chambre aujourd'hui prend les pages de son prédécesseur. 11 y a actuellement un page de la chambre de la Heine qui a été cinq ans page de la chambre.

M. de Chalais a appris aujourd'hui la mort de M™* sa mère , à Chalais (1) , arrivée le 30 du mois passé ; elle étoit sœur de fou M. de Pompadour, père de Mmede Courcillon. On prétend que la maison de Pompadour est une branche sortie des anciens vicomtes de Limoges. MM. de Pompadour portoient au commencement le nom de Hélie. Geoffroy Hélie, premier de ce nom, vi voit enll79;ilsprirenten 124-0 le titre de seigneurs de Pompadour. M. de Pompadour, père de M™* de Courcillon, étoit d'une branche cadette. La branche aînée étoit finie en 1664,. Il avoit épousé Gabrielle de Montault, fille de Philippe duc de Navailles , maréchal de France ; c'est celle qui fut dame d'atours de Mm< la duchesse de Berry. Leur fille unique est M,ne de Courcillon, mariée en 1708.

(1) C'est un bourg avec un château dans le Pérîgord, aux confins de l'Angoumoia, de la Saintonge et du BordeloU. (Dict. de la Martinière.)

AVRIL 1741. : 3r>;>

On a appris aujourd'hui que M. le marquis de Vassé avoit la petite vérole. Ils sont trois frères : deux jumeaux , l'ai né le marquis et le second le vidame, et le troisième chevalier de Malte, que Ton appelle le chevalierde Vassé, et par sobriquet Mathurin. Us sont fils de Mme de Vassé, sœur de M. le Premier.

Du samedi 8, Versailles. — J'ai marqué que le jeu de M. de Carignan avoit été fermé quelques jours avant sa mort. M. de Gesvres a fait aussi fermer le sien ; il n'a point eu d'ordre précis de le faire , mais il passe pour constantque, la veille, M. de Maure pas dit tout haut, à son audience, publiquement, àThurette, qu'il lui conseilloit de faire fermer son jeu. Ce même jour, M""" de Mailly fit dire à M. de Gesvres par M. Turgot, ci-devant prévôt des marchands, que le Roi s'étoit déclaré si ouvertement contre ces jeux qu'elle lui conseilloit de faire fermer le sien. Mmc de Mailly n'a pas voulu publier ce conseil pour eu laisser l'honneur à M. de Gesvres. Ce jeu avoit été regardé comme un droit du gouverneur de Paris , et l'on m a dit que M. de Créqui en jouissoit; il avoit été supprimé du temps de M. le duc de Tresmes qui avoit eu 20,000 livres de pension pour cela, comme je l'ai marqué ci-dessus, et - lorsque M. le duc de Gesvres eut la survivance , il obtint le rétablissement de ce jeu , sans aucun retranchement de la pension de H. son père.

Le marché de l'hôtel de Soissons n'a point été signé par M. de Carignan avant sa mort; mais on dit que les arrangements sont faits et que le prince Louis, que l'on appelle aujourd'hui le prince de Carignan x ou plutôt son conseil, car il est mineur, tiendra le même arrangement. Moyennant cela, on prétend (1) toutes les dettes de M. de Cariguan payées, même telles qu'elles sont, et plusieurs sont fort enflées; il restera au moins deux

(I) C'est Laverdy, avocat du conseil de M. de Carignan, qui l'a dit a M. le cardinal de Rdian. ( Note du duc de Luynes.)

millioDS de biens en France. M"6 de Carignan est tutrice et, par le testament de M. deCarignan, mal tresse de tout. On dît qu'elle aura bien 246,000 livres de rente ; il faut compter sur cela 110,000 livres de pension du Roi. Elle obtint cette pension du temps du maréchal de Villeroy. Les uns disent que ce fut une fort bonne affaire que le Roi fit dans ce temps-là, à cause des prétentions qu'avoit M. de Carignan , et qu'il céda; d'autres prétendent que ce fut l'effet de la grande amitié du maréchal pour M"' de Carignan ; on disoit même qu'il en étoit amoureux. Cet amour assurément ne pou voit faire tort à Mp* de Carignan. Ce qui est certain, c'est qne le Roi créa 160,000 livres de rente viagère sur la tète de M. de Carignan , et même sur le prince Louis leur fils; que depuis ce tempe, M. de Carignan ayant eu besoin d'une somme considérable , le Roi voulut bien payer sur cette pension un million d'avance, qui ne seroit retenu qu'en vingt ans , à raison de 50,000 livres par an. Il y a déjàonze ou douce années que cette retenue est commencée , de sorte que jusqu'à la fin des dites vingt années , M™* deCarignan ne jouira que de 110,000 livres.

