JUILLET
IHi 23, Compiègne. — J'ai été au diiier de M^*" le Dauphin et de M""' la Dauphine, qui sont avec Mesdames. Ils partent demain matin. On croit que M'"^ la Daupbine auroit mieux aimé rester ici^ elle sort tous les jours et assez souvent en calèche avec le Roi.
Nous allons à la Congrégation^ à vêpres et au salut, où le Roi vient.
M"* de Menicheck arriva hier de Paris pour voir la Reine^ qui lui donna rendez-vous chez moi à neuf heures et demie. £Ue soupe ce soir chez M"^ de Modène^ et par* tira ensuite pour aller retrouver son mari^ dont la jamhe ne va pas bien.
J'ai présenté aujourd'hui le fils du président d*Aligre, qui a la charge de son père.
Du 2k, Compiègne. — M'"*^ le Féron, qui a une maison À porte cochère à Compiègne, presque vis-àrvis les iésui' tes, avec une petite porte qui donne dans la rue qui est en face de la porte du château, vient de la vendre à M*** de Pompadour 33,500 livres. On lui laisse son logement dans le principal bâtiment jusqu'à ce qu'on le jette en bas. Une petite écurie de planchesque nous y avions laite pour deux ou trois chevaux lui en a fait avoir 2,500 livres de plus qu'on ne vouloit en donner.
ie vous envoie Tabjuration du plus célèbre ministre des protestants, que le P. Perusseau m'a donnée; mais ce qu'il a conté à la Reine aujourd'hui, c'est que, malgré sa conversion , il a été condamné à mort. C'est une loi établie contre tout ministre protestant qui est surpris en faisant des instructions. On lui a lu sa sentence, à laquelle il s'est soumis avec beaucoup de résignation. Vintendant de Languedoc est venu quelques heures après; il lui a demandé dans quelle religion il vouloit mourir ; il a répondu que c'étoit dans la croyance de l'église catholique, apostolique et romaine, el qu'il rendoit grc^ces à Dieu lie l'avoir éclairé. Sur cela l'intendant lui a dit que le Roi lui accordoit sa grâce. Cette conversion est re-
78 MÉMOiaES DU DUC DU, LUYNRS.
gardée comme un grand triomphe pour la reUgion, par
respi'il qu'il a et la cousidéraiiou qu'il avoit dans son parti .
JJu 25, Compiégne. — Le départ de Compiègae est avancé. On croit que la Aeine partira le 7 août^ parce que le Roi doii partir le 9 pou? la Meutte. Ls 10, S. M« ira & Bellevue, et Le 12 à Versailles.
M. le cardinal de la Rochefbueauld arri^ hier. On croit que c'est pour rendre compte de ce qui se passe à la commission ; cela avance fort peu , et on ue pense même pas que tous les avis se réunissent.
Il y a eu aujourd'hui conseil de dépêches > apcès lequel le Roi a donné sa réponse àMessieurt du païquet, mais on ne sait rien de la réponse. Le grand objet est que ]a lettre de M. Févèquc d'Amiens a, dit-on, été imprimée par son ordre. Le Parlement hi regarde comme un libelle; ce qu'il y a de iàcheux, c'est que la plus petite àe& deux lettres des évèques est aussi imprimée.
La Reine a été à la grande messe aiyound'hui à Saint- Jacques, à vêpres et au salut. M"* de (*ouy a quêté le matin et raprés-dlttée.' C'est Madame Adélaïde qui a rendu le pain bénit. Il y avoit des banderoles blanches avec désarmes en losange.
Du 26, Cou^gne. Le Roi a tenu conseil d'État. Avant que d'y entrer^ il a appelé M. le cardinal de la Rochefoucauld dans le cabinet des permquei^ où ils furent tête à tête un demi-quart d'heure dans une croisée* M. le cardinal "de la Rochefoucauld avoit demandé à par* 1er au Uoi en particulier.
M. de Grimberghen a gagné depuis quelques jours, aux requêtes de l'hôtel au souverain^ le procès dont j'ai parlé dans mes Mémoires, contre Télecteur de Bavière, lia fait imprimer ce jugement et une requête où tout ce qui s'est passé dans-cette affaire .est expliqué.. Il a fait distribuer des exemplaires à tous les ministres étrangers, etc.
La lettre de M. l'évèque d'Amiens a été supprimée par
JUILLET I7ini.
aiTÔt du conseil, ainsi que la retju^te du lUergé, comme étant imprimées sans perniissioa. Le Roi a donné ordre à MM. les gens du Hoi d'eiaminer cette requête et de lui doQoer leur avis dans le courant du mois.
Du S7, Compiégne. — H. de Sartirane a eu aujourd'hui audience particulière, dans laquelle il a donné part de raccouchementde M'"*^ la duchesse de Savoie, le Iti, d une iille ; c'est son second enfant.
