‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XVChapitre 21 sur 88 · MAL · texte numérisé non relu

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Gabriel nommé premier architecte du Roi en remplacement de son père.

turc à Fontainebleau. — Nominations diverses. — M. de Poniatowskt. — Mariage du marquis de la Force. — Mort de l'impératrice Amélie. — Le prince de Grimberghen. — Le duc de filzache. — Profession de foi du Dauphin. — M»e la Duchesse soupe dans les cabinets. — Nouvelles de l'armée. — Mylord Stairs. — Le Dauphin reçu chevalier de l'Ordre. — Note sur 1e dnc d'Orléans. - Mort de M. de Polaitron ; son caractère. - Le comédien

Romaniensi. — Lettre de M. de Poiastron. — Retour de Fontainebleau. — Mort de M«« de Croissy. — Architectes et contrôleurs des bâtiments. — Bâtiments de Choisy. — Bataille de Czaalau. — Mort de M. de Rarignan. — L'abbé de Ventadour élu coadjuteur de Strasbourg. — Mort du comte de Saint-Pol. — Audience du Clergé. — Le colonel Uorck. — Petit appartement de M"»e de Mailiy. — Maladies du prince de Rohan, de M»« de Ventadour, du maréchal de Nangis et du cardinal de Fleury. — Départ de MM. de Soubise et de Pfcquigny. - Audiences de congé de MM. de Flaming et de Lomellink — L'évêque de Laon reçu pair au Parlement.

Du mardi 1* mat, Fontainebleau. — Avant-hier, au travail du Roi avec M. le contrôleur général, la place de premier architecte du Roi fut donnée à M. Gabriel, dont le père qui avoit cette charge vient de mourir, comme je l'ai marqué. Il n'est pas le plus ancien contrôleur des bâtiments du Roi, mais S. M. a beaucoup de bontés pour lui, et il travaille très-souvent seul avec le Roi pour des plans et des projets. Gela se pratiquoit ainsi sous feu M. d'Antin, et cela a continué sous M. le contrôleur général.

Du mardi 2, Fontainebleau. — J'ai appris aujourd'hui que M. de Faudoas-Rocbechouart ayant donné sa démission des chevau-légers de Bretagne , cette compagnie a été donnée à M. de Colbert, sous-lieutenant des gendarmes-dauphins. Cette sous-lieutenance vaut 100,000 francs, et la compagnie vaut 125,000 livres; ainsi M. Colbert n'a que 25,000 livres à payer. M. de Colbert est fils de M. de Lignières, fils de M. Colbert, surintendant des finances; sa mère est Sourches, sœur de M. le grand prévôt. H. de Lignières a soixante-quinze ans, et M"* de Lignières soixante-dix-sept.

Avant-hier, lundi des Rogations , le Roi soupa dans ses cabinets; il n'y avoit point de princesses à cause du maigre; les dames étoient M"* la maréchale d'Estrées, M™ de Mailly et M- de Saint-Germain.

L'ambassadeur turc arriva hier ici; iL fait sa cour comme les autres ambassadeurs; le Roi lui a donné au-

jourd'hui une calèche pour aller à la chasse.

Dm mardi S, Fontainebleau. — L'ambassadeur turc alla vendredi dernier rendre visite à Mmr la comtesse de Toulouse j à la Rivière; elle avoit fait avertir presque tous ses amis, hommes et femmes. L'ambassadeur parut fort content de l'habitation dê la ïtiviere, quoiqu'il n'y ait que la manière dont les dedans sont accommodés qui puisse la rendre supportable ; 11 dit même qu'il avoit fait bâtir à Constantinople une maison à peu près dans ce goût-là. 11 dîna le samedi che» M. le prince de Rohan j et partit tout de suite pour aller coucher dans une terre de II: de Jonville (1), à quelques lieues d'ici > en s'en retournant à Paris. 11 y a eu pendant le séjour de l'ambassadeur ici une espèce de révolte dans sa maison, et il parait que lè maréchal* son gendre, lui donne beaucoup de chagrin. L'ambassadeur est d'un caractère sérieui, même un peu triste y mais d'un esprit sage et sensé.