Il n'y a encore rien de décidé pour le deuil. M. de Solar a écrit au roi de Sardaigne pour recevoir ses ordres, et le Roi a dit que si le roi de Sardaigne le portoit comme d'un frère, S. M. le porteroit comme d'un oncle. M0" de Carignan est fille du feu roi Victor et de M"* de Verue.

M"* de Castel dos Rios n'a point encore payé son tabouret. Mme de Luynes en a parlé plusieurs fois à M. Amelot, qui convient que le tabouret est dû sans difficulté ; elle en a parlé aussi à M. le Cardinal, qui pense de même. M. le Cardinal lui a dit aujourd'hui qu'il en avoit parlé à M. de Campo-Florido ; mais que c'éioit un pautalon avec lequel il n'étoit pas aisé de terminer. M. le Cardinal parolt plus indisposé que jamais contre l'Espagne ; il a ajouté à Mmc de Luynes que c'étoit un des plus grands malheurs qui fût arrivé au royaume que la nécessité où

nous nous trouvions que nos intérêts fussent communs avec ceux de l'Espagne ; qu'il se souvenoit toujours que dans un temps où il ne se mêloit en aucune manière des affaires de l'État, il avoit entendu dire à M. de Torcy que l'on avoit offert au feu Roi , en cas qu'il pût déterminer le roi d'Espagne à céder ce royaume au duc de Savoie , de donner en échange la Savoie et le Piémont, et que vraisemblablement même on y auroit joint le royaume de Naples ; que la France auroit beaucoup gagné dans cet échange ; mais que pour négocier cette affaire on avoit envoyé en Espagne un M. d'iberville qui n'étoit nullement propre à cet emploi et qui y avoit échoué. M. le Cardinal a ajouté qu'il ne put s'empêcher alors de dire à M. de Torcy : « Vous n'étiez pas , monsieur, trop bon vous-même pour travailler à cette négociation. j> iMme de Luynes lui a dit qu'il paroissoit cependant que le roi d'Espagne avoit le cœur françois ; « Cela est très-vrai, dit H. le Cardinal , mais tout ce qui l'entoure déteste la France. »

Du dimanche 9, Versailles. — M. le Dauphin fit hier sa première communion et ses paques à la paroisse Notre- Dame ; ce fut M. le cardinal de Rohan qui dit la messe et le communia. La* nappe de communion fut tenue par M. le duc de Chartres et par M. le comte de Clermont. Ce fut un chapelain qui dit la seconde messe.

Mn,# la comtesse de Tessin prit hier congé du Roi dans son cabinet ; ce fut Mm* la princesse de Montauban , qui est son amie, qui la mena chez le Roi. M,u de Spa , sa nièce, n'a pris congé du Roi qu'aujourd'hui. C'est toujours chez la Reine que les filles prennent congé du Roi, et le Roi ne les salue point; cela s'est passé de même pour M"* de Spa. C'est MBe de Luynes qui lui a fait prendre congé du Roi dans le temps que le Roi passoit pour aller dîner au grand couvert.

Du mardi 11 , Versailles. — Le Roi partit hier pour Choisy , où il restera jusqu'à vendredi. Les dames de ce

voyage sont les quatre sœurs, M"* d'Antin et M™* de Ségur. M"* la maréchale d'Estrées devoit y être, mais elle s'est trouvée incommodée.

M. de Gesvres, en conséquence de la suppression de son jeu, a fait un retranchement considérable dans sa maison; il a renvoyé trente-cinq domestiques; on ne dit point encorequ'on lui ait accordé aucun dédommagement.

On apprit avant-hier une aventure arrivée aux équipages de M. de Belle- Jsle à Francfort, qui montre la sagesse et l'exactitude avec lesquelles ses domestiques suivent ses intentions. Un de ses gens , chargé de lui faire faire une grande quantité de bois de lits et de chaises de paille , s'adressa aux ouvriers de Francfort, qui demandèrent pour ces ouvrages un prix huit ou dix fois plus considérable que la valeur réelle ; en conséquence et sur les ordres de M. de Belle-Isle, il fit faire ces ouvrages à Mayence , à Manheim et autres lieux voisins; et quoique M. de Belle-Isle ait des passe-ports généraux, il eut la précaution d'en demander aux magistrats de Francfort, nommément pour les ouvrages qu'il avoit commandés. 11 crut après cela pouvoir sans aucun inconvénient les faire apporter À Francfort, et les fit embarquer dans des bateaux. Le premier bateau fut déchargé sans aucun trouble; mais au second, les ouvriers en bois de Francfort s'étant ameutés avec des haches et des cognées cassèrent et mirent en pièces tous ces différents ouvrages sans qu'on leur fit la moindre résistance. Les magistrats avertis vinrent aussitôt, firent retirer les ouvriers, en envoyèrent plusieurs en prison, et ordonnèrent que les dits ouvrages fussent refaits dans un temps limité aux dépens des ouvriers de Francfort, sous peine d'avoir leurs boutiques fermées. Us demandèrent à l'homme de M. de Belle- Isle quelle autre satisfaction il désiroit, et lui marquèrent le désespoir oùilsétoient de cette aventure. L'homme de M. de Belle-Isle leur répondit qu'il ne se plaignoit de rien , qu'il ne demandoit rien , qu'il se contenteroit de