Du 30, CampUgme* « 11 y a eu aujourd'hui quelques difficultés pour *le service de la Reine à la paroisse. M. de Meaux Tavoit prévu. Je lui conseillai de suivre Fexemple de M. de Bayenx, lequel a donné à la Reine rÉvangile, la paix et le pain bénit deux dimanches de suite. Il est vrai que le second jour il s éloit mis en roehet et camail ; mais quand lesévéques sontdans cet habit, les aumôniers doivent être en rochet et long manteau. Ces derniers pré-* tendent que le Roi n*a décidé pour les évèques que dans les grandes cérémonies. (Le fait est que dans la décision il n'est point marqué que c'est dans le cas des grandes cérémonies.) Et comme le hasard a lait qu'aujourd'hui la Keine n'a ni grand ni premier aumônier, ni aumùnier de quartier, l'abbé deMarbeuf, aumônier ordinaire, ayant été obligé daller À Paris, c'est l'abbé de la Châtaigneraie, aumônier du Roi, qui a servi la Reine et qui auroit soutenu ses droits avec fermeté. M. de Meaux a pris le parti de ne s'y pas trouver. Voici la décision :
Quand le Roi ou Monseigneur le Dauphin assisteront à la grande messe et qu'il y aura un évèque en rui het et e^jmail, ii présentera le lim des Évangiles et la paix à baiser, de préférence aux aumùuiers de quartier, etc.
Ce discours du Hoi est écrit sur les registres de M. de Saint-Florentin, à roccasion d'une difficulté entre M. le prince Constantin et M. de iiayeux, à Compiègne, au mois de juillet 1752. M. de Bayeux a lu cette décision.
Nous apprîmes hier que les gens du Roi avoîent rendu
compte au Pailement que le Uoi ne vouloit pas que les chambres assemblées se mêlassent des affaires présenles, mais seulement la grande chambre. Ils ont délibéré que cela ne se pouveit pas^ et qu'ils continueroient à Fordinaîre.
Le Parlement ayant mandé à M. l'archevêque de Sens
de nommer un desservant à une cure dont ils ont décrété le curé, M. Uarchevêque a répondu qu'il ne pouvoit pas nommer de prêtre qui ne fût dans les mêmes sentiments, et qu^ainsi ilseroit aussi décrété. Le Parlement croit qu'il sera obligé de faire saisir le temporel de M. de Sens.
H. de Montazet, l'ainé de ceux qui sont ici, vient d'ob*
tenir le gouvernement du fort de Scarpe, vacant par la mort de M. de bussy. Ce gouvernement vaut 6 ou 7^000 livres de renie. *
Aoirr.
liulisposllkm do Datt|4iiD el de Madame Adélaïde. — Maladie da Daoïiliiu. — Les aUelages de la Ville. — Diflicatlél pour le Te Deum. — Feu d'arlifioe.* — Chasses du Roi. — Convalesceuce du Daupliin. — Détails sur la Dauphine. — M. de Monteil. — Feu d'arlifice et illuminations du cli&teau de Versailles. — L'envoyé de l'ripoli. — Le haron de Sclieffer. — M. d«' la T ayardie. — Anecdote sur le comte de Tessin. — La diète suédoise. — Altaires du Parlement ~> Vers snr la maladie et la guérisoa du Dauphin — lotendanee doonée. Ceqoerapporleot les ietendanees. Les SDbdélégDét. — Ref anus d.; l'infoiit doa Pliillppe. — Les jetons de TAcadémie française. — Affaire d'un curé du tliocèse de Sens. — Hré^cnlalions. — Abbaye de Saint-Faron. Scrutin de la Ville. Le Te Deum ; difliculti's. — Règlements de l'Académie française. — Extrait d'une lettre du pri.sidoiit Hénanit. — La queue de la robe de la Reine. — Le Dauphin à Meuduu. — Le Roi et la fiiniille royale au Te Deum à Paris. — Mort du chirurgien Delafosae. — Arrêts du conseil.
Du l***, Compiègne, — 11 est déterminé que la Beine
partira le 8, quoique le Koi ne parte que le 10.
M. de la Briffe, intendant de Caen, est mort ù son inteudauce.
AOUT I7i52. 81
Du 2, Cùmpiégne, — Nous sommes ici dans Tinquiétude de M*' le Daophin : on a eu nouvelle ce matin qu'il avoit eu hier de la fièvre avec des frissonnements; maison espère que ce n'est qu'un rhume. La Reine a envoyé savoir de ses nouvelles ; elle espère en avoir la réponse avant son coucher* Nous avons été aux Capucins à cinq heures; la Reine y a reçu une lettre de H. Bouillac, que le Roi lui envoyoit en lui demandant pardon de l'avoir ouverte. U donne toute espérance que ee n'est qu'une indigestion avec une transpiration arrêtée^ et que la diète et la bois* son le guériront en très-peu de temps.
Nous avons eu une autre inquiétude ce matin pour Madame Adélaïde ; elle avoit un grand mal de téte avec un peu de fièvre ; il y a deux heures qu'ell»a été saignée du pied^'ce qui lui a 6iè entièrement son mal de tète.
Du vendredi h y Versailles. — J'ai voulu mettre tout de suite l'extrait des lettres que j'ai reçues de Coinpiègne; voici ce que j'ai appris depuis et les choses dont j'ai été témoin.
i'étois à Dampierre le mercredi ^, avec mon frère ^ qui m'y étoit venu trouver la veille^ après le diner de IP le Dauphin. Nous y reçûmes ce même mercredi > À neuf heures du soir^ les premières nouvelles de l'état de
M*' le Dauphin, et nous partiines aussitôt après le souper.