J 'a vois marqué ci-dessus que M. de Ribeyre avoit été nommé à l'évéché de Digne. Cet évèché étoit vacant par la mort du P. Feydean, Jacobin ; mais l'évéché de Saint- Flour étant venu à vaquer, par la mort de M. d'Estaing- Saillant, qui le possédoît depuis bien des années, M. l'abbé de Ribeyre a été nommé à celui de Saint-Flour.

M. de Nestier, enseigne et chef de brigade des gardes du corps, dont le frère est écuyer de la grande écurie, s'est retiré; sa place a été donnée à. M. de Montmort, capitaine dans Épinay. M. de Montmort avoit acheté une charge de maréchal des logis de la cavalerie , et faisoit en Bohème les fonctions d'aide maréchal des logis de l'armée ; il doit revenir incessamment pour servir auprès du Roi.

J'ai marqué ci-dessus que M. l'abbé de Jumilhac avoit été noraftoé à l évèché de Vannes, vacant par la mort de M. Fagon ; mais j'ai oublié d'observer que M, Fagon avoit

(1) M. de Jofivilte ert on grnlilliMmw ordinaire du'Roi t qui ttt qnitte point

l'ambassadeur. ( Note du duc de In y nés. )

laissé à son successeur deux maisons meublées , l'Une â la ville, l'autre à la campagne. On estime tmë la valëtifr de celegsestaumoinfede 100,000 livres:

Samedi 5 de ce mois, M. de Ctialmàfcelj premier maître d'hôtel delà Reine, apprit ici la môM tlë M. dè Talàhi, son père.

Le dimanche 6^ AU matin ^ M. de PoUiatdwski ; tjui a déjà fait ici trois ou quatre voyages pour les affaires flli roi de Pologne -y prit congé du Roi et de la Reine; il retourne à Dresde, d'où il va en Pologne. L'Usage ici est oe ne plus paroitre à la Cour quand on a pris congé ; cependant M. de Poniatowski fut le soir au sotlper, & cote" de la Reine.

Ce môme jour, M. le duc de la Force et M. Amelot demandèrent l'agrément du Roi pour le mariagë dtè MUe Amelot, fille aînée du second lit de M. Amelbt, laquelle a treize ans et demi, avec M. le marquis de la Force,' second fils de M. le duc de la Force* qui est actuellement en Bohème à la tête de son régimerit. On lui a envoyé utt congé pour revenir ici à l'occasion dé ce mariage. Oil donne actuellement à M,u Amelot 200,000 livres valait* 10,000 livres de rente, et le Roi lui donne 10*000 livreS de pension.

Ce même jour, dimanche 0, M. de Pîcquigtty travailla avec le Roi au sujet d'une cornetté vacante dans les ch&vau-légers. M. de Brizé Dénon ville* qui avbit cette charge, a demandé à se retirer ; il avbit un brevet de réteriuè de 67,000 livresque le Roi a accordé à M. de Sourchès, aiisfei cornette dans cette compagnie ; et le Roi a nommé à la' place de cornette M. le Coigneux, dont le père étoit maréchal de camp des armées du Roii

Ce même jour dimanche , M. le comte de Priego, cidevant prince d'Havré, prit congé ; il va joindre l'Infant don Philippe et servir auprès de lui. L'Infant est encore en Provence, suivant les dernières nouvelles.

Hier lundi 7, le Roi soupa dans ses cabinets; il y avoit

sept dames , Mme la Duchesse, pour la première fois du voyage ( elle n'y avoit pas même soupé le dernier voyage de Fontainebleau), Mademoiselle, MUo delaRoche-sur-Yon, Mme la maréchale d'Estrées, Mm" de Mailly, de Boufflers et d'Antin , et dix ou douze hommes.

Du même jour 8. — On apprit il y a huit ou dix jours la mort de l'impératrice Amélie (1). M. le prince de Grimberghen en a donné part au Roi au nom de l'empereur, comme gendre de cette princesse. L'impératrice d'aujourd'hui (2) n'est point l'aînée de ses deux filles, c'est la reine de Pologne ; mais il a été convenu entre l'empereur et le roi de Pologne qu'ils donneroient part au Roi de cette mort chacun en particulier. Le ministre de Saxe étant malade, M. le prince de Grimberghen a pris le parti de faire part.