rendre compte à M. le maréchal de Belle *lsle. Cette réponse surprit beaucoup les magistrats et les détermina à envoyer deux députés à M. de Belle-Isle pour recevoir ses ordres. Un ministre , qui est à Francfort , après avoir mandé le détail de cette aventure, ajontoit cette réflexion : « Oh ! que ne doit-on point penser d'un ambassadeur dont les domestiques montrent autant de prudence et de sagesse! »

On a appris aujourd'hui que M. le marquis de Vassé étoit mort de la petite vérole; il étoit colonel du régiment Dauphin-dragons.

Du lundi 17 , Versailles. — M. de Saint-Chaumont , ancien colonel d'un régiment de dragons , qui a été réformé en 1714 , et beau-frère de M. de Cambis , est venu ici pour demander le régiment de M. de Vassé ; on croit qu'il sera donné au vidame de Vassé.

M. le chevalier de Gesvres mourut il y a deux ou trois jours. 11 étoit frère de feu M. le duc de Tresmes et assez riche , mais apparemment fort attaché au jansénisme, car par son testament il fait ses légataires universels, un avocat et M. Dugué-Bagnols, lequel est très- zélé pour ce parti. M. Dugué-Bagnols est frère de M""5 de Tillières, mère de H"" la duchesse de Chatillon. Il y a des terres auprès de Chevreuse que l'on appelle les Troux et Méridon. Les Troux est fort voisin de l'abbaye de Giffe, laquelle, depuis la destruction de Port-Royal des Champs , a été regardée comme la plus digne de la remplacer.

Le Roi revint vendredi deChoisy, et samedi il vola iciprès avec la Fauconnerie. C'est une chasse où il ne va jamais que par une espèce de nécessité de convenance, mais qu'il n'aime en aucune façon.

M. de Castro-Pignano , ambassadeur du roi des Deux- Siciles , vint ici il y a deux jours dire au Roi que le roi son maître le rappeloit auprès de lui et lui avoit nommé un successeur qui doit même partir incessamment. M de Castro-Pignano est, comme je l'ai marqué ci-dessus, capit. in. 24

tainé général, et apparemment que l'on juge sa présence nécessaire dans le royaume dé Naples. Il est bien affligé dé quitte* la Fraricé , d'autant plus qu'il coramënÇoit à espérer qu'il rte seroit pas obligé de s'en retourner. C'est un homme d'un esprit sage , don* ét poli; il parle bien François. Sa femme , qui est fort douce et fort aimée ici , commençoit aussi à parler assez bien notre langue ; elle n'est pas moins affligée que lui de s'en aller.

M. de Maurepas me dit il y a quelques jours qu'il avoit donné le soin et la surintendance de l'Opéra à M. de Bombarde , frère de la première femme de M. Amelot, et par conséquent oncle de Mme d'Arménonville. Ce n'est pas que cette place ait aucun titre ni appointements, mais c'est ce qu'avoit M. de Carignan. M. de Bombarde (1) est homme de goût et d'esprit.

Le régiment Royal qu'avoit M. de Carignan a été donné à M. de Saint-Séverin, ambassadeur en Suède.

Du mardi 18, Versailles. — Le Roi dîna dimanche au grand couvert. Ordinairement ces jours-là il soupe chez M1"* la comtesse de Toulouse quand elle est ici , mais elle est à Bue pour jusqu'à la Pentecôte. Le Roi voulant sou* per dans les cabinets se fit servir un petit souper dans son tour; c'est ce qu'il appelle en badinant le souper de Mme la comtesse de Toulouse. Mm# de Mailly et M"* la comtesse de Vintimille y étoient et quelques hommes.

