MFlMOinKS DU DUC DR LUYNKS
mais la sappurationconliniie sans aucun acrident. I.a tèle est toujours fori libre , l'esprit fort gai et le réveil trèsiiet.
Le Roi s^est promené ce matin deux heures à cheval,
uniquement pour faire de l'exercice. Il vient de se promener à pied dans les jardins. Il a vu en rentrant MM. de Vernage et de la Martinière, qui paroissent coDleuts de l'état présent.
La nuit du 9 an 10 n'a pas été aussi tranquille que la précédente; ily aToitdèshier au soir de Taugmentation dans la fièvre; à minuit elle étoit très-forte , et la peau qui a presque toujoui*s été moite Tétoit l^eaucoup moins dans ce moment. Kntre une et doux heures, la moiteur s'est rétablie^ mais pas aussi abondante qu'elle Favoit été dans la journée d'hier^ la fièvre étant toujours très* considérable. La souffrance étoit grande, parce qu^il y a beaucoup de boutons et par conséquent une abondante suppuration. Il y a eu des temps de rêverie dans la nuit jusqu'à quatre ou cinq heures; c'étoit pendant le sommeil et pendant le premier réveil ; mais M**' le Dauphia réveillé parfaitement étoit entièrement à lui. Actuelle* ment (1) la fièvre est encore forte, mais la peau est moite et il n'y a aucun changement à la suppuration. Plusieurs de mi. de la faculté à qui on a parlé disent que la violence de la fièvre est un accident nécessaire et que l'on ne doit pas en être effrayé dans le temps d une suppuration abondante.
A neuf heures la fièvre étoit tombée, la suppuration à son point de perfection et la moiteur très-grande. C'est réiat dans lequel la Reine vient de quitter M*' le Dau* phin.
La lièvre augmenta assez considérablement vers minuit, la nuit du 10 au 11; mais moins forte que précé-
(f) Une heure après midi. (A*o/e àu dvede iM^nes, )
dente. M. Delavifirne dit A k Reincî, A minuit, qiril y avoit moitié moins de (i^vi t; qu<^ la veille ; co^jt'iidant l;i peau étoil devenue moins luimide ; mais malgré cela la nuit a été assez bonne. Il y a eu trois ou quatre heures de sommeil; on a mis de la crème sur le visage, qui a été fort enflé, mais qui commence à diminuer , et tout est dans le meilleur état qu'il soit possible, à deux heures apr^s midi. A neuf heures dusoir ce honétatse soutient. M*"^ le Dauphin est entré dans son neuvième jour à six heures après midi^ et tout paroit annoncer que cette nuit ne causera point d'alarmes. 11 y a cependant un peu plus de fièvre qu^hier à pareille heure, mais M'' le Dauphin est tranquille et a Tesprit gai.
La nuit du 11 au 12 s'est fort bien passée. L'augmentation de la lièvre hier ne fut qu'une houllV'e, qui dura environ deux heures. A minuit M. Lieutaud vint rendre compte à la Reine; la moiteur étoit abondante , la Iran* quillité très-grande, et les boutons du visage presque entièrement secs. A trois heures après minuit le [)()ul8 s'est un peu élevé; cette augmentation a duré jusqu'à cinq heures, sans causer ni inquiétudes ni agitations; M*^"^ le Dauphin a été fort tranquille toute la nuit, mais il a [)eu dormi. 11 est midi; la tiévrc est médiocre, les boutons sont secs au visage et à la poitrine et presque sur tout le reste du corps, excepté ceux qui sont venus les derniers.
M. Ponce, qui ne s'est pas encore déshabillé, dit qu'il s'en ira demain, on aprés-de^iain au matin, parce qu'on n'aura plus que faire dr lui.
\ huit heures du soir, il n'y a presque plus lié\ l e. ; M'' le Dauphin est tranquille et m^me de fort bonne humeur.
La nuit du 13 au 13, 11'^ le Dauphin se réveilla èonaee
heures un quart, après avoir dormi trois quarts d'heure. Le pouls étoit alors pru plus élevé ; mais mali^ré Taui;mentalion de la lièvre, elle étoit moindre que la veille à pareille heure. Cette bouffée a duré jusqu'à une heure et
9K mi^:moires du duc de lutnes.
demie. M'' le Dauphin a pris un bouillon entre quatre et cinq heures, et s'est endormi sur-ie-champ ; il dormoit encore à huit heures et demie. On compte que la .suppuration est entièrement finie.
11 est huit heures du soir. M"*^ le Dauphin a (eu deux évacuations dans la journée, que Ton regarde comme na- Inrolles; on vient de lui donner un lavement qui lui a lait rendre beaucoup de bile. Toute la faculté convient qu'il n'y a plus de fièvre. . . ' .
Du 14> abùt> deux heures après midi. Siept ou huit heures de sommeil, qui n^a été interrompu que par an bouillon ; [>oint de fièvre ; les boutons du visage séchés ; une médecine prise ce matin, et qui a beaucoup purgé ; Tesprit toujours fort tranquille et fort gai. C'est le meilleur bulletin et le plus agréable que Ton ait fait.
M"' le Dauphin a changé^ à sept heures du.soir, de chemise, de'draps/et même de lit. La cbëmisé qà^il aî mise fut portée hier par M"* la Dauphin'e'. Il trè84>ien et fort gai. • •
Du 15. M'^'"le Dauphin, qui étoit mal à son aise dans son petit lit^ a été mis dans un plus grand, entre une et deux heures apirès minuit. 11 s'y est endormi aussitôt, et dormoît encore à huit heures et demie du matin. Lès'médecîns sont entrés^ et lui ont touché lè pouls^ sans qu'il' se réveillât. Ils Font trouvé très-net. Les prières de qujArante heures ont lini aujourd'hui.
Du 16. W [e Dauphin a dormi cette nuit depuis onze heures jusqu'à quatre. Il a pris un bouillon, et s'esjt rendormi jusqu'à sept, qu'on Ta éveillé pourlvi faire'prendré médécine.' Il a été très-bien purgé; il est sànâ fièvre et très-gai.
Du 17. MM. les médecins Ponce et Vernage ont été renvoyés aujourd'hui i\ Paris dans un carrosse du Roi. M. Lieutaud, médecin de la Charité de Yei'sailles , a eu permission de retourner chez lui. Le Roi a donné à ces trois médecins chacun 1,500 livres de pension. Avant
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leur départ on leur a fait servir un grand dlner^ chez M. Bioet, et on leur a donné du vin de Tokai.
Il est réglé d'hier que M*' le Dauphin ira à Mendon. Gomme il n'y a point de meubles^ ïe Roi a ordonné qu'on en prit à Marly.
Du 19 août, sept heures du soir. M^' le Dauphin a été purgé très-bien aujourd'hui dans la matinée; cependant il n'a pas encore faim. Jq sors de chez lui ; il est fort gai, et iBÛt yolontiers la conversation. 11 chante de tout son coeur (1).
Les spectacles h^ont point été interrompus pendant la maladie.
Du mmedi 12, Versailles. — Le Koi alla hier pour la première fois à la chasse ; c'étoit chasse à tirer. S. M. s'éloi t prome née le 9 et le 10 à cheval, et se promena ensuite à pied dans les jardins.
On ne peut assez louer l'assiduité et l'exactitude de M. le duc dé Bouillon. On ne sait par quel hasard il ne fui averti de la maladie que dans le temps que le Roi
(1) M^rie Dauphin n*a pris en tout pendant sa maladio qu'environ quatorze ou quinze grains d'éimUique. Je le sais de Tapoltiicaire même, à qui je l'ai ent^du conter à Msr le Daupliin.