M. le prince de Grimberghen a reçu la nouvelle que l'empereur l'avpit fait son conseiller actuel ; il étoit déjà conseiller intime de l'électeur de Bavière. La charge de conseiller actuel de l'empereur est assez considérable; elle donne le titre d'excellence : il le reçoit même des électeurs; il donne aussi le droit aux femmes d'être assises devant l'impératrice.

Le temps du départ est fixé. La Reine part la première, ce sera le 17 ; le Roi et M. le Dauphin le 19 ; Mesdames le 21 . Le Roi a permis à Mesdames de passer à Choisy en s'en retournant ; le Roi y va d'ici, et il leur y donnera à dîner.

M. le Dauphin sera reçu dimanche chevalier de l'Ordre et fera demain sa profession de foi entre les mains de M. l'archevêque de Sens, comme évèque diocésain. On a expédié pour cet effet à ce prélat un brevet signé et cacheté du sceau de l'Ordre.

(1) Guillelmine-Amflie de Brunswick -Hanovre , veuve de l'empereur Joseph.

(2) Marie- Amélie, fille de l'empereur Joseph, femme de Cltarle*-Alnert, électeur de Bavière, empereur sous le nom de Charles V».

M. l'archevêque de Sens a présenté aujourd'hui M. l'abbé de Breteuil, fils du baron de Breteuil ; il est grand vicaire de Sens depuis quatre ans.

M. d'Egmonta présenté aussi aujourd'hui son second fils, le duc de Bizache, qu'il mène à Naples pour épouser la princesse de Caraccioli-la-Villa (1), et qui est héritière par femme d'une branche de la maison de Cellamare ou del Giudice. Sa mère, qui est contrefaite, bossue et boiteuse, s'appelle la princesse de Cellamare ; elle a environ cinquante^huit ans. Il y a dans la maison de Cellamare un majorât ou substitution , en vertu duquel tous les biens de cette maison , montant à 250,000 livres de rentes , après la mort du cardinal del Giudice et de la princesse de Cellamare, viennent nécessairement à Palné des enfants de M. le comte d'Egmont qui sera établi en Italie. C'est ce qui a déterminé ce mariage , d'autant plus que si la princesse Caraccioii -la-Villa en avoit épousé un autre, celaauroit pu donner occasion à des contestations, qui par là sont prévenues.

M. l'archevêque de Sens a été aujourd'hui chez M. le Dauphin pendant son dîner. Aux grâces, le chapelain qui étoit là pour les dire s'est retiré, et c'est ce prélat qui les a dites.

Du samedi 12, Fontainebleau. — Jeudi 10, M. le Dauphin fit sa profession de foi entre les mains de H. l'archevêque de Sens. Elle se doit faire ordinairement entre les mains du grand aumônier, qui est toujours prélat de l'Ordre ; en son absence, elle se feroit entre les mains du premier aumôniér, s'il étoit prélat de l'Ordre, comme cela s'est pratiqué du temps de M. Coislin ; mais lorsque le

(1) C'est le nom que m'a dit M. d'Egmont; il faut cependant qu'elle ait plusieurs noms, car on l'appelle la princesse del Jesso. (Note du duc de Luynes.)

(2) 11 parott, par les nouvelles que l'on a eues depuis le départ de M. d'Egmont, que ce mariage rencontre des difficultés. (Seconde note du duc de Luynes, datée du 12 juin 1742.)

188 MEMOIRES DU DtfC DE LUYKES.

grand aumônier n'y est point et que le premier aumônier n'a point l'Ordre , la profession de foi doit être faite devant l'évèque diocésain. L'évèque doit naturellement recevoir cette profession de foi chez lui, mais comme M. l'archevêque de Sens n'a point de logement au château ; mais seulement une maison à la ville; Un a jugé & propos que ce fut chez M. le Cardinal. C'est donc dans la chambre de M. le Cardinal, qui est après Son cabinet^ dans lë bâtiment neuf de la cour de la conciergerie. Cette chambre a été faite pour être sa chambre a coucher, mais il n'y couche poiht, èt il la prêta il y à quelques jour* à M. l'aN chevêquedè Paris. 11 n'y a eu aucune cérémonie ; utl fatlteuil pour fc. l'archevêque de Sertsj un carreau pou* M. le Dauphin> qui lut lui-même «a profêssior! de foi} après quoi M. le Dauphin se leva, et M. l'archevêque dë Sens debout lui fit une petite èxhôrtation qui ne dura qu'un moment.