Aujourd'hui, j'ai vu chez M""" de Mailly un présent qu'on lui a apporté ; c'est une cassette de bois tout unie, dans laquelle il y avoit quatre beaux flambeaux d'argent, une bourse et 200 jetons d'argent, et une boite de quadrille. L'origine de ce présent vient vraisemblablement de ce que Mme de Mailly, ne tenant point de maison et ne jouant jamais chez elle, n'avoit ni jetons, ni flambeaux, et

(1) Il était fil» de Jean-Paul B«>mharda, romain de nation , trésorier général de l'électeur de Bavière.

qu'elle en avolt emprunté pour les jouta que le Roi vieut chez elle jouer après souper.

M. le bailli de Froulay a eu aujourd'hui audience particulière. Comme son entrée demande des préparatifs qui dureront encore quelques mois et qu'il a reçu ses lettres de créance, il est venu les apporter au Roi et à la Reine. L'audience a été chez le Hoi , dans le cabinet (1), et chez la Reine, dans sa chambre ; la Reine debout, à l'ordinaire, auprès de sa table qui est entre les deux fenêtres. 11 a été chez le Roi avant la messe, et chez la Reine au retour de la messe. Le nonce et plusieurs ministres étrangers sont entrés d'abord chez la Reine pour faire leur cour; M. Amelot y est venu, ensuite H. le Cardinal. Peu de temps après, M. le bailli de Froulay est entré , conduit par M. de Verneuil; il étoit vétu à l'ordinaire avec un habit neuf galonné; après les trois révérences il a fait un compliment à la Reine, fort court, dans lequel il a dit qu'il regardoit l'honneur qu'il avoit d'être nommé ambassadeur de la Religion comme un effet des bontés de S. M., qu'il chercherait de plus en plus à les mériter, et qu'il espéroit que S. M. voudroit bien lui accorder sa protection. Ce sont à peu près les termes dont il s'est servi. Ensuite il a remis ses lettres de créance à la Reine ; après, il a ajouté qu'il étoit chargé de faire part a S. M. de la mort du grand maître et de l'élection unanime de celui-ci ; que le grand maître osoit espérer que la Reine voudroit bien

( i ) M. de Verneuil a conduit M. de Froulay à cette audience, et* est entré arec lui daoH le cabinet du Roi. Après les trois révérences, ou a fait passer tout le monde; M. de Verneuil est sorti, M. de .M au repas, M. le contrôleur général et tout ce qui étoit dans le cabinet; M. le duc de Charost même, qui y étoit , a passé dans le cabinet des perruques dont on a fermé la porte, et il n'est resté dans le cabinet que le Roi , M. le Cardinal et M. Amelot. L'huilier, qui étoit en dedans, est au**i entré dans la chambre ; c'est de lui que je sais ce délai!. M. de Froulay a remis les trois lettre* au Roi , et lorsque son compliment a été fini on a rouvert le cabinet. M. de Verneuil est entré , a l'ait les révérences avec l'ambassadeur, et est sorti avec lui, et n'est point ensuit»' rentre comme il a fait cliex la Reine. (A'o/e du duc de Lutjnes. )

lui accorder l'honneur de sa protection. Immédiatement après , il a remis à la Reine une lettre du grand maître, et s'est retiré après les Irois révérences comme en entrant. L'instant d'après, M. de Verneuil est entré chez la Reine, et lui a apporté une troisième lettre que M. de Froulay a voit oubliée. La Reine, quelque temps apiès, a ouvert les, trois lettres , et les a lues tout haut. La première ne contient que le choix de M. de Froulay pour ambassadeur de la Religion , et comme MM. de Tessé , proches parents de M. de Froulay, sont attachés à la Reine, le grand maître marque que l'attachement de la famille du vénérable bailli de Froulay à S. M. joint aux bontés du Roi l'ont déterminé à le nommer ambassadeur de la Religion, et qu'il supplie S. M. de vouloir bien l'honorer de sa protection. La seconde est pour mander la mort du grand maître et son élection ; il demande en même temps ses bontés et sa protection pour le vénérable bailli de Mesmes (dont il ne savoit pas encore la mort) et pour son ordre. La troisième est pour les oranges; c'est celle qui avoit été oubliée, et les oranges ont été données comme j'ai marqué ci-dessus. Il marque encore dans cette lettre qu'elles doivent être présentées à la Reine par le vénérable bailli de Mesmes.