Ùtoe eiroopalan^ deb luladie de iHV le Dauphin dont j*ai oublié de parler, èi'eit que lé ueovièaiê ou dixtème joiir,daiia le tempe qœ les inqaiétiidea comuieB^ieiit à se calner, la fièvre «abeiatant toujours, il y eut une alarme qiù heureusement ne fut pas générale. Quelqu'un de la Taculté, que je ne nommerai pas, crut que la fièvre étoit indépendante de la petite vëroU*; Pélat de cette maladie, dans son opinion, ne devant pas donner occasion à autant de fièvre; il pensoit que c'étoit une fièvre inaligne. Ce sentiment fut combattu par tous les autres de la faculté, et avec jaisoo. Je ne sais plus si ce fMà j*oeca8ion de ce m'ème ralsonDemeiit, ou si ce n^aToit pas été quelques fodrs aoparevMt, que l'alamie aori^élat de lâ fièvre alla joiqn'aii peint de faire proposer une troisième tlricnée do pied et d'aller éveiller le Roi. M. de Bouillon, qui étoit présent, dit que pour lui il ne so chargeroit pas d'aller riiez le Roi, ne voyant pas que cet effroi fût fondé, d'autant plus que le sentiment contraire étoit presque général et que l'on disoit que l'étal de la maladie demandoit une lièvre presqu'aussi forte que celle dimton a'alarmoit, et qu'il n'y evoit d'aecidenta que ceux qni derojciit être nalurellement. {Note du dne
10 MI^:M01I11uS du duc DI. ia!YNK.S.
passoit sur le boulevard en venant ici; maïs depuis ce moment il n'apas quitté W le Dauphin ; il a passé toutes l«;s nuits , ne prenant que trois ou quatre heures dans chaque matinée pour aller se reposer. MM. les premiers g'entilshommesde la chambre y ont été aussi fort assidus;
11 n'y a que M. le duc de Fleury qui n'y a pas été» le Roi lui ayant défendu d'y aller^ H. de Fleury n'ayant jamab eu la petite vérole.
Du samedi 19, Versailles. — J'ai ouï conter aujourd'hui ii M. de (iL'svres que le mercredi au soir 2 de ce mois le Roi, étantà Compiègne etsoupanl au grand couvert, fort inquiet des nouvelles qu'il avoit eues de M*' le Dauphin; appela M. de Gesvres, et lui dit tout bas que le Dauphin avoit eu mal au cœur, qu'il avoit vomi , et qu'il avoit mal aux reins, et puis lui demanda ce qu'il pensoft de cette maladie, et s'il n'avoit point de nouvelles particulières. M. de Gesvres, n'en avoit point eu encore dans ce moment. Le Roi avoit déjà donné des ordres pour son départ, mais ce ne fut qu'à minuit qu'il se décida à partir. Il est certain que le Roi décacheta plusieurs lettres particulières pour savoir ce que l'on pensoit de la maladie.
Lorsque le Koi dit à M. de Gesvres qu'il alloit partir, M. de Gesvres se détermina à partir en même temps que le Hoi, ou peu après, et lit avancer des relais à lui sur le chemin. M. de Richelieu, qui revint avec M. de Gesvres, fit donner aussi des ordres à ses relais ; il y en eut un qui manqua, ce qui les obligea de passer par Paris. M. de (ilesvres envoya sur-le*champ demander iV la Ville un de ses atlelaees qui les mena à Versailles.
J'ai appris à cette occasion que la Ville a toujours huit attelages tout prêts pour le moment où elle peut en avoir besoin. C est un loueur de carrosses de remise qui est chargé de fournir ces attelages; il touche pour cela une certaine somme de la Ville tous les ans , et quoiqu'il puisse faire d'autres usages de ces carrosses et de ces che-
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vaux, il est obligé à tous les temps et à tous les moments de fournir ces huit attelages ; s'il n'avoit pas de chevaux chez lui^ il fàudroit qull en trouvât chez ses confrères. Il est fort rare que ce cas arrive^ parce qu'on sait ordinairement quand la Ville peut en avoir besoin.
Le Uoi alla jeudi 17 à Clioisy; il y soupe aujouid iiui et revient coucher à Versailles.
La Heine a vu ce matin M. Lévcque , président de l'élection de Gompiègne. Il vient de la part de cette ville savoir des nouvelles de M'' le Dauphin.
Du dimanekê 20^ VertaHles. — 11 fut décidé dès mercredi ou jeudi dernier que Ton chanteroit aujourd'hui un Te Deum à la chapelle. Les anciennes disputes se sont renouvelées à cette occasion. On peut voir c«! (pic j*ai écrit sur cela en 1745 , à l'occasion du Te Deum chanté . pour la bataille de Fontenoy. M. le duc de Fieury a *pré* tendu que comme premier gentilhomme de la chambre en année, c'étoit à lui à prendre Tordre du Roi pour le Te Deum, et à la musique de la chambre à l'exécuter. M. l'évêquc de Rennes soutenoit : que les décisions qui avoient été données en faveur de la chambre n'avoient pas été précédées d'éclaircissements sui'tisants; que le droit naturel semble donner à la musique de la chapelle la préférence pour exécuter toutes les prières, motets ou actions de grâce dans la chapelle ; enfin qu^il y avoît des exemples de part et d'autre ; que H. de Blamont avoît • déjà voulu faire exécuter un Te Deum de sa composition, Campra, mailre de quartier à la chapelle , étant déjà en place pour faire exécuter le sien, et que Campra n'avoit jamais voulu lui céder la place; que la musique de la chapelle, comptant son origine .dès le règne de François I^, est plus ancienne que celle de la chambre ; que les surintendants étoient même si peu en usage de faire exécuter des Te Deum, que ce n étoit (jue depuis peu d 'années qu'ils on avoient coujposé j que l'on ne pou voit pas citer Texemplc (ic3L de Lalande, puisqu'il étoit en même
m MËMOIHKS DU DUt DK LUYMËS.
temps À la ftéte de la musique de la chambre et de la musique de la chapelle. M. de Keniies ajoutoit que, quand môme le Koi ne voudioit pas décider en ce moment en laveur de la musique de la chapelle , il étoii très-aisé de faire le même arrangement qui avoit été suivi une où deux fois pendant les campagnes du Roi et & Toccasion de ses victoires^ qui étoit'de faire chanter le Te Ikum à la messe par la musique de la chapelle^ et avant ou après le salut parla musique de la cliand)re. Cet expédient, que la Reine avoit trouvé bon en Tabsence du Uoi, auroit pu souffrir dans ce moment-ci quelques difficultés. La Reine avoit consenti, en Tabsence du Roi, que Ton chantât le T$ Deum à la chapelle comme un autre motet , et par conséquent sans aucun cérémonial. Il est vraisemblable que cet arrangement n'auroit pas satisfait M. dé Kennes, qui auroit désiré premièrement recevoir l'ordre du Koi, et (jue ce fût un prêtre de la musique de la chapelle en surplis qui entonnà,t le Je Deum. Uuoi qu'il en soit, M. de Rennes attendoit hier que le Roi fût revenu de Ghoisy, et se trouva à son coucher. Il lui demanda Tordre. Le Roi lui répondit quil Pavoit donné à M. de Fleury . M. de Rennes voulut faire quelques représentations , le Koi ne parut pas vouloir les écouler, et le Te Deum a été exécuté ce matin à la messe du Koi par la musique de la chambre. C'est un chantre de la grande chapelle en surplis qui Ta entonné , et M. de Blamont qui a battu la mesure.
Le Roi et la Reine étoient à la grande tribune en haut
avec Mesdames toutes (juatre. M'"'' la Dauphine a assisté au Te Deum; mais elle a voulu être en bas derrière le cbœur^ atin qu'on ne la remarquât point de la tribune, il n*y a eu rien cette après- dlnée que le service à l'ordinaire.
Ce soir^ avant le grand couvert, MM. les premiers gentilshommes delà chambre, c'est-à-dire M. de Fleury,
font tirer un feu d'artitice sur le milieu de la terrasse au-
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dessus de Latone; mais ce n'est qu'un petit feu ; *Jls appellent cela un bouquet. Il n'y a t|ue trois joui*s que ce feu est ordonné : ainsi, on n'a pas pu faire de grands prél^atiis ^ oa se sert des mêmes choses q^ui avoieni servi à la naissance de M. 1^ duc .de Bourgogne.