Mercredi au soir, M"* la Duchesse étolt à souper chei moi; M. le duc de Villeroy y arriva vers minuit et parla asséÉ lorigtemps tout bas à Mra' la Duchesse. C'ëtbit jtour lui proposer d'aller le lendemain jeudi sôttper dahs !ë$ cabinets; Mme la Duchesse lui répondit dU'ellë êtoit extrêmement touchée des bontés de S. M., mais Qu'elle " étolt bien vieille poùr en profiter aussi sbtivènt. Cependaht le ftoi lui ayant fait dire le lendemain qu'il ne ht trouvoit point vieille et qu'il seroit bien aisé qu'elle J soupat, elle y fut souper le dit jour jeudi. Il est in Util* de répéter les dames * parce que ce sont tbujbtirs à péû près les mêmes. M. dè Maurepas y soupa le même jôUf ;

M"" de Montéclaire fut présèntee il y a quelques jolirS par Mme la princesse de Conty ; elleest fille de M. de Monthulé, chef du conseil de M. le prince de Conty, et son mari est second cornelle des ctievau-légers de la Reine ; elle est grande , bien faite et a une figure assez agréante.

La Reine a fait ses dévotions aujourd'hui veille de la Pentecôte. Le Roi est allé à la chasse, Mesdames y sont

allées aussi et Mme la Duchesse. Il y a souper ce soir dans les cabinets. Il n'y aura point de premières vêpres que cellés des Mathurins; la Reine les entendra en haut.

II n'y a rien de nouveau des deux armées de Bohême et de Bavière. M. le maréchal de Broglie, qui doit commander celle de Bavière, est toujours à Pisek, en Bohème, jusqu'à l'arrivée de M. de Belle-lsle.

La diète de l'empire, à Francfort, est ouverte du 27 du mois passé. M. de Belle-lsle y attend toujours le moment qu'il puisse partir pour aller prendre le commandement de l'armée de Bohème, dû il compte se rendre incessamment.

M. de Polastron, extrêmement ami de M. le maréchal de Belle-lsle et qui a eu plusieurs sujets de contestation avec H. le maréchal de Brdglte; est tombé dangereusement malade à son quartier de Wolin, près de Pisek, et les nouvelles que l'on a reçues de lui jusqu'à présent sont toutté au plus mal.

Les troupes autrichiennes paroissent se retirer à mesure que nos troupes avancent dans la Bavière.

Les gardes françoises et suisses reçurent ordre, avanthier, de partir à la fin du mois pour se rendre à Doua? et à Valenciennes. Il n'y a point encore d'autres troupes nommées pour former un corps d'armée en Flandre, et jusqu'à présent M. le bailli de Givry, frère de feu M. de Leuville, est le seul lieutenant-général qûi commande dans ce pays-là. Le débarquement des troupes àngloises à Ostendc et à Nieuport parolt eertain. Mylord Stairs est arrivé il y a déjà qttelques jours en Hollande avec la qualité damlflissadeur extraordinaire d'Angleterre , et y a débuté par nue harangue remplie d'an aèle indiscret pour sa nation et de la haine qu'elle conserve pour lès François. Ce mylord Stairs est le même qui étoit ici ambassadeur à la mort de Louis XIV. On se souvient encore avec indignation de la satisfaction et de la hauteur qu'il montra à la mort de ce grand prince.

Avant-hier le Roi a donné à M. de Gramont-Falon , de Franche-Comté , l'aide-majorité de la gendarmerie. Celte place étoit vacante parce que M. le marquis de Castelmor- Artagnan qui l'avoit est monté à une sous-lieutenance dans ce corps.