Le samedi 29 juillet M*^*" le Dauphin fit le tour de la pièce d'eau, qu'on appelle la pièce des Suisses, en vingtcinq minutes, à pied ; il eut Tort chaud, et il changea de linge ; ensuite il eut froid et se trouva un peu incommodé. Le lundi 31 il alla dans ses carrosses à lleudon , et le mardi 1" août à Marly. 11 ne revint de Marly qu'à huit heures et demie du soir; il eut mal au cœur et vomit ; on crut que c'étoit une indigestion ; il eut de la fièvre. U avoit écrit à la Reine une lettre fort gaie avant que de partir pour Marly, et au retour il pria M"*' la Dauphine d'ajouter au bas qu'il avoit de la fièvre. On envoya un courrier à Compiègnc qui y arriva le mercredi 2 à midi. T. su, €
Le Roi en attendoit un second^ el soupa au grand couvert ; il fit teoir tout. prêt pour partir; les chevaux étoient mis à onxe heura , et il partit la Duit du 2 au 3 ^ à quatre lieures du matin. 11 a voit passé ehes la Reine après le grand couvert, à l*ordinaire^ et ne lui avoit point parl^ de son départ. La Heine s'étant couchée à peu près à son heure ordinaire, le Roi y revint à deux heures après minuit pour lui dire les nouvelles du second courrier. La lettre que le Roi reçut de M"*'' la Dauphine auroit été capable de le rassurer et de rempècher de partir, s^il n'avoit pas jugé que la Dauphine poovoii bien n*étre. pas instruite du véritable état de la maladie, et qu'on le lui cachoit. Elle mandoit au Roi : « Je serai certainement fort aise de vous voir, mais l'état de la maladie ne demande point que vous fassiez le voyage. » Je sais ce détail de quelqu'un qui a vu la lettre. Le Roi vit la Reine et ne lui dit rien de son départ dans cette seconde visite, mais la Reine entendit un bruit de chevaux et de voitures qui rinquiéta; pour la rassurer on lui dit que c'étoientdes carrosses qui passoient sous la voûte, mais ce bruit lui paroissoit trop considérable pour être aussi éloi* gné ; elle se leva^ se mit k sa fenêtre et vit les carrosses du Roi. Elle envoya prier le Roi de vouloir bien encore passer chez elle avant que de monter en carrosse ;'le Roi y vint aussitAt^ et dit à la Reine qu'il partoit pour être informé par lui-même de ce que c'étoit ; que si ce n'éloit rien, il reviendroit aussitôt et qu'elle seroit instruite de tout. La journée du jeudi 3 se passa à Compiègne^ comme on peut le juger, dans la plus grande inquiétude ; les nouvelles que la Reine reçut la déterminèrent à partir dans la soirée même, à huit heures moins un quart.
Elle trouva à Verberie un courrier dont les lettres n'étoient ni fort instructives ni fort effrayantes. A Gonesse, elle en trouva un autre avec une lettre du Roi; le Roi lui mandoit qu^il se trouveroit à la descente de soii carrosse et qu'il la prioit de monter chez elle en arrivant.
Uuoi(]ii'il ue lut point parlé de petite vérole, ces détails paroissoient assez ranDoncer.
Le Hoiétoit arrivé ici à Versailles le jeudi 3, sur les deux heures après midi. le Dauphia fat saigné du bras par Evin en l'absence de Dulatier, son premier chirurgien^ le même jour jeudi, à huit heures du soir et à onze. Senac, premier médecin du Roi, arriva le jeudi 3, à deux heures après midi, avec la Martinière, Quesnay avec M""*" de Pompadour Àmidi; Dumoulin et Falconnet, consultautSy à qui on avoit envoyé on oairosse du Roi, arrivèrent à deux heures après midi. M*' le Dauphin fut saigné du pied par Dulatier à trois heures après midi. La téte, qui avoit souvent été embarrassée jusque-là, principalement dans les nuits, fut dégagée dans le moment; mais Fassoupissement, qui avoit été toujours fort grand depuis le commencement de la maladie, recommença; il s'établit une moiteur qui ne dura pas longtemps ; 0 y eut des absences; il chanta , park d'un confesseur^ et n'en parla plus un moment après. Il avoit déjà paru [deux petits boutons, mais qui n'étoient pas jugés décisifs pour la petite vérole. La seconde saignée du pied fut décidée; maisËvin, qui étoit présent, ayant aperçu quelques boutons en avertit , et la faculté jugea À propos de différer cette saignée; on emporta le seau qui éioit déjà passé dans la chambre. La fièvre étoit toujours ardente et Taccablement grand ; Véruption peu satisfaisante.
M. Senac, voyant que la petite vérole n'étoit plus douteuse, jugea à propos de demander au Roi que l'on fit venir de Paris les deux médecins qui sont le plus dans Tusage de voir des petites véroles, Ponce et Vernage, et ils furent mandés sur-le-champ. Toute la journée se passa en consultations et dans la plus grande inquiétude; le pouls étoit toujours mauvais , Taffaissement grand , et Féruption peu considérable; la tête cependant plus libre. W le Daupbin, sans être bien malade, rêve souvent quelques minutes au moment de son réveil.