11 est décidé d*hier au soir que le Roi ira dimanche 27 de ce mois à Notre-Dame; il ira de Ghoisy et reviendra coucher à Choisy ; il entrera dans Paris par la porte Saint- Bernard. La Reine y ica de Versailles, où elle reviendra coucher.
11 est aussi décidé que le Roi partira le 25 septembre pour aller à Ghoisy et de là à Fontainebleau.
Le Roi a été tirer tous ces jours passés ; il n'avoit point sorti depuis son retour de Compiègne. Il parolt qu'il y a
beaucoup de perdreaux cette année. Le Koitua 300 pièces dans une chasse à lui seul , et VOO dans une autre, lui seul aussi, entre le Houle et Neuilly, sans compter ce
. qui fut tué par M. ' le duc d'Orléans, M. de Çhaulnes et 9&on fils, à qui Ton avoit donné permission ce même jour dans un canton séparé. . .
11 y a trois ou quatre jours que l'on sait que M*^"^ le Dauphin doit aller pendant quelques semaines prendre Tair à la campagne. On parloit de Trianon, Marly et Meudon; enfin Meudon a été décidé; il doit y aller le samedi 26. Gomme il n'y a point de meubles à Meudon, on y en porte de Marly. Il est rare qu'il y ait un événement , quelque
. peu considérable qu'il soit, qui ne donne occasion à des questions. 11 y en a eu par rapport aux logements de Meudon. C'est le grand maréchal qui travaille avec le Hoi pour les logements de Complète et de Fontainebleau et autres. Danà les voya^ à Paris, c'est le gouverneur du chÀteau des Tuileries quireçoitles ordres du Hoi pour les logements que S. M. veut bien y donner. Pour Versailles, Trianon et Marlv, c'est M. le comte de Noailles ^ui prend l'ordre du Roi comme gouverneur.
~ On distingue maisons royales e.t habitations royales.
fOI MKMOIRRS DU DUC DK LUYMKS.
EnlÎQ il a été décidé que M. de ChaïupceueU^ coiume gouverneur de MeudoD, recevroit les ordres pour les logements.
M*^ le Dauphin fut purgé hier pour la seconde fois.
Je n^avois point eu Thonneur de lui faire ma. cour encore, ayant été incoiimiodé; je le trouvai daus son lit; il n'a ni la panjlc ni la physionomie changée. Il est actuellement plutôt gris que rouge; il est tout aussi gai que s'il n'avoit jamais été malade. 11 mangea hier un potage^ sans avoir faim ; il a mangé aujourd'hui du poulet avec plus d'appétit. Il n'y avoithier dans sa chambre que M"* la Dauphine et M'"* de Brancas (Clermont) et M. de Gesvres. Le grand thandjellan ou les premiers gentilshommes de lacbambre, qui alternativement y passent la journée, s'assoient au pied du lit, le rideau tiré, ou, pour être plus à leur aise, dans le fond de la chambre. Pendant toute la maladie. H"* la Dauphine a eu de si grandes attentions, non-seulement pour eux et pour les médecins, mais pour tout ce qui étoit utile au service de M'^'le Dauphin, qu'elle ne vouloit point que personne se levât quand elleentroit ou sortoit, et qu'elle se mettoit sur un tabouret plutôt que de déranger un médecin qui étoit dans un fauteuil. Hier M"** la Dauphine demanda un verre d*eau pendant que j'y étois. M. de Gesvres prit la serviette, en fit une honnêteté àM^'de Brancas, et sur son r^us, la présenta à M™' la Dauphine. Ce n'est qu'une politesse dans ce cas pour la dame d'honneur; car le droit est certain chez M^^^e Dauphin pour le premier geatilhomme delà chambre. Si la Heine y étoit avec sa dame d'honneur ou sa dame d'atours, M. de Gesvres convient qu'en pareil cas le service doit être présenté par la dame d'honneur ou la dame d'atours à S. M., parce que la Reine est toujoui-s censée chez elle lorsqu'elle est chez ^Fle Dauphin. Dans ce moment-ci que les portes sont encore fermées^ et que même les grandes entrées n'entrent presque que comme les autres, après avoir lait demander au premier gentil*
liuimiic de la chambre, le porte-manteau qui porte la robe de la Heine , ou en son absence un des valets de chambre de la Reine, n'entre point; c^eai le grand chambellan ou le premier gentilhomme de la chambre en son absence, ou le premier valet de chambre de If le Dauphin, lorsqu'ils n'y sont ni l'un ni l'autre, qui prennent la robe de la Heine en entrant et en st)i'lant.
11 y eut, il y a deux ou trois jours , un combat de politesse entreM.de Uichelieu etM'^'^de Brancas, Tancienne dame d'honneur. M*' le Dauphin avoit passé dans son cabinet et s'y étoit mis sur une chaise longue. M"* la Dauphine, comme je l'ai dit, couche dans le grand cabinet entre des paravents; mais c'est toujours le cabinet de M"' le Dauphin. 11 fut question d'un verre d'eau et d'une serviette; grands compliments de pari et d'autre i ce fut M. de Richelieu qui la donna.
Une preuve de la gaieté de W le Dauphin est la réponse qu'il a faite aujourd'hui à -M.- le maréchal de la Mothe. La Reine a envoyé ce matin M. de la Moihe savoir de ses nouvelles et lui demander s'il avoit faim ; il lui a répondu d'un air fort majestueux : x Dans un prince tel que moi, la nourriture ne doit être qu'un amusement et non un besoin ; je ne mange que pour ne pas morUfier i'amour-propre des autres mortels. »
Du lundi âl , Versailkê. — J'avois toujours cru que MM. de Grignan étoient en leur nom Grignan ou Adhémar; j'ai appris aujourd'hui que leur nom est Castellane, de môme maison que M. de Castellane ci-devant ambassadeur de France en Suisse, et le beau-frère de M. Rouillé. Un Castellane épousa en [1498] Théritière d'Adhémar-Monteil, seigneur de Grignan ; à Poccasion du mariage ils prirent le nom d*Adhémar (1). M. de Monteil, qui a été avec M. de Bouftlers à Gènes , et qui étoit alors
(I) Voy. le DicttonniUre de la noMeue de Ltclieiiaye*Desl)ofa, tome IV, pages.
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major de Septimanîe, est Adhémar-Monleil; il rapporte dans ses litres no contrat de mariage de 1250, où IM. d*Ad-
bémar ont signé comme parents.
