LBTTRB DB M. DB PUYSIEUX A. M,Me LA DUCHBSSB DE LUYKB
Nioder-Àltaich, 21 juin 1742.
M. ,de Kewenhuller commence à manquer de subsistances dans son camp. L'on sait par des espions que ce général a intention de s'en procurer, soit en nous attaquant , ou du moins en nous obligeant de nous déposter ; et il l'auroit peut-être déjà tenté s'il n'avoit été retenu par la considération des événements qui peuvent arriver en Bohême. D'où l'on peut conclure que si les affaires ne changent pas bientôt de face de ce côté-là, nous ne tarderons pas à voir éclore les manœuvres auxquelles l'ennemi se prépare journellement de ce côté-ci. Il est triste, dans de pareilles circonstances, de voir que M. deRouville (1), qui devoit être le premier à rassurer les troupes de cette armée, soit au contraire celui qui, par indiscrétion, y jette de la méfiance. Nous avons présentement 20 bataillons faisant 10,000 hommes effectifs, plus 30 escadrons qui en font 3,000. Dans six jours nous aurons de plus le premier bataillon d'Enghien et le second de la Marck.
L'on espère que les Hessois et quelques autres troupes joindront dans six jours les Bavarois, et alors ceux-ci pourront former un corps de 13,000 hommes, ce qui composera entre eux et nous une armée de 26,000 hommes avec laquelle l'empereur, piqué au vif, voudrait fort que l'on agît offensivement; ce qui cependant ne se peut guère jusqu'à ce que nous ayons vu plus clair dans les affaires de Bohême et que notre pont de bateaux soit descendu.
M. le maréchal de Broglie a écrit ici , de son camp sous Prague. Enchanté de la grâce qu'il a reçue du Roi, il dit peu de chose de sa sisuation ; il mande seulement que M. le prince Charles n'osant pas l'attaquer dans sa position , nous devons nous tenir très-ensemble , et être fort attentifs aux détachements que ce prince pourroit envoyer contre nous -, il ajoute qu'il ne sera pas si tôt ici , voulant y reconduire avec lui les dix bataillons qu'il a tirés de cette armée. Fasse le ciel que ces arrangements particuliers puissent conduire au bien général.