Du mardi de la Penlecôte 15, Fontainebleau. — Avanthier, M. le Dauphin fut reçu chevalier de l'Ordre; il y eut le matin/ chapitre. M. le duc d'Orléans y étoit, M. le duc de Chartres, M. le comte de Charolois, M. le comte de Clermont, M. le prince de Conty, H. le prince de Bombes, M. le comte d'Eu, M. le duc de Penthièvre, deux prélats de l'Ordre (1), M. le cardinal d'Auvergne et M. l'évèque de Langres, et vingt et un chevaliers. M. l'abbé de Pomponne y fit le rapport des preuves de M. de Narbonne et un assez long discours sur M. le Dauphin. Le Roi reçut M. le Dauphin chevalier de Saint-Michel dans son cabinet, suivant l'usage; ensuite il fut à la chapelle accompagné de tous les chevaliers, ce qui fait une espèce de procession, comme cela se pratique ordinairement. Les novices ont accoutumé de marcher les premiers à cette procession; M. le Dauphin, quoiqu'on habit de novice, marcha à son rang immédiatement devant le Roi. M. l'archevêque de Bourges officia. Immédiatement avant la messe, le Roi reçut M. de Narbonne; ensuite de quoi la grande messe commença; elle fut chantée par la musique; ce ne fut point un motet. A l'offrande il y eut apparamment quelque incertitude pour savoir si M. le Dauphin en habit de novice devoit suivre le Roi, suivant l'usage ordinaire; M. de Breteuil vint en parler à M. le Cardinal, qui décida que M. le Dauphin devoit suivre le Roi, ce qui fut exécuté. M. le Dauphin fut ensuite reçu comme tous les autres chevaliers. Ses parrains

(I) Ils étoient quatre en revenant, parce que M. l'archevêque de Bourges officia, el que M. l'archevêque de Narbonne fut reçu. {Note du duc de Luynes. )

étaient M. le duc d'Orléans (1) à sa droite, et M. le duc de Chartres à sa gauche; ensuite la procession revint comme à l'ordinaire. La Reine étoiten haut, dans sa niche, à droite de la grande tribune, et Mesdames dans celle à gauche. La Reine et Mesdames vinrent à l'entrée de la galerie des réformés pour voir passer la procession. J'oubliois de marquer que M. de Breteuil, avec un huissier et un héraut de l'Ordre , fut prendre M. le Dauphin chez lui et le reconduisit de même après la cérémonie. Mroc la Duchesse était en bas dans la chapelle, vis-à-vis le chœur des Mathurins, et en sortit un moment dans le temps que M. le Dauphin fut reçu. Voici ce qui remplis* soit les quatre nouvelles tribunes d'en haut. La première, à droite du côté du jardin de Diane : Mademoiselle, Mm« d'Atimont (Duras) et de Puysieux (Souvré); derrière elles M. le duc de Villars, M. de Vence. La seconde, à droite : Mrae la princesse de Conty, Mme* de Sassenage (Sassenage), de Chevreuse (Egmont-Pignatelli) et de Montéclaire (Monthulé); derrière elles, MM. de Tingry, de Montéclaire et un écuyer de Mm€ la princesse de Conty. La première à gauche : M"' de Sens, M0"* les princesses de Rohan ( Cou rci lion), de Gué mené, fille de M. le prince de Rohan, et de Soubise (Carignan). Dans la seconde à gauche, il y avoit M. de Campoflorido, M. d'Ardore, M. le bailli de Froulay et M. de Verneuil, introducteur des ambassadeurs. La musique étoit dans la tribune ordinaire

(1) Ce prince ne rient presque plus à la Cour et passe sa vie à Sainte-Geneviève. Outre cela, il n'a nulle curiosité de s'informer de ce qui se passe dans ce pays-ci, de sorte que les événements connus de tout le inonde sont quelquefois nouveaux pour lui. Il en donna une preuve le jour de la Pentecôte. M. l'évêque de Soissons ( Fitz-James ), en qualité de premier aumônier, éloit en liabit long violet , rochel et caroail , à la droite du prie-Dieu du côté du Roi, suivant l'usage. M. le duc d'Orléans lui dit : « Vous allez apparemment être reçu, » soit que M* le duc d'Orléans eût oublié que M. de Soissons fût premier aumônier, soit qu'il ignorât que ce fût le droit de sa charge , peut-être inOme l'un et l'autre. Mais ce qui est certain, c'est qu'il devoit savoir les prélats qui avoient été nommés pour l'Ordre , ce qui devoit l'empêcher de faire une pareille question. ( Note du duc de Lvynes.)