M. de Monteil étoil capitaine d'infanterie quand M. de Hichelieu le voulut avoir dans Seplimanie dont il le fit major. Quoique le régiment de Septimanie^ n'ait point été à la bataille de Raoeoux, M. deMonteiL demanda peiv mission de venir à Tarmée du Roi; il se trouva à cette bataille, et fut toujours àcôté de M. de Boufflers qui, comme Ton sait, essuya un feu prodiffieux à la tôte du régiment (If son tils. Ce fut là que M. de Boufflers comnienra à connoitre M. de Monteil; il lui trouva de Tesprit^ de l'application, de la capacité, et prit de l'estime et de Tamitié pour lui. M. de Boufflers ayant eu ordre de se rendre secrètement à Gènes, il demanda un ordre du Roi pour que M. de Monteil Ty vint trouver ; M. de Monteil reçut cet ordre sous le deriiit'i' secret ; p.ir conséquent il ne pouvoit rien dire à M. de Richelieu; cette situation Tembarrassa. It alla chez M. de Hicbelieu^ et ne Tayant point trouvé , il lui écrivit avec la même familiarité que M. de Ricbelieu lui avoit permis d'avoir avec lui; il ne le fit même qu'après avoir pris conseil, et il partit. Lorsque Ton sut qu'il «Muil à (iêiies, M. de Richelieu, parut très-mécontent de ce dr park , mais comme il ne pouvoit trouver mauvais qu'on lui eût fait mystère d'un ordre du Roi, ilse plain^nit delaformedelalettre. M. deMonteilarrivéàGénesfutau»-
sitôt employé par M. le duc de Boufflers, <pii, lui trouvant les talents propres à mériter sa confiance, le chargea de
plusieurs commissions, dont il s'acquitta très-bien. Gênes fut délivré; M. de Boufflers mourut, et M. de Bissy vint commander à sa place. M. de Bissy donna un détachement à M. de Monteil pour aller lever des contributions, pendant que le chevalier Chauvelin avec un autre détachement observoit les troupes commandées par M. de Nadasti. M. de Monteil exécuta cet ordre avec toute Tintelligence et le succès d'un ofticier expérimenté. Il savoit
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le temps que M. GhauveliD devoit éire dehors avec son détachement^ et suivant ce ealcal il pou voit faire plus
que ce qui lui avoit été commandé ; il mai cliH en avant, laissa une partie de son détachement , et avec quelques troupes légères il s'avança assez pour jeter l épouvante presque jusqu'aux portes de Milan. Pendant ce temps 1A. Ghauvelin rentra avec son détachement plus tôt qu*il n'avoit été convenu. M. de Nadasti ne trouvaniplus d'obstacles fit avancer un corps detroupes qui enveloppa la plus grande partie du détachement de M. de Monteil. M. de Monteil, séparé par les torrents et augmentation des rivières survenue après des pluies abondantes, ne put re* joindre ses troupes, et j^it le parti de faire sa retraite avec son petit corps; il exécuta ce projet avec- toute Tintelligence et la capacité possibles^ pendant, quinuwnte lieues, et ne perdit que 10 hommes, qui ne purent soutenir la fatigue de cette marche; mais la plus grande partie de son détachement avoit été enlevée avec toutes les contributions levées dans leur expédition. Ce fut dans ces circonstances qu'il trouva, en arrivant à Gênes, M. de Hichelieu, qui avoit été envoyé pour commander à la place de M. de Bissy. lamaisohangementnepouivoit être plus défavorable à M. de Monteil. M. de Richelieu prévenu contre lui le voyoit dans un moment où ilparoissoit qu'il avoit fait une faute; aussi lui parla-t-il d'abord de manière à lui faire sentir.qu'il n^étoit pas content; mais après envi- - ron quinze jours, connoissant combien M. de Monteil étoit à portée de rendre des services essentiels et combien il étoit au fait du pays , il l'employa, et plus il le connut , plus il lui donna son estime et sa conliance. Tout ce qui s'étoit passé lut oublié; et les sentiments que je viens de dire furent bientôt suivis de Tamitié la plus vraie et la plus sincère. M. de Monteil n'a présentement aucun bien que le régiment de Nivernois, que le Roi a bien voulu lai donner, et S,000 livres de pension dé Sa Majesté. Son père avoit 22,000 livres de rente en l>elles terres en Dau-
108 MhMOIAl*^ DU DUC Ukù LUYMKS.
phîné ; mais une maîtresse qii^il avoit à Toulouse le détermina à aller s'établir en Languedoc : il vendit ses terres, et en acheta fort cher aux environs de Toulouse ; il ne put payer que la moitié du prix, fut hors d'état de faire les réparations nécessaires, et les créanciers ont saisi tous les revenus. Il ne restoii de ressource à M. de Monteil le fils que sur les biens de sa mère ; mais pour ne point faire uu procès à son père , il a mieux aimé renoncer à la poursuite de ses droits.
Il est toujours certain que le Woï et la Keine iront di- 'Uianche 27 de ce mois au Te Deum à. Paris. On sait d'aujourd'hui que le Hoi partant de Cholsy passera à Meudon, et de là viendra ou au Rond du Cours, ou au Pont-Toarnant pour rejoindre la Reine, et que LL. MM. iront par le même chemin et dans k même temps à Notre-Dame (1).
C'est ce qui avoit été dit d'abord, mais on a su après dîner que le Roi ira vendredi après souper coucher H Clxoisy pour courre le cerf samedi à Senart, que le dimanche il viendra à Meudon voir M'*^ le Dauphin, d'où il joindra la Reine à Sèvres, et après le Je Deum le Roi ira souper et coucher à Bellevue.
. Hier le Roi tint conseil d'État; il rendît un arrêt qui supprime un manuscrit qui a pour titre : Réponse à une hrochut e ituitu/ée : fnstruclion importante touchant les couleslations au sujet de la bulle Unigenitus.
H y eut à ce même conseil un autre arrêt, qui casse Tarrêt du Parlement du 19, rendu contre le vicaire et deux porte-Dieu de Saint-Étienne-du-Mont. •
Le feu d*hier fut tiré à neuf heures un quart ; il dura cinq minutes. Il fut très-vif et bien exécuté. La girandole delà fin, qui étoit extrêmement grande, fut d'autant plus
belle, qu'il y eut une espèce d'augmentation d'artifice qui y fit un très-bel effet.
(1) Cet auangfineat a été encore changé. Voyei ci-aprè3« (Noie du duc de iMynes,)
Le Roi, la lieiiio et iMesdainos virenl le l'eu H'uu lialcon au milîea de la galerie. M. de Fleury nous a dit aujourd'hui qu'on avoit fait répéter huit ou dix fois aux artificiers leurs exercices; ils étoient quatre; ils n*ont pas eu
beaucoup de temps pour se préparer, puisque l'ordre n'en fut donné que vendredi dernier. Dès aujourd'hui tout est défait et il n'y paroit plus. La prodigieuse quantité d'artifices qui sortit du milieu mit le feu aux planches ; cela faisoit Teffet d*un feu de joie ordinaire , tel qu*on en fait avec des fagots. Le plus grand inconvénient qui en
• arriva fut le retardement de l'illumination. Cette illumination, du c<Mé du jardin, ctoit l'alto avec des lampions ,sur la tablette du cùté du parterre du nord, et autant du côté du parterre de l'orangerie. 11 y eut aussi des lampions autour des bassins. W le Dauphin vit très -bien le feu de sa chambre ; il avoit demandé à M. de Biron de faire mettre sur la terrasse des soldats des gardes pour empêcher la foule d'approcher de ses fenêtres (1). M. de Biron demanda l'ordre du Roi, et cela fut exécuté.
. • L'illumination du côté de la cour, composée de lampions autour de la grille royale, et à terre des deux cùtés delà cour et même de la cour royale, étoit allumée .avant le feu.
L'envoyé de Tripoli dont j'ai parlé ci-dessus doit
prendre congé demain de M. Rouillé. Il a vu aujourd'hui le Roi, la Reine et la famille royale dans la galerie. Il est /t;rand et d'une belle ligure ; il est accompagné de son tils et de .son gendre. Us étoient dix-sept ou dix-huit dans la galerie vêtus de même, excepté l'envoyé et son (ils, qui avoient de pi us beaux habits. I^e Roi leur a fait donner 100 livres par jour pour leur dépense à tous depuis qu'ils sont en France. Ils ont resté longtemps à Moulins sans avoir eu permi.ssion d'aller plus loin, jusqu'à ce que le Roi ait
(t) L*appartement du l>aa|4iin était aa rei-de-cliftossée.
110 MÉMOIRRS DU DUC DB LUTNES.
eu toute ia .satisfaction qu'il désirait do Tripoli. L'escadre que l'on avoit envoyé croiser dans la Méditerranée les a obligés d^obéir; ikooi amené hait ou dix chevaux de leur pays, à courte et à longue queue, dont ils ont iiut présent au Roi, et qu'on a mis à la grande écurie. On m'a dit ([ue cet envoyé a eu le titre d amljass ideur dans plusieurs autres cours ; on lui fera la même espèce de présent, et peut-être au fils et au gendre, que le Roi fait aux ambassadeurs des cantons suisses, une très- belle médaille d*or avec une chaîne d'or. On m'a dit aussi qu'on ajonfoit à ce présent des carreaux des Gobelins.
J'ai ouMié de marquer la manière dont ils font leurs révérences. Je n'étois pas avec lui à l'audience du Roi ' dans le cabinet à son arrivée; maisj'étois auprès de lui dansla galerie lorsqu'il vit la Reine et Mesdames.