Du jeudi 20 , Versailles. — Les régiments furentdonnés avant-hier. Le régiment de dragons a été donné au vidame de Vassé , et le régiment de cavalerie qu'avoit le vidame a été donné au second fils de M. le maréchal de Broglie, qui s'appelle, je crois, Revel ; c'est un régiment gris, qui étoit autrefois Beringhen. Il y avoit aussi un guidon de gendarmerie de vacant par la mort de M. le Veneur, cousin germain de M. de Tillières, père de MnR de Ghàtillon. Ce guidon a été donné à M. de Lannoy, cousin germain de Mmc la duchesse de Luxembourg. Mroede Lannoy, sa mère , est sœur de M"' de Seignelay , mère de M""" de Luxembourg, toutes deux filles de M"* la princesse de Furstenberg.

AVRIL 1741. 37a

Le Roi est parti aujourd'hui pour Choisy. Les dames de ce voyage sont les quatre sœurs , et M"" la maréchale d'Estrées. MMC de Mailly est venue ce mutin chez la Reine lui demander permission. Il n'est pas vraisemblable que les dames du palais manquent à cette règle, puisque M. le Cardinal lui-même, en qualité de grand aumônier de la Reine, ne va jamais à lssy sans lui demander sa permission.

On ne parle plus du tout ici de M. Chauvelin ; il est toujours À Bourges. On dit cependant qu'il a encore un parti dans ce pays-ci. On mecontoit il y a quelques jours un discours qu'il avoit tenu chez lui dans un dîner devant quatorze ou quinze personnes , dans le temps qu'il étoit adjoint à la place de premier ministre. M. de Mesgrigny, oncle de Mne Chauvejin, étoit à l'extrémité; il étoit fort riche et M"" Chauvelin en héritoit ; pendant que M. Chauvelin dtnoit, on vint lui apporter des nouvelles de M. de Mesgrigny; ce jour-là il étoit mieux; sur cela, M. Chauvelin dit tout haut : « 11 faut avouer que les éternités ne sont faites que pour moi. » 11 est vraisemblable que ce discours fut bientôt après rapporté à M. le Cardinal.

On ne parle point ici du tout du jubilé ; le Pape Ta cependant envoyé en France. U y avoit eu quelque difficulté à l'occasion du dernier, qui ne fut' point publié, à cause de quelques termes de la bulle , laquelle exceptoit ceux qui étoient rebelles à l'Église du nombre des fidèles qui pourroient gagner les indulgences accordées par le jubilé. A ce jubilé-ci , le Pape a adouci ces termes , et il parolt même que Ton a été content de cet adoucissement. Cependant il y a lieu de croire que le jubilé ne sera pas publié en France, au moins par les évêques dont les villes épiscopales sont soumises à la juridiction du Roi ; car, par exemple, dans les évèchés de Spire et de Baie, il y a des cantons qui sont soumis au Roi ; il n'est pas douteux que les évêques de Spire et de Baie, faisant publier le jubilé dans leurs diocèses, ces cantons n'en sont point excep-

tés; mais Strasbourg et Cambray sont dans un cas tout différent; il n'y a qu'une partie de ces diocèses qui soit du royaume , et vraisemblablement le jubilé sera publié dans ces deux diocèses, a la réserve des parties qui sont ^ sous la domination françoise.

Du samedi 22, Versailles. — Le Koi a tait acquisition depuis environ un mois d'une parfaitement belle girandole qui coûte à ce que Ton dit 407000 francs. Les morceaux de cristal de roche sont grands, beaux , bien choisis et d'une grande blancheur ; ils sont montés sur argent. Cette girandole est actuellement dans la petite galerie sur la cheminée.

M. le cardinal de Rohan donna, il y a quelques jours, au Roi une collection de marbres d'Italie fort curieuse ; ce sont des échantillons de différents marbres taillés et accommodés pour mettre sur des papiers ; il y a 58 morceaux et trente-neuf espèces de marbres différents.

Il parolt depuis quelque temps une déclaration du Roi portant renouvellement de défense des jeux. Cette déclaration est précédée d'une espèce de détail des inconvénients et des désordres auxquels ces jeux ont donné occasion. Les jeux défendus y sont nommés: le mormonique, le quinquenove , le passe dix, les trois dés, le tope et lingue, les deux dès, la bassette , le pharaon , le biribi, la dupe , le quinze, les petits paquets, le pair ou non, et il est dit ensuite, et autres jeux semblables. Le trente et quarante n'y est point nommé. Il est dit que ces jeux sont défendus, même dans les Maisons royales , sous peine de prison , et ordre au lieutenant de police d'y tenir la main. Dès le voyage de Choisy d'avant celui-ci , le Roi ne joua point au passe dix. Ce voyage-ci, la table où l'on jouoit aux dés a été ôtée ; le Roi n'a joué qu'à l'hombre, au piquet et au trictrac.