142 MÉMOIRES Ml DW DE LUYNES.

du côté gauche. Le grand balcon vis-à-vis, qui est ordinairement rempli par la musique, étoit occupé par des daines; il y a voit Ump de Campoflorido, ambassadrice d'Espagne, M'"" de Castel-dos-Rios , Mmc? d'Ardore, de Mailly (Nesle), de lluffec-duchesse (Gramont), de Gramont (Biron), de Maillebois ( Alègre), de Sourches (MaiUebois-Desraareta) , de Chat i lion (de Tillières), de Alontauban (de Mézières), de Brissac-douairière (Pécoil), M™ la duchesse oVAntin (Montmorency «Luxembourg) et son fils le petit marquis de Gondrin , M. le chevalier de Créquy et M. de Meuse. Il n'y avait que trois officiers de l'Ordre, M. de Maure pas étant malade. Aussitôt après la cérémonie, on apporta à M. le Dauphin le premier payement des 1,000 écus, comme à tous las chevaliers de l'Ordre; il dit à Binet, son premier valet de chambre, de lui garder cet argent, et qu'il en aurait besoin le soir même. Le soir, en effet, M. de Chàtillon alla de sa part prier M. le Cardinal de demander au Boi la permission que sur ce fond il pût 4isposer de 2,000 francs, en forme de pension sur sa cassette, en faveur de M. de Montigny, exempt des gardes du corps. M. le Cardinal eq rendit compte au Roi le soir, à son travail, et aussitôt que M. le Dauphin sut qu'il a voit la permission de S. M., il envoya quérir Montigny, qui n'avoit aucun soupçon de cette marque de bonté. Aussitôt qu'il l'aperçut, il courut à lui avec empressement et lui mit dans la main deux rouleaux de louis, faisant 2,000 livres, et lui dit : « Voilà le premier revenu que j'aie eu à moi, je vous donne 2,000 livres de pension sur ma cassette. » M. de Montigny est aini depuis longtemps c|e M- àe Chàtillon et a toujours fait sa cour fort assidûment à M. le Dauphin.

On apprit avant-hier au soir la mort de M. de Polastron. 11 mourut à Wo^n en Bohème, Je ^ ; U a voit eu un peu de fièvre, il s'étoit fait saigner etavoit pris médecine. Cette médecine lui donna une superpurgation dont il mourut au bout de peu de jours. U étoit lieutenant-.gén<iral et

«voit en depuis peu le gouvernement du Neuf-Brisach ; il étoit inspecteur d'infanterie lorsqu'il fut mis auprès de M- le Dauphin, et ne pouvant par cette raison exercer cette charge, le Roi lui en avoit conservé les appointements, qui sont de 8,0Q0 livres ; et ayant demandé à servir en Bohême sous les ordres de H. le maréchal de Belle-Isle, il avoit quitté M le Dauphin , et le Roi lui avoit conservé les appointements de sous-gouverneur, qui sont de 8 ou MQQ livres de rente (1), sur quoi il aYoit assuré 100,000 livres à M"* d'Andlau , sa fille, en la mariant. C'était un des meilleurs officiers des troupes du Roi ; valeur, sagesse, exactitude, grande application et goût pour $on métier ; s'il avoit même un défaut c'étoit peut-être 4'étre trop exact. Le roi de Prusse, qu'il avoit suivi pendant quelque temps avec un corps de troupes francoises de 5 ou 6,000 hommes, l'avoit extrêmement goûté. Ce prince n'a pas paru penser de même pour M. le maréchal de Rroglie, dont les pressantes sollicitations n'ont jamais, pû le déterminer de le venir joindre à Pisefc. Un conseil tenu par le roi de Prusse au sujet de ses opérations militaires donna occasion à M. de Broglic de se plaindre beaucoup de ïïi. de Polastron , qui avoit assisté au dit con-t seilj, disant qu'il ne l'avoit pas instruit entièrement de ce qui s'y étoit passé. Les lettres de M . de Polastron rapportées ici par V- de Belle-lsle ont fait sa justification , et la conduite même que M. de Polastron avoit tenue dans toute cette affajre a mérité l'approbation et les louanges du I^oiet de M. le Cardinal* ^'emperenr, qui aimoit beaucoup y. de pplastron, détroit que ce fut lui qui fût chargé du. siège d'Egra; mais M. le maréchal de Broglie, disan^avoir sujet de se plaindre personnellement de lui, ne voulut jamais y consentir, et refusa même de l'y faire servir en second, comme ille demandoit. Cette dernière circonstance