81 MfeMOIRt^S ni; DUC DK LLIYNES.
Ce fut Tëtat pressant qui détermina à la seconde saignée. N. le prince de Conly, qui étoit présent, fut si effrayé de la situation de le Dauphin, qu'il dit aux médecins qu'il falloit bien taire quelques remèdes à M^' le Dauphin^ parce qu il n'avoit pas encore peut-être une heure à vivre. On étoit occupé à trouver le moment de placer rémétique, parce qu'il n'y avoit point en d'évacuations que de très-légères par quelques lavements; ce fut une ou deux heures après la saignée que Ton donna d'aboi d deux grains d'émétique (1) et ensuite quatre autres en lavage.
Ce fut à peu près dans ce temps que la Heine arriva, entre quatre et cinq heures da matin. Ëile avoit dans son carroase Mesdames Sophie et Louise^ M"^ de Luynes et de Villars et M"* de Clermont, et dans un second carrosse ses dames du palais. Le Roi se trouva au moment de son arrivée, et monta dans le carrosse ; il y resta del)out pendant quelque temps. Il dit à la Heiue qu'on ne pouvoit pas lui cacher que c'étoitla petite vérole; que l'éruption se laisoit fort mal; que Fassonpissement étoit très-grand ; • qu'on avoit fait nue seconde saignée do pied, et qu'on cherchoit à placer i'émétîque. Ensuite le Roi monta ches la Reine avant elle. La Reine étoit , comme on peut le croire, dans Tétat le plus affreux ; elle monta chez elle avec Mesdames^ et entra dans ses cabinets; elle y resta avec le Roi et Mesdames jusqu'à près de huit heora. A tout moment il arrivoit quelqu'un de chez M'' le Dauphin, M. de Bouillon, les médecins.
Après les premières angoisses , il y avoit eu deux ou trois évacuations, mais pas assez abondantes; en lin la continuation de Témétique procura sur les huit heures
(1) I n dans un verre d'eau aprè^ la saignée du pied, une heure après ; nn antre grain *laiH ttn Trn c il Vau, et en&uitc les quatre grains dans trois piotes d'eau. (Ao/e du duc de Luynes.)
de Irès-grandes évacuatious par en bas, et ce fut un moment après cette nouvelle que le Roi rentra chez lui.
La Reine lui avoit demandé la permission de descendre chez M**" le Dauphin, et ce ne fut qu'à cause de l'effet de l'émétique que le Roi jugea à propos qu'elle n'y allât pas aussitôt qu^elle le désiroit. £ile y descendit sur les dix heures, fort tremblante et effrayée; mais la manière dont M'' le Dauphin la reçut la rassura; il lui demanda avec amitié des nouvelles de son voyage et de sa santé. La Reine alla à la messe et dîna dans sa chambre, servie par les officiers du détachement de la bouche du Hoi qui sert M'^'* le Dauphin.
Ce dîner donna occasion à quelques diffÎGultés. Les officiers du Roi prétendirent avoir l'honneur de servir la Reine, à l'exemple de ce qui s'étoit passé à Mets en 174$ et de ce qui se passe tous les jours chez Mesdames, où ils ne cèdent le service qu'à la dame d'honneur età ladame d'atours; mais Mesdames ne mangent point dans leur chambre à coucher^ et la Reine ne mangeoit point dans sa chambre à coucher à Mets. Ici la Reine mangeant dans sa chambre^ elle voulut être servie par ses femmes, fit fermer la porte et personne n^entra & son dîner.
La Reine se coucha à deux heures après midi. Le Roi se coucha aussi vers midi.
Dès le jeudi 3, il avoit été réglé qu'il n'y auroit que les menins. et les grandes entrées qui entreroient chez U*' le Dauphin par les garde-robes et le grand cabinet. La seconde antichambre, qui sépare la chambre de M*' le Dauphin d'avec le cabinet de Blnet, avoit été remplie de lits pour les médecins, et comme plusieurs personnes de ceux qui ont les grandes entrées chez le Roi se tenoient parmi les lits, ce qui import unoit fort les médecins, on jugea à propos, dans la suite delà maladie, que personne n'entrât plus dans cette pièce. Ceux qui ont voulu veiller pour savoir des nouvelles se tenoient dans le cabinet de Binet. M. le duc d'Orléans y a été fort assidu, sans de-
86 MiiJ^lOJRKS DU DLC DE LUYIiËS.
mander à aller plus Ioîd^ ne vonlant qu'être À portée de
savoir ce qui se passoit à chaque moment,
hps le mardi, M. Tarchevèque vit M^"" le Dauphin. Dès que M"" la Dauphine le vit, elle lui demanda de faire prier Dieu. 11 est quelquefois d'osa^e d'envoyer des Mllets dans les sacristies pour que Ton dise une collecte à la messe; mais dans une occasion aussi importante il étoit nécessaire d'avoir Tordre du Roi , et surtout pour ordonner des prières puldiques. M. l'archevêque attendit donc que le Hoi fût éveillé et lui demanda ses ordres, inùmc de vouloir bien lui faire écrire une lettre par M. de Saint-Florentin, parce que M. l'archevêque n'ordonnant des prières que conjointement avec le chapitre, il faut que la volonté du Roi soit notifiée au chapitre et que la lettre y demeure en dépôt. La lettre fut écrite par M. de SHinl-FIorenlin, aussitôt qu'il fut arrivé, et les prières de quarante heures commencèrent dès le vendredi h. Il n'y eut qu'aux BécoUetsà Versailles où elles ne commencèrent pas ce même jour. Les religieux en écrivirent à M. Parchevèque et obtinrent la permission. En pareil ces on ne fait point de prières de quarante heures dans les autres diocèses. L'éloignement de la plupart feroit que la maladie seroit finie en bien ou en mal pendant qu'on continueroit à demander la uuérison.