Leur révérence parott peu respectueuse suivant nos usages; ih ne font nulle inclination du corps , mais seulement ils portent la roaio sur la poitrine et la reportent , aussitôt en ;ivant.
Il est vrai, conmie je Tai dit, que le Hoi a décidé en fa- veur du gouverneur de Meudon pour les logements; mais il eut la bonté de dire au grand maréchal que c'étoit sans conséquence pour une autre occasion. Le grand ma* réchal avoît compté travailler avec le Roi pour ces logements à cinq heures après midi, suivant l'ordre qu'il en avoit reçu le jour même que le Roi décida en faveur de M. de Champcenetz. Les raisons qui ont été alléguées contre le droit du grand maréchal ont été que du temps de Honseigneury ce n'étoit point M. de Cavoie qui faisoit les logements de Meudon ; que les fonctions de grand maréchal des logis n'étoient que dans le cas des voyages ou des campagnes de guerre, et que cela étoit prouvé par Tusage constant des logements à Versailles, MarJy, Trianon, la Meutte et Ghoisy. Le grand maréchal répond que Meudon n'étoit sons le feu Roi qu'une terre particulière non réunie à la couronne et que le Roi avoit donnée à feu
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M*"" le Dauphin; que M"'" le Dauphin reij;ardoii cette maison comme à lui en propre , et faisoit faire les losements par qui il vouloii ; que le Roi étoit le maître de réduire les droits ordioairesuttachés à la charge de grand maréchal^ mais que de tous temps le grand maréchal avoit toajonrs failles logements partout où le Roi étoit ; qu'il est vrai que ' M. Blouin, premier valet de chambre du Roi et gouverneur de Versailles, avoit fait les logements de Versailles du temps que M. de Cavoie étoit grand maréchal des logis, mais que cet usage s'étoit établi pendant que l'on y bàtissoit, et que le Roi avoit dit à M. de Cavoie qu'il lui rendroit les logements lorsque les bâtiments seroient finis. La noie de cette proddesse s'est trouvée écrite de la main de M. de Cavoie dans ses papiers.
A l'égard de Choisy et de la Meutte , le Roi avoit dit à lui, M. de la Suze^ que ne voulant point à ces voyages être servi par sa maison (puisqu'en effet c'est une dépense particulière qui se fait en chaque lieu par les ordres du gouverneur )y' ce n'étoit point le cas de faire des logements, n parott que M'' le Dauphin auroit désiré que ce fût M. de la Suze qui se raêïàtdece détail^ et il est vraisemblable qu'il s'en mêlera dans une autre occasion.
Il paroit que MM. les premiers gentilshommes de la chambre' ne regardent pas la décision du Te Deum en leur faveur comme lé gain d'un procès; ils disent que toutes réjouissances sont du droit de* leurs charges, et que cet usage des Te Deum a été de tous les temps ; il n^y a de musiciens de la chapelle employés en pareil cas que le seul prêtre qui entonne le Te Deum y parce qu'il n'y a point de prêtres à la musique de la chambre; que MM. les maîtres de la chapelle ont fait plusieurs fois des tisntatives , inais qu'elles ne leur ont pas réussi; que 'dans les sacres des Rois, dans les [)ompes funèbres, c'est toujours la chambre. Cependant aux services solennels, c'est le service de la chapelle jusqu'à l'oraison funèbre^ ensuite c'est la chambre. 11 est marqué
113 MKMOIRKS DU DUC DR LUÏNKS.
«I.tiis li's i'« î:islr<'s il»* la chaiiilii r t|irau sacre d«î Louis XIV le siirmltiiidant do la nuisiqu<; do la cliambre se translata à Heims, avec vingt-deux musiciens, et y fit exécuter sa musique^ et qu'on lui lit doDoer 50 écus de gratification pour lui et les vingt deux musiciens.
Hier après le salut, à six heures du soir, le Roi revint chez lui, changea d'habit et s'en alla en carrosse jusqu'à la pit'ce des Suisses; il descendit, et lira à pied depuis là jusqu'à la Ménagerie; il revint à huit heures; il avoit tiré 200 coups et avoit tué 176 pièces.
On eut hier la liste des voyages que le Roi se propose jusqu'à celui de Fontainebleau. On la trouvera ci-après :
Du 26 au 28 à Choisy ; à Bellevue du 29 au 31 jusque apn^'S le souper. Le ï septembre chasse à Saint-Ouen et (toucher à Bellevue. A Choisv du 5 au 7 : ;\ Crécv du î> au 14 ; à Choisy du 1('> au 18 ; à Choisy du 20 au 22, et vers le 25 à Choisy et de là à Fontainebleau.
Da samedi 22, Versailles, — Mardi, jour de l'Assomption , le Roi , la Reine et Mesdames entendirent la grande messe en bas; elle fut chantée par M. l'évcque de Laon ( Rochechouart), et ce fut M""' du (MiAtelet ( Kocliechouarl ) qui quèla. L'après-dlnéc , le Hoi , la Reine et Mesdames descendirent encore en bas pour les vêpres. M. de Laon officia, et fit après les vêpres la procession ; elle auroit dû être dans la cour, elle ne fut que dans Féglise, à cause de Fincertitude du temps.
J'ai marqué ci -dessus que Madame Adélaïde loge chez M"'" la duchesse du Maine ; cet apparleinent sera vacan! «juand Madajne Adélaïde entrera dans le sien , car M"" la duchesse du Maine Ta rendu, ne voulant plus venir ici.
Ce même jour mardi , M. le baron de Schetier le cadet eut sa première audience, qui tut une audience particulière. Il éloit conduit par M. Dufort, le nouvel introducteur des ambassadeurs, etacoompai^né par notre baron de Schel'fer, qui nous quitte, et qui iinincdiutcnient après Taudiencc de son frère rentra fort triste pour prendre
AOUT iy»«. lis *
audience de congé. IL part cette nuit pour Stockholm (1). Il est en France depuis 174^. Sa douceur, sa politesse, l'étendae et l'agrdment de son esprit^ qui est fort orné, lui ont acquis grand nombre d*ainis; il sait beaucoup, parle très-bien , et écrit en notre langue singulièrement bien, et plus correctement que ne pourroient faire grand nombre de Franc )is. Quoique les raisons qui l'ont fait rappeler en Suède soient très-lionorables pour lui^ puisque c'est pour lui donner une place dans le sénat et profiter de ses lumières et de ses' conseils , il est pénétré de douleur de quitter la France; on ne peut lui en parler sans voir couler ses larmes. Il est aussi infiniment regretté, parce qu'il mérite de Tétre.
Il y ahuitou di,\ jours que je vis ici M. de la Fayardie, secrétaire d'ambassade de M. d'Havrrncourt. C'est un gentilhomme de Périgord, quia été en Suède avec M. de Lanmarie en qualité de secrétaire d'ambassade; il y a toujours demeuré depuis ce temps-là dans la même qualité auprès de H. d*Havrincourt. La santé de M. de la Fayardie et son mariage l'ont engagé à demander permission de revenir. M. d'Havrincourt a présentement un autre secrétaire d'ambassade.
M. de la Fayardie a épousé par amour une fille (2) de
(1) Il a différé son départ d'environ quinze jours. (^Vo/fr/w duc de Luynes.)