(I) 7,»00 livres, (iïote du duc de Lutjnet.)

est prouvée par la lettre que je joins ici qu'il m'écrivit quelques jours avant que de tomber malade. On peut dire avec justice que le Roi fait une grande perte. M. de Polastron joignoit au talent de la guerre une probité et une vertu qui l'avoient fait choisir par distinction pour être mis auprès de M. le Dauphin. Il avoit été extrêmement ami de M. le duc de Chàtillon; depuis un ou deux ans, M. de Polastron croyoit avoir eu sujet de se plaindre de M. de Chàtillon ; M. de Chàtillon avoit pensé de même de son côté. Les brouilleries entre M. de Polastron et M. le maréchal de Broglie, auquel M. de Chàtillon prend beaucoup d'intérêt, toutes ces circonstances avoient extrêmement refroidi l'ancienne amitié; malgré cela, il faut dire, à la louange de M. de Chàtillon, qu'il a été le premier dans cette occasion-ci à solliciter vivement les bontés du Roi en faveur de la veuve et du fils.

Il y a quelques jours qu'un comédien italien, nommé Romaniensi, mourut ici subitement ; il avoit été dangereusement malade; on lui avoit proposé de se confesser, il ne l'a voit pas voulu disant qu'il n'étoil pas assez mal. Le curé de Fontainebleau a refusé de l'enterrer en terre sainte, et l'on a transporté son corps à Paris, où les comédiens italiens ont un prêtre qui les confesse et un lieu où • on les enterre.

Le lundi ik de ce mois, le Roi fit son dernier voyage à la Rivière, où il soupa; il n'y avoit de dames dans le carrosse du Roi que Mmc' de Mailly, d'Estrées et d'Antin.

Le jour de la Pentecôte , le sermon , les vêpres et le salut en bas. Les sermons de la Pentecôte sont toujours assez mauvais. Celui-ci le fut encore plus qu'ils n'ont coutume de l'être. Les vêpres furent chantées en haut par les chantres de la chapelle. M. de Bourges y officia. Les deux fêtes, le Roi a entendu les vêpres, chantées par. les Mathurins, et le salut en haut.

Copie de ta lettre de M. de Polastron, du 20 avril 1742, dont il vient

d'être parlé.

J'ai reçu , monsieur, la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m écrire le 4, et vous suis très-obligé de votre compliment sur ïarraugement des deux armées que je savois il y a longtemps , et dont je suis en effet, par plusieurs raisons, très-content pour ce qui me regarde personnellement, mais je crains qu'il n'en résulte des inconvénients, surtout lorsqu'elles se joindront , ce qui ne peut s'éviter au deuxième mois de la campagne, à moins de succès malheureux d'un des deux côtés, ce qu'il faut espérer qui n'arrivera pas.

M. de Belle-Isle trouvera une armée bien affaiblie, et peu de précautions prises pour l'assembler et la faire sortir de Bohême. Je ne m'étendrai pas sur cela , parce que je pourrais être suspect par tout ce que j'ai eu et ai plus que jamais à essuyer depuis son départ. Comme je n'ai rien à me reprocher et que cela ne peut pas durer, il n'y a qu'à prendre patience. Je suis aussi sensible que je le dois à la part que vous avez eu la bonté d'y prendre et Mmc la duchesse de Luynes ; permettez-moi de lui en renouveler encore ici mes très-humbles remercîmemts et de l'assurer de mes profonds respects.