J'ai oublié de marquer que M^^ le Dauphin s'étoit confessé, la nuit du mercredi au jeudi, à M. Ranoe, curé de Saint* Louis, le P. Perussean n'étant pas encore arrivé, il n*a point reçu ses sacrements, parce qu'on lui a toujours caché qu'il eût la petite vérole et qu'il fût en danger. Comme on a dit la messe tous les jours dans sa chambre, suivant l'usage, on lui avoit proposé de choisir un jour pour faire ses dévotions, à cette messe ; mais il répondit que si c'étoit par dévotion, il n'y avoit pas assez long^ temps qu'il avoit communié, que si c'étoit en viatique, il ne pou voit pas le recevoir suivant les règles de l'église, à moins qu'il ne fiU en danger.
J*oablie eneore de marquer qae c'est dans le cabinet de Binet que se sont faites les consultations et que s'est tenue la taUe de la faculté ^ servie de la bouche du Roi.
Les médecins ont compté le commencement de l'éruption du jeudi 3 à six heures du soir.
Dès le vendredi^ il fut réglé que les grandes entrées n'entreroient plus^ qu'il n'y auioit que le service nécessaire à M"' le Dauphin (1).
Ce même vendredi. Madame Adélaïde et Madame Victoire partirent de Compiègne à cinq heures du matin, Madame Adélaïde disant^ malg ré sa faiblesse et sa saignée, qu'elle vouloit aller descendre chez M. le Dauphin ; mais elle se trouva assez mal à Senlis; elle f ai soit arrêter en chemin tous les courriels et gens à cheval, .et comme elle a gtmde peur de la petite vérole, on étoit fort occupé à lui caober cette nouvelle au cas qu'on Fapprlt. M** lamaiéchale de Duras, qui étoit sur le devant du carrosse, dit à rofficier des gardes qui suivoit Madame Adélaïde de-demander des nouvelles; l'officier les rendoit avec prudence, * mais il fit signe à M"" la maréchale de Duras, sans que Madame Adélaïde pût le voir, que c'étoit la petite vérole ; c'étoit fort près de Paris. A quelque distance de là on rencontra un carrosse arrêté. Une amie de M™* la maréchale de Duras, qui étoit dans ce carrosse etquipouvoit lui faire des signes sans être aperçue de Madame Adélaïde, lui en fît de si terribles de la tète et.des mains, qu'elle crut que M'' le Dauphin étoit mort.
(I) Cependant M. rarchev^<|iic est venu plusieurs fois depuis savoir des nouvelles de Ms** le Daupiiin. M*"" la DaupUine ayaot su que M. Tar» cbevéque étoit dvn le gruMl cabiaetrClle vînt ell«-iudiiie le prendre à la porte et le fit entrer ponr qall vit W le'Dau|iliiii.
On me eontoit à cette oocasfoo qne feu M. le cardinal de Noailles étant venu pour voir le Roi dans le temps d'une maladie, Thuissier lui dit qu'on n'entroit point. M. le cardinal de Noailles lui dit avec douceur : « N'annoncez point, je vous prie, le canlinal de Noailles, mais dites que c'est l'arclievêtiuc de Paris. » Cette réponse fut rendue, et on le fit entrer 8ur ie*cliainp. {Note énémêi imynes.) ■
S8 MbMOlALS DU D6c DE LUYJMiiS.
Madame Adélaïde avoit envoyé demander Tordre du Roi pour savoir l'endroit où elle devoit descendre , son
appartement n'étant point en état ; on avoit ùté tous les marbres qui y étoient. Le Koi lui envoya dire de descendre chez M""' la duehesse du Maine , où il lui avoit fait accommoder un lit tout prêt.
M** la duchesse du Maine a rendu depuis peu cet appartement^ qui est auprès de la chapelle, dans la galerie en bas ; et en attendant que le Roi en ait disposé Madame Adélaïde l'occupe.
Mesdames Adélaïde et Victoire arrivèrent le vendredi ^, sur les trois heures après midi. La Reine demanda au Roi ce qu'elle devoit faire par rapport à Madame Adélaïde. Le Roi lui dit qu'elle pouvoit la voir^ mais qu'elle ne lui dit point qu'elle voyoit M*' le Dauphin. Ce mystère n'a duré que deux jours. Ce fut le Roi lui-même qui dit ;\ Madame Adélaïde que la Reine voyoit M**" le Dauphin , et Madame Adélaïde a toujours assuré la Reine qu'elle n'avoit point de peur; mais on est persuadé que ce propos n*est pas bien sincère.
L'attention qu'il a fallu avoir pour tromper M** le Dauphin sur la petite vérole a été fort unanime ; dans les premiers jours il a fait beaucoup de questions sur le Koi, sur Mesdames, sur sa maladie.