(2) Le père de M"'' de la Fayardie est chambellan du roi de Suède; il est dans l'ordre de la noblesse, mais il n'a été anobli qu'en 1718. Ils disent être de la nème maison que MM. de Gittendiourg; m»is M. de Gillembourg, président de la chanoellerle, aTolt été anobli par Cliaries Xt. La nolileise s'acquiert en Suède par le mérite et les talents. Tout le monde rend justice à la probité et à la capacité de M. le comte Tessin , et la nation auédotoe lui a donné en dernier Vmi des preuves éclatantes de sa ïsingulière estime pour lui, lui ayant conservé le titre de gouverneur du prince royal et les appointements de 4,000 écus de notre luunnuie altachéà a cette place ; cependant le père de M. le comte Temin élirft maçon ; il fot fait sénateur par Charles Xil et créé comte par la Reine, sœur de ce prince.- M"» la comlcMo de Bielk, belle- «œur de M. le comte Teasin, lui donna un jour k souper à Stockholm, et ▼ou- Jant sans doute lui donner un désagrément marqué, qu*il semble qn*elle auroit dû éviter, elle fit mettre sur son escalier on morceau de marbré noir forî
114 MÊMOiUES DU DUC DE LUYI^iËS.
coodition de ce pays-là, qu'il a amenée avec lai ; elle est grande, bien faite et a un fort bon maintien ; son nom est
Lconsep. Elle étoit protestante, elle s'est convertie; elle a fort peu (Je bien. J'ai fait plusieurs questions à M. de la Fayardie sur la Suède et principalement sur la diète. On sait qu'il y a quatre ordres en Suède : la Noblesse, qui est le premier, le Clergé, qui n'est que le second, les Bourgeois et les Paysans. Lorsque la diète est indiquée, chacun des ordres y envoie des députés. Les dépotés de la noblesse à la deiiiiôre diète étoicnt au nombre de 800; les scnaleurs n^n font point partie; ils doivent au contraire rendre compte à la diète toutes les fois qu'ils en sont requis. Les députés du Clergé étoient au nombre de 80; ceux des Bourgeois, de 90, et ceux des Paysans, environ 130. Chacun de ces ordres a un lieu d'àssemblée particulier. Avant que de commencer les délibérations, chaque ordre s assemble séparément et fait l'élection d'un orateur ou Talleman ; cet orateur n'aie titre de maréchal que pour Tordre de la Noblesse. Ces élections se font à la pluraUté des voix et par scrutin. C'est le maréchal et les trois orateurs ou Tallemans qui proposent, chacun dans leur district, les différentes affaires ; mais la manière de les traiter et discuter est ré*
servée au cuiuité. Ce comilé est composé de 100 personnes : 50 de la Noblesse, 25 du Clergé, et pareil nombre des Bourgeois. Les paysans n'y sont point ad* mis.
éclairé où on avoit gravé CM motl : « Cette maison fut b&tie en telle année» par Nicolas Teiaio, alors maître naçon. » M. de Tenin n*en Ait pas moins gai pendant le souper, et dit le lendemain à M"* delà Fayardie, de qni je sais ce
détail t « H"* de Bieik a cru me faire de la peine, mais elle n*y a pas réassi ;
je sais ce qnVtuil mon père; je suis fort aise qu'on Paît ]ugé digne des titres qui lui ont otf accordés. » M'"c de Tessin est Spaa ; sa nièie avoil épousé » ri
preatieieb noces M , dont elle a eu une lille, qui a épousé M. de BieIk, qui
s'est eonverlie et qni demenre à Rome, el en secondes noces M. Spaa, père de M"* de Tessin. (Note du due de IvyiMf.)
AOUT m%. lis
Les charges de sénateurs valent environ 3,000 écus de notre monnoie d'appointements, sur quoi ils sont obligés de payer 500 écus de capitation. II n'y a que seize places de sénateurs, dont plusieurs n'ont presque que leurs 2,500 écus pour vivre, et quoique les' vivres y soient moins cher que dans ce pays-ci , ils le sont cependant assez considérablement. La viande y vaut 6 sols la livre ; le pain blanc y est rare, parce qu'il y a peu de froment en Suède; on n'y mange communément que du pain de seigle. U n'y a nul spectacle à Stockholm; une assez mauvaise comédie pendant quelques mois de Pan* née. On n'y connolt point la magnificence des maisons ni des jardins, et fort peu celle des tables. Le roi et la reine de Suède tiennent leur cour deux fois la semaine, le mardi et le jeudi; ces deux jours ils dînent et soupent eu public avec des hommes et des femmes; il suffit d'être colonel pour être admis à cette table. C'est le maréchal de la cour qui fait la liste , et ordinairement les ministres étrangers ont Thonneur de manger avec LL. MM. lorsqu'ils viennent à la cour. Ils s'arrangent ensemble pour n'y pas venir en même temps. Les jours de cour, sur les sept heures du soir, le roi et la reine se mettent au jeu. Les jeux ordinaires sont le trécet, le piquet, le quadrille. On commence à y jouer à la comète.
Du dimanche 23, Vinmlles. — Il parut avant-hier deux arrêts du conseil, Tun pour la suppression d'un manuscrit qui a pour titre : Réponse à une brochure intitulée: Instruction imporlanle louchanl les contestations au sujet de la bulle Unigenitas; l'autre qui casse larrôt du Parlementdu 19, rendu les chambres assemblées, par lequel le vicaire de Saint-Étienne-du-Mout est banni pour trois ans et condamné à une amende de 10 livres, et deux porte-Dieu de cette paroisse , Fun condamné au blâme et à 10 livres d'amende, l'autre à être admonesté et à 3 livres d'amende. Outre l'arrêt du Parlement du 19, il y en a un autre du 17, rendu sur le rapport de
MN. les gens du Roi, pour supprimer plusieurs écrits qui
paroissent dans le public. Le rapport de MM. les gens du Roi mérite d'être lu par sa singularité; mais ce qui n'est pas moins singulier, pour ne pas dire davantage, c'est que Messieurs du Parlement ayant très-grande connoissance de Tarrèt da conseil du 21 qui casse celui du Parlement du 19, plusieurs Tayant lu et peut-être Tayant dans leur poche , MM . les gens du Roi furent mandés hier, pour savoir par (juelle raison ledit arrêt du 19 n'a voit pas été publié, mais seulement imprimé et affiché; ils répondirent qu'ils avoient exécuté ce qui est ordonné par Tarrèt , et cela est exactement vrai. Ils reçurent ordre d'aller sur-le-champ le faire publier, ce qui fut exécuté; de sorte que dans le même temps on crioit dans les rues * Tarrét qui casse et celui qui est cassé.
Je ne mets point ici la suite des arrêtés du Parlement: on les trouvera dans une relation suivie par ordre de dates (1).
11 est aisé de comprendre que la guérison de M'' le Dauphin donne occasion aux bons et mauvais poètes d'exercer leurs talents, ceux-ci par des vaudevilles et les autres par des pièces de vers. H. de Marmontel , connu par ses
ouvrages, vient de donner un poëme assez long sur la maladie et la convalescence; il y a de beaux vers et des peintures touchantes. Il a fait imprimer aussi une lettre en vers qu'il écrit à M. de Chalut (2), trésorier de M'"*' la Dauphine, en lui envoyant son poème ^ et pour le remercier de Fattention qu'a eue M. de Chalut de lui envoyer deux fois par jour des nouvelles de H*^ le Dauphin. Il y a aussi une quarantaine de vers du S' Roy qu'il a fait imprimer et qu'il a présentés aujourd'hui. Dimanche, 13 de ce mois, M. firoust, conseiller d'État,
(1) Celle relation est imprimée à la fin «le Tannée 1753.
(2) M. deClinlnt avait épousé Varanchan, fort amie de Marmontel, qoi en fait uu beau portrait dans ses Mémoires.
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vint id dans Tînteniion de présenter ce même jour à la Reine le contrat de mariage de sa fille à signer ; il en parla à M'"*^ de Luynes, et lui dit qu'il avoit demandé l'agrément du Roi. M"* de Lu y nés lui demanda s'il avoit rempli le même respect pour la Reine; M. Broust l'avoit oublié; M*"*^ de Luynes lui fit sentir que ce respect étoit indispensable, et M. Broust demanda sur-le-champ à la Reine son agrément. C'est une attention trop négligée et dont il est bon de faire souvenir dans toutes occasions. M. Broust marie sa fille à M. Sassenel, président à Di jon neveu de M. Bernard, président à mortier au même parlement.