Je fus hier à Choisy. Le Roi s'y promena beaucoup. 11 n'y avoit d'abord de femmes à la promenade que M"' de Cleriuont ; ensuite le Roi s'embarqua dans une chaloupe ;

AVRIL i74l. 375

Mue de Clermont et M"" de Mailly s'embarquèrent aussi ; on revint ensuite dans le jardin faire une grande promenade où ces deux dames furent toujours. Vers la fin de cette promenade, le concierge vint au-devant du Roi, portant une lettre qu'il remit à Charapcenetz le fils , premier valet de chambre du Roi, qui exerce en survivance de son père; Champceuetz remit sur-le-champ la lettre au Roi. Le Roi lut attentivement et assez longtemps, toujours en se promenant ; quelque intervalle de temps après, il se retourna et portant la parole à M. de la Rochefoucauld, qui étoit le seul de ce que nous étions là qui eût servi sur mer (il est dans l'usage de l'appeler : mon Camus, en badinant), il lui demanda s'il savoit que M. de la Rocheallart étoit arrivé à Toulon , et ajouta en rougissant, à ce qu'il me parut : « 11 y a eu un combat; il n'a pas été considérable et s'est donné la nuit, quatre vaisseaux François contre six anglois , et lorsque le jour est venu, les Anglois ont envoyé faire des excuses, disant qu'ils avoient pris ces vaisseaux pour des espagnols. » Le Roi dit tout de suite qu'on ne lui mandoit aucun détail, que les particuliers en sauroient apparemment davantage, que M. de la Rocheallart comptoit qu'à l'arrivée de M. d'Antin à Brest on seroit instruit, et que c'est ce' qui l'avoit empêché d'envoyer aucun détail. Sur cela je pris la liberté de lui dire que M. le marquis d'Antin étoit donc bien près d'arriver à Brest, et le Roi répondit qu'on ne savoit pas où il étoit. Cette nouvelle fit le sujet de la conversation, dans laquelle le Roi entra; quelques moments après je lui dis qu'un combat de quatre vaisseaux contre six n'étoit guère égal. Je rapporte ceci pour marquer la réponse du Roi, qui mérite d'être retenue. Il me dit : « Quatre vaisseaux comme ceux-là n'en craignent pas six anglois ; ils sont commandés par tout ce qu'il y a de mieux. »

Il y a deux ou trois jours que l'on sait cette nouvelle dans Paris. Certainement mercredi dernier il étoit arrivé

376 MÉMOIRES DU DUC DK LU\fŒS.

un courrier à M. de Maurepas, car ce môme jour M. le Cardinal eut une assez longue conversation avec le Roi dans le cabinet des perruques; et l'après-dlnée , à quatre heures, S. Ém. fut à Bue, où est M- la comtesse de Toulouse, et y resta jusqu'à huit heures. M. de Maurepas y vint pendant ce temps-là. Ce que Ton sait jusqu'à présent, c'est que M. de la Rocheallart commandoit une escadre avec laquelle il a été joindre M. d'Antin à l'Amérique. Ces vaisseaux étoient destinés à la conduite de galions. On prétend qu'il n'y a jamais eu de concert entre la marine d'Espagne et la nôtre ; on le peut présumer parce que les Espagnols vouloient que nous attaquassions , et qu'il y a toujours eu ordre de ne point attaquer, et d'ailleurs parce que l'argent, au lieu dVtre embarqué, ou près d'être embarqué sur les galions, a été envoyé bien avant dans les terres. Dans ces circonstances notre escadre ne pouvoit pas rester plus longtemps en Amérique, car l'usage de la marine est que, lorsque des vaisseaux sont destinés à séjourner en Amérique et surtout à y passer l'été, non-seulement ils sont pourvus d'un plus grand nombre de munitions, mais outre cela il faut les doubler, parce que dans l'été les vers font un si grand tort aux vaisseaux qu'ils seroient en danger de périr; on met donc autour du vaisseau une doublure de bois léger que l'on garnit tm dedans. Toutes ces précautions n'ayant pas été prises, parce que ce n'étoit pas l'intention de la Cour qu'ils y restassent plus longtemps, l'escadre s'est mise en chemin pour revenir. M. d'Antin devant débarquer à Brest et M. de la Rocheallart à Toulon , ils se sont séparés u une certaine hauteur (1), et c'est depuis cette séparation que