Comme le Roi cessa d'y entrer dès le vendredi , lorsque la petite vérole fut absolument déclarée^ il a fallu lui dire que le Roi avoit un rhumatisme très-violent au genou, et que la Martinière lui fit le détail de la manière dont îl pansoit le genou du Roi.
Le Koi a eu effectivement mal au genou dès Compiègne, mnis sans que cela l'ait empêché de marcher et d'aller à la chasse. On a dità Wle Dauphin que Mesdames étoient restées à Compiègne. La Reine, qui avoit grand désir d'ôter tout sujet d'inquiétude à M*' le Dauphin, eut un jour une distraction ; elle lui parloit de Mesdames, et lui dit en badinant qu'elle le^ avoit présentées à M. Ponce.
H. le Daiiphîn lui répondit : « Mes sœurs sont donc ici? » La Reine fut embarrassée et saisie de frayeur ; elle se trouva mal; M. de Bouillon prit la conversation fort lestement, et dit que c'étoit les portraits de Mesdames que la Reine avoit fait voir. Le lendemain, M'^'^ le Dauphin dit : a La Reine eut hier une petite distraction. » On crut alors qu'il étoit au Mi de sa maladie^ mais ce n'étoit que des soupçons, que l'on a toujours eu grand soin de détruire. Enfin il demanda la Gazette de France, et Ton fit imprimer une feuille exprès, où l'on eut soin de mettre tout ce qui lui avoit été dit.
On trouvera ci-après la relation de la maladie de M" le Dauphin , jour par jour.
Du taimedi 5^ VenailÎM, — J'ai déjà marqué le commencement de la maladie de M** le Dauphin. Une circon.stance que je n'ai sue que depuis peu, c'est que la nuit du jeudi 3 au vendredi 4 , deux ou trois heures avant l'arrivée de la Reine, la faculté trouva M''^ le Dauphin dans un accablement si effrayant^ qu'ils se déterminèrent tous d'une commune voix à la seconde saignée du pied comme la seule ressource à employer dans ce moment. Cette saignée ayant procuré un peu de soulagement, on commença peu de temps après à donner de l'émétique, comme je l'ai marqué.
On ne compte Féruption que d'avanl-hier jeudi, à six heures du soir, quoique la maladie ait commencé dès mardi; mais les médecins ne datent que du jour de Té* ruption. Cette éruption se fit lentement^ dans la journée d'hier; on avoit ordonné une boisson abondante, mais cela ne fiit pas exécuté exactement; M*"^ le Dauphin dormoit presque toujours, et on craignoit de le réveiller ; cependant à huit heures du soir l'état étoit assez calme, le pouls bon et développé, la fièvre médiocre; la petite vérole sortoit bien ; il parolssoit qu'elle devoit èti» abondante, et la tète étoit libre. La Reine, qui étoit chez M"*' de Luynes^ à neuf heures et demie, envoya dire à M. Se-
U) MI'CMOIRKS DU DUC DE LUliNKS.
nac de venir lui parler. J'étois présent au compte qu'il rendit, il lai dit qae tout étoit dans ce même état de mieux; ce mieux étoit la suite d*oiie moiteur ^ même
assez abondante , qui s*étoit établie sur les <nnq heures aprAs midi. A dix heures et demie, M. Helvétius vint chez M""" de Luynes, et il dit à la Reine que la moiteur ne subsistoit plus, que la fièvre n'étoit pas considérable et que la peaa étoit sèche; que M.^ le Dauphin avoit de l'agitation et de l'inquiétude > et que réroption se ralentissoit beaucoup, ajoutant qu'il étoit nécessaire de le faire boire davantage et plus souvent.
Cet état d'agitation et d'inquiétude étoit extrAme, et a duré jusqu'à cinq heures avec quelques intervalles de . calme ; mais la boisson ayant été plus souvent répétée, la moiteur a commencé sur les cinq heures du matin. Le calme s'est rétabli, et lasuppuration a été plus abondante. La Reine y a descendu à onze heures et demie , et a été fort contente de l'état de la maladie. Cet état a un peu changé à midi. Il y a eu quelques moments d'agitation, mais elle n'a pas duré longtemps , et à midi demi tout étoit aussi bien qu'il étoit possible.
On ne peut pas douter de Tinquiétude extrême oà est M"' la Dauphlne; elle s'est fait tendre un lit dans le grand cabinet de M'' le Dauphin, pour être plus près de lui; elle passe la journée au chevet de son lit et n'est occupée que de son état. Malgré cela, elle conserve un courage ' et unp fermeté qui lui font infiniment d'honneur; n'a voulu garder au^ès d'elle aucune de ses dames qu'elle sait avoir peur ; il n'y a d'enfermées avec elle que sa dame d'honneur et sa dame d'atours.
H"** la Dauphine étoit couchée quand on a fait, la nuit du 3 au 4-, la seconde saignée du pied ; c'est M^"" le Dauphin (jui lui en a appris la nouvelle. Il parolt ne pas savoir qu'il a la petite vérole ; on lui a dit que c'étoit un érésipèle qui exigeoit beaucoup de boisson et de se tenir chaudement ; et pour qu'il ne fût point étonné de ne point
voir le Roi , on lui a dit que le Roi avoit fort mal au
genou et ne pouvoit pas marcher. Malgré toutes ces précautions, il est vraisemblal>le qu'il connoU sa maladie, mais il ne veut pas faire de questions. Le Roi n'y des* cend point, comme je Tai dit, mais il voit continuellement les médecins^ et même tous ceux qui sortent de chez W le Dauphin.