Je dois avoir marqué ci-dessus la mort de M. de la Briffe, intendant de Gaen. On sut le dimanche 13 de ce mois que cette intendance a été donnée à M. de Fontette,
maître des requêtes , qui a beaucoup d'esprit, une figure très-agréable , et qui s'est déjà acquis beaucoup de réputation dans le conseil et par le rapport de plusieurs affaires devant le Roi. Cette intendance ne vaut que 15,000 livres de rente, comme les autres. On sait que les intendants sont obligés d'avoir plusieurs subdâégués; il n'y a aucuns appointements attachés à ces places de subdélégués; elles peuvent donner beaucoup d'estime et de considération ([uand elles sont exercées • avec justice et probité; elles donnent malheureusement occasion à beaucoup de malversations.
L'on parloit il y a quelques jours des revenus de Finfant don Philippe. Je crois en avoir déjà éctii quelque chose dans ces Mémoires; inais jen'ai point compté dans ses revenus une terre qu'il a dans la Manche qui s'appelle Chinchon ; elle vaut environ 30,000 livres de rente; c'est une commanderie de Galatrava. C'est la reine d'Espagne qui lui litacheter cette terre il y a plusieurs années. Les diÂérents frais qu'il a fallu faire pour parvenir à cette acquisition ont monté à 15 ou 1 ,800,000 livres. Ghinhon est à trois lieues d'Aranjuez.
Je n'ai appris que depuis deux jours que l'on a recommence les payements des jetons à l'Académie françoise. M. l'abbé de Bernis, ambassadeur à Venise et l'un des quarante de TAcadéroie^ m'a. dit qu'il savoit de ses confrères que sous Louis XIV, dans un temps de gnerre , on avoit été dix ans sans payer les jetons^ et qu'après ce temps on avoit recommencé les payements pour le co.urant sans rien payer de l'ancien.
Du jeudi S'i-, Versailles. — On me contoit aujourd'hui, par rapport aux affaires du Parlement^ ce qui est arrivé à un curé décrété de prise <)e corps pour refus de sacrements; c'est un curé du diocèse de Sens. Le fait est certain ; je le tiens d'une personne vraie et instruite.
On avoit écrit à un de Messieurs du Parlement , plusieurs jours avant que ralïaire commençât (cette lettre s'est trouvée avec les informations), qu'on avoit eu peine à trouver quelqu'un qui voulût jouer le rùle dont il s'agissoit^ mais enfin que Ton avoit une personne que l'on nommoit. Cette personne effectivement se présenta à la sainte table; le curé refusa de la communier. Cette femme se leva en se moquant du curé, riant scandaleusement et disant tout haut: a 11 a donné dans le panneau ; nous verrons demain beaubruit. » Toutes lescirconstances furent mandées au rapporteur en même temps que le refus de la communion ; mais le rapporteur jugea à propos de ne rendre compte que du refus. Sur ce rapport, le curé fut décrété ; après que le décrètent été prononcé, le rapporteur dit qu'il y avoit plusieurs plaintes surla conduite de cette femme, et rapporta les différentes particularités du scandale qu elle avoit donné dans l'église. Sur cela on revint aux opinions; 60 voix furent pour un assigné pour être oui ; mais le plus grand nombre l'emporta pour laisser subsister Tarrèt.
Hardi dernier 22 de ce mois, M. de Kaunitz, ambassadeurde l'Empereur, qui n'a pas encore ïiui son entrée publique^ mais qui doit la faire incessamment^ eut audience
particulière; il remit au Roi et à la Reine à chacun deux lettres et donna part de la naissance d'une princesse dont l'Impératrice est accouchée le 13; c'est M. d'Hantefort,
ambassadeur de France, qui l'a tenue au nom du Roi avec la princesse Charlotte, sœur de TEmpereur, au nom de la Reine.
Ce môme jour^ milord Albemarle, ambassadeur d'Angleterre, après avoir fait une politesse à M"*" de Luynes et lui avoir demandé une espèce de permission y présenta à la Reine deux Anglois, dont l'un s'appelle Goventry, qui est marié à une femme d'une grande beauté ; le second s'appelle Pitresson r.sic] , lils de niilord Harrington. La femme de M. de Covcntry a une sœur, dont le mari est Hamiltoû. Ces deux sœurs, toutes deux d'une grande beauté , avoient fort peu de bien, et leur mère, dont je ne sais point le nom, étoit assez embarrassée de leur établissement ; on lui conseilla de les amener & Londres; leur beauté a fait leur fortune.
L'abbayedeSaint-1 ai on, donnéeàM. de Meaux et dont il remercia le 22, vaut20 ou22,000 livres de rente. Elleavoit été donnée à M. Tabbé de Lorraine, frère de M. le comte de Brionne. Elle est vacante depuis que M. Tabbé de Lorraine a eu Tabbaye de Saint- Victor de Marseille, vacante par la mort de M. l'ancien évèque de Beauvais (Saint- Aignan) .
Mardi 22^ le petit de Lismore prit congé ; il s'en va à Rome trouver son père, M. O'Brien, qui a été pendant plusieurs années ministre du Prétendant en France et qui est depuis plusieurs années auprès de ce prince à Rome.
Aujourd'hui 24, M"" de Carvoisin a été présentée par M"^ la duchesse de Fleury. M. de Carvoisin est officier dans les mousquetaires gris. M"* de Carvoisin est fille de M"* d'Artaguet, qui a épousé en secondes noces M. de la Roche-Courbon^ et qui fut présentée l'année passée par M""* la maréchale de la Mothe. AP" d'Arlaguet, présente- ^ ment la Roche-Gourbon , a encore une autre fille, qui a
épousé M. le chevalier d*£scarSy qui s'appelle M. de Péreuse.
La Ville est venue aujourd'hui appo>rter le scrutin.
M. de Bernage est conlinué pour deux ans. C'est M. Amelot, fils du ci-devant secrétaire d'État, qui a porté la parole; il est avocat du Roi au Cbàtelet; il a harangué le Roi seulement portant le scrutin ; le prévôt des marchands a fait les autres harangues ; c'est Tusage.
Du mnedi 36^ Versailles, — Avant-hier il y eut un Te Deum à la chapelle exécuté par la musique de la chapelle. J'ai marqué le renouvellement de la prétention de M. Té» vôque de Rennes pour le Te Deum, ce qu'il a dit au Roi, et la réponse du Roi ; qu'il avoit donné ses ordres à. M. de Fleury« H. de Rennes voulut faire des représentations; elles parurent impatienter le Roi^ qui dit que cela étoit décidé. M. de Rennes a cru qu'il falloit prendre un autre jour pour exécuter un Te Deum,
A la naissance de M. le duc de Bourgogne, comme je Tai écrit, la musique de la chapelle fit exécuter ici à la paroisse Notre-Dame un Te Deum auquel mon frère officia. M^' le Dauphin et Mesdames y nssistèrent; mais suivant la règle on ne peut chanter le Te Deum dans aucune église qu'après qu'il a été chanté dans la cathédrale; il auroit donc fallu différer encore plusieurs jours, et d'ailleurs la chapelle a paru plus convenable à M. de Rennes. Il y a grande apparence qu'il se flattoit que le Roi y assisteroit; il avoit môme résolu d'officier au Te Deum; mais on lui a représenté que lorsqu'un évéque officioit, le Roi ou la Reine descendoit toujours en bas, et que ce seroit une singularité qu'un évéque offici&t le Roi et la Reine étant dans la tribune. M. de Rennes s'est rendu à ces raisons, et c'est M. Jomard, curé de Notre-Dame, qui a ofûcié au Te Deum. C'est le droit du curé de Notre-Dame d'officier à la chapelle le matin, etl'après-dlnée à la chapelle le jour de Saint-Louis et la veille aux premières vêpres, où le Roi a coutume d'assister. Il est vraisemblable
AOUT i7»S. 121
qu'il auroit cédé ce droit Taprès-dinée t M. Vévè(][ue de Rennes, mais sûrement il ne Tauroit pas cédé à tout
autre.