(1) J'appris hier que l'affaire des quatre vaisseaux françois contre les six an^lois est arrivée avant la séparation des deux escadres ; c'est ce qui prouve que M. de la Rocheallart avoit raison de compter qu'il lui éloit îoufile de mander cette nouvelle et qu'on la sauroit ici par l'arrivée de M. d'Antin ; ce sont le» vents contraires qui ont empêché M. dAntin d'arriver à Brest. La première nouvelle même que l'on a eue de ce combat est venue par un com- '

le vaisseau de M. le chevalier de Piosin et trois autres, éloignés apparemment dans ce moment des autres vaisseaux de M. de la Rocheallart, ont rencontré les six vaisseaux anglois, la nuit. Les Anglois ont voulu savoir qui étoient nos vaisseaux; on a répondu qu'ils étoient françois; non contents de cette réponse , à laquelle ils prétendent avoir souvent été trompés, ils ont demandé qu'on les abordât ou qu'on leur envoyât un canot ; M. de Piosin a refusé , et c'est sur cela que les Anglois ont commencé à tirer, et on leur a répondu. On dit qu'il y a eu quarante ou cinquante hommes de tués ou blessés sur le vaisseau de M. de Piosin et son lieutenant ; si le fait est tel que je viens de le marquer, M. d'Antin ne peut pas savoir de nouvelles de ce combat. Il parolt , par ce que le Roi répondit hier à quelques questions qu'on lui fit sur ce sujet, qu'il n'y a point eu de vaisseaux coulés à fond de part ni d'autre. On parla aussi hier des maladies qu'il y avoit eues sur l'escadre et qu'il y étoit mort beaucoup de monde, et le Roi dit : «Je crois bien qu'il y en a quelquesuns a qui on a aidé à mourir, » ce qui prouveroit qu'il y auroit eu plusieurs combats particuliers. On ne sait encore aucun détail circonstancié ni certain de cette expédition . Beaucoup de gens croient que l'on n'est point content de M. le marquis d'Antin ; mais cela mérite confirmation, d'autant plus qu'il a toujours paru aimer son métier et y être fort appliqué. L'on dit que l'amiral Vernon (Anglois) avoit parlé et agi avec tant de fierté et de hauteur, que tout le corps des officiers étoit d'avis de le combattre, que M. d'Antin avoit toujours répondu qu'il avoit des ordres contraires, que sur cela M. de la Rocheallart lui avoit dit qu'il savoit ce que c'étoit que les ordres dont il étoit chargé, puisqu'on les lui avoit communiqués et

mtBsaire d'artillerie. L'usage est que les commissaires sont obligés d'envoyer un détail exact de la consommation de poudre qui so fait dans les différentes occasions. (Addition du duc de Luynes, datée du 23 avril 1741.)

qu'ils ne le dévoient point empêcher de punir l'amiral anglois dans une occasion aussi essentielle.

Du dimanche 23. — M"* de Bonneval mourut avanthier au soir, à Paris; elle étoil fille de M. le maréchal de Biron et par conséquent sœur de Mmc la comtesse de Gramont, de feu MBe de Sourches, de M"" la comtesse de Seignelay, de Mme duRoure, de M"" deBonnac, de M. le duc de Biron et du marquis de Gontaut. M. de Bonneval, peu de temps après avoir épousé M"* de Biron, passa en Turquie, oin il est encore actuellement.

M*" de Courten vaux mourut hier; elle étoit sœur du feu maréchal d'Estrées et de M,,e de Tourbes. Son mari étoit capitaine des Cent-Suisses et fils de M. de Louvois, ministre et secrétaire d'État de la guerre. Elle avoit eu deux garçons ; l'alné s'appeloit Louvois et avoit épousé une sœur de M. le maréchal de Noaillçs, qui depuis sa mort s'est remariée et s'appelle aujourd'hui Mra° de Manchini. Du premier mariage est venu un fils qui est M. de Montmirel d'aujourd'hui, qui a la charge des Cent- Suisses, lequel avoit épousé la fille de feu M. le duc de Gontaut, frère aîné de M. le^duc de Biron d'aujourd'hui , et de M"e de Gramont, sœur de Mme la duchesse de Huffec. Mme de Gontaut et Mme de Montmirel sont mortes; il reste à M. de Montmirel un garçon et une fille. Le second fils de 1$mt de Courtenvaux s'est toujours appelé Courtenvaux jusqu'à son mariage avec M"e Champagne, sœur de Hm* de Choiseul; il prit alors le nom de comte d'Estrées qu'il porte aujourd'hui , et son neveu, M- de Montmirel, a pris aussitôt celui de Courtenvaux.

