‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XVChapitre 25 sur 88 · Lettbb db M. db Puysibiix · texte numérisé non relu

Lettbb db M. db Puysibiix

k Meder-Afoicb (t), le S Juin 1749.

M. de Kcvenhuller a fait passer presque toute son armée de ce côtéci , les premières troupes de ce général n'étant qu'à deux lieues d'ici. Il peut ^supposé que ce soit son dessein) être sur nous en six heures de temps. Ou fait monter ses forces à 18,000 hommes et 12 pièces de canon ; celles de l'armée du Roi ne consistent qu'en 8 petites pièces de campagne, 10,000 fantassins effectifs et 1,600 chevaux. C'en serait assez si les généraux mêmes , par une bizarrerie sans égale , n'avoient affecté de décrier notre camp depuis le moment qu'ils ont vu l'ennemi s'approcher, et de répandre que les troupes étoient découragées. Les colonels et les majors de tous les régiments , informés de tous ces bruits, sont venus trouver M. le duc d'Harcourt (4), et lui en ont

(1) L'un des généraux de la reine de Hongrie en Bavière.

(2) Commandant en chef un des corps français en Bavière.

(3) Sur le Danube, eutre I'Iser et la ViU, près de Deckendorf. On écrivait alors Nieder ou Nider-Altach.

(4) M. le duc d'flarcourt avait succédé à M. le marquis de Ravignan, mort le 16 mai. a Straubing, au commandement des troupes françaises en Bavière.

inarqué leur étonnement , eu rassurant qu'il trouverait dans le soldat toujours la même bonne volonté.

Dans cette position M. le duc d'Harcourt a tenu un conseil de guerre , dans lequel il a été résolu de tenir ce camp-ci , et qu'en cas que Ton y fut attaqué , d'y faire entrer quatre bataillons palatins et quelques eseadrons bavarois.

Il est constant que ce camp est bon , et il avoit été trouvé tel d'abord par les généraux mêmes ; mais pour qu'il soit défendu , il ne faut pas, comme on l'a fait sans rime ni raison, inspirer de la méfiance et de la crainte au soldat

M. d'Hérouville (1) vouloit qu'on se retirât à Deckendorf ; on lui a fait voir que cela ne se pouvoit, parce que ce poste n'étoK pas tenable étant soumis à plusieurs hauteurs ; outre qu'il faudroit perdre, en se retirant, les magasins que Ton y avoit assemblés et ceux qui étoient ici. D'autres étoient d'avis d'aller jusqu'à Straubing; ou leur a démontré qu'outre la terreurque cette démarche inspirerait aux troupes, l'on y seroit encore suivi par M. de Kevenhuller, et que ce seroit abandonner à l'ennemi les deux rives du Danube et le haut Palatinat , et nous ôler la communication avec l'armée de Bohême ; ou leur a objecté encore que le pays qui est à droite , à gauche et derrière Straubing, étant fort ouvert, on perdroit l'avantage d'être supérieur en iufanterie. Nous aurous dans quelques jours les dragons du Languedoc et douze pièces de canon qui nous viennent de Straubiag. Nos ponts commencent à descendre ; M. le maréchal de Torring a Uni le sien à Pladling. Les ennemis l'ont masqué sur-le-champ avec quelques troupes que les Bavarois ont écartées à coups de canon , et ils eu out retranché la téte ; ils attendent de jour en jour six mille Hessois. Ce renfort arrivé , ils seront en état de faire une diversion , et le maréchal de Torring a promis qu'il la feroit. Il nous est arrivé avant-hier bonne provision de poudre et de balles dont nous manquions.

M. le maréchal de Broglie (2) a écrit à M. le duc d'Harcourt qu'il ne pourroit le joindre qu'à la fin du mois , et il lui a répondu avec la vérité et la droiture de cœur dont lui seul est capable, que sa présence devenoit de jour en jour plus nécessaire , et qu'il le supplioit instamment de presser son départ.

Les ennemis ont présentement deux ponts depuis Vilshofen jusqu'à Pleinting. L'on dit (mais cela demande confirmation) qu'ils ont replié la moitié de celui qu'ils ont jeté à Pleinting vis-à-vis d'une île où ils ont établi, dès le commencement qu'ils y sont arrivés, une batterie

(1) Lieutenant général.

(2) Lé maréchal de Broglie était alors en Bohème.

de quatre pièces de canon qu'ils ont laissé subsister, et qu'ils tirèrent sur nous il y a quinze jours lorsque nous fûmes les reconnoltre.

Telle est notre position présente; elle pourrait être plus commode et plus tranquille, mais aussi ne paroît-il pas qu'on doive pour cela sonner l'alarme. Mous sommes débarrassés dos gros équipages, et l'on s'en passe fort bien. Il seroit à souhaiter seulement que le pain et la viande ne fussent pas si cher, car l'officier a bien de la peine à vivre; la paye de campagne, à laquelle il est réduit depuis le premier de ce mois , l'a mis au désespoir ; et en effet il y en a beaucoup qui manqueront réellement du nécessaire.

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