La Reine voit M** le Dauphin deux fois par jour ; Mesdames les trois cadettes vont chez le Uoi et voient aussi la Reine. Pour Madame Adélaïde, comme elle n'a eu qu'une petite vérole fort légère , on a décidé qu'elle ne verroit point ceux qui vont chez M^^ le Dauphin. Elle est encore dans sa chambre, à cause de sa saignée du pied, et parce qu'elle s*est trouvée mal à Sentis en venant. La Reine alla la voir hier après midi ; mais elle l'assura positivement qu'elle n'avoit point vu M'^'^ le Dauphin.
Le Parlement s'assemhla hier matin. Il y fut encore question de nouvelles dénonciations sur les affaires présentes. Le premier président représenta à la Compagnie que tout devoit céder à l'objet important qui occupoit le Roi^ la Reine et tonte TEuropiB ; ce ne fut pas sans peine quMl empêcha de délibérer. L'après^dlnée, le Parlement vint ici en députation ; ils étoient huit ou dix. Ils virent d'abord la Reine dans sa chambre , sur les six heures. Le premier président lui fit un compliment fort court. 11 n'y eut aucun cérémonial. Le premier président et le procureur général de la chambre des comptes y vinrent aussi; ils ne virent le Roi qu'après la Reine, parce que le Roi, qui ne s'étoit couché qu'à dix heures du matin, ne se leva qu'à six ou sept. Le Roi a encore veillé cette nuit jusqu'à sept heures du matin pour savoir des nouvelles à tous les moments. Le Roi a entendu la messe avant que de se coucher, et ne s'est levé qu'à deux heures après midi.
La précipitation avec laquelle on est parti de Gompiègne a fait que la bouche du Roi et celle de la Reine n'ont
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pu les suivre. I^e Roi mangea le jeudi au soir un poulet avec M** la Dauphioe. H a trouvé ici le détachement de
sa bouche »|ui sert M*' le Dauphin. Ce détachement a servi aussi la Reine à dîner et à souper hier, et aujourd'hui à dîner. Cet arrangement donna occasion à la difficulté que j*ai marqué à la page 85, et que je ne répéterai point ici ; j'ajouterai seulement qu*ici la Reine dine et soupe dans sa chambre lorsqu'elle est seule, et qu'elle est servie de sa bouche. Klle vouhil absoUuiient hier être servie par ses femmes. Les ofticiers du Hoi firent des représentations, mais la Reine persista; par booté pour eux, elle fit fermer sa porte, de sorte qu'on ne lui Gt point sa cour pendant le diner. Au sortir de table elle se mit dans son lit jusqu'à six heures. Le soir elle voulut souper chez M** de Luy nés, dans le cabinet; mais nos gens nV'tant point arrivés , ce furent les officiers du Koi qui apportèrent le souper. Un écuyer de la bouche du Uoi , du détachement qui est auprès de M"^ le Dauphin, servit sur table, et mes gens apportoient les plats, et j'eus rhonneur de servir la Reine comme à l'ordinaire. Aujourd'hui S. M. a été servie ches fnoi par la bouche du Roi, qui est arrivée. C'étoient les gens du Roi qui apportoient les plats, et un écuyer delà bouche qui servoit sur table. J'ai présenté la serviette en entrant et en sortant de table , et présenté aussi toutie service, excepté de donner à boire, service que je n'ai point voulu prendre des officiers de gobelet.
Relation de la maladie de W le Dauphin, depuis le 5 août.
La soirée d'hier fut assez tranquille jusqu'à neuf heures. A neuf heures la peau devint plus sèche , et il y eut de l'inquiétude. M'' le Dauphin se découvroit et vouloit se lever. 11 n'avoit pas bu à beaucoup près autant qu'on
l'auroit désiré; les urines étoient de bonne qualité, mais elles ne cuuloieut pus assez abondamment, et l'éruption
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se faisoil lentement. A minuit il parut y avoir plus de calme. Cet état d'agitation avec quelques intervalles de calme a duré jusqu'à ciaq heures ce matin. La boisson prise plus souvent a déterminé une moiteur qui est assez abondante ; la fièvre est médiocre; l'éruption se fait trèsbien. Il y a la souffrance inévitable dans cet état, mais la tête est fort libre. La Reine sort de chez M'' le Dauphin. M"*' de Luynes a eu Thonneur de Ty suivre^ et ce bulletin est ce qu'elle m'a dit.
La nuit du 5 an 6 a été fort agitée; il y a eu des temps où la téte n'étôtt pas libre, la peau sèche et l'éruption retardée, ce qui a déterminé à appliquer les vésicatoires aux deux jambes. On ne peut en connoitrc l'effet qu'au bout de vingt-quatre heures; mais la boisson a rétabli le oalme^ qui a continué presque toute la journée. A onze heures du soir» M. Helvétius vint rendre compte à la Reine, chez H"* de Luynes, et lui dit qu*i\ y avoit plus de chaleur et d'agitation ; mais on dit à la Heine, à minuit et demi, en rentrant chez elle, que cet accident étoit fini et que le calme et la moiteur éioient rétablis.