L'usage du iloi est d'entendre seulement une messe basse dans la tribune le jour des fêtes d'apôtres, niais d'entendre les vêpres des missionnaires seulement, aussi dans la tribune, et de ne rester ni à compiles ni au salut. Tout se passa avant-hier suivant .cet usage; et quoique ce fût jeudi , le (oi s'en alla immédiatement après les vêpres. M. de Rennes, incertain de ce que le Roi feroit, jugeant seulement sur ce que S. M. lui avoit dit qu'il étoit peu vraisemblable qu'il entendit le Te Deum , avoit arrangé qu'il seroit exécuté pendaut le »al ut. On commença - rhymne à l'ordinaire ; ensuite un chantre en surplis et étole, dans la tribune de la musique vis-àpvis la tribune du Roi, entonna le Je Deum. Ce fut celui de l'abbé Blanchard , lequel battoit la mesure. La chapelle étoit fort éclairée par un grand nombre de girandoles sur des torchères, dans toute la longueur ; il 'y en avoit aussi dans les trois croisées de la musique. Le Te Deum achevé , on chanta le Domine $alvum foc Regem, et après le Tantum ergo , etc.
La Reine et Mesdames» qui avoient entendu dans la tribune les vêpres des missionnaires où M. Jomard officioit,
restèrent dans la tribune au Te Deum et au salut, et le Roi qui étoit sorti après les vêpres ne revint point au salut, il parolt que M. de Rennes est peu satisfait, et qu'il a même quelques regrets aux soins qu'il s'est donné pour l'exécution du Te Deum,
Hier, jour de Saint-Louis, le Roi et la Reine entendirent en haut dans la tribune, à onze heures, la grande messe chantée par les missionnaires. L'après-dinéc LL. MM. retournèrent à vêpres, immédiatement après lesquelles on dit le salut, et le Roi y resta. C'est, comme je l'ai dit, II. Jomard qui ofhcia.
J'ai parlé ci-dessus du règlement fait depuis peu pour
l'Académie françmse. Ce règlement est imprimé; on en
trouvera la copie {\ la iin de ce livre (1).
Hier, jour de Saint-Louis, l'Académie françoise fit chanter une grande messe, suivant l'usage, dans la chapelle du vieux Louvre. Après la messe, il y eut sermon, et ce fut le R. P. Neuville qui prêcha. Ensuite M. le président Hénault donna un grand dîner à plusieurs de Messieurs' de l'Académie. Après le dîner, Messieurs de l'Académie, au moins la plupart, allèrent aux Pères de l'Oratoire, où le R. P. Renault de l'Oratoire prêcha pour l'Académie des sciences, laquelle fit exécuter un Te Deum. Elle y fait chanter tous les ans une grande messe, et l'on y prononce tous les ans le panégyrique du saint; c'est aussi l'usage. Dans rassemblée de l'après-dlnée, à F Académie françoise, on distribua les prix. On trouvera ci-après Fextraitd'une lettre de M. le président Hénault à M"**^ de Luynes.
Nous eûmes hier une matiiiée eurieuse. Deux des plus renommés orateuTs traitèrent le même sujet L*ordre, la netteté , la sagesse du P. Renault, comliattirent contre le génie du P. Neuville, etdiaeun eut ses partisans, .récoutai tout d*un somme je ne sais quelle pièce de prose à qui nous donnâmes le prix d'éloquence, à peu près comme on fait de la monnaie de cuii' dans les villes assiégées.
J'ai marqué quelques détails par rapport au service de la Reine chez M'*^ le Dauphin. La Reine a parlé à M. de Gesvres sur ce que le grand chambellan et les premiers gentilshommes de la chambre portoient la queue de sa robe en entrant et en sortant de chez M'^ le Dauphin. M. de Gesvres, fort instruit des règles et desusaqes, a dit à la Reine que c'étoil sans difficulté, que son service chez M^"^ le Dauphin devoit être fait comme chez elle par ceux et celles qui ont Fhonneur de lui être attachés; en conséquence on ne prend plus la robe de la Reine chez H*' le Dauphin^ et on prend celle de H"* la Dauphine^ non
(I) Voir à l'Appendice à Tannée 1752 la |Nëce n** ib.
pas à la vériié devant la Reine; mais on pourroit dire qu'il paroll plus décent et plus convenable que la robe de la Reine soit portée que de la laisser traîner, et qu'en ce cas il est plus honorable qu'elle soit portée par un des grands officiers du Roi servant chez M" Je Dauphin ; mais on répond à cette observation que s'il peut y avoir quelque chose d^honorable pour la Reine en pareil cas , c'est la distinction du traitement de chez le Roi ou de chez M" le Dauphin. Chez le Roi, comme c'est égalité de rang, sa robe est portée par les grands officiers du Roi ou en leur al>sence par le premier valet de chambre ou autre valet de chambre, comme celle de M*"*^ la Dauphine chez M^^ le Dauphin; mais lorsque la Reine est chez M*' le Dauphin, sa robe est portée par le porte-manteau qui la sert toujours, ou en son absence par un des valets de chambre de la Reine; de inéme que si elle demande à boire chez le Roi, le grand chambellan ou le premier gentilhomme de la chambre, le premier valet de chambre ou autre valet de chambre, lui présente la serviette quoiqu^en présence de la dame d'honneur; et si c^est chez le Dau* phin ou chez H"* la Dauphine, c'est la dame d'honneur de la Reine qui a l'honneur delà servir. Le grand chambellan ou le premier gentilhomme de la chambre ne pourroit prendre la robe de la Reine chez M^"" le Dauphin qu'à titre de charge, comme ils font chez le Roi ; en ce cas ils sont remplacés de droit par le premier valet de chambre ou autre valet de chambre. Ainsi en supposant que la Reine fùt plus dignement servie ayant sa robe portée parle grand chambellan que par son porte-manteau , il se trouveroit des occasions où par les conséquences nécessaires du même arrangement, un valet de chambre de M*' le Dauphin porteroit la robe de la Reine à rexclusion du porte-manteau de la Reine; cependant le porte-manteau de la Reine monte dans le carrosse des écuyers de la Reine, et le valet de chaa(ibre de M*' le Dauphin ne monte point dans les carrosses dé M"** le Dauphin.
D'ailleurs, qu^est-ce qui a pu donner oceasion à cette observation sur le service de la Reine? C'est la circonstance
d'une grande maladie de M^' le Dauphin, dans laquelle, pour ne le point importuner ni incommoder, on a rég-lé qu'il n'y entreroit personne, pas même les grandes entrées, seulement les gens indispensables pour son service. Ainsi quand la Reine y va, c'est en particulier, et il importe peu alors que sa robe soit p<Nrtée ou non.
Dans tous les cas où on peut j entrer, c'est son portemanteau qui porte la robe.
J'ai marqué ci-dessus que le samedi 5 de ce mois la Heine dina dans son grand cabinet, pour éviter les représentations des officiers de la bouche ^u Roi qui eurent l'honneur de la servir.
l'ai marqué aussi que M"** de Luynes assista à ce même diner sans faire aucun service. Elle auroit dù présenter la serviette à la Reine en entrant et en sortant de table. Nous voyons tous les jours la même chose chez Mesdames; elles ne mangent point dans leur chambre à coucher; elles sont servies par les officiers de la bouche du Roi, qui mettent sur table, donnent les assiettes et à boire; mais c'est la dame d'honneur ou la dame d'atours, quand elles s'y trouvent, qui présentent la serviette en entrant et en sortant de table. Lors même que M"' de Tallard est venue au dîner de Mesdames, en l'absence de la dame d'honneur ou de la dame d'atours, feu Madame Henriette ou Madame Adélaïde lui ont fait présenter la serviette.
Du mardi 29, VirsaiUes. — Vendredi 25, le Roi soupa dans ses cabinets avec Mesdames. Après le souper, il partit pour aller coucher à Beilevue, d'où il revint ici samedi après le souper.
Ce même samedi M^^ le Dauphin et M™^ la Dauphine partirent sur les trois heures après midi pour allei* à Meudon, où ils resteront jusqu'au 10 du mois prochain.
Le dimanche 27, enchanta le Te Deum à Notre-Dame à Paris. Le Roi alla déjeuner à Beilevue. L'heure pour le