Du mardi %b, Versailles. — L'on sait depuis deux jours l'arrivée de M. le marquis d'Antin à Brest; il y est arrivé malade et revient même en litière. L'on a eu enfin la relation du combat des quatre vaisseaux; ils étoient commandés par If . le chevalier d'Épinay, frère

de l'inspecteur. Il paroit que l'action a été extrême* ment vive ; elle fait infiniment d'honneur à M. d'Épinay et aux trois autres capitaines de vaisseau qui sont : H. le chevalier de Piosin, M. d'Estourmel et M. de Létanduère. Le combat est du 18 janvier. Les quatre vaisseaux trouvèrent l'escadre de M. Chaloner-Ogle, qui leur donna la chasse pendant quelque temps et détacha ensuite après eux six vaisseaux qui parurent ne vouloir joindre les nôtres qu'à l'entrée de la nuit ; ils nous approchèrent de fort près , demandèrent si c'étaient des vaisseaux françois , et dirent qu'ils étoient anglois. Us ne se contentèrent pas de savoir que nous étions françois, ils voulurent obliger M. d'Épinay à faire mettre son canot à la mer pour venir les trouver, ce qui , dans la marine, est regardé comme une soumission. M. d'Épinay refusa ; aussitôt un des vaisseaux anglois tira deux coups de canon à poudre , ce qui parut être un signal , car toute leur artillerie tira immédiatement après. A cette première décharge, M. de Béthune, qui étoit enseigne sur le vaisseau de fil. de Piosin , eut la tète emportée; il est frère de père de Mme la maréchale de Belle-Isle. Leur père, M. de Béthune, qu'on appelle le Cosaque ou Bé thune-Pologne, a été marié deux fois; sa première femme étoit Harcourt, mère de Mmc de Belle-Isle et d'un fils qui est mort. Sa seconde femme est M,le de Gesvres, dont il a eu ce jeune homme-ci, • qui vient d'être tué, et un autre qui est actuellement abbé.

Aussitôt que les Anglois eurent tiré, nous fîmes un grand feu sur eux, et cette première action dura depuis dix heures du soir jusqu'à onze. Ils recommencèrent à tirer à deux heures du matin et le feu fut plus violent que jamais, d'autant plus que la frégate de quarante canons que commandoit M. le chevalier de Piosin fut entraînée par les courants entre deux vaisseaux anglois. Le feu 4e c^non , de mousqueterie et de grenade fut des

plus violents. M. d'Épinay eut assez de peine à pouvoir dégager M. de Piosin ; et enfin les Anglois prirent le parti de se retirer, ayant un de leurs vaisseaux en partie démâté , et un autre encore plus incommodé. Dès que le jour fut venu, les Anglois, qui étoient déjà assez éloignés mirent leur canot à la mer et envoyèrent dire à M. d'Épinay qu'ils étoient au désespoir de ce qui étoit arrivé , qu'ils avoient cru que c'étaient des vaisseaux espagnols. M. d'Épinay répondit à l'officier qu'ils étoient en état de recommencer, que ce qui s1 étoit passé n'étoit rien , que si le jeu plaisoit aux Anglois, il ne tenoit qu'à eux de combattre de nouveau ; mais qu'ils feroient bien de s'en aller promptement, parce que s'ils différaient il alloit appareiller et s'avancer à eux. Au retour du canot, les Anglois s'en allèrent, et après qu'ils furent partis, M. d'Épinay continua sa route.

On eut nouvelle, avant-hier, d'une bataille de trentedeux mille hommes des troupes de la reine de Hongrie contre vingt-cinq mille Prussiens , où le roi de Prusse a fait des merveilles. La relation a été envoyée par M. de Rottembourg, et M. Chambrier. m'a dit ce matin que le fait étoit vrai. Celte relation porte que les Autrichiens ont eu 3,000 hommes tués et que les Prussiens ont perdu 1,500 hommes et pris huit pièces de canon. Cette bataille s'est donnée le 10 de ce mois auprès d'Olaw et s'appelle la bataille de Molwitz.

M. de Solar est venu ici aujourd'hui; il ne fera point part de la mort de M. de Carignan ; il a ordre de ne porter le deuil que trois semaines; ainsi le Roi ne le portera que quatre jours, et ce sera apparemment le prince de Carignan d'aujourd'hui qui fera part de la mort de son père.

Le Roi revint hier de Choisy, après avoir couru à Verrières; il ne fut point chez la Reine, et soupa dans ses cabinets.

Du samedi 29, Marly. — On apprit il y a deux ou trois

jours la mort de M. de Camas, à Berlin; c'est lui qui étoit ici, il y a un an, envoyé du roi de Prusse ; il est mort de maladie. On prétend qu'il n'aimoit pas la France et qu'il en avoit parlé dans son pays en termes à n'être pas ici fort regretté.

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