La nuit du 6 au 7 a été fort bonne, quoiqu'il y ait eu quelques moments d'agitation; mais le pouls toujours bon, et Tétai de la petite vérole tel qu'on lepeutd^rer. On compte qu'il y a ou quatre ou cinq heures de sommeil. A deux heures après midi, que je soi^ du cabinet de M*' le Dauphin, tout subsiste dans le même état.
M^' le Dauphin ne sait pas précisément qu'il a la petite vérole, mais il le soupçonne fortement ; il fait des questions sans nombre; il a dit aujourd'hui à la Reine qu'ayant autant souffert et ayant été aussi mal , il voudroit présentement que ce fût la petite vérole. La Reine lui a répondu qu'elle coniptoit que cette maladie-ci l'en garantiroit. Il avoit demandé hier un miroir, et on lui avoit dit qu'il se feroit mal aux yeux en y regardant. Aujourd'hui il a demandé une serviette ; on la lui a présentée sur une assiette; il s'y attendoit bien ; il a beaucoup es*
suyé l'assietle et s'en est servi comme d'un miroir ; heureusement Tassiette éioit vieille, et il n'a pu s'y voir.
M. Ponce divertit un peu les personnes royales par ses ' réponses* U ne connoissoît ni le Roi, ni la Reine, ni M*' le Dauphin, ni par conséquent M""^ la Dauphine. Il appelle le llui toujours Monseigneur; enfin ce matin il l'a pris par le bouton en lui disant : a Monsieur, Monseigneur, je ne sais pas oomment on vous appelle , le prince est bien. » C'est ainsi qu'il appelle tt'''le Dauphin. U ne savoit qui étoit cette petite jeune femme qui se donnoit tant de mouvement dans la chambre, et cette petite bonne femme qui y venmt souvent; c'étolt M"' la Dauphine et la Heine.
Dumoulin, qui est dans les expressions poétiques, dit que l'état présent est celui d'un vaisseau qui vogue tout seul; que la faculté est sur le tiUac, et qull n'y a que les orages à redouter* Ce bon états'est soutenu toute la journée, et duroit encore à onze heures du soir que H. Helvétius est venu chez H"* de Luynesen rendre compte à la Heine. M^' le Dauphin est fort gai et fait des plaisanteries.
Dans la nuit du 7 au 8, il y a eu à une heure une augmentation assez considérable à la fièvre ; la peau étoit devenue sèche ; he^ureusement cet état n'a pas subsisté long^ temps. le Dauphin a passé une très-bonne nuit ; il a dormi à plusieurs lois près de cinq heures, d'un sommeil fort tranquille, depuis une heure jusqu'à huit. Le réveil a toujours été serein. La fièvre est bien diminuée depuis une heure , et elle n'est pas plus considérable qu'il ne faut pour l'état présent La petite vérole va aussi bien qu'on peut le désirer.
Le Roi a défendu aujourd'hui que qui que ce soit entrât chez M'' le Dauphin que ceux qui y sont nécessaires^ dont il a fait une liste. Les princes du sang même n'y entrent plus. Il y avoit tant de monde qui y entro que ce pou voit être une importunité pour M»' le Dauphin, pour M""" la Dauphine et pour les médecins. A deux heures
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après minuit on a donné un bouillon à M** le Dauphin, après son réveil. Il aime mieux le prendre dans une tasse que dans une écuelle. Malgré la souffrance inévitable
dans cet état, il Ta versé lui-mùriie dans la tasse, et a dit à M. Bouillac : « Il n'est pas assez chaud ; il me fait mal au cœur lorsquUl n'est pas bien chaud , et il n'est pas si bon pour mon état, t» Gela prouve la iète libre et la présence d'esprit.
La journée a été très-bonne et très-tranquille; la sup« puration est bien établie au visage et s'établira successivement aux autres endroits par proportion du temps de l'éruption. La tète est toujours très-libre et la lièvre trèspeu considérable.
M'' le Dauphin est toujours dans une espèce d'incertitude sur la petite vérole; il fait des questions: on lui ment à tout moment ; il a demandé la Gazette de Prmee; on a été faire imprimer une feuille exprès ; on fera de même pour celle d'Amsterdam.
Dans la nuit du 8 au 9, il n'y a point eu d'augmentation de fièvre jusqu'à une heure que le pouls s'est élevé, mais sans que la tète ait été embarrassée et sans causer aucun changeinent dans Fétat de la petite vérole. Atrois heures^ la bouffée de redoublement a tombé ; il y a eu environ quatre heures de sommeil ; et ce mieux continue à quatre heures après midi. H y a la souffrance inévitable, d'autant plus que le visage est fort enÛé , mais la tranquillité et la gaieté subsistent. W le Dauphin chante de temps en temps etfait souvent des plaisanteries à H. Pônce^ dont la vérité et la nncérité des réponses est assez bonne à entendre.
On entend parler de tous côtés de la fermeté, du courage, des soins et de la tendre amitié de M"* la Dauphine.
11 n'y a heureusement point de petite vérole dans la gorge, ni dans les yeux, seulement aux paupières.
La journée a été fort tranquille^ et ce bon état subsiste encore à huit heures du soir. La fièvre est assez forte ,