Je ne suis pas à portée de vous donner des nouvel les de M. le duc de Chevreusc, que je crois devant Egra, l'ayant laissé à Prague dans la disposition d'y voler d'abord qu'il seroit question du siège que M. le comte de Save fait à la place de M. de Leuville, que nous avons perdu, .le voudrois bien que cette suite de l'excès de son zèle lui procurât ce qu'il désire, sans attendre une promotion.

Je suis ici tout seul, avec M. de Tessé et trois bataillons, dans un quartier si éloigné de tout, que je ne peux rien mander d'intéressant. On assure qàe le roi de Prusse a quitté la Moravie avec les Saxons et les a ramenés avec ses troupes assez avant en Bohême ; ce qui seroit d'autant plus fâcheux que cela marqueroit de l'humeur de sa part et mettroit les ennemis en état de réunir toutes leurs forces contre nous et contre les troupes qui arrivent de France en Bavière.

Je crains bien que ma fille n'abuse des bontés qu'on a chez vous pour elle pendant le Fontainebleau, où elle est bien seule; j'ai cependant lieu d'espérer qu'elle n'y fera pas de sottise. Son mari est avec mon (ils au siège d'Egra ; il n'a pas tenu à moi d'y être aussi. J'avois prié M. le maréchal de Broglie de m'y envoyer en second, quoique je susse que l'empereur lui avoit écrit qu'il désiroit que j'en fusse chargé ; il m'a même refusé cette satisfaction.

Je vous demande, monsieur, la conservation de l'honneur de votre amitié et vous supplie de ne jamais douter de mon sincère et respectueux attachement Signé : Polastron.

T. iv. lu

Du dimanche 20, Versailles, — La Reine arriva ici de Fontainebleau le jeudi 17. Il n'y a rien de nouveau à remarquer sur l'arrangement de ses carrosses; elle avoit neuf dames avec elle, dont quatre dans le même carrosse et cinq dans deux autres carrosses du corps; il y avoit outre cela, comme à l'ordinaire, le carrosse des écuyers dans lequel étoit l'écuyer de quartier, l'écuyer cavalcadour, l'écuyer ordinaire etM. Delavigne, médecin du commun de la Reine, M. Helvétius, premier médecin, a eu plusieurs fois une place dans ce carrosse, mais comme il est aux eaux, M. Delavigne a eu la même place pendant ce voyage.

Avant-hier vendredi, la Reine sortit pour aller se promener à Sèvres. Elle demanda le matin à l'écuyer ordinaire si elle avoit des chevaux en état d'aller et lui dit d'aller s'en informer, Ce fut cet écuyer ordinaire, qui est M. Coulon, qui vint en rendre compte à S. M., en présence même de M. de Farges, écuyer cavalcadour.

Mercredi 16 de ce mois, M** de Croissy mourut à Madrid, chez M. le premier président, d'une colique. Elle étoit Brunet de Rancy; elle avoit au plus cinquante ans. Son mari, qui a porté pendant longtemps le nom de chevalier de Croissy et à qui on avoit donné le nom de poupin d'amour, est le frère de M. le marquis de Torcy et le propre neveu de feu M. Colbert.

-M. le Dauphin arriva hier ici de Fontainebleau ; il alla dîner a Choisy. 11 dîna avec le Roi ; il n'y avoit point de dames à ce dîner. Le Roi fit dîner avec lui M. de Chatillon et M. l'évèque de Mirepoix, les deux petitsde Montauban et d'Estaing qui étoient aussi venus avec M. le Dauphin. M. de Mirepoix étoit venu dans le carrosse même de M. le Dauphin, suivant l'usage ordinaire, mais il n'avoit jamais mangé avec lui. Les deux sous-gouverneurs, M. du Muy et M. le chevalier de Créquy, et les deux gentilshommes de la manche, MM. de Puiguyon et de Montaigu, mangèrent à une seconde table.

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