‹ Mémoires du duc de Luynes sur la cour de Louis XVChapitre 28 sur 88 · Lbtteb de M. dbPcysibux · texte numérisé non relu

Lbtteb de M. dbPcysibux

Nicdcr-Altaich. 25 Juin (742.

Nulles nouvelles précises de Bohême, et celles qui nous en viennent indirectement sont plus capables d'inquiéter que de rassurer. Si les af-

(I) C« nom est sans doute mal écrit; nous croyons qu'il est question du comte d'Hérou ville, lieutenant général.

faires (je ne cesserai de le répéter) ne se rétablissent pas tout à l'heure deee côte-là par quelque coup d'éclat, il n'y aura plus que de tristes espérances à concevoir pour le cours de toute cette campagne. I^s Hessois doivent joindre après demain les Bavarois. Le maréchal de Torring, déjà fort embarrassé de la subsistance de ses troupes, ne sait comment il en fournira à celles-là, qui sûrement s'en retourneront aussitôt qu'on les laissera manquer de la moindre chose. Dans cette extrémité, le général de Torring a pressé vivement M. le duc d'iiarcourt de lui faire fournir des magasins du Roi les fourrages dont il avoit besoin; celuici lui a répondu qu'il lui étoit impossible, n'ayant encore pu jusqu'à présent rassembler des fourrages pour l'armée du Roi que pour trois jours au plus ; ce qui n'est que trop vrai. Ce refus cependant a piqué le maréchal de Torring.

Comme il seroit insensé dans les circonstances présentes d'imaginer de faire un seul pas en avant , j'entrevois que si l'on est forcé de mettre la faux dans les blés, on sera aussi bientôt obligé de rétrograder faute de fourrages, outre que ce malheureux pays-ci sera entièrement ruiné ; à moins que M. de Kevenhuller, parla même raison, ne soit contraint de se retirer en arrière , sans combattre (chose qui est à désirer, mais dont on ne doit pas trop se flatter). M. le maréchal de Torring est toujours dans sou camp de Plading (1) , où je crains bien que par trop de confiance il ne se laisse surprendre, l'ennemi paroissant vouloir jeter un pont à Landau sur l'Jser. La destruction de ce corps entraîneroit la perte du nôtre, ou du moins une retraite fort précipitée. INI. le duc d'IIarcourt fait l'impossible pour persuader au général de prendre une autre position, qui seroit celle de venir couvrir le pont de Deckendorf (2) ; elle seroit beaucoup plus sûre à tous égards et nous mettroit plus ensemble. Le maréchal de Torring avoit paru d'abord y conseutir; mais depuis qu'il se voit prêt à être renforcé par les Hessois , il croit que rien ne sera capable de résister, et il voudrait même engager M le duc d'Harcourt à lui donner dix escadrons de son armée, ce que nous ne ferons pas assurément.

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