‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XVChapitre 24 sur 88 · I. LBTTRE DB M. DB PUTSIBUX · texte numérisé non relu

I. LBTTRE DB M. DB PUTSIBUX

a Salkemteio, 9 oui 1743.

Les situntîons d'une armée changeant d'un moment à l'autre, il ne faut pas être étonné si l'on est obligé aussi quelquefois de changer de langage; nous étions, par exemple, il y a deux jours aux expédients pour avoir de la subsistance seulement pour une nuit, et aujourd'hui nous commençons à en trouver; le maréchal de Torring(2), qui a vu que nous avons su nous en procurer par nos détachements, s'est offert, pour éviter le désordre qui commençoit à se répandre dans le pays de son maître et dans ses propres terres, à nous fournir des fourrages jusqu'à Deckendorf. Il aurait pu et dû s'y prendre de meilleure grâce ; au reste ce secours est bien peu de chose, et nous retomberons bientôt dans l'embarras si les magasins que Ton dit qui ont été assemblés par nos commissaires sur le Danube ne descendent bientôt avec nos ponts ; car, je ne cesserai de le répéter, sans des subsistances, des ponts et du concert dans les opérations , point de salut. Dieu veuille que tous ces points se réunissent.

L'on ne peut rien dire de précis sur notre position, étant celle d'uue armée qui marche en avant par différents corps qui se séparent pour la facilité des subsistances. Le maréchal de Torring est actuellement à Straubing; ses troupes occupent les quartiers des environs de cette ville, à la gauche du Danube. M. de Ravignan est aussi à Straubing, assez incommodé; M. le duc d'Harcourt part pour la Bohême avec dix bataillons ; M. de Villemur aussi avec cinq.

Nous resterons peut-être encore quelques jours dans ces envirous-

(1) M. de Puysieux était brigadier des armées dn Roi, et commandait une brigade de cavalerie dans l'armée de Bavière , placée sous les ordres du duc d'Harcourt, et après lui du comte de Saxe. Les lettres de M. de Puvsieux forment une histoire intéressante des opérations de cette partie des troupes françaises en Bavière.

(2) Commandant en chef les troupes bavaroises ou impériale», en Bavière.

ci , uniquement pour gagner du temps et pour laisser un peu reposer les troupes, qui en avoient grand besoiu.

Les ennemis sont toujours dans la même position, tenant quelques postes sans ponts depuis l'embouchure de î'Iser jusqu'à Passau , et paroissent toujours borner leur défensive ù la rivière d'Inn. La fourniture de la viande commence à manquer ; l'on ordonne aux régiments de faire tuer des bœufs; on leur en promet le remboursement sur-lechamp, et cependant lorsque les officiers vont chez le trésorier pour s'en faire payer, on leur répond qu'il n'y a point d'argent; ce qui produit un assez mauvais effet.

Nous apprenons que les ennemis sont retournés à Munich ; mais ils n'y vont point assez en force pour craindre d'autre événement que le pillage de cette ville, dont la bourgeoisie a fait quelque résistance.

On apprend aussi dans le moment , de Passau, que M. de Kevcnhuller (1) veut brûler le pont de bois qui communique au château pour en reconstruire un de bateaux qui ne puisse être insulté par nos batteries.

La maladie de M. de Rarignan (2) continuant, M. le duc dUarcourt

a diffère son départ.

Page 1